généalogie et histoires lorraines

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Trève estivale

mardi 15 juillet 2014, par Anne Auburtin

Bonnes vacances à tous,

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Je vous les souhaite aussi légères que cette bulle et vous retrouverai début septembre.

Anne

Hérédis On line

dimanche 13 juillet 2014, par Anne Auburtin

 Vous y trouverez mes données sous le nom Auburtin.

Comme l'intégration au logiciel Hérédis que j'utilise est totale, c'est maintenant là que je publie la totalité de mes données y compris sources, média, notes.... La mise à jour est aussi bien plus fréquente que sur Généanet.

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liste des ouvriers qui travaillaient en 1778 à la verrerie de Portieux

vendredi 11 juillet 2014, par Anne Auburtin

Cette liste est tirée de l'ouvrage " La verrerie de Portieux : origine, histoire"  par A. Fournier.



  • Claude Lorençot ou Laurenceau, commis.
  • Pierre Houel, maître verrier.
  • Etienne Houel.
  • Charles Viriot et frères.
  • François Gueury.
  • Claude Aubry et frères.
  •  Joseph Chaffard.
  • Nicolas Chaffard.
  • Michel Maillard.
  • Joseph Maillard.
  • Pierre Gueury.
  • Claude Gueury le grand.
  • Claude Gueury le gros.
  • Claude Chaffard.
  • François Chaffard.
  • George Jolly.
  • Laurent Pelletier.
  • Jean-Claude Honel.
  • Le sieur François Lenoir.
  • Nicolas Denis.
  • Jean Ruer,
  • Jean-Jacques Schirmann.
  • Alexis Thomas.
  • Nicolas Grégoire.
  • Charles Clément.
  • Nicolas Houen.
  • François Bailly.
  • Nicolas Houbout.
  • Clément Darmoise.
  • Joseph Bœuf.
  • La veuve Valck.
  • La veuve Aubry.
  • La veuve du sieur Destard.
  • La veuve Viriot.
Nicolas Houen et Charles Clément étaient les domestiques aux gages des fabricants; " ils sont uniquement occupés à la conduite de leurs bœufs et chevaux pour la fourniture du bois nécessaire à l'alimentation de la verrerie". 


L’abbaye de Bouzonville à la veille de la révolution

mercredi 9 juillet 2014, par Anne Auburtin



Ce texte est extrait d’un article de M. H. Tribout de Morembert, archiviste de la Ville de Metz, intitulé « Deux abbayes bénédictines lorraines à la veille de la révolution Bouzonville et Saint-Avold 1784, in  Bulletin d'histoire économique et sociale de la Révolution française et disponible sur Gallica


Elle avait pour prieur, en 1784, dom Joseph Baudot qui n'a pas laissé un très bon souvenir ; le sous-prieur était Jean Henry, et le doyen, Jacques Lequeux. Il régnait, dans cette abbaye, une singulière atmosphère. Le ton en est donné par un mémoire du 5 novembre 1784, opposant dom Barthélémy Colles-son à dom François Grandemanche  . Nous en donnerons de larges extraits.
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On y apprend d'abord que « les orages se succèdent icy sans interruption », que dom Claude Fleurant a failli être assassiné alors que le frère Maurice Picard était violemment battu. « Cette maison est une maison de sang. J'y ai vu depuis un an cinq fois le chirurgien pour panser les playes résultantes de batailles d'ivrognerie. » L'auteur des coups sur dom Fleurant était dom Grandemanche, qui a même osé lever sa canne sur le lieutenant-général et l'a couvert de grossièretés.

« Le caractère de dom Grandemanche est dur et violent et sa fourberie le rend infiniment dangereux ; il a été un des principaux acteurs dans la bataille où dom Claude Fleurant a failli de périr. Quel autre nom peut-on lui donner que celui d'assassinat, puisque c'était bien avant dans la nuit, dans le dortoir ou même dans la chambre de dom Claude et que de cinq ou six playes que celui-cy avoit sur la teste, il n'y en avoit point qui n'allaient jusqu'aux os. Un homme moins robuste eut esté assommé ; il fallait une teste comme celle de dom Claude pour résister à de si violentes attaques. C'étoit en hyver, nos portes étoient fermées, il n'y avoit aucun étranger chés nous, il étoit entre neuf et dix heures du soir. Dom Claude a déclaré vint fois que c'étoit dom Grandemanche, dom Hilaire, etc., qui l'avoient attaqué.
On entendit assez distinctement la voix du premier qui disoit au Père sous-prieur qui, éveillé par le tumulte parut sur la porte, rentrés foutre ; on craignoit les témoins. Cependant dom Grandemanche, suivant son caractère de fourberie, qui est celui qu'il a emploie avec moy, menaça dom Claude de présenter une requeste contre lui et de le faire enfermer s'il osoit l'accuser. Telle est notre pétition. On peut être assassiné chez nous impunément. Un innocent peut du moins être maltraité et subir, par un effet funeste de la fourberie et de la noirceur, la peine qui devroit tomber sur le coupable ; et tel est mon sort. »
Il fut pris en filature et surpris nuitamment sans ses habits religieux. « Outre le libertinage et le mépris des bulles des souverains pontifes faisant deffense aux religieux de quitter leurs habits surtout dans des circonstances aussi aggravantes, le crime de séduction parroit icy dans tout son jour. Le Père prieur pouvait-il ne punir que très superficiellement de si grands excès et rétablir si précipitamment le coupable dans tous les droits du sacerdoce ? Le pouvoit-il même en tout de sa propre authorité ? ».
Dom Collesson continue son réquisitoire contre frère Dufay qui l'accusa faussement « d'avoir eu un commerce infâme avec une fille de Morizecourt », alors que lui-même avait une liaison avec une femme de soldat, et contre frère François, qui « l'a accusé également de commerce avec une fille très laide à Lay-Saint-Christophe » . Ce dernier, après enquête, dut avouer au président de la congrégation, dom Bernard Pierson, alors abbé de Saint-Léopold, qu'il avait agi pour lui nuire et il fut forcé de faire des excuses.
Les moines étaient acharnés après dom Collesson parce qu'il veillait à l'observance de la Règle.
L'auteur du « mémoire » se plaint ensuite des menaces qu'il a faites à son encontre, lui promettant même de le « mettre à force de coups plus noir que sa robbe ».
Un autre esprit combattif et très mal embouché, « même pendant la Messe et dans le moment de l'Elévation », était dom Hilaire , qui abusait de l'eau de vie et courtisait les demoiselles, notamment Mlle de Pontis, fille du receveur des fermes, son élève. Dom Collesson les rencontra un jour se promenant sur la terrasse attenante à la maison. « Ils allaient ensemble gaiment de fleurs en fleurs et parvinrent à l'endroit où j'étois. Je dis fort doucement à cette demoiselle qu'elle n'étoit point en place. Dom Hilaire s'élanca et ne fit qu'un sault d'elle à moy ; il avoit les jarrets tendus et le poing levé sur ma tête. Il me traita d'insolent d'avoir osé congédier cette demoiselle en sa présence et tandis qu'il étoit avec elle ; il me menaça de m'écraser ; jamais chevalier, ou selon l'ancien langage, jamais preu n'a montré tant de vigueur pour l'honneur des dames ; je fus effraie et il est convenu depuis que j'avois bien fait de baisser les yeux ».
Deux autres moines sont également mis au pilori : dom Antoine Georges, « plus dangereux par vice de tempérament que par caractère d'esprit » et qui avait une véritable passion pour le vin, et dom Sartore , qui entretenait des liaisons coupables, notamment avec la fille « d'une dame des premiers de la ville ».

A table sous Charles III

lundi 7 juillet 2014, par Anne Auburtin

Ce texte est issu d'une série d'articles de Jules Renaud publiés dans le Journal de la Société d'archéologie et du Comité du Musée lorrain publiés à partir de 1875 sous le titre " Moeurs épulaires de la Lorraine. la vie privée et les menus bourgeois" et disponibles sous Gallica.

Bien que capitale du duché, Nancy n'acquit une véritable importance que sous Ie règne de Charles III. Ce prince parvint à en faire, non seulement une place considérée comme l'une des plus fortes du monde, il sut la rendre riche et florissante par le commerce l'industrie et les beaux-arts. C'est ainsi que cette ville, doublée d'étendue en moins de vingt ans, réunissait dans son enceinte des établissements de tous genres, tels que manufactures de tapis de haute-lice, tissages et teintureries et de soie, fabriques de chapeaux, de savons, de fil de fer, ateliers de cuivre repoussé, été. Enfin les peintres, les graveurs, les sculpteurs, les architectes, les balleurs d'or, les tailleurs de diamants rubis et pierres précieuses formaient, dans cette cité, une pléiade d'artistes et d'ouvriers habiles, capables de rivaliser avec les célébrités de la capitale du royaume de France. Au milieu de tous ces progrès, le luxe et les recherches de la table atteignaient de grandes proportions et parmi les sommités artistiques et industrielles attirées à Nancy, on remarquait même un italien Bartholomé de Cérizelli, renommé faiseur de cervelas et saucissons à la façon de Milan.

Dans un pays que la nature a comblé de ses faveurs, les rivières et les forêts, plus peuplées que de nos jours, fournissaient le poisson et le gibier en abondance. Sur les marchés de la ville, tant la vieille que la neufve , il était facile de se procurer, à bon compte, en venaisons, volailles et poissons, des pièces capables de réjouir les estomacs les plus affamés. Les tarifs affichés en 1585 et en 1594, donnent une idée de la variété et de la distinction des approvisionnements.

En présence d'aussi magnifiques assortiments, on était disposé à imiter les étrangers accourus àNancy et à faire bombance plutôt qu'à se livrer au jeûne et à la tempérance. La broche et la rôtissoire fonctionnaient en permanence dans les boutiques adossées aux murs de l'église Saint-Epvre, et surtout les succulents étalages de la rue des Rôtisseurs, entre Saint-Sébastien et la grande maison de l'Auditoire, livraient des assauts à l'appétit et mellaient la gourmandise à l'épreuve. Ajoutons que, dans ce temps-là, les prix annoncés n'étaient pas un vain appât pour la convoitise; les statuts de la Rôtisserie menaçaient d'une amende de dix francs barrois ceux qui mésusaient, et les officiers du Bailliage, en vertu de leur pouvoir discrétionnaire, avaient même condamné à cent livres, monnaie de France, un fournisseur coupable d'avoir surfait, en l'année 1625, une poule rôtie.. Non loin de là, il existe encore aujourd'hui, au sud-ouest de la place Mengin, une série de petites maisons occupées par des cabarets et des restaurants à bon marché, dont la concession fut faite par la ville le 22 août 176 au sieur Mengin, lieutenant général du bailliage, lequel a donné son nom à la place établie sur l'emplacement de l’ancien hôtel de ville.

 

Aussi "on ne se contentait pas, en un disner ordinaire, d'avoir trois services, premier de bouilly, second de rosty et troisième de fruict mais encore il fallait d'une viande, avoir cinq ou six façons, avec tant de saulces, de hachis de palisceries, de toutes sortes de salmigondis et d'aultres diversitez de bigarrures, qu'il s'en faisoit une grande dissipation." L'auteur anonyme'de ces doléances, applicables à la Lorraine aussi bien qu'à la France, ajoutait "Enfin chascun aujourd'hui se mesle de faire festins, et un festin n'est pas bien fait s'il n'y a une infinité de viandes sophistiquées pour aiguiser l'appétit".

