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Category VILLES ET VILLAGESLorraineVosges › Bruyères

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La partie consacrée à Bruyères est longue ; elle fait plusieurs pages avec des articles longs. Elle comprend le descriptif de Bruyères, des cartes postales anciennes, le récit d'un mariage malheureux au XVII° et la description de "Bruyères au cours du XVIII° siècle", ouvrage de M. Lemasson. Cet ouvrage se divise en deux tomes : avant 1789 et après la Révolution française.

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Maires et auxiliaires de justices à Bruyères sous la révolution

mercredi 17 octobre 2012, par Anne Auburtin

Les maires

  • Claudel (Jean Nicolas), 8 février 1790.
  • Claudel (Jean Nicolas),14 novembre 1791.
  • Claudel (Claude), 2 décembre 1792.
  • Chavane (Nicolas), 4 frimaire, an III (1793).
  • Moutié (Gabriel), agent municipal, 14 floréal, an VIII.
  • Toussaint (Georgel), 26 thermidor, an VIII.
  • Clément, de Metz, germinal, an XII.
  • Thiébaut (Claude), docteur, 15 mars 1815.

Des notables, auxiliaires de justice

novembre 1789. - Lettres patentes du roi ordonnant la réforme de quelques points de la jurisprudence criminelle. C'est pourquoi il fut nommé une assemblée des notables de Bruyères, parmi lesquels ont choisit dix adjoints pour assister à l'instruction des procès criminels. On forma une liste de seize notables dans laquelle on prit les dix premiers.

Ce furent :

  • 1. Lucien-François Bompard, avocat au Parlement.
  • 2. Jean-Claude Valentin, marchand.
  • 3 Jean-Baptiste Mougeot, Id.
  • 4 Nicolas Bertrand, notaire royal.
  • 5 Jean-Baptiste Batremeix, notaire royal.
  • 6 Jean-Joseph Claudel, notaire royal.
  • 7 François-Philbert Gerboulet, procureur.
  • 8 Jean-Baptiste Martin, médecin.
  • 9 Charles-Claude Nix marchand.
  • 10 Jean-Nicolas Claudel, Id.
  • 11 Nicolas Chavane, notaire.
  • 12. Jean-Nicolas Balland, commis juré.
  • 13. Jacques Ranfaing, laboureur.
  • 14. Alexis Collin, maréchal-ferrant.
  • 15. Joseph Pitame, laboureur.
  • 16. François Renard, marchand

 

La valeur des assignats à Bruyères sous la révolution

24 juillet 1792. - L'échange des assignats de 5 livres éprouvant une perte considérable pour l'agiotage, le commerce des petites denrées souffrant également de ces difficultés à cause de la pénurie de numéraire, alors le conseil fournit aux habitants une monnaie de détail et fonda une caisse de confiance.

On transforma une somme de 10,000 livres en billets de 2 sous, 3 sous et 5 sous, sous la garantie de la commune.

La distribution de ces billets se faisait les dimanches, mardis et mercredis contre des assignats de 5 livres et on ne reprenait les billets que contre les mêmes assignats. Chaque billet avait trois pouces de large sur un pouce et une ligne de haut avec un cadre en bordure. Ils étaient de couleur bleu, rouge ou blanc, selon leur valeur.

Valeur des Assignats de 1 00 livres.

Janvier 1791

100 livres.

Janvier 1792

89 livres

Janvier 1793.

75 livres.

Janvier 1794

47 livres

Janvier 1795

25 livres

21 floréal, an III

10 livres

6 messidor, an III

5 livres

26 vendémiaire, an IV

2 livres

2 frimaire an IV

1 livres

3 ventôse an IV

10 sous

Le prix du pain à Bruyères sous la révolution

Octobre 1789. - Le grain étant cher, la municipalité décida qu'il ne serait plus fait qu'une sorte de pain. On ne tirait plus de fleur, et en ne faisant plus de retraits, se contentant de tirer fortement les sons, le rendement en farine était plus considérable et donnait plus de pain bis.

Le resal de froment pesant 180 livres se vend 44 fr. et le seigle 33 fr. Les coquetiers devaient amener du blé et surtout du seigle pour pouvoir emmener d'autres denrées.

Novembre 1789. - Pour fixer le prix du pain, on s'en rapporta à d'anciens boulangers. Ceux-ci, après avoir prêté serment, achetèrent du blé, le firent moudre, en firent le pain, et en calculant tous les frais, et le bénéfice que devait avoir le boulanger, taxèrent le pain à 4 sous 3 deniers la livre. Sur le marché, on introduisit à nouveau les livreurs jurés pour vérifier les mesures.

4 mars 1790. - Le pain valait 5 sous la livre.

8 avril 1700. - Le pain valait 5 sous 1 liard la livre, pendant que le blé valait 15 livres le quintal.

20 mai 1700.- Le marché au blé ayant été mal fourni, les boulangers soupçonnant un nommé Renard, marchand de grains à Bruyères, d'accaparer cette denrée, se rendirent chez lui pour en acheter. Il répondit qu'il n'en possédait point. La municipalité fit une visite chez lui, et on trouva 50 resaux. On lui en prit alors 24. Comme il avait été reconnu que Renard rentrait son blé pendant la nuit, que le peuple amassé devant sa maison voulait lui faire un mauvais parti, la municipalité le condamna :

  • 1° à être expulsé du corps des notables ;
  • 2° à 100 livres d'amende au bénéfice des pauvres;
  • 3° à tenir prison tous les mardis matin de chaque semaine pendant six mois;
  • 4° à payer les courses des sergents de ville et les gardes de service ;
  • 5° que les grains saisis seront vendus et que les 26 resaux qui lui res- taient seraient également vendus les deux premiers jours (le marche:. Renard sembla d'abord accel ter cette condamnation, mais quelques jours plus tard, il se pourvut au bailliage.

21 mai 1790. - Sur le marché, il n'y avait eu que 40 resaux de blé, quantité insuffisante pour Bruyëres. Comme la ville n'avait pas d'argent, les officiers municipaux empruntèrent 2,852 livres, savoir

  • De Lavaux père . . . . 620
  • De Chainel . . . . 310
  • Georgel . . . . 379
  • d'Emeric . . . . 310
  • Joseph Grandferry . 930
  • Claudel . . . . . 319

et d'Emeric alla au marché de Rambervillers pour acheter des grains.

1er juin 1790. - Nouvelle supplication à la municipalité de Nancy pour fournir des grains à Bruyères.

29 juillet 1790. - Grèle désastreuse.

12 août 1792. Le pain valait 4 sous la livre.

13 janvier 1793. - Le pain valait 2 sous 9 deniers.

En février 1793, on fabriqua deux sortes de pain.

26 mars 1793. - Défense de transformer les grains en bière et eau-de-vie, jusqu'à la prochaine récolte.

De janvier 1793 au 24 avril 1733, le prix du blé varia de 34 à 50 livres, et le 16 mai le pain valait 5 sous 9 deniers et 5 sous 3 deniers la livre.

18 juin 1793. - Pour se procurer des grains sur le marché, il fallait un certificat de la municipalité, signé par deux officiers municipaux, constatant les besoins du requérant et le nombre de personnes à sa charge (Les jours de foire, il fallait faire garder la ville par des dragons et de la gendarmerie.).

8 messidor an II. - Les grains de la récolte furent soumis à la réquisition du gouvernement pour les besoins des armées. Après la récolte, il fut fait un recensement. Les déclarations étaient faites aux municipalités qui vérifiaient celles qui pouvaient être frauduleuses, et dans ce cas, il y avait confiscation.

17 thermidor an II. - La ville doit fournir 3,000 quintaux de froment, ce qu'elle ne put faire, d'abord parce que son sol est trop pauvre, ensuite parce qu'elle n'en possédait pas. On les prit sur la prochaine récolte.

8 frimaire an II. - Le battage des grains fut soumis à la surveillance pour ne pas laisser de grains dans la paille.

Au moment du maximum, tout propriétaire ou cultivateur devait déclarer ses grains et farines. A ce sujet, il était fait des visites domiciliaires. Les fausses déclarations étaient punies de confiscation. Les grains ne pouvaient être vendus ailleurs que sur les marchés. Défense de faire aucun commerce de grains ou de farines. Les meuniers étaient à la réquisition des administrateurs.

Tout cultivateur ayant plus de dix jours à la raie était tenu de conduire au chef-lieu de son district au moins un sac de blé, les jours de marché.

Plus tard, pour être marchand de grains, il fallait faire une déclaration à la mairie. C'est ainsi que l'on trouve 14 de ces derniers à Bruyères.

En l'an IV, le blé se payait 723 livres le quintal (en assignats).

Le 24 frimaire an VI, les boulangers vendant le pain à leur gré, on fixa la taxe à 2 sous 6 deniers la livre.

L'instruction à Bruyères sous la révolution

En vertu des décrets de la Convention du 29 frimaire an I, concernant l'instruction primaire, il est ouvert à la mairie un registre pour les noms des instituteurs et institutrices du premier degré, et pour les enfants qui devront fréquenter l'école. Les instituteurs qui voudront enseigner déclareront qu'ils sont dans l'intention d'ouvrir une école ; ils désigneront le local qu'ils veulent employer et l'espèce de science qu'ils veulent donner. Mais avant, ils justifieront de leurs bonnes mœurs et de leur civisme, au moyen de certificats.

Ils ne devront enseigner d'autres maximes que celles conformes aux lois et à la morale républicaine et, pour cela, ils se serviront des livres élémentaires adoptés par la représentation nationale.

Leur rétribution sera de 20 livres par an pour chaque élève, et de 15 livres pour les institutrices. Les enfants n'entreront pas à l'école avant six ans, y seront envoyés avant huit, et devront au moins la fréquenter pendant trois ans. Les parents qui n'enverront pas leurs enfants à l'école seront punis par le tribunal de police correctionnelle et, en cas de récidive, privés pendant dix ans de l'exercice de leurs droits de citoyen.

L'école fut rétablie le 1er germinal an II. Comme il ne s'était présenté que des instituteurs, on sépara néanmoins les deux sexes ; Joseph Hennequin et Claude Valet furent nommés instituteurs, Nicolas Hennequin et Joseph Grandferry furent chargés de l'école des filles.

Relativement à l'instruction donnée dans les écoles, nous reproduisons une circulaire (n° 462), de l'agent national du district de Bruyères, aux maires des communes

Bruyères, le 19 pluviôse, 3e année de la République française, une et indivisible.

Pour se conformer à la loi du 27 brumaire relative aux écoles primaires, l'administration et le jury d'instruction se sont empressés de fixer le placement des instituteurs et institutrices d'après leurs connaissances locales.

Le premier soin a été de ne choisir, pour remplir les fonctions importantes d'instituteurs, que des citoyens à qui la Révolution est chère, et qui en attendent un nouveau perfectionnement et un nouveau bonheur pour l'espèce humaine.

Ils ont recherché dans les instituteurs cette dignité de caractère qui peut représenter l'autorité paternelle, et cette douceur, celte patience si nécessaire avec des enfants, qui peut représenter la tendresse des mères.

Avant de les mettre en activité, on ne leur a pas laissé ignorer que l'on ne devait plus professer dans les écoles de ces erreurs dont on riait dans le monde, ni parler un langage qui effrayait le bon sens et le bon goût ; dans ces temps d'erreur, le titre d'instituteur ne pouvait avoir rien d'honorable, le talent même alors ne paraissait qu'une pédanterie, lorsqu'il donnait des leçons.

Aujourd'hui qu'on ne professe plus dans les écoles que les vérités par qui le genre humain a été éclairé, aujourd'hui qu'on apprendra dans les écoles ce qu'il faut savoir pour servir sa patrie, aujourd'hui que tous les regards de la nation seront incessamment ouverts sur les écoles qu'elle-même institue, aujourd'hui que les précepteurs de l'enfance seront mis presque au même rang que les fonctionnaires de la République, la considération et la gloire attendront dans les écoles ceux qui y porteront des talents et des lumières; l'âme la plus délicate dans sa fierté  trouvera des jouissances pour sa fierté même; aucun talent ne sera trop élevé pour les écoles primaires de la République Française.

Eh ! que peut-il manquer au bonheur de ceux qui sont admis au rang d'instituteurs dans nos écoles ? Sans cesse ils auront dans leurs mains et devant leur esprit les éléments des sciences les plus utiles, tracés par les professeurs les plus renommés ;

ils seront auprès de l'enfance les intermédiaires comme les envoyés de la République et du génie ; par leur organe, pénétreront avec plus de facilité dans des âmes neuves les vérités d'où doivent naître les vertus et les prospérités des générations futures. Si aux lumières ils joignent quelques talents, quel vaste champ d'observations va s'ouvrir pour eux, au milieu de ce peuple de jeunes élèves qui ne sentiront plus les peines de l'étude parce qu'ils en recueilleront les vrais trésors. Que de moyens d'étudier le coeur humain dans ses mouvements les plus naïfs et l'esprit humain dans ses premiers développements. Quelle occasion de découvrir de nouveaux phénomènes des sens, de la manière, de l'imagination, du raisonnement, du système entier de la formation de nos idées

Faut-il aux instituteurs d'autre aiguillon que la pensée du bien immense auquel ils vont concourir? Les enfants de quelques favoris de la fortune ne seront pas les seuls qui iront s'introduire dans ces écoles républicaines ; c'est une nation tout entière. Là ne seront point enseignées ces doctrines vaines qui égaraient la raison dans la science, ces arts frivoles qui corrompaient les moeurs par les talents, mais on enseignera, dans toute leur perfection, les arts indispensables pour rendre le bon sens d'un homme indépendant des connaissances ou artifices d'un autre, mais on apprendra les seules sciences réelles, celles qui répandent les lumières pour mieux pratiquer les arts utiles. Par les leçons qu'on y recevra, on sera disposé, non à déserter la charrue et la forge, mais à les manier, à les diriger avec plus d'intelligence ; la philosophie la plus profonde y sera si claire, que sa voix ne paraîtra plus que la voix de la nature

au sortir de ces écoles, les élèves n'iront point se presser dans les villes pour ne rien faire et discourir sur des riens, ils se répandront dans les campagnes, dans les ateliers, sur toutes les mers, et la République sera peuplée de marins intrépides, d'artisans ingénieux, de cultivateurs physiciens. Les épis croîtront plus chargés et lias riches de grains sous les mains de laboureurs qui sauront consulter la nature, des moissons plus variées et plus abondantes, des aliments meilleurs pour le goût, pour la santé et pour la force, des meubles dont la commodité, et non pas le luxe, fera l'élégance, seront pour tous les citoyens de la République pour les hameaux comme pour les cités, les résultats certains et prochains de cette éducation si nouvelle, donnée à toit[ un peuple. Les progrès d'un bien-être général seront partout les témoignages du progrès de la raison et des lumières.

Voilà, citoyens, le tableau de bonheur qu'il faut faire sortir du sein de la République, et montrer à toutes les nations ce que peut un peuple libre. Les puissances de l'Europe sont de toutes parts soumises au triomphe de nos armées ; si nous remplissons ce que la Convention nationale attend de nous, les nations de l'Europe seront bientôt soumises à nos principes par les triomphes de nos arts et par le spectacle de nos prospérités intérieures.

Je crois, citoyens, vous avoir suffisamment démontré les avantages qui peuvent résulter d'une éducation soignée ; il ne me reste plus qu'à vous rappeler que vous demeurez responsables de l'inexécution de cette loi bienfaisante, et qu'en vrais magistrats, vous devez, au moins une fois par décade, visiter les écoles primaires, à l'effet de vous assurer si elles sont assidûment fréquentées, si la police intérieure y est maintenue, si les élèves sont dociles et soumis, s'ils ont fait des progrès, et enfin si l'instituteur lui-même se conforme au prescrit de la loi, en n'enseignant à ses élèves que les vrais principes de la morale républicaine ; cette tâche est si glorieuse à remplir, qu'il y a lieu de croire que vous vous en acquitterez avez le zèle que vous inspirent l'amour et le triomphe de la République. Salut et fraternité.

                                                                L'agent national, VUILLAUME

Les fêtes publiques à Bruyères sous la révolution

La saint Louis fut fêtée chaque année jusqu'en 1792.

28 octobre 1792. En exécution d'un décret de la Convention, et pour fêter les succès des armes françaises en Savoie, il fut décidé ce qui suit :

Le soir, à 6 heures, le 27, sonnerie des cloches et salves d'artillerie.

« Le lendemain, 28 : sonnerie des cloches et salves. Vêpres à une heure où sera chanté un Te Deum et auquel seront invités tous les corps. Au commencement du Te Deum, salves d'artillerie et de mousqueterie et même répétition à la finale. A l'issue des vêpres, réunion générale sur la place Neuve où sera chantée la Marseillaise, accompagnée par la musique. Avant et après ce chant, salves d'artillerie. Tous les corps seront ensuite reconduits dans leurs locaux par la garde citoyenne. »

« A l'occasion des décadis et des fêtes sans-culottides, la municipalité constate que les citoyens ne sont plus exacts à se rendre au temple et qu'elle doit adresser le même reproche à plusieurs fonctionnaires. » En l'an II, le cinquième jour des sans-culottides était fixé pour célébrer les fêtes réunies de la vertu, du génie, du travail, opinion et récompense, en conséquence on doit « s'évertuer » à le célébrer dignement et à forcer la négligence des indolents à se réunir aux bons citoyens. Les instituteurs devaient se rendre au temple avec les écoliers. Les musiciens et les chanteurs étaient invités à venir y exercer leurs talents.

