Source : article de Léopold Bouchot tiré de la revue Le Pays Lorrain, 1930, disponible sur Gallica.

Sœur Stanislas est petite, rondelette, aussi large que haute sous sa robe de bure. Sa figure, couleur de cire, est cachée sous l'ovale de la cornette. Elle est au pays depuis quarante ans, s'occupe de l'église, blanchit les napperons et les linges sacrés, donne quelques soins aux pauvres malades, surveille les filles le dimanche et fait la classe dans une longue salle mal éclairée, dont l'unique fenêtre n'est jamais ouverte, pour ne pas laisser perdre la bonne chaleur.

Des générations ont passé entre ses mains, et cependant, il est peu de ses anciennes élèves qui ont conservé d'elle un bon souvenir: soeur Stanislas n'est pas patiente, et son martinet, placé ostensiblement sur la table, ne sert pas seulement à intimider les indisciplinées. Les punitions sont variées et généralement peu en rapport avec les lois de l'équilibre et de l'hygiène: telle drôlesse doit rester le plus longtemps possible à genoux, les bras en croix; une bavarde est condamnée à marquer de sa langue cinquante fois le plancher, qui n'est lavé qu'une fois l'an.

Elle est le bras droit de M. le curé Gabriel et se plie humblement à ses multiples exigences, ce qui ne l'empêche pas de subir les accès de mauvaise humeur et d'emportement de son supérieur ecclésiastique.

Sœur Stanislas vit pauvrement dans une toute petite chambre sommairement meublée; elle mange comme un oiseau. Elle s'efforce de faire des économies qu'elle portera à la maison-mère, dans son « cabas » noir,
quand elle ira à la retraite.   

Léopold BOUCHOT.