Charles III qui, personnellement, vivait d'une manière très sobre, malgré l'état somptueux de sa maison, voulut prévenir ces débordements. Déjà Charles IX, roi de France, venait de défendre de servir dans un même repas chair et poisson. Son ordonnance ne permettait, pour les noces et festins, que trois services, y compris le dessert, de six plats chacun. Le duc de Lorraine alla plus loin que son beau-frère par une ordonnance du 10 janvier 1583, il défendit "Qu'en quelque festin de noces ou autre banquet que ce soit, fait en maison privée ou hôtellerie, il y ait plus de trois services, savoir les entrées de table, la chair ou le poisson et le fruit ou la desserte". Les officiers, est-il ajouté, qui auront été aux tables et festins où le règlement aura été enfreint, seront tenus de dénoncer le fait aux prévôts, procureurs ou à leurs substituts, dans trois jours après, à peine de cinquante francs d'amende et de suspension de leur état; il fixait en outre le menu de chaque service, suivant la condition sociale de ses sujets " Qu'aux festins de noces entre paysans, gens de labeur et autres de telle condition, on ne serve d'aultre viande que de boeuf, mouton, veau et porc, et pas plus de six plats d'assiette". Les artisans, " gens mécaniques" et ceux qui n'ont autres rentes ni moyens que de ce qu'ils peuvent gagner de leurs œuvres manuelles n'avaient droit également qu'à six plats, mais ils avaient le choix de joindre au boeuf et au mouton les pigeons, les oies et les poulets.

Les marchands merciers, vendant au détail, et leurs similaires, les tabellions, sergents de bailli, et les maires et échevins des villages pouvaient aller jusqu'à huit plats.

Puis venaient ceux qu'on regardait comme occupant le rang le plus élevé parmi les roturiers, les marchands grossiers ne tenant boutique ouverte et ne vendant en détail, ceux-ci avaient droit à neuf plats par service, dont trois à leur choix, c’est-à-dire qu'ils pouvaient s'offrir du poisson et du gibier.

Dix plats, dont six de viandes et quatre au choix, étaient octroyés à chaque service de ceux qui avaient "grade de noblesse, vivant noblement sans charge d'aucun office et les officiers de justice ès villes et bourgs. Les officiers de justice, décorés en outre du grade de noblesse, vivant dans les villes et bourgades, pouvaient faire dresser à chaque service, douze plats, dont six des espèces de chair, poulailles ordinaires, les autres à volonté.

Les seigneurs et les gentilshommes étaient affranchis de toute règle, c'est-à-dire qu'il leur était loisible d'avoir plus de douze plats à chaque service, au total, plus de trente-six plats dans un festin et, le motif de cette exception, c'est parce que, porte l'ordonnance, l'intention de S. A. n'est d'ôter" aux personnes de qualité et moyens, le pouvoir de traiter èsdits banquets et festins leurs parents et amis honorablement et de s'y esjouir en toute modestie, décence et honnêteté, mais de retrancher principalement les superfluités et excès qui se commettent èsdits banquets entre les paysans et autres personnes de peu de moyen, de basse et de petite condition"

Stratégies matrimoniales en milieu protestant. Quelques réseaux familiaux messins au XVIIe siècle

samedi 5 juillet 2014, par Anne Auburtin

Cet article, que j'ai trouvé très intéressant,  ne m'apparait pas comme libre de droit, je ne vais donc pas le reproduire mais simplement en citer le résumé ainsi les principaux noms de familles présents dans l'article. L'article peut être lu via le lien ci dessous.

Références :

 Laperche-Fournel Marie-José. Stratégies matrimoniales en milieu protestant. Quelques réseaux familiaux messins au XVIIe
siècle. In: Histoire, économie et société. 1997, 16e année, n°4. pp. 617-646.


http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/hes_0752-5702_1997_num_16_4_1967


Résumé

Metz, au XVIIe siècle, fait figure de citadelle protestante; pourtant située aux avant-postes du calvinisme français, encerclée par des confessions rivales — le catholicisme militant des Pays-Bas espagnols ou des duchés lorrains et le luthéranisme des pays sarrois - la communauté réformée messine, un habitant sur trois vers 1620 et un sur cinq en 1684 (4381 membres) va développer, grâce aux mariages, des stratégies plurielles pour rester « entre soi ». L'exclusivisme religieux, l'exiguïté du marché matrimonial, et la recherche de l'homogamie sociale finit par rétrécir au champ de la parenté affine et consanguine le jeu des alliances comme le révèlent les réseaux d'inter-mariages reconstitués pour trois lignages de la haute bourgeoisie réformée de la ville, au sein d'un corpus de 150 familles. A court terme, l'art des alliances, à Metz, au XVIIe siècle, a été, pour les huguenots, l'art de la survie : quand éclatera la Révocation, dotés d'une redoutable cohésion interne, ils seront très solidaires entre eux dans l'adversité, sur place et en exil. A long terme, en revanche, pratiquer sans prudence les
unions dans les cercles des parents prohibés ne pouvait conduire qu'à l'appauvrissement génétique du groupe si, en 1686, la persécution n'avait fait éclater l'isolat...

Individus

  • Louis Gauvain, conseiller du Duc de Weimar
  • Pierre Persode, agent du Roi de France à Francfort
  • Paul Ferry (1591-1669, pasteur

Familles

  • Bachelé,
  • Braconnier,
  • Le Duchat,
  • Le Goullon,
  • Grandjambe,
  • Inguenheim
  • Saint-Blaise,
  • Couët,
  • Lespingal,
  • Montigny,
  • Saint- Aubin 
  • Lecoq,
  • Malchar,
  • Michelet
  • de Villers
  • de Vigneulles
  • Bey (Batilly)
  • Streiff de Lawenstein
  • Familles apparentées


    426 familles messines se réfugient à Berlin :


    "Parmi elles, on remarque Louis Le Bachelé, frère de Gédéon, fugitif, sa femme, ses deux enfants, plusieurs  membres de la famille Le Goullon, dont l'un ingénieur en chef au service de
    la Prusse et l'avocat Jacob Le Duchat, le frère du conseiller converti, tous parents. Dans ce refuge berlinois, vivent aussi les Allion, Couliez, Joly liés aux Le Duchat, les Ancillon, père et fils, les Duclos, Goffin, Michelet, d'Ozanne, parents des Le Goullon. On y trouve encore les Braconnier, Couët, Humbert, affins ou consanguins des familles Goullon et Le Duchat, enfin les Saint-Aubin, Malchar et de Vigneulles apparentés aux trois lignages
    "

    A la Table de René II, duc de Lorraine

    jeudi 3 juillet 2014, par Anne Auburtin

    Ce texte est issu d'une série d'articles de Jules Renaud publiés dans le Journal de la Société d'archéologie et du Comité du Musée lorrain publiés à partir de 1875 sous le titre " Moeurs épulaires de la Lorraine. la vie privée et les menus bourgeois" et disponibles sous Gallica.

    (épulaire : de la table, des arts de la table)

    La plupart des festins se distinguaient surtout par une profusion immodérée qui n'est plus aujourd'hui dans nos mœurs.

    En dehors des circonstances exceptionnelles dans lesquelles ils considéraient comme un devoir, pour eux, de déployer une magnificence toute royale, nos ducs vivaient de la manière la plus sobre et la mieux ordonnée.

     René d'Anjou lui-même, ce prince artiste et d'un caractère chevaleresque, qui, dans sa joyeuse emprise, avait éclipsé le luxe du roi de France, se contentait, dans les temps ordinaires, du régime d'un gentilhomme dont la dépense moyenne ne dépassait pas vingt florins par jour. Voici, en effet, dans quels termes il arrêtait, le 17 septembre 1461, avec son maitre d'hôtel, les frais genéraux de sa maison et de celle des princes du sang, alors qu'après avoir remis la Lorraine à son fils Jean, il restait toujours duc de Bar, comte de Provence, et surtout roi de Naples et de Sicile, de Jérusalem, de Hongrie, etc. "Sur le faict de la despense ordinaire ft pourtant que touchant nostre plat, eussions appoincté et affermé à notre amé et féal conseiller et Me d'hostel Jehan de la Sale de nous fournir de toutes choses nécessaires touchant nos despenses ordinaires, pour la somme de vingt florins de monnoie de nostredit pays de Provence, par jour, à commencer du premier jour de may dernier passé, et semblablement pour le plat de nostre très chère et très aimée sœur et compaigne la reine et pour aulcunes de ses dames, damoyselles et femmes de chambre, pour la somme de vingt cinq florins par jour, et pour nostre fille la comtesse de Vaudémont et ses enfans pour la somme de iiij mille florins par an lesquelles despenses cidessus mondict Me d'hostel a faictes et continuées c'est à savoir pour nostre personne depuis le 1 er jour de may jusqq'a xv jour de juin en suyvant, que sommes partis de Marseille pour le voyage que avons faict à Gènes, qui sont xlv jours montant, à la raison de vingt florins par jour, à la somme de ixc fl."

    C'est sur ces bases que le successeur de Guillaume Réal établissait son compte et en donnait décharge. Louis XVIII, qui aimait à voir clair dans ses affaire~, avait calculé, dit-on, qu'un oeuf à la coque, servi sur sa table, lui revenait à dix-huit francs. A ce compte, Jehan de la Sale ne devait fournir le plat du roi de Sicile que dans les conditions d'une frugalité exemplaire. 

     Au mois de mai 1526, le bon Duc habitait avec sa famille l'ancien chàteau de Lunéville. Jacques Du Chahanay, sieur de Saint-Mard, était alors son chambellan et maitre d'hôtel. Cet officier tenait, jour par jour, et avec la ponctualité d'un comptable émérite l'état des dépenses faites sous sa direction, et ce curieux document révèle toute une série de particularités. En tête de chaque journée sont inscrits tous les membres présents de la famille, puis un paragraphe spécial est consacré à la panneterie, à l'échansonnerie, la cuisine, la fruiterie, l'écurie et la fourrière.

    Il suffira d'indiquer les points principaux d'une des pages de ce cahier pour donner une idée de son ensemble et saisir l'intérêt qu'il présente.

    D'après l'article Panneterie, la moutarde et la salade sont des aliments de première nécessité; la fourniture quotidienne en est invariable et précède la livraison, également fixe, des pains de bouche et du pain commun consacré aux tranchoirs. Parmi les fournisseurs, l'apothicaire joue un grand rôle chaque matin il détaille le poivre, la canelle, le fin sucre et l'huile d'olive, non compris les drogues exigées le cas échéant, et l'on comprend dès lors comment ses mémoires peuvent atteindre des proportions qui en ont fait proverbialement des modèles du genre. Le même paragraphe constate qu'on appréciait beaucoup certains petits fromages de lait de brebis, qui ne devaient peut-être leur succès qu'aux préférences personnelles de Renée de Bourbon. On sait en effet que, par un acte du 1er octobre 1520, le duc Antoine avait donné à son épouse la terre de Gondreville, parce que celle princesse aimait à y séjourner. Renée, de son côté, pour attirer le donateur, avait fait établir en ce lieu une garenne de quarante jours, dans laquelle se multipliaient les connins. Mais ce qui distinguait ce domaine, outre le palais et le parc, c'était une bergerie modèle, de 500 moutons, et dont les fromages se plaçaient dans les villes voisines. Dans le but de faciliter leur fabrication, les statuts spéciaux de la confrérie interdisaient même aux bouchers de Gondreville  "de vendre brebis laictières, dès le premier jour de juing jusques à la Nostre Darne de septembre, pource que c'est le temps où elles reçoipvent le bellier, sous la peine de vingt solz pour chacune desdictes bestes qui se trouveront tuées'".

