Généalogie Villages de LorraineEntraidePour me contacter recensement des villages de généalogistes :
 site hébergé par 1 et 1 | | | : | Vidal de La Blache, Paul |
| : | Tableau de la géographie de la France [Document électronique]. 2 / par P. Vidal de La Blache |
| : | Numérisation BnF de l'édition de Paris : INALF, 1961- (Frantext ; P285). Reprod. de l'éd. de Paris : Hachette, 1908 |
Chapitre premier. Les Vosges.Des lignes d' un vert sombre, parmi lesquelles peu de formes particulières se détachent, annoncent de loin les vosges, dans l' atmosphère nettoyée par les vents d' ouest. à mesure qu' on s' en approche, la douceur générale des profils continue à être l' impression dominante, mais on distingue dans les formes quelque chose de robuste. Des montagnes trapues s' élèvent sur de larges bases ; et sans ressauts, comme d' un seul jet, s' achèvent en cônes, en pyramides, en dos allongés ou parfois, quoique plus rarement qu' on ne dit, en coupoles. Au sud, dans le massif tassé, laminé, injecté de roches éruptives, qui constitue le noyau le plus ancien, les chaînes s' ordonnent en longues rangées compactes, serrées les unes contre les autres, qui font l' effet de vagues accumulées. La vallée n' est entre elles qu' un sillon étroit et profond. Dans la région moins dure que constitue le grès permien aux alentours de Saint-Dié, les lignes se dégagent, les montagnes s' individualisent mieux, tout en conservant leur modelé caractéristique. Elles se campent les unes à côté des autres, dans leur superbe draperie de forêts. Lorsque les roches archéennes disparaissent sous la couverture des couches sédimentaires qu' elles n' ont crevée qu' en partie, d' autres formes prennent le dessus. Ce sont celles qui caractérisent le grès dit vosgien, dont les roches rougeâtres, au grain très fin, couvrent au sud le flanc occidental, et vers le nord, à partir du Donon, toute la chaîne. D' abord les plates-formes de grès coiffent les cimes du granit ; bientôt le grès couvre aussi les flancs. Il devient véritablement expressif, lorsqu' il a été fortement travaillé par l' érosion. Il se délite alors en plaques épaisses, empilées les unes sur les autres, souvent en surplomb. Quelquefois, brusquement, il se termine en corniche au-dessus d' une vallée creusée en abîme. C' est naturellement près des cimes que la désagrégation des grès a engendré ces fantaisies pittoresques, qu' on prendrait de loin pour des constructions faites de main d' homme. L' homme, d' ailleurs, a suivi l' exemple de la nature ; et souvent le burg s' est dressé sur les substructions et même en partie dans les flancs de la citadelle naturelle. L' instinct bâtisseur a emprunté au sol non seulement des matériaux, mais des modèles ; et les constructions de tout âge qui, de Sainte-Odile aux environs de Saverne, attestent son oeuvre, s' incorporent à la roche même . Ces grès, très perméables, laissent filtrer les eaux ; et sur les sables produits par leur désagrégation, les rivières coulent dans des vallées étroites au niveau uni. Là, entre des prairies, " les eaux glissent sans bruit sur un sable assez fin " . D' autres grès, plus argileux et de teintes plus bigarrées, apparaissent sporadiquement et finissent même, dans la région des sources de la Saône, par occuper toute la surface. De nouveau alors la topographie se modifie. Le relief se déroule en ondulations comme celles qu' on voit, entre Epinal et Xertigny, s' allonger à perte de vue vers l' ouest. Au lieu de cônes à pans découpés, ce sont de molles croupes, le plus souvent cultivées, qui constituent les parties supérieures. Des étangs, faings ou tourbières, y marquent la stagnation des eaux. Quoique dans son ensemble le pays soit encore boisé, la forêt s' éclaircit ; elle se décompose, pour ainsi dire, en un foisonnement d' arbres entremêlés de cultures, toujours assez maigres. Partout où dominent ces grès argileux, on constate le même changement. C' est une clairière de ce genre qui, dans la partie septentrionale des Vosges, constitue, au plus épais du massif forestier, le pays de Bitche. Un roc de conglomérat, épargné par la dénudation , reste debout ; il a fixé le site du fort et de la ville. Partout cependant, soit