Source : article de Léopold Bouchot tiré de la revue Le Pays Lorrain, 1930, disponible sur Gallica.

Le Colas Pierson habite une toute petite bicoque tout au haut bout du village; il n'a ni grange ni écurie; une simple « gerbière » au-dessus de la porte suffit pour faire passer sa maigre récolte. II a quelques hommées de terre qui lui viennent de ses parents et cultive deux jours de pâtis communaux. Il y sème un peu de blé et d'avoine, plante un jour de pommes de terre. Avec cela, il a assez pour vivre, mais bien médiocrement.

Mais il faut trimer dur, et par tous les temps, pour joindre les deux bouts. Il ne travaille pas seulement pour son compte, mais aussi pour le cultivateur, car il faut rabattre sur le labourage, le charroi des récoltes, et ce n'est jamais fini. Et quand le père Fanfan est venu dire: « I faut v'nin d'main chergi m'froumo, fauchi mé pièce de l'Embanie », il a beau avoir de l'ouvrage qui presse, il faut tout abandonner pour satisfaire le laboureur, c'est le maître, on doit lui obéir sur-le-champ.

Vers la Saint-Martin, on règle les comptes de l'année; le père Fanfan, qui a bon appétit, s'invite à souper et apporte son calepin. Le Colas Pierson ne sait comment cela se fait, mais il est toujours en retard, ses journées ne suffisent pas à rabattre le labourage et le charroi; tous les ans, il s'endette davantage, et avec cela, il faut encore compter sur les mauvaises années et les maladies.


Comme beaucoup de ses pareils, c'est un malheureux esclave de la terre dont le sort n'est guère plus enviable que celui des manants d'autrefois.

L. Bouchot

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