    Le second article du journal, l'Echansonnerie, donne la carte des vins en usage. Les crus de Houdreville y figurent au rang de grand ordinaire entre les vins blancs d'Alsace et les clairets du Barrois, tandis que les vins de Rosières ne servent qu'à la livrée, comme vin commun de pays. Il faut rappeler, à cette occasion, que les ducs de Lorraine possédaient à Houdreville un vignoble princier, à l'entretien duquel ils consacraient des sommes relativement importantes. En 1486, René Il fit délivrer seize francs à Jean de la Touche, de Lamarche, "pour avoir amené de la vigne de Beaune, pour planter en la vigne de Monseigneur le duc à Houdreville". 1,195 francs en 1612, et 1,572 francs en 1617, sont consacrés "à la façon et entreténement de la vigne de Houdreville" Une note, à la date de 1520, parle même de la tour qui y était construite.

    A la cuisine, Françoys Lemaistre et Philippe de Lamothe comptent les quartiers de boeufs, dépècent les moutons et apprètent la nourriture la plus substantielle, puis Petit Jehan, "pastissier de Monseigneur, et son compaignon" façonnent "pastez petits et grands de viandes de toutes sortes, chevraulx et pigeons, levraulx et petits oyseaulx".

    Il ne faut pas chercher de primeurs à la fruicterie le nom et la chose y sont parfaitement inconnus; parfois quelques pommes et des poires expédiées de Nancy ou Nomeny, toujours abondance de chandelles; trente et une livres à la fois livrées par "le bouchier" cette consommation énorme, dans les plus longs jours de l'année, ne s'explique que par l'obligation d'éclairer durant la nuit le guet et les postes du chàteau. Enfin, on compte à l'écurie cent cinquante-six chevaux moyens, mules et mulets, plus dix-huit grands chevaux pour le trait et les voyages.

    D'autres mentions établissent que les toiles et linges de la maison venaient de la Champagne l'industrie du tissage n'existant encore dans les Vosges qu'à l'état rudimentaire et pour les besoins locaux. Autre indication ce n'est point au commerce de Nancy que le maître d'hôlel demande certaines fournitures ce sont les riches marchands de Saint-Nicolas-de-Port qui se chargent de faire venir les articles étrangers.

    En un mot, il n'est presque pas une page du livre de Chahanay qui ne contienne des renseignements utiles sur une foule de détails de la vie privée au XVI" siècle.


    les curés de Blécourt

    mardi 1 juillet 2014, par Anne Auburtin

    Source : Notice historique sur la paroisse de Blécourt (Haute-Marne) / par l'abbé J.-B.-A. Crépin,1858

    • JACQUES, fondateur de l'église.
    • I 310. JEAN.
    • 1509. Hugues LEFOL.
    • 1510. Jean THEVENIN.
    • 1519. THOMAS.
    • 1541. MARCOUL OUDIN.
    • 1599. THOMAS DE LA COURT.
    • 1606. Jean DESCHAMPS.blecourt.jpg
    • 1649. GEOFFROY.
    • 1 651 à 1670. Nicolas LEGENDRE
    • 1671 à 1672. PINOT.
    • 1672 à 1676. Nicolas COLLOT.
    • 1676 à 1687. Christophe FORMER.
    • 1687 à 1688. BOURLON.
    • 1688 pendant 6 mois. JOANNET.
    • 1688 à 1701. Pierre RICHET.
    • 1701 à 1 704. Gabriel DEJARNY.
    • 1704 à 1748. Jean DESCHAMPS.
    • 1748 à 1780. Jean PERARD.
    • 1780 à 1811. DEMERSON.
    • 1811 à 1828. PASQUIER.
    • 1829 à 1858. Jean-Baptiste-Adolphe CRÉPIN.

    Les instituteurs de Blécourt

    dimanche 29 juin 2014, par Anne Auburtin

    Source : Notice historique sur la paroisse de Blécourt (Haute-Marne) / par l'abbé J.-B.-A. Crépin,... 1858

    • 1678 à 1689. Pierre PERRIN.
    • 1690 à 1700. Antoine PASQUIER.
    • 1701 à 1703. Nicolas DESCHAMPS.
    • 1704 à 1707. Michel LALLEMENT.
    • 1708 à 1724. Pierre THIERRY. ,
    • 1725 à 1743. François CHAVRELLE.
    • 1744 à 1791. Claude-Nicolas OUDIN.
    • 1792 à 1793. J.-B. POMMEY.
    • 1794 à 1798. Joseph MAULOY.
    • 1799 à 1831. François MAUVAIS.
    • 1831 à1858. J.-U. PHILIPPE.

    les successeurs de Jean-Baptiste Cusson

    vendredi 27 juin 2014, par Anne Auburtin

    Ce texte est un extrait d'un article d'Albert RONSIN, Conservateur de la Bibliothèque de Saint-Dié , du même titre. L'article intégral est disponible sur YouScribe. Voir aussi l'article précédent : "un grand imprimeur lorrain : le parisien Jean-Baptiste Cusson"

    Jusqu’en 1734 cependant le nom de Jean-Baptiste Cusson, disparu, précédant celui de son fils, figure encore au bas de la page de titre de plusieurs volumes mis en chantier de son vivant, par exemple La Vie du T. R. P. Charles de Lorraine, S. J. par le R. P. de Laubrussel paru en 1733, les Sacri et canonici ordinis praemonstratensis annales... en 1734.

    De 1733 à 1741 c’est tantôt sous la seule indication de « Veuve de Jean-Baptiste Cusson », tantôt sous celle de la mère et du fils que se publient les livres. De grands ouvrages sortent de leurs presses, parmi lesquels il faut remarquer des oeuvres de dom Calmet comme l’Abrégé de l’histoire de Lorraine parouvrage_veuve_Cusson.jpg dom Calmet en 1734, l’Histoire généalogique de la Maison du Châtelet en 1741 ; mais aussi le Recueil des édits, ordonnances du règne de Léopold 1er, t. I à IV (1733-1734), la Theologia dogmatica et moralis de Louis Habert en huit volumes en 1736 ; L’Imitation de Jésus-Christ mise en vers par Pierre Corneille en 1745 ; l’Histoire de l’Isle de Corse par Goury de Champgran en 1749 ; Le Cannaméliste français par le sieur Gilliers en 1751.

    Pourtant la maison Cusson ralentit son activité. De 1711 à 1732, 80 volumes de plus de 50 pages et 302 brochures portent le nom de Jean-Baptiste Cusson. De 1733 à 1754, pendant un laps de temps aussi long, nous n’avons pu retrouver que 37 volumes de plus de 50 pages et seulement 6 brochures. Si ces chiffres ne représentent pas la production complète de l’entreprise, ils permettent cependant de mesurer la diminution sensible des travaux. Faut-il voir dans la modification de la situation politique des duchés, passant sous l’autorité déguisée de la France, une certaine réserve du public et du pouvoir vis-à-vis d’une maison créée par un Français qui avait préféré la Lorraine à sa première patrie ? Il semble plutôt que ce soit sur le
    terrain commercial seulement qu’il faille chercher l’explication. A partir de 1730, les imprimeurs Pierre Antoine, les frères Baltazard, les Charlot, plus tard J.-B. Leclerc, A. Leseure, H. Thomas, ont créé des entreprises puissantes qui peuvent rivaliser avec celle fondée par Jean-Baptiste Cusson. Les uns et les autres se sont fait réserver l’exclusivité des impressions qui du collège, qui de la Cour souveraine ou de la Chambre des comptes, qui de l’Hôtel de Ville ou de l’Intendance. Abel-Denys Cusson reste l’imprimeur distingué se consacrant à de beaux livres, négligeant les travaux de ville alimentaires. Il jouit cependant d’un grand prestige auprès de ses confrères qui en font le doyen de leur communauté. Comme ses collègues parisiens, il est imbu de son titre d’imprimeur-ordinaire qui en fait un officier du prince ; alors que beaucoup de jeunes typographes épousent des filles de libraires, Abel-Denys Cusson, né à Nancy, se marie à Lunéville, le 8 février 1735, avec Jeanne Élie Germain, fille du sieur Alexandre Germain, tapissier et garde meuble de S. A. R. ; Jean-François Coster, premier juge-consul de Lorraine, est son témoin.

    Jeanne Journelle, veuve de Jean-Baptiste Cusson, meurt en 1741. Treize ans plus tard, Abel-Denys à son tour disparaît. Le fonds d’imprimerie et de librairie créé plus de quarante années auparavant est livré au feu des enchères. L’atelier est si fourni en presses, en outils, fontes de caractères, bandeaux, culs-de-lampe, que les trois principaux acquéreurs pourront ouvrir chacun une nouvelle officine : du fonds des Cusson naissent l’imprimerie de Vautrin à Épinal, celle de Lechesne à Nancy (qui passera ensuite à Lamort), celle enfin de Jean-Jacques Haener.

    Ce dernier est le véritable successeur des Cusson. Après un Français ce sera un Allemand qui prendra la tête de la célèbre entreprise en 1754. Jean-Jacques Haener, né à Umstadt en 1710, protestant converti au catholicisme, était depuis vingt ans compagnon imprimeur à Nancy. En se portant acquéreur de la maison des Cusson et d’une partie de leur matériel, il accède à la maîtrise. Le brevet d’imprimeur-ordinaire du roi de Pologne qui lui est délivré le 25 avril 1757 confirme cette promotion sociale. Il saura, et ses descendants après lui, maintenir la création de Jean-Baptiste Cusson à un rang digne de son fondateur jusqu’au milieu du XIXe siècle.

    Un grand imprimeur lorrain : le parisien Jean-Baptiste Cusson

    mercredi 25 juin 2014, par Anne Auburtin

     Ce texte est un extrait d'un article d'Albert RONSIN, Conservateur de la Bibliothèque de Saint-Dié , du même titre. L'article intégral est disponible sur YouScribe

       

    Lorsque Jean-Baptiste Cusson arrive à Nancy, dans les derniers mois de l’année 1711 pour y monter une imprimerie, il y a plus de dix ans que le duc Léopold a recouvré ses États et que d’importantes mesures législatives et fiscales ont été prises pour redonner vie au commerce et à l’industrie en Lorraine et en Barrois.

    Exemptés de chef-d’oeuvre et de taxes, maints ouvriers se sont établis et ont accédé à la maîtrise. Chaque ville importante voit s’installer dans ses murs un ou plusieurs imprimeurs, attirés tantôt par la clientèle administrative et judiciaire, tantôt par l’activité commerciale ou par la présence de la cour ducale, mais peu de ces nouveaux chefs d’atelier, au demeurant excellents exécutants, ne peuvent, faute de capitaux, tenter de produire les grands ouvrages de littérature ou d’histoire qui font alors la gloire de certaines villes. Le beau livre est au XVIIIe siècle un des principaux ambassadeurs de la culture nationale et le renom d’un pays tient pour une part importante à l’excellence de sa production typographique.

    Dans l’entourage du duc, certains grands dignitaires regrettent de ne pouvoir disposer d’une entreprise suffisamment importante pour imprimer de grands ouvrages. Le duc lui-même, soucieux d’affirmer dans tous les domaines l’indépendance de ses États, est prêt à favoriser la création d’un tel établissement. Depuis quelques années Louis-Charles Hugo – futur abbé d’Étival – a été nommé historiographe et il travaille à rassembler les documents qui serviront à écrire une magistrale histoire de la glorieuse maison de Lorraine. Il est donc temps de songer à la réalisation matérielle de cette opération de prestige.

