Source : article de Charles Sadoul, Bulletin mensuel de la Société d'archéologie lorraine et du Musée historique lorrain, 1901

"Comme dans presque tous les autres villages lorrains, le maitre d'école  est engagé au ban d'Etival pour une année.Probablement que, comme cela avait lieu ailleurs, avant d'être loué, Vincent s'était présenté muni de toutes ses références, avait fait montre de son instruction et de son talent de chantre au lutrin, devant la communauté qui l'avait choisi. Souvent, le curé devait donner son approbation, mais cela ne fut obligatoire que bien plus tard, longtemps après même l'ordonnance de 1605 qui l'exigeait. Ici les révérends pères Lescloppe et Simon, prieur et sous-prieur de l'abbaye, autorisent l'engagement de Jean Vincent.

Moyennant168 francs barrois, un quarteron de seigle par écolier et une demi-corde de bois, en tout, il devra enseigner à ses écoliers à lire et à écrire, les élever dans la crainte de Dieu et servir de marguillier moyennant une rétribution qui n'est pas indiquée. 


Voici le texte du contrat :
"Du quatriesme may 1689, à l'abbaye d'Estival, devant midy. Pardevant, le soubscript, clerc juré tabellion en la Seigneurie dud. Estival, et des tesmoins en bas nommés, sont comparus honnestes Joseph Haxo, gruyer d'Estival Joseph Besiot et Nicolas Marchal pour Deyfosse, en ce que cy après ; Jean Regnier, Claude Henemend et Augustin Stocquer pour La Fosse, Joseph Leclerc, Bastien Mallé, Nicolas-Didier Marchal, et Marc-Anthoine Hanzo pour le village du Vivier, au nom et comme ayant charge des habitans desdits villages pour ce passer, et de l'ordonnance du révérend père Arnould Simon, prieur et official dudict Estival, et du gré et consentement du révérend père Augustin Lescloppe, sous prieur et curé du Bas Ban d'une part, les habitans du Mesny et de Pajaille ne s'ayant trouvé, et Me Jean Vincent, chirurgien et régent d'escolle audit bas ban, d'autre part. Lesquels ont recognu et déclairé avoir faict les marchés et conditions qui sensuyvent, sçavoir que led. Me. Jean Vincent s'a submis et obligé de servir à la Paroisse du Bas Ban en qualité de régent d'escolle pour un an, qui a commencé à courir dès la Saint-Georges dernier et à finir à pareil jour, et entendu que le bois se payera à la Saint-Martin prochaine ou huict jours après, à peine contre chacun délayant de tous despens.
Recevant tous les escolliers qui seront envoyés par devers luy par les susdites communautés et non d'autres sans leur consentement , pour les enseigner à la crainte de Dieu, à lire et à eserire, etc, comme aussi servir de marguelier à ladite Paroisse, moyennant la rétribution ordinaire, à charge audict régent d'estre assidu à son escolle, sans qu'il puisse aller dehors de la Paroisse, sans qu'il ne mette une personne capable pour enseigner les escoliers qui seront envoyés à l'escolle ; à charge aussy à luy de fournir le losgement et le poil (
poële dans notre écriture moderne -AA) suffisant pour mettre lesdicts escoliers. Et pour ce les susdicts dénommés, chacun pour son village, ont promis payer et délivrer, audict Vincent, une somme de cent soixante huict francs barrois, y compris les habitans du Mesny et de Pajailles, payable ladicte somme de quartier en autre, par quatre payements égaux, outre un carteron de seigle par chacun escolier et une demy-corde de bois pour une fois seulement. A l'effet de quoy lesdicles parties ont promis de satisfaire, chacun à son égard, à toutes les clauses et conditions cy-dessus, sous l'obligation réciproque de tous et un chacun leur biens présents et futurs , qu'ils ont submis etc. (sic).
Renonçant etc. (sic),
Faict et passé en présence de Joseph Hanzo et Bastien Sagaire, jeunes fils, demeurant tous deux en ladicte Abbaye, tesmoins cognus."

Suivent les signatures, sauf celle du tabellion Perrotey,qui a oublié de signer ; marques de Sagaire et Hanzo.

A la suite, on lit : " les soussignés et marqués cy après du Mesny et de Pajailles ont comparu et consenti ez conditions cy dessus, en condition qu'il leur sera loisible d'envoyer le second de leurs enfants à rechanger à l'escolle pendant l'esté, à la place de ceux qui n'ont point le temps et ne payer que pour un. Signés Richard, J. La Ruelle, Nicolas Mallé, J. Vincent régent. Marque de Nicolas George et de Bastien Bergé."

On voit, par cette faculté de substitution d'enfants, que les habitants de Pajailles étaient gens pratiques et économes. Il est à remarquer que, sur dix-sept comparants quatre seulement apposent leur marque, ce qui laisserait ;à supposer que des maîtres d'écoles enseignaient depuis longtemps à Etival.

Notre régent devait, d'après son contrat, fournir un local ou « poêle » suffisant à ses élèves. I1 est probable que c'était en vue de l'installation de son école qu'il avait acquis une maison au Vivier, par acte du ler janvier 1689, sur Claude Clerc, moyennant huit cent cinquante francs barrois.

Les maîtres d'écoles avaient presque tous un métier qui leur permettait d'augmenter leurs maigres appointements. Les uns étaient chargés de l'entretien des animaux reproducteurs ou cultivaient ; les autres étaient tauliers, cordonniers, tailleurs, ou exerçaient toute autre profession manuelle. Vincent, on l'a vu, se qualifie de chirurgien. Il cumulait l'enseignement et la chirurgie, qui à cette époque ne se séparait pas de la pratique du rasoir. De même qu'il avait affermé ses talents pédagogiques à la communauté d'Etival, il traite a forfait avec les familles pour les soins médicaux et autres : rasoir, saignée, onguents et médicaments dont elles pourront avoir besoin. C'est ce que nous montre l'acte suivant :
« Du 26e juillet 1689, à l'Abbaye d'Estival, après midy.
 Pardevant le soubsigné, Clerc juré tabellion en la seigneurie d'Estival, et des tesmoins embas nommés, traictés et conventions ont esté faictes entre Me Jean Vincent, regent d'escolle et chirurgien au Ban d'Estival,
d'une part, et honnète Nicolas Saint-Dizier de Pajailles, d'autre part. Sçavoir que ledit Me Jean Vincent s'a submis et obligé de razer ledit Saint-Dizier pendant un an, à commencer dès ce jourd'huy et à finir à pareil jour, de le saigner et sa femme, ses enfans et un valet ou servante, de leur donner toute sorte de remèdes en cas de maladie de l'un ou de l'autre, pendant ladite année, autant qu'il sera nécessaire et de la cognoissance dudit Me Vincent, soit en médecine ou autrement, excepté des fractures et dislocations. En ces cas, ledit Me Vincent les soignera, et pour ses peines lui seront payées, avec ses onguents qu'il y employera, au dela de ce qu'il luy donnera au bout de ladite année, qu'il a promis payer, sept francs barrois; dont les parties ont promis de satisfaire chacun à son esgard à toutes les conditions cy-dessus soubs l'obligation de tous leurs biens présents et futurs, qu'ils ont submis, etc (sic).
Renonçant etc" (sic).
Faict et passé en présence de Nicolas Perrotey, jeune fils , demeurant à ladicte Abbaye, et Joseph Hanzo demeurant audict lieu , tesmoins
."
(Suivent les signatures.)

L'on voit que c'était un homme fort industrieux que Jean Vincent, à la fois professeur, chirurgien, médecin,apothicaire et barbier."

Charles Sadoul