généalogie et histoires lorraines

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Formes de la prise de possession en Lorraine

vendredi 19 septembre 2014, par Anne Auburtin

Source : article de Julien Féry dans la revue Le pays lorrain, 1930, disponible sur Gallica.


Au commencement du XVIII siècle, les ventes et donations, et les contrats d'acensement des droits de hautes, moyennes et basses justices (c'est-à-dire les baux des cens ou redevances dus au seigneur), étaient accompagnée en Lorraine, ou tout au moins à Saint-Mihiel, d'une prise de possession symbolique dont les notaires étaient les principaux acteurs.S'agissait-il d'une maison les « tabellions » s'y transportaient avec les cessionnaires qui faisaient faire « feu et fummée » dans la chambre principale et ouvraient et fermaient les portes ; l'acte était ensuite lu et relu devant la maison et s'il n'y avait pas d'opposants, les clefs étaient remises au nouveau propriétaire et la prise de possession devenait réelle.
Pour les terres, prés, vignes et « gagnages », les notaires enlevaient une motte du terrain cédé et la mettaient publiquement entre les mains du nouvel ayant droit. -S'il était question d'un jardin, ils y cueillaient une fleur et la lui offraient.
Dans tous les cas, on faisait le tour du propriétaire et on n'oubliait jamais les « francs vins » qui étaient « beus et consommés » au prorata du marché.
Il fallait, et on en avait de tout temps reconnu la nécessité, tenir le public au courant de mutations qu'il ne devait pas ignorer s'il lui fallait traiter -avec le véritable propriétaire.
Aujourd'hui le bureau des hypothèques renseigne utilement tous ceux qui s'y adresseront, car les ventes et donations d'immeubles, pour être opposables aux tiers, doivent être transcrites sur des feuilles spéciales qui sont reliées et tiennent lieu des registres établis par la loi de 1855.
Rien de semblable n'existait autrefois ; on cherchait simplement à frapper l'imagination des gens pour fixer, dans leur mémoire, le souvenir des faits qui s'étaient passés.
Chez les Romains, la transmission d'une propriété se faisait, d'après la loi des Douze Tables, par la mancipation (mot qui tire son origine de deux mots latins : manus et capere), en présence d'un porte-balance et de cinq témoins: l'acheteur tenait en mains la chose à acquérir — ou ce qui en était la représentation — et frappait la balance avec un lingot, de métal qu'il remettait au vendeur comme symbole du prix de la vente.
Dom Calmet explique, dans son Histoire de Lorraine, tome III — jurisprudence de Lorraine — que, d'après les lois des Ripuaires (peuples habitant entre le Rhin et la Meuse), on se servait dans les ventes, d'écrits ou de témoins, à volonté. Dans le premier cas, il fallait faire les écrits dans une assemblée publique et en présence de témoins ; dans le second cas, on se transportait sur le lieu avec trois témoins quand la chose était de minime valeur, avec six si elle était plus importante, et avec douze si elle était considérable. On y amenait un pareil nombre d'enfants: l'acheteur versait l'argent, entrait en possession devant les témoins et donnait des soufflets aux enfants ou leur tiraient les oreilles afin qu'ils se souvinssent de ce qui se faisait en leur présence et qu'ils pussent en rendre témoignage à. l'avenir.
La procédure était la même pour les donations; ces lois des Ripuaires, en usage depuis le VIII° siècle, ont été observées longtemps, mais, comme on vient ,de le voir, à Saint-Mihiel, on avait recours à des formalités qui n'exigeaient ni violence ni brutalité: les gestes des tabellions étaient symboliques et devenaient même gracieux lorsqu'ils remettaient, en public, à un nouveau propriétaire, et pour assurer définitivement sa propriété, des fleurs cueillies dans le jardin qu'il venait d'acheter.
C'était là une prise de possession élégante et d'autant plus intéressante qu'elle- ne paraît avoir été usitée dans aucune autre région.

Julien FÉRY.

Le traité de Lunéville (1801) la fin des négociations 4/4

mercredi 17 septembre 2014, par Anne Auburtin

 Source article  rédigé par l'abbé E. Hatton,  revue Le Pays Lorrain, 1927, disponible sur Gallica - titre et découpage ajoutés par moi pour faciliter la lecture sur le blog ; les images illustrant certains articles proviennent de Gallica et ne font pas partie du texte…


Le 14 [février 1801] est jour de fête consacré à la proclamation solennelle de la paix. La musique parcourt la ville suivie de la garde nationale en armes et des autorités. Joseph fait distribuer par le curé Halanzier 500 francs aux pauvres de la ville. M. Pouponot-Dalancour, à 9 heures du soir, en pleine salle de spectacle, proclame de nouveau l'événement ; à 10 heures du soir, il vient avec la musique donner une sérénade sous les fenêtres du ministre français et du ministre autrichien. Deux bals clôturent cette journée, à la Comédie et au Château.

On croirait que la population, un peu déconcertée, a voulu se réjouir et s'étourdir de force. Car elle sent que cette réconciliation brusquée des deux principaux adversaires la France et l'Autriche, met en question le Congrès.

En fait Joseph part pour Paris, ne laissant à Lunéville que son deuxième valet de chambre et deux autres domestiques (16 février 18oi) et Cobentzel s'en va le lendemain avec le préfet, déjeuner à Gerbéviller (17 février).

Tout espoir est-il perdu ? Non. Quelques-uns annoncent la prochaine arrivée de Talleyrand. M. de Kolytchef, l'ambassadeur de Russie est en route. Voici le marquis de Gallo, ambassadeur de Naples !...

Les théâtres et les bals continuent.

Mais le 23, le canon tonne, 19 coups saluant le départ de M. de Cobentzel pour Paris. C'est le glas du Congrès. La gendarmerie fait escorte au plénipotentiaire autrichien jusqu'à Dombasle, relevée par un détachement d'artillerie à cheval.

Qu'ils viennent maintenant de toutes les capitales : gens de guerre ou gens de cour ; comme ce général espagnol, comme le général Moreau (26 février), comme l'ambassadeur de Russie (2 mars), qui descend au Cheval de Bronze, accompagné du général Caffoulli (2 mars 1801), après avoir été salué par le maire et les autorités... tout est fini. — Une lettre de Talleyrand a donné le coup de grâce (28 février); elle ordonne de cesser toutes les dépenses. Les Lunévillois assistent le cœur serré, au déménagement officiel, au dépouillement de la scène grandiose qu'ils avaient prêtée à l'Europe et qui n'avait pas servi.

Le 11 mars, malgré les demandes du maire, les réverbères sont éteints dans les rues et mis en magasin ; la ville devra les rendre au gouvernement. Le 28 mars, ordre au général Bellavène de démeubler le château . Le 3o, ordre de renvoyer à Paris, au Musée des Arts, les tapisseries, lustres, girandoles, tableaux et objets d'art, qui avaient été expédiés pour la décoration du château. Quelques-uns des tableaux sont accordés au Musée de Nancy; ils remplissent deux caisses qui arriveront à destination le 5 juin. Lunéville n'obtient rien. Le chargement pour Paris, comprenant neuf caisses et six ballots (tapisseries des Gobelins), confiés au citoyen Christophe Gouy, agent des transports de la 4e division militaire (et ancien moine de Beaupré), arriva le 16 juillet 18oi. Les hautes portes des appartements de Stanislas se sont refermées sur la froide désolation des parquets trop sonores et des boiseries dénudées.

Et pour comble d'ironie, des malandrins s'amusent avec le télégraphe aérien. Le poste de Froide-Fontaine a été visité par les pâtres qui conduisent les troupeaux à la forêt : les vitres sont brisées, le tuyau de la lunette arraché, les fers et les cuivres volés (18 avril 1801). Le commandant Hugo signale au préfet ces déprédations et donne une consigne de surveillance à l'agent de Jolivet. Vaine précaution : les malandrins recommencent, ils arrachent des planches, ils font tourner les machines ; un soir ils mettent le feu (15 septembre 1801). Que faire ? L'ordre tardif arrive de démolir ce télégraphe et de le transporter à Metz (12 octobre 1801).

Tant d'agitation, tant de fatigues, tant de rêves, tant de perspectives brillantes caressées l'année précédente à pareille époque, s'envolent avec la fumée de ce feu d'automne allumé par des campagnards ; les salons de la petite ville se rendorment au murmure de leurs souvenirs.

Abbé E. HATTON.

Le traité de Lunéville (1801) les négociations 3/4

lundi 15 septembre 2014, par Anne Auburtin

 Source article  rédigé par l'abbé E. Hatton,  revue Le Pays Lorrain, 1927, disponible sur Gallica - titre et découpage ajoutés par moi pour faciliter la lecture sur le blog ; les images illustrant certains articles proviennent de Gallica et ne font pas partie du texte…

La scène est pour ainsi dire achevée, voici les acteurs. On signale comme des événements leurs lointaines allées et venues. M. le marquis de Luchesini, ambassadeur du roi de Prusse, est passé à Nancy le 27 octobre à 11 h. 1/2 du matin. Joseph Bonaparte doit quitter incessamment Paris (2 novembre 1800). M. de Cobentzel passe à Toul le 6 novembre à 11 heures un soir, le ministre français se présente à l'aube sur les remparts de la même ville, salué par l'artillerie. Enfin l'un et l'autre pénètrent dans la cité du Congrès ; M. de Cobentzel le 7 novembre à 5 h. 1/4 du matin ; Joseph Bonaparte, le même jour, à midi et demi. Le représentant du Premier Consul reçoit à 3 heures les autorités, que précède la musique et entend les discours d'usage. Le soir un dîner réunit chez Clarke (au château) les deux négociateurs.

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Le 10 arrivent trois jeunes citoyens de la suite de Joseph, Roederer, Portalis, Siméon et quantité d'autres. Le 17, s'installe à l'Hôtel de la Tête d'Or M. Alzée Sohm, envoyé du canton de Coire. Le 20, à 4 h. 1/2 du soir, 9 coups de canon saluent l'arrivée du général Moreau. Il descend au Sauvage, et fait aussitôt visite au général Clarke et au ministre français. Le 22, arrivée du baron de Buden et du docteur Engelberg, du baron de Schubort, envoyé du Danemark, le prince de Lowestein, ministre de Suède arrivés déjà ; Lunéville s'anime... À la suite des diplomates se glissent les commerçants, les artistes, les joueurs. Alors commence un savoureux chassé-croisé de dîners, de réceptions, d'invitations à des parties de promenades, à des concerts et à des pièces de comédie.

Le 10 novembre, Cobentzel a dîné chez Joseph ; Le 11, Joseph dîne chez Cobentzel ; Le 13, Joseph dîne chez Cobentzel ; Le 14, Joseph et Cobentzel dînent chez Clarke ; Le 15, Clarke et Joseph dînent chez Cobentzel ; Le 6 décembre, Cobentzel dîne chez Joseph, etc... Après le dîner très souvent : spectacle. La voiture de gala de Joseph, à 4 chevaux, était suivie de son cuisinier chef et du maître d'office Le théâtre s'ouvre sans tarder le 10 novembre par La Femme jalouse et Les deux Amants jaloux d'eux-mêmes...

Les pièces se succèdent dans le goût du temps. M. de Cobentzel semble avoir été consulté ses préférences : et pour lui faire plaisir le préfet fait supprimer les allusions.

Le préfet fait corriger ou supprimer les passages qui pourraient blesser les susceptibilités étrangères, il interdit certaines comédies : le Divorce, Guillaume Tell, ou des opéras : Philippe et Georgette, les Visitandines...