    A Paris, la concurrence entre les grands imprimeurs est sévère. Les Lorrains qui y séjournent pour leurs travaux et qui fréquentent les milieux de l’édition connaissent les difficultés auxquelles se heurtent libraires et typographes. Ils savent aussi combien seraient facilités leurs travaux s’ils avaient dans leur pays l’un de ces grands chefs d’industrie qui sont les maîtres de toute la production littéraire française. Ce sont ces intellectuels lorrains qui aideront Cusson à quitter Paris, et qui faciliteront son installation à Nancy. Au nombre des artisans de cette émigration il faut compter dom Mathieu Petitdidier, alors abbé de Saint-Léopold de Nancy, et dom Augustin Calmet, alors en résidence au couvent des Blancs-Manteaux à Paris. Le 3 juin 1711, ce dernier écrit en effet à dom Petitdidier : « M. Cusson imprimeur qui travaille à s’établir à Nancy, a eu l’honneur apparemment de voir votre Révérence ; c’est le plus habile imprimeur de Paris, et je sais que les libraires se seraient cotisés pour l’arrêter ici si l’on eût connu son dessein de se retirer. Mais il l’a fait si
    secrettement qu’on n’a pu l’arrêter. Je supplie votre Révérence de l’avoir pour recommandé et de le favorisé en ce qu’elle pourra ; c’est non seulement un très habile imprimeur mais un très honnête homme et digne d’une meilleure fortune »

    Jean-Baptiste Cusson, né à Paris le 27 décembre 1663, est fils et petit-fils d’imprimeurs-libraires. Reçu lui-même libraire le 19 septembre 1686, puis imprimeur le 8 juin 1694, il a d’abord travaillé chez son père, avocat et maître imprimeur, ancien adjoint de la communauté, puis il s’est établi en 1695.

    Dès 1701, il a un apprenti et cinq compagnons. Quatre presses garnies de tous leurs ustensiles, sur les cinq qu’il possède, fonctionnent tous les jours, et il a quinze fontes de caractères presque neuves. Six ouvrages importants sont en chantier la même année

    Mais dix ans plus tard, les commandes se font plus rares, il connaît des difficultés financières sérieuses. Il faut d’ailleurs qu’il soit inquiet sur l’avenir de son entreprise pour consentir à quitter la capitale française pour celle de la Lorraine à 47 ans.

    Avant la fin de l’année 1711, il emménage à Nancy, 71, rue Saint-Dizier, et il suspend au-dessus de sa boutique son enseigne « Au Nom de Jésus ». Il reçoit la nationalité lorraine. Son brevet d’imprimeur et libraire ordinaire de Son Altesse Royale le duc de Lorraine est enregistré le 3 mars 1712.

     De telles entreprises exigent des capitaux importants. Le duc de Lorraine, le premier, lui apporte l’aide financière dont il a besoin. Par mandement daté de Lunéville le 20 novembre 1712 « il est ordonné à Charles Margueron, commis à la recette générale [des] finances, de payer à Jean-Baptiste Cusson, imprimeur à Nancy, la somme de onze cents livres, acompte des ouvrages d’imprimerie qu’il s’est obligé de faire pour notre service »

    Dès son arrivée, Cusson importe à Nancy son style : il n’est pas un imprimeur qui travaille à façon doublé d’un libraire débitant nouveautés religieuses, encre, plumes et papier. Il se révèle d’emblée comme un chef d’entreprise amateur de belles-lettres. C’est la manière de Paris qu’il impose en même temps que sa marque. En ce domaine, il est le véritable promoteur du grand commerce lorrain du livre.

    Dès la première année, Jean-Baptiste Cusson se comporte en grand éditeur et il publie des ouvrages importants : le Roman bourgeois de Furetière (VI-327 p. avec gravures) ; la Lorraine ancienne et moderne de Jean Mussey, curé de Longwy (XVIII-398 p.), livre qui a l’honneur de déplaire à la Cour de France et que le Parlement de Paris condamne au bûcher par arrêt du 17 septembre 1712 ; Réflexions morales sur la modestie et la bienséance religieuse (167 p.) ; L’Imitation de Jésus-Christ, traduction nouvelle (545 p.) qu’il rééditera d’ailleurs presque chaque année.

    A peu de temps de là, il réussit à emprunter mille cinq cents livres aux religieuses du Refuge de Nancy. Le 24 janvier 1713, recevant cette somme, il s’engage, conjointement avec sa femme Marie-Jeanne Journelle, à verser chaque année une rente de 75 livres entre les mains du notaire des soeurs du Refuge. Ce n’est qu’en 1742, dix ans après la mort de Jean-Baptiste, que sa veuve remboursera le capital de mille cinq cents livres. Bien que le contrat ait
    prévu l’éventualité d’un remboursement du prêt à tout moment, en deux fois, l’imprimeur ne l’a jamais envisagé de son vivant, toujours soucieux d’investir ses capitaux disponibles dans de nouvelles affaires d’édition. 

    histoire_de_Lorraine_DOM_Calmet.jpgChacun connaît les difficultés qui naquirent lors du tirage de la première édition de la célèbre Histoire de Lorraine sur laquelle dom Calmet travaillait depuis plusieurs années et que le duc Léopold avait enfin souhaité voir paraître. Dès 1723, Cusson diffuse le prospectus de l’ouvrage6 et lance les souscriptions pour 1500 exemplaires de deux volumes in-folio de 1000 pages chacun, à livrer à partir du 1er octobre 1725. L’entreprise est reçue avec faveur par les Lorrains et l’imprimeur, en possession du manuscrit complet, met l’ouvrage sous presse. Mais « Un malheureux garçon imprimeur à mesure que les feuilles étaient imprimées les envoyait à Paris, et comme on était sur le point de mettre cette histoire en vente, on fut bien surpris de recevoir des lettres des ministres de France qui se plaignaient que cet ouvrage était rempli d’articles qui n’étaient pas à la gloire de leur nation, surtout pour ce qui était du temps de la Ligue. On fut obligé pour ainsi dire de refondre cette histoire et d’en ôter de l’essentiel pour y ajouter quantité de cartons de peu de conséquences ».

     Lors de sa mise en souscription l’ouvrage était offert à 34 livres les deux volumes de 1000 p. chacun, payable moitié de suite, moitié à la livraison, le prix devant être porté à 50 livres au 1er novembre 1725. C’était donc une recette de plus de 60 000 livres sur laquelle Cusson était en droit de compter. La souscription ayant été couverte à 50 % dès 1725, la rentrée réelle fut de 13000 livres en 1724-1725, le reste n’étant recouvré qu’à partir de 1729, soit pendant cinq ans un découvert de 45 000 livres.

    Enfin, en 1728, le tirage est achevé et Cusson sollicite un privilège du duc pour protéger son entreprise contre d’éventuelles contrefaçons. Trois censeurs sont désignés par le duc Léopold pour examiner l’ouvrage ; c’est à l’un d’eux, Nicolas-Joseph Lefebvre, procureur général de la Chambre des comptes, que revient le soin de rapporter sur le travail de dom Calmet. Il fallut, cette fois encore, effectuer un grand nombre de corrections : 180 pages furent réimprimées avant la distribution au public. Ce n’est donc qu’en 1729, cinq années après la mise en chantier, que Cusson put distribuer les volumes souscrits et mettre en vente le reste de l’édition, récupérant enfin les fonds importants qu’il avait investis dans ce monumental ouvrage. Ouvrage_J_Cusson.jpg

    Ce retard, l’imprimeur l’a supporté seul, sans l’aide du duc de Lorraine, peu désireux d’être accusé par la Cour de France d’avoir aidé à la publication d’un ouvrage qui mécontente les ministres de Versailles. Il a même refusé l’aide d’un bailleur de fonds de Leipzig, David Auerbach, avec qui dom Calmet avait échangé une correspondance dans ce but. Pour les cinquante livres sortis des ateliers de Cusson qui assurent sa renommée et sa publicité, combien de plaquettes de circonstance, oraisons funèbres, relations de fêtes, discours, statuts d’associations pieuses, combien de factums et mémoires imprimés à la hâte à la veille d’une audience de justice ? Ce sont ces travaux quotidiens pourtant qui alimentent journellement les presses de l’imprimeur, avec l’édition – combien lucrative – des ouvrages de littérature pieuse.

    Le 14 août 1732 il meurt, âgé de 69 ans. Sa femme et son fils Abel-Denys assistent à son inhumation dans l’église des Minimes à Nancy. C’est à eux désormais que revient la charge de diriger la grande entreprise.


    11/10 : Epilogue

    lundi 23 juin 2014, par Anne Auburtin

    Source : Rambervillers en 1870 : défense d'une ville ouverte / par Maurice Velin 1895

    Les Récompenses officielles.

    J'ai parlé tout à l'heure, à propos de la liste des morts et des blessés, du rapport adressé à ses chefs par le commandant Petitjean.

    A la suite de ce rapport, le gouvernement de M. Thiers accorda aux survivants les distinctions suivantes : La croix d'officier de la légion d'honneur au capitaine BESSON, déjà chevalier.

    La croix de chevalier au capitaine DUSSOURT.

    La médaille militaire aux gardes nationaux ARNOUX, JOLY, PIERRE et RETOURNARD.

    Le commandant PETITJEAN n'avait pas parlé de lui-même et n'avait rien demandé. Il s'était même gardé de joindre à son rapport une lettre où ses officiers protestaient contre l'oubli volontaire de ses propres actions.

    Épilogue.

    La défense de Rambervillers égale au moins en héroïsme celles de Saint-Quentin et de Châteaudun, car ici nous ne suivions pas au combat des troupes régulières ou des francs-tireurs : nous combattions de notre propre mouvement et avec nos seuls moyens ; nous compromettions la vie et la fortune des habitants pour sauver l'honneur.

    On le sait peu en France.

    C'est que, pendant toute l'occupation allemande, il a fallu cacher avec le plus grand soin le nom des combattants : il y allait de leur vie.

    La libération ne vint qu'après de longs mois. A Rambervillers, on avait pris l'habitude de considérer ce fait d'armes comme tout naturel ; on répétait déjà ce que j'ai entendu dire à l'un des plus vaillants : « Je n'ai fait que mon devoir, et bien petitement ».

    L'histoire elle-même n'a pas pu réagir contre cet oubli : La défense de Rambervillers fut sans influence sur l'issue de la guerre, aussi l'histoire la traite en simple épisode.

    Cependant, je crois l'avoir montré, elle mérite mieux.

    Jadis, aux temps des guerres contre les Bourguignons, les habitants de Laveline prirent aussi les armes pour la Patrie : le duc René les fit chevaliers.

    Après la guerre de 1870, M. Thiers ajouta aux armes de Châteaudun la croix de la légion d'honneur.

    Ne serait-ce pas justice de graver aussi la croix des braves au fronton de cet Hôtel-de-Ville, où les Prussiens ne parvinrent qu'après quatre heures de combat, et de consacrer par là un glorieux souvenir et un sublime exemple ?

    N.B. Le 19 avril 1896, soit l'année suivant la publication de cet ouvrage, le Président de la République, Félix Faure prenait un décret autorisant la ville de Rambervillers: "à faire figurer dans ses armoiries la croix de la Légion d 'Honneur".

    10/11 : Les Morts et les Blessés.

    samedi 21 juin 2014, par Anne Auburtin

    Source : Rambervillers en 1870 : défense d'une ville ouverte / par Maurice Velin 1895

    Il nous faut résumer les pertes subies et citer les noms des glorieuses victimes de ces jours héroïques. Au rapport du commandant Petitjean, adressé après la guerre à l'autorité militaire, est annexé un tableau que je transcris.

