Par M. LÉON GERMAIN, Membre titulaire. Mémoires de la Société des lettres sciences et arts de Bar le Duc 1887. 1. 2e sér. T. 6

Les fondeurs au fil du temps

Depuis quelques années, les études campanaires sont fort à la mode : l'artiste et le poète y trouvent un grand plaisir, l'historien , de précieux renseignements ; l'archéologue en fait une branche importante de ses travaux. Tout d'abord , l'origine des cloches, les procédés et les progrès de fabrication, puis leur épigraphie si attachante, ont été l'objet de recherches considérables et approfondie ; mais ,actuellement, on désire surtout connaître les noms des fondeurs qui se sont distingués dans la fabrication des cloches; la Lorraine peut s'honorer d'en compter un grand nombre parmi ses enfants, dont plusieurs furent célèbres et portèrent jusqu'à l'étranger la réputation de leur industrie. A l'occasion d'une communication faite par un de nos confrères au dernier Congrès scientifique , il nous a été demandé une liste de ces fondeurs; car, ainsi que nous l'écrivait un savant archéologue, "une étude sur les fondeurs lorrains appartient à l'histoire générale , puisqu'il n'est pas une province où leurs noms ne soient inscrits encore sur le bronze de nos clocher". Pressé par le temps, nous n'avons pu qu'extraire, des notes que nous avions sous la main, les noms que nous y remarquions; il faudrait, pour arriver à être complet, de longues recherches et beaucoup de voyages. En attendant, l'énumération chronologique que nous avons rédigée rendra sans doute service; venant à la suite d'un article d'épigraphie cam­panaire, dont la Société des Lettres de Bar-le-Duc a bien voulu entendre la lecture, au mois de mars 1884, il nous a semblé qu'elle pourrait s'intéresser encore à ce travail, d'autant plus que la Meuse actuelle y tient une place notable, et que le pays par excellence des fondeurs de cloches (les environs de la Mothe et de Bourmont) se trouvait sur les marches du Barrois, confinant la Champagne. "C'est la Lorraine,"dit M. F. Farnier, "avec la petite contrée de la Haute-Marne nommée le Bassigny, qui ont donné les principaux fondeurs de cloches de toute la France et même des pays étrangers. D'où vient l'origine de cette industrie dans nos contrées? Ce serait une question curieuse à résoudre... La commune de Breuvannes (Haute-Marne) a fourni les plus célèbres fondeurs pendant plusieurs siècles. Les Brocard, les Bollée, les Mutrel, les Monteau , ont rempli pendant les XVI°, XVII° et XVIII° siècles, les quatre coins de la France de leurs produits. Les cloches fondues par les Brocard (XVI siècle) sont presque toutes des chefs-d'œuvre..... Les Robert étaient établis à Robécourt (Vosges), vers 1550 ; de cette commune sont aussi partis les Antoine, les Mesmann et les Loiseau ... Une ancienne cloche de la tour penchée de Pise a été fondue par un Lorrain. - Les fondeurs de maîtrise avaient le droit de porter l'épée ". Dans un manuscrit rédigé par un Français, apparemment peu après l'année 1669, c'est-à-dire à la suite des terribles épreuves que la Lorraine venait de traverser et à une époque d'immense misère, nous lisons ceci : "Le seul art ou manufacture à laquelle les Lorrains excellent est la fonderie. Ils sont en possession de cela depuis longtemps , surtout ceux des villages de Levescourt , Outremécourt et Brevannes , dans l'office de Bourmont, et autres circonvoisins. Les fondeurs de ces villages font partout travailler à fondre des cloches et des canons ; plusieurs Lorrains sont employés dans les fonderies et arsenaux du Roy, et, pendant un fort long temps, il y a eu à l'arsenal de Paris des maîtres fondeurs habiles, nommez Chaligny, qui étoient Lorrains".

