source : article de A. Proste, Annales de l'Est 1891

Le maître échevin était à Metz le chef de l'État.

Longtemps avant d'y prendre ce rôle, il y apparaît pour la première fois, à la fin du Xe siècle, sous le titre de primus scabineus (scabinus), dans une situation déjà prépondérante mais de moindre importance. Plus tard il y est considéré comme le lieutenant ou vicaire de l'Empereur. Le maître échevin ne semble être cependant en principe qu'un officier de justice, et ce n'est qu'accessoirement qu'il aurait été investi en outre des fonctions municipales d'administration et de gouvernement qu'on le voit exercer aux XVe et XVIe siècles.


Quoique ces modifications de sa condition originaire puissent partir d'une date assez reculée, l'office du maître échevin parait néanmoins sortir de l'échevinal ordinaire, auquel il se rattache par sa dénomination même et auquel il reste étroitement lié par certains traits de sa fonction principale.

Le maître échevin ne pouvait notamment pas juger sans l'assistance de quelques-uns des échevins. Il pouvait lui-même être échevin; bien plus, s'il ne l'était pas au moment de son élection, il devait prendre pour lui le premier échevinat venant à vaquer pendant son année par la mort d'un des échevins en exercice, suivant un atour de janvier 1313. Il est plus singulier que le maître échevin ait pu parfois être Treize; ce qui s'est vu cependant. Un atour de janvier 1402 interdit au maître échevin d'entrer dans les Septeries, mais non pas, est-il dit, dans la Treizerie

A l'époque où nous nous plaçons, vers la fin du XVe siècle, le maître échevin était élu annuellement dans l'un des six paraiges à tour de rôle, et institué le 21 mars, jour de la Saint-Benoît, dans une cérémonie d'installation, par le princier de la cathédrale et les cinq abbés Bénédictins de Gorze et de Metz. Ces six dignitaires, qui jadis l'élisaient à pareille date en l'église de Saint-Pierre aux Images, se bornent maintenant à donner leur acquiescement au choix fait préalablement de sa personne au sein des paraiges. Le princier et les abbés, après cette cérémonie, conduisaient le nouveau maître échevin à l'église de Sainte-Marie où il prêtait entre les mains des commissaires de l'évêque le serment qu'il devait au prélat, et d'où il revenait ensuite sans le princier et les abbés au palais. Là, en la chambre des Treizes, il faisait entre les mains de ces derniers un second serment à la Cité; puis il recevait de son prédécesseur les clefs des bans et des voltes au grand moutier, c'est-à-dire les clefs des arches publiques à la cathédrale, lieu de dépôt des archives de la Cité. Il prenait de ses mains en même temps les plaintes encore pendantes qui restaient à vuider. Tel était, à la fin du XVe siècle et au XVIe, le mode de création annuelle du maître échevin, ce que par habitude, on appelait encore son élection. Les choses ne s'étaient pas toujours passées ainsi. On ne sait
pas comment le maître échevin était institué originairement. Au XIIe siècle, il était élu, à vie ce semble, par le peuple tout entier, clerus et populus. Une réforme due à l'évêque Bertram en 1179 rend alors annuelle l'élection du maître échevin et la donne aux électeurs ecclésiastiques; le princier de la cathédrale et les cinq abbés Bénédictins de Gorze et de Saint-Vincent, Saint-Arnould, Saint-Symphorien et Saint­Clément de Metz, qui doivent le choisir parmi tous les habitants, à la seule exception des hommes de condition servile. Ces dispositions qui n'ont jamais été formellement abrogées sont ultérieurement et graduellement modifiées pour aboutir à ce que nous venons, de dire des usages en vigueur vers la fin du XIVe siècle.
Pour commencer, les paraiges s'emparent, dans le courant du XIIIe siècle à ce qu'il semble, du droit de fournir exclusivement les candidats à l'office du maître échevin. En 1300, les électeurs ecclésiastiques qui le nomment par accord donnent leur acquiescement à cette usurpation, en réglant l'ordre dans lequel les cinq paraiges et la communauté urbaine, considérée comme en formant un sixième, useront chaque année de ce droit de fournir les candidats pour l'élection. En 1316 un atour substitue à l'élection par accord l'élection par le sort entre les six candidats choisis par les six électeurs ecclésiastiques dans le paraige en tour de les fournir. C'est ce qu'on appelait mettre en buste (en boîtes) et créer le maître échevin. Pendant le XVe siècle, les paraiges introduisent graduellement l'usage de présenter eux-mêmes aux six électeurs les noms qu'ils devront soumettra au tirage au sort. Par là l'élection se trouve dès lors entre les mains des paraiges eux-mêmes; elle devient finalement, en fait, comme il est dit ci-dessus, pour les six électeurs ecclésiastiques, une simple cérémonie d'installation.
Ajoutons, à propos des deux serments prêtés à ce moment encore par le maître échevin, que le premier des deux, prêté à l'évêque, remontait nécessairement à l'époque où les prélats exerçaient sans contestations dans Metz l'autorité à eux déléguée par le souverain, et que le second, prêté à la Cité, ne pouvait dater que de celle moins ancienne où les Messins réussirent à se soustraire dans une certaine mesure à cette domination, vers le XIIIe siècle. Le serment prêté à l'évêque dut conserver naturellement, jusqu'à la fin, de l'analogie avec celui que mentionne au XIIesiècle la charte de Bertram par lequel, en présence du clergé et du peuple, clercus et populus, le maître échevin jurait:

  • 1° de ne pas retenir l'office au delà de son année ;
  • 2° de juger avec impartialité ;
  • 3° de garder les droits de l'évêque, des églises, des orphelins, des veuves, et ceux des pauvres comme ceux des riches;
  • 4° de prononcer sans délai ses jugements;
  • 5° de ne pas aliéner les fiefs attachés â son office.

 Préalablement il faisait pour ces fiefs hommage â l'évêque, aux abbés, aux abbesses, et à tous ceux de qui il avait à en recevoir, et il en prenait des uns et des autres l'investiture. Quant au second serment, prêté à la Cité, il contenait sans doute des réserves pour les droits propres de la ville et de ses habitants, comme celles que contient le serment analogue des Treizes, lesquels en prêtaient deux également. Nous avons pour les temps antérieurs à 1552 les deux serments des Treizes ; nous n'avons pas ceux du maître échevin, sur lesquels nous ne possédons même que des indications imparfaites.

Nous rappellerons ici que le maître échevin ne participait en rien au droit d'exécution qui était le privilège exclusif des Treizes, et que ses jugements eux-mêmes ne pouvaient être exécutés que par ces derniers. C'est ce que met en vive lumière un passage de la chronique de Praillon reproduit par Huguenin dans ses Chroniques de Metz, et qui relate un conflit entre le maître échevin et les Treizes à ce sujet :