A ces fêtes de décadis et autres on lisait les lois et les discours patriotiques. En ville, il fallait balayer les rues comme pour les ci-devant dimanches. On ne devait pas laver des lessives, ni faire aucun acte journalier, à moins d'urgence et avec l'agrément de la municipalité.

30 vendémiaire an II. - Fête des victoires des armées de la République.

Fête de l'Être suprême. - « Ce jourd'hui, 18 prairial an 11, de la République une, indivisible et démocratique ;

Le conseil général de la commune assemblé en la salle de ses séances ordinaires à 8 heures du matin,

Vu les réquisitions de l'agent national, Vu le décret du 18 floréal dernier,

Considérant qu'on ne peut donner trop de pompe à la fête, instituée par la Convention nationale, à l'honneur de l'auteur de la nature, à cet Être Suprême qui a créé l'univers, qui le gouverne par sa puissance infinie et incompréhensible et vers qui toutes nos espérances doivent tendre ;

Le conseil général arrête

l° Que demain, 19 prairial, la fête de l'Etre Suprême sera annoncée au son de la caisse avec invitation aux citoyens de concourir à cette solennité;

2° que le lendemain 20, la générale sera battue à 9 heures du matin et l'assemblée à 9 heures et demie ;

3° Le rassemblement général aura lieu sur la place de la Liberté ;

4° A dix heures précises, un roulement de tambour et deux coups de canon annonceront l'arrivée des corps constitués au rendez-vous et l'ouverture de la marche;

5° Avant le départ, le président de l'administration fera sentir au peuple, réuni en cercle autour des autorités constituées, les motifs qui ont déterminé cette solennité et il invitera le peuple à honorer l'auteur de la nature ;

 6° Il sera donné lecture de l'ordre à tenir pour se rendre au Temple où se célébrera la Pète de l'Etre Suprême, et elle s'exécutera ainsi que suit :

Les tambours et musiciens précéderont la société populaire au milieu de laquelle flottera le drapeau de la surveillance. Un choeur des jeunes sans-culottes, tenant chacun une couronne de chêne, environneront l'urne funéraire portée par quatre invalides ou vétérans et chanteront des hymnes à l'honneur des martyrs de la Liberté et aux mines des défenseurs de la Patrie. Un choeur de jeunes citoyennes vêtues de blanc, ornées de ceintures tricolores et de couronnes de fleurs, environneront la statue de la Liberté portée par quatre sans-culottes et chanteront des hymnes en son honneur.

Les membres des autorités constituées, en costume, suivront immédiatement, environnés des quatre âges portant chacun un bouquet d'épis de blé, de fleurs et de fruits. Un piquet de citoyens armés de piques et suivis de la gendarmerie nationale terminera la marche.

On se rendra dans l'ordre ci-dessus au temple dédié à l'Eternel et à la Raison où, arrivés, le drapeau de la surveillance sera placé sur l'autel de la patrie, la statue de la Liberté au-dessous et l'urne funéraire à droite de l'autel sur un piédestal préparé à cet effet. Les autorités constituées se placeront autour de l'autel de la patrie. Les chœurs de jeunes citoyens et citoyennes se placeront les premiers à droite et les secondes à gauche de l'autel. Les vieillards occuperont les premiers bancs. Tout se tiendra dans l'ordre avec décence et tranquillité. Il sera fait un discours après lequel le président de l'administration adressera à l'Etre Suprême les voeux des français et de ses concitoyens contenus en une prière qu'il prononcera à haute voix de manière a être entendue et répétée par l'assemblée.

Il sera ensuite chanté des hymnes en l'honneur de l'Être Suprême, de la nature, de la liberté, de la raison, de l'amour de la patrie, de la reconnaissance due à ses défenseurs et de la haine que tout républicain doit porter au fanatisme et aux tyrans. Le signal de la retraite sera donné par le maire. La fête se terminera par des danses, des promenades civiques et enfin par la séance de la société populaire. »

A cette fête de la Raison figura une jeune fille Marie-Thérèse V., âgée de 17 ans, d'une remarquable beauté ; mariée à Nicolas G., elle est morte à Bruyères en 1841, à l'âge de 65 ans.

An V. - A cette époque il y existait sur la place un arbre de la Liberté.

30 thermidor, an VI. - La fête patronale, qui, de temps immémorial, se faisait le 10 août ou 2 fructidor, fut transportée au 30 thermidor, jour où on célébra la chute du trône. Ce jour, le décadi, à 2 heures, réunion à la mairie, avec un piquet de la garde nationale. De là, on se rendra au Temple de l'Etre suprême où il sera chanté des hymnes à la Liberté et à la République, et il sera prononcé un discours "analogue" à la fête.

3 nivôse, an VI. - Fête de la paix.

30 ventôse, an. VII. - Fête de la souveraineté du peuple, célébrée au Temple. Après midi : bal.

Ces fêtes nationales ne furent pas temporaires; elles durèrent bien après la séparation de la Convention. Le 27 ventôse, an V, le ministre de l'intérieur adresse une circulaire aux commissaires près des administrations départementales et municipales dans laquelle on lit :

"Nous touchons, citoyens, àcette époque de l'année où le législateur a placé les principales fêtes nationales. Je crois utile de vous rappeler toute l'importance qu'y attache le gouvernement; il veut qu'elles soient célébrées dans toute la République avec exactitude et solennité. En vain l'esprit de faction et le fanatisme. emploient les moyens les plus blâmables pour détourner le peuple de ces institutions républicaines ; la Constitution elle-même a établi des fêtes nationales pour entretenir la fraternité entre les citoyens et les attacher à la patrie et aux lois. Il y aura donc des fêtes nationales tant qu'existera ce code, garant du bonheur, de la liberté et de la gloire des Français. "

Les anniversaires des 14 juillet, 10 août et 21 janvier devaient être ponctuellement célébrés. Vu le manque d'argent, il est recommandé de faire des cérémonies simples et augustes, des exercices, jeux, illuminations, feux d'artifice. Les instituteurs devaient toujours y paraître à la tète de leurs élèves; ils étaient invités à y prononcer des discours sur les sciences, les arts, la morale, et toutes les vertus sociales. Des récompenses étaient décernées aux élèves qui s'étaient distingués dans les écoles, aux inventeurs, aux belles actions, etc. On recommandait aussi les banquets fraternels présidés par des vieillards.

Fêtes républicaines de l'an VII.

  • 1er vendémiaire. - Fête de la Fondation de la République.
  • 30 ventôse. --- » » Souveraineté du Peuple.
  • 10 germinal. -- » » Jeunesse.
  • 10 Floréal. - » des Epoux.
  • 10 prairial. - » de la Reconnaissance.
  • 10 messidor. - » » Agriculture.
  • 26 messidor. » » Prise de la Bastille.
  • 9 et 10 thermidor » » Liberté.
  • 23 thermidor. » » Chute du Trône (10 août)
  • 10 fructidor. ----- » des Vieillards:
  • 18 fructidor.- Fête de l'Affermissement de la République.

Curés et religieux à Bruyères sous la révolution

Septembre 1790. - Formation d'un tableau des biens nationaux pour leur vente, et comprenant les biens ecclésiastiques, les domaines du roi, les rentes et prestations, les dîmes laïques.

23 novembre 1790. - « Les ecclésiastiques doivent fournir un état des revenus dont ils jouissent. »

27 novembre 1790. - Par décret de l'Assemblée nationale, et conformément à la constitution civile du clergé en date du 24 août 1790, tous les ecclésiastiques prêteront le serment exigé un jour de dimanche après la messe, en présence du conseil général de la commune et des fidèles. Ceux qui ne le prêteront pas seront réputés avoir renoncé à leur office et il sera pourvu à leur remplacement.

Ce serment était le suivant : « Je jure de veiller avec soin sur les fidèles de la paroisse qui m'est confiée, d'être fidèle à la nation, à la loi, au roi et de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par le Roi. »

Quant à la constitution civile du clergé, elle concernait les offices, les nominations, les traitements des ministres du culte, la fixation du nombre des paroisses, les séminaires.

La nomination aux cures et aux évêchés se faisait par élection. « Chaque électeur avant de voter fera serment de ne nommer que celui qu'il a choisi en son âme et conscience comme le plus digne, sans y avoir été déterminé par dons, présents ou menaces. » Puis les curés élus prêtaient le serment, un jour de dimanche avant la messe, en présence des officiers municipaux et du peuple. Jusque là ils ne pouvaient faire aucune fonction curiale. Chaque curé choisissait son vicaire dans ceux admis dans le diocèse par l'évêque.

Le traitement était variable avec la population.

  • Au-dessous de 1,000 habitants . . . 1,200 livres.
  • De 1,000 à 2,000 ---- . . . 1,500 »
  • De 2,000 à 2,500 -- . . . 1,800 » Etc.

Ce traitement était payable d'avance et de trois en trois mois. Le curé de Bruyères, Thomas, et son vicaire, refusèrent de se conformer à la loi et vinrent protester à la mairie, imitant en cela la plupart des curés et évêques de France. (21 janvier 1791.)

Il continua néanmoins ses fonctions jusqu'au 7 avril 1791, époque où il fut remplacé par Sebille.

Le 18 mars, un décret autorisait encore les curés à prêter ce serment. Ceux qui s'y refusèrent furent remplacés et reçurent une pension de 500 livres. Les curés infirmes reçurent également une pension pour leur entretien.

Le 6 janvier 1791, l'évêque de Saint-Dié refusa de donner des dispenses dans le district de Neufchâteau, ce district étant rattaché à l'évêché de Saint-Dié, mais appartenant auparavant à l'évêché de Toul.

Le 28 janvier 1791, il parut la circulaire suivante : « Les ecclésiastiques vraiment touchés de l'intérêt général ont applaudi à la réforme des abus quis'est opérée, même aux dépens de leurs jouissances temporelles ; ceux que l'amour d'eux-mêmes ou que les habitudes d'une vie molle et fastidieuse avaient rendu incapables du plus léger sacrifice pour le salut public ne pardonneront jamais à l'autorité qui a rétréci la sphère de leur existence; ils ont le coeur vraiment ulcéré, ils désirent, ils espèrent la contre-révolution ».

« L'époque du serment, prescrit par décret du 27 novembre dernier, leur a paru propice à seconder leur projet ; ils ont pensé que, par une désobéissance combinée, ils allaient tout à coup priver de pasteurs toutes les églises, et que, dans cet instant de crise préméditée, les fidèles alarmés ne manqueraient pas d'embrasser la cause des ministres de la religion, lors même qu'ils l'opposent au bonheur du peuple.

« C'est ainsi que les prêtres coalisés, les uns par erreur, les autres par la force entraînante de leurs supérieurs, nais la plupart agités par un esprit d'intérêt et d'amour-propre, abusent de leur ministère ».

« L'évêque de Saint-Dié avait un revenu de 30,000 livres, d'autres évêques en possédaient de bien supérieurs; celui de Toul avait 37,000 livres, le curé de Champ de 7 à 8,000 livres. Celui de Bruyères était plus mal partagé ».

Mais, ajoute la circulaire : « Alors la religion a du leur paraître attaquée dès que ce nouvel ordre de choses est venu déranger des jouissances auxquelles il était si doux de s'attacher ».

Sebille Jean-François, prêtre et chanoine à Brouvelieures, avait été professeur de mathématiques à l'école des Cadets de Pont-à-Mousson, puis â Metz. Il choisit pour vicaire Mathieu. Tous les bons citoyens furent contents.

Il est probable que tout ceci ne se passait pas sans froissements. Aussi voyons-nous le greffier en chef du tribunal insulté dans la rue. On lui reprochait d'aller à la messe du père Thiébaut, capucin, et d'être un aristocrate ; en même temps, il était bousculé et recevait des coups de poing dans la figure.

L'évêque de Saint-Dié, Chaumont de la Galaizière, était remplacé le 1er mars, par Maudru, curé d'Aydoilles, qui d'abord avait été vicaire à Jussarupt. Il fût évêque ,jusqu'en 1801, époque où l'évêché fut supprimé, puis curé de Stenay.

Par une circulaire du procureur général, syndic des Vosges, le curé Thomas ne peut plus exercer ses fonctions, même à la chapelle de l'hôpital, qu'avec l'autorisation du curé Sebille, (règlement approuvé par les statuts du synode de Saint-Dié, le 11 mai 1791). De plus, on défend aux sœurs de l'hôpital de donner au ci-devant curé Thomas aucun local pour dire la messe ou pour confesser.

Quelque temps après on ordonne d'éloigner les curés réfractaires.

Le 31 mai 1791, le curé Gérard, de Vaucouleurs, résidant à Bruyères, prête le serment civique. Il en est de même de Sébastien Lapic, prêtre et vicaire de Bruyères, chanoine régulier de Saint-Dié.

Les curés réfractaires émigrèrent pour la plupart. Les autres purent d'abord vaquer à leurs offices publiquement, puis durent se cacher. Ne pouvant plus exercer dans les églises paroissiales, ils transformèrent des chapelles en églises. « Plusieurs prêtres ne restant dans les communes, où ils cessent d'être fonctionnaires que pour détourner la confiance due aux prêtres qui les ont remplacés, transforment en églises des chapelles, entretiennent dans les esprits faibles l'erreur, échauffent les fanatiques ». Quelque temps après, tout ministre d'un culte est obligé de se conformer à la loi et de prendre acte de sa soumission aux lois de la République, dans quelque lieu qu'il exerce son ministère et il n'y aura de distinction à faire entre les édifices publics ou privés.

Ces changements devaient amener un certain malaise dans la population. Nous n'avons trouvé d'autre trace que ceci : La matrone défendait aux femmes de faire leurs relevailles, parce que c'était, disait-elle, un gros malheur d'aller à l'église, que le curé ne valait rien, que les prêtres assermentés étaient curés pour avoir de l'argent, qu'ils étaient hors de l'église, qu'un enfant baptisé par un prêtre assermenté n'était pas mieux baptisé que de ne pas l'être, que les messes de ces curés n'étaient pas bonnes, que ceux qui y assistaient ne faisaient pas bien.

Plusieurs prêtres émigrés entretenaient des relations dans leurs anciennes paroisses ; alors on surveilla les lettres venant de l'étranger; les prêtres furtivement rentrés furent recherchés; on faisait des visites domiciliaires, et, comme nous l'avons dit plus haut , on promettait 100fr. de récompense à qui ferait découvrir un émigré. Les meubles, immeubles, appartenant à des prêtes déportés, de ceux reclus dans la prison d'Epinal, furent mis sous séquestre et administrés par la nation.

17 brumaire an II. « L'exercice de tout culte fut restreint dans les bâtiments particuliers qui lui étaient destinés. « Tout signe extérieur d'opinions religieuses quelconques disparaîtra des rues, des places, des chemins publics. Les ornements scandaleux. d'or et d'argent qui ont trop longtemps insulté à la misère du peuple et déshonoré la simplicité de la véritable religion seront enlevés de tous les temples et de tous les édifices où ils pourront se trouver, et portés au département pour être ensuite déposés sur l'autel de la patrie. Considérant qu'il est urgent de montrer que les ressources de la République sont aussi inépuisables que la rage des tyrans est impuissante, et voulant employer les dépouilles du fanatisme pour éteindre une guerre impie, dont il est lui-même la principale cause, et, pénétrés de cette grande vérité, proclamée par un des pères les plus illustres de l'église, qui disait que « dans le temps qu'on se servait de calices de bois, les prêtres étaient d'or et que lorsque les calices étaient d'or, les prêtres étaient de bois », les représentants du peuple, près l'armée du Rhin... arrêtent que, etc. »

Les curés, même assermentés, ne purent plus, sous aucun prétexte, porter le costume de leur état.

12 juin. - Le 2 aoùt, Sebille portait encore son costume ; c'est pourquoi il se fit rappeler à l'ordre par les administrateurs du département.

Quelque temps plus tard, Sebille fit remise à la municipalité de ses lettres de prêtrise, puis, sur sa demande, on lui délivra, à l'unanimité, un certificat de civisme. Celui-ci était donné par la municipalité, en présence et sous le contrôle de douze citoyens non soupçonnés d'incivisme.

Sebille s'éloigna de Bruyères, mais fut bientôt arrêté et mis en prison à Dieuze, la veille du jour où il devait se marier avec la sœur du citoyen Kerniger, vice-président du district de Bruyères. Celui-ci, fâché de ce mariage, le fit ramener en prison à Bruyères, mais le conseil de la commune protesta auprès du comité du Salut public et des députés des Vosges.

Le 28 thermidor an II, il n'y avait plus aucun ecclésiastique exerçant le culte à Bruyères.

En fait d'ex-religieuses, ex-bénéficiaires, d'ex-congréganistes, n'exerçant aucun culte, il y avait

  • Jean-Nicolas Paquette, ex.-curé de Docelles, âgé de 39 ans;
  • Jean-François Sebille, ex-chanoine régulier, âgé de 37 ans ;
  • Sébastien Lapic, ex-chanoine régulier, âgé de 58 ans;
  • Jean-François Claudel, ex-capucin, âgé de 63 ans ;
  • Sébastien Méline, ex-chanoine, âgé de 27 ans;
  • Catherine Leroy, ex-religieuse, âgée de 68 ans;
  • Marie-Anne-Balland, ex-religieuse, àgée de 37 ans.
  •  Le curé Paquette était employé à l'agence des poudres.
  • Sebille avait 900 livres de pension comme ex-religieux.
  • Méline, ex-chanoine à Wissembourg, puis vicaire quelque temps à Champ, avait démissionné et restait chez son père où il cultivait.
  • Claudel, qui avait 800 livres de pension, restait à Bruyères, se tenait tranquille et bon citoyen. Il avait obtenu un certificat de civisme.