M. de Cobentzel ne dédaigne pas d'exprimer ses préférences : un auteur qui en est averti, le citoyen Durival, se présente chez Joseph pour obtenir la permission de faire représenter Sargines ou l'Élève de l'Amour, et Philippe et Georgette, précédemment à l'index (5 janvier 1801).

Puis ce sont bientôt les bals, dès le 10 novembre, où s'entrainent les ministres : bal masqué le 2 février, anniversaire du 18 brumaire, dans la grande salle du Château, où M. de Cobentzel assiste avec son secrétaire de légation jusqu'à 3 heures du matin ; bal à la salle de spectacle, le 7 février, par les artistes dramatiques. M. de Cobentzel y accompagne son petit neveu déguisé en fille, et paraît y prendre grand plaisir. On danse partout d'ailleurs : le maire peut donner toutes les autorisations, depuis qu'un certain ordre s'est établi dans ce genre de divertissement. On a dû supprimer les bastrings (23 novembre), à cause des militaires qui s'y attardaient et s'y battaient ; la police avait dû réduire la tolérance à deux bals par semaine. Mais on s'est assagi, et on danse chez des particuliers ; on danse par abonnement dans la grande salle du Château (t 3 janvier) ; on danse, le 7 février, à la Salle des Trophées ; on danse au Couvent des Capucins. On joue beaucoup aussi, surtout les jeunes gens, dans les cafés : on joue au loto, on joue au 21. Les divertissements font fureur (5 janvier) : mais la police remarque qu'il n'y a guère d'étrangers.

Tandis que la foule s'amuse, entre deux dîners, deux bals, deux concerts, les diplomates se promènent : Joseph conduit le comte de Cobentzel, aux salines de Dieuze et de Château-Salins (sa décembre 1800) ; aux forges de Cirey et de Framont (26 décembre); aux haras de Rosières (17 janvier). M. de Cobentzel, visite aussi le château de Gerbéviller à M. de la Vieuville, le château de Croismare, et la faïencerie de Saint-Clément, avec son épouse. Joseph assiste à une manœuvre militaire aux Bosquets (25 janvier) ; il s'intéresse aux pauvres de la ville et fait remettre au curé Halanzier 144 livres pour les indigents. La paix religieuse vient d'être signée.

Lunéville eut même ses petites conspirations : l'une blanche, l'autre ronge, mais les gendarmes et policiers mélangèrent les couleurs, n'étant pas très au courant des miroitements de la politique de fond.

« Le 11 nivôse an IX (2 décembre 1800), Norbert Vallame, Claude-Cosme-Damien Durand, et Joseph Geury, maréchal des logis, brigadier, et gendarme national..... signalent la veuve Launay, désignée depuis longtemps par l'opinionpublique pour se faire officier par des prêtres réfractaires….. ils ont aperçu plusieurs personnes de l'un et l'autre sexe qui entraient dans son domicile... a.

Ils ont voulu faire une visite domiciliaire : et demandé successivement au juge, au commandant de la gendarmerie et au maire qui ont refusé de les accompagner. La conspiration s'évapore. Le 1er février suivant (14 pluviôse IX), un placard manuscrit est apposé sur les volets du citoyen Haillecourt, place de la Comédie.

« Une assemblée de brigants, lit-on, se resemble ché le citoyen Hailecourt et ce nuitamant….. il y a dans cette assemblée des cafetié, cordonniers anfain l'ancien cercle des dénonciateurs, jadis des tigres altérés de sang et ennemis du gouverment, et agent de la machine infernale…… » M. Pouponot-Dalancour affirma que c'était pure calomnie.

«L'assassinat horrible, dont le premier Consul faillit être le victime » prolongea un écho assourdi jusqu'à Lunéville : le bruit courut que deux citoyens de l'endroit, Oursel et Diot, allaient être arrêtés comme complices (24 janvier 1801). Le seul résultat de cette agitation fat une surveillance plus étroite des étrangers, dont le maire fit dresser la liste et des mesures contre la presse, on fera une véritable chasse en particulier à un pamphlet interdit venant de Metz : « Rapport officiel sur l'assassinat du ministre plénipotentiaire à Rastatt » (débité par Chenoux, libraire à Lunéville). Ce rapport attribuait l'assassinat de Roberjot et consorts à l'ancien gouvernement.

Il n'y avait aucun danger : la masse avait bien oublié cette affaire.

Mais enfin ces deux plénipotentiaires, l'autrichien comme le français, sans compter leur suite, et tous ceux qui doivent bientôt arriver, ne sont pas venus semble-t-il, uniquement pour troubler le calme de la petite ville, tourner les têtes, festoyer et se promener ! Ils représentent des intérêts adverses, ils sont des hommes de discussion et de lutte. Où luttent-ils, où discutent-ils, quand travaillent-ils ? Le bruit court que Joseph dans sa retraite de la rue Scevola, passe presque tout son temps en conférences. Sans doute, mais sans doute, aussi qu'à cette époque reculée, les diplomates avaient déjà l'heureux privilège de régler les destinées des empires entre deux tours de danse, ou dans une partie en plein air. En tous cas, il y eut plusieurs ruptures qui jetèrent dans l'angoisse « l'universalité des citoyens s. Ainsi, le 11 décembre 1800, au retour de Dieuze, M. de Cobentzel, dit-on, fait ses malles. Mais tout s'arrange, puisque quinze jours plus tard, le 25 décembre, on remarqua que les grands bras du télégraphe ne cessent de signaler.

Étaient-ce difficultés personnelles entre Joseph et Cobentzel ? Ou plutôt la répercussion des événements militaires qui se succédaient en notre faveur ? Plus probablement, puisque dès la nouvelle de la victoire de Hohenlinden gagnée par Moreau (3 décembre 1800), l'Autriche se montre plus accommodante.

L'espoir d'un grand Congrès s'affermit plus que jamais : on reprend activement, dans les rues, les travaux de pavage ; les tapisseries des Gobelins, envoyées de Paris, sont déployées dans les appartements du Château ; les lustres et les girandoles sont suspendus aux plafonds. Joseph songe à louer le château d'Einville, où vient de mourir l'ancien premier président de la cour souveraine de Lorraine, M. de Coeurderoy.

Le 2 janvier 1801, s'est ouvert enfin le protocole officiel des délibérations. On annonce bientôt les plénipotentiaires napolitains (4 février).

Les négociateurs doivent travailler à force, entre les bals, les concerts, les promenades. La clientèle des cafés devient fiévreuse : quand tout à coup un courrier de Paris, oui de Paris, vint annoncer aux Lunévillois, le 12 février, que la paix est signée depuis le 9 précédent. Les cloches sonnent, le canon tonne, les fenêtres s'illuminent à la nuit tombante, les rues retentissent de cris d'allégresse où s'entremêlent les exclamations en l'honneur du Premier Consul.

Le traité de Lunéville (1801) les préparatifs 2/4

samedi 13 septembre 2014, par Anne Auburtin

 source article  rédigé par l'abbé E. Hatton,  revue Le Pays Lorrain, 1927, disponible sur Gallica - titre et découpage ajoutés par moi pour faciliter la lecture sur le blog ; les images illustrant certains articles proviennent de Gallica et ne font pas partie du texte.

Lunéville avait souffert, comme toutes les villes de France de la crise révolutionnaire. « Le Château qui en faisait jadis le magnifique ornement était délabré, les toitures étaient percées ; les appartements absolument nus à l'exception des dessus de portes, seules les boiseries demeuraient. Le parc tournait à la forêt, les statues d'un assez bon goût, dit une relation du temps, avaient été mutilées par une troupe vendéenne (?!!) elles avaient perdu leurs têtes, les bras avaient été brisés à coup de pierre ». La ville était à peine éclairée pendant la nuit : le pavage des rues Banaudon et Saint-Nicolas (faubourg de Nancy) était troué de profondes ornières; les routes qui conduisaient à Nancy et à Strasbourg étaient défoncées

On redoutait beaucoup les incendies, les pompes étant en fort mauvais état. Les finances municipales étaient à l'avenant, n'ayant pas même la ressource des octrois. La population avait subi des pertes énormes.

La ville était administrée par un conseil, comme de nos jours. Le maire était un ancien gendarme rouge, M. Pouponot-Dalancour, les adjoints se nommaient Dnfeigna-Keranforêt (un ancien gendarme rouge comme le maire) et Conigliano. Le commissaire de police était un ancien juge de paix : il s'appelait Maire.

La gendarmerie nationale était représentée par un lieutenant Caraut, un brigadier et 4 gendarmes.

La garnison avait été réduite à 1/2 brigade : non compris le dépôt des carabiniers, elle dépendait de la 4e Division militaire que commandait à Nancy le général Gilot.

La population comprenait un certain nombre de survivants de l'ancienne aristocratie, et d'anciens officiers de l'armée royale, des bourgeois plus on moins rentés, des commerçants, des cultivateurs et des vignerons.

Voici quelques-uns des noms les plus marquants :

Hennequin-Frenel, ci-devant comte de Frenel. Jankowitz, Malvoue, Berneron, Dalancour, Keranforêt, Conigliano, Delépée, Parel, Lhote (Loth), Lasnière, Keller, Bourguignon, Multzer, Roata, Desaulnoi, dom Malin (ancien abbé de Beaupré), Belprey, Olivier, Guibal, Haillecourt, Marguisson, Pergaut, Radiés, Spor... Sans se prononcer avec enthousiasme pour le nouveau régime (était-on certain de sa durée ?) les uns et les autres étaient partisans de l'ordre. Les Lunévillois étaient classés comme ayant « bon esprits.

« Les fêtes du 14 Juillet et de la Concorde ont été célébrées... à Lunéville avec toute la pompe et la magnificence convenables... affluence extraordinaire... joie et enthousiasme... » écrit le sous-préfet de Lunéville au préfet de la Meurthe, 26 Messidor 8 (14 juillet 1799).

Dès le mois de septembre 1800, les Lunévillois suivent avec intérêt, les préparatifs du grand événement. Pour rendre quelque lustre à l'ancienne cité militaire, Bonaparte leur envoie un général : Clarke, le futur duc de Filtre, alors directeur du dépôt de la guerre, en disponibilité â Neuwiller (Bas-Rhin) [27 septembre 1800]. Sous le titre de commissaire extraordinaire, il est chargé de prendre toutes les mesures utiles au Congrès. On lui fait parvenir 100 000 fr. (14 octobre 1800) pour les premiers trais. Pour des raisons inconnues, Clarke cédera la place à son second le général Bellavéne, un Verdunois (2 janvier 1801) qui aura comme adjoint, en qualité de commandant de place (25 janvier 1801), un officier du nom de Hugo, le père de Victor Hugo.

Une police extraordinaire s'organise par les soins du préfet : le commissaire Maire reçoit des pouvoirs étendus, on lui adjoint un secrétaire (Marguisson), 5 « mouches, » pour surveiller dans les 12 cafés de la ville, les filous et les escrocs, 3 autres « mouches » pour les auberges et cabarets, 3 autres enfin pour les patrouilles. On installe aux entrées de la ville des postes de gendarmes qui réclameront les passeports et noteront les entrées et sorties. Les citoyens Groully, Bancelon, Forel et Drapier sont nommés capitaines de postes. Les mendiants qui courent sur les routes après les voitures et les voyageurs devront disparaitre sous peine d'être mis en prison provisoire. L'attention de la police est attirée spécialement sur les « malveillants, les émigrés » ; elle surveillera notoirement deux publications : le Journal de la Meurthe, (dont le rédacteur est Thiébaut) et le Journal de Strasbourg qui envoie des placards en allemand. Le commissaire Maire, installé à la Mairie, adressera chaque jour un rapport au préfet, au sous-préfet et au général. Le gouvernement nommera même, mais sur le tard, un intendant du Congrès, le citoyen Mogé (Mouger).

