Source : Contribution à l'étude du droit coutumier lorrain. Des différentes formes de la propriété : fiefs, censives, servitudes réelles, par Victor Riston, 1887 (disponible sur Gallica)

Le seigneur moyen-justicier était celui qui « avait autorité de puissance et de coercition, n'emportant mutilation de membres, fouet, bannissement, ou peine pécuniaire excédant amende de 60 sols, de pouvoir créer maires et officiers de justice pour connaître des actions personnelles d'injure et de simples délits, qui s'intentent entre les sujets et ne sont de qualité telle qu'ils doivent excéder la dite amende. » (Lorraine : vu, 1) En Bassigny, le taux maximum était de dix francs au civil et sous l'Evêché de Metz de 5 francs.

On voit par cette notion que les seigneurs moyens justiciers, qui étaient très peu nombreux en Lorraine avaient tout à la fois une compétence criminelle et civile comme les hauts-justiciers, mais avec une importance moindre.

Quant à leur compétence criminelle, la coutume indique nettement quelles sont ses limites, et l'article 2 vient compléter ces dispositions en donnant au seigneur le droit d'arrêter tous les coupables, même ceux qu'il ne pourrait juger légalement et de les retenir prisonniers pendant vingt-quatre heures, passées lesquelles, il devait les remettre au haut-justicier. Si les inculpés résistent, il peut s'en assurer en les condamnant aux « seps ». On entendait par là, au rapport de Gandot « plusieurs pièces de bois, qui sont entre deux poteaux entaillés au milieu, et où il y a quatre trous, deux en haut et deux en bas pour mettre les bras et les jambes. » (Ëvêché de Metz: v, 18).

La coutume ne parle pas spécialement de leur compétence au point de vue civil, aussi pourrait-on peutêtre croire qu'ils n'ont aucune autorité, mais cette interprétation serait complètement fausse, car ils ont au moins les attributions des bas-justiciers, qui leur sont inférieurs dans la hiérarchie féodale. On doit donc reconnaître aux moyens-justiciers tous les pouvoirs attribués aux bas-justiciers, que nous allons parcourir un peu plus bas, sans préjudice des droits particuliers, qui pouvaient être renfermés dans l'acte d'investiture. La brièveté de la coutume s'explique du reste par le très petit nombre de seigneurs de cette qualité ; tandis qu'au contraire la haute et la basse justice étaient très fréquentes.