Quant aux deux ex-religieuses qui avaient l'une 800 livres et l'autre 500 livres, elles vivaient très paisiblement, en bonnes citoyennes, et ne donnaient lieu à aucune plainte.

Les croix étaient enlevées, mais on défendait de les briser, les ouvriers devaient en rapporter le fer à la mairie pour être ensuite envoyé à Epinal. C'est ainsi que disparurent les croix des églises, des clochers, celles qui étaient éparses le long des chemins, et celles des cimetières.

Nous voyons ainsi qu'il en existait aux Roches, sur la route de Brouvelieures, et sur la route de Champ (vieux autels) servant de borne entre les communes. On fit même retourner les taques de l'hôtel de ville, pour cacher les marques de la féodalité qui y étaient inscrites.

Le citoyen Besdel, agent de la commune de Bruyères, ayant fait exécuter ces ordres «mais n'y mettant pas toute la diligence nécessaire, vu qu'il est soupçonné et dénoncé de favoriser les prêtres réfractaires, qu'il n'a pas la confiance des patriotes, qu'il est un sujet de discorde et de division dans l'administration de la commune >> fut d'abord suspendu de ses fonctions.

Dans le cimetière, il avait laissé environ une cinquantaine de croix qu'il promettait bien de faire enlever à la condition qu'on mettrait à sa disposition une force suffisante pour protéger cet enlèvement ; puis il laissait tomber en ruines l'autel de la patrie; c'est pourquoi il fut définitivement révoqué quelques jours après sa suspension, le 15 prairial an VI.

vendémiaire, an III. - Le représentant de la Convention Michaud, à Toul, étant instruit que la présence des ci-devant prêtres, dans les commune où ils exerçaient leurs fonctions, influait sur les esprits faibles et crédules, les administrateurs des districts furent autorisés à faire démolir les chapelles situées hors de l'enceinte des communes et qui ne servaient pas habituellement au culte. « Tous ces prêtres devront s'éloigner dans dix jours à une distance de quatre lieues. Il est fait exception à l'égard des prêtres mariés, infirmes ou septuagénaires qui auront montré un attachement constant à la Révolution, et dont la présence ne nuit pas à la tranquillité publique ».

C'est pourquoi, ceux qui ne se conformèrent pas à ce décret, et qui, rentrés ou réfractaires, ayant été déportés, furent arrêtés. Après la Terreur, et à la séparation de la Convention, succéda la Constitution de l'an III, qui apportait un peu de soulagement à cette époque si tourmentée. On y trouve les articles suivants

  • Art. 354. - Nul ne peut être empêché d'exercer, en se conformant aux lois, le culte qu'il a choisi. Nul ne peul être forcé de contribuer aux dépens d'aucun culte. La République n'en salarie aucun.
  • TITRE Il. - Art. 10. - L'étranger devient citoyen français lorsqu'après avoir atteint l'âge de 21 ans et avoir déclaré l'intention de se fixer en France, il y a résidé pendant sept années consécutives, pourvu qu'il y paie une contribution directe, et qu'en outre il y possède une propriété foncière ou un établissement d'aviculture ou de commerce, ou qu'il ait épousé une Française.
  • Art. 15. - Tout citoyen qui aura résidé sept années consécutives hors du territoire de la République, sans mission ou autorisation donnée au nom de la nation, est réputé étranger; il ne redevient citoyen français qu'après avoir satisfait aux conditions prescrites par l'article 10.

Les prêtres et émigrés purent rentrer ; aussi, à Bruyères, voit-on affluer aussitôt les déclarations des ecclésiastiques et quelques rares citoyens (an IV), comme les ex-curés Claudel, Lévrier, Belleau, Maudru, Thiriet, etc. Claudel, le 3 messidor an III, dit vouloir exercer le culte catholique dans l'édifice de cette commune et se soumettre entièrement aux lois (annulé comme n'étant pas conforme à la formule prescrite). Quelques jours après, il déclara se rétracter formellement `de tous les serments qu'il avait prêtés contrairement à la religion qu'il avait professée et professait encore. C'est pourquoi, le 26 thermidor an III, il lui fut formellement interdit d'exercer le culte dans un édifice public puis, le 28 messidor, il déclara de nouveau vouloir exercer le culte apostolique et romain dans l'étendue de la commune, contre sa soumission aux lois de la République. IL fixa sa résidence chez son frère, à Bruyères, et l'heure de ses exercices à neuf heures du matin, dans cette même maison.

Les églises ne furent réouvertes au culte catholique que beaucoup plus tard.

Liste des curés de Bruyères.

  • 1612 Poirson, Claude;
  • 1640 Moureau ;
  • 1660 Michel;
  • 1712 Volmar ;
  • 1758 Mathieu ;
  • 1771 Thomas ;
  • 1791 Sébille ;
  • AN II Sébille

Les religieux

 

On sait que les seuls à Bruyères, au moment de la Révolution, étaient les Capucins; au nombre de sept : F. Dorothée, supérieur, F. Thiébaut, F. Honoré, F. Etienne, F. Roch, F. Mathieu, F. Antonin.

Lorsque les biens des congrégations religieuses furent déclarés biens nationaux, il fut fait par la municipalité un inventaire, duquel nous extrayons les objets suivants appartenant à un des frères : une couchette, une paillasse, une petite armoire en sapin, une paire de draps, 15 serviettes, une nappe, 2 tabliers de cuisine, 3 essuie-mains, 2 chaises de bois et une table en sapin.

« Les religieux affirment n'avoir que ce qui existe dans leurs chambres, n'avoir rien détourné, reçu, ni partagé aucun effet pouvant dépendre de la maison. Ils demandent qu'on leur assigne pour retraite et vivre en commun la maison qu'ils occupent actuellement :

  • 1° car l'air et la situation sont convenables à la santé;
  • 2° que c'est la seule maison de religieux dans le district ;
  • 3° que le peuple regrette leur suppression ;
  • 4° que les curés, les malades et les infirmes ont besoin de leur ministère ;
  • 5° que la maison est de bien modique valeur. »

On fait ensuite une reconnaissance de la maison et on constate que l'on pourrait y installer vingt religieux. Puis les Capucins choisissent l'un d'entre eux comme économe et pour toucher la pension que la nation leur accorde.

Dans leur maison, ils n'avaient ni vin, ni autres comestibles. Les Capucins prêtèrent le serment civique les 14 et 22, avril 1791.

La maison fut mise à l'enchère et vendue 5,925 livres. La ville délibéra pour la racheter et en faire un atelier de charité pour les pauvres du district.

De ces religieux, on n'en trouve plus trace à Bruyères, excepté toutefois l'un d'eux, le prêtre Claudel.

Les religieuses de l'hôpital durent rester dans cet établissement, même pendant la Terreur. Elles vinrent au nombre de cinq le 8 ventôse an II à l'hôtel de ville, prêter le serment exigé d'elles en vertu du décret de la Convention du 9 nivôse an Il. Pendant l'époque révolutionnaire, l'hôpital de Bruyères fut celui qui eut le moins à souffrir. Aucun de ses biens fonds ne fut aliéné.

La noblesse de Bruyères à la révolution

En 1789, on trouve à Bruyères

  • Doridant de Rambaville.
  • Henri de Pont.
  • De Cheyron.
  • De Jacob fils.
  • Chevalier de Morlzot.
  • Doridant fils.
  • Chevalier Doridant.
  • Chevalier de Vioménil.
  • De Cheyron fils.
  • De Brigeot.
  • Comte de Martinprey.
  • De Lavaux.
  • Baron de Villefond.
  • Clément de Metz.
  • Chevalier d'Emeric.
  • Didier, gentilhomme.
  • Vaudechamp.
  • Doridant d'Arpenant.

La plupart furent imposés en 1790 dans un rôle supplémentaire, ce furent les suivants

  • De Chainel. . . . . . . . 27 livres.
  • Marguerite de Jacob . . . . . 12 L.
  • La marquise Clément de Metz. . 15 L.
  • Charles-Michel Doridant . . . 29 L.
  • Chevalier de Vioménil . . . . 36 L.
  • Joseph Didier . . . . . . . »» -
  • Louis-Amé d'Emeric. . . . . »» -

Cette noblesse, très nombreuse pour une localité comme Bruyères, sembla accepter les premiers pas de la Révolution. Elle organisa la garde nationale, mais déjà, en 1792, on n'y comptait plus  que trois nobles. Craignant pour leurs personnes, ils émigrèrent presque tous, se réunirent au-delà du Rhin et attendirent le moment favorable pour rentrer en France. Mais les succès des armées républicaines les dispersèrent, la plupart eurent une existence misérable, beaucoup moururent dans leur exil volontaire.

A Bruyères ils n'eurent pas à subir les fureurs populaires, excepté toutefois Doridant d'Arpenant. Le 4 juillet 1791, il y eut un attroupement devant sa maison, on arracha les palissades, les portes du jardin, lequel fut saccagé et on démolit une partie du mur de la face de sa maison, qui était en carreaudage.

Le 24 mars 1792, les biens des émigrés furent mis sous séquestre. C'est ainsi que les deux fils de Jacob étaient partis, ainsi que de Cheyron.

Le 18 mars 1793, d'après les arrêtés de la Convention des 14, 15 et 16 février 1793, on surveilla les contre-révolutionnaires, principalement les émigrés furtivement rentrés ainsi que les prêtres qui avaient dû être déportés. Quelques mauvais citoyens osaient les cacher. On promit 100 francs de récompense à qui ferait découvrir un émigré. Des commissaires pouvaient se transporter dans les maisons pour faire des recherches à cet effet et les propriétaires devaient donner les noms des personnes qui étaient chez eux.

Le 21 mars 1793, les municipalités furent invitées à donner les noms des émigrés et un état de leurs biens. Ces derniers furent vendus pour la plupart comme biens nationaux, exemple ceux de Charles Doridant. Le peuple n'osait pas acheter ces biens à cause de l'incertitude du moment.

Le 20 mars 1793, le conseil assemblé pour l'application des lois du 15 août 1792 et du 2 avril 1793 du département, concernant les troubles du midi, puis sur ce que les émigrés correspondaient avec leurs semblables, qu'il restait un certain nombre de notables dangereux, qu'en conséquence il fallait empêcher tous ces parents d'émigrés et leurs domestiques d'agir contre la nation et les lois, et qu'il fallait les connaître. « Considérant en outre que les maux infinis que les émigrés ont attiré à la patrie, qu'ils persistent à vouloir déchirer par le fer et le feu, que rien ne peut arrêter leur audace qu'en les écrasant et qu'en gardant leurs parents comme otage, » alors les personnes suivantes furent considérées comme suspectes :

Philippe-Antoine Chainel. François Gerboulet et sa femme. Jacques Chairon. Claude Balland et sa femme. Philippe Chairon. Marguerite Bédel. Toussaint Doridant. Marie Gaffe. Jeanne Febvrel, fernme Jacob. Thérèse Durand. J.-B. Mougeot et sa femme, Victorine Jacob. Joachim Gérard et sa femme, Barbe Guyot.

et restèrent consignées sous la sauvegarde de la loi dans le territoire de la municipalité. A cette liste on ajouta les frères, soeurs des émigrés, leurs domestiques. Toutes ces personnes ne pouvaient s'absenter que par permission expresse et écrite du conseil. Celui-ci invitait les citoyens à respecter leurs personnes et leurs propriétés.

10 avril 1793. - Les parents d'émigrés qui s'étaient enfuis dans d'autres localités de la France durent rentrer à leurs domiciles. Rentrés, ils furent sous la protection dé la loi.

10 avril. - Dans les inventaires dés biens d'émigrés faits à Bruyères, nous trouvons que le conseil de la commune a opéré dans les logements suivants

  • D'Emeric, absent depuis mai 1791.
  • Charles Doridant.
  • M. et Mme Clément de Metz.
  • Agnès Jacob, veuve du sieur Richard.
  • Mme Febvrel.
  • Jacob.
  • Mme Jacob.
  • Mme Veuve Thomas, mère du curé Thomas;
  • Mme Depont.
  • Mlle Doridant, absente depuis deux ans.

Le 26 mai, on ajouta, à cette liste, tous les parents d'émigrés, hommes, femmes, fils, filles, domestiques, servantes, de sorte que la liste à Bruyères se monta au nombre de 143, au moins.

Le 3 octobre 1793, on arréta les gens suspects. Ils furent conduits en prison.

Le 3 frimaire an III, sur l'ordre du représentant du peuple Michaud, les citoyens Demontzey, Bompard et sa femme, Febvrel, femme Jacob et sa fille, Doridant, la femme Clément furent mis en liberté mais durent rester dans la commune sous la surveillance de la municipalité.

Lorsque la terreur fut passée, tous furent remis en liberté, puis surveillés un certain temps. Mais les émigrés ne purent rentrer que beaucoup plus tard et durent venir faire leur soumission. C'est ainsi que, en vertu de la nouvelle constitution, le 13 nivôse an VI, les émigrés suivants purent redevenir citoyens français :

Cheyron. Toussaint Doridant. Gabriel Vaudechamp. Jean-François Doridant. Toussaint Lavaux. Antoine Didier. Jean-Louis Def'ranc.

Le comte de Brigeot, cadet gentilhomme dans un régiment du roi de Pologne en 1761, puis au service du roi de France, ayant émigré de Bruyères en 1791, se trouvait à l'année des princes en 1792. Rentré en 1801, il eut une existence précaire jusqu'en 1814. En 1815, il fut fait chevalier de Saint-Louis, mais sans aucune pension. Il était possesseur d'une ferme valant de 24 à 30,000 francs, gui fut vendue comme bien d'émigré, puis d'un bois valant 40,000 francs en 1789, mais qui, ayant beaucoup souffert, lui fut rendu et ne valait plus que 21,000 francs ; enfin sa maison valait 9 à 10,000 francs.

La garde nationale à Bruyères sous la révolution

Après la réunion de l'Assemblée nationale constituante, en 1789, suivit la prise de la Bastille qui jeta le premier coup dans l'édifice vermoulu de la monarchie puis une série de décrets successifs qui transformèrent complètement le royaume.

Une panique adroitement semée par les royalistes fanatiques vint répandre dans les provinces une indicible inquiétude. Les Vosges ne furent guère agitées ; les différents événements qui se passaient dans la capitale étaient accueillis avec une indifférence relative. On n'eut pas à subir les fureurs d'une réaction populaire contre l'ancien régime. Néanmoins, à Luxeuil, il y eût quelques troubles dus à une cinquantaine de paysans de Fougerolles qui pillèrent l'abbaye. A Remiremont, un mouvement eut lieu contre les Juifs et les propriétaires. On y affirmait que le partage des biens était licite, mais un détachement de dragons d'Epinal en eut vite raison.

Les bourgeois de Bruyères, à la nouvelle de ces troubles, résolurent de se mettre à l'abri de ces brigands en se défendant eux-mêmes.

C'est pourquoi :

Le 26 juillet, réunion de tous les bourgeois à la mairie après les vêpres, et il fut décidé ;

  • 1° - Créer une compagnie de bourgeois de cent hommes, avec un commandant en chef, un commandant en second, deux capitaines, quatre lieutenants, quatre sous-lieutenants et huit bas-officiers ;
  • 2° - Tous ceux qui ont des armes les porteront à l'hôtel de ville pour armer la compagnie;
  • 3° - Sera enrôlée quinze jouis, puis après renouvelée pour le même temps;
  • 4° - Tous les citoyens viendront se faire inscrire ;
  • 5° - Il sera nommé un comité permanent de douze personnes avec les officiers pour quinze jours;
  • 6° - Ce comité choisira les 100 hommes ;
  • 7° - L'hôtel de ville fournira les munitions ;
  • 8° - Il y aura un corps de garde de douze hommes avec un officier et un bas-officier à l'hôtel de ville ;
  • 9° - La grosse cloche de la paroisse tintée rapidement sera le signal ;
  • 10° - A l'alarme, les bourgeois non enrôlés barricaderont les entrées (les rues.

On fait ensuite observer que la France demande à grands cris une régénération, qu'elle ne pouvait l'obtenir que dans l'union parfaite des représentants de la nation, et que cette désirable union vient de s'opérer.

On prie ensuite le curé de chanter un Te Deum à l'issue des vêpres; on invite les citoyens à illuminer leurs maisons au son de toutes les cloches de la ville, ce dimanche 26 juillet. La municipalité prend, en outre, ses précautions dans le cas où le lieutenant général voudrait présider cette réunion, ce qui de droit ne lui appartient pas, car c'est contraire aux ordonnances: le maire royal seul ayant droit.

L'administration de Bruyères à la Révolution

L'ancienne municipalité disparut et fut remplacée par le conseil général de la commune élu par tous les citoyens (le mot bourgeois étant supprimé). Ceux-ci étaient divisés en notables parmi lesquels on choisissait ce conseil en prenant les premiers de la liste. En 1790, le département des Vosges fut créé et divisé en neuf districts, dont un avait son chef-lieu à Bruyères. Celui-ci comprenait sept cantons : Bruyères, Docelles, Gugnécourt, Brouvelieures, Granges, Corcieux et Gérardmer. Le canton de Bruyères était formé des communes suivantes : Bruyères, Champ-le-Duc, Laveline, Laval, Fays, Fiménil, Beauménil et Prey. Cette division territoriale dura jusqu'en 1800 pour être ramenée â ce qu'elle est aujourd'hui.

