généalogie et histoires lorraines

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Dénombrement des paroisses de Metz en 1750

samedi 18 mai 2013, par Anne Auburtin

Paroisses.

Maisons.

Ménages.

Hommes et garçons.

Femmes et filles.

Total.

Pauvres ménages.

St-Victor

307

681

1209

1379

2588

79

St-Gorgon

273

473

933

1080

2013

18

St-Simplice

433

1131

1807

2149

3956

--

St-Martin

398

895

2008

2304

4314

311*

St-Gengoulf

109

219

370

437

907

123

Ste-Croix

238

421

918

1119

2037

82

St-Eticaire

249

759

1.138

1333

2441

196

St-Marcel

182

568

854

1182

2016

44

St-Simon

45

213

454

406

860

24

St-Livier

244

862

1336

1702

3008

136

St-Georges

61

228

283

363

646

--

St-Etienne

131

377

571

-653

1224

121

St-Maximin        

212

483

736

949

1685

154

Ste-Ségolène       

223

531

887

1080

1894

--

St-Ferroy

166

539

1013

1201

2214**

--

Total

3 272

8 380

14 437

14 397                 

31 834

1 281

*y compris l’hôpital ** y compris les Juifs

Source : document manuscrit de la bibliothèque de Metz publié dans l'annuaire de la société d'histoire et d'archéologie lorraine, article de J.-F. Poirier, 1892

Epitaphes et inscriptions de l'église Saint Simplice de Metz.

lundi 20 mai 2013, par Anne Auburtin

Source : Annuaire de la société d'histoire et d'archéologie lorraine, article de J.-F. Poirier, 1892

J'ai respecté l'orthographe, la numérotation et la ponctuation du document initial. Je n'en ai pas totalement  respecté la présentation qui n'aurait pas été forcément été lisible sur un blog. Les dates en gras étaient en fait dans la marge droite  ou gauche, les initiales ou les "prieis pour luy"  étaient centrés.

1. Mausolée gothique au haut du mur à gauche, entre les deux piliers les plus proches du choeur.

1300 : Prieis pour joffroy solate lou Chaingeour pour son Peire pour sa meire et pour Marguerite féme lou dit Joffroy et fille Jehan Bugli lou chaingeour. Li quels Joffrois gist a St Clément et morut l'an 1800.

2. Mausolée gothique au haut du mur à droite, vis-à-vis du précédent.

1384 : Cidsous devant latey St Thomas de Cantorbie gist Hennequin de Tornay lo chaingeour qui morut Iou XIIII° jour don moly de jullet M.CCC.IIIIxx et IIII ans pries pour luy.

3.    Tombeau gothique dans le collatéral à droite contre le mur.

1422 : Cy devant gist Collin Palliat lamant qui trespassait le VIII° jour de Novembre l'an M . CCCC. XXII. prieis pour luy

4.    Mausolée dans le mesme collatéral à droite, contre le mur, aussi gothique avec deux épitaphes.

1524 : Soubs la Tumbe qui est devant le Pulpitre gist noble écuyer Sgr Nicole Remiot en son vivant amant et eschevin du Palais de Mets et eschevin de l'Esglise de céans fils Sgnr Jehan Remiot ancien amant et eschevin et de dame Colette Deudeney sa femme lequel trespassa le 15° jour de novembre l'an M .D. XXIIII.

5.    Contre l'épitaphe ci-dessus, celle de l'épouse, aussi gothique.

1529 : Cy-devant gist dame Amée d'Aspremont fille de noble escuyer Jacob d'Aspremont et de damoiselle Anne de Choiseul dicte Daigremont sa femme. Laquelle Dame amée estoit femme à Sgnr Nicole Remiot, amant et lesclievin et trespassa le XXIIIe jours de février l'an 1529.

6 à 8.    Collatéral à droite.

1573 Cy-devant git honnorable homme Martin Breyart de Gorze vivant eschevin de ,justice du dit lieu qui deçeda le 13 d'avril 1573.
Cy gist aussi Sr Jean Breyart fils du dit Martin Breyart vivant conseiller du sr maitre eschevin de Metz qui mourut le 29 7bre 1592.
Sous la meme tombe gist Anne de la Vallée sa femme qui mourut le 7 juin 1598. priez dieu pour eux.

1591 :   Cy-deavant gisent honorables conjoincts Claude de la Vallée lui vivant eschevin de céans et procureur du pallais de cette ville, lequel après avoir exercé l'une et l'autre des charges 48 ans est décédé le 23 octobre 1591.
Et Annel de Brin sa femme ausquels Dieu a fait la grâce d'être 50 ans entiers ensemble, laquelle est décédée le 1er de septembre 1595.
Priés Dieu pour eulx.

1592 :    Cy gist auprès du Pulpitre à main droite honnorable homme florentin Marichal lui vivant conseillier du sr maitre Eschevin de Mets et eschevin de l'Eglise de céans lequel mourut âgé de 62 ans le 25 juing 1592. priés Dieu pôur son âme.
Soubs la mesme tombe gist honnorable personne sr Bernard Mareschal son fils secretaire ordinaire de la Chambre du Boy qui deceda agé de 57 ans le 3 novembre 1631.priés Dieu pour son âme.

9.    Premier pilier du choeur à gauche.

1604 :  Cy gist honnete homme Pierre Lombart tanneur en son vivant eschevin de céans natif de Vilette proche la Marche en Lorraine qui tréspassa le 21e jour du mois d'avril 1604.
Et en la même tombe joindant le puipitre git honnete femme Pasquott Bouve femme du dit Lombart qui mourut le 12e aoust 1606.
Sous la tombe à l'entrée de ce choeur git honnete homme Jean Lombart natif de Villotte proche de la Marche en Lorraine eschevin de l'église de céans qui décéda, le 2e aoust 1616   Et sous la tumbe auprès d'icelle git honnete personne Marguerite Bouve femme au dit Lombart qui mourut le Xe septembre 1631.

10.    Près la chapelle -Sc Sébastien.

1616 : Cy devant git honnête homme jean Becho tanneur lequel etant surpris d'une pleurésie a Strasbourg rendit son âme a Dieu le 17 janv. 1616, et son corps a sa très chere patrie à ses parents et amis, le 22e du même mois et année, priés Dieu pour son ame.
 
 11. Premier pilier du choeur à gauche.
 D.O.M.V.Q.M.
1617 : Proximo sub marmore jacot Nicolaus Dauburtin, eques, regius cubicularius,Dns a Charly, Chesny, Ruppigny, qui non tam sibi quam Patriae vixit .Habebat a paire joanne D'Auburtin equite Dno a Charly hic sepulto ut serviret Publico et pracesset (praeesset ?). D. uterque gratus Populo qui utrumque clegit tredecim-virum et pro crimine Praesidem . Pater annis 14. hoc officio functus, filius diu et hujus  loci scabinus ; ille natus annis 65 obiit 19 augusti 1617, iste 75 . 30 septembris 1656.
Fini pro parentibus, fratres pro fratribus franciso et Henrico d'Auburtin centurionibus in victoria prope Nortlingen caesis 1645. anniversarium hic instituerunt . Die 30 . septembris.
Preces et gloriam expectant;

12.   

D. 0. M.

1626 : Cy-devant soubs la même tombe reposent les corps d'honnorables persones sieur Fiacre Mainhulle, vivant officier de la Bulette de cette ville de Metz delle Annee Breyart, sa femme, fille des deffunts sieur Jean Breyart l'un des juges treize et delle Anne de la Vallée ses père et mere inhumés sous la tumbe joignante Lesquels ont rendus leurs esprits à Dieu. Le dit sr Mainhulle le 9 juin 1626 . agé de 58 ans et la ditte dame sa femme le 13e janvier 1654 agée de 76 ans et ont fondé à perpétuité au jour de leurs décès chacun une messe haute avec vigilles. La fondation reçue en l'arche St Gengoulf le 28 7bre 1627.

