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Les habitants de Gérardmer étaient des bourgeois ; aussi tout étranger qui voulait élire domicile dans cette localité était-il tenu à certaines formalités relatées dans le règlement, en date de 1581, que firent les habitants de Gérardmer. Ce règlement fut approuvé par S. A. R. le duc de Lorraine ; en voici le texte :

RECETTE en deniers à cause d'entrée defforains qui s'habituent et prennent bourgeoisie au lieu de Géramer.

Son Altesse a, de son autorité, agréé, confirmé l'édict que les manans et habitans de Géramer ont faict entre eulx pour les defforains cy après seront en volonté se retirer au dict Géramer, sçavoir : que tous et ung chacun qui, à l'avenir, se présenteront pour s'y domicilier et prendre bourgeoisie, seront tenus faire paroistre par lettres d'attestation auctentiques de quel lieu, extraction et comportement ils sont ; davantage, premier en avant qu'estre receu pour bourgeoy, ung chacun d'eulx sera tenu payer quarante francs d'entrée pour une fois, sçavoir vingt francs ès mains de notre Receveur d'Arches et aux vénérandes Dames abbesse, doyenne et Chapitre de l'Eglise Sainct-Pierre de Remiremont par moitié, et les aultres vingt francs aus dicts habitans pour estre convertis à l'usage et proffit du publique et non aultrement...  

Pour devenir bourgeois de Gérardmer l'étranger était donc obligé d'acquitter la taxe de 40 francs et de fournir ce que nous appelons aujourd'hui un certificat de bonne vie et moeurs. L'acte de réception, comme bourgeois, de Simonin (1693), stipule expressément :

Que le nouvel entrant ne devait intenter aucun procès, débat, rancunes ny difficultés contre la communauté, les bourgeois ni les habitants du dit lieu, sans subject et cause légitime bien recognue, à peine d'estre dejeitté (déjeté) de la communauté et privé du dit droit de bourgeoisie et de tous dépens, dommages et interest à récupérer contre lui ayant y celuy acceptant satisfait les sommes statuées sur les nouveaux entrantz.

Le nouveau bourgeois s'engageait en outre à payer sa cote part de tailles, subsides, impositions, logements et autres taxes...

Les admissions au droit de bourgeoisie furent rares au XVIe siècle; en 1593, il n'y eut que celle de Nicolas Gary, dit Franoult, qui devint la souche d'une famille impor­tante, répandue dans le département, celle des Defranoux (de Franoult, de Franould, de Franoulx, de Franoux puis Defranoux).

A partir de 1600, les étrangers vinrent en grand nombre à Gérardmer; cette intrusion engagea les habitants à solliciter du duc de Lorraine l'autorisation de porter le droit d'entrée à 150 francs, applicables, savoir : 40 francs par moitié au duc et au Chapitre, 30 francs à la fabrique de l'église et 80 francs à la commune (1609).

Les suppliants motivent ainsi leur réclamation :

La modicité du droit d'entrée n'empêche pas l'entrée des étrangers et de s'y rendre bourgeois; les uns par mariage avec nos filles par eux abusées, les autres pour la commodité de voguer en Allemaigne toute voisine, s'en voiant croître le nombre de jour en jour, si que pour la juste crainte que les dits remontrans ont que tel peuplement de personnes étrangères sans moyens peü que soit, art ny practique quelconque en leur dit village, ne leur apportent enfin ruine et pauvreté, à cause qu'il y a de quoi l'exercer au labou­rage pour la stérilité et frigidité du climat, ny moïen d'y vivre que par le maniement du leur bétail. . . .

Le duc fit droit à la demande des requérants, mais il abaissa la taxe d'entrée à 100 francs, dont la moitié revenait au duc et au Chapitre, l'autre moitié aux habitants.
  • 1618, Michiel Jehel de Rehapal (Rehaupal) fut reçu bourgeois à Gérardmer ;
  • 1679, ce fut Nicolas de La Levée, ancêtre de la famille des Lalevée ;
  • 1693, la communauté reçut comme bourgeois Nicolas Simonin, savoyard natif de la Valdotte, dont les descendants forment une nombreuse famille ;
  • 1696, ce fut Georges Jollé, de Liézé (Liézey), paroisse de Champdray, qui acquitta le droit de bourgeoisie.
  • 1775.
    • Jean-Joseph Henry, venant de Rochesson.
    • Jean-Joseph Valance, de Gerbépal.
  • 1776.
    • Bastien Beidel, de Corcieux.
    • Claude-Mathieu Claudel, de La Bresse.
    • Jean-Baptiste Gérard, chirurgien, venant du Tholy. J
    • ean-Baptiste Sevrin  venant de Gerbépal.
    • Joseph Perrin,  de La Bresse.
    • Nicolas Claudel, venant de Rehaupaux (Rehaupal).
  • 1780.
    • Martin Mougel, venant de La Bresse.
    • Amé Perrin,
    • Jean-Baptiste Cunin, venant de Tholy.
  • 1782.
    • Nicolas Houberdont, de Viménil.
    • Valentin Thomas, venant de Chaudray (Champdray).
    • Joseph Demange, de Rochesson.
    • François George, venant de Toli (Tholy).
  • 1783.
    • Le Comte, de  Granges.
    • Amez Houat, de  Tendon.
    • Joseph Demangelle, de Fresse.
  • 1784.
    • George Marion, de La Bresse.
  • 1785.
    • Dominique Grégoire, de Buvacôte (Bouvacôte).
    • Jean-Nicolas Buffet, de Tendon.
  • 1786.
    • Sébastien Mougin, de La Bresse.
    • Nicolas Colnel, de Beillard.
    • Jean-Joseph Boulay, de Saint-Amé.
  • 1788.
    • Ant.-Benoît Claudel, de La Bresse.
L'étranger qui épousait une jeune fille de Gérardmer devenait, ipso facto, bourgeois du pays ; aussi beaucoup de nouveaux venus surent-ils par le mariage se soustraire à la taxe de 100 francs.
  • En 1684, ce fut Claude Garnier, venant de la paroisse de Saint-Nabord, qui épousa Marguerite Claudon, de Gérardmer, et prit de la sorte son droit de cité ; il fut l'ancêtre de la famille Garnier-Thiébaut actuelle.
  • En 1700, "Martin Perrin, fils d'Anthoine, natif de La Valdotte, épousa la fille de deffunt Laurent Gley." Ce fut l'ancêtre de la famille Perrin dont M. Jean-Baptiste Perrin, fabricant de toiles, est un représentant.
Le mouvement d'immigration de Savoyards se continua dans le commencement du XIXe siècle ; en 1818, un nommé Marulaz, vint, d'Epinal, s'établir à Gérardmer; il y épousa - à l'âge de 19 ans - Marie-Agathe Martin et eut de son mariage plusieurs enfants qui vivent encore. Ce Marulaz était fils d'un marchand ambulantnstallé à Epinal depuis 1815, natif de Morzine (Haute-Savoie), de la même famille que le général Marulaz.