Le gouvernement, en outre, fait dresser un état de casernement, pour 2.700 chevaux et 2.600 hommes. Le quartier général s'installe â Croismare, 24 chariots amènent de Nancy, des lits pour la garnison extraordinaire. I00 canonniers avec leurs pièces viennent de Metz.

Ainsi des organes administratifs nouveaux s'ajoutent aux anciens : général, préfet, sous-préfet, maire, commissaire de police, vont se dévouer, suivant leur humeur respective ou leurs traditions à l'œuvre de préparation : non sans heurt, non sans friction ! C'est le maire, M. Pouponot-Dalancour qui connaitra les plus pénibles traverses : il devra lutter contre le sous-préfet Lejeune, il luttera contre le génie militaire, il luttera contre le commissaire de police, ce qui lui vaudra de la part de ce dernier la qualification peu révérencieuse « d'étourdy ».

À vrai dire, M. Pouponot-Dalancour, étant le seul qui connut parfaitement l'état misérable des finances de la ville, s'effrayait des dépenses qu'on lui imposait et il montrait peut-être en ces circonstances, une certaine attitude de raideur.

Cependant les travaux ont commencé. Des paveurs de Pont-à-Mousson égalisent les chaussées des rues Banaudon et Saint-Nicolas, au loin, sous d'autres directions, des équipes particulières refont les routes qui traversent Nancy, Toul, Saint-Nicolas et Blâmont. Le préfet s'occupe directement de l'éclairage de la ville : il traite avec un entrepreneur, le citoyen Donville, pour la fourniture de l'huile, et fait disposer aux endroits utiles les 211 lanternes disponibles. Quelques réverbères en supplément donneront un surcroît de lumière du crépuscule à l'aube, dans les rues et places environnants le château. Ailleurs, les becs seront allumés 6 heures, quand il n'y aura pas de lune ; en cas contraire, 3 heures seulement. On était à l'économie.

Le service de la voirie publique et de la sécurité de la circulation devient très exigeant : une citoyenne qui avait jeté par sa fenêtre un pot d'ordure, se voit infliger 1 franc d'amende. On voulut faire mieux encore. Dans le fond de la rue Scevola (rue de l'Abattoir), en face d'un élégant hôtel destiné au logement d'un grand personnage, s'élevait un édifice municipal indispensable, dont l'odeur se mêlait à celles des détritus de la boucherie et du canal. Allait-on le laisser subsister ? Allait-on le détruire ? M. Pouponot-Dalancour était pour le statu quo après nettoyage, le commissaire de police était pour la destruction, le litige s'envenima, le sous-préfet, le préfet, le général y furent intéressés ; le parti de la destruction l'emporta. M. Pouponot-Dalancour ne put dissimuler une certaine humeur.

Mais voici le gros du travail : la réparation et l'organisation du château. Outre les anciens appartements de Stanislas destinés à Joseph Bonaparte (rez-de-chaussée) et au comte de Lehrbach, ministre d'empire (1er étage), le général Clarke espérait pouvoir utiliser un des logements des ci-devant officiers de la gendarmerie, pour y installer le comte de Cobentzel et, sans doute, peu à peu les autres délégués des puissances.

On allait prendre toutes les dispositions utiles, quand le génie militaire, propriétaire des bâtiments, s'oppose de la plus mauvaise grâce à la visite des lieux. Le conflit est aplani par l'entremise de Clarke et les travaux d'aménagement commencent. Or tout manque. Les hautes pièces lambrissées, sonnent le vide : c'est une misère. Le sous-préfet Lejeune va jusqu'à prier les maires des villages voisins, de quêter chez leurs administrés des bahuts et des armoires. Les fenêtres, faute de vitres, laissent passer la pluie ; le sous-préfet s'adresse au citoyen Renaut, propriétaire de la cristallerie de Baccarat : les glaces des trumeaux et des cheminées ont perdu leur tour. Lejeune écrit à Cirey, à Plaine de Walsch, à Lettenbach, au citoyen Guaita, co-propriétaire de Saint-Quirin. Les faïences d'art et d'usage commun ont naturellement disparu ; le préfet Marquis lui-même demande à Niederviller des vases décorés et des services de table. Tous les fonctionnaires se dépensent ; le château prend l'aspect d'une ruche active. Le professeur de dessin de l'École centrale a pris son pinceau pour réparer les tableaux du muséum municipal, dont la plupart, regrette un contemporain, représentent malheureusement des sujets religieux (ornementation bien désuète pour le goût des futurs locataires) Les particuliers enfin entrent en mouvement, le citoyen « Clermont-Tonnerre d'Amonville » offre un lit de parade (8 octobre 1800) ; le citoyen Fresnel offrira dans la suite les tableaux de son hôtel et son hôtel lui-même (3 décembre).

Enfin voici les quatre voitures de mobilier artistique annoncées de Paris, sous la garde du citoyen Carron, des équipages militaires. On sort de lourdes caisses les tableaux dont se prive le Musée des Arts. La plupart des sujets représentés promettent aux graves diplomates attendus, un large dédommagement des tableaux de sainteté. On y comptait des Nymphes, de Jouvenet : quelques chasses, des architectures ; puis « l'Amour et Céphale », de Boucher; « l'Amour caressé par sa mère », de Trémolière ; « Vénus tenant l'Amour », du même ; un , « Amour aiguisant ses traits », de Robert Lefèvre ; « Auguste faisant fermer le Temple de Janus » , de Boulogne ; « Les quatre heures du jour de Casanova » ; « L'abondance et la fécondité », de Lagrenée aîné ; « La continence de Scipion », de Lemoine ; « La justice et la paix » ; etc., etc....

En même temps le préfet faisait enlever, par des voitures réquisitionnées, les débris des statues mutilées des Bosquets, les arbres tombés, les déblais - (17 octobre 1800). À partir du 15 novembre, deux guérites se dressent sur les côtés de la grille du château, devant laquelle stationnent au long de la journée deux plantons à cheval.

On s'assure du bon fonctionnement des pompes à incendie. Les Lunévillois suivaient ces grandioses préparatifs avec une sympathique curiosité — et parfois avec émotion — car des sceptiques hochaient la tête au seul mot de congrès, et leurs propos décourageants se répandaient avec une étonnante rapidité. Cependant les administrations préfectorale et municipale avaient fait recenser les maisons de maître, dignes d'abriter les ambassadeurs étrangers (fin octobre 1800). Les logis des citoyens Jankowitz (place Léopold), Lasnière (rue de Lorraine), Dalancour (rue des Capucins), Malisi (rue de Viller), Delépée (place Léopold), Castara (Grande-Rue), Conighano (château du prince Charles), figuraient dans la première catégorie ; ceux des citoyens Gennot, Desaulnoy, Loth, Parmentier, Mulzer, dans une seconde, les derniers formaient une troisième et une quatrième catégorie.

On a même visité les châteaux du voisinage : Charles-Vue, Jolivet, Saint-Epvre, Vitrimont, Croismare. Cet inventaire minutieusement établi, Clarke a désigné les futurs occupants. Au plus considérable de tous, à M. le comte de Cobentzel, plénipotentiaire du Saint-Empire, il attribuait le plus beau logement. Au n° 41 de la rue Franklin (actuellement no 61 de la rue de Lorraine), s'élève un hôtel presque neuf, bâti sur l'emplacement d'un plus ancien hôtel, ayant appartenu au prince de Craon-Beauvau. « Cette maison, dit un rapport du temps, possède toutes les aisances désirables, des agréments rares (elle ouvre sur les Bosquets); elle est très bien appropriée à son but et renferme un riche salon ». Les propriétaires d'alors, les citoyens Valdenaire et Henry, limonadiers (place Léopold), pensaient tirer profit des circonstances. Ils destinaient le premier étage à une banque de jeu et pensaient ouvrir un restaurant dans les pièces du rez-de-chaussée. Deux ans auparavant, à l'occasion du traité de Campo-Formio, ils avaient lancé à Nancy une entreprise de spectacles qui n'avait pas réussi. On les disait ruinés ; ils comptaient se dédommager à Lunéville. La volonté de Clarke déjoua leurs espérances : ils durent ouvrir leurs portes à Cobentzel.

Comme l'organisation et l'ameublement des anciens appartements de Stanislas avance lentement, on cherche pour le plénipotentiaire français Joseph Bonaparte un logis provisoire. On trouve. Au fond de la rue Scevola (rue de l'Abattoir), derrière un rideau d'arbres, se dissimule l'hôtel Hennequin-Frenel : c'est là que descendra le frère du Premier Consul.

Quant aux autres ambassadeurs, on les casera dès leur arrivée : les intentions de Clarke demeurent encore secrètes.

Naturellement ces hauts personnages discuteront et pèseront les destinées des empires ; mais il leur faut des distractions, pour eux, pour leur suite. N'a-t-on pas dansé à Aix-la-Chapelle et à Rastatt ? N'a-t-on pas joué, n'a-t-on pas ouvert des salles de spectacles, donné des concerts et des comédies ? D'habiles industriels font leurs offres au Gouvernement : ils réclament de la Police générale un monopole, soit pour le jeu, soit pour le théâtre ; parlent de la prospérité de la ville, des dangers du jeu clandestin, etc... Le préfet traite avec la Société dramatique établie à Nancy, qui devra faire approuver son répertoire. Quant aux jeux : tout est déjà disposé dans le plus grand nombre des cafés, les tables, les cartes sont prêtes : il n'y manque que les acteurs, ils sont attendus impatiemment (1er décembre 1800).

En même temps qu'à l'agréable, on a songé à l'utile. Nos négociateurs français, fils de la Révolution, ne sont pas forcément accoutumés aux finesses du protocole, et aux surprises de la géographie et de l'histoire. Le citoyen Clarke a reçu des exemplaires des négociations de Nimègue pour le cérémonial ; quant aux ouvrages de fond, ils ont été offerts par le citoyen Coste, professeur d'histoire à Nancy : en tout 215 volumes.

Et maintenant il ne reste plus qu'à relier Lunéville avec la capitale, et, c'est une politesse essentielle, les étrangers, avec le centre de leurs gouvernements. Des relais de poste sont créés sur la route d'Allemagne à Bénaménil, à Blâmont. Mais des échafaudages s'élèvent sur le donjon du château : une sorte de potence se tend vers le ciel ; un édifice semblable se profile bientôt à l'horizon, sur la côte de la Loge vers Avricourt, bizarre machine qui intrigue : c'est le télégraphe aérien récemment inventé par Chappe, dirigé par Chappe en personne, et qui fonctionnera comme à Valmy en utilisant, par Vic, la ligne Metz et Strasbourg. (28 octobre 1800).

(à suivre)

Le traité de Lunéville (1801) introduction 1/4

jeudi 11 septembre 2014, par Anne Auburtin


"Le traité de Lunéville a été signé à Lunéville le 9 février 1801 (20 pluviôse an IX) entre Joseph Bonaparte, représentant la France, et le comte Louis de Cobentzel, représentant l’Autriche.

Le traité fait suite aux victoires de Napoléon à Marengo (14 juin 1800) et de Moreau à Hohenlinden le 3 décembre de la même année, d’où s’ensuit l’armistice de Trévise avec les Autrichiens le 15 janvier 1801. Il marque la fin de la deuxième coalition. Un an plus tard, l’Angleterre doit signer la paix d’Amiens (mars 1802)". (WIKIPEDIA)

Voici la description de cette signature, vue par les Lunévillois.

