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En 1787, Loménie de Brienne établit des assemblées provinciales pour partager l'autorité avec les intendants, les éclairer et les surveiller. Cette assemblée pour la Lorraine se réunit à Nancy le 18 août 1787. Elle comptait d'abord 24 membres nommés par le roi, savoir : 6 du clergé, 6 de la noblesse et 12 du tiers état. Ces 24 membres en élirent 24 autres parmi lesquels se trouvait Febvrel, procureur du roi au bailliage de Bruyères. Cette assemblée travailla beaucoup, et prépara l'organisation des communes et des districts qui fut adoptée plus tard par la Constituante. Mais contrecarrée par l'intendant et ses commis, elle ne pouvait aboutir. C'est alors que Brienne voulut tenter une nouvelle réforme et briser les parlements qui lui résistaient en érigeant tous les bailliages en sièges présidiaux, en créant deux grands bailliages: Nancy et Mirecourt, comme tribunaux d'appel et en supprimant une des chambres du Parlement de Nancy. Celui-ci se souleva tout entier, et le premier président fit entendre le 8 mai 1788 au gouverneur de Nancy et à l'intendant une protestation très digne contre les ordonnances. Le Parlement fut exilé, mais l'intendant devint l'objet de vifs ressentiments. Le lieutenant du bailliage de Bruyères refusa d'enregistrer les ordonnances, et chargeait l'intendant de notifier au Roi sa rébellion, tout en l'assurant de ses sentiments d'amour et de respect. Cette protestation fut très bien accueillie à Bruyères, ainsi qu'on peut en juger par les faits suivants « Le 8 août, les officiers municipaux ont manifesté leur façon de penser sur les opérations et les nouvelles lois du 8 mai, ils ont suivi la route fine le bailliage leur avait tracée dans son arrêté du 14. » « Le 27 octobre 1788, le maire royal a dit : « La justice fidèle à la loi du serment et de l'honneur ne rendait plus ses oracles. Du haut de son trône notre bienfaisant monarque a écouté les doléances de tous ses sujets, et il. en est énoncé cette sage déclaration qui rappelle tous les magistrats à leurs fonctions. Cet heureux Jour est pour le royaume un jour de triomphe et de joye, invitons par notre exemple nos concitoyens à la célébrer par des démonstrations publiques, et nous, Messieurs, signalons par une députation solennelle les sentiments que nous a inspiré le courage éclairé de nos magistrats. Vendredi 31, une époque fixée par eux pour la rentrée du bailliage, allons au pied de ce tribunal porter le tribut d'hommages que nous lui devons. La gloire dont il s'est couvert rejaillit surtout sur nos concitoyens qui ont unanimement applaudi à son arrêté du 14 mai dernier, lequel a décidé le nôtre du 9 août courant. Pourquoi ne saisirions-nous pas un si beau jour pour répandre sur les pauvres de cette ville une aumône alimentaire qui leur fasse, pour ainsi dire, oublier en ce moment la cherté du pain et serait un moyen de faire bénir le Roy et d'obtenir du Ciel la conservation de ses, jours ? La matière mise en délibération, il a été arrêté 1° L'hôtel-de-ville sera illuminé vendredi soir 31, au son des cloches ; 2° M. Breton et le maire royal se rendront en cérémonie à la salle du bailliage pour féliciter ce corps au nom des officiers municipaux ; 3° Il sera distribué 325 livres de pain. Le roi remplaça Brienne par Necker, le 23 septembre 1788, et décida la convocation des Etats-Généraux tout le printemps prochain. Le 20 octobre, le Parlement faisait sa rentrée à Nancy au milieu de l'allégresse publique. Dès ce moment, on se mit à préparer les élections. On voulait surtout reconquérir pour la Lorraine ses libertés d'autrefois et notamment les états provinciaux. Il y avait entente presque complète entre les trois ordres. 17 décembre 1789.Les officiers municipaux assemblés extraordinairement ont délibéré sur la lettre et le procès-verbal imprimés, adressés par le tiers-état de la ville de Nancy, assemblés le 27 juillet dernier et le 2 décembre. La lettre invite à convoquer le tiers état de Bruyères pour exprimer les mêmes vœux et les mêmes réclamations et cette communication doit être faite le plus promptement possible, si elle est nécessaire ou utile, et on doit la différer si des observations sages et des motifs puissants empochent disant à présent d'exprimer les mêmes voeux et de faire les mêmes réclamations. La municipalité répond qu'elle ne veut pas s'écarter des formes constitutionnelles, que l'on rend hommage au zèle plein de force et d'énergie qui caractérise les délibérations du tiers-état de Nancy et sans les considérations majeures qui nous ont entraîné, nous nous serions fait un devoir d'y adhérer. Cette réponse vaut à la municipalité de Bruyères une lettre de remerciements de la part de l'intendant de lorraine. 