Source : article de Léopold Bouchot in Le Pays Lorrain, 1930

M. Germain n'est qu'officier de santé; bien qu'il ait passé de longues années à Nancy, il n'est jamais arrivé à décrocher tous ses diplômes. Ce n'est pas un homme prétentieux et il n'abuse pas des médicaments.
Il a conservé, de son séjour à la Faculté, des expressions d'argot chères aux carabins, qui amusent, et amènent un pâle sourire sur la figure émaciée de ses malades. Son remède souverain est une vieille bouteille, et, pour encourager ses patients, il prend volontiers un verre avec eux : « Buvez ça, ça vous remettra sur pied bien mieux que toutes les bistouilles de ces empoisonneurs d'apothicaires ».
Il fait ses tournées à cheval; il a, dans son rayon, une dizaine de villages qu'il visite régulièrement toutes les semaines, n'oubliant aucune des -auberges, où il fait de longues stations. Il boit avec le premier venu, tutoie tout le monde, fait de la politique, médit des curés.
Il voit surtout ses malades le matin, car l'après-midi, il est souvent dans les vignes du seigneur. Alors la tournée est interrompue. Combien de fois, le cheval est rentré à l'écurie sans son cavalier, échoué dans un fossé, où il dort du sommeil du juste. Mais, le lendemain, frais et dispos, il repart dans une autre direction, sans que rien ne modifie son genre de vie. Il a ainsi, pendant trente ans, soulagé l'humanité souffrante, sans lassitude, sans accident, sauf quelques luxions ou écorchures dont tout le monde devine la cause.
Et, malgré tout, Monsieur Germain était un brave homme, serviable et expérimenté, oubliant souvent que plus d'un pauvre diable avait omis de lui payer ses honoraires.