Source : JUSTICE CRIMINELLE DES DUCHÉS DE LORRAINE ET DE BAR DU BASSIGNY ET DES TROIS ÉVÊCHÉS par  DUMONT, SUBSTITUT A ÉPINAL, 1848


La garde des champs était confiée à des gardes appelés Bangardes, c'est-à-dire gardes du ban. Ils étaient ordinairement choisis par les habitants, en même temps que les officiers municipaux, et recevaient un salaire ; dans quelques localités, chacun des bourgeois était obligé de remplir ces fonctions à son tour et gratuitement.
Les plus anciennes ordonnances contre les délits ruraux datent du temps de Thibaut II , qui les défendit sous peine de 5 gros par bête échappée, de 6 à garde-faite ou de nuit, indépendamment de la confiscation et des dommages-intérêts dans les deux derniers cas.


Les chartes d'affranchissement contiennent presque toutes un véritable code pénal en ce qui concerne les mésus champêtres ; il serait fastidieux de les rappeler ici.


Le 51 juillet 1571, Charles III fixa les amendes, pour les cas de garde - faite, à 5 sous ; la coutume de Lorraine y ajouta la confiscation du bétail. En 1626, les dévastations devinrent tellement audacieuses , qu'il fallut les défendre sous peine de punition corporelle arbitraire. A St.-Nicolas, on encourait le carcan. Les délinquants étaient arrivés à ce point d'audace, qu'ils abattaient jusqu'aux noyers dans les champs pour faire des meubles.
La peine de 5 gros , élevée à 5 sous , était à peu près la même, eu égard à la valeur monétaire de l'époque ; mais le duc Léopold ne maintint pas la même proportion , il l'éleva de suite à 5 fr., et celle à garde-faite au double. L'année suivante , c'est-à-dire en 1710, la misère étant extrême , il rétablit l'amende à 5 petits sous.
Le duc François la fixa au taux de 7 gros , et au double pendant la nuit, pour les délits par échappée ; mais pour ceux à garde-faite, il l'éleva à 5 fr. pour le jour et en outre à la confiscation pour ceux commis de nuit.
Un usage de ce temps était de gager les délinquants , c'est-à-dire de leur prendre un gage pour le paiement de l'amende et du préjudice causé ; quand il s'agissait d'un troupeau , le garde en emmenait une partie , quelquefois le tout. C'était une source de discussions et de voies de fait , les propriétaires de ces animaux n'entendant pas d’ordinaire répondre de la négligence du pâtre ; pour ravoir leurs vaches ou leurs moutons , les femmes comme les hommes étaient capables de se livrer à tous les excès de l'emportement. C'est ce dont, en 1703, les Dominicaines du couvent de Rhenting, près Sarrebourg , acquirent la chère expérience  ayant fait gager le troupeau des porcs de Haut-Clocher, les habitants forcèrent le moutier, après un petit siége soutenu avec honneur par la garnison de la place que commandait le révérend père confesseur. Les plus robustes des assaillants s'étant partagé la besogne de saisir à bras le corps et maintenir qui le confesseur, qui madame l'abbesse , qui chacune des nonnes , le gros des assiégeants et assiégeantes fit pendant ce temps défiler le troupeau prisonnier, qui regagna ses foyers à toutes jambes. Mais le doigt d'une soeur était écorché , les oreilles de toutes étaient blessées ; des b. et des f. avaient été lancés ; il y avait de gros griefs. Le tout s'apaisa , mais non sans pénitences imposées , que toutefois nous ignorons.
Les maraudeurs étaient plus punis que les conducteurs de bestiaux, parce que de leur part il y avait plus que de la négligence. Une ordonnance de Charles III , du 24 janvier 1596 , les menaçait de 10 fr. pour la première fois , 20 fr. pour la deuxième , du fouet et du bannissement pour la troisième. Les insolvables n'avaient pas grâce, ils encouraient pour la première fois quinze jours de prison en basse-fosse , au pain et à l'eau ; pour la seconde , trois semaines de cette punition , et pour la troisième , le fouet et le bannissement perpétuel. Si c'étaient des enfants , leurs parents étaient tenus de les fouetter en présence de la justice. La charte de Mirecourt, en 1234, condamne les maraudeurs à perdre l'oreille ou à payer 5 sous.
Le même duc Charles III ajouta, en 1603, que les délinquants au  dessus de quatorze ans seraient conduits à Nancy pour y travailler aux fortifications pendant six mois, portant au cou un collier de fer, afin d'être distingués des autres travailleurs , avec menace, en cas de fuite , d'y être remis six autres mois et même un an en cas de récidive. Cette ordonnance sévère , mais commode pour avoir des ouvriers , ne fut pas longtemps sans produire les résultats que l'on devait en attendre. Les communautés s'empressèrent de se débarrasser de leurs maraudeurs , et les gardes , pleins de zèle pour satisfaire leurs rancunes , firent main basse sur tous leurs habitués , sans vouloir entendre à aucune justification , à tel point que, dès le 4 août suivant, il fallut déclarer qu'il était nécessaire de rendre préalablement une sentence de condamnation.