XIV et XV siècles

Le plus ancien nom, qui se présente à nous comme celui d'un Lorrain fondeur de cloches, se lisait sur la célèbre ban­cloche de Toul, faite en 1396 ; elle nous apprenait elle-mème , dans son inscription rimée , qu'elle avait été "ici assise par maistre GUILLAUME POITRAS, du bourg Sainte-Marie". Les chroniques messines fournissent les noms de plusieurs des fondeurs qui travaillèrent pour la sonnerie de la cathédrale dans le XV° siècle; la fameuse Mutte fut refondue en 1428 par "maistre Jehan De Guerle et maistre Jehan De Lucembourg". La cloche Marie la plus grosse de celles qui appartenaient au chapitre, le fut, en 1438, "par maître ANTOINE, maistre des bombardes de Metz, gui estoit borgne"; cette cloche fut refaite en 1541 et 1665. Son créateur est-il le même que maistre Antoine d'Estain , dont nous verrons bientôt le nom? Nous ne saurions le dire. La Mutte fut refondue en 1442, par LOUIS DE HAMELLE (alias Hamaille, Hamalles Ganalle), de Liège, "ancètre sans doute, dit M. Bégin , des Duhamel qui florissaient à Metz dans le siècle dernier...; il était maître des bombardes ou de l'artillerie de Metz". Dès l'année suivante, 1443, cette cloche dut être refaite par "maistre ANTHOINE D'ESTAIN" (Étain ?) elle le fut encore en 1459, par "maistre ARNOULD DE 'COBELANCH (Coblentz?) et maistre TILLEMONT DE HOCHEMBERG", tous deux , croit-on, Alsaciens , et le second, tout au moins, originaire de Strasbourg. Nouvelle refonte eut lieu en 1479 ; un chroniqueur appelle l'ouvrier qui la fit : "JEHAN RAMBERT DANNEUVRE", et un autre, "JEHAN LAMBERT D'ANVERS". Ou peut affirmer qu'il s'agit de JEAN LAMBERT de Deneuvre, qui fondit, en 1502 ou 1503 , la grosse cloche de l'église Saint­Epvre de Nancy, puis, en 1508, les autres cloches de la même église. Nous retrouverons, en 1683, un Jean Lambert, fondeur à Doncourt, qui pourrait bien être l'un de ses descendants ; mais nous aimons surtout à lui rattacher un Didier Lambert qui, peu après cette époque, travailla pour l'Italie, ainsi que deux autres fondeurs lorrains dont M. E. Müntz nous révèle les noms.

XVI° siècle

"En 1524 , dit l'éminent directeur de l'École des Beaux­Arts, les administrateurs de l'église Saint-André, de Carrare, confient l'exécution de la grosse cloche de leur église à maître JEAN DOUDENET de Lorraine et à son compatriote , maître DIDIER LAMBERT. Le dôme de Pletrasanta renfermait une autre cloche qui était également l'œuvre des deux artistes lorrains; elle portait en relief la figure du divin Pasteur et la représen­tation du mystère de la Conception : "Magister DESIDERIUS LAMBERT et magister JOANNES DOUDENET de Francia faciebant"; telle était l'inscription tracée sur cet ouvrage , avec la date 1525". "Un troisième fondeur lorrain, NICOLAS DE NANCY, exécuta en 1537 la cloche de la tour de l'horloge, appelée "Torre di Rigobello", à Ferrare. La même année, maître Simon Français reçut un paiement pour le même ouvrage".Un peu plus loin, dans le même travail, parmi les orfèvres et joailliers, nous remarquons encore un Lorrain : "De 1509 à 1566, dit M. Muntz, je trouve à Rome six orfèvres ou joailliers français. Le plus ancien d'entre eux, Giachetto, figure en 1509 parmi les fondateurs de la corporation de Saint-Éloi ; puis vient "maestro Claudio Francese"ou "Claudio de Lorena", joaillier (1530-1560)". Etc. Vers 1533 furent achetées "deux cloches neuves à un fondeur de Huillécourt pour le château de Condé, l'une pour servir à la porterie et l'autre au donjon". On doit pré­sumer qu'il en est le même que Me ESTIENNE, de Huillécourt", lequel, en 1541, refondit les quatre cloches de la collégiale Saint-Maxe de Bar-le-Duc; en 