Source : article de J. KOHDUT. (Extrait de la revue française de Prague) publié in Le pays Lorrain, 1925.

Sur la ligne du chemin de fer d'intérêt local Hodonin-Zajeci qui traverse la plaine vaste et féconde du sud de la Moravie, se trouve un village dont les habitants portent des noms qui sonnent étrangement à nos oreilles tchèques.

On sent tout de suite que ceux à qui ils appartiennent ne sont pas originaires du pays et quand on connaît le français, on est fixé : ce sont des noms de France. Voici l'histoire de ce village qui s'appelle Cejc (pron. Tcheitch). Il occupe la place d'un autre village dont les archives nous disent qu'il était florissant vers 1395 au temps du margrave Charles, plus tard appelé Charles IV. Ce prince donna aux habitants de Cejc le droit de brasser la bière et d'en faire le commerce.

Pendant les guerres avec les Hongrois, aux XVe et XVIe siècles, le pays qui environne Cejc fut dévasté et le village fut anéanti.

Vers 1750, on reconstruisit plusieurs localités, et en 1771, le nouveau Cejc sortit des ruines. Il devait ce retour à l'existence à François de Lorraine, époux de Marie-Thérèse d'Autriche, qui avait le domaine de Hodonin dans lequel était compris Cejc. Pour le peupler, François emmena dix sept familles, tant de Lorraine que de Franche-Comté et même de Bourgogne. Ce fut une colonie française au milieu du pays morave. Quelques Français s'étaient établis aussi à Terezov, village voisin.

Les nouveaux habitants s'appelaient Bouvier, Chalet, Crée, Donnée, Gaston, George, Masson, Petit, Perucet, Chaliot, (Floss, Florus, Cio, Cogli).

Bientôt les Français se mêlèrent aux Slovaques de Moravie par des mariages et parlèrent, en même temps que leur idiome national, le tchèque et l'allemand officiel. Ils prirent aussi le costume si riche de couleurs que portent les Slovaques.

On changea même leurs noms. Ils se prononçaient encore à la française, mais s'écrivaient selon l'orthographe tchèque ou allemande. Ainsi, en 1810, Chalet s'écrivait Schalle ; Chaliot, Saliot, Zalio ; George, Schorgee, ensuite Schorsch, aujourd'hui par exemple Mme Sorsova ; Petit, en 1833, Petty; Bouvier, Buvy, etc...

Vers 1834, il ne restait plus que quatre familles parlant français.

Et de nos jours ? Hélas ! Le dernier vieillard qui avait conservé l'usage du langage ancestral est mort il y a plusieurs années.