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Villages de LorraineEntraidePour me contacter | SommaireLes bouchers de Rambervillers"Étant nécessaire de pourvoir à la taxe de la viande, la chambre a taxé la livre de bon boeuf bien gras à quatre sols neuf deniers; celle de veau bien gras à quatre sols; celle de vache aussi, bien grasse à deux sols neuf deniers; et celle de bon mouton à neuf sols. Avec injonction aux bouchers de se conformer aux présentes taxes et tenir leurs étaux et boutiques bien fournis de toutes les qualités de viande énoncées ci-dessus, à peine aux bouchers de 25 livres d'amende, et ordonne que lesdits bouchers remettront au Visiteur-juré la clef des boucheries à huit heures après-midi en été et à quatre heures en hiver et ne pourront la retirer des mains dudit visiteur qu'après la levée du soleil, soit en été, soit en hiver, avec défense à eux de tuer aucune bête nuitamment et qu'elle ne soit visitée." (15 avril 1729.) Ce sévère arrêté était motivé par la mauvaise volonté des bouchers qui depuis quelque temps cherchaient à frauder, et surtout par les nombreuses plaintes des habitants. Pendant quelque temps les bouchers se soumirent, mais bientôt ils réclamèrent contre la taxe du 15 avril : on ne fit pas droit à leurs réclamations. Le 29 avril, l'émotion fut grande parmi les ménagères quand on apprit que tous les boucliers se refusaient absolument à vendre de la viande. Que "Messieurs de police" augmentent la taxe et nous débiterons, répondaient-ils à toutes les réclamations; appelés devant le chef de police, ils firent la même déclaration... Hé bien! répondit le chef de police Prévost, prouvez-nous qu'à Saint-Dié, Bruyères, Épinal, la viande se vend plus cher qu'ici, et sur le champ nous en augmentons le prix, mais en attendant, je vous enjoins de vous conformer à l'arrêté du 15... Les bouchers s'y refusèrent et... les bourgeois ne mangèrent pas de viande ce jour là. Dans la soirée l'émotion fut au comble, quand on apprit que les bouchers ne tuaient pas de bétail pour le lendemain. A cinq heures du soir, le chef de police constata que rien n'était tué. A sept heures, même constatation. Il fallait agir : Messieurs de police convoqués constatèrent, après la déclaration du visiteur-juré, qui n'avait été appelé à visiter aucune bête, l'infraction à l'arrêté du 15 avril dernier. Sur le champ on saisit, tant à la boucherie qu'au domicile des bouchers, non-seulement toutes les viandes que l'on put trouver, mais encore du bétail vivant et "afin de prévenir la pénurie des viandes et pourvoir au besoin que les bourgeois de la ville en pourraient avoir de même que les étrangers...," on désigne Jean Rolot et Dominique Collot pour procéder à l'abattage du bétail et à la vente des viandes en provenant. Le visiteur-juré en percevra le produit "pour le remettre à qui il appartiendra sauf sur iceux à prendre les frais qui pourront se faire à ce sujet..." Enfin, pour faire sentir aux bouchers la gravité de leur faute en ne se soumettant pas aux ordonnances municipales, "Messieurs de police" ordonnèrent à la maréchaussée de conduire en prison tous les bouchers, où ils resteront jusqu'à soumission complète. Ce qui fut fait. Tout cela se passait dans la soirée du 29. Le 30, les sieurs Rolot et Collot vendirent la viande saisie chez les bouchers; ceux-ci s'entêtaient et ne montrèrent pas la moindre velléité de soumission. Pourtant un tel état de chose ne pouvait durer; Rolot et Collot avaient épuisé toute la viande trouvée chez les bouchers récalcitrants. On allait, comme dans la journée du 29, ne pas manger de viande ! Messieurs de police décidèrent que le 1er mai aurait lieu une nouvelle adjudication du droit de boucherie et que les bouchers mutinés seraient exclus pendant un an du droit de soumissionner... Cette mesure fit son effet. Les prisonniers demandèrent à être entendus; on les fit sortir des "prisons civiles" et, conduits devant "Messieurs", ils firent "une soumission complète, déclarèrent qu'ils étaient prêts à tuer et débiter au prix indiqué par la taxe du 15 avril ..... laquelle supplication nous leur avons permis de tuer et débiter la viande de veau et de boeuf en se conformant à dite taxe jusqu'à ce qu'il y soit pourvu autrement... Ordonne cependant que les prisons leurs seront ouvertes payant par eux les frais d'emprisonnement." Ainsi finit cette grève de bouchers; pourtant ceux-ci n'étaient pas tout à fait dans leur tort, puisque, quelques jours après, "Messieurs de police" augmentèrent la taxe du veau. Dr A. FOURNIER. Rambervillers, 24 Juin 1878.
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