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En vertu des décrets de la Convention du 29 frimaire an I, concernant l'instruction primaire, il est ouvert à la mairie un registre pour les noms des instituteurs et institutrices du premier degré, et pour les enfants qui devront fréquenter l'école. Les instituteurs qui voudront enseigner déclareront qu'ils sont dans l'intention d'ouvrir une école ; ils désigneront le local qu'ils veulent employer et l'espèce de science qu'ils veulent donner. Mais avant, ils justifieront de leurs bonnes mœurs et de leur civisme, au moyen de certificats.

Ils ne devront enseigner d'autres maximes que celles conformes aux lois et à la morale républicaine et, pour cela, ils se serviront des livres élémentaires adoptés par la représentation nationale.

Leur rétribution sera de 20 livres par an pour chaque élève, et de 15 livres pour les institutrices. Les enfants n'entreront pas à l'école avant six ans, y seront envoyés avant huit, et devront au moins la fréquenter pendant trois ans. Les parents qui n'enverront pas leurs enfants à l'école seront punis par le tribunal de police correctionnelle et, en cas de récidive, privés pendant dix ans de l'exercice de leurs droits de citoyen.

L'école fut rétablie le 1er germinal an II. Comme il ne s'était présenté que des instituteurs, on sépara néanmoins les deux sexes ; Joseph Hennequin et Claude Valet furent nommés instituteurs, Nicolas Hennequin et Joseph Grandferry furent chargés de l'école des filles.

Relativement à l'instruction donnée dans les écoles, nous reproduisons une circulaire (n° 462), de l'agent national du district de Bruyères, aux maires des communes

Bruyères, le 19 pluviôse, 3e année de la République française, une et indivisible.

Pour se conformer à la loi du 27 brumaire relative aux écoles primaires, l'administration et le jury d'instruction se sont empressés de fixer le placement des instituteurs et institutrices d'après leurs connaissances locales.

Le premier soin a été de ne choisir, pour remplir les fonctions importantes d'instituteurs, que des citoyens à qui la Révolution est chère, et qui en attendent un nouveau perfectionnement et un nouveau bonheur pour l'espèce humaine.

Ils ont recherché dans les instituteurs cette dignité de caractère qui peut représenter l'autorité paternelle, et cette douceur, celte patience si nécessaire avec des enfants, qui peut représenter la tendresse des mères.

Avant de les mettre en activité, on ne leur a pas laissé ignorer que l'on ne devait plus professer dans les écoles de ces erreurs dont on riait dans le monde, ni parler un langage qui effrayait le bon sens et le bon goût ; dans ces temps d'erreur, le titre d'instituteur ne pouvait avoir rien d'honorable, le talent même alors ne paraissait qu'une pédanterie, lorsqu'il donnait des leçons.

Aujourd'hui qu'on ne professe plus dans les écoles que les vérités par qui le genre humain a été éclairé, aujourd'hui qu'on apprendra dans les écoles ce qu'il faut savoir pour servir sa patrie, aujourd'hui que tous les regards de la nation seront incessamment ouverts sur les écoles qu'elle-même institue, aujourd'hui que les précepteurs de l'enfance seront mis presque au même rang que les fonctionnaires de la République, la considération et la gloire attendront dans les écoles ceux qui y porteront des talents et des lumières; l'âme la plus délicate dans sa fierté  trouvera des jouissances pour sa fierté même; aucun talent ne sera trop élevé pour les écoles primaires de la République Française.

Eh ! que peut-il manquer au bonheur de ceux qui sont admis au rang d'instituteurs dans nos écoles ? Sans cesse ils auront dans leurs mains et devant leur esprit les éléments des sciences les plus utiles, tracés par les professeurs les plus renommés ;

ils seront auprès de l'enfance les intermédiaires comme les envoyés de la République et du génie ; par leur organe, pénétreront avec plus de facilité dans des âmes neuves les vérités d'où doivent naître les vertus et les prospérités des générations futures. Si aux lumières ils joignent quelques talents, quel vaste champ d'observations va s'ouvrir pour eux, au milieu de ce peuple de jeunes élèves qui ne sentiront plus les peines de l'étude parce qu'ils en recueilleront les vrais trésors. Que de moyens d'étudier le coeur humain dans ses mouvements les plus naïfs et l'esprit humain dans ses premiers développements. Quelle occasion de découvrir de nouveaux phénomènes des sens, de la manière, de l'imagination, du raisonnement, du système entier de la formation de nos idées

Faut-il aux instituteurs d'autre aiguillon que la pensée du bien immense auquel ils vont concourir? Les enfants de quelques favoris de la fortune ne seront pas les seuls qui iront s'introduire dans ces écoles républicaines ; c'est une nation tout entière. Là ne seront point enseignées ces doctrines vaines qui égaraient la raison dans la science, ces arts frivoles qui corrompaient les moeurs par les talents, mais on enseignera, dans toute leur perfection, les arts indispensables pour rendre le bon sens d'un homme indépendant des connaissances ou artifices d'un autre, mais on apprendra les seules sciences réelles, celles qui répandent les lumières pour mieux pratiquer les arts utiles. Par les leçons qu'on y recevra, on sera disposé, non à déserter la charrue et la forge, mais à les manier, à les diriger avec plus d'intelligence ; la philosophie la plus profonde y sera si claire, que sa voix ne paraîtra plus que la voix de la nature

au sortir de ces écoles, les élèves n'iront point se presser dans les villes pour ne rien faire et discourir sur des riens, ils se répandront dans les campagnes, dans les ateliers, sur toutes les mers, et la République sera peuplée de marins intrépides, d'artisans ingénieux, de cultivateurs physiciens. Les épis croîtront plus chargés et lias riches de grains sous les mains de laboureurs qui sauront consulter la nature, des moissons plus variées et plus abondantes, des aliments meilleurs pour le goût, pour la santé et pour la force, des meubles dont la commodité, et non pas le luxe, fera l'élégance, seront pour tous les citoyens de la République pour les hameaux comme pour les cités, les résultats certains et prochains de cette éducation si nouvelle, donnée à toit[ un peuple. Les progrès d'un bien-être général seront partout les témoignages du progrès de la raison et des lumières.

Voilà, citoyens, le tableau de bonheur qu'il faut faire sortir du sein de la République, et montrer à toutes les nations ce que peut un peuple libre. Les puissances de l'Europe sont de toutes parts soumises au triomphe de nos armées ; si nous remplissons ce que la Convention nationale attend de nous, les nations de l'Europe seront bientôt soumises à nos principes par les triomphes de nos arts et par le spectacle de nos prospérités intérieures.

Je crois, citoyens, vous avoir suffisamment démontré les avantages qui peuvent résulter d'une éducation soignée ; il ne me reste plus qu'à vous rappeler que vous demeurez responsables de l'inexécution de cette loi bienfaisante, et qu'en vrais magistrats, vous devez, au moins une fois par décade, visiter les écoles primaires, à l'effet de vous assurer si elles sont assidûment fréquentées, si la police intérieure y est maintenue, si les élèves sont dociles et soumis, s'ils ont fait des progrès, et enfin si l'instituteur lui-même se conforme au prescrit de la loi, en n'enseignant à ses élèves que les vrais principes de la morale républicaine ; cette tâche est si glorieuse à remplir, qu'il y a lieu de croire que vous vous en acquitterez avez le zèle que vous inspirent l'amour et le triomphe de la République. Salut et fraternité.

                                                                L'agent national, VUILLAUME