 Source article  rédigé par l'abbé E. Hatton,  revue Le Pays Lorrain, 1927, disponible sur Gallica - titre et découpage ajoutés par moi pour faciliter la lecture sur le blog; les images illustrant certains articles proviennent de Gallica et ne font pas partie du texte..


Introduction

Lunéville est restée à peu près ignorée de la .grande histoire pendant la période révolutionnaire, de septembre 1800 à la fin de mars 1801, son nom sera prononcé dans le monde entier.

Lunéville a été choisie comme lieu de réconciliation, de deux grands États et Lunéville va probablement devenir le centre de réunion d'un vaste Congrès, le foyer d'activité de toute la diplomatie européenne. Depuis le Congrès d'Aix-la-Chapelle on n'aura rien vu de si important, de si imposant. Les Lunévillois s'enfièvrent pour ce grand rôle : ils forment les plus vastes espérances... quand un jour, brusquement, ils connaissent toute la mélancolie des demi-succès, tous les déboires de la déchéance et de l'abandon.

L'empereur d'Allemagne, François fer avait été battu par les armées du Consulat : son ministre Thugut a proposé à Bonaparte une réunion de plénipotentiaires qui se tiendrait soit à Sélestat, soit à Lunéville. Le ministre français des Affaires Extérieures. Talleyrand-Périgord, a désigné Lunéville (11 avril 1800).

Thugut ayant démissionné, le comte de Cobentzel lui succède (25 septembre 1800) : il se désigne lui-même comme négociateur, rédige ses propres instructions (25 septembre 1800), et ne tarde plus à prendre la route de France. Il est reçu à Strasbourg le 23 octobre à 3 heures du soir, par l'aide de camp de Moreau et 50 hussards.

Le canon salue son entrée à Lunéville le 24 octobre. Salué par 19 coups de canon, il descend chez le sous-préfet Lejeune. Le soir il soupe chez Clarke. Le 28 il part pour Paris, avec une escorte militaire (accompagné de son secrétaire de légation Hoppe.

Sur ces entrefaites Bonaparte avait nommé comme plénipotentiaire français son frère Joseph, avec Leforêt comme secrétaire de légation. Après un premier échange de vues, les deux ministres devaient se diriger sur Lunéville. (à suivre)

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Lè jane fome que n' voleût me aler en végnes

mardi 9 septembre 2014, par Anne Auburtin

La Jeune femme qui ne voulait pas aller à la vigne

Patois de la Nied

I n'éveût i jane végn'ron de d'sus lé M'selle qu'alcut veur blonde sus lè Seille. Dans lo v'lége de sé bone-èmin an n'évint point d' végnes.

Lé val don qu'è dit enlé é s' galant :"J' vieux beun aler d'mwérer dans vote velège, mais faut m' promate que j' n'érai me man d'aler en végnes ; ç'at i m'ti qu' je n' sèreùs sofri."  Lo jane végn'ron s'è dit tot' per li : "Promatans tojos, j' veûrans beun éprès. » Et '1 é promins tortot ç' que lé bele é v'lu, ica pus.

Mais lèye é d'mandé qu'i li bèillesse cé par écrit. Tot d'hhute, lo galant y è fait i billet.

Les val don mèriés. Ç'ateût l' maidi.  Lo jûdi l' mètîn, lo jane mèrié mat sé hate é s' dows — ç'ateût 1' temps que tot chèqu'in aleût feucheu — et i dit è sé jane fome : " Degrôboyez-v', haîye don ! que j'alinsse powveûr en végnes." Lèye, tot èhhtomèquaiye, de réponde : Coment ! ç'at enlé !... mals ve m'ez portant fait i paupieu !... Ve serez que j' hhûraî tojos m'  paupieu."
"Hhuvez tojos ! qu'é fait s'n homme, vote paupieu at dans mè hate."

Ma iwo, que faire ? Lé jane fome é don hhu so paupieu qu'atteut dans lé hate. Eule s'è fait è lé végne, piat-z-é-piat, et l' è dev'nîn lè maillou veugn'rone don v'lége.

                                               

traduction littérale

y avait un jeune vigneron de dessus la Moselle qui « allait voir blonde » sur la Seille. Dans le village de sa bonne amie on n'avait pas de vignes.

La voilà donc qui a dit ainsi à son galant : " Je veux bien aller demeurer dans votre village, mais il faut me promettre que je n'aurai pas besoin d'aller « en vignes » ; c'est un métier que je ne saurais souffrir." Le jeune vigneron s'a (est) dit tout par lui (en lui-même) : "Promettons toujours, nous verrons bien après.." Et il a promis tout ce que la belle a voulu, encore plus.

Mais elle a demandé qu'il lui donne ça par écrit. Tout de suite, le galant lui a fait un billet.

Les voilà donc mariés. C'était le mardi... Le jeudi le matin, le jeune marié met sa hotte à son dos — c'était le temps que tout chacun allait ficher (les échalas en terre) — et il dit à sa jeune femme : " Débarbouillez-vous, allons donc ! que nous allions (un) peu voir « en vignes. » Elle, tout estomaquée, de répondre : « Comment I c'est ainsi !... mais vous m'avez pourtant fait un papier !... Vous saurez que je suivrai toujours mon papier" .  "Suivez toujours ! qu'a fait son homme, votre papier est dans ma hotte."

Ma foi, que faire ? La jeune femme a donc suivi son papier qui était dans la hotte. Elle s'a (est) fait (e) à la vigne, petit à petit, et elle a (est) devenu (e) la meilleure vigneronne du village.

publié dans la revue  Le Pays lorrain 1925 (A17) :[ revue régionale bi-mensuelle illustrée / dir. Charles Sadoul] Provenance : bnf.fr

Arnaville : le scapulaire miraculé

dimanche 7 septembre 2014, par Anne Auburtin

Source du texte : Notre-Dame de France, ou Histoire du culte de la sainte Vierge en France depuis l'origine du christianisme jusqu'à nos jours,.... Besançon et Lyon / par M. le curé de Saint-Sulpice [A.-J.-M. Hamon] et lettre de L'évêque de Metz

Arnaville possède la chapelle de Notre-Dame de Pallon, doublement célèbre, et par sa statue, et par sa confrérie du Scapulaire. Sa statue fut trouvée, vers l'an 1500, dans des branches de sureau; les prières faites a ses pieds obtinrent, entre autres miracles, la résurrection de plusieurs enfants mort-nés; on lui éleva, en conséquence, une chapelle à l'endroit même où elle avait été trouvée, et un pèlerinage s'y établit. Sa confrérie du Scapulaire acquit de la renommée, tant par les indulgences dont l'enrichit Alexandre VIII, que par l'apaisement d'un incendie, grâce à ce saint habit. C'était le9 juillet 1719 ; un feu violent dévorait une maison particulière. Un de ceux qui étaient accourus pour l'éteindre jette son scapulaire au milieu des flammes ; a l'instant le feu s'arrête, épargnant les maisons qu'il allait consumer; et, au bout d'une heure, le scapulaire se retrouve intact, suspendu à une poutre enflammée. L'évêque ordonne une enquête, constate le fait, et pour en perpétuer le souvenir, ordonne que, tous les ans, le deuxième dimanche de juillet, il se fera, de la chapelle de Pallou à travers toutes les rues du lieu, une procession solennelle suivie de l'hymne d'actions de grâces, Te Deum laudamus 

Henri Charles de Combloux, par la permission de Dieu, Evêque de Metz, Prince du Saint empire, duc de Coislin, Pair de France, Baron des anciennes baronnies de Pontchâteau et de la Roche Bernard, Pair et Président des états de Bretagne, Premier Baron de Champagne, Comte de Crécy, et autres lieux ; Premier Aumônier du Roi, et Commandeur de l'Ordre du Saint Esprit

Vu la requête à nous présentée par les maîtres et associés de la confrérie de Notre-Dame du Saint-Scapulaire, érigée en la chapelle de Pallon, hameau dépendant du village d'Arnaville, de notre diocèse, à ce qu'il nous plaise permettre de faire informer des faits par eux exposés, concernant la conservation miraculeuse d'un scapulaire dans son entier, au milieu du feu, pendant un incendie arrivé audit lieu. Notre décret du deuxième décembre dernier, portant commission au sieur Esselin, curé de Bayonville, pour informer des dits faits, circonstances et dépendances, tendresse et procès-verbal, pour icelluy à nous rapporter, être statué ce coca appartiendra, autre requête présentée par les 10 m et associés de ladite confrérie au dit sieur et cela, pour être par lui préfixés jours, lieu et heure, pour faire assigner les témoins qu'il désire faire entendre, et nommé un sergent commis pour donner les assignations. Décret du dit sieur et cela, du 15e décembre dernier, portant désignation du 20 unièmes du dis-moi, à 10 heures du matin et deux heures de relevée, et de la maison Currier , entendre les 10 témoins, et commission agents Estienne, habitant d'armes à ville, pour faire tous actes et signification. Procès-verbal d'information faite par le dit sieur et cela, au lieu d'un avis, le dit jours 21e décembre dernier, composé des dépositions de 20  témoins.

Tout considéré.

Le saint nom de Dieu invoqué ; et après avoir eu la vie de plusieurs théologiens versés dans la science des dogmes catholiques et des saints canons ; nous avons déclaré et déclarons par ces présentes, qu'il y a preuve suffisante dans l'information, que le neuvième de juillet dernier, dans le fort de l'incendie arrivé au dit hameau de palombe, a scapulaire ayant été jeté au milieu du feu qui consumait la maison du nommé Didier Naudin, ledit scapulaire étend resté dans le feu pendant plus d'une demi-heure, fut conservé entier est retiré d'une poutre embrasée, sans avoir été aucunement brûlé ni endommager ; que toutes les circonstances de ce fait prouvent solidement que Dieu a voulu récompenser la foi et la confiance en l'intercession de la bienheureuse vierge mère de Dieu, par un miracle public et dûment avéré : et désirant que la mémoire d'une scie insigne faveur du ciel, soit conservé et servi à l'édification des fidèles, et à l'augmentation du culte de la très Sainte vierge si bien établie par toute la tradition de l'église ; nous ordonnons que tous les ans, à perpétuité, on ajoutera le second dimanche de juillet aux pieuses cérémonies et dévotion qui se pratique par  ses associés de ladite confrérie, au dit lieu de Pallon, une procession autour du dit hameau, au retour de laquelle on chantera le Te Deum en action de grâces de ce miracle, dont il a plu à la divine bonté d'honorer le dit lieu, et fortifier la foi et la dévotion de ce qui recourt à lui par une loi plus confiance à l'intercession de la bienheureuse Marie ; et seront les présentes enregistrées en notre chambre épiscopale. Donner Amesse, en notre palais épiscopal, sous notre sein, le sel de nos armes, et le contreseing du secrétaire de notre dite chambre, le 12e janvier 1720.

Henri – Charles  de Combloux, évêque de Metz, duc de Coislin.