En 1481, deux prétendants, Damp Thirion Bairet et Damp Jaicques, étaient en compétition pour l'abbaye de Saint-Symphorien. Trois chevaliers de la seigneurie messine, ayant commission d'y aviser, avaient mis en possession le premier. L'autre en porte plainte au maître échevin, qui assemble en conséquence ses pairs et conseillers. Ceux-ci, au nombre de 20, décident que Damp Jaicques sera mis en possession par les seigneurs commis, faute de quoi les Treizes l'y mettront ou, à leur défaut, le maître échevin ; chose qu'on n'avait jamais vue, est-il dit. Damp Jaicques demande â la Justice un Treize pour faire exécuter ce portéfuer ou sentence. La Justice, c'est-à-dire les Treizes, ayant répondu qu'ils aviseraient, Damp Jaicques accompagné du maître échevin, de trois sergents et de plusieurs des manants, vont le lendemain matin forcer les portes de l'abbaye et s'en rendent maîtres. De là, mécontentement des Treizes : « Car c'estoit, disaient-ils, affaire à la Justice de faire assevir (exécuter) ledit portéfuer et n'avoit-on jamais veu que le maistre eschevin luy mesme fist mettre à exécution ses sentences. Porquoy les dits seigneurs Treze cloyont leur chambre et ne faisoient justice à personne... Ce véant... le samedi le dit maistre eschevin fist huchier (mander) les Treze et son conseil... Les Treze n'y allont point. Le lundy le maistre eschevin fist.... semonre son conseil et quand ilz y furent, il vint prier tous les Treze et dist qu'il volloit parleir à eulx. Les Treze se mirent ensemble et allont en la chambre avec le maistre eschevin pour oyr ce qu'il leur volloit dire..... mais ilz n'eulrent point d'escord, et ne sièrent (siégèrent) point encor les Treze celluy jour pour faire justice... Le mairdy tous les seigneurs et conseil de la cité (le grand conseil) furent du matin aux huit heures tous assemblez en la chambre au pallais et envoyont quérir les Treze ; et ils y allont ; mais ilz n'y demeuront gaire... et le conseil y demeura jusques aux douze heures, qu'ilz envoyont quérir derechief les Treze. Et y furent jusques aux trois heures... Et firent tellement qu'ilz eulrent escord ensemble et encomençont les Treze à officier le mercredy.
Les sergents qui avaient accompagné à Saint-Symphorien le maitre échevin et Damp Jaicques avaient été excommuniés par l'autorité ecclésiastique. "Porquoy ilz firent comandeir le dit sgr maistre eschevin devant les Treze, disant qu'il leur avoit apporté (à porter) gairantise de ce qu'il leur avoit fait faire... Et le maistre eschevin disoit qu'il n'en avoil à respondre par devant les Treze et qu'il n'estoit pas dessoubz eulx, et requeroit aux Treze qu'ilz le volcissent aidier et à tous ceulx qui estoient excornuniez à ceste cause..... et disoit que puisqu'il estoit le prince de la cité comme lieutenant de l'Empeureur, que on le debvoit en ce cais soustenir. Sur laquelle requise, les Trezo luy firent response que ce qu'il eu avoit fait avoit este sans leur sceu, aveu, ne conseil, et que, pour ce, ilz ne le ayderoiont en rien.. Néanmoins l'affaire fut arrangée et les escommunications furent levées. 

 