L'administration de l'intendant et des subdélégués fut remplacée par une administration centrale et des administrations de district. Chaque district avait un directoire, un procureur syndic et un conseil. L'administration centrale comprenait un directoire, un procureur général et un conseil général. Le 20 mai 1790, on forma la liste des citoyens pour la confection des assemblées primaires, afin de choisir les électeurs qui devaient se réunir vers le 15 juin aux chefs-lieux de leurs districts pour procéder à l'élection des procureurs syndics et des membres du conseil de district. Quelques jours avant, ils s'étaient réunis à Epinal pour nommer le procureur général syndic et 36 administrateurs. Epinal fut alors choisi comme chef-lieu du département par 311 voix contre 127. Parmi les administrateurs du département nous trouvons Gusman, ancien lieutenant général au bailliage de Bruyères, et Rapin, conseiller au même bailliage. Le 16 juin, Balland le jeune, homme de loi à Bruyères, fut nommé procureur syndic du district.

Au mois d'octobre on nomma les membres du tribunal de district et les juges de paix. Gusman fut nommé président. Les bureaux de paix étaient choisis parmi les citoyens et se composaient de deux hommes de loi et de quatre notables. Le 2 décembre 1790 eut lieu l'installation du tribunal. 1l y eut une messe du Saint-Esprit, à laquelle assistèrent le directoire du district, les juges du tribunal, le juge de paix et ses prud'hommes, le bureau de conciliation, le clergé, les officiers de la garde citoyenne. Madame Febvrel, chargée du pot des pauvres, priât une dame de faire la quête au profit des pauvres et cette dame fut accompagnée par des officiers municipaux. Après la messe, les nouveaux juges prêtèrent serment à la mairie, pendant qu'au dehors on sonnait les cloches et qu'on faisait partir des pétards au château.

Le tribunal criminel eut son siège à Mirecourt. Quant à celui de Bruyères, il s'installa d'abord dans la maison de la veuve Doridant, sur la place, mais comme cette maison tombait en ruines, il alla occuper la maison de Thérèse Doridant, émigrée à Bade (aujourd'hui maison Lacroix). On apposa les scellés sur les autres justices communes : Girecourt, Cheniménil, Lépanges, Faucompierre, Rehaupal, le Void-de-Belrnont, Chtarnpdray, Martinprey, Rxurieux, Vichibure, Biffontaine, Fremifontaine. Les papiers du bailliage de Bruyères et ceux de la juridiction commune entre le Roi et le Chapitre de Remiremont furent également mis sous scellés le 19 octobre 1790.

Les registres d'état civil tenus par les curés furent, par décret du 20 septembre 1792, remis entre les mains d'un officier public. On fit un inventaire de ceux du presbytère de Bruyères. Le plus ancien remontait à 1640 et ils étaient au nombre de 52 pour arriver au 1er janvier 1793.

Le gouvernement révolutionnaire organisé le 2 septembre 1793 supprima le conseil général et le procureur syndic. Le directoire du département fut dépouillé de la plus grande partie de ses fonctions en faveur des directoires de district que l'on rendit indépendants. Les procureurs syndics des districts furent remplacés par des agents nationaux ; des comités révolutionnaires furent établis dans beaucoup de communes ; des sociétés populaires deviennent des autorités redoutables et le pouvoir suprême résida dans deux ou trois membres de la Convention, envoyés en mission dans les départements sous le nom de représentants du peuple.

la plupart des arrêtés des municipalités se confondirent avec les décrets des assemblées nationales. Aussi les municipalités chargées de l'exécution de ces décrets fournirent un très grand travail. A partir de janvier 1793, les officiers municipaux délivrent des certificat, de civisme, contradictoirement avec les citoyens qui n'avaient aucun acte d'incivisme dans leur conduite. Le 16 avril 1793, le conseil général de la commune siège en permanence. Le bureau était formé par le maire Claudel et deux notables, qui, après 48 heures, étaient remplacés par un autre officier et deux autres notables. En plus, il y avait le procureur de 1a commune, le greffier et un sergent de ville. Ce bureau permanent délivrait des passeports aux habitants de la commune pour se rendre même dans les villages voisins, vérifiait les passeports des étrangers, recevait leurs déclarations, arrêtait les suspects, les déserteurs. Au dehors, la gendarmerie, la garde nationale arrêtaient les étrangers et les amenaient à la mairie. Pour peu que leurs réponses paraissaient douteuses, on les mettait en arrestation provisoire et on en informait le département qui statuait sur leurs cas.

Le 28 avril, il fut créé un comité de surveillance pour recevoir les déclarations des étrangers entrant â Bruyères et ce comité, en quelque sorte subordonné aux officiers rnunicipaux, n'en comprenait pas un. Il était composé de 12 membres élus par les citoyens présents, au nombre de 154, puis le conseil général de la commune fut dissout jusqu'au 5 mai.

Pendant cette époque si agitée, où on ne pouvait sortir de la commune sans certificat de civisme, où les étrangers qui se réfugiaient à Bruyères devaient en sortir dans les 24 heures, le bruit courut que des attroupements se formaient vers Mortagne, que des malveillants y étaient réunis en grand nombre, alors la garde nationale de Bruyères, unie à celle des villages voisins, organisa une battue de nuit et traqua les forêts en tous sens. Mais on ne rencontra rien.

La caisse de la ville était à sec et les fontaines firent encore défaut. C'est pourquoi, plutôt que de lever une contribution, les citoyens réparèrent eux-mêmes les fontaines. Néanmoins, à cause de ses dettes, la ville fut forcée de lever une contribution de 2,355 livres sur les propriétés foncières et mobilières.

La constitution de 1795 substitua à ces autorités une administration centrale pour le département et une administration municipale par canton. L'administration centrale fut formée de cinq membres et d'un commissaire et dans chaque canton il y eut également un commissaire.

Avec la République disparurent les directoires, les districts, les procureurs syndics, les comités révolutionnaires, les agents nationaux, pour faire place à l'administration actuelle.

Bruyères sous la Révolution

Préparation aux Etats-généraux

En 1787, Loménie de Brienne établit des assemblées provinciales pour partager l'autorité avec les intendants, les éclairer et les surveiller. Cette assemblée pour la Lorraine se réunit à Nancy le 18 août 1787. Elle comptait d'abord 24 membres nommés par le roi, savoir : 6 du clergé, 6 de la noblesse et 12 du tiers état. Ces 24 membres en élirent 24 autres parmi lesquels se trouvait Febvrel, procureur du roi au bailliage de Bruyères. Cette assemblée travailla beaucoup, et prépara l'organisation des communes et des districts qui fut adoptée plus tard par la Constituante. Mais contrecarrée par l'intendant et ses commis, elle ne pouvait aboutir. C'est alors que Brienne voulut tenter une nouvelle réforme et briser les parlements qui lui résistaient en érigeant tous les bailliages en sièges présidiaux, en créant deux grands bailliages: Nancy et Mirecourt, comme tribunaux d'appel et en supprimant une des chambres du Parlement de Nancy. Celui-ci se souleva tout entier, et le premier président fit entendre le 8 mai 1788 au gouverneur de Nancy et à l'intendant une protestation très digne contre les ordonnances. Le Parlement fut exilé, mais l'intendant devint l'objet de vifs ressentiments.

Le lieutenant du bailliage de Bruyères refusa d'enregistrer les ordonnances, et chargeait l'intendant de notifier au Roi sa rébellion, tout en l'assurant de ses sentiments d'amour et de respect.

Cette protestation fut très bien accueillie à Bruyères, ainsi qu'on peut en juger par les faits suivants

« Le 8 août, les officiers municipaux ont manifesté leur façon de penser sur les opérations et les nouvelles lois du 8 mai, ils ont suivi la route fine le bailliage leur avait tracée dans son arrêté du 14. »

« Le 27 octobre 1788, le maire royal a dit : « La justice fidèle à la loi du serment et de l'honneur ne rendait plus ses oracles. Du haut de son trône notre bienfaisant monarque a écouté les doléances de tous ses sujets, et il en est énoncé cette sage déclaration qui rappelle tous les magistrats à leurs fonctions.

Cet heureux Jour est pour le royaume un jour de triomphe et de joye, invitons par notre exemple nos concitoyens à la célébrer par des démonstrations publiques, et nous, Messieurs, signalons par une députation solennelle les sentiments que nous a inspiré le courage éclairé de nos magistrats. Vendredi 31, une époque fixée par eux pour la rentrée du bailliage, allons au pied de ce tribunal porter le tribut d'hommages que nous lui devons. La gloire dont il s'est couvert rejaillit surtout sur nos concitoyens qui ont unanimement applaudi à son arrêté du 14 mai dernier, lequel a décidé le nôtre du 9 août courant.

Pourquoi ne saisirions-nous pas un si beau jour pour répandre sur les pauvres de cette ville une aumône alimentaire qui leur fasse, pour ainsi dire, oublier en ce moment la cherté du pain et serait un moyen de faire bénir le Roy et d'obtenir du Ciel la conservation de ses, jours ?

La matière mise en délibération, il a été arrêté

1° L'hôtel-de-ville sera illuminé vendredi soir 31, au son des cloches ;

2° M. Breton et le maire royal se rendront en cérémonie à la salle du bailliage pour féliciter ce corps au nom des officiers municipaux ;

3° Il sera distribué 325 livres de pain.

Le roi remplaça Brienne par Necker, le 23 septembre 1788, et décida la convocation des Etats-Généraux tout le printemps prochain. Le 20 octobre, le Parlement faisait sa rentrée à Nancy au milieu de l'allégresse publique.

Dès ce moment, on se mit à préparer les élections. On voulait surtout reconquérir pour la Lorraine ses libertés d'autrefois et notamment les états provinciaux. Il y avait entente presque complète entre les trois ordres.

17 décembre 1789.

Les officiers municipaux assemblés extraordinairement ont délibéré sur la lettre et le procès-verbal imprimés, adressés par le tiers-état de la ville de Nancy, assemblés le 27 juillet dernier et le 2 décembre. La lettre invite à convoquer le tiers état de Bruyères pour exprimer les mêmes vœux et les mêmes réclamations et cette communication doit être faite le plus promptement possible, si elle est nécessaire ou utile, et on doit la différer si des observations sages et des motifs puissants empochent disant à présent d'exprimer les mêmes voeux et de faire les mêmes réclamations.

La municipalité répond qu'elle ne veut pas s'écarter des formes constitutionnelles, que l'on rend hommage au zèle plein de force et d'énergie qui caractérise les délibérations du tiers-état de Nancy et sans les considérations majeures qui nous ont entraîné, nous nous serions fait un devoir d'y adhérer.

Cette réponse vaut à la municipalité de Bruyères une lettre de remerciements de la part de l'intendant de lorraine.

14 janvier 1789. -- Assemblée extraordinaire des Officiers

Le maire royal rappelle la délibération du 17 décembre, puis donne lecture d'une autre lettre du 12 janvier 1789, par laquelle le comité de Nancy rapporte que les deux premiers ordres ont arrêté le 22 décembre, de se réunir au tiers-état en assemblée générale pour délibérer sur la forme d'organisation des états provinciaux qui paraîtra la plus avantageuse. Dans cette réunion, les syndics des deux ordres s'y sont présentés et ont invité le tiers à se réunir à eux. Qu'alors il serait de l'intérêt du tiers de se trouver par député à cette assemblée, qui selon eux est d'autant plus légale que le souverain et ses ministres en sont prévenus, que le silence du gouvernement est un consentement tacite, c'est pourquoi on prie les officiers de faire ce que leur prudence leur suggérera.

C'est pourquoi, vu les intérêts de la province et de Bruyères pour le rétablissement des états provinciaux, que pour éviter la confusion d'une assemblée trop nombreuse et pour conserver néanmoins à chaque citoyen le droit de vote, dans une circonstance où il doit être question dans l'intérêt de tous, et la ville n'ayant ni jurande, ni maîtrise, il conviendrait, outre les officiers du bailliage royal, les avocats, les procureurs médecins, chirurgiens, apothicaires, d'inviter chaque communauté d'arts et métiers à l'assemblée pour choisir séparément chacun un ou deux députés à l'assemblée des notables du tiers état.

C'est pourquoi on forme 13 communautés

1° Marchands et négociants ;

2° Laboureurs

3° Commerçants et débitants de vin ;

4° Boulangers ;

5° Cordonniers;

6° Menuisiers, tourneurs, charpentiers et vitriers;

7° Maçons et tailleurs de pierre ;

8° Bouchers, selliers bourreliers ;

9° Tisserands;

10° Huissiers;

11° Serruriers, maréchaux, cloutiers ;

12° Perruquiers ;

13° Tailleurs d'habits, bonnetiers, chapeliers.

Il est ensuite unanimement arrêté que le lendemain à 3 heures, il y aurait une assemblée de notables à l'Hôtel de Ville, et qu'on écrirait une lettre au comité de Nancy pour le remercier de son attention.

15 janvier 1789.

Le maire royal fait les propositions suivantes

1° Le tiers état de Bruyères est-il intéressé à envoyer des députés à l'assemblée des trois ordres à Nancy. Quel doit être le nombre de ces députés ? (il a droit au même nombre que les deux autres ordres réunis). La noblesse de Bruyères avait nommé deux députés et le clergé un. Aux frais de qui se fera 1a députation? Instruction à leur donner ;

2° Ne conviendrait-il pas que le tiers envoyât des députés aux deux ordres pour demander de leur être réunis en assemblée générale afin de porter un concert unanime à l'assemblée ? On nomme pour scrutateurs : Rapin, Febvrel et Bompart, et pour rédacteurs : Collet, Febvrel, Claude et Georgel fils.

On arrête

1° Qu'il sera envoyé trois députés du tiers à Nancy. Les frais seront payés par une répartition sur tout le tiers. On choisit : Gusman, lieutenant général, Rapin, conseiller et Febvrel, procureur. Ou délègue aux deux autres ordres : Rapin, Claude, avocat, Gérardin et Lervat, notables bourgeois pour proposer la réunion des trois ordres. Ces députés allant sortir, on annonce à l'assemblée que les députés des deux autres ordres arrivent : Ce sont Thomas, curé, et le chevalier de Vioménil que l'on fait asseoir près du maire royal. Thomas, dit que son collègue et lui sont envoyés pour s'entendre avec le tiers pour porter à Nancy des voeux unanimes pour le rétablissement des états provinciaux. Le maire répond que le tiers est pénétré de reconnaissance pour la marque de confiance et de confraternité que veulent bien lui donner les deux autres ordres, et qu'on envoyait deux députés faire la même demande.

On s'entend ensuite pour la réunion générale du l6 courant.

16 janvier 1789. Réunion générale des trois ordres.

Le tiers, d'abord assemblé, envoie Gusman et Lervat prévenir les deux ordres qu'on les attendait. A leur entrée, le tiers se lève pour répondre à leur salut. Le clergé prend place à droite, la noblesse à gauche et le tiers à droite et à gauche et en face de la noblesse et du clergé.

Tous assis, M. Thomas dit

« Messieurs, la nation française, par respect et déférence de notre auguste religion, a voulu dans tous les temps que ses ministres occupassent le premier rang dans les assemblées des trois ordres. C'est à ce titre, Messieurs, que votre pasteur a, aujourd'hui, dans cette respectable assemblée, l'honneur de se trouver à votre tête et de parler le premier, où, par un voeu mutuel et également empressé, les trois ordres ont désiré de se réunir pour délibérer en commun et fraternellement sur les intérêts de la Providence et de la ville de Bruyères en particulier.

« Les ministres des autels devant toujours être des ministres de paix, il est bien consolant pour notre ministère de voir un jour la concorde présider au milieu de nous pour y diriger les mouvements de zèle et de patriotisme.

« Puisse l'issue de cette assemblée apprendre à nos concitoyens et à nos compatriotes qu'aujourd'hui, comme dans tous les temps, les trois ordres de la ville de Bruyères n'ont qu'un cœur et qu'une âme et qu'un sentiment quand il s'agit de l'intérêt de tous.

« Vous savez, Messieurs, qu'avant d'opiner sur les objets qui nous rassemblent, il est nécessaire de nommer par la voie du scrutin un président des trois ordres et de le choisir clans les deux premiers. »

C'est pourquoi on nomme Doridant, de Rambervillers, Gusmann et Georgel, scrutateurs. Au premier scrutin, Thomas et Doridant sont nommés présidents, puis au second tour, Thomas. Les nobles avaient auparavant nommé pour députés à Nancy : Thomas Chairon père et Depont.

L'abbé Thomas remercie l'assemblée de l'avoir nommé président.

Puis il nomme pour la rédaction du procès-verbal M. Doridant fils, associé à M. Doridant de Rambaville, son père, pour les deux ordres et M. Febvrel pour le tiers.

Le président propose de délibérer

1° S'il est de l'intérêt des trois ordres de demander le rétablissement des états provinciaux ?

Oui, à l'unanimité.

2° Quel est le voeu sur leur organisation et quelles instructions il faut donner aux députés ?