1547, il refondit encore quatre cloches pour cette église. Le même chapitre fit faire, en 1554, une cloche de couvre­feu, par "Me CLAUDE DIEZ et NICOLAS GRANDJEAN, cloche­tiers, demeurant à Germainvilliers, sénéchaussée de Bourmont".Notre confrère M. le pasteur H. Dannreuther a l'obligeance de nous écrire : "Je trouve sur ma liste de réfugiés lorrains à Genève"BASTIEN BARBAS (au peut-être BARBIER), natif de Chasteau-sur-Mezelle [Châtel-sur Moselle dans les Vosges], diocèse de Thou [Toul] au pays de Lorraine, fondeur de potz de cuyvre et poudrier à pouldre de canon ; reçu habitant de Genève le 16 août 1557". On peut, ce semble, le classer parmi les fondeurs de cloches lorrains. Sans doute, la fabrication des "potz de cuyvre"et de la poudre à canon fut, à Genève, mieux accueillie que la qualité de fondeur de cloches, instruments-dont les huguenots de 1557 n'avaient que faire. En 1573, la Mutte de Metz fut refondue par "GASPARD LANNOY, maistre fondeur"; il la fit plus considérable que n'était la précédente (3).Trois ans après, en 1576, la ville de Nancy s'adressa au célèbre JEAN DE CHALIGNY pour fondre le beffroi de Saint­Epvre; cette belle cloche, malheureusement sacrifiée lors de la construction de la nouvelle église, vers 1867, portait "Jehan de Challegney ma faict. 1576". La seconde des cloches de l'église abbatiale de Saint-Mihiel offre la date 1585 et une marque, aux lettres N. B.Il existe, au presbytère d'Herzerange, une cloche, hors d'usage, qui porte pour inscription "GRONGNART me fecit, 1590". "JEAN DE LAYTRE", dont le nom est bien lorrain , fondit, avec "Me JACQUES, demeurant à Clichy", la grosse cloche de l'église Saint-Epvre, à Nancy, sous le règne du grand duc Charles III ; elle se brisa en 1747.

XVII° siècle

La dernière refonte de la Mutte, de Metz, eut lieu en 1605 ; on lit sur le bronze, dit M. Bégin ."Et mes fodeurs (sic) ont esté J. DUBOIS dict MABLE, M. SONOYS, J. VOITIÉ, N. HUTINET BAINS, S. FRANçOIs Abel."Nous retrouvons à Nancy, l'année suivante, trois de ces fondeurs. En 1606 lit-on dans les délibérations du conseil de ville, fut passé "marché avec NICOLAS HUTTINET, fondeur de cloches à Huillécourt ; JEAN DU BOlS, demeurant à la Mo­the, et Melchior SAUNOIS, de Romain-sur-Meuse, pour faire les trois cloches de l'église Saint-Epvre ". Puis, dans le compte des receveurs de la ville pour 1607-1608, il est fait mention de "remontrance au sujet du marché passé avec HUTINET et JEAN DUBOIS pour faire une petite sonnerie répondant en accord à autres trois cloches qui sont déjà au clocher de Saint-Epvre ". Le même "JEAN DUBOIS, fondeur à La Mothe", fit, en 1619, une nouvelle cloche, appelée Madelaine , pour l'église Saint­Nicolas de Neufchâteau. En 1612 ,"ABRAHAM et THOBI LES DELAPAIX", de Nancy (croit-on), fondirent la cloche de Pulligny, qui existe encore et jouit d'une assez grande renommée. Ces artistes, - car on peut, ce semble, leur donner cette qualification , - paraissent avoir eu des fils ou des neveux qui furent de grands voyageurs; si nous retrouvons , en effet, le nom de Charles Lapaix à Breuvannes, en 1680, nous remarquons, par contre, celui d'A. de la Paix à Chaumont, en 1654, et à Bayeux, en 1697; mais nous devons surtout appeler l'attention sur François DelapaIx, qui était en Hollande, en 1670.C'est ici, du reste, le lieu de citer les fondeurs lorrains qui allèrent dans le pays que nous venons de nommer, puisque le plus ancien est indiqué en 1617; quelques-uns, furent , sans doute, des protestants, forcés de quitter leur pays : les prénoms inscrits sur la cloche de Pulligny, tous deux tirés de l'Ancien Testament, semblent bien en rapport avec les idées de la