Nous avons dit que le maître échevin ne devait juger qu'avec l'assistance de quelques-uns des échevins. Cette disposition pouvait remonter loin ; nous ne savons pas quels en étaient originairement les termes et conditions. Vers la fin du XV° siècle, elle avait pris cette forme: « Le maistre eschevin, quand il siège, doit avoir pour son conseil six des paraiges dont il en doit avoir un eschevin ou deus. » Le maître échevin avait en effet un Conseil composé du corps entier des échevins, qui en était l'élément essentiel, et d'un nombre indéterminé de conseillers pris à son choix dans les paraiges et soumis, avant de siéger, à un serment. C'était ce Conseil qui fournissait au maître échevin pour ses plaids ses assesseurs obligés. En principe le maître échevin ne pouvait juger sans être assisté de six échevins. C'était ainsi qu'il siégeait aux plaids annaux. A la longue fut établi qu'il lui suffirait d'être accompagné de six assesseurs pris dans son Conseil, pourvu que dans le nombre il y eût un ou deux échevins, comme il vient d'être dit.
La compétence judiciaire du maître échevin qu'on ne trouve bien définie nulle part était, ce semble, à peu près universelle et, sous quelques réserves, embrassait toutes les matières soit de police et d'ordre criminel, soit d'ordre civil. Les causes civiles étaient cependant plus spécialement de son ressort, comme elles l'étaient du reste de celui des échevins eux-mêmes, lesquels ne pouvaient pas en juger d'autres. Ajoutons que la justice du maître échevin, aussi bien que celle des échevins, était définitive et sans appel pour toute question mise en droit devant eux, et qu'ainsi le maître échevin comme les échevins jugeaient également en dernier ressort. C'était là un droit sur l'origine duquel il serait assez difficile de se prononcer. Il semble énoncé dans un atour de 1397, en des termes qui pourraient donner à penser qu'il s'agit là de son institution même . Mais une pareille induction serait, croyons-nous, erronée. L'atour ne saurait avoir institué incidemment un droit aussi important. Il rappelle vraisemblablement plutôt un droit existant déjà, dont il se bornerait à préciser l'application dans certains cas. Il serait tout au plus permis d'inférer de ce rappel que ce droit pour lequel on le jugeait nécessaire n'avait peut-être pas l'autorité reconnue en toute circonstance qu'aurait eu un droit parfaitement établi d'ancienneté et absolument incontestable. On ne saurait cependant rien affirmer à cet égard. Quoi qu'il en soit, le droit de juger en dernier ressort était acquis formellement, cela est certain, au maître échevin comme aux échevins, aux XV°, et XVI° siècles. Ce qu'on peut ajouter aux indications succinctes qui précèdent, touchant la compétence judiciaire du maître échevin, sera dans une certaine mesure complété par ce que nous allons dire dans les paragraphes suivants de, la procédure employée pour la mettre en jeu, et de la nature des affaires qui tombaient sous son application.
La procédure des actes de juridiction accomplis par le  maître échevin n'est décrite en son ensemble dans aucun document ; mais quelques-unes de ses parties le sont spécialement dans des records plus ou moins anciens, et ses données ressortent en outre de renseignements épars fournis par des documents de toute sorte, notamment par certains passages de nos chro­niques où se manifeste le mécanisme des institutions en vigueur dans la cité. .
Le maître échevin, de. même que les échevins du reste, ne pouvait ni siéger ni juger qu'en plaid banni. Dans ces conditions le maître échevin tenait les plaids annaux à leurs dates régulières et les plaids ordinaires au cours de l'année, suivant les exigences des affaires qui se présentaient. Nous aurons dit tout ce que nous avons â en rapporter ici, quand nous aurons montré dans quelle forme se tenaient ces plaids et de quelle sorte étaient les causes qu'on y jugeait habituellement.

Une condition indispensable imposée, nous venons de le rappeler, au plaid du maître échevin comme à celui des simples échevins était qu'il soit tenu en plaid banni, "in placito bannali et legali", c'est-à-dire sous l'autorité du Ban, forme ancienne du pouvoir de contraindre, dont les maires seuls avaient l'exercice à Metz. Tout plaid du maître échevin ou des échevins commençait en conséquence par le bannissement du plaid dont voici la formule très simple. Le maire disait au maître échevin tenant son plaid ou à l'échevin, s'il s'agissait d'un simple plaid d'échevins : « Dites-moi le droit du plaid monseigneur »; à quoi le maître échevin ou l'échevin répondait « Mettez-y le ban. » Le maire reprenait : « Et je ce fais. » Le plaid était ainsi banni et suivait son cours. La locution « le plaid monseigneur » signifie incontestablement le plaid de monseigneur l'évêque. Cette formule surannée, encore usitée ait XVI° siècle, époque où depuis longtemps les évêques n'exerçaient plus les droits du souverain dans Metz, remonte pour le moins au commencement à peu près du XII° siècle où il en était tout autrement, comme le montre le record de ce temps des droits de l'Empereur et de l'évêque à Metz, dans lequel il est dit : ceNulz n'a ban ne destroit en Mes, se messire Il évesque non, ou de lui nez tient. Messire Il évesque le tient de l'Empereur ` ». Le plaid constitué en plaid banni était dit « leu de ban , c'est-à-dire lieu de Ban, lieu irais sous le Ban, lieu où s'exerçait le Bali. C'était la qualification propre du plaid d'échevins.
Le plaid banni était nécessaire non seulement à la tenue du plaid par le maître échevin ou par les échevins, mais encore - nous aurons occasion de le dire un peu plus loin  - à l'accomplissement légal de certains actes solennels, la plupart de la compétence spéciale du maire. Dans ce dernier cas un seul échevin joint au maire suffisait à la constitution du plaid, lequel commençait toujours par la formule du bannissement dont il vient d'être question.
Revenons aux plaids du maître échevin. Ils étaient, nous l'avons dit tout à l'heure, de deux sortes, les plaids annaux et les plaids ordinaires.


