Source : article de Eugène Martin dans le Pays Lorrain, 1929, disponible sur Gallica


"La dépopulation dans nos campagnes a été souvent l'objet d'études où l'on a montré combien était regrettable l'exode vers les grandes villes.

Que de familles quittent l'ancien foyer, pour trouver à la ville des logis étroits et sans air.

Je voudrais montrer les funestes effets de cette désertion dans mon canton natal de Provenchères. Il a été formé en 1871 avec un lambeau du canton de Saâles, dont sept communes restèrent françaises : Provenchères, Lubine, Colroy-la-Grande, Beulay. Lusse, La Petite-Fosse et La Grande-Fosse. Le reste du canton de Saâles fut rattaché à celui de Schirmeck qui comme lui avait fait partie de l'arrondissement de Saint-Dié.

Toutes les communes du canton de Provenchères ont reçu la croix de guerre. Restées pendant la guerre dans la zone envahie, sauf la Petite-Fosse et la Grande-Fosse, elles ont particulièrement souffert des bombardements, des réquisitions, de l'enlèvement du bétail, du mobilier, des déportations des habitants à Bitschwiller et à Rastadt, des destructions systématiques des maisons opérées par des ouvriers français dirigés par des soldats allemands.

Il me faut d'abord dire un mot des beautés naturelles de ce petit coin, trop ignoré des touristes, faute d'une propagande qu'il serait utile de voir entreprendre.

Toutes les communes possèdent de belles forêts de sapin dont quelques unes ont été systématiquement exploitées par l'envahisseur. Lubine a son pèlerinage de la Jambe-de-Fer, dans un endroit pittoresque, peu éloigné du village, à une centaine de mètres de la route de Villé. Les alentours de la chapelle ont été aménagés par le brigadier forestier Schwob, mort en 1913, chevalier de la Légion d'honneur, qui refusa toujours tout avancement pour ne pas quitter le pays.

Il y a lieu de signaler aussi à Lubine les anciennes mines d'argent dont l'exploitation a cessé vers 1835. L'entrée grillée et cadenassée des galeries subsiste encore un peu en amont du tunnel de la nouvelle ligne Saint-Dié-Saâles. La scierie domaniale de Génré, située sur la route à une centaine de mètres du village, servait autrefois au lavage et au broyage du minerai.

Sur le territoire de la Petite-Fosse, se trouvent les ruines de l'ancien château féodal de Spitzemberg, perché sur un mamelon conique au nord-est du massif de l'Ormont.

Colroy-la-Grande est dominée par le Voyemont (732 mètres d'altitude) visible de toute la vallée de la Fave et des environs. De la Roche des Fées située à son sommet on jouit d'une très belle vue. Depuis 1871 cette montagne était allemande pour la moitié nord-est et française pour le surplus.

Les roches étaient sur le territoire français, une partie de leurs assises étant sur territoire allemand. Au pied du Voyemont, à la section des Hautes-Prayes, coule au milieu des sapinières la petite cascade de la Grosse-Fontaine. Dans la montagne, au Jeal, se trouvent pratiquées les galeries souterraines d'une carrière de pierre. Elles étaient exploitées il y a une cinquantaine d'années, par un vieux ménage qui, avec des moyens assez primitifs, extrayait la pierre à chaux.

Il existait jadis à Colroy, près de la route de. Lubine, une mine de houille dont l'exploitation fut arrêtée vers 1840. L'une des deux galeries de cette mine avait son entrée sur la route de Colroy à Lubine, aux Roches de Lanlau, l'autre dans la rue Cachée, à proximité de l'ancienne route de Lubine à Villé. Cette route passait à la Creuse des Brandebourgeois, ainsi appelée à cause d'une bataille d'autrefois.

Sur le territoire de Provenchères se voient aussi de belles forêts. La chapelle Saint-Gondelbert est située dans l'une d'elles. C'était un pèlerinage jadis très fréquenté. Non loin de Provenchères se voit aussi la chapelle Sainte-Claire et sa source. Le pèlerinage qui a lieu le 12 août amène toujours de nombreux pèlerins. De Saint-Dié et des environs on y venait autrefois en longs cortèges. On s'approvisionnait de l'eau de la source, souveraine pour les maladies d'yeux.