Considérant que ce sujet mérite réflexion, que le peu de temps avant le départ des députés ne permet pas de tracer une ligne de conduite, on propose alors de lire le règlement de ceux du Dauphiné déjà adopté par plusieurs provinces de France, et de s'y conformer, sauf les usages et coutumes relatifs à la Lorraine. Puis on demande une prorogation à l'assemblée de Nancy, car on n'a pu recueillir les vœux des paroisses de la campagne et qu'on éviterait ainsi de justes réclamations.

Quant aux autres questions qui seraient traitées à Nancy, on s'en rapporte à la prudence des députés.

Sur la demande d'un des députés du tiers, on convient de faire visite, en corps, au comte de Girecourt, grand bailli de Bruyères à Nancy, afin qu'il se rende avec les députés pour les visites d'usage.

Ont signé : Thomas, l'abbé Georgel, Doridant de Rambaville de Cheyron fils, chevalier de Morizot, chevalier Doridant, de Cheyron fils, le comte de Martinprey, baron de Villefond, le chevalier d'Emeric, Vaudechamp, Henri de Pont, de Jacob fils, Doridant fils, chevalier de Vioménil, de Brigeot, Lavaux, Georgel, Febvrel, Gusman, Claude, Martin, Collet, Bompart, Breton, Rapin, Besdel, Cbavane, Gerboulet, Blaise, Georgel fils, Collet Frédéric, Valantin, Durand, Bouillon, Lervat, Abadie, Grégoire, Trotot, Finck, Boyé, Fèvre, Valantin, Jacquel, Masson, Delang, M., Delang, G. Miche, Ranfaing, Henry, Collin, Collot, CIaudel, Nix, Aubert, La Garde, Marchal, Thomas, Dupont, Gérardin, Bertrand.

A partir de ce ,jour, on prépare activement les cahiers de doléances. A Bruyères, eurent lieu plusieurs réunions des trois ordres, desquelles nous ne donnons pas le compte-rendu. La noblesse fit un cahier spécial, tandis que le clergé et le tiers état en élaborèrent un autre en commun. Nous transcrivons ci-après ces deux documents, les faisant précéder du procès de la réunion du clergé.

La noblesse élut pour député à Mirecourt Clément de Metz, et admit le vote par tête et non par ordre par 14 voix contre 5. Elle n'avait pas admis à siéger au milieu d'elle les gentilshommes de Laveline.

L'assemblée du clergé

L'an 1789, le 16 mars, en une salle de l'Hôtel-de-Ville, à l'issue de la séance de l'assemblée générale des trois ordres du bailliage de Bruyères, formée en vertu de la lettre du roi posa la convocation des États généraux du royaume au 27 avril prochain à Versailles, en date du 7 février dernier, les membres composant le clergé du bailliage, s'étant retirés dans la chambre qui leur avait été destinée en présence de M. Charoyer, curé de Girecourt, leur président, conformément au règlement fait par S. M. pour l'exécution de la dite lettre de convocation dans la province de Lorraine et de Bar, le dit jour 7 février dernier, et encore au règlement du 24 janvier précédent, ayant d'abord choisi pour secrétaire M. Cartier, vicaire résidant à Fremifontaine, il a été procédé à la nomination de trois commissaires pour rédiger le cahier des délibérations et demandes du dit ordre. Le voeu général ayant indiqué MM. Thomas, l'abbé Georgel et Creusat, ces messieurs ont été chargés de s'occuper sans délai du travail de cette rédaction, ce à quoi ils ont promis de vaquer, ensuite on s'est occupé de l'élection du député que l'ordre doit envoyer à l'assemblée de réduction indiquée en la ville de Mirecourt, au 30 du dit mois de mars et ce dans les formes prescrites par le règlement du 24 janvier et notamment de l'article 47.

En conséquence, il a d'abord été fait choix au scrutin de trois membres de l'assemblée pour ouvrir les billets et vérifier le nombre, compter les voix et déclarer ce choix de l'assemblée.

Les billets du premier scrutin ayant été déposés successivement par tous les membres du clergé dans un vase déposé sur une table au devant du secrétaire et la vérification faite par ledit secrétaire assisté des trois plus anciens d'àge, Thomas, l'abbé Georgel et Maudru, ayant réuni le plus grand nombre de voix, ont été nommés scrutateurs.

Et les dits scrutateurs s'étant placés devant le bureau au milieu de la salle de l'assemblée ont déposé d'abord dans le vase à ce préparé leurs billets d'élection, après quoi tous les autres électeurs sont venus pareillement l'un après l'autre déposer ostensiblement leurs billets dans le dit vase. Les électeurs ayant ensuite repris leurs places, les scrutateurs ont procédé au compte et recensement des billets, leur nombre ayant été constaté, les scrutateurs les ont ouverts et vérifié les voix à voix basse.

L'abbé Georgel ayant obtenu 29 voix sur 31 a été élu et proclamé député. Il a remercié l'assistance en exprimant avec sensibilité sa reconnaissance de la confiance dont elle venait de l'honorer.

Après quoi, MM. Georgel, maire royal, et Collet, avocat, députés du tiers état, s'étant fait annoncer et étant entrés ont déclaré que d'après une délibération par acclamation leur ordre avait marqué le désir de se réunir avec les deux premiers pour exprimer le même voeu, former un cahier commun et donner les mêmes instructions et pouvoirs à leurs députés. Sur quoi, il a été répondu qu'il en serait délibéré, eux retirés, l'assemblée considérant que l'intérêt des pasteurs ne pouvant être différent de celui de leurs ouailles, et qu'une telle réunion devenait un témoignage public de confiance et de fraternité propre à cimenter la concorde, cette base de la félicité publique, a arrêté d'envoyer MM. Thomas, de Falloy et l'abbé Georgel à l'ordre de la noblesse pour l'inviter à cette réunion.

Les dits députés s'étant fait annoncer à la Chambre de la noblesse, et étant entrés, ont exprimé le voeu unanime de leur ordre, d'après la proposition du tiers état, pour la commune réunion. Il a été répondu qu'il en serait délibéré. Eux retirés, et rentrés dans la Chambre, MM de Brigeot et de Jacob, députés de la noblesse, s'étant fait annoncer et étant entrés ont dit que pénétrés du même esprit d'union qui avait animé de tout temps les trois ordres du bailliage, l'ordre de la noblesse aurait désiré pouvoir ne former qu'un voeu commun avec les deux autres, mais qu'entraîné par des considérations particulières il avait arrêté de donner à son député des instructions, des pouvoirs et un cahier spécial.

Et incontinent, MM. Thomas, de Falloy, et l'abbé Georgel, d'après une délibération motivée sur les avantages résultant de la réunion, ont été envoyés en la Chambre du tiers état, où, s'étant fait annoncer et étant entrés, ils ont déclaré que le vœu unanime de leur ordre était une acceptation pleine et entière de la proposition qui venait de leur être faite de la part du tiers, quoique l'ordre de la noblesse vint de leur faire dire par ses députés qu'elle avait cru devoir, par des considérations particulières, se séparer des deux autres ordres; qu'en conséquence, les commissaires du clergé étaient autorisés à se concerter avec ceux du tiers et travailler conjointement à la rédaction d’un seul et unique cahier et d'un projet de pouvoir à donner à leurs députés.

Vu cet état de choses, il a été arrêté d'un commun accord, par le clergé et le tiers et par voie de députation réciproque, que les deux ordres s'ajourneraient à mardi, 2 heures du soir, pour entendre le rapport des commissaires et délibérer de leurs intérêts communs, après en avoir toutefois référé à M. le bailly d'épée, par une députation de deux membres de chacun des deux ordres réunis.

Bruyères avant 1789

jeudi 18 octobre 2012, par Anne Auburtin

Les places

Le paquis ou champ de l'hôpital appartient à la ville qui le tient des seigneurs de Ribeaupierre. De tout temps, cet emplacement a servi de foire pour le bétail.

"En 1741, on reconnaît qu'on pouvait tirer une rue dans le fond du paquis, proche des jardins, laquelle rue ferait face à l'occident. On y placerait 8 maisons de 40 pieds de face, derrière lesquelles il serait laissé une passée de 15 pieds de largeur. Les maisons devront être à belle face, avec des angles en pierre et des cordons le long des portes, de hauteur égale; les murailles de séparation de chacune allant jusqu'à la toiture. Dans le chemin de derrière, personne ne pourra y prétendre que le droit d'aisance." 

En 1751, le sieur Doridant, de Grand'haye, se plaint au chancelier qu'on l'insulte, que les cochons de la foire labourent devant chez lui, y font des trous, ce qui retient l'eau et fait pourrir les murs de sa maison.

Le paquis était plus élevé que le pavé environnant ; aussi, aux jours de pluie, les rez-de-chaussée de la place étaient inondés.

En 1769, les maisons à construire sur la place seront à l'alignement et selon le plan donné. Chaque propriétaire devra déblayer et remblayer, mais ne paiera aucune redevance pour son terrain envers la ville, attendu que les travaux seront considérables. D'ailleurs, le terrain est aride, inculte et de nul produit. Les maisons devront pouvoir supporter une toiture en tuile.

Beaucoup de ces propriétaires virent leurs maisons s'écrouler; le vent en emporta les toitures et quelques-uns furent dans l'impossibilité de les relever ou de les achever.

Le pavage du pourtour de la place se fit en 1770. Un peu avant cette époque, il y avait un hangar sur la place destiné â abriter le bétail les jours de foire, ou à servir de magasins aux troupes qui prenaient leurs quartiers d'hiver.

En 1778, on enleva les 46 arbres plantés sur la place pour les remplacer par ceux que l'on voit encore aujourd'hui. « La nouvelle plantation exigeant des soins, des précautions et une surveillance qu'on ne doit pas attendre des mercenaires, il est essentiel que ce travail se fît sous la direction gratuite de J.-B. Mougeot, citoyen zélé et expérimenté, qui a offert son service sous la surveillance des officiers municipaux. » En plus, Mougeot fut chargé de la construction des deux fontaines, à charge de se procurer les médaillons en marbre noir avec les ornements en plomb bronzé pour y placer des inscriptions. « Mougeot évite ainsi une dépense de plus de 400 livres â la ville.»

Cette place a porté différents noms : Paquis, Champ de l'Hôpital, place Doridant, place du Repentir, place d'Armes, place Stanislas, place de la Liberté, place Neuve.

Pendant la Révolution (an 5), il y fut planté un arbre de la liberté.

Le cimetière

Celui-ci était situé derrière l'église des Capucins. Auparavant, il devait être près de l'église, car dernièrement on y a retrouvé des ossements.

Il occupait une partie de cours et bâtiments situés entre la rue d'Alsace et la rue de l'Hôpital.

L'évêque ayant défendu d'y enterrer à partir du 1er mai 1782, la ville se mit à la recherche d'un terrain convenable, et acheta un emplacement près du chemin de Bumont; malgré que la construction du mur d'enceinte fut marchandée pour 1,215 livres, on fit observer que ce cimetière ne serait pas dans une situation convenable, à cause de la proximité de la voie d'Épinal, très fréquentée des marchands, et encombrée par les troupeaux. Aussi le 13 mars 1783, on changea d'avis, et on acheta une propriété près de l'hôpital, au lieu dit  Au-dessus-de-l'Étang"», pour 1,000 livres. Les murs coûtèrent 1,275 livres.

La croix de l'ancien cimetière fut placée dans le nouveau aux frais de l'hôpital. Elle n'existe plus, car elle fût probablement enlevée à la Révolution. Celle qui la remplace porte la date du 20 germinal, an 10. Le nouveau cimetière fut ouvert en 1785. Quant à l'ancien, il fut loué le 16 germinal an 3, pour 200 fr. Dans cet ancien cimetière, il existait une chapelle dédiée à la Sainte Famille. Le chapelain avait les revenus d'un pré, d'un champ et de deux petits jardins, donnés comme fondation et dont le revenu était d'environ un louis d'or et demi.

En 1788 et 1790, la desserte se payait 38 livres.

Le projet de théâtre

On lit dans les délibérations de l'Hôtel-de-Ville à la date du 17 novembre 1764

« La Chambre et Conseil de police assernblés, il a été dit ce qui suit : 

Quoique les arts fassent plus particulièrement leur jour dans les grandes villes, ce n'est pas à dire qu'on doive les exclure de celles de second ordre. Nous ne pouvons qu'être flattés de voir germer ici les semences du bon goût, et nous devons autant qu'il est en nous, favoriser les voeux et l'émulation d'une jeunesse distinguée qui nous a remontré qu'on pourrait, sans qu'il en coûtât beaucoup, élever en cette ville un théâtre permanent dans quelque partie de nos édifices publics, sur lequel elle représenterait à ses frais et gratuitement des pièces dramatiques, qui seraient tout à la fois une école d'urbanité et de morale. En plaignant Zaïre, on éprouve les douceurs d'une compassion généreuse ; Mérope vivifie la tendresse maternelle ; le Cid fait des guerriers et sur le portrait d'Harpagon nous détestons l'avarice. Ce serait un tableau divin que celui des avantages que le drame a faits à la société, c'est aussi aux grands peintres qu'il appartient de l'entreprendre. Pour nous, nous aurons rempli nos vues et celles de nos concitoyens quand nous aurons prié M. l'Intendant de leur donner une approbation. Nous devons le faire avec d'autant plus de confiance que ce magistrat n'est pas moins éclairé qu'ami des arts, pronostic infaillible du succès de la demande. La matière mise en délibération et tout considéré :

La dite Chambre et Conseil de police, approuvant unanimement le plan proposé (dont l'exécution ne présente qu'une dépense d'environ 300 livres pour l'achat des planches nécessaires), a acté qu'il serait exécuté immédiatement après l'approbation de M. l'Intendant, à la charge que la police des spectacles appartiendra à ladite Chambre, qui fera les règlements nécessaires pour la manutention du bon ordre. »

Une brochure publiée en 1764 et intitulée : « Histoire d'une cause célèbre traitée au temple de la gloire, toutes les nations assemblées, la veille de Décembre de la 7° année du 272e lustre depuis la fondation de la Monarchie française », attaque : le curé qui s'était alarmé du projet formé par l'hôtel-de-ville, parce qu'il le croyait pernicieux; le vicaire qui l'avait critiqué en chaire ; les capucins qui avaient fait cause commune avec le curé et le vicaire ; plusieurs légistes qui avaient partagé l'avis de leurs pasteurs ; le procureur syndic qui, après avoir accédé à la délibération, s'en était repenti ; un conseiller qui, absent au. moment de la délibération, parce qu'il travaillait à se marier, avait déclaré qu'il l'aurait empêchée ; enfin, les dévotes du lieu qui avaient suivi bande.

La brochure commence ainsi : « Thalie, muse de la Comédie, au clergé séculier et régulier de la ville de Bruyères en Lorraine, honneur et révérence comme de raison », et l'auteur tourne en ridicule, quelquefois avec esprit, toujours avec méchanceté les personnes qu'il accuse ou soupçonne d'avoir fait échouer le projet conçu par les officiers municipaux.

Les postes

En 1634, le prévôt de Bruyères dit qu'il a reçu mandement de l'année précédente, du duc Charles IV d'établir à Bruyères des postes à pied par voie de staffect pour porter en toute diligence à Plumières, Remiremont, Epinal, St-Dié, Ste-Marie, Raon et autres lieux, toutes les lettres et paquets qui lui seraient envoyés pour son service par MM. les officiers de guerre.

En 1693, le receveur demande le rétablissement de ce messager staffect, qui existait avant la guerre.

En 1704 il y avait un bureau de poste tenu par Pierre Piérot. Une lettre d'Epinal à Paris coûtait 6 sous par lettre simple, et celles allant d'une localité à une autre de Lorraine payaient 3 sous pour 24 lieues et au-dessous, 4 sous pour une distance de 24 à 44 lieues, etc.

Vers 1764, Nicolas Gaudel, commis de la poste aux lettres, se chargea d'entretenir un piéton pour aller deux fois par semaine à Docelles, sans interrompre le voyage de Bruyères à St-Dié, qui se faisait trois fois par semaine. Pour ce nouveau voyage, il demanda 36 livres.

Auparavant, en 1739, il avait 48 livres pour remettre les lettres à leurs adresses, savoir : le dimanche après les vêpres et le mercredi à deux heures de relevée.

Pendant la Révolution, le service de la poste se faisait par postillons avec voitures.

En l'an 6 le bureau de poste était tenu par J.-B. Claudel, et en l'an XII par Rovel.

L'imprimerie

Sous le règne de Léopold, il existait de nombreuses imprimeries en Lorraine, quelques-unes furent supprimées en 1768, et entre autres, celle de Champ-le-Duc. Bruyères en possédait une qui subsista après la Révolution. Elle était bien antérieure à 1768, et à cette époque elle fut conservée au sieur Vivot jusqu'à sa mort ou à celle de sa veuve si celle-ci voulait continuer.

Cette imprimerie était visitée de temps en temps par les autorités qui devaient s'assurer s'il ne s'y publiait pas d'ouvrages contraires aux lois et aux bonnes mœurs.

Les ouvrages sortis de ses presses étaient particulièrement des livres de piété, comme « Les Vérités de la religion» tirées à 2,000 exemplaires, 1773, « Les Heures nouvelles », 1 772.

 En 1771, Didelot, maître en chirurgie, publia un ouvrage sur « Cause de l'épidémie de 1771, sa nature, son traitement et les moyens de s'en préserver ». Plus tard parut « la Bible des Noëls », et enfin le Dr Mougeot y fit imprimer ses Stirpes vogeso-rhenanae.