Le 13e bataillon des Vosges (Guerre de Vendée)

vendredi 5 septembre 2014, par Anne Auburtin


Source du texte : Extrait d'un article de Henri Poulet consacré au général Humbert, publié dans la revue  Le Pays lorrain 1925 (A17) :[ revue régionale bi-mensuelle illustrée / dir. Charles Sadoul] Provenance : bnf.fr

Image : Vinkeles, Reinier (1741-1816). Graveur  Date d'édition : 1805 Provenance : bnf.fr


Le 13e bataillon était composé de volontaires surnuméraires et des compagnies distraites des districts de Bruyères (6e bataillon), Remiremont (8e bataillon) et Darney (9e bataillon). Le Conseil d'administration écrit du camp de Chiché, le 21 guerre_de_vendee_1793.jpgnovembre 1794, que « depuis sa sortie de Mayence, le 13e a toujours été en colonne agissante en Vendée, bivouaquant au milieu des campagnes, tantôt poursuivant les brigands, tantôt poursuivi par eux. Il y eut de nombreux mouvements dans les cadres ; en outre on vient de recevoir 600 nouveaux hommes. On manque de sujets qui sachent écrire.

Le 13e bataillon forma, le 15 juillet 1795, avec le 4e de Loir-et-Cher et le Ier bataillon du 87e  de ligne la 157e demi-brigade, devenue la 70e demi-brigade, le 25 décembre 1796. Le 2e bataillon s'embarqua tout entier pour l'Irlande sous le commandement du chef de bataillon Ardouin (5 août 1798), combattit glorieusement à Castlebar avec Humbert et fut fait prisonnier avec lui à Ballinamack, le 8 septembre 1798.

En l'an VI, le reste de la 70e demi-brigade s'embarqua à L’Île de Ré pour prendre part à l'expédition d'Irlande sous les ordres de l'adjudant général Cortés; mais l'opération ayant échoué, elle est ramenée à Rochefort (9 octobre-10 novembre 1798). Elle combat de nouveau en Vendée pendant toute l'année 1799 où elle remporte, sous le commandement du chef de bataillon Ardouin, un succès signalé sur les Chouans au combat des Aubiers. Entre temps un détachement de 100 hommes, commandé par le lieutenant Dumolard, s'est encore embarqué à Rochefort pour une expédition secrète (25 avril 1799).

Passée à l'armée d'Italie, la 70e demi-brigade figure au passage du Tessin, à Turbigo (30 mai 1800), à Marengo (14 juin 1800). En 1805, elle prit part à la bataille de Trafalgar, puis devenue 70e de ligne, elle passera à l'armée d'Espagne jusqu'en 1813, s'illustrant à la bataille de Vimeiro (Portugal) (21 août 1808), à la bataille de Busaco (27 septembre 1810), au combat de Sabugal (3 avril 1811) où le colonel Lavigne sera tué à sa tête, à la bataille des Arapiles (22 juillet 1812). Tandis qu'une partie du 70e de ligne va combattre en 1813 à Bautzen et à Leipzig, à Père Champenoise et à la bataille devant Paris (30 mars 1814), le reste du régiment prend part à la retraite de Pampelune (juillet 1813), à la bataille d'Orthez (27 février 1814) et à la défense de Bayonne (14 avril 1814). Le colonel Maury, qui commande le 70e, est tué à Ligny, le 16 juin 1815 et son successeur, le colonel Uny, deux jours après, à Waterloo. À cette date, aucun des volontaires vosgiens de 1792 ne figurait plus sur les contrôles du régiment.

Liste des membres du 13e bataillon tués aux combats

LE MANS.

21 sept. 1793

Charles - François Lavier- Honoré, sous-lieutenant, blessé

CHOLET

17 oct.

Jean-Joseph Petitdemenge, de Corcieux,15 ans

 

 

Claude Mouget, de Ménarmont, 20 ans.

 

 

Antoine Bregin, de Grandrupt, 23 ans.

 

 

Jean-Claude Querquin, de Bains, 20 ans

 

 

Adrien Munier, de Gruey, 19 ans

LAVAL

24 oct.

Valentin Lagas, de Brouvelieures 19 ans

 

 

Martin Baliand, de Bru, 22 ans.

 

 

Joseph Grandmaire, de Harsault, 19 ans

 

 

Charles Creusot, 16 ans

DOL.

22 nov

Pierre-Cyprien Pernot, lieutenant, de Fontenoy-le-Château, 3o ans.

 

 

Nicolas Chenel, de Chéniménil, 20 ans.

 

 

Pierre Ponceau

 

7 déc

Jacques Thiriet, de Raves, 24 ans

 

 

Nicolas Pierrot, de Grandrupt

VIHIERS

8 février 1794.

Joseph Claudet, 18 ans

 

 

Joseph Petot, de Uriménil, 19 ans

 

 

Charles Vallette, de Crainvilliers, 4$ ans

 

 

Jean-Baptiste Lablanche, de Cletcy, 18 ans

CHOLET.

9 mars 1794

Jean-Claude Gérard, de Harsault, 18 ans, «en allant au pillage»

 

10 mars 1794

Nicolas Grandpierre, du Clerjus, 20 ans

 

 

Léopold Vauthier, de Gruey, 28 ans

 

 

François Faron, de Gruey, 16 ans.

 

 

Claude Clément, de Charmois, 26 ans.

 

 

Claude Charrard, de la Haye, 19 ans.

 

 

Joseph Thouvenot, de la Haye, 22 ans.

 

 

Jean-Baptiste Michel, tambour, de Saulxures, 16 ans.

 

 

Claude Roussel, de Valfroicourt, 18 ans

 

 

Michel Petitgenai, de Cornimont, 19 ans

 

 

Joseph Rivet, de Ramonchamp, 28 ans.

 

 

Lambert Claudel, de la Bresse, 19 ans

ARGENTAN

18 mars

Antoine-Blaise Sourier, sous-lieutnt, 30 ans.

 

9 mai

Jean-Baptiste Humbert, 18 ans.

 

 

Hidalphe Xémard, de Harsault, 20 ans

CHATEAU-SCEAUC

. 4 août

Joseph Jacquot, de Gerbépal, 30 ans

PONT-CHARRON

16 sept

Urbain Pierre, de la Baroche, 24 ans

SAINT-CYR

25 sept

Lahache, Jean-François, caporal, d'Epinal, blessé



Les réquisitions dans la Meurthe et la Moselle en 1809

mercredi 3 septembre 2014, par Anne Auburtin

Source : article de Jean-Julien dans le Pays Lorrain, 1925, disponible sur Gallica, page 233

L'empereur Napoléon fit souvent avec succès transporter les troupes dans des voitures réquisitionnées. On prévenait les maires des communes que les véhicules devaient se trouver à tel endroit, à telle heure, et lorsqu'elles étaient réunies, on partait. Tel était l'ordre observé que sur des centaines de voitures appelées, on en trouvait rarement une ou deux manquantes. Dans le département de la Moselle, on payait 40 francs la voiture à 4 chevaux pour aller de Metz à Longwy et on ne payait que 20 francs pour aller de la même ville à Thionville.


Les derniers transports qui se firent ainsi, le furent en 1809, à cause du débarquement à l'île de Walcheren de 40.000 Anglais, le 30 juillet. La ville de Flessingue s'étant rendue (8-16 août), la situation devint assez critique pour faire venir les gardes nationaux des départements voisins. Ces braves gens partirent avec le plus vif entrain et le premier détachement signalé le 24 août fut celui de Metz. 20 voitures, payées 400 francs le conduisirent à Thionville. Metz avait 28 colliers, savoir : Monflanc, 8 ; Poinsignon, 4 ; Davancia, 4 ; Thillet, 4 et Messin, 4. Ensuite, les villages suivants : Woippy, 8 ; Montigny,12 ; Moulins, 8 ; Saint-Eloy, 4 ; Saint-Privat, 4 et Vatimont, 16. Cent cinq voitures conduisirent de Metz à Longwy le 4e bataillon de la garde nationale de la Moselle. Les voitures furent prises dans le canton de Pange.


Le 26, on réquisitionna vers la Seille, six villages avec 10 voitures pour conduire de Metz à Thionville une compagnie de la Meurthe. Le même jour, trois compagnies de la Moselle firent le même voyage dans 68 voitures ; 27 furent prises à Grigy, Mézières et Hauconcourt (9 chacun) ; il y avait deux cultivatrices, les veuves Peupion à Grigy et Fort à Hauconcourt.
Le même jour, un détachement de la cohorte du premier bataillon de la Moselle alla de Metz â Longwy, il y avait 217 voitures. Les voitures de Coin-sur-Seille et de Flévy ne vinrent pas. Châtel-Saint-Germain eut à lui seul 16 voitures.


Le lendemain, un détachement d'un bataillon de la Meurthe partit de Metz ; 5 villages fournirent 21 voitures : Borny, 6; Marly, 9; Saulny, Semécourt, Chesny, chacun 2.
Le même jour, 4 compagnies, de l'arrondissement de Lunéville se mirent en route, de Metz à Thionville, dans 30 voitures : celle de Vernéville manqua ; Hagéville en fournit 9 ; Puzieux, autant ; Rezonville, 16, et Gravelotte, 2.
Enfin, la dernière réquisition fut de 105 voitures, pour le 3° bataillon de la Moselle, de Metz à Longwy : Vionville, 9 ; Vilcey-sur-Mad, 9 ; Dampvitoux, 16 ; Hayange, autant; Chambley, 25 ; Gravelotte, 9, etc. Ces réquisitions devaient gêner les villages, surtout au moment de la moisson, mais il fallait marcher. Les paiements n'avaient lieu qu'après de longs retards. En 1812, le préfet de Vaublanc invitait les cultivateurs qui n'auraient pas reçu la totalité de la somme portée sur les états à lui adresser leurs réclamations.voiture_ambulance.JPG

520 voitures avaient conduit en poste les gardes nationaux et le service, fait avec beaucoup d'ordre, avait bien rempli son but, sinon avec moins de célérité que les camions automobiles de la grande guerre.

JEAN-JULIEN.

La verrerie de Portieux en 1802

lundi 1 septembre 2014, par Anne Auburtin

Ce texte est tiré de l'ouvrage " La verrerie de Portieux : origine, histoire"  par A. Fournier.


En 1802, il y avait deux fours occupant 70 ouvriers; une taillerie, avec quatre ouvriers, venait d'être établie de plus, on comptait de 8 à 10 apprentis de 8 à 16 ans.

Tous les ouvriers habitaient la verrerie, et formaient 42 ménages représentant 220 individus « vivant à la suite de la verrerie. »

« Rien n'est de si peu de conséquence dans la substance que les matières que l'on emploie à la fabrication du verre; il ne se compose essentiellement que de sable blanc et de salin ou potasse. »

Les deux fours consommaient annuellement 2,160 quintaux de salin; 6,240 quintaux de sable « qui, préparés, déchoient d'un tiers. ,

Ce sable vient de quatre lieues de l'usine, sur la route de Charmes à Mirecourt; « le transport représente 250 voitures, ce qui est pour les cultivateurs de la commune un grand avantage. »

Pour les verres les plus fins, on va chercher du sable en Champagne.

On utilise également une « espèce de pierre de couleur appelée maganaise (manganèse) ou magnésie » que l'on tire de la Haute-Saône et qui ne coûte guère que le transport, se trouvant répandue sur la surface de la terre comme d'autres pierres. 

On employait aussi de l'arsenic.

Les deux fours brûlaient 2,800 cordes (8,400 stères) de bois « En 1789, l'on consommait en bois un dixième de plus à proportion; les propriétaires sont insensiblement parvenus, par les changements qu'ils ont apportés dans la construction de leurs fours, à opérer cette économie sur la consommation et à porter la fabrication à un sixième de plus que en cette année. » La suppression des affectations a forcé l'usine à acheter, par voie d'adjudication, le bois nécessaire; la corde de bois a brûler, dans l'arbre, s'élevait jusqu'à et 10 fr. Le salin et le bois constituent la dépense principale d'une verrerie: le salin de pays valait de 40 à 42 fr. le quintal; celui d'Alsace, 48 fr.