Le canton de Provenchères connut des jours de prospérité, surtout vers l'époque 1878-1880, quand la population était plus dense. La petite culture était pratiquée par tous. Chacun avait tout au moins son jardin, auquel s'ajoutaient les portions de terrain communal louées pour un certain nombre d'années, moyennant un loyer peu élevé. Le chauffage était procuré pour la plus grande partie par les affouages.

En dehors de ces travaux des champs qui subvenaient aux besoins de la maison, les habitants étaient occupés aux métiers à bras à tisser le coton ou la laine. Ils tissaient les mouchoirs, les cotèles, les milanais, les calculas, les zéphyrs, foulards, draps vosgiens, les toiles à chemise, les coutils.

Beaucoup d'articles tiraient leur nom du lieu de destination de la commande.

Dès 1871 le travail fut fourni par diverses maisons de Saint-Dié. Les articles coton par l'usine Marotel ; les lainages et foulards par la maison Philippe (Baldensperger) ; les coutils par Steib et Chrétien, les mouchoirs et zéphyrs par Camille Humbert, les chemises par Clevenot et Lévy. L'usine Haton de Lépanges fournissait aussi du travail en coutil. Enfin vers 1910 existait aussi à Colroy un dépôt pour les tissus lainages de la maison Lang à Sainte-Marie. J'oublie sans doute d'autres maisons, par exemple le tissage Colin de Saint-Dié.

Comme on peut le voir par cette énumération, chaque tisserand pouvait choisir selon ses aptitudes et sa spécialité. Les prix de façon variaient selon les articles.

En dehors de ses occupations, un tisserand de petit article pouvait arriver à gagner de deux francs à deux francs cinquante par jour, tandis qu'un autre avec les articles lainage ou autres gagnait le double.

Les journées n'avaient pas de limite de durée pendant la morte saison.

On les allongeait plus ou moins ; en général les lampes étaient allumées à cinq heures du matin et le soir on les éteignait entre neuf et dix heures.

Lubine a été classé de tout temps comme possédant les meilleurs tisserands. Colroy et Lusse venaient ensuite, à rang à peu près égal.Provenchères comptait peu de métiers, les ouvriers étant occupés au tissage mécanique Valentin frères, qui fut incendié et détruit pendant la dernière guerre. Beulay en comptait peu aussi. A la Grande-Fosse et à la Petite-Fosse, on travaillait les petits articles coton.

Ainsi que je l'ai indiqué, c'est vers 1878-1880 que le travail fut le plus actif. Puis ce fut la décadence. Le pays va évoluer. Je ne puis mieux faire que de reproduire ici cette lettre de mon vieil ami Masson, de Colroy, qui montre les transformations profondes de nos villages :

« Durant la guerre, les Allemands qui s'étaient installés chez nous en maîtres, ont brûlé ou détruit tous les métiers à tisser. Tu dois te rappeler, chaque maison du Houssot en possédait un et même deux. Les pauvres habitants de ton hameau ont été brutalement emmenés en captivité tout au début de la guerre. Leur mobilier a été emporté, volé ou saccagé. A l'armistice la plupart des maisons n'étaient plus que ruines : ta maison paternelle était du nombre.

« Après l'armistice fut étudiée assez longuement la question de la Percée des Vosges, finalement ce fut le tronçon Saint-Dié - Saâles qui fut adopté. Un lot fut adjugé à l'Entreprise Ballot. Les travaux et les prix payés avaient fait bonne impression sur les populations avoisinantes ; beaucoup d'ouvriers y trouvaient leur intérêt et ne pensaient plus à remonter leurs métiers. Il se trouva même des gens aisés qui n'hésitèrent pas à lâcher leurs occupations pour commercer, monter des cantines pendant toute la durée des travaux. Ces travaux, en général, ont contribué à faire délaisser le métier en même temps que la culture. Les terrains communaux qui étaient en pleine culture il y a quelque vingt ans ne sont plus aujourd'hui que des champs de genêts incultes.