 13. En la chapelle de St • • • • dont les vitrages sont de l'an 1525.

1633 : Nicolas Maguin, escuyer, conseiller du roy amant de St Vic, trois fois maitre eschevin de Metz, eschevin de céans ayant vescu 50 ans avec dame Claude de la Vallée son épouse âgé de 80 ans . et elle de 76 . Attendent icy la miséricorde et la résurrection . il mourut le 8 d'aoust 1633 . Et elle le 18 d'octobre 1629.
Animae corum in bonis demorentur Et semen corum haereditet terram.

14. Chapelle St-Nicolas.
1636 : Sous la seconde tombe à l'entrée du choeur repose le corps d'honnete personne Jacques Joffroy tanneur bannerot et douzonnier de céans qui âgé de 30 ans mourut le 15 février 1636 . priés Dieu pour son âme.
 
15. Chapelle St-Sébastien.
 D.O.M.V.M.

1644  : Cy-devant sont les corps de feu Didier Grandmaire jadis bannerot de st Feroy et douzennier de ceste paroisse lequel ayant fondé une messe annuelle mourut agé de 88 ans le 3e décembre 1644 et de Catherine Suzonne sa femme qui déceda le 27 mars 1637.  Requiescant in Pace.
 
16.    Premier pilier à droite.
1662 : Sous la même tombe git Barbe Roller, fille du dit sr Roller vivante femme au sr Jean Larchet marchand bourgeois de la ditte ville laquelle agée de 33 ans mourut le 21 9bre 1662 . Laquelle par son testament a fondé à perpétuité une messe tous les samedis de l'année pour le repos de son âme . Laquelle a donné à la fabrique de céans une rente annuelle de 80 francs messeins. priés Dieu pour leurs âmes.

17.    Chapelle St-Sébastien.

D . 0 .M.
1669 : Hic jacet Dom . Lud . Fremyn, eques, dom . de Moronas, Pompiere etc. Regi a consiliis et in parlamenio metensi praesidum infulatorum secundus . Obiit die 18  octob. anni 1669.
Requiescat in pace.

18.    Au-dessus du bénitier en entrant à l'église.

1671 : dessous ces deux tumbes joignantes l'une l'autre reposent les corps du Sr jean le gouverneur vivant bourgeois de Metz et de dame Anne Brocard sa femme lesquels apres avoir vecu 52 ans parensemble ont fondé deux messes a pareil jour de leur deceds conformement au codicile du dit deffunt passé en l'arche St Ferroy.  Sont décédés scavoir le dit le gouverneur le 1er jour de juin de l'année 1671 agé de 70 ans . et la ditte Brocard le 17 octobre 1675  agée de 75 ans. Sous l'une des dittes deux tombes repose avec le corps du Sr jean le Gouverneur leur fils vivant amant en chef de. l'arche St Livier lequel agé de 24 ans   est décédé le 19 décembre de l'année 1669.
pries Dieu pour leurs ames.
Desoubs la premiere tombe cy-dessous joignante le portail repose le corps de damelle Mangeotte le gouverneur fille a deffunt sr jean le gouverneur et femme à Mtre jean george huissier au parlement de Metz laquelle agée de 51 ans est decedee le 21 aoust 1676.
Gist aussi damelle Anne le gouverneur vivante veuve du sr Abraham Hugueny laquelle agée de 82 ans est decedee le 17 juin 1719.

19. Famille Blaize.

1662 : Sous la tombe au pied de l'escalier reposent les corps d'honnorable personnes Mr Jean Blaize vivant marchand lequel agé de 44 ans est decede le 4 mars 1662
Et d'Anne Cardon, vivante femme au dit Blaize laquelle agée de 61 ans est décédée le 2 mai 1675.
Mr Philippe Blaize aussi, leur fils, marçhand, échevin de céans a fait dresser cette épitaphe à leur mémoire et a fondé une messe annuelle en cette église pour le repos de leur ame, lequel ayant vécu 50 ans avec honneur et probité mourut le 15 avril 1697
Et le sr JR Philippe Blaize, fils du précédent ,aussi marchand et changeur pour le Roy, apres avoir vécu 63 ans est mort résigné à la volonté de Dieu le 1er jour de l'an 1742. Lesquels sont inhumés sous la   même tombe.
Requiescant in Pace.
 
20.    Tombe de cuivre au milieu du choeur.

1684 :  Hic jacet Dns Nicolaus Verdelet Commerciensis qui diligenter functus pastorali officio in hac Ecclesia ah anno dni 1636 usque ad annum 1684 . Aetatis
suae 82 . Obiit 2a mensis Xbris 1684.

21.    Chapelle de St-Sébastien.
 
1685 : Devant cette chapelle de St-Sébastien repose le sr Pierre Mainhulle vivant échevin de céans ancien magistrat et echevin de l'hôtel de ville amant de cette paroisse conseiller du Roy substitut de Mr le proc. gén. au parlement de Metz, fils du sr Fiacre Mainhulle Bourgeois de cette ville et de damelle Marguerite Breyart lequel apres avoir servi sa majesté et le public dans tous ses employs en homme d'honneur et avec une probité consommée pendant plus de 40 années est décédé en véritable homme de Dieu le 3e may 1685, âgé de 70 ans.
priés Dieu pour son âme.
ln memoria Eterna erit justus, ab auditione mala non timebit.

22.    inscription des orgues au-dessous du buffet.

1687 : Ces orgues ont été faites et achevées par les soins des Srs Henry Louis Perrand, curé . François Plessy ; Philippe Blaize ; Pierre la Jeunesse ; et Antoine Colson, échevins de cette paroisse en Pan de grâce 1687.

23.    Inscription de la chapelle de la Ste-Vierge.

1689 : L'an 1689. Le présent autel a été fait en l'état qu'il est par les soins de Mrs H. L. Ferrand, curé ; P. Lajeunesse; A. Colson; P. Thirion ; P Robert, échevins de cette Eglise. A Dieu en soit la gloire a jamais. 

24.    Pilier de la nef.
1689 : Cy-devant sous la 1ère tombe dans la grande allée repose le corps de très vertueuse personne damelle Marie Sarra L'huillier vivante femme de Mr François Plessy l'un des amans de celte ville ancien eschevin de cette Eglise, laquelle regrettée de tous agée de 44 ans deceda le 14 7bre 1689.
Sous la même tombe repose aussi le corps honnorable homme Mr André Plessy vivant premier sergent de l'hôtel de ville de Metz et l'un des echevins de la dite Eglise le quel âgé de 80 ans deceda le 30 juillet 1670.
pries Dieu pour le repos de leurs ames.

25.    Inscription de la chapelle St-Nicolas.

1691 : L'an de Notre seigneur 1691 . Cet autel a été fait et érigé par les soins des sieurs H. L. Ferrand, curé ; P. Thirion ; P. Robert ; D. Dozanne et S. Besser echevins de cette paroisse.
à Dieu en soit la gloire à jamais.

26.    Chapelle de St-Nicolas.

1692 : Cy gist sous la 1ère tombe en entrant, à droite dans cette chapelle Messire George Thiébault de la Carte vivant chevalier seigneur des Essarts capitaine pour le service du Roy au régiment de dragons de Barbezieres lequel etant agé de 35 ans est décédé le 14e janvier 1692.
pries Dieu pour le repos de son âme.

27.    Inscription près de la chapelle de la Vierge.
1693 : L'an 1693 a été fondé a perpétuité une octave à l'honneur de l'Assomption de la Ste Vierge pendant laquelle on doit chanter tous les jours les Complies, les litanies, et donner la bénédiction du St Sacrement.

28.    Pilier à droite
D. 0.M .
1698 : Hic jacet vir nobilis dux cohortis Bellicae Dominus David le Goullon nativa religione ejecta vix adhuc adolescens catholicam nitro suscepit et regiam jam tum ingressus militiam varia deinceps gessit bello munera servata semper fide integra et Deo et regi.
Obiit anno aetatis suae 48 . Die 6 . aprilis 1698.

29.    Premier pilier du chœur à droite.

1700 :  Cy devant gist M. Benjamin Boudier escuyer seigneur de la grange d'Envie conseiller secrétaire du roy maison et couronne de france decedé le 27 mars 1700. Dans sa 78e année.
priés Dieu pour le repos de son âme.