qu' elle domine effectivement, soit que les défrichements l' aient morcelée, la forêt reste présente. Elle hante l' imagination ou la vue. Elle est le vêtement naturel de la contrée. Sous le manteau sombre, diapré par le clair feuillage des hêtres, les ondulations des montagnes sont enveloppées et comme amorties. L' impression de hauteur se subordonne à celle de forêt. Même après qu' elle a été extirpée par l' homme, la forêt se devine encore aux écharpes irrégulières qu' elle trace parmi les prairies, aux émissaires qu' elle y projette, soit isolés, soit en bouquets d' arbres grimpant sur des blocs de roches. De ces prairies brillantes jusqu' aux dômes boisés, c' es une symphonie de verdure qui, par un beau jour, monte vers le bleu cendré du ciel. Mais le charme grave qui s' exhale du paysage ne parvient pas à dissimuler la pauvreté native du sol. Les substances azotées manquent à ces terrains presque exclusivement siliceux. Ces prés, sauf dans quelques parties privilégiées, ne nourrissent qu' un bétail mesquin ; les vaches suisses ont peine à s' y entretenir. Les distinctions que la géographie actuelle établit dans cet ensemble furent lentes à se présenter à l' esprit des hommes. Pendant longtemps tout se confondit pour eux en une région forestière, où l' arbre était roi, et où l' homme, en dehors de la chasse et des ressources dépendant de son ingéniosité, trouvait peu à vivre. C' était une de ces grandes silves qui de l' Ardenne à la Bohême couvraient la majeure partie de l' Europe. Sans quitter les bois on pouvait aller, vers le sud-ouest, comme vers le nord, bien au delà de la contrée sur laquelle se localise aujourd' hui le nom de Vosges. Tout le pays des sources de la Saône appartient encore par la nature du sol à l' ancienne forêt : c' est encore la vôge , au dire des habitants. Et vers le nord, après que la zone de forêts s' est momentanément amincie au col de Saverne, elle ne tarde pas à s' étaler de nouveau. Un écureuil pourrait sauter d' arbre en arbre dans la Haardt qui entoure en arc de cercle les plateaux que traverse la Sarre. à Forbach, comme à Bitche, comme dans le pays de Dabo, ou au sud de Baccarat ou d' Epinal, les hêtres se mêlent ou se substituent aux sapins ; mais c' est toujours même sol, même paysage forestier sur le sable et mêmes conditions d' existence. C' est là ce que saisit d' instinct le langage populaire. L' homme désigne et spécialise les contrées d' après les services qu' elles lui rendent. Pendant longtemps il ne put tirer qu' un maigre parti de ces solitudes sylvestres. Il les confondit en un vague ensemble ; et c' est ainsi que les habitants des contrées cultivées et fertiles qui en garnissent les abords parlaient, dès le temps de César, d' une forêt des Vosges allant des environs de Langres jusqu' au pied des Ardennes. Cela voulait dire que dans toute cette étendue régnait une sorte de marche forestière, qui était pour les gens des plaines voisines une région inhospitalière et avare. Plus tard, avec les exagérations qui leur sont propres, les légendes issues des monastères traduisaient la même impression de répugnance. L' installation dans ces solitudes y est célébrée comme une entreprise héroïque. Pour nous, aujourd'hui, cependant , les vraies Vosges, avec le petit monde vosgien qui s' y est formé, se concentrent dans le vieux massif archéen et la région de grès qui en recouvrent immédiatement les flancs. Elles s' arrêtent au nord vers le col de Saverne. à l' ouest elles enveloppent la vallée de la Moselle jusqu' aux environs d' épinal. Le massif semble, il est vrai, brusquement s' arrêter au nord de Belfort ; mais il est facile de s' assurer que par une sorte de torsion, il s' infléchit ; car des fractures en étoilement montrent jusqu' aux abords de Plombières avec quelle intensité s' est encore exercée dans ce coin extrême des Vosges l' action dynamique. Ainsi délimité, ce massif n' offre pas, comme les Alpes, un système ramifié de vallées ; mais il n' est pas non plus un simple compartiment découpé de failles, comme le Harz ou la forêt de Thuringe. Des vallées profondes, des plis étroits sans continuité absolue, mais en succession marquée, quelques longs couloirs comme