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Villages de LorraineEntraidePour me contacter | Doléances pour l'ordre de la noblessedu bailliage de Bruyères en Lorraine
La déprédation des finances, la position malheureuse où l'Etat se trouve, allaient encore être aggravées par des édits bursaux, présentés à main armée ; la nation sortie de son assoupissement a porté ses réclamations au pied du trône. Le roy a permis à son peuple de lui proposer les moyens de réformer les abus et de raffermir la confiance des citoyens en assurant la félicité publique ; c'est pour répondre à ses voeux bienfaisants que le député de la noblesse du bailliage de Bruyères sera chargé spécialement de voter
On nous objecterait en vain qu'un souverain n'étant qu'usufruitier ne peut aliéner ses domaines ; c'est une loi en France qui ne peut regarder la Lorraine que pour les aliénations faites par le roy depuis l'époque de 1737. Si les derniers ducs de Lorraine, ancêtres de notre auguste reine, n'avaient pu légalement aliéner des parties de leurs domaines, ils n'auraient pu aliéner la province qui pourrait alors se soustraire à la domination de Sa Majesté selon la volonté de la nation, puisque le dernier souverain serait censé avoir fait cette cession contre les lois. Enfin, par le traité de 1737, nous devons conserver tous nos privilèges et toutes nos possessions. Le duc Léopold a trouvé presque tout son pays abandonné et en friche; il a attiré beaucoup de colons étrangers en leur donnant des terres à défricher sur lesquelles ils ont bâti ; on ne peut les évincer avec justice, puisqu'une jouissance passagère ne saurait les indemniser des travaux et des frais qu'ils ont faits, ainsi que du sacrifice de s'être expatriés. Tous les habitants des montagnes sont dans ce cas, on ne peut donc sans bouleverser toute la province retirer les domaines que ces princes ont aliénés ;
Mobile et dès lors décourageante par le caprice des ministres de la guerre, dont neuf depuis 20 ans n'ont fait que tracasser les troupes soit dans leur formation, soit dans leur habillement (1), soit par des coups de plats de sabre ou autres horreurs à la nation, soit par des manoeuvres impraticables, selon que l'inexpérience des ministres était entraînée par de jeunes ambitieux et des flatteurs qui, sans avoir jamais vu brûler une amorce, avaient pour perspective de faire un chemin rapide en présentant leur enthousiasme et leurs rêves pour des idées lumineuses et en arrachant des ordonnances qui dévastent personnellement les corps par la désertion, ce qui décourage les anciens officiers au point de leur faire préférer une retraite prématurée à la douleur de servir d'instruments à l'avilissement de la nation pour laquelle il serait à craindre, après un laps de temps très court, de voir les troupes composées de gens levés de la lie du peuple. Autrefois les capitaines, l'âme des régiments dont ils tenaient en mains la force et les ressorts, vieillissaient dans leur état; ils devenaient les instituteurs et les modèles des jeunes officiers qui apprenaient sous eux à respecter leurs chefs, à se plier sous le joug de la discipline et de la subordination. Pourquoi ? C'est qu'alors des grades honorables devenaient l'apanage de longs services. Une lieutenance-colonelle à rang d'ancienneté dans son corps et une lieutenance de roy pour but faisaient dévorer les fatigues et les dégoûts inséparables d'une obéissance toujours passive, et notre armée composée de pareils vétérans devenait une école de valeur et d'héroïsme. Aujourd'hui, tout est changé; le capitaine, quelle que soit sa valeur, ses blessures, son expérience, ses talent, et ses longs services, s'il manque de fortune et d'une protection qui la suit, se voit condamné à traîner son existence dans les grades subalternes et ne soupire plus qu'après le moment de sa retraite. L'amour de la patrie s'éloignant dans des âmes que l'on révolte en cherchant sans cesse à les rabaisser, les récompenses honorables ne devraient être, dans notre constitution militaire, que le prix des services signalés. Lorsque cette morale, vraiment guerrière, se trouvait en activité, nos troupes étaient une pépinière de héros. Le soldat devenant officier et l'officier pouvant devenir général, on voyait à la tête de nos légions les Catinat, les Fabert et les Chevert. Maintenant qu'on semble avoir élevé une barrière insurmontable entre le simple officier et le premier grade, les anciens capitaines se retirent. Une jeunesse sans frein, sans discipline et souvent sans moeurs forme la tête de nos régiments. Plus de surveillants qui imposent à de jeunes adolescents, lesquels n'apportent dans nos écoles militaires qu'un goût effréné des plaisirs, de la dépense et de l'insubordination. C'est à cette jeunesse efféminée qui n'a pour titres que sa naissance, ses richesses et les faiseurs de la cour qu'on prodigue les premiers honneurs. Un autre abus trop toléré dans notre militaire, c'est l'impunité qui autorise dans les officiers supérieurs les punitions souvent excessives et presque toujours arbitraires. La discipline doit être sévère, la subordination absolue, mais si une loi nationale rendait l'officier supérieur comptable et responsable de sa sévérité déplacée, l'impétuosité ou la prise qui l'entraîne au-delà des bornes serait arrêtée par la crainte du blâme ou de la réprimande. Notre député doit donc s'occuper aux Etats-Généraux de solliciter Sa Majesté pour obtenir une constitution fixe, immuable et fondée sur le caractère national d'après un nombre déterminé de princes du sang, de maréchaux de France, qui formeront entre eux un conseil de guerre dans lequel aucun ministre ne pourra entrer, s'il n'est au moins lieutenant général, étant de notoriété publique qu'il y a beaucoup de nos maréchaux de camp qui n'ont jamais vu tirer un coup de fusil ;
Ont signé, etc... NB : les signatures ne figurent pas dans le livre (1) Nous avons vu donner successivement des habits-vestes, de grands habits, de petits chapeaux, des grands chapeaux à deux, trois, quatre cornes, des casques, etc., et d'après une ineptie révoltante du caractère français, proposer de faire des jocquais d'une infanterie inexpugnable en obligeant chaque individu à se faire couper les cheveux à l'anglaise. Quand on a présenté à Sa Majesté un soldat en habit-veste, elle s'est écriée : "Si c'est un habit, il est trop court ; si c'est une veste, elle est trop longue" retour au texte |