Ce texte est tiré d'un article de JEAN-JULIEN dans la revue Le pays Lorrain de 1909 et l'image qui illustre cette page est tirée du journal L'Ouest Matin du 19 mars 1931


"Lorsque les confréries du fou s'organisaient en Europe, Failly, village situé à 8 km de Metz eut la sienne, nommée Châty, et présidée par un maire assisté de quatre conseillers.

Aujourd'hui encore, le jour de la purification, à l'issue des vêpres, le maire de Châty, accompagné de ses conseillers, tenant à la main une lance, au millésime de 1514, se place au bas de l'escalier du cimetière, pendant qu'un autre individu, nommé Queulot, armé d'une perche fendue, à l'extrémité de laquelle se trouve un torchon imprégné des matières les plus dégoûtantes, attend la sortie de l'office pour barbouiller les passants et surtout les belles toilettes. Tout le monde est queulé, même le pasteur, lorsqu'il passe imprudemment près du fatal torchon, et s'il survenait quelques oppositions sérieuses, le maire et ses assesseurs maintiendraient l'usage dans toute sa rigueur. Au besoin, le village entier les soutiendrait.

Cette cérémonie se reproduit chaque dimanche jusqu'au Mardi Gras, jour où on élit un nouveau maire de Châty pour l'année.Capture_20140330.JPG

La nomination du maire se fait de la manière suivante :
les électeurs jettent dans un van autant de sous il y a de prétendants ; celui qui réunit le plus de têtes est élu.
On le porte en triomphe sur le manche de la lance, jusque chez lui. Arrivé dans sa maison, il fait dresser la table, et régale ses quatre derniers prédécesseurs qui deviennent ses conseillers. Les libations commencent par une chopine de vin et vont en augmentant jusqu'au chaudron.
Pendant ces nombreuses rasades, nul autre n'a le droit de s'asseoir que le maire de Châty, sous peine de voir se recommencer à ses frais, les libations déjà faites.


Le premier dimanche de carême, on procède à l'élection du queulot pour l'année suivante. À cet effet dès la nuit tombante, on allume une bure de javelle (1) préparée d'avance, et les trois orateurs du village viennent débiter en patois des bouts rimés, composée sur le compte du jeune marié qui a donné le plus de prise à la critique. On appelle item cette sorte de verset. À la fin de chaque item, qui finit toujours par ces mots : « ne mérite-t-il me d'ête queulot ? L'assemblée répond en chœur : queulot, queulot, queulot, et les boîtes se font entendre. Le troisième item terminé, l'un des orateurs montent sur un tonneau et proclame le queulot à haute voix. L'assemblée répond par des acclamations répétées. Presque jamais on ne refuse cette dignité.

Cette ancienne coutume du village de Failly a fait donner à ses habitants le nom de queulot."

JEAN-JULIEN

notes et compléments

(1)  d'après Wikipédia :

Bure : (Lorraine) Feu de bois, allumé à l’occasion de certaines fêtes.Le soir, on dressait dans la ville et sur les rives de la Moselle des bures, sortes de bûchers dont le bois avait été recueilli de maison en maison par les jeunes gens de la ville. Le soir où on les flambait, chaque bure était transformée en « autel de l'Hyménée » (Gustave Fraipont; Les Vosges, 1895

Javelle Petits faisceaux de sarment.

Pour en savoir plus sur cette coutume, la page de Vrémy village lorrain