ceux qui entaillent les grès permiens de Saint-Dié à Schirmeck ou à Villé, articulent l' intérieur et tracent les cadres d' une vie vosgienne originale. Aujourd'hui les influences extérieures l' assaillent de deux côtés ; l' usine s' introduit par les vallées qui remontent de Lorraine et d' Alsace ; mais au-dessus de 4 00 mètres vit encore une région plus purement vosgienne, dont la nomenclature est presque une description, et indique les formes de relief, d' hydrographie ou de végétation remarquées ou utilisées par l' homme. Dans le vert des prés, dans l' étendue des faings , assemblages de tourbières et d' étangs qui s' étalent su les plateaux rocheux, dans le nombre des lacs qui dorment au fond des vallées ou qui garnissent les alentours des cimes, se montre l' empreinte du climat humide qui a contribué à modeler les Vosges. Souvent une brume obstinée voile les cimes. En hiver et en automne, des rafales du sud-ouest, n' ayant rencontré sur leur route aucune chaîne de la taille des Vosges, s' abattent avec leur fardeau de vapeurs sur les versants occidentaux, font rage sur les promontoires, tels que le ballon de Servance, qu' elles frappent de plein fouet. Une immense faigne , d' aspect tout scandinave , s' étend aux sources de l' Oignon. Les rivières, sur le flanc occidental, s' enfoncent très loin vers l' intérieur du massif ; elles se nourrissent e réservoirs spongieux qui criblent la surface. Les masses énormes de débris quartzeux répandues par les courants diluviens autour des Vosges, mais notamment en Lorraine, sont des phénomènes pleinement en rapport avec cette direction des courants pluvieux. Ils nous enseignent que si c' est à l' est que les forces mécaniques internes ont produit les principaux accidents, c' est par l' ouest que s' est exercée surtout la force destructive du climat : les traces laissées par les anciens glaciers jusqu' au delà de Gérardmer attestent quelle fut, de ce côté, leur longueur. Sur le Hohneck, des entassements de blocs granitiques arrondis montrent l' effet de ces destructions. Mais ce n' est pas seulement sur les roches que le climat a mis son empreinte. Au-dessus d' un niveau bien inférieur à celui qu' atteignent les arbres dans le Jura ou dans les Alpes, la végétation sylvestre est mal à l' aise. Dès que les cimes dépassent environ I 200 mètres, la forêt, si robuste dans les parties inférieures, végète, se change en taillis buissonneux de hêtres tordus marquant l' extrême résistance des arbres. Au- dessus de I 300 mètres les arbres n' existent plus. On s' est étonné de cette limite relativement basse : pourtant l' humidité spongieuse entretenue sur la surface peu perméable de roches, et au-dessus des plantes basses auxquelles la neige prête un abri, le déchaînement des vents, ne laissent à la végétation que la ressource de se faire rampante et humble ; buissons ou gazons remplacent les arbres. à la forêt succède la chaume . C' est sous ce nom qu' apparaît, dans les Vosges, cette forme de végétation des hauteurs. à la différence des faignes , qui se trouvent à tous les étages, elle n' appartient qu' aux parties les plus élevées. Mais comme dans l' Ardenne, le Harz, c' est le même climat humide et venteux, qui substitue une nature tantôt herbeuse, tantôt marécageuse à la nature forestière. Les chaumes ne sont pas dues à un recul de la forêt ; peut-être ont-elles été élargies par l' usage séculaire des pratiques pastorales, mais elles ont toujours couvert une assez grande étendue dans les Vosges. On ne pourrait guère expliquer autrement la longue persistance e la faune originale de grands animaux dont parlent les témoignages historiques. Il y avait dans les Vosges, encore vers l' an 1000, des bisons, des aurochs, des élans, hôtes des grandes forêts hercyniennes, et qui ont disparu ou se réduisent à quelques individus confinés en Lithuanie ou sur les bords de la Baltique, gibier magnifique qui fit des Vosges un domaine de chasse cher aux carolingiens. Une race de chevaux sauvages persistait encore au XVIe siècle. Plusieurs traits, dans cette faune, indiquent une nature de steppe. Elle se développa à la faveur du climat sec, dont l' apparition paraît bien prouvée aujourd'hui