généalogie et histoires lorraines

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Abreschviller : description et anedoctes

lundi 23 septembre 2013, par Anne Auburtin

sources diverses dont le journal des assurances terrestre maritime... de 1857 (Gallica)

Abreschviller est actuellement dans le département de Moselle, canton de Lorquin mais fit partie du Comté de Dabo puis du département de la Meurthe.

  • un hameau : Soldatenthal où se trouve la maison natale d'Alexandre Chatrian

Anecdotes

  • 25 août 1849 : violent incendie qui détruit 126 maisons ainsi que le mobilier et les récoltes.

D'après le site de la mairie d'Abreschviller, les conséquences de cet incendie ont été importantes : Toutes les maisons ne purent être reconstruites.
"Les conséquences de l’incendie de 1849 furent importantes et parfois dramatiques :
-de nombreuses familles se trouvèrent dans la gêne, et cela explique le mouvement migratoire important qui suivit ;
- les archives communales ont disparu dans l’incendie de la mairie ;
-peu d’immeubles anciens ont survécu à cette catastrophe ;
-on peut imaginer que la reconstruction du village mobilisa les énergies pendant plusieurs années et que le dynamisme du village en fut affecté
."
  • Février 1913 : démission du maire  :

article in Le Temps du 10 février 1913 (Gallica)

"Notre correspondant de Metz télégraphie :
M. Bournique, maire de la commune d'Abreschviller, jolie petite localité située dans le pays de Sarrebourg, à l'entrée des Vosges lorraines, vient de donner sa démission pour des raisons qui lui valent de nombreux témoignages de sympathie de la part de ses concitoyens.
Son fils, Pierre Bournique, avait trouvé une fin tragique le 18 mai 1911, à l'aérodrome de Bétheny, où il fit une chute mortelle avec le lieutenant Dupuis. Pour honorer la mémoire de ce jeune héros de l'aviation, la municipalité d'Abreschviller avait résolu de donner son nom à une rue de la commune. Le gouvernement refusait toutefois d'approuver cette délibération. Il est trèse visible que l'administration n'a pas voulu laisser baptisé une rue du nom de l'aviateur lorrain, parce qu'il avait été au service de la France. Ce refus cause une impression pénible non seulement parmi les habitants de la commune, mais dans toute la région. On conçoit que dans ces conditions M. Bournique n'ait pas voulu conserver ses fonctions de maire.
"
L'Ouest-Eclair a publié exactement le même article daté du 9 février sous le titre "Représailles Allemandes".

Soldatenthal une verrerie et un hameau au XIIIe siècle

jeudi 26 septembre 2013, par Anne Auburtin

Extrait d'un article du Mercure de France du 15 mai 1922 de S Etienne : Soldatenthal, un hameau alsacien au XIII ° siècle, le berceau de Chatrian


Nos premiers documents remontent à 1732, et dès ce moment la famille des Chatrian si proche de l'Allemagne et sujette d'un prince allemand n'est tournée que vers la France.
En cette année 1732, nous trouvons parmi les associés qui exploitent la verrerie du Grand-Soldat, le sieur Martin Chatrian. Pour entretenir le feu de leur four, les verriers défrichent la forêt avoisinante ;

De 1732 à 1745, ils transforment le terrain déboisé en prés et en labours ; ils y élèvent du bétail ; pour leurs porcs, ils jouissent du droit de glandée.

D'après un plan de 1751,le hameau se compose d'une vingtaine de bâtiments. Sur un affluent de la Sarre, à une lieue en amont d'Abreschviller dont il dépendait, il s'agglomérait autour de la halle de la verrerie. On avait construit celle-ci au milieu d'une place irrégulière bordée par les maisons des verriers co-propriétaires : Chatrian, Berthollin, Verniory, Schmid, Machet, Parisot. Non loin, plus modestes, égrenés ou par groupes, quelques logis d'ouvriers. C'est une grande famille et qui ne se borne pas à accepter les liens que lui impose l'exploitation d'une même industrie dans un bâtiment commun. Elle s'en crée d'autres, tout aussi puissants. En 1745 est instituée la Confrérie du Très-Saint-Sacrement.
Le Grand-Soldat est une communauté, et l'un des copropriétaires de la verrerie, Marc-Antoine Berthollin, en est le prévôt. Le pouvoir qu'il exerçait à ce titre était patriarcal : il recevait les plaintes de ceux qui. se croyaient lésés et veillait aux bonnes moeurs. Homme d'ordre, il tient un journal ; il y note ses démarches officielles ; y glisse.aussi de précieuses recettes :