Les plaids annaux se tenaient trois fois par an : le 200 jour après Pâques, au Palais; à la mi-août, fête de Saint-Barthélemy, en la loge au Champ-à-Seille et le 20° jour après Noël, au Palais encore.

A ces plaids annaux le maître échevin assisté de six échevins faisait lire d'abord les droits de l'Empereur de Metz; il faisait ensuite bannir le plaid par les trois maires successivement ; puis prendre les bans pour les églises, pendant que les maires, chacun pour sa mairie, recevaient les prises de bail des particuliers. Ces prises de ban étaient des proclamations faites sous l'autorité du Ban et mentionnant les mutations de propriété. Elles avaient pour objet:

  • 1° de permettre aux tiers ayant des droits à faire valoir à cette occasion, de les produire en temps utile ;
  • 2° de procurer au nouveau possesseur, après avoir été renouvelées à trois plaids annaux successifs, c'est-à-dire pendant la durée d'une année, les avantages de la saisine parfaite, suite de la tenure authentique d'an et jour ainsi constatée. Après la prise des bans on apportait au maître échevin les démonements qui étaient prêts - un démonement était le rapport ou plutôt le dossier - en quelque sorte d'une affaire, un rôle contenant pour les deux parties engagées dans le débat les pièces du procès. - Le maître échevin recevait ensuite les demandes de pardezours , sorte de rapporteurs des démonements puis la séance était levée:.
    C'était là une cérémonie en quelque sorte de pur apparat, pour ce qui était du fait de la justice et qui, au point de vue pratique, n'avait plus guère de portée que pour ce qui regardait les prises de ban, à l'époque où nous prenons les choses, vers la fin du XV° siècle. Il restait encore, comme témoignage de cette condition originaire des plaids annaux, le formulaire qu'on y observait et dont de vieux records nous ont conservé les termes.