Réforme. M. le comte de Marsy, directeur de la Société française d'archéologie, a fait connaître ces Lorrains qui travaillèrent en Hollande ; nous nous bornerons à reproduire leurs noms et les dates sous lesquelles on les trouve. Ces Noms sont ceux de : JEAN SIMON, 1617, 1620 ; ANTOINE TILLUS , 1620; PiERRE JOLY, Lorrain ou Français, 1620 ; ANDRÉ OBERTIN Ou AUBERTIN, 1628, 1629,1631 ; NICOLAS ROYER, 1628, 1629 ; FRANçois Simon, probablement fils de Jean, 1629, 1631, et apparemment 1621, 1637, 1643, 1644 GODEFROI BOULARD, CLAUDE NOILLO, CLAUDE GAGE, 1644 ; enfin FRANÇOiS DELAPAIX, 1670. Peut-ètre, ajoute M. le comte de Marsy, pourrait-on ajouter â ces noms ceux de quelques fondeurs qui , par leur forme, semblent appartenir à la France, tels que les FRÉMY Jean (1703), Mammé (1704 et 1787), et Claude (1176); G. JULIEN et Joseph PETIT (1717 et 1721), Marc LE SERRE (1698), Claude et François SPONNEAUX (1686 et 1690), Hugues WERY (1690) ; mais je ne puis déterminer leur province, et, à cette époque, il est possible que plusieurs de ces artistes soient des réfugiés protestants, s'étant figés en Hollande à la suite de la révocation de l'édit de Nantes ".En 1633, l'église de Sainte-Croix, près de Craon (Mayenne), "s'enrichit d'une petite cloche, qui fut fondue par FRANçois GARNIER et JEAN GARNIER, du païs de Lorraine". JEAN et PiERRE HUART, d'Épinal , firent, en 1634, quatre cloches pour l'église des Jésuites de Pont-à-Mousson, aujourd'hui paroisse St-Martin; deux d'entre elles existent encore.L'année 1637 nous transporte dans le sud-ouest de la France, où, plus tard, nous aurons encore occasion de retourner; les grands malheurs de la Lorraine, pendant le milieu du xvii° siècle, ne sont certainement pas étrangers à l'absence des documents locaux pour cette époque, puisque, loin de songer â faire fabriquer des cloches, les populations avaient assez de souci de pourvoir â l'existence matérielle. En 1637, la paroisse de Saint-Maurice à Luc (Aveyron) fit marché avec "CLAUDE BAJOLLET, maître fondeur du bourg de Saint-Romain sur Muze en Lorraine, pour la refonte de la seconde cloche de l'église". Le 10 mai 1643, fut passée convention "entre le chapitre de la cathédrale de Rodez, agissant comme prieur de l'église de Mayran, d'une part, JEAN MOLLOT et JEAN BAJOLLET, natifs de Roman en Lorraine, pour la refonte de la grosse cloche dudit Mayran".De l'année 1650, date une "convention pour la refonte, par CLAUDE HUMBERT, maître fondeur de Lorraine, de la grande cloche d'Auzits, dépendant de la commune de Limouze (Aveyron)". Vers cette époque, le fléau de la guerre cesse d'accabler aussi lourdement la Lorraine; et, peu à peu , la vie semble y renaître. A Metz, en 1665, la cloche Marie de la cathédrale est refondue par CLAUDE GAULTIER et HENRI GUYOT; M. Bégin a décrit soigneusement cette cloche, qui existe encore.En 1680, "CHARLES LAPAIX, fondeur à Brevannes", fait, pour l'horloge de l'église Saint-Nicolas de Neufchâteau, un timbre pesant 400 livres. "A. DE LA Paix fondit, en 1684, la cloche de Chaumont (Haute-Marne)". (F. Faraier.) "JEAN LAMBERT, fondeur de Doncourt, en Lorraine, fit en 1683 une cloche de la cathédrale de Reims". (F. Farnier.) Un nouveau timbre, pour l'église Saint-Nicolas de Neuf­château, fut fondu en 1686, par NICOLAS JULIEN.La cloche de la tour de l'horloge à Bar-le-Duc, refondue en 1851, datait de 1689, et portait cette inscription : "ANDRÉ BERNARD m'a faict". Le même "ANDRÉ BERNARD, maistre fondeur à Doncourt, proche Neufchâteau en Lorraine,"fit plusieurs cloches pour l'église paroissiale de Stenay, en 1691.La grosse cloche de Void porte la même date, 1691, et le nom d'ANTHOINE GUIOT.