On fabrique à Portieux toute « espèce d'ouvrages quelconques en verre, à l'exception des verres à vitres et des verres en table que l'on n'y fait plus. »

Il se fabrique par an 3,369,600 verres ordinaires. Le salaire des ouvriers a augmenté, depuis 1789, d'un quart pour la fabrication et d'un tiers pour ceux qui préparent la matière, de près du double enfin pour les manœuvres et autres subalternes.

Le chiffre d'affaires s'élevait a 236,000 fr.

On vend dans le département des Vosges pour 2,000 fr. environ; 12,000 fr.dans la Meuse, Meurthe, Moselle; le surplus, 222,000 fr. est expédié aux villes frontières et ports de mer; sur ce chiffre, il est vendu à l'étranger pour l 50 000  fr., le reste servant à la consommation de ces villes et environs.

« Tout s'expédie, soit par voie de terre, soit par eau (la Saône) vers Bordeaux, Toulouse, Beaucaire, Rouen, Bayonne, Marseille et généralement sur les ports et frontières, d'où les négociants les font passer en Espagne et surtout dans les iles par le moyen de vaisseaux français ou étrangers qui abordent dans nos rades..

« Pendant la guerre, l'on n'apportait guère de ces marchandises, souvent l'on a été obligé de faire des enmagasinements assez considérables; mais comme plusieurs usines du genre de celle-ci chômèrent pendant ce temps, et que le public a toujours été content de la fabrication de Por-tieux, notamment depuis quelques années, qu'au surplus sa réputation est établie, elle est parvenue, sans cesser son travail, à se procurer le débit de ses marchandises. « C'est par le retour des bateaux et voitures qui conduisent ces marchandises sur nos ports, que nous arrivent dans ce département et les voisins, les savons, eaux-de-vie, sucres, fruits secs, cotons et autres articles venant du midi de la France et des colonies. »

Telle était la situation de la verrerie de Portieux au commencement du XIX° siècle.

Trève estivale

mardi 15 juillet 2014, par Anne Auburtin

Bonnes vacances à tous,

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Je vous les souhaite aussi légères que cette bulle et vous retrouverai début septembre.

Anne

Hérédis On line

dimanche 13 juillet 2014, par Anne Auburtin

 Vous y trouverez mes données sous le nom Auburtin.

Comme l'intégration au logiciel Hérédis que j'utilise est totale, c'est maintenant là que je publie la totalité de mes données y compris sources, média, notes.... La mise à jour est aussi bien plus fréquente que sur Généanet.

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liste des ouvriers qui travaillaient en 1778 à la verrerie de Portieux

vendredi 11 juillet 2014, par Anne Auburtin

Cette liste est tirée de l'ouvrage " La verrerie de Portieux : origine, histoire"  par A. Fournier.



  • Claude Lorençot ou Laurenceau, commis.
  • Pierre Houel, maître verrier.
  • Etienne Houel.
  • Charles Viriot et frères.
  • François Gueury.
  • Claude Aubry et frères.
  •  Joseph Chaffard.
  • Nicolas Chaffard.
  • Michel Maillard.
  • Joseph Maillard.
  • Pierre Gueury.
  • Claude Gueury le grand.
  • Claude Gueury le gros.
  • Claude Chaffard.
  • François Chaffard.
  • George Jolly.
  • Laurent Pelletier.
  • Jean-Claude Honel.
  • Le sieur François Lenoir.
  • Nicolas Denis.
  • Jean Ruer,
  • Jean-Jacques Schirmann.
  • Alexis Thomas.
  • Nicolas Grégoire.
  • Charles Clément.
  • Nicolas Houen.
  • François Bailly.
  • Nicolas Houbout.
  • Clément Darmoise.
  • Joseph Bœuf.
  • La veuve Valck.
  • La veuve Aubry.
  • La veuve du sieur Destard.
  • La veuve Viriot.
Nicolas Houen et Charles Clément étaient les domestiques aux gages des fabricants; " ils sont uniquement occupés à la conduite de leurs bœufs et chevaux pour la fourniture du bois nécessaire à l'alimentation de la verrerie". 


L’abbaye de Bouzonville à la veille de la révolution

mercredi 9 juillet 2014, par Anne Auburtin



Ce texte est extrait d’un article de M. H. Tribout de Morembert, archiviste de la Ville de Metz, intitulé « Deux abbayes bénédictines lorraines à la veille de la révolution Bouzonville et Saint-Avold 1784, in  Bulletin d'histoire économique et sociale de la Révolution française et disponible sur Gallica


Elle avait pour prieur, en 1784, dom Joseph Baudot qui n'a pas laissé un très bon souvenir ; le sous-prieur était Jean Henry, et le doyen, Jacques Lequeux. Il régnait, dans cette abbaye, une singulière atmosphère. Le ton en est donné par un mémoire du 5 novembre 1784, opposant dom Barthélémy Colles-son à dom François Grandemanche  . Nous en donnerons de larges extraits.
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On y apprend d'abord que « les orages se succèdent icy sans interruption », que dom Claude Fleurant a failli être assassiné alors que le frère Maurice Picard était violemment battu. « Cette maison est une maison de sang. J'y ai vu depuis un an cinq fois le chirurgien pour panser les playes résultantes de batailles d'ivrognerie. » L'auteur des coups sur dom Fleurant était dom Grandemanche, qui a même osé lever sa canne sur le lieutenant-général et l'a couvert de grossièretés.

« Le caractère de dom Grandemanche est dur et violent et sa fourberie le rend infiniment dangereux ; il a été un des principaux acteurs dans la bataille où dom Claude Fleurant a failli de périr. Quel autre nom peut-on lui donner que celui d'assassinat, puisque c'était bien avant dans la nuit, dans le dortoir ou même dans la chambre de dom Claude et que de cinq ou six playes que celui-cy avoit sur la teste, il n'y en avoit point qui n'allaient jusqu'aux os. Un homme moins robuste eut esté assommé ; il fallait une teste comme celle de dom Claude pour résister à de si violentes attaques. C'étoit en hyver, nos portes étoient fermées, il n'y avoit aucun étranger chés nous, il étoit entre neuf et dix heures du soir. Dom Claude a déclaré vint fois que c'étoit dom Grandemanche, dom Hilaire, etc., qui l'avoient attaqué.
On entendit assez distinctement la voix du premier qui disoit au Père sous-prieur qui, éveillé par le tumulte parut sur la porte, rentrés foutre ; on craignoit les témoins. Cependant dom Grandemanche, suivant son caractère de fourberie, qui est celui qu'il a emploie avec moy, menaça dom Claude de présenter une requeste contre lui et de le faire enfermer s'il osoit l'accuser. Telle est notre pétition. On peut être assassiné chez nous impunément. Un innocent peut du moins être maltraité et subir, par un effet funeste de la fourberie et de la noirceur, la peine qui devroit tomber sur le coupable ; et tel est mon sort. »
Il fut pris en filature et surpris nuitamment sans ses habits religieux. « Outre le libertinage et le mépris des bulles des souverains pontifes faisant deffense aux religieux de quitter leurs habits surtout dans des circonstances aussi aggravantes, le crime de séduction parroit icy dans tout son jour. Le Père prieur pouvait-il ne punir que très superficiellement de si grands excès et rétablir si précipitamment le coupable dans tous les droits du sacerdoce ? Le pouvoit-il même en tout de sa propre authorité ? ».
Dom Collesson continue son réquisitoire contre frère Dufay qui l'accusa faussement « d'avoir eu un commerce infâme avec une fille de Morizecourt », alors que lui-même avait une liaison avec une femme de soldat, et contre frère François, qui « l'a accusé également de commerce avec une fille très laide à Lay-Saint-Christophe » . Ce dernier, après enquête, dut avouer au président de la congrégation, dom Bernard Pierson, alors abbé de Saint-Léopold, qu'il avait agi pour lui nuire et il fut forcé de faire des excuses.
Les moines étaient acharnés après dom Collesson parce qu'il veillait à l'observance de la Règle.
L'auteur du « mémoire » se plaint ensuite des menaces qu'il a faites à son encontre, lui promettant même de le « mettre à force de coups plus noir que sa robbe ».
Un autre esprit combattif et très mal embouché, « même pendant la Messe et dans le moment de l'Elévation », était dom Hilaire , qui abusait de l'eau de vie et courtisait les demoiselles, notamment Mlle de Pontis, fille du receveur des fermes, son élève. Dom Collesson les rencontra un jour se promenant sur la terrasse attenante à la maison. « Ils allaient ensemble gaiment de fleurs en fleurs et parvinrent à l'endroit où j'étois. Je dis fort doucement à cette demoiselle qu'elle n'étoit point en place. Dom Hilaire s'élanca et ne fit qu'un sault d'elle à moy ; il avoit les jarrets tendus et le poing levé sur ma tête. Il me traita d'insolent d'avoir osé congédier cette demoiselle en sa présence et tandis qu'il étoit avec elle ; il me menaça de m'écraser ; jamais chevalier, ou selon l'ancien langage, jamais preu n'a montré tant de vigueur pour l'honneur des dames ; je fus effraie et il est convenu depuis que j'avois bien fait de baisser les yeux ».
Deux autres moines sont également mis au pilori : dom Antoine Georges, « plus dangereux par vice de tempérament que par caractère d'esprit » et qui avait une véritable passion pour le vin, et dom Sartore , qui entretenait des liaisons coupables, notamment avec la fille « d'une dame des premiers de la ville ».

A table sous Charles III

lundi 7 juillet 2014, par Anne Auburtin

Ce texte est issu d'une série d'articles de Jules Renaud publiés dans le Journal de la Société d'archéologie et du Comité du Musée lorrain publiés à partir de 1875 sous le titre " Moeurs épulaires de la Lorraine. la vie privée et les menus bourgeois" et disponibles sous Gallica.

Bien que capitale du duché, Nancy n'acquit une véritable importance que sous Ie règne de Charles III. Ce prince parvint à en faire, non seulement une place considérée comme l'une des plus fortes du monde, il sut la rendre riche et florissante par le commerce l'industrie et les beaux-arts. C'est ainsi que cette ville, doublée d'étendue en moins de vingt ans, réunissait dans son enceinte des établissements de tous genres, tels que manufactures de tapis de haute-lice, tissages et teintureries et de soie, fabriques de chapeaux, de savons, de fil de fer, ateliers de cuivre repoussé, été. Enfin les peintres, les graveurs, les sculpteurs, les architectes, les balleurs d'or, les tailleurs de diamants rubis et pierres précieuses formaient, dans cette cité, une pléiade d'artistes et d'ouvriers habiles, capables de rivaliser avec les célébrités de la capitale du royaume de France. Au milieu de tous ces progrès, le luxe et les recherches de la table atteignaient de grandes proportions et parmi les sommités artistiques et industrielles attirées à Nancy, on remarquait même un italien Bartholomé de Cérizelli, renommé faiseur de cervelas et saucissons à la façon de Milan.

Dans un pays que la nature a comblé de ses faveurs, les rivières et les forêts, plus peuplées que de nos jours, fournissaient le poisson et le gibier en abondance. Sur les marchés de la ville, tant la vieille que la neufve , il était facile de se procurer, à bon compte, en venaisons, volailles et poissons, des pièces capables de réjouir les estomacs les plus affamés. Les tarifs affichés en 1585 et en 1594, donnent une idée de la variété et de la distinction des approvisionnements.