30.    Au 2e pilier à droite près du chœur.

1700 : Sous la tombe cy devant gisent les srs Dominique Thirion vivant eschevin de cette Eglise décédé le 18 juillet 1700, âgé de 92 ans et damelle Catherine Capcé sa femme decedee le 26 octob. 1696 . qui ont fondé à perpétuité à pareil  jour de leur décès deux messes basses et un de profundis sur leurs fosses pour le repos de leurs ames par contracte passé par leurs enfants par devant Mtre Grimant, notaire royal, le premier mars 1702.
priés Dieu pour leurs âmes.

31.    Collatéral à gauche
D .0 .M .
1702 : Sous la 1ère tombe en sortant de la chapelle St Jacques git honnête personne le sr Pierre La jeunesse marchand en cette ville et ancien échevin de cette paroisse agé de 59 ans mourut le 31may 1702.
Et sous l'autre tombe à l'entrée de la ditte chapelle gist, honnête personne Madeleine Thirion femme au dit sr pierre la jeunesse agée de 53 ans mourut le 14 septembre 1701. Lesquels ont fondé à perpétuité à pareil jour de leur décès deux messes basses de Requiem et le de profundis sur leurs fosses suivant le contract passé par leurs enfants par devant Mtre Grimant notaire royal le 14 7bre 1702.
priés Dieu pour le repos de leurs ames.

32.    Chapelle de St-Sébastien.

1713 : Cy gist le corps du sr .Jean Belchamps vivant pourvoyeur du Roy et l'un des commissaires du burreau des Pauvres décédé  le  25 fevrier 1713 agé de 53 ans lequel par son testament publie le 28 par devant le sr Dancerville notaire, a fondé en cette Eglise deux messes basses de Requiem au jour de son décès; et l'autre de celui de Sara Provost sa femme décédée le juillet 9 1720.
Priés pour eux,

33. Inscription de la chapelle St-Sébastien.
1728 : L'an 1728. L'autel de St Sébastien a été fait par les soins de M Jean Antoine Mathis curé de St Simplice ; Dominique Bricard ; Nicolas Blaise, François Ferry, François Gimel, Cuny François ; J. Do. Woirhaye; jean Marly ; et pierre Grandjean tous maitres et doyens anciens et modernes de la confrérie de st Sébastien.

1871 : Le blocus de Metz (1/6) les faits généraux

samedi 2 novembre 2013, par Anne Auburtin

Source : monographie imprimée disponible sur Gallica

Titre : Le Blocus de Metz en 1870, publication du conseil municipal de Metz, 4e édition, suivi de Mémoires pour la ville de Metz dans les négociations de paix entre la France et l'Allemagne, publication du conseil municipal de Metz, 2e édition, et de : la Lorraine et l'Allemagne, introduction à l'ouvrage "La Lorraine", publié par MM. Berger-Levrault et Cie, à Paris et à Nancy, 1885, 2e édition, par M. Aug. Prost,... (Editions posthumes)

Auteur : Prost, Auguste (1817-1896)

*****

"Dans une ville en état de siège, la loi donne au chef militaire l'autorité absolue. Sous ce régime rigoureux, la population civile et ses magistrats sont réduits à une condition tout à fait secondaire et au rôle le plus modeste. Pour les habitants de Metz, cette situation s'est trouvée encore amoindrie pendant le blocus de 1870 par l'énorme disproportion qui n'a cessé d'exister entre leur petit nombre et l'importance de l'armée qui était venue chercher un refuge auprès d'eux. La population civile s'élevait à peine à 50,000 individus, hommes, femmes et enfants, indépendamment de 20,000 fuyards que la peur avait chassés des campagnes et jetés dans la ville ; tandis que l'armée comprenait à elle seule plus de 150,000 hommes. Elle comptait de 120 à 130,000 combattants, et touchait journellement encore en octobre 160,000 rations "

"La position dans laquelle on se trouvait acculé, du jour au lendemain, était, en effet, absolument imprévue. Le gouvernement lui-même, au début de la guerre, ne semblait pas croire que Metz pût être attaqué. Cette imprévoyance était sans doute une faute; nous n'avons pas à l'apprécier ici, nous la constatons seulement. La ville n'était ni armée, ni approvisionnée; bien plus, ses défenses n'étaient pas terminées et ses forts, en cours de construction, n'étaient pas achevés. Un ministre avait cru pouvoir dire, cependant, que tout était prêt pour la guerre qu'on allait entreprendre. C'est qu'on ne pensait alors à faire de la ville de Metz qu'un dépôt de blessés pour l'armée opérant loin d'elle sur le territoire ennemi.

Ces vues se manifestent dans les premières communications faites par l'autorité militaire aux magistrats de la cité. On ne leur parle, à ce moment, ni de mesures de police, ni d'approvisionnements de vivres en prévision d'un siège ou d'un blocus. Il n'est question alors que de la constitution des ambulances. Les fonctionnaires de l'intendance pressent la ville d'adopter diverses mesures pour cet objet. Cédant à cette impulsion, le Conseil municipal décide et fait commencer la construction d'un vaste baraquement dans le champ du polygone. En même temps les médecins et les pharmaciens de la ville, de nombreux volontaires de la charité, et les femmes de toutes les conditions s'offrent avec empressement pour faire le service des futurs établissements hospitaliers. On pense aussi à créer un fonds spécial de secours pour les blessés et les malades qu'on s'apprête ainsi à recevoir; une souscription est ouverte à l'hôtel de ville ; elle dépasse bientôt le chiffre de 87,000 francs "

"C'est dans cette unique préoccupation que la population de Metz est surprise à l'improviste par le triple coup de tonnerre de Wissembourg, de Reichshoffen et de Forbach. Alors que nous ne pensions encore qu'à suivre de loin les opérations de la campagne, nous apprenons tout à coup que la guerre revient vers nous. L'armée, qui depuis quinze jours avait défilé dans nos murs pour se rendre à la frontière, se replie rapidement sur Metz. Le 7 août on entrevoyait à peine la possibilité de cette retraite ; le 11 elle était effectuée et les troupes avaient pris position au sud de la ville, sous les remparts ébauchés de ses forts. En moins de huit jours elles allaient se trouver immobilisées par le blocus autour de la forteresse."

(à suivre)

1871 : Le blocus de Metz (2/6) : la préparation

lundi 4 novembre 2013, par Anne Auburtin

Source : monographie imprimée disponible sur Gallica

Titre : Le Blocus de Metz en 1870, publication du conseil municipal de Metz, 4e édition, suivi de Mémoires pour la ville de Metz dans les négociations de paix entre la France et l'Allemagne, publication du conseil municipal de Metz, 2e édition, et de : la Lorraine et l'Allemagne, introduction à l'ouvrage "La Lorraine", publié par MM. Berger-Levrault et Cie, à Paris et à Nancy, 1885, 2e édition, par M. Aug. Prost,... (Editions posthumes)

Auteur : Prost, Auguste (1817-1896)

*****

"Au lendemain de l'échec de Forbach, la nouvelle du désastre de Reichshoffen s'était répandue dans la ville, en même temps qu'on y affichait deux décrets du même jour (7 août) : l'un mettant en état de siège Metz et toutes les villes fortifiées du nord-est, de Montmédy à Bélfort ; l'autre nommant commandant supérieur de la place le général de division du génie Coffinières de Nordeck. Un même placard contenait ces deux décrets et le texte des articles 28 et 29 du décret du 13 octobre 1863, où sont définis les pouvoirs du commandant supérieur : le premier l'autorisant à occuper tous les terrains jugés nécessaires à la défense et à faire tomber tous les édifices qui peuvent la gêner ; le second disant que, aussitôt l'état de siège déclaré, les pouvoirs dont l'autorité civile était revêtue pour le maintien de l'ordre et la police passent tout entiers à l'autorité militaire.

Le régime nouveau est inauguré sur l'heure. Un arrêté du commandant supérieur annule les opérations électorales en cours d'exécution depuis la veille, pour le renouvellement du Conseil municipal, et en ajourne indéfiniment la reprise. Un autre transforme les bureaux électoraux fonctionnant à cette heure même en bureaux de recensement de la garde nationale et ordonne la formation immédiate de celle-ci .