Le château

Celui-ci qui avait joué un certain rôle pendant les guerres du XVe siècle, entre les Lorrains et les Bourguignons, dut être démoli en 1635, ainsi qu'un grand nombre d'autres en Lorraine. Louis XIII prit cette mesure afin de réduire le pays à un état où il ne put jamais faire ombrage à ses voisins. De sorte que pendant tout le XVIII° siècle, il n'en est pas question.

En 1772, Guyot et Stourme demandent les terrains de l'ancienne cure pour y établir une manufacture.

Puis, l'année suivante, les ruines du château leur furent acensées, pour une somme de 20 livres, par le domaine. 

Quelques années après, l'abbé Georgel eut cet acensement, fit boiser la montagne, jusqu'alors nue, et construisit une habitation qu'il occupa pendant la Révolution. L'accès des ruines était public, mais comme les enfants montaient sur les ruines, en faisaient rouler les pierres, et risquaient de se faire du mal, l'abbé Georgel en défendit l'entrée.

Agriculture et fontaines à Bruyères avant 1789

Agriculture

Avec les troupeaux assez nombreux, la culture était une des plus grandes ressources. L'aridité du sol donnait des céréales en quantité insuffisante. Les prairies artificielles n'existaient pas et ce ne tût qu'après la Dévolution que le trèfle et le sainfoin furent introduits. Le labourage se faisait au moyen de charrues appelées tourne-oreille, haute charrue et herté, toutes en bois, et quelquefois à la pioche. Les essieux étaient également en bois.

 La pomme de terre fut introduite à la suite des Suédois et seulement cultivée en grand au commencement du XVIII° siècle , et au début elle servait seulement à l'alimentation du bétail. La variété cultivée à cette époque a dû disparaître, modifiée par la culture. Les plus anciens types étaient l'ancienne rouge et la blanche ordinaire ou haut-bois. 

Le lin et le chanvre étaient cultivés en grand, car leur filasse fournissait la presque totalité des vêtements.(Vers 1737, Doridant essaya la culture du murier à Bûmont, mais ses plants ne durent pas résister au climat.)

L'échenillage avait été ordonné déjà en 1731.

 Nous donnons ci-après un tableau de l'état de l'agriculture état dressé d'après les statistiques municipales et les données recueillies dans les archives.

 


17731780AN IX1894
Charrues traînées par des boeufs
35401
Charrues traînées par des chevaux
2210
Nombre de jours de blé
1008035
Nombre de jours de seigle
200190375
Nombre de jours d'avoine
200200410
Nombre de jours de légumes
1001311 020(1)
Quintaux de chanvre employés en semence
34340
Quintaux de lin employés en semence
34340
Veaux
26027514
Chevaux
142198
Boeufs et vaches321380409226
Porcs251280360112
Chèvres1041902006
Mouton40050606

(1) y compris pomme de terre

Fontaines

L'eau était à cette époque, avec le feu, les principaux soucis de la ville. Celle-ci placée sur un coteau de grès ne possède pas de source. Aussi avait-on construit de nombreux puits presque tous dans le roc, tant dans les rues que chez les bourgeois.

Les fontaines publiques alimentées à grands frais étaient d'un entretien coûteux et, de plus, souvent gelées en  hiver, malgré qu'elles fussent surveillées par un fontainier.

En 1700, on fit venir un sourcier pour recueillir une fontaine sourdante à Heledraye et on enchambra celle du Faing-des-Roses. En 1706, on recourut au même sourcier pour capter trois fontaines sises à Borémont, au Haut-du-Rupt et à Hèledraye. Mais on reconnut qu'il fallait renoncer aux deux dernières. Il y eut alors en ville 4 coulants donnant l'eau de Boremont et un autre, celle des Fourches. En 1708, il y avait en outre cinq puits communaux. Lorsqu'on capta les eaux de Boremont, on eut beaucoup de peine à retrouver les anciens travaux autrefois effectués pour le même objet. En 1716, les puits communaux étaient en très mauvais état. En 1731, les fontaines furent gelées pendant trois mois, et en 1741 on les remit à neuf. En 1742, les sources du Faing-des-Roses furent recueillies et on construisit un hallier de 60 pieds de long sur 32 de large. En 1757, les fontaines étant de nouveau gelées, on construisit deux nouveaux puits par corvée, aux halles, de trois pieds et demi de diamètre et de 28 de profondeur. En 1772, il y avait 9 fontaines avec auges en bois et 7 puits découverts dans les rues.

Par suite du nombreux bétail à abreuver, il était défendu de laver du linge sous le « coulant » ainsi que dans la première auge. C'est pourquoi les contraventions étaient nombreuses et toujours punies. Aussi, en 1760, il fut permis de laver à toutes les auges, à l'exception d'une seule fontaine.

Les eaux de Boremont étaient amenées par trois tuyaux eu buis, dont un à double trous, « percé à double losse ».

Comme aujourd'hui, pendant les grandes pluies, les fontaines amenaient du sable

Les incendies à Bruyères avant 1789

Comme on vient de le voir, l'eau était très difficile à obtenir ; aussi, quand un incendie se déclarait, il était généralement désastreux. C'est pourquoi les précautions que l'on prenait étaient inouïes, et les infractions aux règlements punies avec rigueur. Malgré cela, elles étaient nombreuses.

Voici quelques-uns de ces règlements

En 1731, il y avait un veilleur de nuit, muni d'une clochette. Défense d'introduire du chanvre dans les fours, de le ceriser ou le « soinger » dans les habitations : on devait s'en éloigner d'au moins trente pas. Défense de fréquenter les écuries avec des lampes ou chandelles, à moins de nécessité absolue ; de décharger du foin pendant la nuit ; de battre en grange avant 6 heures du matin et après quatre heures du soir; de laisser des substances combustibles près des cheminées dans les greniers; de rentrer des broussailles et des feuilles sèches (excepté au printemps) ; de porter des cendres sur les greniers. Dans les cuisines, il devait y avoir une personne à la garde du foyer pendant qu'il était allumé. Dans les maisons, il y avait une grande échelle destinée à monter plus facilement sur les toits et, devant chacune, un seau rernpli d'eau (50 fr. d'amende aux délinquants et en outre ceux-ci responsables des accidents survenus par suite de leur oubli). Défense de tirer des armes à feu près des habitations. En été, dans les grandes chaleurs, il existait des patrouilles pendant la nuit, et même de jour; il était interdit de fumer en rue ; aussi les cabaretiers devaient prendre les noms des étrangers qu'ils logeaient.

Les cheminées devaient être toujours en bon état. Des visites fréquentes constataient les défectuosités et donnaient un mois aux propriétaires pour les réparer, sous peine de 50 francs d'amende. Les cheminées devaient être balayées régulièrement chaque deux ou trois mois. Malgré cela, en 1731, il y avait encore 57 cheminées défectueuses et 76 en 1741.

Les amendes étaient nombreuses et les infractions sévèrement punies. Ainsi, les soeurs de l'hôpital à la suite d'un feu de cheminée déclaré chez elles, furent condamnées à 50 fr. d'amende payables sur leurs gages.

Les principaux incendies sont les suivants

  • 1750 ; à la suite on fabriqua 12 échelles et des perches à crochet.
  • 1757, incendie des écuries des Capucins. La ville demande des seaux en cuir bouilli et un cable avec crochet en fer de façon à pouvoir tirer, au moyen de chevaux, les toitures enflammées. On aurait pu ainsi préserver six maisons sur sept brûlées, Les maisons étant recouvertes d'essains, il fut ordonné de les recouvrir désormais de tuiles ou de toute autre matière incombustible. Pour avoir des tuiles il fallait faire une lieue et demie pourquoi on essaya les différentes argiles des environs et l'on fabriqua des tuiles plates.
  • 1773, 21 et 22 octobre. 13 particuliers ont été incendiés et 6 maisons brûlées en deux heures.
  • En 1774, on acheta une pompe à incendie avec les accessoires pour la somme de 1,000 livres. Il fut, à cet effet, levé une imposition extraordinaire de 1,100 livres. Cette fois, les nobles furent compris dans cette opération, mais seulement pour 4 livres chacun.
  • 1779, le 4 décembre, il y eut 4 maisons brûlées sur la place Neuve avec, 10 ménages. Mais les sinistrés furent secourus :
    • Le prince de Rohan donna 100 livres.
    • L'évêque de Saint-Dié . . . . . . . . 30 -
    • La fondation Stanislas . . . . . . . . 1,550 -
    • L'intendant de Lorraine . . . . . . . 258 -
    • Le chevalier Franc . . . . . . . . . 62 --
    • Le comte de Walsh. . . . . . . . . 310 -
  • En 1783, il y avait 120 seaux à la commune, dont une partie achetée par la communauté, et l'autre fournie à raison de un par nouveau mariage L'entretien de la pompe et du matériel, logés dans un magasin, était adjugé au fontainier pour 699 livres. Les corps de fontaine portaient des robinets permettant de tourner l'eau sur le lieu de l'incendie.
  • 1789, le 12 mars, un incendie, qui dura de 2 à 10 heures du matin, dévora 13 ménages. L'évèque de Saint-Dié, à cette occasion, donna 310 livres et l'intendant de Lorraine, 500,
  • En mai 1789, nouvel incendie.

Impôts à Bruyères avant 1789

Les impôts qui pesaient sur le peuple, (le clergé, la noblesse et quelques fonctionnaires du tiers état étaient exempts,) étaient les suivants :

  • 1° La subvention, le vingtième et l'abonnement payables en argent au domaine et au chapitre de Remiremont ;
  • 3° Les octrois;
  • 4° Les impôts perçus pour les besoins de la communauté, comme affouages, réparations ;
  • 5° impôts des fermes : sel,< tabac ;
  • 6° La dîme ;
  • 7° Les droits du domaine
  • 8° La Mainmorte.

1° La subvention se faisait par pied certain et était devenue très vicieuse.

Dans les campagnes, la chambre des comptes supposait que les laboureurs pouvait supporter chacun une cote de 30 à 48 livres et les manoeuvres une cote de 12 à 15. Elle comptait alors le nombre de chacun d'eux, puis envoyait à chaque communauté un mandement portant que des assesseurs feraient entre les contribuables la répartition d'une certaine somme.

Les villes dont la population ne dépassait pas 4,000 âmes étaient considérées comme villages, et celles dont la population était supérieure étaient présumées habitées par des manoeuvres seulement. Elle supposait en outre que leurs ressources étaient bien au-dessous de celles des habitants des campagnes, alors leurs cotes étaient portées à 8-12 livres ; en sorte que les petites villes et les campagnes supportaient proportionnellement une imposition double et quelque fois triple de celle des villes. Ce système, très défectueux, décourageait l'agriculture et faisait déserter les campagnes. 

Lorsque la Lorraine fut réunie à la France, la chambre des comptes conserva la répartition des impôts anciens et de ceux qui furent successivement établis, sans réformer les vices du pied certain. Les vingtièmes progressifs furent accrus. Cet impôt ne frappait que légèrement les villes et malgré les réformes, lorsque les habitants de Nancy ne payaient que 12 livres et ceux de Lunéville 8, ceux du plus chétif hameau payaient 12 à 15 livres.

Les rôles de subvention ont varié de 2,400 en 1620 à 3,783 en 1793. Lorsque ce rôle était arrivé à la mairie, tous les bourgeois étaient invités sans faute â la répartition (5livres d'amende aux absents.) On nommait trois assesseurs ou répartiteurs dans chacune des trois classes de bourgeoisie : haute, moyenne et basse, puis des collecteurs. En outre de la somme fixée il fallait prélever un supplément destiné aux non-valeurs, aux frais de route des collecteurs gui portaient leur argent à Saint- Dié ,le timbre, la quittance. 

Il y avait aussi un rôle d'immeubles qui en 1780 et 1787 était composé de 

  • 156 maisons d'un revenu de 7,294 livres et taxées à 789 livres; 
  • 184 héritages 11,616 livres et taxées à 1,272 livres.

Dans ce dernier rôle étaient compris les nobles. 

Enfin un rôle d'industrie qui en 1772 comprenait :

  • Charpentiers 12 liv. 
  • Tissiers . . . . 10 » 
  • Serruriers......  5 » 
  • Bouchers. . . . l4 » 
  • Cordonniers....25 » 
  • Huissiers. . . . 18 » 
  • Selliers . . . . .  8 » 
  • Boulangers . . . 21 »
  • Fontainier 3 » 
  • Maréchaux . . . 9 » 
  • Voituriers 8 » 
  • Vitriers . . 3 »
  • Marchands en gros et merciers . 24 »
  • Tailleurs d'habits . 9 »
  • Menuisiers 8» 
  • Marchands de vin, gains, etc. . . î2 » 
  • Maçons 11 » 
  • Notaires . . . . 44 » 
  • Cossons 9 » 
  • Perruquiers . . . 6 »
  • Aubergiste 62 »

Ponts et Chaussées

Toutes les communautés devaient travailler chacune à leur égard au rechargement des chaussées mises à leur charge pour les réparations et devaient entretenir à l'avenir le même rechargement dans les mois de mai et d'octobre de chaque année Elles se rendront annuellement sur leurs portions le 10 de chacun de ces mois et y travailleront journellement, jusqu'à ce qu'elles soient en bon état. S'il se produit des détériorations pendant l'année, les communautés devront les réparer ; c'est pourquoi il se fera une visite de ces chaussées de 15 en 15 jours. Pour faciliter le rechargement, il sera mis des tas de matériaux de 10 en 10 toises le long des bennes. Ordonne à chaque communauté d'avoir une masse pesant dix livres pour casser les pierres. Les corvées par voiture se feront à proportion des bêtes tirantes ».

En outre, il y avait chaque année une certaine imposition en argent pour l'entretien et la confection des routes en Lorraine. En 1787, cette imposition se montait à 1,091 livres, plus 59 livres pour les dix deniers par livre et les non valeurs, pour Bruyères.

Les corvées sur les grandes routes furent abolies en 1788, mais remplacées par une prestation en argent qui, en 1789, se montait à 3,335 livres.

Octrois.

Ils ont toujours été le revenu le plus clair de la commune en même temps que le plus important : les revenus patrimoniaux étant à cette époque de très faible importance.

L'octroi autorisé en 1717 et renouvelable chaque neuf années fut de nouveau prorogé en 1740. 

Il portait en un droit, 

a) sur les boissons rentrées en ville par les particuliers ou cabaretiers,
b) sur les grains que l'on conduisait au moulin, 
c) sur les animaux de boucherie, 
d) sur les places occupées par les marchands sous les halles les jours de marché. 

Ce droit était adjugé par la ville à un fermier qui fournissait une caution, un certificateur de caution acceptés par la municipalité et tous solidaires par corps. En dehors des prix échus par l'enchère, il y avait les francs vins à la charge du fermier. Celui-ci seul, ou aidé d'un commis, percevait les taxes fixées par l'enchère, faisait des visites domiciliaires et le cas échéant, verbalisait. 

Voici quelques chiffres relatifs à l'octroi ;


173117521767 1780 
Moulage12007701120 168 7
Vin 382014351940 3558
Tuerie700500 7951297
Places 550 210 385  --­ 
Brandevin13070 175268

Les droits d'encavage furent augmentés en 1780 et 1783. La ville avait un revenu de 6,604 livres, mais de nombreuses dépenses. Aussi, en 1783, personne ne voulut soumissionner, car le nouveau droit était de 1 livre 6 sous 8 deniers par mesure. Seul Joseph Mougeot accepta pour 41 louis. Alors les aubergistes protestèrent par voie d'huissier, les notables blâmèrent la municipalité, se livrèrent contre elle à des propos injurieux; on les accusait d'avoir surpris la religion du roi. Les officiers ripostèrent, prétextant une cabale injurieuse entre certains cabaretiers qui ne voyaient que leur intérêt personnel. Une nouvelle enchère eut lieu ; les officiers attendirent trois heures et il se présenta seulement douze curieux. Les officiers en référèrent à l'intendant en demandant de faire régir le nouvel octroi par la ville elle-même. Une troisième enchère eut encore lieu ; la ferme fut adjugée provisoirement à 70 louis, enfin un amateur l'obtint quelques jours après pour 73, ce qui, avec les francs vins, faisait 2,531 livres 13 sous.

Pendant la Révolution, les octrois furent supprimés; mais la ville dut bientôt en demander le rétablissement (an XIII). En l'an XIII, ils rapportaient 5,660 francs.

Sel. 

Le sel était monopolisé et les commis des fermiers le débitaient à des prix généralement très élevés. En 1789, le prix de la livre tomba à 6 sous, et en 1793, après la suppression des fermes, il ne coûtait plus que 2 sous 3 deniers. La ville avait droit à une quantité de sel déterminée par sa population et le nombre de ses bestiaux, savoir : chaque personne, 10 livres , et les bêtes, 5 livres ou 2 livres et demie. En thermidor an II, il y avait ainsi 1,970 habitants et 1,286 têtes de bétail. Ce sel devait être pris à la saline par la ville. Un habitant de Rambervillers, en 1793, étant venu avec un chargement de sel qu'il voulait vendre 6 sous la livre, eut sa marchandise confisquée et vendue sur la place à raison de 3 livres à chaque personne et à 3 sous la livre.

Tabac.

Quant au tabac, la vente et la culture en appartenaient à un fermier qui livrait son tabac plombé, cacheté et taxé à 9 sous la livre, 7 sous le commun. Les tabacs de luxe variaient de prix selon leur nature et leur parfum.

