Généalogie Villages de LorraineEntraidePour me contacter recensement des villages de généalogistes :
 site hébergé par 1 et 1 | | Source : Annales de la Societe d emulation du departement des Vosges 1892. 1. 68e année page 301 Les ducs de Lorraine et le couvent de Remiremont étaient propriétaires de toutes les forêts des Hautes-Vosges. Les ducs, comme voués du couvent étaient parvenus à empiéter sur les droits de l'abbaye et, pour la plupart des fiefs, partageaient les droits et redevances - le pariage. Il y eut bien des conflits, bien des transactions qui enchevêtrèrent de singulière façon la géographie territoriale de cette contrée et il s'ensuivit une situation des plus compliquées pour les sujets. En dehors des mairies et bans, on trouve des communautés qui portent le nom de Foresterie, d'Arrentés ; des groupes d'habitants soumis à un régime particulier que l'on appelle Forestiers, Francs-Chazaux, Restaurables ou Restorés, Regnyaulx, Arrentés, Ecclésiaux... Tous répandus, épars dans les bans, relevant du souverain, du chapitre de Remiremont, de seigneurs particuliers. - Foresterie. Forestaux. - La forêt resta indivise à l'époque de l'indépendance gauloise ; elle appartint le plus souvent au fisc sous la domination romaine ; et, avec les Francs elle devint la propriété des rois, puis des seigneurs, des monastères. Ce n'est que beaucoup plus tard que l'on voit des particuliers en devenir propriétaires.
La Sylva gallo-romaine devint Foresta avec les Francs. Les rois donnèrent aux moines, à leurs fidèles, des concessions de forêts, des droits de chasse, limités à certaines zones que l'on appelait Forestae. Mais ce terme de Forestés, Forestoe dévia promptement de sa signification première et au lieu de se rapporter aux droits de chasse, de pèche, il désigna tous droits quelconques sur une propriété boisée ; ainsi la faculté de défricher : . protestatem haheat in eà foreste stirpandi (1010). » Des concessions faites, par les ducs, les monastères, aux serfs n'avaient d'autre but que de défricher et mettre en état de prairie ou pâturage ces zones forestières. Si on accorda à ces concessionnaires le droit de chasse, ce ne fut qu'accidentellement , quand le grand nombre d'ours, de loups était la cause d'accidents nombreux et que le souverain ne pouvait se refuser aux demandes des habitants d'organiser des battues. Ce nom de Forestaux que l'on retrouve donné à des groupes d'habitants des bans de Vagney, Longchamp et Moulin n'a pas d'autre origine : ils étaient - à des conditions déterminées - les concessionnaires de terrains boisés qu'ils devaient mettre en culture. On prenait en concessions de ces zones forestières que l'on appelait Forestoe ; celles-ci avaient une certaine étendue : chaque fois que l'on procédait à la reconnaissance des limites des seigneuries et des maisons nouvelles et anciennes qui en dépendaient - opération que l'on appelait Cerche ou Féauté - on constatait l'état de la seigneurie des Forestaux; toute personne qui bâtissait sur les dites terres devenait un sujet soumis aux mêmes charges que les autres. Tout sujet décédé sans héritier légitime était mainmortable; ses meubles revenaient au seigneur, même quand il avait quitté le pays ; du moment qu'il était parti sans une lettre d'affranchissement de cette servitude, le seigneur pouvait saisir ses meubles partout où il pouvait les trouver, même dans les régions où l'on ne reconnaissait pas la main-morte. Les habitants avaient à payer diverses redevances, entre autres une taille de 15 francs. On trouvait de ces forestaux dans les bans de Vagney, Moulin (Saint-Nabord), et Longchamp (Rupt). "Au ban de Moulin, dit Bugnon, est un lieu composé de quelques habitants et des Granges dites de la Foresterie et des Franches-Gens ; Morigneux, Lacheté, Criolle, Puxieux (Puzieux), Haut-Moutard (Houmantard), Olinchamp (Olichamp), Montègue (Montaigu), Rainfain (Ranfaing), Beaupré, Bouchot (Bouchaux), Faillier (Faillières), Prey-Brayeux, Heuchères (Huchéres) et Neuves-Granges, le tout prévôté d'Arches" (Aujourd'hui commune de Saint-Nabord.) Au ban de Vagney, se trouvait une autre foresterie donnée par acte d'avril 1285 par le duc Ferry à "son cousin Ferry seigneur du Châtelet" Le duc donne "tout ce quan que je ay et puis et doive avoir on ban et on finage de Wanbeugney en la mairie de la ville et don Vaul et des appendisses sur les hommes,.., si que rien n'y retenons sur les hommes et doing et octroy encore audit seigneur Ferry..