    Les plaids ordinaires étaient consacrés au jugement dés affaires courantes. Le maître échevin pouvait siéger tous les jours pour les tenir, suivant le besoin, les dimanches et fêtes exceptés. Il n'en avait pas été toujours ainsi. Ce régime ne datait que d'un atour du 24 février 1466  qui avait introduit alors cette innovation avec quelques autres. Auparavant le maître échevin ne siégeait que certains jours de la semaine. C'était, suivant un ancien record, le mardi pour les plaintes et clamours, les sauvetés, les questions de main­burnie (tutelle des mineurs) et le jeudi pour les démonements. Le maître; échevin avait siégé aussi là un certain moment les lundi, mercredi et vendredi « pour les plaintes vuider... ; et pour corps d'homme..... tous les jours », ainsi est-il dit.
    En plaid ordinaire, le maitre échevin siégeait « à la celle » (à la salle ) au palais, avec un maire pour bannir le plaid et 6 membres de son Conseil, dont 1 ou 2 échevins au moins, pour le conseiller. C'est ce qu'on appelait conseiller la cause ou la plainte et la déterminer ; après quoi le maître échevin pouvait  porterfiter, c'est-à-dire prononcer le jugement. Le plaid, commençant par le bannissement accompli conformément à l'usage par le maire, se tenait dans la forme suivante.
    Le maire: « Maistre eschevin, sire, dites-moi le droit du plaid monseigneur ». Le maître échevin : « Mettez-y le ban ». Le maire : « Et je ce fais ». Le plaid étant ainsi banni les parties se mettent en droit, et le maire dit: « Maistre eschevin, sire, je le mets en votre jugement ».
    Nos documents ne s'étendent pas davantage sur le plaid ordinaire du maître échevin pour la simple mise en droit. Ils ne parlent avec détails que des plaids ayant pour objet spécial le jugement des démonements  et des causes mises en advis. Le plaid pour simple mise en droit devant le maître échevin n'en est pas moins d'une réalité certaine. Il est permis de penser que la procédure en était analogue à celle indiquée pour les cas spéciaux que nous venons de mentionner; que, dans le plaid ordinaire aussi, le maître échevin dirigeait le débat, faisait la demande « de ce qu'il leur en semblait » aux membres de son Conseil, présents au nombre de six au moins, en s'adressant à chacun l'un après l'autre; que s'ils étaient unanimes dans leur opinion il prononçait d'après cette opinion le jugement; et que, faute d'unanimité entre eux, il reconseillait la cause, comme on disait, c'est-à-dire la renvoyait à une autre séance et probablement devant un Conseil différemment composé.
    Le jugement du maître échevin était formulé ainsi-: « Le sire N... qui as jour estoit maistre eschevin de Metz dit pour droit par lui et par ses pairs due.... etc... ». Le jugement étant rendu, un instrument écrit en conservait la teneur avec un exposé succinct de l'affaire, pour permettre d'en rapporter les termes et les conclusions en cas de besoin. On possède un certain nombre de ces documents dans les archives publiques et dans les collections privées.
    L'unanimité d'opinions chez les conseillers, échevins et non échevins, composant le Conseil ou tribunal du maître échevin était, ce semble d'après ce qui vient d'être dit, nécessaire en principe pour la validité du jugement, comme elle l'était, nous le verrons, dans un simple tribunal d'échevins. La manière de procéder quand cette unanimité ne se produisait pas tout d'abord devait être, comme nous venons de l'indiquer, celle à peu près que nous trouvons prescrite et que nous décrirons tout à l'heure à propos du démonement et de l'advis. Ce qui se faisait dans ces circonstances n'était vraisemblablement pas exclusivement propre aux jugements relatifs à ces cas particuliers de démonement et d'advis ; mais devait l'être probablement aussi - on a quelque raison de le croire - aux jugements de toute sorte du maître échevin, qu'il s'agît pour lui de la manière de consulter les échevins, comme en cas de démonement, ou peut-être même de l'obligation où il était, comme en cas d'advis, de rendre son jugement dans les 40 jours, sous peine d'une amende augmentée en doublant de jour en jour jusqu'à satisfaction.
    Dans les audiences ordinaires où il siégeait ainsi et tenait, comme on disait, "a sa seigneurie", le maître échevin devait recevoir et juger toute plainte ou clameur des manants de Metz, témoins du adjournés devant lui. Les semonces ou adjournements, quand il y avait lieu, se faisaient vraisemblablement pour les causes portées devant le maître échevin dans des formes analogues, sinon identiques à celles usitées
    pour les causes soumises au jugement des échevins et dont il sera question plus loin.
    Plainte et clamour pris dans un sens général pourraient comprendre les causes de toute nature soumises à la juridiction du maître échevin. Pour se rendre bien compte de ce qu'était cette juridiction, il convient de les signaler. Le maître échevin devait non seulement juger toute plainte ou clamour, au sens particulier comme au sens général du mot, mais encore vider tout différend mis en droit devant lui; passer sauveté; donner aux mineurs des mainbours, c'est-à-dire des tuteurs, et les leur retirer pour les émanciper, dans certains cas; juger les tenours présentées en appel à son tribunal; porterfuer ou sentencier tous démonements qui lui étaient apportés; donner tous advis qui lui étaient demandés, prononcer en un mot sur toute ques­tion de droit dont la décision était requise de lui. Nous allons expliquer en quoi consistaient ces diverses sortes d'affaires, dont l'énumération ressort du rapprochement de deux documents qui se complètent pour cela l'un l'autre, où sont relatés les droits et obligations du maître échevin :
  • 1° Le record de « ceu que li maistre eschevin ait à faire en son année » ;
  • et 2° l'atour du 24 février 1466  « Comment le maistre eschevin doit avoir part avec les Treizes en leurs portions, amendes et butins. »
    La plainte ou clamour, telle était la condition la plus ordinaire d'une affaire portée devant le maitre échevin. « Quant acuns clanlet devant le maistre eschevin, dit un vieux record, ly maire doit demander à cilz que clamet se son plaidiour test pour luy; et semblant (de même) à celuy que se deffent. Cilz dit oyt, 13, maire doit demander au plaidiour que ont pourter les parolles cilz vuelt oyr droit. Et quant il ont dit oyt, li maire doit oster son chapperon et dire (au maître échevin) je le met en vostre jugement. Et dés dons ly maire s'en puelt aller, se donc n'est qu'il y ait encor des autres plait, etc. 
    Plainte ou clamour devait être reçue par le maître échevin de tout mandant appartenant à la cité, et même, dans certains cas, des amis et parents du plaignant empêché d'agir par lui-même.
    La plainte reçue, le maître échevin pouvait aller jusqu'à faire surseoir à une prise de gage en cours d'exécution, s'il y avait lieu, suivant lui, en attendant que la plainte fût conseillée, c'est-à dire appréciée par son Conseil. Sur cette plainte, il pouvait, même arrêter une poursuite commencée par les Treizes et, bien plus, réformer leur jugement au civil et, dans certains cas, au criminel. La plainte pouvait, on le voit, prendre quelquefois ainsi le caractère de l'appel au maître échevin d'un jugement des Treizes. 
    La mise en jeu du mécanisme judiciaire que nous venons d'indiquer se manifeste, pour quelques-uns des points signalés ici, dans un fait relaté par la Chronique de Praillon et reproduit, d'après elle, par Haguenin dans ses Chroniques de getz. Ce fait montre notamment le maitre échevin saisi d'une affaire par la clamour des amis et parents du plaignant.