En 1792, on eut la faculté de le cultiver et de le débiter dans tout le royaume ; mais le tabac étranger était prohibé.

Droits du domaine.

I1 y avait le droit de taverne, savoir : 10 fr. pour les cabaretiers avec enseignes et qui logent, et 5 fr. pour ceux qui ont bouchon.

7 maisons seulement étaient imposées. Enfin il existait une redevance de 30 fr. pour droits d'usage dans les bois de Boremont

Mainmorte.

Les comptes, depuis 1774, portent que ce droit est prescrit. Mais il y est dit, dans ceux depuis 1730, que tous les sujets et habitants de la dite mairie de Bruyères sont mainmortables et attenus à la même redevance que les sujets et habitants des autres ban envers l'office de Remiremont pour la moitié, excepté ceux qui en sont exempts ; que les dits habitants ayant refusé de payer, on a fait consulter à Nancy Sur ce droit, et il a été délibéré qu'il est prescriptible suivant la consultation, alors les officiers n'ont pu rien percevoir.

Règlements de police à Bruyères avant 1789

 

Les officiers municipaux avaient sous leurs ordres un agent créé en 1722, et appelé valet de ville, chargé de surveiller l'exécution des ordonnances. En outre, il sonnait les cloches contre le temps, les orages prochains ou au premier coup de tonnerre et pour les processions, battait la caisse, curait et soignait les fontaines, se rendait à l'hôtel du prévôt deux fois par jour pour y recevoir ses ordres, assistait les autres officiers, faisait trouver les personnes qu'ils demandaient, appelait aux assemblées de la ville, faisait la collecte des deniers publics, veillait à la police des marchés, du balayage, des cabarets, etc.

En 1754, il y avait deux sergents de ville qui, en outre, devaient surveiller les mendiants afin que « les particuliers  ne soient pas obsédés de leurs importunités ».

Ces deux sergents de ville avaient chacun 120 livres par an avec un vêtement à la livrée de la ville. Ils devaient tenir leurs cheveux bien liés et entretenir leurs hallebardes.

Les contraventions observées par les agents étaient consignées sur le registre des délibérations municipales, et comme l'amende se trouvait porté sur les règlements, l'application en était faite et ne donnait lieu à aucune procédure. Le délinquant était amené devant les officiers municipaux réunis à l'hôtel de ville. Après une explication sommaire, on le faisait retirer pour la délibération, puis, la peine fixée, on lui en donnait connaissance. La condamnation ainsi prononcée correspondait presque toujours à celle fixée par les règlements. On acceptait les dénonciations, même elles étaient engagées, car le dénonciateur recevait souvent le tiers de l'amende.

Les règlements étaient généralement observés. Les quelques infractions que l'on rencontre étant toujours punies avec rigueur. Les bourgeois s'y soumettaient donc, mais ce n'était peut-être qu'en murmurant; ils n'osaient attaquer les officiers. En effet, un sieur Cunin, maréchal, avant un jour dit que les officiers étaient des f..., des b..., des voleurs; Je m'en f..., etc., fut appréhendé au corps et conduit en prison. Une enquête sérieuse eut lieu et Cunin fut obligé, étant amené à la mairie, de déclarer, tête nue et à genoux devant les officiers et les bourgeois assemblés, que, faussement et calomnieusement, il avait proféré des injures atroces, qu'il avait fait un grand scandale dans la ville, qu'il s'en repentait, en demandant pardon à Dieu, au Roy, à la justice et aux officiers. Puis il fut condamné à six mois de prison, au pain et à l'eau et à 100 livres d'amende (1755).

Si nous examinons un autre genre de contraventions, nous voyons que des gamins qui avaient volé des cerises dans un jardin furent condamnés à 4 jours de prison, au pain et à l'eau et à 7 livres d'amende. Une femme qui avait arraché et volé des semenceaux de poireau et de chou, fut condamnée à être promenée en ville avec les choux volés placés devant et derrière elle, exposée au pilori pendant 3 heure un jour de foire, puis mise en prison.

Une autre femme, qui avait volé des pois dans un jardin, fut de mème promenée en ville avec des branches de pois comme ornement. Une autre fut, de même, exposée avec des branches de groseillier volées.

Le 15 janvier 1769, il existait un jeu de billard où la jeu­nesse passait souvent les nuits. C'est pourquoi il fut défendu au maître du billard de donner à jouer aprèsla retraite sonnée, et pendant la messe le dimanche (10 fr. d'amende à chaque joueur et 25 au propriétaire.)

Les règlements du balayage étaient les même qu'aujour­d'hui, mais appliqués avec beaucoup plus de rigueur. Et pour­tant, à cette époque, on ne connaissait pas les microbes.

Les propriétaires devaient balayer devant leurs maisons deux fois par semaine ; 1e jeudi matin, à 6 ou 7 heures, et le samedi soir, à 3 ou 4 heures, selon les saisons. Les heures indiquées étaient rappelées par la "berloque" qui était sonnée pendant 8 minutes. Les ordures étaient enlevées ou par les propriétaires ou par un boueur. Comme il était toujours défendu de laisser courir les canards et les oies dans les rues, attendu « que ces animaux sont nuisibles et infectent l'air par les ordures qu'ils remuent, salissent les pâturages par leur fiente, alors liberté aux particuliers et aux sergents de ville de les tuer.» Il n'était pas rare de rencontrer des tas de fumier dans les rues et sur la place, malgré les ordonnances qui exigeaient de les enlever en 1700.

Les Bohémiens n'étaient pas tolérés à Bruyères, pas plus que dans toute la Lorraine.

Les mendiants valides devaient travailler selon leurs forces et leurs métiers. Il était interdit de mendier dans les églises les rues, aux portes, sous peine de prison sur le champ. Les pauvres, les infirmes, n'ayant aucune ressource, étaient entretenus plus ou moins par un bureau spécial appelé bureau des pauvres, qui était alimenté par des quêtes faites à l'église et dans les rues. Les dons volontaires rapportant peu, devinrent forcés, car les officiers de police pouvaient user de toutes les voies raisonnables pour obliger les riches à augmenter leurs dons, même taxaient ceux qui refusaient l'aumône ou qui notoirement l'offraient trop modique. En 1734, les quêtes de l'église ne rapportant plus guère, l'inspecteur du bureau des pauvres décida qu'elles seraient désormais faites par les avocats du siège bailliager.

Terrains communaux, troupeaux, forêts et chasse à Bruyères avant 1789

Terrains communaux et troupeaux

Les principaux terrains communaux d'étendue assez vaste pour servir de pâturages étaient les suivants en 1772 :

  • 1° Une feigne devant Faite, de 249 jours ;
  • 2° Le faing des Aulnes, de 32 jours ;
  • 3°  4° et 5°La tête du Corbeau ; la montagne de Parosey ; Heledraye, qui contiennent 228 jours, et sont formées de terrains secs et arides, couverts de bruyères et de roches;
  • 6° Le faing de la Basse de l'Ave, un marais en partie couvert de gazon, de 37 jours ;
  • 7° Le faing du Coucheux, de 10 jours, était un assez bon pâturage ;
  • 8° La montagne de Bumont, de 181 arpents; 
  • 9° La montagne de Pointhaix, de 202 ,jours;
  • 10° et 11° Les 2 Avison, la grande de 78 jours et la petite de 86 donnaient peu de pâturages ;
  • 12° Le faing le Prêtre de 18 jours; ;
  • I3° Le faing du Temps-Perdu de 9 jours;
  • 14° La commune de Devant-Boremont de 146 jours, formé d'un gazon avec crassin couvert de genévriers, en partie sec et aride ;
  • 15° Un petit pâturage en marais de 1 jour. (d'aprës une carte dressée en novembre 1772.)

En outre, la ville possédait un certain nombre de parcelles éparses, louées pour des durées très variables. Ces terrains n'étant pas limités, il se produisait suivant des empiétements que :'on dut réprimer, soit par des abornements à l'amiable ou par des poursuites judiciaires. Pendant la Révolution, la ville revint à nouveau sur ces usurpations et au Lavoir sept particuliers durent rendre le terrain volé. Pour juges, on prenait les plus anciens bourgeois, et avant d'opérer on leur faisait prêter serment. Même en 1776, les habitants de Brouvelieures vinrent labourer les terrains communaux de Fouchon et d'autres communes voisines réduisaient le vain parcours ou interceptaient les chemins.

Le bétail de la ville était mis en pâture la plus grande partie de l'année dans ces terrains communaux, et des pâtres se chargeaient de la garde du bétail moyennant une certaine somme fixée par enchère publique. Tout propriétaire était contraint de mettre son bétail au troupeau et payait 5 livres par tète. Néanmoins, on avait la faculté de faire garder ses bêtes à part dans ses immeubles ou dans des parcelles communales trop petites pour y mettre le troupeau en entier; mais il fallait payer au pâtre la taxe convenue. Les porcs, les chèvres faisaient un troupeau à part et ils ne pouvaient être conduits le long des haies ni gardés par des enfants. Le pâtre devait entretenir les bêtes mâles que la ville lui fournissait, présenter au montent de l'adjudication une caution pour la sûreté de ses engagements et des rapports auxquels il pouvait s'imposer et répondait des bêtes qui lui étaient confiées.

En 1772, il y avait 321 vaches, 250 porcs et 101 chèvres. L'année suivante, 1e nombre des porcs se montait à 300 que l'on demanda pouvoir envoyer â la faine et aux glands dans la forêt. Mais le troupeau ayant commis des dégâts, le pâtre fut condamné aux frais et vu son insolvabilité la ville dut payer 268 livres à la maîtrise de Saint-Dié. A la même époque, Doridant possédait 400 moutons dans sa ferme de Bumont.

Forêts

En dehors des terrains communaux de Heledraye, Bumont, les deux Avison et Pointhaie, boisés au commencement de ce siècle, Bruyères possède des forêts à Faîte, Bois-de-Champ et Boremont

1° La forêt indivise de Faîte, désignée autrefois sous le nom de Bois-des-Bains-des-Eaunes, est d'origine patrimoniale. 

Le plus ancien titre de propriété qu'on retrouve est une lettre patente du 6 novembre 1558, par laquelle le comte de Vaudémont, tuteur du duc Charles de Lorraine, autorise, sur une requête présentée par les habitants et manants de Bruyères, Champ, Lauvaux, Preys et Fays à pouvoir mettre et ériger en bois un bois rappaille à eux appartenant, appelé le bois des Bains-des-Eaunes, en nature de bois de haute futaie pour eux et leurs successeurs. La lettre patente indique les limites de ce bois; elles correspondent avec celles, de la forêt d'aujourd'hui .

Un décret. impérial du 3 novembre 1809 prescrivit l'abornement, l'arpentage et la division en 30 coupes pour trente ans de révolution, avec apposition d'un quart en réserve des bois communaux indivis.

Cette forêt fut partagée en 1867 de la manière suivante :

  • Bruyères 351 hectares ; 
  • Champ, 51 ; 
  • Fays, 56 ; 
  • Prey, 44; 

2° Les bois de Champ proviennent de cantonnement des bois d'usage des communes suivantes dans la forêt domaniale de Champ

  • Bruyères, 180 hectares;
  • Champ, 23 ;
  • Laval, 30 ;
  • Fiménil, ,28 ;
  • Fays, 25 ;
  • Beauménil, 12 ;
  • Vervezelle, 9 ; 
  • Prey, 8.

Ces communes n'ont aucun titre de possession ; on trouve seulement trace de leurs droits en  1629 et 1631, époques où elles payèrent une certaine redevance. Vers 1660, Bruyères payait 50 livres ; Fiménil, 10 ; Champ, 10 ; Laval, 10 ; Prey, 5 ; etc. 

Cette forêt, d'abord indivise, a été partagée ultérieurement ;

3° La forêt de Borémont a été partagée en 1784 entre les communautés suivantes

  • 1°, Bruyères et Champ;
  • 2° La Chapelle et Laveline;
  • 3° Brouvelieures ; 
  • 4° Belmont et Domfaing, Vervezelle ; 
  • 5° Les Poils

Lorsqu'on voulut plus tard faire le partage entre Bruyères et Champ, on ne trouva que les titres suivants

  • a) Deux comptes de 1670 à 1765 portant les redevances des communes ci-dessus, excepté. Bruyères et Champ ;
  • b) Une procédure d'abornement dans laquelle on ne parle encore ni de Bruyères, ni de Champ ,
  • c) Une déclaration de Champ-le-Duc qui dit avoir eu de temps immémorial 248 arpents dans la forêt de Boremont ;
  • d) Un acte d'abonnement fait en 1777 ;
  • e) Un état descriptif de toutes les forêts domaniales, communales et usagères de la gruerie de Bruyères sans date ni signature ;

Délivrances faites à différentes époques par les officiers de l'ancienne maîtrise dans la forêt de Boremont aux communes de Champ et Bruyères.

C'est pourquoi l'on fut bien embarrassé. Mais l'étude du peu de documents que l'on possédait permit de conclure que Bruyères et Champ n'avaient jamais joui de cette forêt qu'à titre d'usage, mais d'un usage de la nature la plus étendue, qui équivalait à la propriété.

Les forêts étaient administrées par des gruyers qui veillaient à leur garde et s'occupaient de leur comptabilité. lis avaient sous leurs ordres des lieutenants chargés de faire la délivrance des coupes de bois, abornements, etc. Ces gruyers, institués en 1164, furent supprimés en 1698. Les prévôts les remplacè­rent; puis, en 1701, il y eut pour le domaine ducal cinq commissaires généraux. Ceux-ci, supprimés en 1727, furent rem­placés par les grands gruyers, maîtres et réformateurs des eaux et forêts dont les offices étaient héréditaires. Stanislas, en 1757, établit les maîtrises, et Bruyères dépendait de celle de Saint-Dié.

Les forêts communales étaient surveillées par un garde nommé par la ville, agréé par la maîtrise. Il prêtait serment, possédait un marteau de délit et avait un traitement de 50 livres. En 1755, il fallut créer un second gaule.

Les bois étaient donnes chaque année aux habitants sous forme d'affouage et de devis ces derniers devant exclusivement servir en nature pour l'entretien et la réparation des maisons.

En 1755, l'affouage de Faite donne une corde de bois à cha­que habitant. Les frais étaient de 18 sous par corde, 8 sous le cent de fagots et 4 livres, 10 sous pour frais de marque.

En 1763, les officiers de l'hôtel de ville se plaignent : Depuis l'établissement des maîtrises, on a supprimé les affouages de dix à douze cordes de bois par habitant dans les bois de Champ. On payait aux officiers de la pruerie 15 sous de Lorraine et un cens de 25 francs barrois au souverain et autant au chapitre de Remiremont, co-propriétaires de cette forêt Malgré cela, l'affouage supprimé, le cens a presque triplé ; c'est pourquoi la ville demande le partage de ces bois. La maîtrise accorda alors de nouveau les affouages; mais les bourgeois, cette fois, se plaignirent des régisseurs qui percevaient trop et ne voulaient rendre aucun compte il fut décidé qu'un officier de l'hôtel de ville s'occuperait de ces fonctions de régisseur.

En 1779, la plupart des habitants n'acceptent pas leurs affouages, car ils leur reviennent trop chers. La commune les fait vendre pour payer les frais de marque. Cette coupe était située sur la tête du Neuf-Moulin.

En 1788, la coupe marquée donna une corde de bois à chacun des 450 habitants, à raison de 3 livres 10 sous par affouage. La maîtrise de Saint-Dié demanda 1292 livres.

En 1793, il se produit des dilapidations dans la forêt de Champ. « Des devis marqués sont vendus au lieu de s'en servir, ou ne servaient qu'en partie; certains gardes sont de connivence avec les délinquants. Plusieurs particuliers demandent jusqu'à trois devis pour la même maison; d'autres, gui n'ont aucun droit dans la forêt, obtiennent des bois; il y a des coupes clandestines marquées, ou enlevées ou en exploitation. De plus, les enchères sont à des prix exagérés et bien au-dessus des moyens des citoyens ordinaires. Ainsi, Colombier achète tous les bois et les fait hausser, etc. » C'est pourquoi les députés des communes ayant droit, unis au Conseil général de Bruyères, dénoncent ces abus au directoire de Saint-Dié, abus dont la maîtrise est responsable. En outre, ils demandent que les bois marqués ou en coupe soient saisis et séquestrés, que les devis soient justifiés, qu'aucun bois ne soit plus délivré sans enchère publique, que les coupes ne soient plus si considérables, que les scieries particulières où se débite clandestinement le bais 

En 1793, Colombier donne 50 cordes de bois à Boremont aux pauvres de la ville, mais les officier,, constatent que ce bois est de rebut et ne vaut pas la voiture. Néanmoins ils remercient Colombier tout en n'acceptant pas son cadeau.

An 14 il y eut une vente de bois pour subvenir aux frais des fontaines, et en plus chaque habitant reçut un affouage.

Droits de chasse

Les nobles, ceux reconnus comme tels et les personnes qui étaient dans le service avaient seuls le droit de porter des armes. Toutefois, les officiers de justice, les marchands et les bourgeois en voyage pouvaient s'armer pour leur défense seulement.

La chasse était de même un privilège. C'était, dit Léopold, un divertissement des plus innocents, qui ne convient qu'aux nobles et aux seigneurs. C'est pourquoi les contraventions étaient punies sévèrement. D'abord, la chasse, dans les propriétés du domaine, appartenait au souverain seul, et les délits commis par les nobles ou les ecclésiastiques étaient plus fortement réprimés que pour le peuple. A son tour, le seigneur, sur ses terres, agissait comme le souverain et gardait cette prérogative avec un soin non moins jaloux.