XVIII° siècle

Vers le commencement du xviii° siècle, pensons-nous (papiers allant de 1687 à 1740), marché fut passé, par les Carmélites de Pont-à-Mousson, "avec ChARLES CUNY, fondeur d'artillerie à Nancy, pour la façon de deux cloches".Celle de Tollaincourt porte : "LES PERRIN m'ont fait en 1 708". "IGNACE-JOSEPH THOUVENEL, Les PÉKIN et FRANÇOIS BROIT, fondeurs à Outremécourt, proche la Mothe en Lorraine, ont fait en 1708 la cloche de la Neuville-en-Hez (Oise)."Une clochette, à l'évêché de Saint-Dié, porte, avec la date 1720, le nom de son fondeur : "NICOLAS FERRY à Saint­Diey ". Vers cette époque, une famille BUREL parait avoir joui d'une grande réputationFRANçois et JEAN-BAPTISTE LES BUREL ont leur marque sur les deux grosses cloches de l'église Saint-Étienne de Saint-Mihiel; elles furent faites, ainsi qu'une troisième, détruite à la Révolution, en 1722 ; M. Dumont atteste que ces fondeurs étaient de Neufchâteau. Ces trois cloches eurent pour parrain et marraine le prince héritier de Lorraine et l'une de ses soeurs. "FRANÇOIS BUREL fondit en 1723 l'ancienne grosse cloche de Mattaincourt (Vosges)".Suivant une communication , une cloche de Mattaincourt laissait lire : "E et B LES BURNEL (sic) nous ont faite (sic), 1725". Les noms BUREL et BARBIER reviendront encore un peu plus loin (17!3)."CLAUDE BROCARD, JEAN-BAPTISTE LES BROCARD, F. POISSON et A. DE LA PAIX ont fondu une cloche à Bayeux en 1727". Un fondeur nommé QUEYRAT, habitant probablement Nancy, fit, en 1733, une cloche pour l'église Saint-Nicolas de cette ville , puis, en 1742 , la plus forte de celles de la cathédrale ; il en avait fait une aussi (papiers de 1723-1742) pour la collégiale Saint-Georges ."J.-B. BARBIER fit, en 1743, l'ancienne cloche d'Auzainvilliers (Vosges)". Il est , sans doute, le même que JEAN BARBIER"qui , avec"LES BUREL", fondit, en 1747 , la cloche Stanislas de l'église Saint-Epvre, à Nancy. Une cloche à Fermont porte la date de 1746 et le nom de BARBIER. Le gros timbre de l'église Saint-Epvre à Nancy offrait cette inscription : "Entrepris par nous JOSEPH et CLAUDE LES DERANTON. Fait à Nancy par FRANçoIs DESPOIS, fondeur, 1751".CLAUDE ALLIOT fondit en 1752 une petite cloche, encore existante, pour l'église paroissiale de Saint-Mihiel , la marque porte le nom de SIMON ALLIOT, qui était peut-être le père de Claude.  Ces fondeurs étaient de Ligny-en-Barrois. En 1754 et 1766, un fondeur lorrain, de Chaumont-la-Ville, nommé JEAN-BAPTISTE CHRESTIENNOT, fit à Toulouse plusieurs cloches, qui furent très appréciées. Les premières étaient destinées à l'abbaye bénédictine de la Daurade; les religieux, dit un manuscrit contemporain , ayant vu un fondeur de la ville manquer, deux fois de suite, les deux grosses cloches, "furent obligés ... de faire venir un fondeur étranger, Lorrain d'origine, comme il a paru, appelé Chretiennot". il fondit d'abord cinq cloches, le 2 mai 1754 : malgré "une plage épouvantable", les religieux "virent avec admiration le fondeur intrépide fondre cinq