La première mesure étonne la population et froisse quelque peu ses susceptibilités ; la seconde est reçue avec applaudissements. Elle allait au-devant d'un désir qui s'était manifesté, dès le début de la guerre, par une démarche de simples citoyens chez le maire, le préfet et le général commandant la division, et par un vœu du Conseil municipal (séance du 18 juillet 1870).

On avait, il est vrai, reçu ensuite avec tiédeur l'autorisation du gouvernement de former des compagnies d'hommes choisis, commandées par des officiers qu'il se réservait de nommer, conformément au décret de 1852. Maintenant c'était la population virile tout entière qui était appelée, et, sous cette forme, la mesure rencontrait le sentiment unanime de patriotisme qui poussait tout le monde à saisir une arme au moment où l'on savait le territoire envahi et l'ennemi près de paraître devant nos murs.

On court aux bureaux d'inscription. Outre les hommes de vingt à cinquante-cinq ans, à qui le service est légalement imposé, se présentent comme volontaires, et en grand nombre, ceux dont l'âge n'atteint pas ou dépasse les limites fixées par la loi. En quarante-huit heures, 5,000 hommes et plus sont organisés en cinq bataillons répondant aux cinq sections de la ville, avec des officiers nommés par le commandant supérieur, sur la présentation des gardes nationaux. Ce sont de véritables élections populaires. Pour le 12 août, la milice citoyenne est armée, chacun étant allé aux arsenaux recevoir son fusil et des cartouches ; la garde de l'enceinte est aussitôt distribuée entre les cinq bataillons, et le 13 le service commence. Cette organisation était complétée, quelques jours plus tard, par la constitution de cinq batteries d'artillerie.

L'arrêté du 7 août, qui suspendait les élections, continuait dans ses fonctions le Conseil municipal existant. La loi prescrivait, du reste, à celui-ci de rester à son poste jusqu'à son remplacement. Cette situation devait, en raison des événements, se prolonger bien au delà de ce qu'on prévoyait alors, et imposer ensuite aux mandataires de la cité des obligations pénibles, à l'accomplissement desquelles ils ont considéré comme un devoir de ne pas se soustraire1

Du 7 au 12 août paraissent, à court intervalle, deux nouveaux arrêtés du commandant supérieur touchant la police des étrangers dans la ville et la suspension des poursuites en matière commerciale ; puis trois ordres significatifs prescrivant de détruire immédiatement les plantations et les édifices qui se trouvent dans les deux premières zones de défense de la place et des forts, de ne laisser entrer à Metz que les personnes apportant avec elles pour quarante jours de vivres

 Le Conseil municipal avait à sa tête un homme plein de patriotisme et de dévouement, qui en était l'âme. Donnant l'exemple à tous, l'honorable M. Félix Maréchal, maire de Metz, soutint résolument, malgré le double poids de l'âge et de la maladie, l'épreuve de ces mauvais jours. On le vit à son poste jusqu'à l'épuisement de ses forces. Après les difficultés du blocus et au milieu des amertumes de l'occupation étrangère, il mourait, en quelque sorte à la peine, le 29 mars 1871, au moment où paraissait la première édition de ce livre, auquel il s'intéressait vivement et où il avait voulu lui-même prendre sa part de collaboration. Les funérailles de ce bon citoyen, dans la triste situation où se trouvait la ville, ont été pour sa mémoire l'occasion d'un hommage mérité rendu par la population tout entière dans une manifestation publique pleine de convenance et de dignité. , et enfin, deux jours après, d'arrêter complètement cette immigration des campagnards dans l'intérieur de la ville.

L'ordre du 10 août de ne laisser entrer dans Metz que les gens munis de vivres pour quarante jours semblait impliquer que le commandant supérieur n'entendait pas pourvoir aux nécessités d'un investissement de plus longue durée. L'événement a prouvé qu'en cela sa prudence était en défaut. Cette remarque doit être faite parce que l'insuffisance des vivres a joué un rôle décisif dans la reddition de la ville. Mais, s'il est permis aujourd'hui de le déplorer, il faut se rappeler que personne alors ne pouvait demander compte de ses résolutions au commandant supérieur, maître absolu des mesures qu'il croyait devoir prendre pour la défense, remise, avec pleins pouvoirs, à sa responsabilité."

glacis_des_fortifications.jpg

image : Le glacis des fortifications de Metz, juillet 1870

1871 : Le blocus de Metz (3/6) les évènements militaires

mercredi 6 novembre 2013, par Anne Auburtin

Source : monographie imprimée disponible sur Gallica

Titre : Le Blocus de Metz en 1870, publication du conseil municipal de Metz, 4e édition, suivi de Mémoires pour la ville de Metz dans les négociations de paix entre la France et l'Allemagne, publication du conseil municipal de Metz, 2e édition, et de : la Lorraine et l'Allemagne, introduction à l'ouvrage "La Lorraine", publié par MM. Berger-Levrault et Cie, à Paris et à Nancy, 1885, 2e édition, par M. Aug. Prost,... (Editions posthumes)

Auteur : Prost, Auguste (1817-1896)

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"Les faits militaires se précipitaient pendant ce temps-là. Le 10 août, nous avions vu arriver les troupes du camp de Châlons, formant le 6e corps, sous le commandement du maréchal Canrobert. Elles venaient rallier l'armée concentrée sous nos murs.

Celle-ci, le 14, arrêtait un instant, à Borny, la poursuite pressante de l'ennemi; le 16, ayant passé de la rive droite de la Moselle sur la rive gauche, elle lui disputait encore à Gravelotte (Rezonville) la possession des plateaux; mais, le 18, à Amanvillers (Saint-Privat), elle était rejetée sur la ville d'où elle avait tenté de s'éloigner, et l'investissement de Metz commençait.

L'Empereur avait quitté, le 12 août, le commandement de l'armée, qu'il était impuissant à conduire, et l'avait remis au maréchal Bazaine, que désignaient pour ce poste et l'opinion publique et la confiance des soldats. La mission du maréchal, à ce moment, était de ramener, a-t-il dit, cette armée en arrière, en laissant la défense de Metz à une garnison secondée par la garde nationale. Dès le début, il échoua malheureusement dans cette entreprise, et, après avoir vainement cherché à se frayer un passage le 16 et le 181, comme nous venons de le dire, il avait dû se replier sur la ville, que la seule présence de ses 150,000 soldats devait protéger d'abord, mais que leur immobilité persistante devait compromettre ensuite et entraîner finalement dans leur propre désastre.

A partir de ce jour, les Messins, dans la situation subordonnée qui leur est faite, assistent, frémissants et presque sans pouvoir y intervenir, au drame où, sous leurs yeux, se joue leur propre destinée. Toujours mal ou incomplètement informés, ils ne savent, à aucun moment, ni à quel point on en est ni où l'on va.

Nous avons à constater, pendant cette période, les mouvements inquiets de l'opinion dans la population et les mesures prises sur quelques objets particuliers par le Conseil municipal, seules manifestations possibles de la vie publique, sous le régime de l'état de siège.

Le 18 août, le maréchal Bazaine était déjà sur la défensive, comme il le dit dans son rapport sommaire; il semble même avoir douté, pendant la plus grande partie de la journée, que son armée fût à ce moment l'objet d'une attaque sérieuse, et il était encore vers quatre heures du soir à son logis, au village de Plappeville
.
Ce n'est cependant pas sans un certain étonnement, et quelque chose de plus peut-être, qu'on avait été témoin de la confusion incroyable avec laquelle s'était effectué le passage de l'armée à travers la ville, pendant et après la bataille de Borny, les 14 et 15 août. Le désordre apparent qui suivit la bataille du 18 avait à son tour surpris et inquiété l'opinion publique. Le lendemain de cette affaire, tous les corps semblaient se presser confusément sur les pentes du Saint-Quentin et dans la plaine qui s'étend à ses pieds, entre les forts de l'ouest et la ville, pendant qu'au sud et à l'est de celle-ci le terrain était abandonné; à ce point que, le 19, on avait vu avec stupeur les cavaliers ennemis se présenter en deçà même de Montigny et de Magny et jusque sur les glacis des forts de Queuleu et de Saint-Julien. Le 3ecorps, puis le 2e, repassant quelques jours après sur la rive droite de la Moselle, régularisèrent heureusement bientôt la distribution des forces de l'armée autour de la place, et l'on vit en même temps ces troupes exécuter sur leurs divers fronts des lignes de défense.