14 janvier 1789. -- Assemblée extraordinaire des OfficiersLe maire royal rappelle la délibération du 17 décembre, puis donne lecture d'une autre lettre du 12 janvier 1789, par laquelle le comité de Nancy rapporte que les deux premiers ordres ont arrêté le 22 décembre, de se réunir au tiers-état en assemblée générale pour délibérer sur la forme d'organisation des états provinciaux qui paraîtra la plus avantageuse. Dans cette réunion, les syndics des deux ordres s'y sont présentés et ont invité le tiers à se réunir à eux. Qu'alors il serait de l'intérêt du tiers de se trouver par député à cette assemblée, qui selon eux est d'autant plus légale que le souverain et ses ministres en sont prévenus, que le silence du gouvernement est un consentement tacite, c'est pourquoi on prie les officiers de faire ce que leur prudence leur suggérera. C'est pourquoi, vu les intérêts de la province et de Bruyères pour le rétablissement des états provinciaux, que pour éviter la confusion d'une assemblée trop nombreuse et pour conserver néanmoins à chaque citoyen le droit de vote, dans une circonstance où il doit être question dans l'intérêt de tous, et la ville n'ayant ni jurande, ni maîtrise, il conviendrait, outre les officiers du bailliage royal, les avocats, les procureurs médecins, chirurgiens, apothicaires, d'inviter chaque communauté d'arts et métiers à l'assemblée pour choisir séparément chacun un ou deux députés à l'assemblée des notables du tiers état. C'est pourquoi on forme 13 communautés 1° Marchands et négociants ; 2° Laboureurs 3° Commerçants et débitants de vin ; 4° Boulangers ; 5° Cordonniers; 6° Menuisiers, tourneurs, charpentiers et vitriers; 7° Maçons et tailleurs de pierre ; 8° Bouchers, selliers bourreliers ; 9° Tisserands; 10° Huissiers; 11° Serruriers, maréchaux, cloutiers ; 12° Perruquiers ; 13° Tailleurs d'habits, bonnetiers, chapeliers. Il est ensuite unanimement arrêté que le lendemain à 3 heures, il y aurait une assemblée de notables à l'Hôtel de Ville, et qu'on écrirait une lettre au comité de Nancy pour le remercier de son attention. 15 janvier 1789.Le maire royal fait les propositions suivantes 1° Le tiers état de Bruyères est-il intéressé à envoyer des députés à l'assemblée des trois ordres à Nancy. Quel doit être le nombre de ces députés ? (il a droit au même nombre que les deux autres ordres réunis). La noblesse de Bruyères avait nommé deux députés et le clergé un. Aux frais de qui se fera 1a députation? Instruction à leur donner ; 2° Ne conviendrait-il pas que le tiers envoyât des députés aux deux ordres pour demander de leur être réunis en assemblée générale afin de porter un concert unanime à l'assemblée ? On nomme pour scrutateurs : Rapin, Febvrel et Bompart, et pour rédacteurs : Collet, Febvrel, Claude et Georgel fils. On arrête 1° Qu'il sera envoyé trois députés du tiers à Nancy. Les frais seront payés par une répartition sur tout le tiers. On choisit : Gusman, lieutenant général, Rapin, conseiller et Febvrel, procureur. Ou délègue aux deux autres ordres : Rapin, Claude, avocat, Gérardin et Lervat, notables bourgeois pour proposer la réunion des trois ordres. Ces députés allant sortir, on annonce à l'assemblée que les députés des deux autres ordres arrivent : Ce sont Thomas, curé, et le chevalier de Vioménil que l'on fait asseoir près du maire royal. Thomas, dit que son collègue et lui sont envoyés pour s'entendre avec le tiers pour porter à Nancy des voeux unanimes pour le rétablissement des états provinciaux. Le maire répond que le tiers est pénétré de reconnaissance pour la marque de confiance et de confraternité que veulent bien lui donner les deux autres ordres, et qu'on envoyait deux députés faire la même demande. On s'entend ensuite pour la réunion générale du l6 courant. 