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Eugène Victor COLVISCe récit est le résultat des travaux personnels d'Alain Mariotte, qui a eu la gentillesse de m'en permettre la publication. Né à Frouard le 18 février 1868 Eugène, fils de Joseph COLVIS (1828/1903) et de Marguerite THORMEYER (1837/1911), instituteur de profession, se passionne pour la ville de Frouard. Resté célibataire, il décède le 7 avril 1936, en instituant comme légataire universel la Caisse des Écoles de Frouard, ou, au cas où celle-ci ne serait pas autorisée à accepter le legs, la Commune de Frouard, à charge par cette dernière de remettre intégralement et annuellement les revenus de ce legs à la Caisse des Écoles. Cette clause ne pouvant jouer qu'après la mort de sa soeur Adèle épouse DESCHAZEAUX, usufruitière. Le legs ainsi consenti à la Caisse des Écoles entraîne le paiement des droits de mutation et frais divers s'élevant à 22 000 f. La caisse ne disposant d'aucune réserve, décide, à l'unanimité de ses membres, lors de sa réunion du 16 novembre 1937 de renoncer au legs consenti à son profit par Mr Colvis et d'en laisser la libre disposition à la Commune de Frouard à charge par celle-ci de respecter les clauses du testament. Le 17 novembre 1937, le conseil décide d'accepter le legs aux lieu et place de la Caisse des Écoles, à charge par la Commune d'exécuter fidèlement les clauses du testament. Le 2 juillet 1938, la ville prend à sa charge les frais de funérailles, soit 3 253 f, de Mr COLVIS, généreux donateur à la Caisse des Écoles. Le 22 avril 1939, la rue de la nouvelle École des filles du Faubourg est dénommée Rue Eugène COLVIS ainsi que le groupe scolaire du Faubourg. Le 19 février 1949, après le décès de Madame DESCHAZEAUX, la commune de Frouard entre en possession du legs COLVIS soit : 5 000 f en pièces d'or, un immeuble de 10 pièces, un terrain à bâtir, un certain nombre de titres de rentes diverses. Cet ensemble représente environ deux millions de francs. Le 25 mai 1949, pour financer la reconstruction du groupe scolaire détruit par une explosion, il y a lieu de réaliser (vendre) les 89 titres en dépôt au Crédit Lyonnais, les 146 pièces d'or et 58 pièces d'argent en dépôt chez Maître Matton Notaire à Nancy et le terrain attenant à l'immeuble situé rue de Nancy à Frouard. Instituteur à Saizerais pendant plusieurs années, il fit la rencontre de Georges CHEPFER, conteur et chansonnier célèbre, auteur d'une série de neuf sketches intitulés "La dame de Saizerais". Pendant des années il fut adjoint au maire de la ville, et membre du Comité de la Caisse des Écoles où il occupa le poste d'administrateur. En 1934, Eugène COLVIS, Officier d'Académie et membre de la Société des Écrivains Lorrains, publia un recueil de légendes frouardaises dans lequel il nous fait découvrir, d'une façon originale, un peu d'histoire locale. C'est ainsi que pour Mr Colvis le nom donné au confluent de la Meurthe et de la Moselle, la Gueule d'Enfer a pour origine la légende suivante...