Le maréchal Bazaine semblait décidé à attendre. On n'hésita pas à penser que ce qu'il attendait c'était l'armée de Mac-Mahon ; on ne doutait pas que celui-ci n'arrivât bientôt, et la pensée que sa présence dégagerait l'armée prisonnière dans ses lignes fit prendre patience à tout le monde.

Les deux mouvements du 26 et du 31 août, dans lesquels l'armée de Metz presque tout entière se porta sur la rive droite de la Moselle, parurent d'abord annoncer la prochaine apparition de cette autre armée avec laquelle on croyait le maréchal Bazaine secrètement en communication.

Cependant, le 26, les troupes étaient rentrées, après avoir été toute la" journée à la pluie sans avoir rien fait. Le 31, il est vrai, une action brillante exécutée, après une longue attente, à la fin de la journée, avait donné à tous un vif sentiment d'espérance ; mais cet espoir s'était évanoui le 1er septembre, quand on avait vu les troupes engagées rentrer le matin dans la place, après avoir abandonné pendant la nuit les positions dont elles s'étaient emparées la veille. L'étonnement fut grand, lorsqu'on s'aperçut, après ces deux journées, que les différents corps reprenaient simplement leurs positions antérieures entre les forts et derrière leurs lignes de défense, qu'ils se bornèrent, dès lors, à étendre un peu et à perfectionner.

Depuis quinze jours et plus nous étions, à Metz, sans nouvelles positives du dehors. Les derniers journaux parvenus jusqu'à nous étaient ceux du 16 août.

Nous ne savions rien des événements accomplis que le remplacement du ministère Ollivier par celui que présidait le comte de Palikao, lorsque, dans la seconde semaine de septembre, nous apprenons, presqu'à la fois, par des prisonniers rendus et par des fragments de journaux, la capitulation de Sedan, la captivité de l'Empereur, la fuite de l'Impératrice et la formation, à Paris, d'un gouvernement provisoire.

L'Indépendant de la Moselle reproduit le premier une partie de ces nouvelles dans son numéro du 12 septembre, qu'on s'arrache avec avidité, et le lendemain un caractère en quelque sorte officiel leur est donné, mais avec certaines réserves, dans une proclamation signée par le commandant supérieur, par le préfet et par le maire, où il est dit qu'on ne peut ni les confirmer ni les démentir.

La proclamation du 13 septembre parut, au Conseil municipal, lui offrir une occasion toute naturelle de manifester son adhésion à l'acte important des hommes qui venaient de prendre en main la défense nationale, et il vota dans cette intention une adresse où était exprimée cette pensée et qui fut remise au commandant supérieur, au préfet et au maire, comme réponse à la proclamation qu'ils avaient signée .

Notre situation semblait entrer dans une phase nouvelle. L'armée restait immobile. L'ennemi établissait, disait-on, pour l'enfermer, des lignes de circonvallation qu'on représentait comme formidables. Un blocus plus ou moins prolongé paraissait imminent."

(à suivre)


1871 : Le blocus de Metz (4/6) la question de la subsistance

vendredi 8 novembre 2013, par Anne Auburtin

Source : monographie imprimée disponible sur Gallica

Titre : Le Blocus de Metz en 1870, publication du conseil municipal de Metz, 4e édition, suivi de Mémoires pour la ville de Metz dans les négociations de paix entre la France et l'Allemagne, publication du conseil municipal de Metz, 2e édition, et de : la Lorraine et l'Allemagne, introduction à l'ouvrage "La Lorraine", publié par MM. Berger-Levrault et Cie, à Paris et à Nancy, 1885, 2e édition, par M. Aug. Prost,... (Editions posthumes)

Auteur : Prost, Auguste (1817-1896)

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"La question des subsistances se pose alors dans tous les esprits. Jusqu'alors le Conseil municipal s'était occupé surtout des blessés et des ambulances. Cependant, le 25 août déjà, il avait, comme nous l'avons dit, nommé dans son sein une Commission des subsistances, et le 30 août il s'était ému d'une mesure dont il avait obtenu la révocation et qui avait pour objet de livrer, comme viande de boucherie, à la consommation de l'armée, les vaches laitières existant dans la ville.

Le 13 septembre, la Commission des subsistances fait au Conseil un rapport, à la suite duquel celui-ci décide que tous les blés et les farines conservés chez les particuliers seront immédiatement mis en réquisition, pour être appliqués ultérieurement à l'alimentation publique. En vertu de cette délibération, un arrêté est sollicité et obtenu du commandant supérieur pour prescrire l'exécution de cette mesure.

Cette grave question de l'alimentation publique commençait donc à inspirer quelques inquiétudes. Jusqu'alors elle n'en avait causé aucune. On savait le maréchal Bazaine au courant de la situation et parfaitement informé des ressources de la ville, et l'on pouvait croire qu'il les jugeait suffisantes pour les éventualités qu'il prévoyait. On croyait aussi que son armée en était, de son côté, abondamment pourvue, d'autant plus que des quantités notables de denrées qu'elle aurait pu facilement recueillir dans les fermes et les villages environnant la place avaient été négligées et même parfois refusées, malgré les propositions formelles de ceux qui en étaient détenteurs. Cependant, le 10 septembre, les habitants avaient été, par ordre du maréchal, invités à livrer à l'intendance les quantités d'avoine, d'orge et de fourrage qui pouvaient dépasser les besoins de leurs propres chevaux jusqu'au 10 octobre (Append. XV). Depuis quinze jours, en outre, les vivres renchérissaient graduellement dans la ville. La viande devenait rare et quelques denrées même manquaient complètement dans les magasins du commerce. On commençait aussi à s'inquiéter de l'attitude du général en chef, immobile à la tête d'une armée nombreuse à peu près intacte."

" L'impatience publique grandissant, les choses en viennent à ce point qu'à la fin de septembre une adresse couverte d'un grand nombre de signatures est remise au maire pour lui exposer ces inquiétudes de la population et le prier de s'en faire l'interprète auprès du général en chef."

"L'impatience de tous ne fut guère trompée par les petites expéditions entreprises, peut-être pour lui répondre, vers cette époque, du 22 septembre au 7 octobre; opérations décousues, brillantes quelquefois, grâce à la valeur des soldats, mais toujours à peu près stériles et sans aucun résultat sérieux. Ce qu'on voulait de l'armée, c'est que, rompant le blocus, elle réussît à se ravitailler, ou que, tenant la campagne, elle se transportât ailleurs. "

"La question des subsistances dominait cependant de plus en plus la situation. Le 21 septembre, le Conseil municipal est touché de certaines difficultés qui s'y rattachent, des collisions à la porte des boulangers et du commerce interlope du pain entre la ville et les camps, avec les abus et les dangers qu'il entraîne. A cette occasion est proposée, pour la première fois, la mesure des cartes de consommation, renvoyée à l'étude de la Commission des subsistances et adoptée ultérieurement dans une séance du Conseil, renforcé d'un certain nombre de notables habitants (4 octobre), où se constituent des Comités de recensement pour son exécution. Les opérations commencèrent immédiatement; elles étaient longues et difficiles et la mesure ne put être appliquée que tardivement : à partir du 16 octobre seulement.