En présence d'aussi magnifiques assortiments, on était disposé à imiter les étrangers accourus àNancy et à faire bombance plutôt qu'à se livrer au jeûne et à la tempérance. La broche et la rôtissoire fonctionnaient en permanence dans les boutiques adossées aux murs de l'église Saint-Epvre, et surtout les succulents étalages de la rue des Rôtisseurs, entre Saint-Sébastien et la grande maison de l'Auditoire, livraient des assauts à l'appétit et mellaient la gourmandise à l'épreuve. Ajoutons que, dans ce temps-là, les prix annoncés n'étaient pas un vain appât pour la convoitise; les statuts de la Rôtisserie menaçaient d'une amende de dix francs barrois ceux qui mésusaient, et les officiers du Bailliage, en vertu de leur pouvoir discrétionnaire, avaient même condamné à cent livres, monnaie de France, un fournisseur coupable d'avoir surfait, en l'année 1625, une poule rôtie.. Non loin de là, il existe encore aujourd'hui, au sud-ouest de la place Mengin, une série de petites maisons occupées par des cabarets et des restaurants à bon marché, dont la concession fut faite par la ville le 22 août 176 au sieur Mengin, lieutenant général du bailliage, lequel a donné son nom à la place établie sur l'emplacement de l’ancien hôtel de ville.

 

Aussi "on ne se contentait pas, en un disner ordinaire, d'avoir trois services, premier de bouilly, second de rosty et troisième de fruict mais encore il fallait d'une viande, avoir cinq ou six façons, avec tant de saulces, de hachis de palisceries, de toutes sortes de salmigondis et d'aultres diversitez de bigarrures, qu'il s'en faisoit une grande dissipation." L'auteur anonyme'de ces doléances, applicables à la Lorraine aussi bien qu'à la France, ajoutait "Enfin chascun aujourd'hui se mesle de faire festins, et un festin n'est pas bien fait s'il n'y a une infinité de viandes sophistiquées pour aiguiser l'appétit".

Charles III qui, personnellement, vivait d'une manière très sobre, malgré l'état somptueux de sa maison, voulut prévenir ces débordements. Déjà Charles IX, roi de France, venait de défendre de servir dans un même repas chair et poisson. Son ordonnance ne permettait, pour les noces et festins, que trois services, y compris le dessert, de six plats chacun. Le duc de Lorraine alla plus loin que son beau-frère par une ordonnance du 10 janvier 1583, il défendit "Qu'en quelque festin de noces ou autre banquet que ce soit, fait en maison privée ou hôtellerie, il y ait plus de trois services, savoir les entrées de table, la chair ou le poisson et le fruit ou la desserte". Les officiers, est-il ajouté, qui auront été aux tables et festins où le règlement aura été enfreint, seront tenus de dénoncer le fait aux prévôts, procureurs ou à leurs substituts, dans trois jours après, à peine de cinquante francs d'amende et de suspension de leur état; il fixait en outre le menu de chaque service, suivant la condition sociale de ses sujets " Qu'aux festins de noces entre paysans, gens de labeur et autres de telle condition, on ne serve d'aultre viande que de boeuf, mouton, veau et porc, et pas plus de six plats d'assiette". Les artisans, " gens mécaniques" et ceux qui n'ont autres rentes ni moyens que de ce qu'ils peuvent gagner de leurs œuvres manuelles n'avaient droit également qu'à six plats, mais ils avaient le choix de joindre au boeuf et au mouton les pigeons, les oies et les poulets.

Les marchands merciers, vendant au détail, et leurs similaires, les tabellions, sergents de bailli, et les maires et échevins des villages pouvaient aller jusqu'à huit plats.

Puis venaient ceux qu'on regardait comme occupant le rang le plus élevé parmi les roturiers, les marchands grossiers ne tenant boutique ouverte et ne vendant en détail, ceux-ci avaient droit à neuf plats par service, dont trois à leur choix, c’est-à-dire qu'ils pouvaient s'offrir du poisson et du gibier.

Dix plats, dont six de viandes et quatre au choix, étaient octroyés à chaque service de ceux qui avaient "grade de noblesse, vivant noblement sans charge d'aucun office et les officiers de justice ès villes et bourgs. Les officiers de justice, décorés en outre du grade de noblesse, vivant dans les villes et bourgades, pouvaient faire dresser à chaque service, douze plats, dont six des espèces de chair, poulailles ordinaires, les autres à volonté.

Les seigneurs et les gentilshommes étaient affranchis de toute règle, c'est-à-dire qu'il leur était loisible d'avoir plus de douze plats à chaque service, au total, plus de trente-six plats dans un festin et, le motif de cette exception, c'est parce que, porte l'ordonnance, l'intention de S. A. n'est d'ôter" aux personnes de qualité et moyens, le pouvoir de traiter èsdits banquets et festins leurs parents et amis honorablement et de s'y esjouir en toute modestie, décence et honnêteté, mais de retrancher principalement les superfluités et excès qui se commettent èsdits banquets entre les paysans et autres personnes de peu de moyen, de basse et de petite condition"

Stratégies matrimoniales en milieu protestant. Quelques réseaux familiaux messins au XVIIe siècle

samedi 5 juillet 2014, par Anne Auburtin

Cet article, que j'ai trouvé très intéressant,  ne m'apparait pas comme libre de droit, je ne vais donc pas le reproduire mais simplement en citer le résumé ainsi les principaux noms de familles présents dans l'article. L'article peut être lu via le lien ci dessous.

Références :

 Laperche-Fournel Marie-José. Stratégies matrimoniales en milieu protestant. Quelques réseaux familiaux messins au XVIIe
siècle. In: Histoire, économie et société. 1997, 16e année, n°4. pp. 617-646.


http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/hes_0752-5702_1997_num_16_4_1967


Résumé

Metz, au XVIIe siècle, fait figure de citadelle protestante; pourtant située aux avant-postes du calvinisme français, encerclée par des confessions rivales — le catholicisme militant des Pays-Bas espagnols ou des duchés lorrains et le luthéranisme des pays sarrois - la communauté réformée messine, un habitant sur trois vers 1620 et un sur cinq en 1684 (4381 membres) va développer, grâce aux mariages, des stratégies plurielles pour rester « entre soi ». L'exclusivisme religieux, l'exiguïté du marché matrimonial, et la recherche de l'homogamie sociale finit par rétrécir au champ de la parenté affine et consanguine le jeu des alliances comme le révèlent les réseaux d'inter-mariages reconstitués pour trois lignages de la haute bourgeoisie réformée de la ville, au sein d'un corpus de 150 familles. A court terme, l'art des alliances, à Metz, au XVIIe siècle, a été, pour les huguenots, l'art de la survie : quand éclatera la Révocation, dotés d'une redoutable cohésion interne, ils seront très solidaires entre eux dans l'adversité, sur place et en exil. A long terme, en revanche, pratiquer sans prudence les
unions dans les cercles des parents prohibés ne pouvait conduire qu'à l'appauvrissement génétique du groupe si, en 1686, la persécution n'avait fait éclater l'isolat...

Individus

  • Louis Gauvain, conseiller du Duc de Weimar
  • Pierre Persode, agent du Roi de France à Francfort
  • Paul Ferry (1591-1669, pasteur

Familles

  • Bachelé,
  • Braconnier,
  • Le Duchat,
  • Le Goullon,
  • Grandjambe,
  • Inguenheim
  • Saint-Blaise,
  • Couët,
  • Lespingal,
  • Montigny,
  • Saint- Aubin 
  • Lecoq,
  • Malchar,
  • Michelet
  • de Villers
  • de Vigneulles
  • Bey (Batilly)
  • Streiff de Lawenstein
  • Familles apparentées


    426 familles messines se réfugient à Berlin :


    "Parmi elles, on remarque Louis Le Bachelé, frère de Gédéon, fugitif, sa femme, ses deux enfants, plusieurs  membres de la famille Le Goullon, dont l'un ingénieur en chef au service de
    la Prusse et l'avocat Jacob Le Duchat, le frère du conseiller converti, tous parents. Dans ce refuge berlinois, vivent aussi les Allion, Couliez, Joly liés aux Le Duchat, les Ancillon, père et fils, les Duclos, Goffin, Michelet, d'Ozanne, parents des Le Goullon. On y trouve encore les Braconnier, Couët, Humbert, affins ou consanguins des familles Goullon et Le Duchat, enfin les Saint-Aubin, Malchar et de Vigneulles apparentés aux trois lignages
    "

    A la Table de René II, duc de Lorraine

    jeudi 3 juillet 2014, par Anne Auburtin

    Ce texte est issu d'une série d'articles de Jules Renaud publiés dans le Journal de la Société d'archéologie et du Comité du Musée lorrain publiés à partir de 1875 sous le titre " Moeurs épulaires de la Lorraine. la vie privée et les menus bourgeois" et disponibles sous Gallica.

    (épulaire : de la table, des arts de la table)

    La plupart des festins se distinguaient surtout par une profusion immodérée qui n'est plus aujourd'hui dans nos mœurs.

    En dehors des circonstances exceptionnelles dans lesquelles ils considéraient comme un devoir, pour eux, de déployer une magnificence toute royale, nos ducs vivaient de la manière la plus sobre et la mieux ordonnée.

     René d'Anjou lui-même, ce prince artiste et d'un caractère chevaleresque, qui, dans sa joyeuse emprise, avait éclipsé le luxe du roi de France, se contentait, dans les temps ordinaires, du régime d'un gentilhomme dont la dépense moyenne ne dépassait pas vingt florins par jour. Voici, en effet, dans quels termes il arrêtait, le 17 septembre 1461, avec son maitre d'hôtel, les frais genéraux de sa maison et de celle des princes du sang, alors qu'après avoir remis la Lorraine à son fils Jean, il restait toujours duc de Bar, comte de Provence, et surtout roi de Naples et de Sicile, de Jérusalem, de Hongrie, etc. "Sur le faict de la despense ordinaire ft pourtant que touchant nostre plat, eussions appoincté et affermé à notre amé et féal conseiller et Me d'hostel Jehan de la Sale de nous fournir de toutes choses nécessaires touchant nos despenses ordinaires, pour la somme de vingt florins de monnoie de nostredit pays de Provence, par jour, à commencer du premier jour de may dernier passé, et semblablement pour le plat de nostre très chère et très aimée sœur et compaigne la reine et pour aulcunes de ses dames, damoyselles et femmes de chambre, pour la somme de vingt cinq florins par jour, et pour nostre fille la comtesse de Vaudémont et ses enfans pour la somme de iiij mille florins par an lesquelles despenses cidessus mondict Me d'hostel a faictes et continuées c'est à savoir pour nostre personne depuis le 1 er jour de may jusqq'a xv jour de juin en suyvant, que sommes partis de Marseille pour le voyage que avons faict à Gènes, qui sont xlv jours montant, à la raison de vingt florins par jour, à la somme de ixc fl."

    C'est sur ces bases que le successeur de Guillaume Réal établissait son compte et en donnait décharge. Louis XVIII, qui aimait à voir clair dans ses affaire~, avait calculé, dit-on, qu'un oeuf à la coque, servi sur sa table, lui revenait à dix-huit francs. A ce compte, Jehan de la Sale ne devait fournir le plat du roi de Sicile que dans les conditions d'une frugalité exemplaire. 