« La jeunesse quitte le village; tous nos jeunes gens veulent porter le képi. la casquette (administrative bien entendu). Ce ne sont que douaniers, facteurs, gardes forestiers, gendarmes, sergents de ville, employés de chemins de fer, etc.

« Somme toute, notre population du pauvre Colroy n'a pas gagné avec les ans, car au lieu d'augmenter elle a diminué chaque année.

« Les travaux de la Percée des Vosges avaient amené beaucoup d'étrangers de toutes nationalités, mais comme ces travaux sont sur le point d'être terminés ce sera alors un « sauve qui peut » général. Déjà dans la région plusieurs logements sont vides ou sont à la veille de l'être; quant à être reloués ce sera long et très problématique. Et en attendant ces logements tomberont de vétusté. « Ici, dans la région, alors qu'en beaucoup d'endroits où elle se fait tant .sentir, la crise des logements.n'existe pas, au contraire, il y a abondance.

et d'ici quelques années, lorsque les vieux auront disparu, on se demande anxieusement qui leur succédera, pour habiter les maisons inhabitées et devenues inutilisables par la suite. »

Il me paraît intéressant d'indiquer ici quels furent les chiffres de la population des diverses communes du canton, ces chiffres m'ont été fournis par les maires, auxquels j'adresse mes vifs remerciements.

PROVENCHÈRES-SUR-FAVE

.Cette commune comptait en

  • 1658, de 160 à 170 habitants;
  • 1730, 180 h.;
  • 1750, 350 h.;
  •  en l'an XII, 491 h.;
  •  1822, 545 h.;
  • 1841, 741 h.;
  • 1860, 693 h.;
  • 1866. 808 h.;
  • 1872, 834 h.;
  • 1875. 935 h. ;
  • 1898, 910 h.;
  • 1911, 771 h.;
  • 1921, 650 h. ;
  • 1926. 780 h.

Il résulte de ces chiffres que la population la plus dense exista vers 1878-1880, ainsi que je l'ai déjà indiqué pour l'ensemble du canton. En effet, en 1878, nous trouvons le maximum de 935 habitants (cela peut tenir aussi à un afflux après l'annexion), tombé à 650 en 1921. L'année 1926 par son chiffre de 780. n'accuse pas une augmentation de la population sédentaire, il est dû à la présence d'ouvriers travaillant temporairement à la ligne du chemin de fer.

LUBINE.

Pour cette commune, la diminution du nombre des habitants est plus élevée encore.. La Goutte, les Leuzes de Fouillaupré, les Champs Louviot sont désertés et nombre de maisons du village même sont en ruines.

Petit pays sans industrie, n'ayant pour ainsi dire connu que les tissages à bras, déserté depuis que les tissages mécaniques leur ont fait concurrence. Quelques ressources, mais si peu nombreuses, restaient aux bûcherons pendant les coupes de bois. et aux charretiers, sortant de la forêt les grosses et grandes tronces de sapin pour les acheminer vers les nombreuses scieries de la vallée de la Fave. ou vers la gare de Saint-Dié. Charroi qui sera désormais supprimé pour la plus grande partie par la ligne Saint-Dié - Saâles.

La commune de Lubine. si gaie. si joyeuse autrefois, est bien tombée aujourd'hui. Qui ne se rappelle l'antique fête patronale de la Pentecôte qui commençait réellement le lundi, car la Pentecôte était un haut jour et personne n'aurait osé danser ou se divertir ce jour-là. Cependant, dès le dimanche, on se trouvait déjà réuni en famille ; or goûtait les tartes, on entamait les Koguelhooffs aux raisins secs, et du tonneau de la fête on soutirait quelques litres de vin.

La fête commençait le lundi, offices ordinaires du dimanche : messe et vêpres; le mardi se célébrait l'office des morts. L'affluence était grande, tant par les invités que par les étrangers venus de tous les environs; parmi ceux-ci se trouvaient les pèlerins du Saint-Esprit, à l'église, et ceux se rendant au pèlerinage de la Jambe-de-Fer.


