La Jeune femme qui ne voulait pas aller à la vigne

Patois de la Nied

I n'éveût i jane végn'ron de d'sus lé M'selle qu'alcut veur blonde sus lè Seille. Dans lo v'lége de sé bone-èmin an n'évint point d' végnes.

Lé val don qu'è dit enlé é s' galant :"J' vieux beun aler d'mwérer dans vote velège, mais faut m' promate que j' n'érai me man d'aler en végnes ; ç'at i m'ti qu' je n' sèreùs sofri."  Lo jane végn'ron s'è dit tot' per li : "Promatans tojos, j' veûrans beun éprès. » Et '1 é promins tortot ç' que lé bele é v'lu, ica pus.

Mais lèye é d'mandé qu'i li bèillesse cé par écrit. Tot d'hhute, lo galant y è fait i billet.

Les val don mèriés. Ç'ateût l' maidi.  Lo jûdi l' mètîn, lo jane mèrié mat sé hate é s' dows — ç'ateût 1' temps que tot chèqu'in aleût feucheu — et i dit è sé jane fome : " Degrôboyez-v', haîye don ! que j'alinsse powveûr en végnes." Lèye, tot èhhtomèquaiye, de réponde : Coment ! ç'at enlé !... mals ve m'ez portant fait i paupieu !... Ve serez que j' hhûraî tojos m'  paupieu."
"Hhuvez tojos ! qu'é fait s'n homme, vote paupieu at dans mè hate."

Ma iwo, que faire ? Lé jane fome é don hhu so paupieu qu'atteut dans lé hate. Eule s'è fait è lé végne, piat-z-é-piat, et l' è dev'nîn lè maillou veugn'rone don v'lége.

                                               

traduction littérale

y avait un jeune vigneron de dessus la Moselle qui « allait voir blonde » sur la Seille. Dans le village de sa bonne amie on n'avait pas de vignes.

La voilà donc qui a dit ainsi à son galant : " Je veux bien aller demeurer dans votre village, mais il faut me promettre que je n'aurai pas besoin d'aller « en vignes » ; c'est un métier que je ne saurais souffrir." Le jeune vigneron s'a (est) dit tout par lui (en lui-même) : "Promettons toujours, nous verrons bien après.." Et il a promis tout ce que la belle a voulu, encore plus.

Mais elle a demandé qu'il lui donne ça par écrit. Tout de suite, le galant lui a fait un billet.

Les voilà donc mariés. C'était le mardi... Le jeudi le matin, le jeune marié met sa hotte à son dos — c'était le temps que tout chacun allait ficher (les échalas en terre) — et il dit à sa jeune femme : " Débarbouillez-vous, allons donc ! que nous allions (un) peu voir « en vignes. » Elle, tout estomaquée, de répondre : « Comment I c'est ainsi !... mais vous m'avez pourtant fait un papier !... Vous saurez que je suivrai toujours mon papier" .  "Suivez toujours ! qu'a fait son homme, votre papier est dans ma hotte."

Ma foi, que faire ? La jeune femme a donc suivi son papier qui était dans la hotte. Elle s'a (est) fait (e) à la vigne, petit à petit, et elle a (est) devenu (e) la meilleure vigneronne du village.

publié dans la revue  Le Pays lorrain 1925 (A17) :[ revue régionale bi-mensuelle illustrée / dir. Charles Sadoul] Provenance : bnf.fr