    Tués.

    • NOIRCLAIR Joseph, caporal sapeur-pompier, marié, sans enfant, 41 ans.
    • DUBAS François, caporal sapeur-pompier, peintre, marié, deux enfants, 47 ans.
    • REBOUCHÉ Amand, garde national, voyageur de commerce, célibataire, 23 ans.
    • THIRION Auguste, garde national, plâtrier, marié, quatre enfants, 55 ans.
    • RENARD Paul, garde national, manœuvre, marié, trois enfants, 39 ans.
    • DROUEL Nicolas-Alfred, garde national, célibataire, 52 ans.
    • GUILLAUME Nicolas-Auguste, garde national, sagard, marié, 28 ans.
    • DEMANGE Jean-Baptiste-Emile, garde national, cultivateur, marié, deux enfants, 35 ans.
    • GÉRARD Nicolas, garde national, manœuvre, célibataire, 27 ans.
    • JACQUEMIN François, garde national, plâtrier, marié, deux enfants, 42 ans.
    • BARTHÉLEMY Charles-Siméon, garde national, garçon marchand de vin, célibataire, 29 ans.
    • DELATTE Sébastien, garde national, facteur, marié, trois enfants, 43 ans.
    • LAURENT François, garde national, manœuvre, marié, sans enfant, 55 ans.
    • GUILLAUME Jean-Baptiste, garde national, ouvrier de fabrique, marié, trois enfants, 52 ans.
    • OHLING Antoine, garde national, cultivateur, marié, cinq enfants, 38 ans.
    • MARTIN Etienne, garde national, tonnelier, marié, deux enfants, 49 ans.
    • DUBAS Joseph-Prosper, garde national, garçon brasseur, célibataire, 42 ans.
    • HÉRAINVILLE Joseph-Antoine, garde national, paveur, marié, un enfant, 46 ans.
    • NOEL Adolphe, garde national, manœuvre, célibataire, 20 ans.

    Blessés.

    • BESSON Charles-Claude, capitaine de la garde nationale, marié, sans enfant.
    • MATHIEU Félix, pompier, marié, un enfant.
    • JOLLY Nicolas-François, garde national, marié, deux enfants.
    • ARNOULD Jean-Joseph, garde national, marié, un enfant.
    • COLIN Joseph, garde national, marié, un enfant.
    • POIROT Joseph-Antoine, garde national, marié, un enfant.

    A la liste des morts, il faut ajouter les noms d'autres victimes qui n'appartenaient pas à la garde nationale et qui, pour la plupart, n'avaient pas combattu. Les voici :

    • BELIN, cultivateur, 53 ans, fusillé.
    • BERGER Eugène, 44 ans, tué accidentellement pendant le combat.
    • CHANAL Victor, 35 ans, fusillé.
    • CHRISTOPHE Jean-Nicolas, 49 ans, fusillé LECOMTE Nicolas, 61 ans, tué accidentellement pendant le combat.
    • MANGIN Jean-Baptiste. 18 ans, tué accidentellement pendant le combat.
    • PIERRE, 20 ans, fusillé.
    • JACQUOT Antoine, 31 ans, assassiné le 10 octobre.
    • COLLOT Jean-Baptiste, 65 ans, assassiné le 12 octobre.

    L'assassinat de ces deux dernières victimes n'a aucune relation avec le combat.

    Les listes précédentes portent donc le nombre des morts à 28, dont 19 gardes nationaux. On ne parle que de 6 blessés au rapport officiel. Cependant beaucoup d'autres furent touchés, par exemple PERRY et BOCHARD.

    9/11 : La Libération des Prisonniers

    jeudi 19 juin 2014, par Anne Auburtin

    Source : Rambervillers en 1870 : défense d'une ville ouverte / par Maurice Velin 1895

    Les prisonniers de Rambervillers étaient internés à Mayence où ils étaient, de la part de quelques-uns de leurs compatriotes, l'objet d'une constante et active sollicitude. Des démarches particulières avaient été faites pour obtenir leur libération ; mais on se heurtait à' de grands obstacles. En attendant mieux, on demandait des adoucissements pour eux. Un jour une pétition de l'abbé Grégoire lui revint avec cette mention, adressez-vous à l'autorité militaire.

    Il part aussitôt pour Nancy et se présente au général de Bonin, gouverneur de la Lorraine. cc Je n'ai -aucun pouvoir sur les prisonniers, lui répond-il, adressez-vous au roi. » Le gouverneur lui dicte sa lettre. En même temps il écrivait lui-même. « Je m'engage à faire parvenir votre supplique, ajoute le gouverneur. Je l'appuierai près du roi. Mais je réponds de l'ordre en Lorraine, donnez-moi votre garantie pour Rambervillers. Vous serez mon otage ; s'il y a des troubles, c'est vous qui m'en répondrez. Comme il voyait l'émotion de son interlocuteur : « c'est à prendre ou à laisser », reprend-il. Si vous ne signez pas, vos prisonniers ne reviendront qu'à la paix conclue. » L'abbé Grégoire n'hésita plus et signa généreusement.

    Ceci se passait le 22 décembre.

    Le 1er janvier, à sept heures du matin, les prisonniers rapatriés sonnaient à la porte du presbytère. Le général de Bonin les avait visités à leur passage à Nancy, et leur avait dit : « N'oubliez pas de faire mes amitiés à votre petit curé, c'est un brave ».

    8/11 : La journée du 12 Octobre

    mardi 17 juin 2014, par Anne Auburtin

    Source : Rambervillers en 1870 : défense d'une ville ouverte / par Maurice Velin 1895

    Nouvelle Alarme.

    Nous nous croyions donc délivrés de toutes les représailles, lorsque le lendemain matin (mercredi 12 octobre) le colonel fit appeler mon grand-père : « Vous avez menti au général de Werder, lui dit-il. C'est de sa part que je viens. Il y avait des francs-tireurs à Rambervillers. Ne niez pas, nous avons pris votre capitaine. »

    Voici ce qui s'était passé : Un individu s'était fait prendre (et comment) dans une auberge des environs. Il était vêtu en capitaine de francs-tireurs. Il affirma aux Allemands qu'il commandait la compagnie de Rambervillers. C'était un ridicule et criminel mensonge ; ce détraqué avait-il même fait partie de l'ancienne société de tir ? Quant à la diriger, jamais, et à se battre, encore moins. Lorsque le colonel le nomma, mon grand-père tâcha de lui faire comprendre la valeur de sa capture.

    La nouvelle était déjà répandue ; chacun en comprenait la gravité, pour la ville, pour les otages, et pour les prisonniers. L'abbé Mathieu, le vénérable curé de Rambervillers accourut. Il parla dans le même sens. Il dit qu'il y était obligé dans l'intérêt général, et qu'il se désintéresserait absolument de l'auteur de ces nouvelles alarmes.

    L'officier prussien fut assurément convaincu ; s'il avait cru tenir le commandant du 9 octobre, il l'aurait fait fusiller. Or, il s'en garda bien : il avait trop d'intérêts à ne rien laisser paraître.

    Encore l'Indemnité de Guerre.

    Dans l'intervalle, les conseillers municipaux avaient été de nouveau convoqués. Un officier leur notifia qu'il fallait immédiatement payer le reste de la rançon, sinon, on allait bombarder la ville.

    Des conseillers municipaux, les uns restèrent en otage à l'Hôtel-de-Ville ; les autres firent un nouvel appel à la population. Ils ne savaient pas si, au retour, ils ne seraient pas envoyés en Allemagne, comme les onze derniers prisonniers. On venait de les voir passer, pieds et poings liés, sur une voiture à échelle. Au lieu de la liberté qu'on leur avait promise pour le matin même, c'était la captivité.

    Pendant qu'on cherchait l'argent et les valeurs, pour la plupart enfouis, une certaine quantité d'artillerie traversait la ville et allait prendre position sur la hauteur du Croix-Ferry.

    On attendait avec anxiété.

    Enfin, vers deux heures, on apprit que la somme rassemblée paraissait suffisante aux Allemands. Les conseillers municipaux étaient libres. On avait recueilli environ 102,000 francs. Cela faisait, pour le total des deux journées, près de 190,000 francs. M. Henry Bourion fut délégué pour en faire le versement à Epinal. Il eut la tristesse de rencontrer les prisonniers toujours liés et trempés par la pluie.

    Parmi les valeurs qu'il apportait, beaucoup étaient loin de leur valeur nominale ; d'autres n'étaient pas entièrement libérées. On n'en avait pas tenu compte au bordereau. Lorsque les Allemands lui rédigèrent le reçu, il fit ajouter au texte : « pour solde ». Quelques mois plus tard ils relevèrent l'erreur du compte ; la municipalité argua de son reçu « pour solde » ; elle eut gain de cause, et on lui céda la totalité des valeurs pour 109,000 francs.

    Par suite de cette diplomatie financière, Rambervillers ne fut donc que pour cette dernière somme, victime des exigences prussiennes.

    Meurtre de Collot.

    Dans la matinée du 12 octobre, il se commit un crime odieux, dont je veux dire un mot.

    Vers huit heures du matin, des convoyeurs badois s'étaient installés dans le faubourg d'Epinal. Un certain nombre d'entre eux avait pénétré dans la grange d'un vieillard nommé Collot. Ils y fumaient malgré les risques d'incendie. Le pauvre vieux arrive : il tient d'une main un morceau de pain, de l'autre un couteau. « S'ils vont nous brûler, s'écrie-t-il, en levant les bras, qu'ils nous tuent plutôt ! » Les Allemands se prétendent menacés ; ils se jettent sur lui, appellent la garde ; on lie les mains de Collot et de sa femme, on les conduit à coups de crosse jusqu'à l'Hôtel-de-Ville : un sous-officier condamna le mari à mort.

    On entraîne ces malheureux sur la route de Romont ; on les fait mettre à genoux l'un près de l'autre ; on fusille le mari, puis on relâche la femme. Elle mourait six mois plus tard.

    Cette exécution avait été si rapide que l'abbé Grégoire ne put arriver à temps pour communiquer l'ordre de surseoir signé par le prince de Bade.

    Indigné, il court chez le colonel, et devant ses officiers lui reproche avec indignation cet acte criminel. Pour comprendre tout le courage qu'il fallait pour parler ainsi, il faut se rappeler la situation de Rambervillers pendant cette matinée du 12 octobre. Cette démarche, d'ailleurs, ne fut pas stérile : une enquête fut ouverte sur cette affaire par les Allemands ; mais je n'ai pas pu savoir quel en a été le résultat.

    7/11 : La journée du 10 Octobre.

    dimanche 15 juin 2014, par Anne Auburtin

    Source : Rambervillers en 1870 : défense d'une ville ouverte / par Maurice Velin 1895

    Au matin, l'abbé Grégoire parvint jusqu'à eux. Dès cinq heures, il s'était présenté chez le colonel Nachtigal, dans la maison Roch. On lui avait donné verbalement la permission qu'il sollicitait de reconnaître les morts. Il s'était ainsi avancé vers le cimetière ; mais il avait été rudoyé par les sous-officiers et les soldats.

    C'est à grand'peine qu'il put arriver près des prisonniers ; il eut plus de mal encore de les quitter. Mais il savait leurs noms, et il leur avait apporté un peu d'espérance. Sans perdre de temps, il mit tout en œuvre pour essayer de les sauver. Le colonel Nachtigal l'avait bien accueilli : il retourna près de lui, plaida la cause de ces malheureux et cette démarche eut sans aucun doute une grande influence sur leur sort. Il s'en fallait de beaucoup, en effet, que la colère de nos ennemis fût apaisée.