Sur cette commune, M. Hauwiller, doyen des maires du canton, m'a communiqué les renseignements suivants: la commune comptait

  • en 1873, 923 habitants ;
  • en 1878, 977 h. ;
  • en 1882. 822 h. ;
  •  en 1891, 747 h. ;
  • en 1896, 704 h. ;
  • en 1905, 668 h. ;
  • en 1911, 534 h. ;
  • en 1921, 400 h. ;
  • en 1926, 403 h.

On constate de 1873 à 1926 une diminution de plus de moitié dans le nombre des habitants.

COLROY-LA-GRANDE.

Pour Colroy, les résultats sont aussi significatifs. C'était jadis un pays prospère. Sa fête patronale tombait le premier dimanche de mai. Elle attirait beaucoup d'étrangers venus des communes environnantes. Situé le long de la Fave, sur une étendue de deux kilomètres environ, le village est dominé par l'église.

  • En 1879, il comptait 1.343 habitants ;
  • en 1926, il n'y en avait plus que 928, étrangers compris, la population fixe étant de 620 habitants.

LUSSE.

 En l'absence de documents officiels, M. le maire de Lusse me donne le chiffre de 1.400 habitants vers 1880, qui me semble exact ; cette commune étant alors une des plus peuplées du canton. En 1926, il n'y avait plus que 731 habitants, y compris les étrangers.

Le territoire de Lusse, très accidenté, se prête mal à la culture. Dans la section des Trois-Maisons les terrains escarpés et rocailleux n'en donnaient pas moins leur rendement. Le transport de la récolte des pommes de terre se faisait dans des sacs chargés, sur des schlittes jusqu'au chemin, d'où elles pouvaient être amenées à la maison par voitures attelées ou charrettes à bras. Travail pénible et fatigant, puisqu'après chaque descente, où il avait fallu retenir la schlitte glissante, on devait la remonter à dos jusqu'au champ. Et avant les récoltes le fumier et les semences avaient dû être montés à la hotte..

Mes plus anciens souvenirs me rappellent encore certains défrichements opérés dans cette commune, sur l'Ordon. notamment. On enlevait les gazons en une couche mince, sur l'étendue du terrain que l'on voulait cultiver; ces gazons réunis en petits tas on y mettait le feu. Ce travail s'effectuait en temps sec, pendant les chaleurs, et s'appelait en patois faire lés beurheus, et les tas en combustion étaient dénommés soit feuilaîlles, soit founaîlles (fourneaux). Dès l'automne, le terrain ainsi préparé pouvait être labouré sans fatigue. C'est ce qu'on appelle dans d'autres régions de la France l'écobuage.

BEULAY

Ce village, séparé de Provenchères par une centaine de mètres seulement, a connu, lui aussi, son époque de bonne vie et de prospérité. Il y a une cinquantaine d'années, les anciens peuvent se rappeler le port aux bois de Frapelle, situé un peu en aval de Beulay. C'est de là que la Fave devient flottable. Les flotteurs y construisaient les longs radeaux de bois acheminés par la Fave et la Meurthe ensuite vers Raon-l'Etape surtout. Vers 1890 ce genre de transport cessa.

Beulay possédait une féculerie et une scierie; la féculerie a été transformée en scierie depuis de nombreuses années.

En l'absence de renseignements officiels, les archives de la commune ayant été détruites pendant la grande guerre. M. le maire a bien voulu me donner les renseignements suivants puisés auprès des anciens du pays.

Le chiffre maximum de la population aurait atteint 160 habitants, pour redescendre à 140 vers 1880, et arriver actuellement à celui de 90. La différence serait donc un peu moins sensible que pour d'autres communes.

LA GRANDE-FOSSE

. D'après M. .le maire, la population du village a diminué de recensement en recensement: celui de 1876 accuse 699 habitants; en 1881, 574 h.; en 1926, 325 h. D'où une différence de 374 habitants en cinquante années.