16 janvier 1789. Réunion générale des trois ordres.Le tiers, d'abord assemblé, envoie Gusman et Lervat prévenir les deux ordres qu'on les attendait. A leur entrée, le tiers se lève pour répondre à leur salut. Le clergé prend place à droite, la noblesse à gauche et le tiers à droite et à gauche et en face de la noblesse et du clergé. Tous assis, M. Thomas dit « Messieurs, la nation française, par respect et déférence de notre auguste religion, a voulu dans tous les temps que ses ministres occupassent le premier rang dans les assemblées des trois ordres. C'est à ce titre, Messieurs, que votre pasteur a, aujourd'hui, dans cette respectable assemblée, l'honneur de se trouver à votre tête et de parler le premier, où, par un voeu mutuel et également empressé, les trois ordres ont désiré de se réunir pour délibérer en commun et fraternellement sur les intérêts de la Providence et de la ville de Bruyères en particulier. « Les ministres des autels devant toujours être des ministres de paix, il est bien consolant pour notre ministère de voir un jour la concorde présider au milieu de nous pour y diriger les mouvements de zèle et de patriotisme. « Puisse l'issue de cette assemblée apprendre à nos concitoyens et à nos compatriotes qu'aujourd'hui, comme dans tous les temps, les trois ordres de la ville de Bruyères n'ont qu'un cœur et qu'une âme et qu'un sentiment quand il s'agit de l'intérêt de tous. « Vous savez, Messieurs, qu'avant d'opiner sur les objets qui nous rassemblent, il est nécessaire de nommer par la voie du scrutin un président des trois ordres et de le choisir clans les deux premiers. » C'est pourquoi on nomme Doridant, de Rambervillers, Gusmann et Georgel, scrutateurs. Au premier scrutin, Thomas et Doridant sont nommés présidents, puis au second tour, Thomas. Les nobles avaient auparavant nommé pour députés à Nancy : Thomas Chairon père et Depont. L'abbé Thomas remercie l'assemblée de l'avoir nommé président. Puis il nomme pour la rédaction du procès-verbal M. Doridant fils, associé à M. Doridant de Rambaville, son père, pour les deux ordres et M. Febvrel pour le tiers. Le président propose de délibérer 1° S'il est de l'intérêt des trois ordres de demander le rétablissement des états provinciaux ? Oui, à l'unanimité. 2° Quel est le voeu sur leur organisation et quelles instructions il faut donner aux députés ? Considérant que ce sujet mérite réflexion, que le peu de temps avant le départ des députés ne permet pas de tracer une ligne de conduite, on propose alors de lire le règlement de ceux du Dauphiné déjà adopté par plusieurs provinces de France, et de s'y conformer, sauf les usages et coutumes relatifs à la Lorraine. Puis on demande une prorogation à l'assemblée de Nancy, car on n'a pu recueillir les vœux des paroisses de la campagne et qu'on éviterait ainsi de justes réclamations. Quant aux autres questions qui seraient traitées à Nancy, on s'en rapporte à la prudence des députés. Sur la demande d'un des députés du tiers, on convient de faire visite, en corps, au comte de Girecourt, grand bailli de Bruyères à Nancy, afin qu'il se rende avec les députés pour les visites d'usage. Ont signé : Thomas, l'abbé Georgel, Doridant de Rambaville de Cheyron fils, chevalier de Morizot, chevalier Doridant, de Cheyron fils, le comte de Martinprey, baron de Villefond, le chevalier d'Emeric, Vaudechamp, Henri de Pont, de Jacob fils, Doridant fils, chevalier de Vioménil, de Brigeot, Lavaux, Georgel, Febvrel, Gusman, Claude, Martin, Collet, Bompart, Breton, Rapin, Besdel, Cbavane, Gerboulet, Blaise, Georgel fils, Collet Frédéric, Valantin, Durand, Bouillon, Lervat, Abadie, Grégoire, Trotot, Finck, Boyé, Fèvre, Valantin, Jacquel, Masson, Delang, M., Delang, G. Miche, Ranfaing, Henry, Collin, Collot, CIaudel, Nix, Aubert, La Garde, Marchal, Thomas, Dupont, Gérardin, Bertrand. A partir de ce ,jour, on prépare activement les cahiers de doléances. A Bruyères, eurent lieu plusieurs réunions des trois ordres, desquelles nous ne donnons pas le compte-rendu. La noblesse fit un cahier spécial, tandis que le clergé et le tiers état en élaborèrent un autre en commun. Nous transcrivons ci-après ces deux documents, les faisant précéder du procès de la réunion du clergé. La noblesse élut pour député à Mirecourt Clément de Metz, et admit le vote par tête et non par ordre par 14 voix contre 5. Elle n'avait pas admis à siéger au milieu d'elle les gentilshommes de Laveline. Le tiers état nomma députés à Mirecourt Gusman et Febvre, tandis que Rapin, Georgel, Collet et Claude furent chargés de la rédaction du cahier de doléances. |