    Ailleurs, on fusillait encore sans pitié et sans motif quelques-uns de nos compatriotes : c'était Pierre, meunier à Bru, garçon de 20 ans, qu'on exécutait; et de l'autre côté de la ville, on assassinait Jacquot, un pauvre idiot qui cachait dans sa poche un morceau de gâteau.

    Les perquisitions opérées simultanément dans tous les quartiers ne donnaient pas grand résultat. On saisissait cependant dans l'atelier de Lallemant, contre le cimetière, plusieurs gardes nationaux encore armés ; ils ne furent pas fusillés ; on les réunit aux autres prisonniers : il faut constater cet acte d'humanité.

    D'ailleurs, dans ces perquisitions, certains officiers et sous-officiers firent preuve de bienveillance. L'un d'eux cachait deux képis de gardes nationaux ; un autre demandait à un combattant de la veille ce qu'il avait à la tempe : il montrait l'éraflure d'une balle : « C'est mon fils qui m'a griffé », répondait le garde national en présentant un enfant de six mois. Le Prussien se contenta de sourire.

    L'abbé Grégoire, dont tout le monde ici se rappelle l'activité et le dévouement, poursuivait à la fois ses démarches pour les vivants et pour les morts. Il présenta .des pétitions, s'occupant d'abord des plus compromis, et demanda une autorisation écrite pour relever les cadavres.

    Il put ainsi refaire ce triste trajet dont il faut donner une description.

    Nos morts restaient étendus au bord du chemin, en butte aux outrages des soldats. Dans les plaies de Noirclair, ils avaient planté des cigares, et à presque tous, ils avaient mis un cigare aux lèvres ; à certains, une bouteille vide sous le bras. D'ailleurs, eux qui la veille avaient été si lâches au. combat, ils affectaient de profaner les morts.

    Ils les perçaient à coups de baïonnette (j'ai dit à quel point Renard avait été haché) ; ils les frappaient à coups de botte, et plusieurs témoins, à différents moments, ont vu des Prussiens les souiller au visage d'une façon indigne.

    Lorsque l'abbé Grégoire pénétra au cimetière, un sous officier jeune encore le suivit à le talonner. Le prêtre s'agenouille près d'un mort et découvre son visage ; le sous-officier de cracher aussitôt sur le cadavre, et de le repousser d'un pied méprisant. Indigné, d'un bond l'abbé se relève : « Si je n'étais prêtre, dit-il en frémissant, je vous arracherais votre sabre, et je vous le passerais à travers le corps ». L'autre ricane et menace ; puis il tire de sa poche et exhibe la passe du colonel qui l'autorisait à vaquer à son douloureux ministère. A sa vue, le sousofficier « rectifie la position » et, la main au casque, il se retire à reculons. A défaut du respect des morts, il avait celui de la discipline. Il ne faut pas d'autre preuve pour montrer que les actes de sauvagerie auraient pu être évités si certains officiers eux-mêmes n'en avaient été tacitement ou formellement les complices.

    Quelles étaient alors nos émotions ! A six heures du matin, les Allemands s'étaient répandus dans les rues, fouillant partout, demandant les armes, et cherchant les combattants de la veille.

    Puis les soldats s'installèrent ; c'était le commencement d'une occupation qui devait durer trois ans.

    Vers une heure, on nous apprenait qu'un de nos amis les plus chers, pris pendant la bataille, était détenu près du cimetière avec beaucoup des combattants de la veille.

    A la maison, il n'y avait plus qu'un vieillard, une jeune fille, son frère, un enfant alors, aujourd'hui l'auteur de ce récit, une excellente amie et deux personnes toutes dévouées.

    C'est l'une d'elles, Victoire Thomas, qui fut chargée de porter un panier de provisions à ces malheureux dont on ne connaissait pas encore le nombre. Elle partit avec un sauf-conduit du colonel de la Roche, notre hôte forcé. Elle suivit, sous l'escorte de deux soldats, ce chemin que j'ai décrit sans en pouvoir rendre toute l'horreur; elle vit les maisons criblées de balles, les volets arrachés, les fenêtres brisées, les meubles épars ; les soldats qui buvaient et chantaient au milieu des débris du pillage ; puis les morts, nos pauvres morts, sanglants et profanés.

    Quand elle entra dans la grange et qu'elle vit les prisonniers couchés à terre et liés, elle pleura, et aussitôt tous les malheureux avec elle. Tous à la fois ils lui recommandaient de porter de leurs nouvelles à leurs familles.

    Quand notre brave fille parvint à dominer son émotion, elle se rendit promptement compte de ce qu'elle pouvait tenter.

    Elle alla chercher du vin chez un marchand voisin et fit porter les cruches par un garçon. Elle offrit à l'ami pour lequel elle venait, de le faire évader, une des cruches à la main ; mais il refusa, en disant qu'on n'avait pas de preuves contre lui, et qu'il fallait d'abord sauver les plus compromis. C'est alors qu'elle fit sortir Lesprit et Masson (Victor). Leur évasion ne fut pas remarquée.

    Elle revint à la maison, et elle racontait encore ce qu'elle avait vu d'affreux, lorsque le général de Werder vint s'installer chez nous.

    Ce fut elle qui le conduisit à son appartement. Il la fit entrer chez lui, et, se plaçant devant la porte :

    « Mademoiselle, lui dit-il brusquement, vous allez me dire tout de suite qui a tiré sur moi. Mais, monsieur.

    On ne m'appelle pas monsieur ! Général. Appelezmoi Excellence. Hé ! bien, Excellence, je n'ai rien vu.

    Vous avez vu quelque chose. Où sont-ils passés, vos francs-tireurs ? Mais, monsieur Excellence, il n'y a jamais eu de francs-tireurs ici ; bien sûr que ce sont des soldats qui se sont battus ; mais nous nous sommes enfermés pendant toute la bataille et nous n'avons rien vu. Dites immédiatement, ou bien je vous fais fusiller.

    Vous ne voulez pas me faire fusiller ; je ne sais rien, laissez-moi sortir. ».

    Le général lui ouvrit la porte ; il avait essayé, mais en vain, de se renseigner par surprise. Elle connaissait tous les gardes nationaux par leur nom. Combien à sa place eussent cédé à la terreur.

    Victoire Thomas avait rapporté des indications précieuses sur les prisonniers. D'autre part, l'abbé Grégoire avait pu se rendre près d'eux. Il rédigeait des pétitions et des notes, et les faisait remettre au général de Werder par l'intermédiaire d'une jeune fille de 15 ans. L'hospitalité pleine de courtoisie et de dignité que le général recevait de cette jeune fille la fit bien accueillir et encouragea ses démarches. Elle avait demandé d'abord et obtenu qu'on suspendit immédiatement les exécutions sans jugement. Successivement, du lundi soir au mardi vers trois heures de l'après-midi, elle sollicita de son hôte et avec succès, la grâce de la plupart des prisonniers.

    6/11 : La Contribution de Guerre.

    vendredi 13 juin 2014, par Anne Auburtin

    Source : Rambervillers en 1870 : défense d'une ville ouverte / par Maurice Velin 1895

    Revenons de quelques heures en arrière. Le mardi, à sept heures du matin, les conseillers municipaux étaient convoqués par ordre de l'autorité prussienne. Ils se réunirent dans la maison Roch, où le général de Werder leur notifia ses volontés. Il imposait à la ville une contribution de guerre de 200,000 francs, qu'il fallait payer immédiatement.

    La délibération fut courte ; force était de se soumettre aux exigences du vainqueur ; mais les démarches pour réunir la somme fixée furent longues. Le soir on n'avait encore que 89,000 francs. Les Prussiens n'étaient pas loin de croire qu'on ne pouvait tirer davantage d'une si petite ville. Aussi étaient-ils dans des dispositions presque favorables à l'heure où le général de Werder quittait Rambervillers.

    Avant de sortir, il demanda à prendre congé de ses hôtes. J'ai gardé de cette entrevue un souvenir exact. Je vois encore d'ici le général avec sa figure osseuse et ses oreilles saillantes, et j'entends ses paroles. L'entretien eût lieu dans notre salon dont l'usage nous fut rendu pour la circonstance. Le général nous remercia d'abord de l'hospitalité qu'il avait reçue, puis, arrivant au combat de l'avant-veille : « Je sais, dit-il, que ce sont les habitants qui ont tiré. Vous m'avez abîmé 400 hommes et 12 officiers, ajoutait-il en s'animant par degrés ; vous m'avez tué mon meilleur ami (1) ; il m'avait préparé toutes mes cartes des .Vosges ; c'est lui qui a planté le drapeau allemand à Strasbourg. Ah ! s'écria-t-il, les dents serrées, les poings tordus, si j'avais eu mes canons, il ne resterait pas une pierre de votre ville ! On m'a tiré des officiers comme des loups, avec des plombs. Où est-il, ce Tissourt qui vous commandait ? Ce n'est pas de la guerre, c'est de l'assassinat ! »

    Mais, se reprenant après cette sortie véhémente, il voulut être aimable : « Excusez-moi, mademoiselle, ajoutat-il, de parler ainsi, devant vous, comme un soldat ; soyez certaine que je ferai tout mon possible pour vous être agréable. » La jeune fille lui demanda aussitôt la liberté des onze derniers prisonniers contre qui il n'existait aucune charge sérieuse. Le général la lui accorda de bonne grâce, et il ajouta : « Ne vous inquiétez pas pour la rançon ; comme on ne m'a pas fait de difficultés, je me contenterai de ce qui est versé ; on me donnera le reste en fournitures. »

    Le général de Werder quittait Rambervillers, et avec lui le gros des troupes. Il ne laissait qu'un détachement, sous les ordres d'un colonel, et des convoyeurs.

    Nos craintes étaient finies. Nous restions avec l'honneur d'une résistance acharnée et notre ville n'était point brûlée.


    5/11 : Défense des Barricades

    mercredi 11 juin 2014, par Anne Auburtin

    Source : Rambervillers en 1870 : défense d'une ville ouverte / par Maurice Velin 1895

    Cependant, les Prussiens se glissaient à droite, le long des maisons ; ils descendaient par toutes les ruelles, jetant, derrière tous les abris, des tirailleurs qui attaquaient de près la barricade, tandis qu'une forte colonne marchait sur la Tuilerie, et en débusquait les quelques pompiers et gardes nationaux qui s'y étaient retranchés. Ils se replient en toute hâte par la ruelle des Rats, où les Prussiens les suivent.

    Ceux-ci, en même temps, descendaient à travers les houblonnières, envahissaient le hallier Frachet et le préau Mersey, où les gardes nationaux tiennent jusqu'au dernier moment. Ce sont, entre autres, Nicolas, Charles André, Bernardin, Retournard, Charles Caspar, Vinot, Sagard, Thomas, Sautou, Colta, Frachet. Le major Berkhefeldt tombe sous leurs balles. Peu d'entre eux peuvent se retirer par le chemin de Bru, vers la barricade ; presque tous sont obligés de franchir les murs des jardins.

    La barricade est donc tournée. Elle n'a plus pour appui que le poste de la rue des Fontaines, commandé par M.,Petitcolin. Elle est menacée à droite par les Allemands qui suivent la ruelle Sous-Bayard. Cette ruelle débouche sur la place des Vosges. Le capitaine Dussourt envoie le lieutenant Laurent avec 5 hommes pour garder le passage.