     Au mois de mai 1526, le bon Duc habitait avec sa famille l'ancien chàteau de Lunéville. Jacques Du Chahanay, sieur de Saint-Mard, était alors son chambellan et maitre d'hôtel. Cet officier tenait, jour par jour, et avec la ponctualité d'un comptable émérite l'état des dépenses faites sous sa direction, et ce curieux document révèle toute une série de particularités. En tête de chaque journée sont inscrits tous les membres présents de la famille, puis un paragraphe spécial est consacré à la panneterie, à l'échansonnerie, la cuisine, la fruiterie, l'écurie et la fourrière.

    Il suffira d'indiquer les points principaux d'une des pages de ce cahier pour donner une idée de son ensemble et saisir l'intérêt qu'il présente.

    D'après l'article Panneterie, la moutarde et la salade sont des aliments de première nécessité; la fourniture quotidienne en est invariable et précède la livraison, également fixe, des pains de bouche et du pain commun consacré aux tranchoirs. Parmi les fournisseurs, l'apothicaire joue un grand rôle chaque matin il détaille le poivre, la canelle, le fin sucre et l'huile d'olive, non compris les drogues exigées le cas échéant, et l'on comprend dès lors comment ses mémoires peuvent atteindre des proportions qui en ont fait proverbialement des modèles du genre. Le même paragraphe constate qu'on appréciait beaucoup certains petits fromages de lait de brebis, qui ne devaient peut-être leur succès qu'aux préférences personnelles de Renée de Bourbon. On sait en effet que, par un acte du 1er octobre 1520, le duc Antoine avait donné à son épouse la terre de Gondreville, parce que celle princesse aimait à y séjourner. Renée, de son côté, pour attirer le donateur, avait fait établir en ce lieu une garenne de quarante jours, dans laquelle se multipliaient les connins. Mais ce qui distinguait ce domaine, outre le palais et le parc, c'était une bergerie modèle, de 500 moutons, et dont les fromages se plaçaient dans les villes voisines. Dans le but de faciliter leur fabrication, les statuts spéciaux de la confrérie interdisaient même aux bouchers de Gondreville  "de vendre brebis laictières, dès le premier jour de juing jusques à la Nostre Darne de septembre, pource que c'est le temps où elles reçoipvent le bellier, sous la peine de vingt solz pour chacune desdictes bestes qui se trouveront tuées'".

    Le second article du journal, l'Echansonnerie, donne la carte des vins en usage. Les crus de Houdreville y figurent au rang de grand ordinaire entre les vins blancs d'Alsace et les clairets du Barrois, tandis que les vins de Rosières ne servent qu'à la livrée, comme vin commun de pays. Il faut rappeler, à cette occasion, que les ducs de Lorraine possédaient à Houdreville un vignoble princier, à l'entretien duquel ils consacraient des sommes relativement importantes. En 1486, René Il fit délivrer seize francs à Jean de la Touche, de Lamarche, "pour avoir amené de la vigne de Beaune, pour planter en la vigne de Monseigneur le duc à Houdreville". 1,195 francs en 1612, et 1,572 francs en 1617, sont consacrés "à la façon et entreténement de la vigne de Houdreville" Une note, à la date de 1520, parle même de la tour qui y était construite.

    A la cuisine, Françoys Lemaistre et Philippe de Lamothe comptent les quartiers de boeufs, dépècent les moutons et apprètent la nourriture la plus substantielle, puis Petit Jehan, "pastissier de Monseigneur, et son compaignon" façonnent "pastez petits et grands de viandes de toutes sortes, chevraulx et pigeons, levraulx et petits oyseaulx".

    Il ne faut pas chercher de primeurs à la fruicterie le nom et la chose y sont parfaitement inconnus; parfois quelques pommes et des poires expédiées de Nancy ou Nomeny, toujours abondance de chandelles; trente et une livres à la fois livrées par "le bouchier" cette consommation énorme, dans les plus longs jours de l'année, ne s'explique que par l'obligation d'éclairer durant la nuit le guet et les postes du chàteau. Enfin, on compte à l'écurie cent cinquante-six chevaux moyens, mules et mulets, plus dix-huit grands chevaux pour le trait et les voyages.

    D'autres mentions établissent que les toiles et linges de la maison venaient de la Champagne l'industrie du tissage n'existant encore dans les Vosges qu'à l'état rudimentaire et pour les besoins locaux. Autre indication ce n'est point au commerce de Nancy que le maître d'hôlel demande certaines fournitures ce sont les riches marchands de Saint-Nicolas-de-Port qui se chargent de faire venir les articles étrangers.

    En un mot, il n'est presque pas une page du livre de Chahanay qui ne contienne des renseignements utiles sur une foule de détails de la vie privée au XVI" siècle.


    les curés de Blécourt

    mardi 1 juillet 2014, par Anne Auburtin

    Source : Notice historique sur la paroisse de Blécourt (Haute-Marne) / par l'abbé J.-B.-A. Crépin,1858

    • JACQUES, fondateur de l'église.
    • I 310. JEAN.
    • 1509. Hugues LEFOL.
    • 1510. Jean THEVENIN.
    • 1519. THOMAS.
    • 1541. MARCOUL OUDIN.
    • 1599. THOMAS DE LA COURT.
    • 1606. Jean DESCHAMPS.blecourt.jpg
    • 1649. GEOFFROY.
    • 1 651 à 1670. Nicolas LEGENDRE
    • 1671 à 1672. PINOT.
    • 1672 à 1676. Nicolas COLLOT.
    • 1676 à 1687. Christophe FORMER.
    • 1687 à 1688. BOURLON.
    • 1688 pendant 6 mois. JOANNET.
    • 1688 à 1701. Pierre RICHET.
    • 1701 à 1 704. Gabriel DEJARNY.
    • 1704 à 1748. Jean DESCHAMPS.
    • 1748 à 1780. Jean PERARD.
    • 1780 à 1811. DEMERSON.
    • 1811 à 1828. PASQUIER.
    • 1829 à 1858. Jean-Baptiste-Adolphe CRÉPIN.

    Les instituteurs de Blécourt

    dimanche 29 juin 2014, par Anne Auburtin

    Source : Notice historique sur la paroisse de Blécourt (Haute-Marne) / par l'abbé J.-B.-A. Crépin,... 1858

    • 1678 à 1689. Pierre PERRIN.
    • 1690 à 1700. Antoine PASQUIER.
    • 1701 à 1703. Nicolas DESCHAMPS.
    • 1704 à 1707. Michel LALLEMENT.
    • 1708 à 1724. Pierre THIERRY. ,
    • 1725 à 1743. François CHAVRELLE.
    • 1744 à 1791. Claude-Nicolas OUDIN.
    • 1792 à 1793. J.-B. POMMEY.
    • 1794 à 1798. Joseph MAULOY.
    • 1799 à 1831. François MAUVAIS.
    • 1831 à1858. J.-U. PHILIPPE.

    les successeurs de Jean-Baptiste Cusson

    vendredi 27 juin 2014, par Anne Auburtin

    Ce texte est un extrait d'un article d'Albert RONSIN, Conservateur de la Bibliothèque de Saint-Dié , du même titre. L'article intégral est disponible sur YouScribe. Voir aussi l'article précédent : "un grand imprimeur lorrain : le parisien Jean-Baptiste Cusson"

    Jusqu’en 1734 cependant le nom de Jean-Baptiste Cusson, disparu, précédant celui de son fils, figure encore au bas de la page de titre de plusieurs volumes mis en chantier de son vivant, par exemple La Vie du T. R. P. Charles de Lorraine, S. J. par le R. P. de Laubrussel paru en 1733, les Sacri et canonici ordinis praemonstratensis annales... en 1734.

    De 1733 à 1741 c’est tantôt sous la seule indication de « Veuve de Jean-Baptiste Cusson », tantôt sous celle de la mère et du fils que se publient les livres. De grands ouvrages sortent de leurs presses, parmi lesquels il faut remarquer des oeuvres de dom Calmet comme l’Abrégé de l’histoire de Lorraine parouvrage_veuve_Cusson.jpg dom Calmet en 1734, l’Histoire généalogique de la Maison du Châtelet en 1741 ; mais aussi le Recueil des édits, ordonnances du règne de Léopold 1er, t. I à IV (1733-1734), la Theologia dogmatica et moralis de Louis Habert en huit volumes en 1736 ; L’Imitation de Jésus-Christ mise en vers par Pierre Corneille en 1745 ; l’Histoire de l’Isle de Corse par Goury de Champgran en 1749 ; Le Cannaméliste français par le sieur Gilliers en 1751.

    Pourtant la maison Cusson ralentit son activité. De 1711 à 1732, 80 volumes de plus de 50 pages et 302 brochures portent le nom de Jean-Baptiste Cusson. De 1733 à 1754, pendant un laps de temps aussi long, nous n’avons pu retrouver que 37 volumes de plus de 50 pages et seulement 6 brochures. Si ces chiffres ne représentent pas la production complète de l’entreprise, ils permettent cependant de mesurer la diminution sensible des travaux. Faut-il voir dans la modification de la situation politique des duchés, passant sous l’autorité déguisée de la France, une certaine réserve du public et du pouvoir vis-à-vis d’une maison créée par un Français qui avait préféré la Lorraine à sa première patrie ? Il semble plutôt que ce soit sur le
    terrain commercial seulement qu’il faille chercher l’explication. A partir de 1730, les imprimeurs Pierre Antoine, les frères Baltazard, les Charlot, plus tard J.-B. Leclerc, A. Leseure, H. Thomas, ont créé des entreprises puissantes qui peuvent rivaliser avec celle fondée par Jean-Baptiste Cusson. Les uns et les autres se sont fait réserver l’exclusivité des impressions qui du collège, qui de la Cour souveraine ou de la Chambre des comptes, qui de l’Hôtel de Ville ou de l’Intendance. Abel-Denys Cusson reste l’imprimeur distingué se consacrant à de beaux livres, négligeant les travaux de ville alimentaires. Il jouit cependant d’un grand prestige auprès de ses confrères qui en font le doyen de leur communauté. Comme ses collègues parisiens, il est imbu de son titre d’imprimeur-ordinaire qui en fait un officier du prince ; alors que beaucoup de jeunes typographes épousent des filles de libraires, Abel-Denys Cusson, né à Nancy, se marie à Lunéville, le 8 février 1735, avec Jeanne Élie Germain, fille du sieur Alexandre Germain, tapissier et garde meuble de S. A. R. ; Jean-François Coster, premier juge-consul de Lorraine, est son témoin.

    Jeanne Journelle, veuve de Jean-Baptiste Cusson, meurt en 1741. Treize ans plus tard, Abel-Denys à son tour disparaît. Le fonds d’imprimerie et de librairie créé plus de quarante années auparavant est livré au feu des enchères. L’atelier est si fourni en presses, en outils, fontes de caractères, bandeaux, culs-de-lampe, que les trois principaux acquéreurs pourront ouvrir chacun une nouvelle officine : du fonds des Cusson naissent l’imprimerie de Vautrin à Épinal, celle de Lechesne à Nancy (qui passera ensuite à Lamort), celle enfin de Jean-Jacques Haener.

    Ce dernier est le véritable successeur des Cusson. Après un Français ce sera un Allemand qui prendra la tête de la célèbre entreprise en 1754. Jean-Jacques Haener, né à Umstadt en 1710, protestant converti au catholicisme, était depuis vingt ans compagnon imprimeur à Nancy. En se portant acquéreur de la maison des Cusson et d’une partie de leur matériel, il accède à la maîtrise. Le brevet d’imprimeur-ordinaire du roi de Pologne qui lui est délivré le 25 avril 1757 confirme cette promotion sociale. Il saura, et ses descendants après lui, maintenir la création de Jean-Baptiste Cusson à un rang digne de son fondateur jusqu’au milieu du XIXe siècle.

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