Source : monographie imprimée disponible sur Gallica

Titre : Le Blocus de Metz en 1870, publication du conseil municipal de Metz, 4e édition, suivi de Mémoires pour la ville de Metz dans les négociations de paix entre la France et l'Allemagne, publication du conseil municipal de Metz, 2e édition, et de : la Lorraine et l'Allemagne, introduction à l'ouvrage "La Lorraine", publié par MM. Berger-Levrault et Cie, à Paris et à Nancy, 1885, 2e édition, par M. Aug. Prost,... (Editions posthumes)

Auteur : Prost, Auguste (1817-1896)

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"Au lendemain de l'échec de Forbach, la nouvelle du désastre de Reichshoffen s'était répandue dans la ville, en même temps qu'on y affichait deux décrets du même jour (7 août) : l'un mettant en état de siège Metz et toutes les villes fortifiées du nord-est, de Montmédy à Bélfort ; l'autre nommant commandant supérieur de la place le général de division du génie Coffinières de Nordeck. Un même placard contenait ces deux décrets et le texte des articles 28 et 29 du décret du 13 octobre 1863, où sont définis les pouvoirs du commandant supérieur : le premier l'autorisant à occuper tous les terrains jugés nécessaires à la défense et à faire tomber tous les édifices qui peuvent la gêner ; le second disant que, aussitôt l'état de siège déclaré, les pouvoirs dont l'autorité civile était revêtue pour le maintien de l'ordre et la police passent tout entiers à l'autorité militaire.

Le régime nouveau est inauguré sur l'heure. Un arrêté du commandant supérieur annule les opérations électorales en cours d'exécution depuis la veille, pour le renouvellement du Conseil municipal, et en ajourne indéfiniment la reprise. Un autre transforme les bureaux électoraux fonctionnant à cette heure même en bureaux de recensement de la garde nationale et ordonne la formation immédiate de celle-ci .

La première mesure étonne la population et froisse quelque peu ses susceptibilités ; la seconde est reçue avec applaudissements. Elle allait au-devant d'un désir qui s'était manifesté, dès le début de la guerre, par une démarche de simples citoyens chez le maire, le préfet et le général commandant la division, et par un vœu du Conseil municipal (séance du 18 juillet 1870).

On avait, il est vrai, reçu ensuite avec tiédeur l'autorisation du gouvernement de former des compagnies d'hommes choisis, commandées par des officiers qu'il se réservait de nommer, conformément au décret de 1852. Maintenant c'était la population virile tout entière qui était appelée, et, sous cette forme, la mesure rencontrait le sentiment unanime de patriotisme qui poussait tout le monde à saisir une arme au moment où l'on savait le territoire envahi et l'ennemi près de paraître devant nos murs.

On court aux bureaux d'inscription. Outre les hommes de vingt à cinquante-cinq ans, à qui le service est légalement imposé, se présentent comme volontaires, et en grand nombre, ceux dont l'âge n'atteint pas ou dépasse les limites fixées par la loi. En quarante-huit heures, 5,000 hommes et plus sont organisés en cinq bataillons répondant aux cinq sections de la ville, avec des officiers nommés par le commandant supérieur, sur la présentation des gardes nationaux. Ce sont de véritables élections populaires. Pour le 12 août, la milice citoyenne est armée, chacun étant allé aux arsenaux recevoir son fusil et des cartouches ; la garde de l'enceinte est aussitôt distribuée entre les cinq bataillons, et le 13 le service commence. Cette organisation était complétée, quelques jours plus tard, par la constitution de cinq batteries d'artillerie.

L'arrêté du 7 août, qui suspendait les élections, continuait dans ses fonctions le Conseil municipal existant. La loi prescrivait, du reste, à celui-ci de rester à son poste jusqu'à son remplacement. Cette situation devait, en raison des événements, se prolonger bien au delà de ce qu'on prévoyait alors, et imposer ensuite aux mandataires de la cité des obligations pénibles, à l'accomplissement desquelles ils ont considéré comme un devoir de ne pas se soustraire1

Du 7 au 12 août paraissent, à court intervalle, deux nouveaux arrêtés du commandant supérieur touchant la police des étrangers dans la ville et la suspension des poursuites en matière commerciale ; puis trois ordres significatifs prescrivant de détruire immédiatement les plantations et les édifices qui se trouvent dans les deux premières zones de défense de la place et des forts, de ne laisser entrer à Metz que les personnes apportant avec elles pour quarante jours de vivres

 Le Conseil municipal avait à sa tête un homme plein de patriotisme et de dévouement, qui en était l'âme. Donnant l'exemple à tous, l'honorable M. Félix Maréchal, maire de Metz, soutint résolument, malgré le double poids de l'âge et de la maladie, l'épreuve de ces mauvais jours. On le vit à son poste jusqu'à l'épuisement de ses forces. Après les difficultés du blocus et au milieu des amertumes de l'occupation étrangère, il mourait, en quelque sorte à la peine, le 29 mars 1871, au moment où paraissait la première édition de ce livre, auquel il s'intéressait vivement et où il avait voulu lui-même prendre sa part de collaboration. Les funérailles de ce bon citoyen, dans la triste situation où se trouvait la ville, ont été pour sa mémoire l'occasion d'un hommage mérité rendu par la population tout entière dans une manifestation publique pleine de convenance et de dignité. , et enfin, deux jours après, d'arrêter complètement cette immigration des campagnards dans l'intérieur de la ville.

L'ordre du 10 août de ne laisser entrer dans Metz que les gens munis de vivres pour quarante jours semblait impliquer que le commandant supérieur n'entendait pas pourvoir aux nécessités d'un investissement de plus longue durée. L'événement a prouvé qu'en cela sa prudence était en défaut. Cette remarque doit être faite parce que l'insuffisance des vivres a joué un rôle décisif dans la reddition de la ville. Mais, s'il est permis aujourd'hui de le déplorer, il faut se rappeler que personne alors ne pouvait demander compte de ses résolutions au commandant supérieur, maître absolu des mesures qu'il croyait devoir prendre pour la défense, remise, avec pleins pouvoirs, à sa responsabilité."

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image : Le glacis des fortifications de Metz, juillet 1870