Source : d'après La vallée de la Meurthe  par l'abbé Flayeux, 1905

"Elevées sur la rive doite de la Meurthe, les bâtiments de ces papeteries occupent l'emplacement d'un ancien moulin banal relevant des seigneurs du banpapeteries_du_souche.JPG d'Anould, et dont le barrage sur la Meurthe est indiqué sur la carte de Cassini.

Les papeteries du Souche datent de 1820. Leur fondateur est M. Ferry de Saint-Diè qui s'associa pour cette entreprise à M. Le comte de Lignéville. C'est encore naturellement à la rivière elle-même que notre pays est redevable de cette industrie. En cet endroit de la vallée jadis si peu peuplée, elle offrait tous les avantages nécessaires à une usine naissante.

Dès l'année 1830, la papeterie du Souche se développe et se constitue en société anonyme dont le siège social est fixé à Paris 73 rue de Reuilly.

En 1905 MM Pierre Mauban, directeur, et Georges Mauban, président du conseil, résident à Paris. M.A. Schuehmacher est le directeur des usines et réside au souche d'Anould

Au début on ne fabriquait à la cuve que le papier à la main ; mais en 1830 la fabrication mécanique , d'après le système de M. Saint-Léger-Didot.

Au début, l'on ne fabriquait à la cuve que le papier à la main, par des procédés tout à fait primitifs, tombés depuis longtemps en désuétude ; mais en 1830, les papeteries du Souche avaient déjà adopté,à l'exemple de la papeterie de Plainfaing,la fabrication mécanique, d'après le système de M. Saint-Léger-Didot.

Tout d'abord et pendant longtemps, on n'employa que les chiffons comme matière première, puis on s'est mis à fabriquer les papiers les plus divers et l'on employa au Souche comme matière tout ce qui était susceptible de se transformer en pâte à papier. Aujourd'hui le bois prime toutes les autres matières premières. Le Souche est donc entré dans l'outillage si perfectionné que la fabrication du papier de bois comporte actuellement; aussi, depuis 1870, il n'est pas une année qui n'ait vu s'agrandir les bâtiments de ces papeteries.

Si vous obtenez la faveur d'y entrer, visitez en détail ces divers ateliers et vous serez surpris d'y trouver l'aménagement à la fois simple, pratique et merveilleux. Ce sont de véritables ruches ouvrières admirablement organisées et dirigées.

Voici, près de la villa du directeur, les bureaux, où nombre d'employés sont occupés derrière les registres et les in-folios. Voici le bâtiment qui recèle la machine à vapeur, voilà la prise d'eau, le canal qui. sert pour la force hydraulique,il serpente agréablement autour des longues murailles. Ici, ce sont les grandes salles, leurs machines, et leurs nappes de métal, qui opèrent avec le bruit cadencé d'un tic-tac monotone. Là-bas ce sont les locaux où s'entassent les chiffons, les magasins où s'amassent les piles de papier, prêtes à, être expédiées. 

Nous n'entrerons pas dans les détails techniques de la fabrication. Suivre la matière première brute, chiffons ou bois, depuis son entrée dans l'usine jusqu'à sa sortie, métamorphosée en papier de toute sorte,serait sans doute une étude aussi intéressante que celle de la fabrication cotonnière, mais nous préférons renvoyer le lecteur aux ouvrages spéciaux déjà parus sur ce sujet.

Qu'il nous suffise de dire que l'on fabrique au Souche le papier de chiffons, le papier de bois, le papier de paille. Le papier de bois est celui qui aujourd'hui a le plus de cours. Lorsque la matière première arrive au Souche elle sort des usines de pâte à papier qui sont de deux sortes ; d'abord, les usines de pâte de bois simplement râpé, appelée pâte mécanique. Cette pâte mécanique fait le papier commun qui disparaîtra sous peu.

C'est à Sondreville que se trouve la fabrique de pâte mécanique. Jadis il en existait une aussi, près de La Barrière, supprimée depuis.

Mais le véritable papier de bois est celui qui se fabrique avec la pâte chimique, la cellulose de bois. Par des procédés chimiques, la cellulose de bois est facilement débarrassée de la matière inconstante et donne des fibres souples, faciles à blanchir; dès lors la cellulose de bois remplace celle de lin, de chanvre, dont elle possède la solidité.

L'usine de pâte chimique se trouve près du Souche ; on l'aperçoit sur le bord de la route, entourée de quantités de morceaux de bois enrôlés qui semblent lui faire une défense de murailles rustiques.Une fois arrivée à la papeterie proprement dite, la pâte de bois, mécanique ou chimique, peut se transformer en papier avec l'outillage propre à la pâte de chiffons, mais il est avantageux d'employer un outillage spécial; c'est ce que fait la papeterie du Souche.

Le bois mis en oeuvre est particulièrement le sapin ; les forêts vosgiennes en fournissent une faible partie ; les bois utilisés. arrivent Principalement d'Allemagne et des pays scandinaves. A présent la papeterie du Souche consomme, comme matière première, vingt-sept mille stères de bois par an.

Si vous voulez avoir une idée de la rapidité de fabrication, suivez l'odyssée d'un sapin coupé le lundi matin en forêt. Il arrive le lendemain à la fabrique de pâte chimique, il passe bientôt transformé en pâte à la papeterie et le samedi suivant, il en sort sous forme de papier à lettre très élégant, de papier parcheminé, de papier à dessin, à photogravure. En un mot,toute variété de papier, depuis le plus simple, jusqu'au plus élégant sort des papeteries du Souche.

Au début, vers 1830, le Souche produisait environ huit cents kilogrammes de papier par jour ; en 1870, son outillage déjà bien perfectionné lui permettait un rendement de trois mille kilogrammes. Aujourd'hui, les papeteries du Souche marchent en tète du progrès, elles sont, comme bâtiment, outillage, perfectionnement et commerce, des premières de France, avec leur production journalière de-dix-huit mille kilogrammes de papier.

Inutile d'ajouter que leur installation comporte tout le confort moderne, téléphone, éclairage électrique, etc.

La force motrice est d'abord la force hydraulique à turbines qui fournit une puissance de sept cents chevaux. En outre plusieurs machines à vapeur faisant quinze cents chevaux, achèvent de donner le mouvement nécessaire à cet immense labeur. Le nombre des ouvriers, employés, depuis les manœuvres et les bûcherons, jusqu'aux commis de bureaux, monte presque à neuf cents."

 

Ce texte a été écrit au début du XX° siècle. En novembre 2012, le tribunal de commerce d’Epinal a prononcé la liquidation de ce site.