Une tragique légende de ce moyen-âge, si lourd de tristesse et de douleur, m'a été contée, voilà de longues années par une mère-grand qui, elle-même, la tenait d'une aïeule qui l'avait déchiffrée dans des feuillets jaunis conservés en famille depuis une époque qui se perdait dans la chronologie des temps. Je vais vous la raconter: " Il était une fois un seigneur baron, fameux par sa cruauté, et ses brigandages. Le dit seigneur était si méchant seigneur, qu'il faisait jeter à tort un homme dans sa geôle souterraine creusée dans un rocher du Faugeot Et le dit seigneur était si méchant seigneur, qu'il faisait pendre à bon plaisir un riche marchand passant sur la route qui conduisait au pays de France. On appelait le dit seigneur Bouche d'Enfer. Il portait une longue barbe, couleur de feu, qui encadrait sa bouche de reflets rougeoyants. Quand cette barbe s'étalait sur sa large poitrine, on aurait cru, de loin, voir une longue flamme sortie du sein de l'enfer et accrochée à son visage par quelque sortilège. Voilà pourquoi on l'appelait Bouche d'Enfer. En ce même temps lointain vivait, en notre village de Frouard, une jeune fille qui avait eu ses dix-sept ans au premier dimanche de l'Avent, et qui était réputée pour sa grande vertu. On l'appelait Blancherose à cause de sa beauté. Ses parents étaient de pauvres bûcherons, elle les aidait souvent dans leurs travaux, à cordeler le bois de bûches et à fagoter le bois de ramiers. Il arriva que Blancherose fut rencontrée dans un sentier de la forêt de la Waltriche par Bouche d'Enfer, qui lui dit en adoucissant sa voix qu'il avait rude: "Viens dans mon château, charmante damoiselle, je te donnerai de l'or et de l'argent." Mais Blancherose, qui avait un coeur pur comme le pur cristal, répondit en faisant sa révérence: " Que votre Seigneurie garde son or et son argent, je garde la sagesse dans la pauvreté. Le cruel baron fut moult courroucé de cette noble réponse et ordonna que sur-le-champ on punit de la hart cette honnête et si vaillante jeune fille. Le supplice allait avoir lieu sur la place du village, où se profilait le bras maudit de la potence, dressée en permanence en face de la grande croix de Libération, dont les bras de miséricorde s'étendaient au-dessus de la population accourue. ...infortunée Blancherose, dans quelques secondes ton corps virginal se balancera dans le vide à l'extrémité de la fatale corde! Tu vas quitter la vie avant que le voile mystérieux de I'amour se soit levé pour toi! Mais tu soupçonnes les félicités que cache ce voile, et tu pleures... A cet instant, ta suprême consolation fut peut-être la présence de ta mère, que tu as cherchée du regard et que tu as aperçue, désespérée, en avant de la foule maintenue par une compagnie d'archers. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Alors de cette foule angoissée, monta une longue lamentation! Mais un grand miracle allait châtier le méchant. L'oeil du Christ, dont l'image était sculptée dans la pierre de la croix de Libération, devint tout à coup fulgurant, et cet oeil lança sur le cruel seigneur qui assistait au supplice, un regard comparable à l'éclair qui jaillit des nues les jours d'orage. Foudroyé par cette étincelle miraculeuse, Bouche d'Enfer roula sur le sol. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Et de la foule terrorisée, s'échappa un sentiment d'effroi! En même temps, la vertueuse Blancherose; qui avait senti ses liens se dénouer d'eux-mêmes, quittait le lieu de son supplice et, après avoir pardonné à son bourreau rentrait en triomphe dans la maison de ses parents. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Et, de la foule émue, s'éleva une éclatante action de grâces. Quatre hommes d'armes placèrent sur leurs épaules le corps raidi par la mort, de Bouche d'Enfer. Ces quatre guerriers n'avaient jamais eu peur, ils n'avaient jamais tremblé; à ce moment, ils tremblèrent comme des feuilles agitées par le vent. Ils se dirigèrent vers le cimetière qui entourait l'église. Sur leur passage, tout le monde fuyait en se signant. Le curé de notre paroisse, qui s'était placé en travers de la porte du cimetière, refusa la sépulture en terre sainte à si grand scélérat. Alors les quatre guerriers, toujours tremblants, suivirent la rue des Armuriers, puis le chemin de la Papeterie, qui conduisait vers la Moselle, qu'ils longèrent pendant quelque temps, pour aller précipiter leur redoutable fardeau dans les remous du tourbillon d'un trou sans fond de la rivière, ouùles eaux de la Meurthe et celles de la Moselle se confondent pour former un unique cours d'eau, large comme un fleuve. Bouche d'Enfer restera dans ce gouffre jusque la consommation des siècles. Dès lors, le confluent de la Meurthe et de la Moselle porta le nom du cruel baron; mais, dans la suite des temps, ce vocable déformé par la malignité publique est devenu la Gueule d'Enfer. C'est actuellement sous cette dénomination qu'est connu dans la région, et qu'est désigné dans les géographies de la Lorraine, le confluent des deux rivières. Quant à la mémoire de l'héroïne de cette légende, elle fut pendant un grand longtemps entourée de la vénération populaire à laquelle se rattachait une gracieuse faveur: toute jeune fille ayant posé le pied à l'endroit qu'occupait la jeune vierge dans l'attente de son supplice, trouvait dans le courant de l'année un loyal épouseur. C'est en vue d'entrer en possession de cette faveur, qu'au temps jadis, après les vêpres du dimanche de la Saint-Jean d'été toutes les jeunes filles du village, se tenant par la main, avaient coutume d'enrouler et de dérouler une joyeuse farandole autour de la Croix de Libération. Et dansant, chantant, riant, elles emplissaient la vaste place de leurs ébats, tout en caressant l'espoir de mettre, et non sans émotion, le pied à la « bonne place »."
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