dans les intervalles glaciaires. C' est dans le loess des coteaux sous-vosgiens d' alsace qu' ont été trouvés en abondance les ossements de chevaux sauvages, grands cerfs, rennes, chamois, marmottes, etc. Plus tard, les chaumes, les éclaircies entre les forêts offrirent un refuge et des moyens de subsistance qui permirent à quelques espèces de se maintenir longtemps. Dans le développement de la vie, comme dans la structure, les Vosges offrent l' intérêt d' un fragment de monde ancien, curieusement situé entre des contrées que des courants de circulation sillonnent et renouvellent. Peu à peu l' ensemble des formes animées qui s' y était concentré disparaît, cède à l' intrusion de formes nouvelles. La flore de physionomie boréale, héritage des époques glaciaires, restreint de plus en plus son domaine, limité désormais aux parties les plus hautes ou les moins accessibles. Tel a été aussi le sort de ces animaux, également legs du passé, que leur taille et leurs exigences de nourriture livrèrent à une destruction plus ou moins rapide. Les Vosges se modernisent dans leur population d' êtres vivants, comme dans leur aspect. Les populations humaines qui les ont primitivement habitées, et qui nous ont légué dans les dolmens, les abris sous roches, les enceintes fortifiées, des traces de leur occupation, ont sans doute laissé des éléments dans la population actuelle ; mais il semble que leurs débris, émiettés dans quelques vallées, soient destinés aussi à se fondre prochainement. La redoutable force de l' industrie moderne, avec les habitudes qu' elle semble trop généralement entraîner, portera peut-être le dernier coup à ces survivants. L' élément le plus ancien de la population vosgienne appartient au même type brachycéphale que celui qui prévaut dans le Morvan et le Massif Central. Traversé par d' autres couches de populations, que l' exploitation des mines ou une colonisation sporadique ont, à diverses époques, implantées jusque dans l' intérieur des Vosges, il subsiste néanmoins dans les hautes vallées des deux versants. Il descend sur le versant oriental avec les vallées dites welches , qui ont conservé leur patois roman. Une empreinte gauloise prononcée reste sur les Vosges. Les plus anciens monuments où se marque la main de l' homme ressemblent à ceux qui existent en différentes parties de la Gaule. Le Donon, comme le Puy De Dôme, a son culte perpétué plus tard par un temple. Sur le promontoire fameux où la légende de sainte Odile a succédé peut-être à quelque ancien sanctuaire, se dressent les restes d' une enceinte fortifiée semblable à celles qui couronnaient le mont Beuvray et d' autres sites stratégiques d' oppida gaulois. Ce fut sans doute un refuge, rendu nécessaire par les invasions qui vinrent de bonne heure assaillir la riche plaine. Chaque jour, les découvertes préhistoriques nous font mieux apprécier l' importance des groupes de population qui avaient occupé les fertiles terrasses limoneuses bordant le pied oriental du massif. Menacées par des ennemis, les populations du versant alsacien recherchèrent sur les sommets l' abri des fortifications naturelles. Ce sont elles qui ont dressé sur les cimes ces camps retranchés dont on voit des restes non seulement à Sainte-Odile, mais à Frankenburg, à l' entrée du Val-De-Villé. C' est partout le rôle de la montagne d' offrir asile aux races refoulées. Bien plus âpre, bien plus longue est la pénétration par le versant opposé. La vallée lorraine, irrégulière et raboteuse, serpente péniblement sur le flanc occidental du massif. Elle est tournée vers les vents pluvieux. Elle n' a ni le climat, ni les ressources naturelles des vallées du flanc opposé, ni le châtaignier, ni la vigne. C' est par saccades et par des efforts répétés qu' une population parvint à s' y constituer. Plus encore que sur le côté alsacien, il fallut l' action systématique des monastères pour introduire dans ces solitudes forestières la culture et la vie : Epinal, Remiremont , Saint-Dié, Senones, étival, etc. La vallée lorraine des Vosges ne s' est peuplée et n' a vécu que par l' appui des petites villes qui se sont formées sur sa périphérie. Plusieurs de ces villes gardent encore quelque chose