Comment pourrait-il en être autrement? Cette petite commune, haut perchée ( d'où le nom de Perdrix donné aux habitants par les communes voisines), n'a d'autre industrie que les tissages à bras, articles coton, et comme voie de communication que la route de Saâles vers Senones et Moyenmoutier. Les autres voies n' étant que de petites routes ou chemins plus ou moins tortueux. Lubine, Colroy, Provenchères et Beulay sont bien mieux favorisées à ce point de vue. et à d'autres; et cependant ont subi le même sort. Les carrières de trapp occupaient quelques ouvriers pour l'extraction et le cassage, mais les moyens de communication et les distances ne permettaient pas un grand rendement, dont le coût était trop élevé. Elles étaient encore en bonne activité vers 1886.

On peut croire que les premières maisons de la Grande-Fosse furent construites à la Bonne-Fontaine. C'était là qu'existait l'église primitive, sur l'emplacement de laquelle a été construite une maison ; en face, en bordure du chemin, sur un tertre surélevé, se trouvait le cimetière d'autrefois, marqué en son milieu par une croix ne fer forgé qui a disparu aujourd'hui Les quelques moulins qui se suivaient, je dirai même se touchaient, sur le ruisseau Sainte-Catherine, ont tous cessé de tourner depuis de longues années déjà, sauf le moulin Bataille.

LA PETITE-FOSSE

Située au bas de la côte d'Ormont, pour ainsi dire cachée, éloignée elle aussi de la grande route Saint-Dié - Saâles et Lubine, la Petite-Fosse comptait bien des ménages aisés qui savaient cultiver leurs terrains et en tirer profit. Dans les communes environnantes on surnommait ses habitants « Les Renards ». Mais sans industrie aucune, le reste de la population était occupé aux tissus ordinaires et quelques ouvrières faisaient de la broderie sur tulle au métier.

Ce village a peut-être été le plus éprouvé du canton pendant la guerre, de par sa situation au pied de la côte d'Ormont et du mamelon de Spitzemberg que les Allemands avaient pris pour principal objectif de leur tir dès les premières hostilités.

Le tableau ci-après accusera dans cette commune un déficit de population de 224 habitants, de 1876 à 1926, soit près de 50 au. dernier recensement.


nnée Population Maisons
1836 365  
1841 351  
1846 365  
1851 359  
1856 334  
1861 356 72
1866 360 73
1872 393 80
1876 402 79
1881 361 79
1886 328 76
1891 277 75
1896 263 75
1901 275 68
1906 233 68
1911 229 68
1921 158 43
1926 178 58

Dans ce tableau on remarquera qu'après les dévastations de la guerre, quinze maisons ont été reconstruites sur place en cinq ans.

En résumé et d'après les chiffres qui précèdent, le canton de Provenchères-sur-Fave, qui comptait à l'époque 1878-1880 une population moyenne de 5.916 habitants, n'en compte plus actuellement que 3.127, soit une différence de 2.789, presque la moitié. Comme je l'ai déjà souligné, une fois les travaux de la ligne de chemin de fer terminés on a constaté une nouvelle diminution.

Une des causes de la désertion de nos villages est l'autorisation qui fut donnée de vendre les dommages de guerre. Des spéculateurs y ont trouvé leur compte et certains sinistrés ont préféré quitter un pays sans com-merce et sans industrie, sans communications, pour se fixer dans des centres industriels après avoir cédé leurs dommages ou les avoir remployés dans un rayon de 50 kilomètres.

Ramener au pays natal les fugitifs est un problème difficile à réaliser ici comme ailleurs. Il faudrait pour cela développer et encourager l'artisanat tel qu'il existait autrefois, il serait facilité par les nouveaux moyens de communication, par l'énergie électrique dont sont déjà pourvus certaines localités et le tissage mécanique Sainte-Catherine entre Provenchères et Colroy.

L'industrie se développant peu à peu ramènerait sans doute au pays ceux qui l'ont quitté. Mais combien trouveraient des ruines à la place des maisons qu'ils ont abandonnées."