Tanneurs et Corroyeurs  de Gorze

 

 

 

 

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Cahier des remontrances et doléances des tanneurs et corroyeurs de Gorze.

En 1759, époque de l'établissement de la régie, il existait à Gorze 15 tanneurs, dont la moindre tannerie contenait trois fosses; ce nombre est réduit maintenant à 4.

 Les maux occasionnés par l'impôt sur les cuirs sont exprimés d'une manière non équivoque dans les différents mémoires présentés tant au roi qu'à l'assemblée des notables et aux ministres par plusieurs tanneurs du royaume: ceux de Gorze n'ont pas d'autres sujets de réclamation. Une fois assuré des malheurs qu'enfante journellement la loi de l'impôt abandonnée à l'activité fiscale, on ne sera plus surpris de cette étonnante diminution dans le nombre des tanneurs de Gorze ni de la décadence sensible qu'éprouve de jour en jour le commerce des cuirs dans le royaume, commerce dont l'anéantissement est assuré, si on ne détruit pas à la fin les entraves et les difficultés sans nombre qu'apporte à cette branche de commerce un droit aussi onéreux, aussi fatal à ses progrès et en même temps d'un si faible produit pour l'État; car les frais de régie absorbent la moitié du produit de la surcharge imposée sur le commerce des cuirs, et le gouvernement lui-même supporte la majeure partie de l'autre moitié, l'entretien des troupes exigeant une immense consommation de cette espèce de marchandise, le fantassin, le cavalier et son cheval étant tout couverts de cuir.

Les 4 tanneurs qui restent à Gorze de 15 qu'ils étaient, seront forcés d'abandonner entièrement leur état, si les bontés du roi et les lumières des ministres ne daignaient apporter un remède aussi prompt que salutaire aux maux qui provoquent leurs doléances et celles de tous les tanneurs du royaume, plaintes d'autant mieux fondées que les vexations continuelles des commis de la régie donnent naissance à une infinité de procès qui occasionnent la ruine et quelquefois le déshonneur des familles les plus honnêtes.

Ceux de Gorze sont d'autant plus à plaindre qu'il semble que la gêne occasionnée par l'impôt s'est accrue particulièrement pour eux. Depuis l'établissement de ces droits ruineux, il y avait dans leur ville un préposé chargé du marteau de charge et de perception et obligé de venir apposer la marque toutes et quantes fois il en était requis. Mais depuis deux ans on le leur a retiré, et on lès a transférés à la direction de Thiaucourt, distante de trois lieues de leur établissement: ce qui les constitue en retard et les empêche de subvenir aux besoins du public, attendu que les commis de la régie ne font leurs tournées que de 15 jours en 15 jours ou de mois en mois et y mettent souvent même des intervalles plus longs. Le commerce de leur ville étant peu conséquent et leur fortune ne les mettant pas à même d'avoir des provisions considérables dans leurs magasins, les misérables habitants des villes et villages à 2, 3, 4 et 5 lieues aux environs et qui font usage de cuir, sont quelquefois obligés de faire plusieurs voyages avant d'avoir la marchandise dont ils ont besoin, inconvénient qui n'existait pas avant l'établissement de l'impôt, parce que leur fortune leur permettait d'avoir des approvisionnements de marchandises.

On ne peut certainement pas dire que la perte de leurs biens provient d'un dérangement de conduite; mais il est facile de se convaincre que c'est uniquement par suite de la surcharge et des servitudes de toutes espèces imposées sur leur travail. S'il manque, par erreur de la part des suppôts de la régie, une pièce de cuir dans les séchoirs, le fabricant, victime de l'erreur de ces vampires, est obligé d'acquitter non seulement le droit qui n'est pas dû réellement, mais encore jusqu'au quadruple de ce droit: une pareille injustice ne peut que faire frémir les âmes honnêtes. La voie d'un abonnement présente encore d'autres difficultés; car il serait impossible de faire une exacte répartition entre les contribuables éloignés des grandes villes et dont l'étendue du commerce est tout à fait ignorée par la proximité où ils pourraient être des frontières. On s'en rapporte entièrement au tempérament que l'on croira devoir prendre pour détruire l'hydre dévorante qui depuis trop longtemps est attachée à leur poursuite. Les tanneurs de Gorze ont suffisamment démontré les entraves qu'ils éprouvent continuellement, entraves qui nuisent non seulement à la fluctuation de leur commerce, mais encore à la fabrication des cuirs, et ils osent espérer qu'on daignera avoir égard à leurs remontrances.

 (Signé) F. Chenot, fondé de pouvoir.