de la physionomie de ces marchés urbains qui, à proximité es montagnes, s' établissent pour servir aux transactions avec les montagnards. Leurs grandes halles, leurs rues à arcades, leurs larges places les caractérisent, aussi bien que les eaux vives de leurs fontaines. C' est là que le vosgien venait, à époques fixes, troquer son bétail ou les produits de son industrie, pour le grain nécessaire à sa nourriture, pour le lin qui devait occuper son travail d' hiver. Avec la ténacité caractéristique de nos vieilles races de montagnes, une population s' implanta jusque dans les intimes replis du massif. Elle se fit place aux dépens des forêts, sur les flancs inférieurs des vallées, sur les versants où s' attardent les rayons du soleil. Dans les basses , le long des collines , tant qu' il fut possible de faire pousser entre les pierres quelques-unes de ces récoltes de seigle ou de méteil qu' on voit encore à moitié verts à la fin d' août, s' éparpillèrent les granges , séjours permanents de ces montagnards. Ces maisons larges et basses, dont les toits en bardeaux s' inclinent et s' allongent pour envelopper sous un même abri le foin, les animaux et les hommes, sont les dernières habitations permanentes qu' on rencontre avant les chalets où les marquaires viennent , en été, pratiquer leur industrie. Quelquefois un coin de terre plus soigné où l' on cultivait un peu de chanvre, où croissent quelques légumes, avoisine ces granges . On voit, dans les vallées qui confluent à la Bresse, le domaine qu' elles se sont taillé sur les versants tournés vers le sud, entre les champs pierreux qui montent jusqu' à lisière de bois et les talus de moraines qui leur fournissent souvent un meilleur sol. Jusqu' au-dessus de 800 mètres, les dernières granges se hasardent ; ensuite, il ne reste plus qu' à s' élever encore de 200 ou 300 mètres pour atteindre les chaumes, les pâturages d' été qui, dès le VIIIe siècle, commencèrent à être méthodiquement exploités. Par eux et par les seuils tourbeux qui les avoisinent on franchit aisément la ligne de faîte qui sépare des riches vallées d' Alsace. Il y avait ainsi près du Rothenbach, au sud du Hohneck , un vieux " chemin des marchands " , que pratiquaient les gens de la bresse pour se rendre dans la vallée de Münster. Ces hameaux épars dans les vallées formèrent de petites autonomies. Sous le nom de bans , qu' on retrouve dans toutes les parties des Vosges, ils se groupèrent en petites unités distinctes, ayant leurs relations, leurs costumes et leurs moeurs. On ne s' étonne pas, dans quelques-uns de ces replis retirés, de voir encore de petites communautés d' anabaptistes vivant à part. à mesure que la population augmenta dans les Vosges, elle demanda davantage aux ressources de la nature ambiante, et principalement à la silve immense et aux eaux courantes. On exploita les forêts pour vendre des arbres à la plaine ; et de bonne heure la Meurthe vit s' établir un flottage important vers les riches campagnes de Metz. Des scieries, des moulins à papier profitèrent de la force des rivières. On en comptait un bon nombre dans les Vosges au XVIe siècle ; et longtemps même avant cette époque, des verriers utilisaient les sables des Vosges gréseuses, à Darney, comme à Bitche ou à Forbach. La vie industrielle y naquit de bonne heure. Forcée de joindre les ressources du tisserand aux trop maigres profits qu' elle tire du sol, de se mouvoir et de s' entremettre pour vivre, cette population fut soustraite par ses habitudes mêmes à la fixité monotone où s' engourdit parfois l' âme du campagnard. Grâce aux mines autrefois importantes, une colonisation artificielle y assembla comme une marqueterie d' habitants tirés du dehors. Les rangs de la population devinrent peu à peu assez denses pour que l' industrie moderne, en quête d' une main-d' oeuvre économique, vînt largement y puiser. L' industrie autour et au pied des Vosges a commencé par être humble, issue des besoins élémentaires de l' existence ; et néanmoins un lien ne manque pas entre ces pauvres industries de tisserands nées spontanément dans la montagne, et les usines qui s' étalent aujourd' hui dans la plaine d' Alsace ou dans la vallée de la Moselle. |