„ les forestiers de Wanheugney en hommes et en femmes, en prises, en tailles, en chevauchées et bon ban et la justice haute et petite, les rentes et les issus quan que je y aye et puis et doie avoir esdits forestiers et ez Chessauls et toutes les choses qui appartiennent asdits forestiers en quelque lieux qu'ils soient et puet retenir ledict sire Ferry tous hommes qui n'auront là demeurey en si comme je faisoie ; fuers que quatre hommes que je retiens tant seulement esdits forestiers aux et leur tenours et leurs hoirs...!A sçavoir que je retient mes hautes forêts et mes gueux bannaux en tel manière que ly homme, ]ou dit seigneur de Chaisteillet, del mairie et de la Fouresterie de Wahengney, et s'il qui vauront demourey, les dessous luy et ses hoirs, ce de ly défailloit, ont lour usuaires en mes hautes forêts sans vendre et sans exarter et peuvent exarter ly où ils ont autrefois exarter et donnons et octroyons... ». Le Franc-Chazau ou Chessauls était la maison située à Vagney où se trouvait le siège de la justice de cette seigneurie. Il y avait enfin des Forestaux dans le ban de Ramonchamp. La seigneurie de la Foresterie était composée, au XVIII° siècle, des villages du Thillot, Fresse, Saint-Maurice, le Pré-Demmerais, Le Ménil, Remanviller (en partie) "et plusieurs maisons situées en divers lieux à l'entour de ces villages sur les héritages et terres de la dite seigneurie, tous lesquels villages et maisons sont composés non seulement de maisons, hommes et sujets, mais aussi d'héritages et terres de la dite seigneurie de la grande mairie du ban de Ramonchamp par confins, limites et autres marques qui se connaissent lorsque la féauté dudit ban se conduit ." Ces Forestaux se perpétuaient non seulement par leurs enfants et héritiers, mais par de nouveaux qui venaient s'installer dans ces zones forestières. Il en résulta qu'il y eut des « viez frontiers et des novelz » : des vieux Forestaux et des nouveaux. Tous les trois ans, il y avait un recensement.
- Hommes restaurables ou restaurés. - Regnaulx ou Reynyaulx
L'abbaye de Remiremont possédait d'énormes bien dans les Hautes-Vosges. Les ducs de Lorraine, propriétaires eux-mêmes de grandes fôrets dans cette région, parvinrent à s'emparer d'une bonne part d'autorité dans ces domaines monastiques. De là des droits de toute nature qui leur permettaient d'intervenir dans le gouvernement intérieur du domaine du chapitre de Remiremont. Dans certains bans, les souverains lorrains possédaient des groupes d'hommes, en nombre fixe, que l'on devait toujours remplacer quand il en mourrait ou disparaissait un. Il y avait une véritable substitution,qui a fait donner à ces sujets des ducs lorrains d'hommes restaurables ou restorez. "Item ay emporté on dit ban [Girancourt], treize hommes restoretz qui ne me puellent faillir, car quand il en meurt ung, le ban est tenu m'en restorer ung autre, trois mailles plus ou trois mailles moings... et me doient yceulx hommes restorez chascung an deux tailles et pour chacune taille dix florins tollois..." (1498) De même, le ban d'Arches doit au duc :"trente froutiers raitorable et les prant-on dedens les bones de la frouterie aussi bien suix lai mairie de Bruieres comme d'Arches" (1366) Le couvent de Remiremont doit à "Monseigneur lou duc douze pachours (pècheurs) raitourables pour servir de vives trutes (truites vivantes) (1366) Au ban de Girancourt le duc a : "Encore six hommes appelée Regnyaulx à moi seul qui me doivent chacun an la taille par deulx foys... " (1498). Ces Reynyaulx devaient occuper des concessions données dans la forêt de Regnaulvoid (Reynalwoid), qui dépendait du ban de Girancourt. Il arrivait que, pour cause de peste, guerre, la population, par trop réduite, ne pouvait restorer les hommes dus au duc Ainsi, en 1474, pendant les guerres des Lorrains et Bourguignons, le ban d'Uxegney se trouva dans l'impossibilité de restorer les hommes tués ou disparus : « Anciennement le ban d'Uxegney avait quatre-vingts ou cent mesgnies (familles) d'ommes et hussent nos prédécesseurs droict sur iceulx prendre treize hommes restorez... il est advenu que par les grandes guerres qui longuement avait heu cour, que ledit ban d'Uxegney estoit réduit à telle pauvreté et de population qu'il n'y avoit demeuré fors due deux ou trois hommes... » . Le duc René renonça pour trois ans à prendre ses treize hommes (1476).