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Image : La place du maréchal Ney (juillet 1870)

(à suivre)

1871 : Le blocus de Metz (5/6) incident avec l'armée au sujet des vivres.

dimanche 10 novembre 2013, par Anne Auburtin

Source : monographie imprimée disponible sur Gallica

Titre : Le Blocus de Metz en 1870, publication du conseil municipal de Metz, 4e édition, suivi de Mémoires pour la ville de Metz dans les négociations de paix entre la France et l'Allemagne, publication du conseil municipal de Metz, 2e édition, et de : la Lorraine et l'Allemagne, introduction à l'ouvrage "La Lorraine", publié par MM. Berger-Levrault et Cie, à Paris et à Nancy, 1885, 2e édition, par M. Aug. Prost,... (Editions posthumes)

Auteur : Prost, Auguste (1817-1896)

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"Dans l'intervalle venait de se produire, les 12 et 13 octobre, un grave incident. Pour compléter la mesure de la réquisition des blés et farines, dont l'arrêté du 15 septembre avait prescrit le recensement chez les particuliers, le commandant supérieur avait, le 7 octobre, enjoint à tous les détenteurs de ces denrées de venir en faire à l'hôtel de ville la déclaration avant le terme du 11 de ce mois. Il avait, en même temps, institué des commissions mixtes de perquisition, chargées de contrôler, par des visites domiciliaires, les déclarations. Ces commissions, composées de membres du Conseil et d'officiers, étaient réunies le 12 au matin à l'hôtel de ville pour commencer leurs opérations, quand le général Coffinières, qu'on n'y avait guère vu jusque-là, s'y présente lui-même et leur déclare que, par ordre du maréchal Bazaine, c'est non pas aux greniers de la ville, comme on l'avait annoncé, mais aux magasins de l'armée que devront être portés les grains qu'on va recueillir. Il ajoute que, du reste, l'armée est près de nous quitter et qu'elle s'éloignera, soit en se frayant un passage par la force, soit par suite d'un arrangement (sic) ; que la ville alors restera exposée à un bombardement inévitable, car les Prussiens, sans s'arrêter aux lenteurs d'un siège méthodique, ont l'habitude de brusquer ainsi l'attaque des places qu'ils veulent enlever. On devra s'attendre dès lors, dit-il, à des choses effroyables (sic).

 Il est rapporté le lendemain au Conseil municipal, en même temps que lui est communiquée une lettre du général qui, pour le confirmer en quelque sorte, fait savoir que l'armée n'a plus de vivres et que la ville est sommée de lui livrer, sur ses propres approvisionnements, ce qu'exige son alimentation.

 M. le Maire, dit le général Coffinières dans cette  lettre datée du 13 octobre, j'ai l'honneur de vous  informer que les magasins militaires de vivres sont  complètement vidés aujourd'hui même. Dans les circonstances critiques où nous nous trouvons, toutes nos ressources doivent être mises en commun, et je ne saurais penser qu'il fût nécessaire de recourir à la force pour établir cette égalité entre tous. En conséquence, je vous prie et je vous requiers, au besoin, de prendre les mesures nécessaires pour que la quantité de 480 quintaux de blé soit mise journellement à la disposition de l'administration de l'armée. La première livraison, c'est-à-dire celle qui doit s'opérer immédiatement, sera enlevée par les  voitures militaires dès que vous m'aurez fait connaitre les locaux dans lesquels se trouvent les denrées.

Dans le corps de sa lettre, le général évaluait, d'après ses renseignements, les ressources actuelles de la ville à 5,000 quintaux environ, la consommation journalière de la population à 300 quintaux, celle de l'armée à 480, et il en inférait qu'on aurait ainsi du pain pendant six jours encore à peu près.

Rapprochée de la communication verbale du 12, la lettre du 13 octobre parut, au Conseil municipal, dénoter le projet de l'intimider par la double perspective du bombardement et de la famine à court délai, comme terme d'une défense qu'on ne voulait pas prolonger. Avait-on l'intention de provoquer dans la population civile des sentiments et peut-être des manifestations de crainte qui servissent d'excuse à quelqu'acte honteux? L'indignation que causait une pareille pensée fit rédiger et adopter immédiatement par le Conseil une adresse au général, dans laquelle, sans exprimer formellement les suppositions que permettait sa double communication, on lui disait que la connaissance tardive de la situation de l'armée, quant à ses subsistances, ne pouvait que causer à la population un douloureux étonnement, mais qu'on était prêt à supporter avec courage et sans faiblir toutes les conséquences de cette situation qu'on n'avait été en position ni de connaître ni de prévenir.

Cette résolution avait été prise par le Conseil municipal dans une séance de nuit, convoquée d'urgence, et qui s'était prolongée jusqu'à dix heures du soir. A cette heure avancée se pressaient encore sur la place de l'hôtel de ville des groupes nombreux, mis en éveil par ce qui avait transpiré du langage tenu la veille au matin par le général, et se demandant avec inquiétude ce qu'on allait décider et ce qu'on allait faire. La séance terminée, le maire, escorté par le Conseil tout entier, paraît devant cette foule agitée et lit à haute voix l'adresse qui vient d'être rédigée. La résolution de tenir, sans se laisser intimider, jusqu'aux dernières extrémités, est reçue avec des cris chaleureux de : vive la France ! vive la République! Le document répandu le lendemain, puis affiché dans la ville, n'est pas moins bien accueilli, et il est ratifié ainsi par la population tout entière1.

 En même temps, un certain nombre d'officiers de la garde nationale signaient, dans une réunion chez M. Racine, architecte, l'adresse suivante, envoyée ensuite au général Coffinières  Général, le bruit s'est répandu dans la ville qu'il restait à la population pour dix jours de vivres et pour deux jours seulement à l'armée qui campe sous nos murs. Ce bruit a été accueilli à la fois avec stupeur Le général répondit immédiatement à cette adresse, en feignant d'y voir l'expression d'un sentiment qui eût été naïf, s'il eût consisté, comme il le dit, à s'étonner que 230,000 bouches et plus, alimentées pendant deux mois par les approvisionnements d'une ville, en eussent réduit les ressources.

Qui de nous eût pu s'attendre à cette nouvelle, après avoir vu, il y a peu de jours encore, le blé distribué aux chevaux de l'armée ; après être, nous-mêmes, restés libres jusqu'à ce jour de manger à notre faim sans avoir été prévenus par aucune note officielle qu'il y avait lieu de ménager les vivres ! Il est difficile d'admettre que l'on ait ainsi, sans motifs, attendu au dernier jour pour adopter les mesures commandées par la prudence la plus élémentaire ; tant d'imprévoyance ferait croire qu'il y a lieu de prendre au sérieux le mot de trahison, qui est dans toutes les bouches.

Quoi qu'il en soit, en présence de circonstances si graves et sans vouloir rechercher aujourd'hui sur qui doit retomber la responsabilité des fautes commises, nous venons réclamer, de l'autorité concentrée dans vos mains depuis la mise en état de siège, l'application des mesures les plus énergiques pour faire face à la situation. Que tous les habitants soient rationnés et toutes les rations réduites à leur minimum. Que, si la réalisation de cette mesure doit entraîner quelque délai, on fasse, dès aujourd'hui, placarder une proclamation dans laquelle les habitants seront avertis de la situation et invités à se rationner eux-mêmes.
La population de Metz tout entière saura, nous n'en doutons pas, s'imposer les privations nécessaires pour éviter à tout prix une seconde édition de la capitulation de Sedan. S'il s'agit de nous préparer à supporter les rigueurs d'un siège, nous sommes prêts. Mais, s'il s'agit de nous préparer à une lâcheté, que l'on ne compte point sur nous ! La population de Metz saura résister jusqu'au dernier jour, non pas seulement à l'ennemi du dehors, mais encore à tous ceux qui tenteraient de proposer une capitulation avant le jour où les circonstances seront devenues telles que cette capitulation, si nous devions avoir le malheur de la subir, devînt une gloire pour la ville au lieu d'être une honte de plus pour la France.

Veuillez, général, agréer l'expression de nos sentiments patriotiques
.

 Metz, le 13 octobre 1870. » (Suivent les signatures.) .


Le commandant supérieur avait introduit, en outre, dans cette réponse, qui fut affichée, une reconnaissance explicite, que n'avait encore produite à Metz aucun chef militaire, du Gouvernement de la défense nationale .