    La mise en droit, pour obtenir un jugement ou dit pour droit, était l'objet naturel des causes d'ordre civil apportées devant le maître échevin. Ces causes, concernant les différends qui pou­vaient s'élever à propos d'intérêts contraires de toute sorte, devaient être certainement celles que le maître échevin était le plus fréquemment dans le cas de juger. On pourrait donc s'étonner de ne les trouver mentionnées expressément parmi les causes de sa compétence, ni dans le vieux record de « ceu que Il maistre eschevin ait à faire en son année », où il est question d'ouïr plaintes et clamours, de passer sauvetés, de mettre en ou hors maiabllraie et de juger les démonements; ni dans l'atour de 1466  qui le complète, où il est parlé, avec les démonements, des tenours à rappeler et des advis. Le texte que nous avons cité au commencement du para­graphe précédent, montre par les termes de sa rédaction que les causes de mise en droit pour un différend sont comprises sous le titre général, ouïr plaintes et clamours, du vieux record.
    Une observation qu'il convient de faire à ce sujet, c'est que ces mises en droit pour différends d'ordre civil qu'il est permis de reconnaître en tête des causes appartenant à la, compétence du maître échevin n'étaient pas, comme toutes les autres causes énumérées ci-dessus, exclusivement réservées à cette compétence, mais tombaient également sous celle des simples échevins. Ces causes, en effet, étaient essentiellement l'objet de la juridiction échevinale. Le droit égal que pouvaient avoir de les juger les simples échevins, comme le maître échevin lui-même, ressort de divers indices, notamment des termes d'un atour de 1303, l'atour dit des Quatre-Nuits, où il est dit que, l'exception désignée ainsi était, dans le débat de ces affaires, soumise aux mêmes règles, soit que le plaid fût tenu par le maître échevin, soit qu'il le fût par les échevins. Dans un autre atour de 1397, dont nous avons donné précédemment un extrait significatif à cet égard, il est dit qu'on ne peut plus remettre en droit une cause qui a été une fois déjà jugée par le maître échevin ou par les échevins . Ces textes suffisent assurément pour montrer que les causes d'ordre civil ordinaires se plaidaient aussi bien devant les échevins que devant le maître échevin. D'autres considérations exposées plus loin â propos de la mise en démonement jusrifient les mêmes conclusions. Il n'y a pas lieu de douter, on le voit, que le maître échevin ne jugeât les causes civiles mises en droit devant lui.