L'Arrentès est postérieur aux Foreslaux, aux Restorez. Les ducs, afin d'aider au peuplement de la montagne, donnèrent des multitudes de concessions moyennant redevances. Ces ascensements prirent leur développement à partir du XVIe siècle. La population en demanda avec empressement. Les ducs y avaient double intérêt : Ils peuplaient d'abord une région presque inhabitée et improductive ; puis, en augmentant le nombre de ces redevanciers, ils diminuaient l'influence du chapitre de Remiremont, puisque les concessionnaires dans les régions communes au chapitre et aux ducs relevaient des deux propriétaires. Les choses prirent un tel développement que le chapitre se refusa à tout acensement sur les terres en pariage. Par contre, sur les domaines où il était seul maître, il donna nombre de ces acensements, on les appela des Ecclésiaux; tandis que les autres (ceux des ducs) portèrent le nom d'Arrentès.C'était bien en effet une rente, une somme en argent qu'ils payaient au domaine ducal Il y eut des vieux Arrentès et des nouveaux Arrentès, les uns et lés autres n'étaient en résumé que des Censitaires. Ces Arrentès, épars dans la région montagneuse qu'ils peuplèrent bien vite, finirent par se constituer en communautés.:, Dans le baillage de Remirernont, on relève en 1751 : - Les Arrentès de Chaumont, formés de granges éparses et du hameau de Fallières (Saint-Nabord).
- Les Arrentès de Cleurie, répandues dans différentes granges du ban Saint-Joseph (Tholy, La Forge).
- Les Arrentès du ban de Saint Joseph. (Cleurie, La Forge).
- Les Arrentès de Saulxures.
- Les Arrentès du ban de Vagney, répandus dans différents lieux du ban.
- Les Arpentés de Xamontarupt qui, avec Xamontarupt,formaient une communauté,
Dans le Bailliage de Bruyères : - Les Arrentès du ban de Corcieux composés de maisons situées à Vanémont, Ruxurieux et Mariémont.
- les Arrentès au-dessus de Granges, communauté composée de sujets et de maisons répandus dans le ban de Granges.
- Les vieux Arrentès de Granges, où sont les hameaux de Cherrière et Fay et répandus dans le ban de Granges.
- Les nouveaux Arrentès de Granges, répandus dans le ban de Granges.
- Les Arrentès d'Ivoux, communauté composée d'Yvoux, - village, et des cesses du Closel, Neuf-Pré, etc.,, (commune de La Chapelle, canton de Corcieux).
Ainsi, en 1789, il y avait dans la montagne onze communautés formées par des Arrentès. Aujourd'hui il n'en reste plus qu'une : celle des Arrentés de Corcieux. A ces Arrentès il faut ajouter les Granges, Censes, etc .,, qui se trouvaient dans les mêmes conditions, mais qui n'avaient pas été constituées en communauté.
Forestaux, Restorez , Regnyaulds, Arrentès formaient une population à part, à qui nous devons la mise en culture, en prairies et pâturages de toute la région des Hautes-Vosges. C'est à partir du XIIIe siècle que les chartes nous montrent les tentatives de peuplement de la montagne par les ducs de Lorraine: en 1285 le duc Ferry s'associe au sire de Radstatt pour créer une ville neuve dans les lieux appelés LongueMer et Gérardmer. C'est aussi à cette époque (1295) qu'il est parlé pour la première fois de Forestaux, ce qui nous permet d'en conclure qu'il y en avait déjà avant cette époque. Mais c'est surtout à partir du XVIe siècle que ce mouvement s'accentua: C'est à ce moment que Cercenées, Granges, Arrentès sont créés et se développent avec la plus grande rapidité. C'est à cette époque que la montagne commença à se peupler réellement. |