1871 : Le blocus de Metz (6/6) la reddition

mardi 12 novembre 2013, par Anne Auburtin

Source : monographie imprimée disponible sur Gallica

Titre : Le Blocus de Metz en 1870, publication du conseil municipal de Metz, 4e édition, suivi de Mémoires pour la ville de Metz dans les négociations de paix entre la France et l'Allemagne, publication du conseil municipal de Metz, 2e édition, et de : la Lorraine et l'Allemagne, introduction à l'ouvrage "La Lorraine", publié par MM. Berger-Levrault et Cie, à Paris et à Nancy, 1885, 2e édition, par M. Aug. Prost,... (Editions posthumes)

Auteur : Prost, Auguste (1817-1896)

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"Le 13 octobre, il s'agissait, ce semble, de retirer seulement à la ville une partie de ses ressources On lui prit, en effet, les 15 et 16 de ce mois, 756 quintaux de blés et de farines; après quoi on lui fit savoir qu'on renonçait pour le moment à lui rien demander de plus. La population se trouvait dès lors avoir de quoi vivre, à deux jours près, juste autant de temps que l'armée. Peut-être avait-on voulu égaliser ainsi les ressources de chacun pour faire tomber plus sûrement ensemble toutes les possibilités et toutes les velléités de résistance. On a dit que le maréchal Bazaine voulait en finir pour un terme convenu. On n'ose le croire ; mais les faits s'accorderaient véritablement avec une pareille supposition si l'on pouvait la faire.

C'est par les subsistances, on le voit, que la situation devait se dénouer et la chute de la place se décider. Les questions qui les concernaient étaient devenues, pour le Conseil municipal, l'objet des plus grandes préoccupations. Depuis le 18 octobre, il s'était déclaré en permanence; tous les jours il se réunissait pour s'occuper surtout de l'alimentation publique. La farine diminuait; on avait réduit les rations de pain, on pensait à leur substituer des rations de bouillon et de viande cuite, quand la farine viendrait à manquer. On sentait bien, il est vrai, qu'arrivée à ce point la défense ne pouvait plus être qu'une question de jours; mais on savait aussi que, pour une ville assiégée, une seule journée gagnée peut tout sauver et que l'assurer, au prix même des plus grands sacrifices, est le strict devoir de ses défenseurs. Or, on voulait pousser la défense jusqu'aux dernières limites."

"Le 22 octobre, le général Coffinières se rend à la séance du Conseil municipal. C'était la première fois qu'il y paraissait. Il vient dire que des nécessités impérieuses ressortent de la situation et qu'au point où l'on en est les récriminations sont inutiles; que l'armée va décidément nous quitter ; que ce qu'il demande maintenant à la ville, c'est de partager ses ressources avec la garnison qui s'enfermera dans ses murs; que celle-ci a dans les magasins militaires du pain pour cinq jours, jusqu'au 27; que la ville en a pour sept jours, jusqu'au 29; et qu'en mettant tout en commun on pourra vivre ensemble jusqu'au 28. Mais, plus que jamais, il faut, dit-il, que la population renonce à des illusions que rien encore n'a pu détruire ; il faut qu'elle soit enfin convaincue que les vivres touchent à leur fin et que dans six jours ils seront épuisés. Le général insiste surtout sur la nécessité de faire savoir aux habitants que le 28 octobre ils mangeront leur dernier morceau de pain."

"La capitulation était certaine; Coffinières s'applique à la justifier.

L'épuisement des subsistances est le grand, l'unique argument de sa thèse ; et il se charge d'annoncer lui-même, par une proclamation aux habitants, la situation où l'on se trouve. Il pourra, du reste, leur donner, dit-il, l'assurance que, dans les négociations qui ont maintenant leur cours, on ne négligera pas leurs intérêts, en faveur desquels il a fourni déjà plusieurs pages d'observations, et il invite, en finissant, le Conseil à lui envoyer, s'il le juge à propos, des notes relatant, pour le même objet, tout ce que lui suggérera sa prudence.

Après s'être levé, le général s'entretient avec quelques membres du Conseil municipal des conditions qu'on peut proposer en faveur de la ville, puis il se retire. Il laisse le Conseil en proie à une vive émotion, mais fermement résolu à ne tremper d'aucune manière dans l'acte déplorable qui s'accomplit. Le Conseil municipal déclare à l'unanimité qu'il ne fournira pas de notes pour la négociation, et qu'il convient de laisser à celle-ci son caractère purement militaire. Il décide aussi, par un sentiment facile à comprendre et pour ne pas se faire auprès de la population le porteur de cette lamentable nouvelle, que le procès-verbal qui la contient ne sera livré le lendemain a la publicité habituelle qu'après la proclamation annoncée par le commandant supérieur, pour faire connaître aux habitants la triste résolution du général en chef.

C'est en effet par la proclamation du général Coffinières.que les Messins apprennent dans la journée du 27 octobre où en sont les choses. « L'ennemi, dit le « général, demande la place et l'armée et n'admet pas « la séparation de ces deux intérêts. » C'est à cette exigence que l'on consent à céder.

Le soir, une députation des officiers de la garde nationale, introduite d'abord au sein du Conseil municipal, est ensuite menée chez le général Coffinières par le maire accompagné de quelques conseillers. Les officiers veulent dire encore une fois que la milice citoyenne est toujours prête à s'associer à toute mesure énergique que pourrait tenter l'armée jusqu'au dernier moment; mais que, si l'on a décidé irrévocablement la reddition de la place, elle demande de remettre ses armes dans les arsenaux avant que l'ennemi vienne l'obliger à les déposer."

"Le 28 octobre est pour l'infortunée ville de Metz un jour de trouble, de souffrances et d'efforts violents et vains, comme ceux qu'on fait convulsivement pour vivre encore quand on va mourir. Les rues sont pleines de tumulte; des clameurs bruyantes, des coups de feu s'y font entendre. La grande voix de la Mutte est déchaînée par quelques hommes exaltés qui ont envahi le clocher de la cathédrale et s'y sont barricadés. L'air est rempli des sons de la vieille cloche municipale.

Signe ordinaire de réjouissance dans la cité, ses volées, retentissant à cette heure d'angoisse, font l'effet du rire insensé que provoque parfois la frénésie de la douleur. Plus vrai dans sa signification est le tocsin d'incendie, cloche d'alarme, qu'on met en branle à son tour.

En même temps des groupes agités se forment; des hommes fous de colère se portent menaçants sur l'hôtel du commandant supérieur ; mais des piquets d'infanterie ont été placés déjà aux abords des rues qui y donnent accès. Des gardes nationaux mêlés à des soldats se réunissent en armes. Ils veulent se jeter à travers les lignes ennemies ; ils franchissent le soir les portes de la ville et disparaissent. Le tumulte se prolonge jusqu'à une heure avancée de la nuit."

Le 28 octobre avait été pour la population une journée d'agitations convulsives. Le lendemain la souffrance était renfermée dans les cœurs. Les rues encore pleines de mouvement étaient silencieuses. Des mains patriotiques avaient voilé d'un crêpe de deuil la statue de Fabert et sa noble inscription. A midi, les forts étaient remis à l'ennemi ainsi que les portes de la ville, pendant que les soldats étaient conduits, désarmés, aux avant-postes. Livrées en même temps, partageant le même sort, la cité et l'armée étaient maintenant prisonnières."

Evolution de la noblesse, l'armée, la magistrature, la haute bourgeoisie, le clergé à Metz 1552-1700

mardi 7 janvier 2014, par Anne Auburtin

Source : Documents Généalogiques : armée, noblesse, magistrature, haute bourgeoisie, par l'abbé Poirier, curé de Peltre, 1899

Au lendemain de 1552, le mécanisme des anciennes institutions est progressivement et savamment modifié. Ce sont encore les mêmes magistratures, mais entre les mains des bourgeois et sous l'autorité du Roi. Le Roi nomme par lui-même ou par son gouverneur le Maître-Échevin; c'est au nom du Roi que sont créés chaque année, les Conseillers-Échevins et les Treize. Les Treize se partagent les anciens offices des trois Maires et des commissions des Sept ; mais leur rôle principal est de rendre la justice en première instance : on appelle de leur jugement au Petit Conseil formé de Conseillers-Échevins. Les Conseillers-Échevins, unis aux Treize, constituent le Grand Conseil qui décide de certaines affaires d'ordre politique et administratif. Les questions les plus graves sont portées à l'Assemblée des Trois-Ordres, corps nouvellement constitué où la Cité conserve encore provisoirement un peu d'autorité.