cloches d'un seul jet, réussir à merveille; les détourner le lendemain à l'aspect d'une multitude infinie, qui prêta volontiers la main pour les exposer à la vue de tous ... Ces cloches, aussi belles qu'on puisse le désirer, ont fait l'admiration de tous ceux qui les ont vues". Le 22 juin suivant, dix autres cloches furent coulées avec autant de succès.Douze ans plus tard , en 1766 , le môme fondeur fit quatre cloches pour le Palais de justice : le Parlement, dit un contemporain, voulut "profiter de l'habileté d'un homme nommé Chrestiennot, fondeur de cloches de Chaumont la ville en Lorraine, le même qui fondit ci-devant toutes les cloches de la Daurade. ..." Sur la grosse cloche, refondue le 29 novembre, ou lisait ainsi le nom du fondeur : "JOANNE BAP­TISTA CHRESTIENNOT Lotharingio". Les trois autres, pour la sonnerie des heures, furent coulées le dernier jour du même mois. Vers 1760 (pièces de 1758 à 1762), l'abbaye de Haute-Seille fit "marché ... avec CLAUDE ROZIER, fondeur de cloches à Breuvannes, bailliage de Bourmont, pour refondre la grosse cloche de l'abbaye". Quelques années plus tard (pièces de 1767 à 1770), le même monastère passe "marché avec J.-B. FOURNEAU, fondeur à Lunéville, pour la refonte de deux cloches".Un fondeur nommé GUILLEMIN, d'Aubrévannes, fit, en 1756, deux ban-cloches pour la cathédrale de Verdun, "dans la proportion et les tons de celle de Saint-Germain-des-Prés de Paris". Il fondit, en 1759, celle de Régneville. Plusieurs cloches de l'abbaye de Saint-Vanne, à Verdun, avaient été faites par "PIERRE GUILLEMIN, fondeur d'Aubrévannes sous Choiseul en Lorraine".Un fondeur de Pont-à-Mousson, FRANçoIs LACHAUSSÉE, travaillait vers la même époque. En 1760, par ordre du chapitre de la Primatiale de Nancy, une somme fut payée "à FRANÇOIS LACHAUSSÉE, fondeur, pour la refonte du gros timbre de l'horloge, et au sieur DERANTON pour la répétition faite à l'horloge". Une cloche portait ."LACHAUSSÉE m'a faite en 1760". On connait aussi un marché passé (pièces de 1702 à 1790) par les Bénédictins anglais de Dieulouard "avec FRANÇOIS LACHAUSSÉE, fondeur à Pont-à-Mousson, pour fondre trois cloches avec les deux qui étaient dans le clocher". La cloche de Thiaucourt date de 1762 ; on y lit : "Simon et FRANÇOIS LES ALLIOT de Ligay nous onts faits".Un sieur PERNELLE, de Pompierre, fournit, en 1768 et 1774, le métal nécessaire pour la fonte de plusieurs cloches à l'église de Lamarche (Vosges). La cloche de Sainte-Hélène, près de Rambervillers, fut faite, en 1771, par JOSEPH THOUVENOT. Il était peut-être le père de CLAUDE-JOSEPH THOUVENOT qui exerça la même profession de 1783 à 1850.De 1772 date la grosse cloche de Dainville-aux-Forges, qui porte : "CARTENEY et MAIRE, fondeurs de Pompierre, nous ont faites". "IGNACE HANRIOT, maître-fondeur de cloches à Guillécourt [Huillécourt, Haute-Marne], diocèse de Toul, en Lorraine, fit en 1712 une cloche pour Grumesnil (Seine-Inférieure) [Seine Maritime].""IGNACE et ANTOINE HANRIOT, oncle et neveu, fondeurs de