La chasse était ouverte toute l'année et partout à l'exception des terres ensemencées depuis que les grains "sont en tuyaux" jusqu'après la moisson.

Les sangliers n'étaient chassés que lorsque les bois en étaient suffisamment garnis; enfin , quant aux loups, renards et autres bêtes puantes, le souverain se réservait d'y pourvoir selon l'exigence des cas. Les chiens des laboureurs devaient porter un billot au cou ou urne chaîne traînante.

La pèche était soumise à des règlements aussi sévères.

les écoles à Bruyères avant 1789

1° Langue latine. 

Cette école existait depuis 1727. Le 6 juin 1736, le régent Robert étant parti en Alsace, les officiers municipaux en constatant la très grande utilité de cette école pour les enfants de la ville, et les écoliers étrangers, nomment pour lui succéder Joseph Claudel, de Dompierre.

Il y avait classe tous les jours, trois heures matin et soir à l'exception du Jeudi soir. Les vacances partaient du Jeudi ­Saint au mardi de Pâques, et depuis 1a Saint-Mathieu à la Saint-Luc. Chaque vendredi soir : composition, et le samedi soir : répétition des leçons, du catéchisme et des principes de la doctrine chrétienne. Tous les jours, le maître conduisait ses élèves à la messe, et le dimanche il devait également les contraindre à assister à cet office.

Le régent était exempt de toutes les charges et impositions. Il devait se pourvoir d'un logement convenable pour l'enseignement, commode et chaudement tenu pendant l'hiver. Son traitement était de 2 livres par mois par élève, et 280 livres en 1756.

En 1786, Bertrand, qui avait dirigé cette école pendant quarante ans, obtenait de la ville une pension de 155 livres.

En 1788, Tassard alors régent avait 155 livres de traitement. Cette école dû être supprimée à la Révolution.

2° Ecole primaire.

Elle existait depuis très longtemps, car au XII°siècle elle était confiée à un ecclésiastique.

En 1750, sur les remontrances du curé, le maître d'école ne pouvant exercer ses fonctions en même temps que celles de marguillier, les deux fonctions furent séparées. Plus tard Laurent, successeur de Babillon, cumula les deux emplois, mais prit un clerc.

L'instruction comprenait : la foi catholique, apostolique et romaine, les prières, la lecture, l'écriture, l'orthographe, l'arithmétique, le catéchisme, le plain-chant.

Les classes avaient lieu de 7 à 11 en été, de 7,5 à 11 en hiver et de 1 à 4 le soir. A 4 heures, les enfants étaient conduits au salve à l'église. Il n'y avait d'autre congé que le jeudi soir.

Le maître était logé,mais devait entretenir la maison. Sa rétribution était la suivante : Les enfants qui n'écrivaient pas payaient 9 deniers par semaine, et ceux qui écrivaient, 1 sou. Les pauvres ne payaient pas, la ville s'en chargeait. En outre, l'instituteur avait un traitement de 300 livres.

Chaque trois mois il donnait un état des enfants qui fréquentaient l'école.

Lorsqu'il était marguillier, il devait prendre soin du linge d'église, habiller le curé et autres prêtres pour la messe, faire sonner les cloches, chanter à l'église, laver les linges, balayer l'église, carillonner aux fêtes principales, faire ranger les enfants à l'église et aux processions.

Il ne pouvait rien tirer pour les baptêmes, mais acceptaient ce que les parrains et marraines lui donnaient. L'extrême ­onction était aussi administrée gratuitement. Il percevait un franc pour les fiançailles et les mariages, un sou 6 deniers pour les relevailles, trois gros pour chanter une messe, neuf gros pour les matines, un franc pour un enterrement. Il devait fabriquer les hosties et les cierges pour 160 livres 15 sous.

L'entretien de l'horloge et la retraite du soir n'étaient pas à sa charge.

Les deux sexes étaient séparés : les filles étant instruites par une soeur de l'hôpital. En 1733, les soeurs ayant refusé de faire la classe, les deux sexes furent réunis. Lorsque le maître d'école eut un clerc, ils furent de nouveau séparés.

Une des écoles se tenait prés de l'église, tandis que l'autre, celle des garçons, occupait une des salles de l'ancien hôpital. (1773-1786. )

Une autre école de filles existait à l'hôpital, car, en 1742, le comte de Girecourt payait annuellement une somme de 60 livres pour cette école. Et en 1753, il paie aux héritiers de la demoiselle Darnolet une somme de trois raille livres de Lor­raine, en déduction du prix de la ferme de Girmont, acquise sur cette dernière par l'hôpital, a charge pour les administrateurs de cet établissement d'y fonder à perpétuité une école de filles dirigée par une soeur de Saint-Charles. Cette dernière école fut fermée en 1793 sur le refus de la soeur de se conformer aux nouveaux réglements. Elle fut réouverte en 1827.

En ce qui concerne la population scolaire, nous n'avons trouvé aucun renseignement.

Prévôté et baillage à Bruyèes avant 1789

En 1594, Bruyères était le chef-lieu d'une prévôté comprenant 77 communes et dépendant du bailliage de Vôge. En 1751, le siège bailliager de Bruyères fut créé grand bailliage et administré par le bailli (comte de Girecourt), le lieutenant général, le lieutenant particulier assesseur, deux conseillers, un avocat procureur du roi, un greffier, un lieutenant général civil et criminel, un lieutenant particulier civil et criminel, un assesseur civil et criminel, six conseillers, deux huissiers audienciers, huit huissiers ordinaires, huit procureurs postulants, huit notaires royaux et tabellions et enfin un certain nombre d'avocats (dix en 1789).

Communautés formant le bailliage de Bruyères.

  

1. La ville de Bruyères et ses dépendances.

2. Aumontzey.

3. La mairie de Barbey, composée de Seroux, censes et granges qui en dépendent.

4. Bayecourt.

5. Beauménil et la cense de Rondchamp.

6. Le Ban de Belmont, composée de Brouvelieures annexe de Grandvillers, Haut-de-Belmont, 1e hameau de Malien, les censes et scieries qui en dépendent.

7. Le Void-de-Belmont.

8. Le Ban-de-Biffontaine comprenant : Biffontaine, et les censes de Lespach et de Lembanie.

9. Le Boulay.

10. Champdray et les censes qui en dépendent.

11. Champ-le-Duc.

12. Bois-de-Champ où se trouvent Vervezelle et plusieurs censes et scieries.

13. Juration de la Chapelle, la Rosière, le fief clé Saulget et plusieurs censes.

14. Cheniménil.

15. Doyenné de Corcieux, composé de Corcieux, Bellegoutte, La Nol, les Cours, Thiriville, Neune, partie de Mariémont, la Houssière, la Cotte, Vichibure et Ruxurieux.

16. Les Arrentès du Ban-de-Corcieux composés des maisons de Vanémont, Ruxurieux, Mariémont et plusieurs autres censes.

17. Deïcimont et le fief de la Haute-Verrière.

18. Destord.

19. Docelles et Vraichamp, papeteries.

20. Domévre-sur-Durbion, la seigneurie de Darnieulle et les fiefs de Pétard.

22. Le ban de Dompierre, composé de Dompierre, Méménil, Viménil et de partie de Fontenay et Aydoille.

23. Le ban de Faucompierre, composé de Faulcompierre et de Saint-Jean-du-Marché.

24. Fey.

25. Fiménil et les censes qui en dépendent.

26. Juration de Frambéménil, composée de Frambéménil et de plusieurs maisons et censes qui en dépendent.

27. Fremifontaine.

28. Girecourt-sur-d'Urbion et le fief de la Basse-Verrière.

29. Grandviller,composé de hameaux appelés Saudhet, Latte, Grand-Mont, Petit-Mont.

30. Le ban de la mairie de Granges, composée de Granges, Bréchigranges, Evelines, des hameaux de Genazeville, le Jay, les Paires, les Voeds, le Vinot, les champs des Cherrières, Falurgoutte, Gadémont et de plusieurs autres censes.

31. Les Arrentès, au-dessus de Granges, communauté composée de sujets et de maisons répandus dans le ban de Granges.

32. Les vieux Arrentès de Granges où sont les hameaux des Cherrières et du Jay. 

33. Les nouveaux Arrentès de Granges. 

34. Gugnecourt.

35. Herpelmont et les censes qui en dépendent. 

36. Jussarupt, le Haut-Vinot, le Bas-Vinot et plusieurs censes. 

37. Laval et la cense d'Antilleux.

38. Lépanges.

39. Laveline-devant-Bruyères.

 40. Les Poulières. 

41.Martinprey, seigneurie et censes. 

42. Mortagne en Vôge,

43. La Neuveville-devant-Bruyères et les censes qui en dépendent. 

44. La mairie de Nonzeville, composée de Nonzeville et du fief de l'Etang.

45. Pierrepont-sur-Arentelle.,

46. Praye-sur-Vologne.

47. Rehaupal et Varinfète.

48. Rennegoutte (village-mairie).

49. La mairie de Ruxurieux, composée de Ruxurieux, partie de Gerbépal, Rambaville, Spongôutte et les Fourneaux. 

50. Mairie de la Tour, composée de plusieurs maisons qui sont à Corcieux, La Cotte,Hennegoutte, la Houssière, Thiriville.

51. Le ban de Vaudicourt, composé de Charmois, le Roullié et de partie de Fontenay, Aydoille et Nonzeville.

52. La mairie de Vichibure, composée de Vichibure, le Chesné, la Charmelle, de partie de Gerbépal et des censes de la lasse de Martinprey et autres.

53. Vienville, fief, paroisse de Champ. 

54. Les Arrentès-d'Yvoux, communauté composée d'Yvoux, village, et des censes du Closel,du Neuf-Pré, de la Faigneulle, de Lanez, de Pedaigneul, trois à la Bolle, Prey-du-Lait, la Saulce, Heulimont, Houdry, Halle-de­Saint-Boisfaing, Rupt-du-Grand-Buisson, Moulure de Barcelone, et deux sur la côte, paroissiens de la Chapelle.  

Les milices à Bruyères avant 1789

Le recrutement de l'armée en Lorraine, et plus tard quand celle-ci fut réunie à la France, se faisait par voie d'enrôlements volontaires. Les hommes de 16 à 40 ans devaient avoir une taille de cinq pieds un pouce. Le prix de l'engagement était de 10 écus au maximum en plus l'équipement et un pourboire qui variait de 5 à 30 livres, selon la taille de l'engagé.

Les enrôleurs étaient généralement des sous-officiers, qui devaient agir loyalement et être de bonne réputation. Mais, pour augmenter la gratification qui leur était donnée en proportion du nombre d'hommes qu'ils parvenaient à enrôler, ils se sont rendus célèbres sous le noms de racoleurs.

Lorsque les levées volontaires étaient insuffisantes, on y pourvoyait par voie de tirage au sort.

Les miliciens, après six années de service, étaient exempts de subvention pendant un an, dans les communautés, à condi­tion d'y faire enregistrer leur congé au greffe. Ceux qui se mariaient pendant cette première année jouissaient d'une nouvelle exemption de deux années et étaient exempts de collecte pendant trois ans

A l'arrivée de Stanislas, les engagements et les services militaires furent admis en France de la part de Lorrains, et les déserteur  de chacun de ces deux états se rendaient.

Pendant les guerres de Louis XIV et de Louis XV sur le Rhin, Bruyères dut très souvent loger des troupes en quartier d'hiver. Les nobles et privilégiés ne voulant fournir aucun logement, les bourgeois supportaient donc seuls cette nouvelle charge. Chaque soldat avait droit à un lit et à une chambre, le pain, le vin, la viande, l'avoine et le foin étaient en outre fournis par l'habitant. Lorsqu'il y avait des officiers de passage, la ville devait payer leur pension et souvent les faire conduire à la ville voisine.

L'administration à Bruyères avant 1789

Dans l'ancienne province de Lorraine, elle était concentrée entre les mains d'un intendant nommé par le roi de France et résidant à Nancy. Ce haut fonctionnaire, que l'on qualifiait de Monseigneur, prenait les titres de chancelier du roi en tous ses conseils, de mairie des requêtes, d'intendant de justice, police et finances, troupes, fortifications et frontières de Lorraine et Barrois. Son autorité était large et puissante sur bien des points elle était indépendante; ses actes étant moins soumis à des règles fixes que laissés à son libre arbitre ou à sa capricieuse volonté.

La Lorraine était un pays d'Etat, où les trois Ordres s'assemblaient pour voter les impôts, les distribuer et en surveiller la perception. Cette assemblée comprenait douze députés du Clergé, douze de la Noblesse et vingt-quatre du Tiers-Etat.

L'intendant avait des fonctionnaires subalternes dans les principales villes qui étaient chargés de transmettre et d'exécuter ses ordres et de donner leur avis sur les affaires administratives et quelquefois même sur les affaires judiciaires. On les nommait subdélégués.

Les municipalités devaient veiller aux intérêts communs et maintenir la police. Dans les villes, elles se composaient ordinairement d'un maire royal chef de la police, d'un ou plusieurs échevins, d'un procureur du roi et d'un greffier. Dans les villages elles comprenaient un maire, un échevin et un greffier, et souvent même, le maire et l'échevin ne savaient. pas lire. Les maires et autres officiers municipaux étaient élus par leurs concitoyens ou nommés par les seigneurs, les chapitres ou les monastères. Les maires royaux connaissaient avec les échevins de toutes les contestations personnelles concernant les biens patrimoniaux de leur ville, des rentes, revenus, deniers d'octroi, leur emploi, à l'exception des bois et rivières. En outre, ils avaient la connaissance aux contraventions aux ordonnances de police, sur les gages des domestiques, les salaires n'excédant pas 10 livres. Au-dessous de 10 livres, les assignations étaient données verbalement par les huissiers de police auxquels il était payé 5 sols par la partie condamnée. Ils accordaient, en outre, l'autorisation des proclamations, danses, jeux, fêtes publiques. Ils présidaient aux auditions des hôpitaux, et dans les villes où la justice appartenait aux seigneurs, ils avaient voix délibérative.

La justice était distribuée par des tribunaux de plusieurs ordres au-dessus desquels planait le Parlement ou cour souveraine de Nancy. La coutume générale de Lorraine régissait les bailliages.

A Bruyères, il y avait, en outre, une juridiction commune et bailliagère formée de deux juges nommés l'un par le roi et l'autre par le chapitre de Remiremont. Ils connaissaient des cas ordinaires qui regardaient les sujets communs entre le roi et le, chapitre et dont les appels se portaient directement à Nancy. Le bailliage avait même sur les sujets communs la connaissance des causes des nobles, clergé et communautés, des matières domaniales, féodales et des cas royaux.

Etat de l'administration à Bruyères en 1787.

  • Intendant de Lorraine : M de La Porte, à Nancy.
  • Subdélégué de l'Intendant: Georgel.

Baillage royal non présidial.

  • Bailli : Le comte de Girecourt.
  • Lieutenant général : Gusman.
  • Conseillers : Rapin, Vançon.
  • Greffier: Collet.
  • Procureur du roi :Febvrel.
  • Curateur en titre : Balland.
  • Receveur des Consignations : Gérard.
  • Commissaire aux saisies réelles : Valentin.
  • Juré-priseur : Mougeot.
  • Conservateur des hypothèques : Gérard.

 (Audience le vendredi.)

Juridiction communale et bailliagère.

  • lieutenant général du bailliage : Gusman.
  • Officier pour le chapitre, : Claude.
  • Officier du parquet : Collet.
  • Curateur en titre :Balland.

(Audience le samedi.)

Police municipale.

  • Maire royal: Georgel.
  • Echevins : Breton, Didiergeorge, X....
  • Procureur du roi: Doublet.
  • Echevin tresorier et secrétaire greffier: Gérardin.
  • Lieutenant consulaire des marchands :  J.-B. Claudel.

Forêts. (Maîtrise de Saint-Dié créée en 1797)

  • Maitre particulier: Bazelaire de Lesseux.
  • Lieutenant: Clément.
  • Procureur du roi: Doridant de Rambaville.
  • Garde marteau: de Maillières.
  • Greffier en chef: Souhait.
  • Arpenteur: Bareth.
  • Réarpenteur : Nicolas. (Audience le lundi).

 Officiers groyers du Chapitre de Remiremont pour la forêt de Mortagne.

  • Gruger : Bompart.
  • contrôleur : de Jacob.
  • Gardemarteau : Claude.

Maréchaussée (Lieutenance d'Epinal).

Un brigadier et trois hommes.

Procureurs.

  • J.- F. Didiergeorge,
  • Procureur syndic : J.-Blaise Laurent.

Huissiers.

  • Huissiers audienciers : J.-B.Doridant ; Thomas Valentin ; Jean Varin.
  • Huissiers ordinaires : Jacquemin ; Cugnot ; Henrion ; Claude Abadie ; Claude Loye ; Grandemange ; Fèvre ; Dominique Pierrat.

Avocats.

Didier Joseph ; Guyot Nicolas; Collot Antoine; Claude Jean-Joseph ; Balland Claude ; Biche Nicolas ; Louis Claude; Gérard Joachin ; Georgel Lambert; Laurent Jacques.

Notaires.

Didiergeorge J.-F.; Valentin; Chavane; Claudel ; Mariotte Nicolas; Batremeix .J. - B..

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