Toute cette juridiction si restreinte de la Cité est encore ébranlée par l'établissement du Président royal, auquel est adjoint, en 1592, un Procureur général, tous deux agissant au nom du Roi. Dans le principe, le Président royal connaît des causes entre Français résidant actuellement à Metz ; puis, avec le concours des Treize, des causes mixtes entre Français et Messins ; enfin des causes entre Messins eux-mêmes, en tant qu'il convient à ceux-ci de porter " leurs différends devant lui. Il attire bientôt ces dernières causes à lui, notamment par la simplification des procédures, et opère ainsi graduellement la destruction de l'ancienne magistrature, définitivement supprimée à la création du Parlement en 1633 et à l'installation, en 1641 du Bailliage royal institué en 1634.

Sous l'influence de ces institutions nouvelles,la société messine se transforme. L'aristocratie des Paraiges, réduite déjà à un petit nombre de membres, quitte en majorité le pays pour s'établir surtout en Lorraine. Une nouvelle noblesse surgit : ce sont les riches bourgeois qui acquièrent des terres, et un nom ; c'est la garnison, toujours forte dans une ville frontière, qui compte de nombreux officiers, tous fils de famille; c'est ensuite la noblesse de robe : l'édit royal de septembre 1658 octroie la noblesse aux membres du Parlement, pourvu qu'ils aient vingt années de charges ou qu'ils décèdent revêtus de leurs offices.On peut comprendre dans cette haute bourgeoisie, en dehors des charges secondaires de l'armée et du parlement, les Treize et les conseillers-échevins de l'hôtel de ville, l'administration des hôpitaux civils, les directeur et employés de la monnaie, la direction des postes, les familles du grand commerce et des métiers, les chefs de la milice bourgeoise, les receveurs de la ville, le receveur de la bullette, autrement dit de l'enregistrement, les grainetiers de la ville, etc. 

Bientôt l'armée ne se borne pas aux troupes de la garnison. Pour la sûreté de la conquête, on bâtit la citadelle; on y établit plus tard une compagnie de cadets gentilshommes. Puis viennent, les écoles militaires : l'école d'artillerie au pavillon de Haute-Seille avec le corps royal de la même arme et le corps du génie, plus tard le Collège royal militaire de Saint-Louis sur la paroisse nouvelle de Saint-Simon. Les casernes sont occupées, non seulement par des régiments de France, mais aussi par des régiments étrangers, suisses, allemands ou autres, au service de la France. Ajoutez le service de l'intendance, les trésoriers des troupes ; la régie des étapes et convois, celle des vivres ; l'administration des hôpitaux militaires, les lieutenants des maréchaux de France, les commissaires des guerres. Que d'éléments nouveaux dans la société de Metz ! Que de grands noms !

Au Parlement, les charges se multiplient. L'édit de création du mois de janvier 1633 établit un premier président, six présidents à mortier, quarante-huit conseillers laïcs, six conseillers clercs, deux avocats généraux, un procureur général, un garde des sceaux, un greffier en chef civil et six conseillers d'honneur. L'édit de septembre de la même année ajoute deux nouveaux offices de conseiller laïc ; celui de décembre suivant, deux offices de conseiller chevalier. La réunion de la Chambre de Bresse au Parlement de Metz en 1661 donne lieu à la création de quatre nouveaux présidents à mortier, vingt offices de conseiller laïc, un office de garde des sceaux, un office de greffier en chef, deux offices de conseiller auditeur des comptes et deux offices de conseiller chevalier, l'un laïc, l'autre d'église. L'édit de 1691 ajoute deux offices de président à mortier, quatre de conseiller laïc, deux de conseiller auditeur des comptes, deux de conseiller correcteur des comptes. La bonne administration des forêts immenses qui couvraient les territoires de la juridiction du Parlement nécessita la création d'une table de marbre(4) : un édit de décembre 1679 établit cette juridiction, qui connaissait seule tant au civil qu'au criminel des appels des sentences des maîtrises particulières des eaux et forêts et des grueries seigneuriales ; elle se composait du grand-maître des forêts pour le département de Metz, d'un lieutenant général, de trois conseillers, d'un procureur général et d'un avocat général : un moment abolie par un édit de février 1704, elle fut maintenue sur la réclamation du Parlement. L'année 1694 vit la création au mois de mars d'une Chambre des requêtes : elle se composa d'un président et de six conseillers ; en décembre le nombre des conseillers fut porté à dix, en novembre 1695 à quatorze. 

Le clergé, quoique jouant un rôle assez effacé dans la cité de Metz, occupait cependant une place considérable dans la société. Les dignitaires des chapitres de la cathédrale, de Saint-Sauveur et de Saint-Thiébaut, étaient des personnages. Les abbayes abritaient de grands noms dans leurs murs. A Metz, comme ailleurs, les cadets de famille se réfugiaient jusque dans le clergé.

Stratégies matrimoniales en milieu protestant. Quelques réseaux familiaux messins au XVIIe siècle

samedi 5 juillet 2014, par Anne Auburtin

Cet article, que j'ai trouvé très intéressant,  ne m'apparait pas comme libre de droit, je ne vais donc pas le reproduire mais simplement en citer le résumé ainsi les principaux noms de familles présents dans l'article. L'article peut être lu via le lien ci dessous.

Références :

 Laperche-Fournel Marie-José. Stratégies matrimoniales en milieu protestant. Quelques réseaux familiaux messins au XVIIe
siècle. In: Histoire, économie et société. 1997, 16e année, n°4. pp. 617-646.


http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/hes_0752-5702_1997_num_16_4_1967


Résumé

Metz, au XVIIe siècle, fait figure de citadelle protestante; pourtant située aux avant-postes du calvinisme français, encerclée par des confessions rivales — le catholicisme militant des Pays-Bas espagnols ou des duchés lorrains et le luthéranisme des pays sarrois - la communauté réformée messine, un habitant sur trois vers 1620 et un sur cinq en 1684 (4381 membres) va développer, grâce aux mariages, des stratégies plurielles pour rester « entre soi ». L'exclusivisme religieux, l'exiguïté du marché matrimonial, et la recherche de l'homogamie sociale finit par rétrécir au champ de la parenté affine et consanguine le jeu des alliances comme le révèlent les réseaux d'inter-mariages reconstitués pour trois lignages de la haute bourgeoisie réformée de la ville, au sein d'un corpus de 150 familles. A court terme, l'art des alliances, à Metz, au XVIIe siècle, a été, pour les huguenots, l'art de la survie : quand éclatera la Révocation, dotés d'une redoutable cohésion interne, ils seront très solidaires entre eux dans l'adversité, sur place et en exil. A long terme, en revanche, pratiquer sans prudence les
unions dans les cercles des parents prohibés ne pouvait conduire qu'à l'appauvrissement génétique du groupe si, en 1686, la persécution n'avait fait éclater l'isolat...

Individus

  • Louis Gauvain, conseiller du Duc de Weimar
  • Pierre Persode, agent du Roi de France à Francfort
  • Paul Ferry (1591-1669, pasteur

Familles

  • Bachelé,
  • Braconnier,
  • Le Duchat,
  • Le Goullon,
  • Grandjambe,
  • Inguenheim
  • Saint-Blaise,
  • Couët,
  • Lespingal,
  • Montigny,
  • Saint- Aubin 
  • Lecoq,
  • Malchar,
  • Michelet
  • de Villers
  • de Vigneulles
  • Bey (Batilly)
  • Streiff de Lawenstein
  • Familles apparentées


    426 familles messines se réfugient à Berlin :


    "Parmi elles, on remarque Louis Le Bachelé, frère de Gédéon, fugitif, sa femme, ses deux enfants, plusieurs  membres de la famille Le Goullon, dont l'un ingénieur en chef au service de
    la Prusse et l'avocat Jacob Le Duchat, le frère du conseiller converti, tous parents. Dans ce refuge berlinois, vivent aussi les Allion, Couliez, Joly liés aux Le Duchat, les Ancillon, père et fils, les Duclos, Goffin, Michelet, d'Ozanne, parents des Le Goullon. On y trouve encore les Braconnier, Couët, Humbert, affins ou consanguins des familles Goullon et Le Duchat, enfin les Saint-Aubin, Malchar et de Vigneulles apparentés aux trois lignages
    "