Source : article de Louis Sadoul reprenant une Conférence donnée è l'Hôtel de Ville de Raon-l'Etape, le 27 août 1927 publié dans Le Pays Lorrain, 1927 11-498





Pour assurer la sécurité des rues, on a créé en 1808, deux crieurs de nuit.

Ils doivent, avant tout, signaler les incendies, alors fréquents et graves ; ils doivent aussi arrêter les malfaiteurs et chacun d'eux porte un fusil. Enfin, ils annoncent l'heure aux habitants et les gens qui ne dorment pas les entendent passer en psalmodiant, sur un mode assez triste, ces mots rythmés : « Citoyens, dormez en paix ; voilà minuit qui vient de sonner ».

Malgré ces fonctions multiples, les crieurs de nuit n'en étaient pas mieux rétribués. Ils touchaient, par année, une somme de cent cinquante francs, huit sous par jour, à peu prés de quoi se payer, au taux du jour, deux livres de pain et rien du tout pour mettre dessus. En 1836, on s'aperçut que les crieurs de nuit ne servaient pas à grand chose et qu'ils empêchaient tout au plus les gens de dormir. Alors, on les supprima.


Le sommeil des Raonnais n'était pas seulement troublé par les appels des crieurs de nuit.

Tous les transports se font alors par route ; les voitures arrivent au marché de très bonne heure, le roulage est actif vers les Hautes Vosges et l'Alsace. Les voituriers ont la fâcheuse habitude de faire claquer leurs fouets très bruyamment et c'est à celui qui fera le plus de bruit et le plus de tapage. Les plaintes des Raonnais qui voudraient bien dormir tranquilles se font pressantes et le maire prend un arrêté interdisant aux voituriers de faire claquer leurs fouets, même de jour.

Aujourd'hui, les claquements de fouets ne nous gênent plus beaucoup. Les voituriers sont devenus rares ; ils sont remplacés par les automobilistes qui font ronfler leur moteur et jouer leur sirène et leur klaxon. Voilà en quoi consiste le progrès.