    Voilà les moyens dont il dispose. Et cependant ce détachement, caché derrière la palissade d'un jardin, exécute un feu si violent que les Allemands suspendent leur marche.

    Cette situation est intenable. Il est environ cinq heures.

    La colonne de la route de Saint-Dié, encore hésitante, est entraînée par un officier qui reçoit aussitôt une balle.

    Mais l'élan est donné. Le capitaine Besson, les gardes nationaux Dubas, Herrainville et Renard avaient été blessés. De l'autre côté de la maison Jeanpierre, les Allemands tiraient une salve sur Perry, qui était touché à l'épaule. Il faut quitter la barricade.

    Schumacher, de sa fenêtre (Maison Lahalle, au coin des ruelles de Bru et Innominée), abat encore, d'une charge de chevrotine, l'officier qui, le premier, franchit la barricade. Puis il veut s'enfuir par le jardin : les Allemands l'ont envahi. Il s'enferme, trouve un refuge dans la cheminée, et ne s'en tire qu'à force de présence d'esprit.

    Petit et Perry sont pris dans la maison Jeanpièrre ; Eugène Bertrand dans la maison Diot. Toute retraite est coupée, en effet, vers la rue des Fontaines. Les Prussiens, arrivant de la Tuilerie, ont débouché par toutes les ruelles et tous les jardins. La seule issue possible est celle où M. Dussourt entraîne le reste des combattants.

    Dans la rue des Fontaines, Noirclair reçoit une balle dans la colonne vertébrale ; Frachet le porte dans la maison Jacquemin. Les Prussiens envahissent aussitôt la rue. La place des Vosges est donc à l'ennemi. Dussourt continue pied à pied sa retraite par la rue Sur-Broué. Il profite de tous les abris, Thomas Blaise lui charge ses fusils. Cet exemple soutient les courages. Des gamins, parmi lesquels le petit Brignon, âgé de 9 ans, surveillent les mouvements de l'ennemi.

    La nuit tombe. Dussourt a dû se replier jusqu'à l'angle de la rue des Marchands. Il y tient encore quelques minutes.

    C'est alors que le tocsin s'arrête. Dans nos maisons, où l'on a passé ces longues heures à prier pour les combattants, on éprouve de ce silence une suprême angoisse : c'est la voix du clocher que les Prussiens baillonnent ; voici l'agonie de la ville, peut-être sa ruine.

    Çà et là, on entend encore quelques coups de fusil : dans la rue des Fontaines, Gui lierez tire jusque sur la porte de sa maison. Sur la place du Collège, M. Bois brûle sa dernière cartouche, du haut des degrés de la maison d'école. Près du pont Notre-Dame, c'est encore Dussourt ; abrité derrière le parapet, il arrête les Prussiens qui veulent déboucher de la rue Sur-Broué. Il abandonne enfin la lutte, lorsque les flots d'Allemands se répandent par la ruelle Franc-Colin dans le faubourg. A ce moment, ils arrivent aussi le long de la rivière ; ils prennent Delatte les armes à la main, et ils le traitent si cruellement avant de le tuer qu'à l'intérieur des maisons, bien loin, on l'entend crier : « Grâce, pitié, pitié ! »

    La place du Collège est déjà couverte de soldats : Dussourt et ses derniers hommes tournent le coin de la promenade sous une grêle de balles. Ils se retirent par le Pré-Dieu vers les bois de Romont.

    C'est fini. La nuit est complète. Le silence se fait.

    Les Prussiens ignoraient encore à qui ils avaient eu à faire ; ils ne pouvaient soupçonner combien petit était le nombre de leurs adversaires ; ils redoutaient les  surprises de la nuit. Le grand état-major prussien écrit : cc Dans l'intérieur de la ville, les défenseurs opposèrent une résistance si tenace, que les Prussiens ne progressèrent que fort lentement. Leur chef, se bornant à se maintenir dans les quartiers conquis jusqu'au soir, donna l'ordre de suspendre le combat, pour le reprendre le lendemain matin ».Rambervillers dut à la nuit et à l'incertitude des ennemis de n'être pas entièrement occupée ce soir même ; elle échappa de la sorte au sort affreux des villes prises d'assaut.

    La gloire en revient à nos défenseurs. Les Prussiens eux-mêmes leur rendent un juste hommage. Nous qui retraçons cette histoire, nous sommes obligés, pour la vérité, de l'écrire : L'héroïque retraite de Dussourt et de ses compagnons a sauvé Rambervillers.

    Le lendemain les colères étaient diminuées ; la rigoureuse discipline de nos ennemis réprima, il faut le reconnaître, la plupart des excès.

    Après le Combat. La Nuit.

    Le silence de cette nuit fut encore troublé par quelques feux de peloton. On croyait tantôt à l'arrivée des secours, tantôt au commencement de la ruine. C'était l'exécution de nos blessés et de nos prisonniers, gardes nationaux pris les. armes à la main, et d'autres qui furent « victimes d'une erreur ». Répression sauvage ordonnée par les chefs, que réchauffement de la lutte n'excuse pas. Le sang des victimes sera tôt ou tard vengé ; car ce ne peut être impunément que des soldats se soient transformés en bourreaux.

    Tandis qu'on prenait Delatte, j'ai dit comment, et qu'on le menait au pont des Laboureurs pour achever son martyre, on saisissait Noirclair dans la maison Jacquemin. Noirclair avait les reins cassés ; il mourait. Les Prussiens l'arrachent de son lit, le traînent le long de la ruelle (aujourd'hui rue Crevaux), et l'achèvent dans la rue des Fontaines. Son supplice a dû être horrible, car ses doigts étaient hachés : sans doute il avait cherché à se préserver la tête. Son cadavre portait plus de cinquante plaies. Il était abandonné près de la barricade.

    Thirion, blessé au cimetière, avait été achevé moins cruellement, mais Renard est percé d'un tel nombre de coups que ses entrailles sortent à travers sa chemise déchirée.

    Ils prennent Jacquemin dans la Grand'Rue, Belin qui n'avait pas combattu, Chanal, Martin, Christophe ; ils fusillent immédiatement Martin ; ils conduisent les autres à grands coups de crosse jusqu'à la route de Saint-Dié, où ils les passent par les armes.

    Frachet est découvert dans une cave ; les soldats l'amènent au poste du pont des Laboureurs ; un officier lui flaire les mains, et sans mot dire, le couche à terre d'un soufflet. Il est poussé par le peloton d'exécution le long de la route. Soudain il détale à toute vitesse. Une salve ne l'atteint pas ; il se jette à la rivière, nage, vient respirer entre les branches d'un saule ; enfin il parvient chez M. Nangis, brasseur, qui lui prête des vêtements, un tablier et un broc de bière, avec lesquels il rentre tranquillement chez lui.

    Dubas était mortellement blessé. Les Prussiens envahissent sa chambre. Ils aperçoivent derrière les rideaux les pieds d'un homme : c'était Joseph Dubas, le frère du moribond ; faible d'esprit, il s'était caché par peur.

    Les soldats lui mettent dans la bouche un canon de fusil, et lui font sauter la cervelle. Ils épargnent le blessé.

    A ce moment, l'abbé Grégoire, vicaire de la paroisse, administrait les derniers sacrements à Mangin, ce pauvre garçon dont une balle avait traversé la tête. Une dizaine de soldats entourent soudain le prêtre ; ils croisent la baïonnette, et font à plusieurs reprises le simulacre de le tuer. Puis ils s'en vont, en riant : c'était un simple amusement.

    Les Allemands avaient saisi tous les hommes dans le quartier où l'on avait combattu : ceux qui furent rencontrés dans les rues, ceux qui s'aventurèrent la nuit aux environs des postes, et, le lendemain, ceux qui leur parurent suspects d'avoir pris part à la défense. Ils furent enfermés dans la maison qui fait l'angle du faubourg de Saint-Dié et de la ruelle Sous-Bayard. Aucun ne l'a oublié.

    Avant de les jeter sur le sol ou dans la longue crêche de l'étable, on leur avait si cruellement lié les pieds et les mains que les cordes entraient dans les chairs, et que les membres enflaient. Au matin, un chirurgien militaire pénétra dans cette grange : l'un des prisonniers appela son attention sur cet odieux traitement. Le médecin s'approcha, tâta les liens, et ordonna de les relâcher.

    Dans la matinée, un sous-officier coupa les entraves des pieds ; mais il recommanda aux prisonniers de croiser leurs jambes afin qu'elles parussent encore attachées. D'autres geôliers, au contraire, avaient pris plaisir à les torturer. D'heure en heure, ils leur annonçaient leur exécution prochaine.

    4/11 : Les attaques du cimetière

    lundi 9 juin 2014, par Anne Auburtin

    Source : Rambervillers en 1870 : défense d'une ville ouverte / par Maurice Velin 1895

    Première Attaque du Cimetière.

    Il était environ deux heures et demie.

    Une grande activité était déployée pour mettre le cimetière en état de défense. Plusieurs hommes, entre autres Jules Marchai, avaient laissé pour un instant leur fusil ; à l'aide de pioches et de leviers, ils faisaient des créneaux dans le mur de clôture. Leurs camarades occupaient immédiatement chaque brèche. Les Allemands, en effet, commençaient à se déployer, à la hauteur de la maison Kessler.

    On n'était pas nombreux, au cimetière : une quarantaine d'hommes au plus.

    Lorsque les Allemands arrivent à bonne distance, le lieutenant Poirson commande deux feux de salve, puis le tir à volonté. Il passe de l'un à l'autre. « Soyez calmes, et visez bien », dit-il. Ils visent si bien, nos braves, que les Prussiens ébranlés se rejettent en désordre derrière la maison Kessler. Vainement les officiers, à coups de plat de sabre, essayent de les retenir. Ils sont entraînés, et doivent se résigner à attendre des renforts.

    Quelle était donc la force de cette troupe qui faisait si triste figure à 600 mètres des 40 défenseurs du cimetière ?

    La relation du grand état-major prussien nous l'indique : le 2e bataillon de mousquetaires du 4e régiment d'infanterie rhénan (30e) et un escadron de hussards, soit 1,048 fantassins et 163 cavaliers, sous les ordres du lieutenant-colonel Nachtigal. Pendant une demi-heure, les gardes nationaux* ne purent tirer au passage que quelques hommes qui couraient de la maison Kessler au fumier Paquot. Ce fumier, entouré de murs, était un excellent abri pour les Allemands. Ils s'acheminaient ainsi vers les maisons qui les mettaient à couvert du feu du cimetière.

    Deuxième Attaque du Cimetière.

    Enfin les renforts arrivent : c'était le 3e bataillon du même régiment. Les Prussiens réunissent donc pour l'assaut environ 2,100 fantassins. Ils n'ont point d'artillerie : leurs canons ont été arrêtés par les tranchées et les abatis d'arbres dans la forêt.

    Ils prennent aussitôt position en arrière du chemin Sondrot. Une forte colonne forme la droite. Elle doit déborder le cimetière, tandis que le centre, sur deux rangs, l'attaque de front. A gauche, une grande partie du 3e bataillon doit s'avancer entre les routes de Saint-Dié et d'Autrey, sous l'abri partiel de plusieurs maisons et du talus du chemin.

    La colonne de droite progresse rapidement, poussant devant elle les rares tirailleurs des houblonnières, seuls obstacles à sa marche. Le centre avance à découvert, sous le feu des 40 tireurs du cimetière. Au commandement des officiers allemands, la ligne tout entière se lève des sillons où elle est couchée ; elle tire une salve et parcourt, le dos baissé, une dizaine de mètres, puis se couche de nouveau.

