Source : article de Louis Sadoul reprenant une Conférence donnée è l'Hôtel de Ville de Raon-l’Étape, le 27 août 1927 publié dans Le Pays Lorrain, 1927, 11-498


 Si Raon a beaucoup changé dans l'aspect de ses rues et de ses monuments, les différences sont beaucoup plus sensibles encore dans le mouvement des affaires et la vie de la population. Cent années les ont transformés du tout au tout.

Il n'existe alors, à Raon, aucune des usines importantes que nous connaissons aujourd'hui, qui font, de notre ville, un centre industriel actif et prospère et assurent à la population un travail régulier.

Quelques artisans, tailleurs, cordonniers, maréchaux-ferrants, menuisiers ou bourreliers exercent un petit métier. A la Trouche, une petite faïencerie occupe quelques ouvriers, il existe, à Raon, une poterie fort modeste et aussi trois moulins à blé, un moulin à huile, une tannerie, plusieurs brasseries que je signale d'autant plus volontiers que l'une d'elles appartenait à mon arrière-grand-père. Des bouchers, des boulangers assurent les besoins essentiels ; leurs boutiques sont modestes et sans luxe.


Le mouvement des affaires n'en est pas moins considérable, il se réalise seulement sous une autre forme qu'aujourd'hui.


Raon est à la porte des Vosges, entre la plaine et la montagne, et cette situation géographique en a fait le centre d'un très important commerce de blé. Les gens de la montagne viennent y chercher le blé qu'apportent les cultivateurs de la plaine, productrice de céréales. Les grains sont amenés par voiture, achetés et emportés sur route, et ce gros commerce a donné longtemps à Raon une grande prospérité. Les jours de marché, l'animation est grande, les voitures sont nombreuses. Acheteurs et vendeurs se répandent dans les auberges, les débits et les magasins ; ils font, comme on dit, marcher le commerce.


A certains jours, se tenaient aussi d'importantes foires aux bestiaux, les plus animées étaient celles du premier samedi de février et du dernier samedi  d'octobre. Les marchés au blé, les foires aux bestiaux ont disparu devant des habitudes commerciales nouvelles, la création de moulins régionaux et les transports par chemin de fer.
Par contre, le commerce de bois est toujours actif. Voilà cent ans, il était déjà important, mais son mode d'exploitation était différent. Il est un peu naïf de dire qu'il n'y avait alors ni gare, ni chemin de fer.