Source : monographie imprimée disponible sur Gallica

Titre : Le Blocus de Metz en 1870, publication du conseil municipal de Metz, 4e édition, suivi de Mémoires pour la ville de Metz dans les négociations de paix entre la France et l'Allemagne, publication du conseil municipal de Metz, 2e édition, et de : la Lorraine et l'Allemagne, introduction à l'ouvrage "La Lorraine", publié par MM. Berger-Levrault et Cie, à Paris et à Nancy, 1885, 2e édition, par M. Aug. Prost,... (Editions posthumes)

Auteur : Prost, Auguste (1817-1896)

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"La question des subsistances se pose alors dans tous les esprits. Jusqu'alors le Conseil municipal s'était occupé surtout des blessés et des ambulances. Cependant, le 25 août déjà, il avait, comme nous l'avons dit, nommé dans son sein une Commission des subsistances, et le 30 août il s'était ému d'une mesure dont il avait obtenu la révocation et qui avait pour objet de livrer, comme viande de boucherie, à la consommation de l'armée, les vaches laitières existant dans la ville.

Le 13 septembre, la Commission des subsistances fait au Conseil un rapport, à la suite duquel celui-ci décide que tous les blés et les farines conservés chez les particuliers seront immédiatement mis en réquisition, pour être appliqués ultérieurement à l'alimentation publique. En vertu de cette délibération, un arrêté est sollicité et obtenu du commandant supérieur pour prescrire l'exécution de cette mesure.

Cette grave question de l'alimentation publique commençait donc à inspirer quelques inquiétudes. Jusqu'alors elle n'en avait causé aucune. On savait le maréchal Bazaine au courant de la situation et parfaitement informé des ressources de la ville, et l'on pouvait croire qu'il les jugeait suffisantes pour les éventualités qu'il prévoyait. On croyait aussi que son armée en était, de son côté, abondamment pourvue, d'autant plus que des quantités notables de denrées qu'elle aurait pu facilement recueillir dans les fermes et les villages environnant la place avaient été négligées et même parfois refusées, malgré les propositions formelles de ceux qui en étaient détenteurs. Cependant, le 10 septembre, les habitants avaient été, par ordre du maréchal, invités à livrer à l'intendance les quantités d'avoine, d'orge et de fourrage qui pouvaient dépasser les besoins de leurs propres chevaux jusqu'au 10 octobre (Append. XV). Depuis quinze jours, en outre, les vivres renchérissaient graduellement dans la ville. La viande devenait rare et quelques denrées même manquaient complètement dans les magasins du commerce. On commençait aussi à s'inquiéter de l'attitude du général en chef, immobile à la tête d'une armée nombreuse à peu près intacte."

" L'impatience publique grandissant, les choses en viennent à ce point qu'à la fin de septembre une adresse couverte d'un grand nombre de signatures est remise au maire pour lui exposer ces inquiétudes de la population et le prier de s'en faire l'interprète auprès du général en chef."

"L'impatience de tous ne fut guère trompée par les petites expéditions entreprises, peut-être pour lui répondre, vers cette époque, du 22 septembre au 7 octobre; opérations décousues, brillantes quelquefois, grâce à la valeur des soldats, mais toujours à peu près stériles et sans aucun résultat sérieux. Ce qu'on voulait de l'armée, c'est que, rompant le blocus, elle réussît à se ravitailler, ou que, tenant la campagne, elle se transportât ailleurs. "

"La question des subsistances dominait cependant de plus en plus la situation. Le 21 septembre, le Conseil municipal est touché de certaines difficultés qui s'y rattachent, des collisions à la porte des boulangers et du commerce interlope du pain entre la ville et les camps, avec les abus et les dangers qu'il entraîne. A cette occasion est proposée, pour la première fois, la mesure des cartes de consommation, renvoyée à l'étude de la Commission des subsistances et adoptée ultérieurement dans une séance du Conseil, renforcé d'un certain nombre de notables habitants (4 octobre), où se constituent des Comités de recensement pour son exécution. Les opérations commencèrent immédiatement; elles étaient longues et difficiles et la mesure ne put être appliquée que tardivement : à partir du 16 octobre seulement.

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Image : La place du maréchal Ney (juillet 1870)

(à suivre)