    * Dès lors on pouvait compter le temps de la résistance.

    Le feu du cimetière devient plus vif et plus meurtrier ; ceux qui ne savent pas tirer chargent les fusils. La croix de mission est dépassée. Les 700 Prussiens de l'aile gauche, protégés par les maisons, vont arriver en masse dans le faubourg de Saint-Dié. Mais la barricade du pont des Laboureurs arrête leur élan. Ils se réfugient derrière leur abri. 30 hommes mal armés, postés derrière des chariots vides, font reculer à 500 mètres de distance cette masse de Prussiens. C'est qu'à l'exemple de leurs chefs, ils tirent avec le plus grand sang-froid ; ils ne s'effraient pas des feux de salve dont l'ennemi les couvre.

    Malheureusement, tandis que les défenseurs du cimetière sont absorbés par la lutte de front, les Prussiens débordent la position par le haut. Blottis contre le mur, ils cherchent, du bout de leur fusil, à déverser sur les tireurs les larges pierres qui recouvrent le mur de clôture. Puis, à un signal donné, ils l'escaladent en masse.

    Il est quatre heures et demie. Les nôtres ont tenu pendant une heure trois quarts. Ils ont brûlé en moyenne chacun 60cartouches. Débordés, ils sont obligés peu à peu de lâcher pied. Mais quelle retraite ! La lutte continue encore pendant dix minutes, entre les tombes. Le vieux Thirion lâche en chantant son dernier coup de fusil, et il tombe lui-même mortellement blessé. Les Prussiens l'achèvent près de la maison Oger. Bochard, son voisin, cerné, longe en entier le cimetière, franchit le mur, et s'échappe en arrière des Allemands, vers le bois Béni. Debaye saute par une fenêtre et tombe derrière des cages à lapins, où il passe, dans des angoisses qu'on peut deviner, la moitié de la nuit. Il s'échappe vers onze heures du soir, et il voit dans sa fuite la longue file des voitures qui enlève les morts. Perrin, caché lui aussi dans des cages à lapins, n'est pas découvert. Guillaume, surnommé le Moucheton, est tué à côté de lui ; les soldats qui passent le lardent de coups de baïonnette. Ferry, un garde national de 18 ans, franchit le mur sous le feu : ses vêtements portent la trace de onze balles. Gérard est tué au moment où il va sauter ; Barthélemy lorsqu'il s'enfuit, près de l'atelier Lallemand ; Rebouché près de la chapelle Saint-Antoine et Drouin, sa fourche à la main, dans les jardins, près de la  première maison. Renard est blessé, les Prussiens l'achèvent.

    Adolphe Noël et Demange avaient été tués dans l'intérieur du cimetière. Nous pouvons nous demander comment les autres gardes nationaux réussirent à s'échapper. Car, tandis qu'une partie de leur colonne de droite franchissait le mur, l'autre se rabattait entre le cimetière et la ville, où aucune défense n'avait pu être ménagée. Les survivants n'ont guère de retraite que par l'angle de la muraille, vers le faubourg, sous la grêle des balles, presque au bout des baïonnettes.

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    * J'ai fait tout mon possible pour recueillir leurs noms, car ils ont combattu avec le plus grand courage.

    MM. Arnoud, Barthélémy, Bernard, Bertrand Auguste, Biéler, Bochard, Bois, Chevalet Auguste, Cherrier C.-J., Debaye, Demange F., Demange J.-B., Drouël Alfred, Gérard, Guidot, Guillaume. Kleinholff, Lallemand Charles, Laurent Nicolas, Marchai Jules, Macret, Noël J.-B.. Noël Adolphe, Oger Antoine, Pano, Perrin, Perry, Rebouché, Renard, Thirion. Leurs chefs étaient les lieutenants Poirson et Gauderlh,

    3/11 : Le 9 Octobre.

    samedi 7 juin 2014, par Anne Auburtin

    Source : Rambervillers en 1870 : défense d'une ville ouverte / par Maurice Velin 1895

    Premier Engagement.

    Le lendemain, dimanche 9 octobre, jour de la Sainte Libaire, patronne de la ville, vers une heure après midi, cinq ou six coups de fusil éclataient, suivis, quelques minutes plus tard, d'une courte fusillade.

    Voici ce qui s'était passé : Une troupe d'environ 70 hussards arrivait de Raon.

    Un boucher la signala d'abord, puis le guetteur du clocher. La nouvelle se répandit immédiatement. Le gros du détachement s'était arrêté vers la croix de mission. Quinze cavaliers, sous la conduite d'un officier, s'étaient avancés jusqu'à la première maison. Oger, qui en sortait, fut appelé par eux et entouré pendant que l'officier l'interrogeait :  "Y a-t-il dans la ville des troupes régulières ou des francs-tireurs ? " Oger répondait négativement.

    A ce moment même, Laurent, lieutenant, Brunier, sous-lieutenant, Bochard et Sautou, accourus à la première rumeur, tiraient aux environs de la chapelle Saint-Antoine sur trois cavaliers qui s'étaient portés en éclaireurs. L'un d'eux, démonté, réussissait à s'enfuir en croupe d'un camarade.

    Oger échappa par un saut brusque aux coups de sabre qui lui étaient portés ; il se réfugia dans sa maison dont les cavaliers lardèrent la porte.

    Lui aussi prit son fusil ; mais les prussiens s'étaient déjà repliés au galop sur le groupe principal qui se déploya aussitôt, et, après quelques coups de carabine, essaya de forcer le passage.

    L'attitude résolue de 5 hommes, peut-être aussi l'apparition dans les houblonnières, au-dessus du cimetière, de plusieurs curieux et d'un garde national, les décidèrent à la retraite.

     Avant le Combat.

    La population- entière savait aussitôt ce qui venait de se passer.

    Sautou, après les premiers coups de fusil, avait saisi le cheval blessé à l'étrier duquel pendait une botte ; il avait sauté en selle.

    On promena le cheval par la ville ; son épaule était couverte de sang ; un enfant portait la botte au bout d'un bâton. Je vois encore passer ce cortège. Le ciel était couvert de nuages sombres, à reflets jaunâtres. Impression première d'une terrible journée !

    Il y eut un moment de stupeur..

    Les gardes nationaux couraient, en armes, vers la place de l'Hôtel-de-Ville. Les femmes pleuraient..Bientôt le tocsin retentit. Le tocsin, c'était l'appel aux armes et la demande de secours. On s'arma et l'on descendit dans la rue. Devant ce mouvement populaire qu'ils n'avaient pas provoqué, les officiers avaient pris le commandement. Des reconnaissances étaient envoyées sur les routes d'Epinal, de Jeanménil, de Bru et de Baccarat. La plus importante et la plus exposée, sur Jeanménil et Bru, était commandée par le lieutenant Laurent. Ancien sous-officier, ayant fait plusieurs campagnes, Laurent a montré dans toute cette journée un grand sang-froid et beaucoup de valeur. Il avait sous ses ordres environ 30 volontaires. Il les déploya au sortir de la ville, les espaçant de 25 mètres, et s'avança ainsi jusqu'au revers du plateau qui domine Bru, à deux kilomètres et demi de Rambervillers.

    Une colonne allemande débouchait de Bru. Elle était précédée de cavalerie. Les nôtres se trouvaient en terrain découvert et sans appui.

    Profitant habilement de l'élévation du plateau qui masque aux Allemands la position réelle de la petite troupe, le lieutenant Laurent fait faire demi-tour à ses hommes et les ramène lentement en obliquant à gauche. Il se replie ainsi vers l'avenue plantée d'arbres de la forge Gouvernel, qu'il atteint lorsque les Allemands, après s'être avancés avec la plus grande circonspection, débouchent sur la hauteur. Nos éclaireurs se retirent le long de la route d'Autrey ; une partie entre au cimetière qu'on commence à créneler : l'autre garnit la barricade du pont des Laboureurs. 20 hommes seulement rentraient. Les 10 autres s'étaient séparés en appuyant trop sur la gauche dans la marche en avant. Le vent soufflait avec une violence telle qu'il fut impossible de les rappeler. Cela donne une idée de leur instruction militaire. Cependant ils avaient avancé sans hésitation, en rase campagne ; ils avaient opéré leur retraite en bon ordre, et tout à l'heure ils allaient se comporter au feu comme de vieux soldats. Les 10 hommes égarés, sous la conduite de Charles Oger, durent se replier vers Malplantouse et la Tuilerie.

    Laurent vint dire au commandant qu'une colonne paraissant forte d'environ 2,000 hommes, se dirigeait sur Rambervillers, tandis que d'autres troupes gagnaient Jeanménil.

    Il fut aussitôt envoyé pour reconnaître de nouveau les dispositions des Allemands. Il partit avec M. Bois, instituteur de Rambervillers. Cet excellent maître, l'un des meilleurs qu'on puisse rencontrer, avait une haute et juste idée de l'enseignement et de ses devoirs. Il a fait beaucoup de bien, parce qu'il joignait l'exemple à ses leçons. Pendant toute cette journée, il combattit tête nue, aux endroits les plus dangereux. Comme il était déjà chauve, il répétait à peu près le mot de Henri IV : « Ralliez-vous à mon panache blanc ». Une telle conduite vaut bien toutes les phrases de la morale civique sur l'honneur et sur la Patrie.

    Ces deux hommes ne purent guère dépasser les bifurcations des routes de Saint-Dié et d'Autrey. Déjà les Allemands arrivaient à la maison Kessler, entre les routes de Saint-Dié et de Raon. 1,200 hommes environ prenaient position en ce point. Au retour, M. Bois entre au cimetière. Le lieutenant Laurent va faire son rapport au commandant, qu'il trouve au pont des Laboureurs.

    La reconnaissance poussée vers la route de Baccarat n'avait rien rencontré ; mais elle vit les Allemands qui débouchaient de Bru, et se replia. 5 hommes de ce détachement, entre autres Félix Thomas et Emile Maurice, se postèrent à la distillerie Dury.

    Pendant ce temps, les dispositions suivantes avaient été prises en ville. Le cimetière, point avancé et citadelle de la défense, avait été crénelé. Une barricade, composée de quelques voitures et de quelques planches, avait été élevée en travers du pont des Laboureurs ; une autre, sur la place des Vosges, en travers de la ruelle Sous-Bayard ; elle s'opposait au mouvement enveloppant des Prussiens.

    Quelques travaux avaient été commencés à l'entrée de la route de Baccarat, et à l'entrée de la ruelle de la Rigole, sur la rue des Fontaines.

    Les tireurs étaient ainsi répartis : une quarantaine au cimetière, une quinzaine d'autres en tirailleurs dans les houblonnières qui flanquaient le cimetière à gauche. La crête de la hauteur entre le ruisseau Monseigneur et la Mortagne était ainsi garnie. Sur la rive droite du ruisseau Monseigneur, la distillerie Dury était occupée par 5 hommes ; à la tuilerie se trouvaient une dizaine de pompiers ; dans la rue du vieux chemin de Bru, une maison en construction, le préau de Melle Mersey, était  garni d'une dizaine de bons tireurs. La barricade du pont des Laboureurs était occupée au début de l'action par une quarantaine d'hommes. Cette barricade empêchait le cimetière d'être tourné immédiatement, grâce à l'abri de la maison Oger. Enfin, un poste avait été placé près de l'hôpital, et quelques tireurs isolés se dissimulaient le long de la rivière, derrière les arbres.

    Il ne faut pas croire cependant que les officiers aient pu disposer les hommes à leur gré : chacun avait suivi ses amis, et plutôt l'inspiration du moment que l'ordre des chefs.

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