cloches, demeurant à Huillecourt en Lorraine, diocèse de Toul, ont fondu en 1773 les cloches de Bure (Seine-Inférieure)." La quatrième cloche de l'église de Lamarche fut faite en 1774 par "JOSEPH BRETON, fondeur de cloches, demeurant à Lamarche". Le sieur FLORENTIN PERNELLE, de Pompierre, en fournit le métal."FRANçOIS FARNIER, fondeur à Sauvigny (Meuse), et MARTIN MICHEL de Romain-sur-Meuse (Haute-Marne) , ont fondu en 1775 la grosse cloche de Montigny-les-Vaucouleurs (Meuse)". "Louis BAUDOUIN, fondeur à Champigneulle en Lorraine, est appelé en 1775 à Germigny (Cher) pour y refondre les cloches." L'un de ses descendants exerce de nos jours la même profession à Marseille .La cloche de Morgemoulins, de 1777, porte : "les FARNIER m'ont faite". En 1784, celle de Nonville fut fondue par "CLAUDE et JOSEPH LES THOUVENOT , demeurant à Parey-Saint-Ouen et Saulxures-les-Bulgnéville", villages voisins.Les frères MESSIN fondirent, en 1785, pour l'église Saint­Gengoulf de Toul, une grosse cloche qui était "très estimée des paroissiens"; on l'a refondue eu 1841.

Dates non déterminées

La liste des fondeurs lorrains auxquels nous pouvons attribuer des cloches déterminées, avec des dates précises, est achevée. Mais il nous reste à citer quelques noms qui nous sont signalés sans qu'on nous ait exactement fixé les épo­ques et les rouvres auxquelles ils se rapportent.M. G, Vallier veut bien nous dire qu'il a relevé sur les cloches du département de l'Isère les noms suivants des fondeurs lorrains : ANCELLE, DUBOIS, JACLARD, JOLLY, NAVOIZET, PICAUDEZ, "et plusieurs autres encore". Les noms Dubois et Jolly ne nous sont pas inconnus. M. Jeantin parle d'"ALEXIS BARBIER de Metz, dit l'ancien", comme ayant fondu notamment les cloches de l'abbaye de Châtillon (Meuse). "Ses arrière-arrière-petits-fils", ajoute­t-il, vivent de nos jours à Merles; il mentionne aussi comme fondeurs de cloches "les WERINGS de Houëcourt, les LEPAUTRE de Thoune [Thone] la ]on".M. Bégin parle des DUHAMEL, qui florissaient à Metz dans le siècle dernier. "Les FARNIER de Mont-devant-Sassey" nous écrit M. l'abbé Robinet, auteur du Pouillé de Verdun, "parents de ceux des Vosges, sont fondeurs de trois ou quatre générations."GÉRARDIN, de Verdun, exerça la même profession avant et après la Révolution. Un autre de nos correspondants, M. l'abbé Pierfitte , curé de Portieux, nous signale les GILOT, à Morizécourt et Robécourt, où ils étaient très connus après la Révolution, puis l'existence d'anciens fondeurs à Urville et Blevaincourt. Il croit que les GILOT ont fondu les cloches de Bleurville et de Monthureux, qui passent pour être les meilleures du pays.Telle est la liste des anciens fondeurs de cloches lorrains que nos recherches ou d'obligeantes communications nous ont révélés. Nous espérons qu'elle excitera de nouveaux travailleurs à s'occuper de cet intéressant sujet, pour augmenter la somme des renseignements déjà acquis sur une industrie qui a porté et porte encore au loin le renom artistique de notre province.