"Quand on veut mettre le vin de Bourgogne en bouteilles,dit-il,il faut le mettre dans le fort de la lune de mars et prendre de la canelle sèche et bien la piler fine tant qu'il sera possible et la passer dans le plus fin tamis et en mettre dans chaque bouteille une petite pincée."
Homme d'ordre, disions-nous, et pas du tout austère, comme on voit; homme de mesure surtout, par là bien français, appréciant les bonnes choses et  détestant l'excès : témoin le rapport qu'il présente au procureur fiscal contre Joseph Parisot, cabaretier au Soldatenthal, pour avoir donné du vin à heure indue et avoir entretenu et donné du vin toute la nuit à trois personnes de notre verrerie le 24 octobre 1751... lesquelles trois méritent d'être amendables aussi bien que le cabaretier .
Le carnet du prévôt Berthollin nous révèle aussi l'existence des nouveaux habitants qui, peu à peu, sont venus s'établir dans le voisinage des verriers et qui vivent d'eux comme ceux-ci vivent .de la forêt : le maitre d'école, le cabaretier, le berger, le meunier ; l'image du vallon se dessine sans trop de peine, avec ses champs de pommes de terre, de haricots et de blé de Turquie, qui de jour en jour ont fait recule. la lisière de la forêt.

La halle de la verrerie est le coeur du Grand-Soldat. Elle abrite le four, masse rectangulaire de vingt-six pieds de long où flambent les hêtres de la forêt environnante. Autour de lui, les maîtres verriers avec leurs ouvriers et leurs apprentis, vêtus seulement d'une longue chemise, manient la fêle, les ciseaux, la batte, la pince à bouts de fer ou la pince à bouts de bois ; il sont cuits et recuits comme leur verre ; les mauvais plaisants les appellent les hazis (les desséchés). C'est, comme on disait alors, une des « manufactures à feu » les plus dures ; le four peut vivre un ou deux ans et les verriers ne se reposent qu'à « four mort ». Après cette longue campagne, le four « amorti » est reconstruit par des maçons spécialistes et le rude labeur recommence.

Le combustible et le sable ordinaire, nos artisans les trouvent sur place ; mais pour les assortiments de verres fins, il leur faut un sable spécial : les rouliers viennent déverser devant la verrerie du Grand-Soldat leurs tombereaux de sable de Haguenau en Alsace ou de Château-Thierry. Ils auraient pu faire venir leur terre réfractaire de Klingenberg-sur-le-Mein ; eh bien !c'est Forges-les-Eaux, c'est la lointaine Normandie qui la leur fournit. Leur salin vient de la forêt de Darne en Lorraine. Tout vient donc de France.

Tout y retourne :leurs caissetins et leurs grands paniers à claire-voie (soigneusement emballés, car la route est mauvaise) s'en vont par Abreschviller vers les bureaux de Saint-Dizier et de Sainte-Menehould, où ils payent les droits de passage pour Paris, Lille, Rouen, Amiens, Le Havre et Lyon.

Ces maîtres verriers, caste fermée, se disant d'ailleurs volontiers gentilshommes, parce qu'ils jouissent de privilèges très anciens, ne se marient qu'entre eux ; tel ce Jean-Baptiste Chatrian, l'arrière-grand-père de l'écrivain,qui épouse la fille d'Antoine Renaud, verrier de Lettenbach (Saint-Quirin) et dont le beau-frère ira fonder, en 1765, la verrerie Sainte-Anne, si célèbre depuis sous le nom de Baccarat.

.
La vie de Jean-Baptiste Chatrian III tient en quelques lignes. Il naît en 1753 à Abreschviller ; à vingt-trois ans il est caissier des verreries de Baccarat fondées par son oncle et devient un peu plus tard directeur du même établissement ; six ans après, il épouse la veuve d'un verrier du Grand-Soldat et se voit ainsi propriétaire de deux au moins des douze places du four. Il s'installe à Abreschviller et aucune aventure ne le distraira de ses creusets et de ses livres de comptes.

Prudent jusqu'à la minutie et surtout tenace, il ne se lassera pas de réclamer, son dû, de vanter sa marchandise ; au bon moment, il saura se plaindre de la vie chère.
Un de ses contemporains nous a laissé sur lui cette note Le sieur Chatrian parait être un vétilleux et tortilleux. Lui ai écrit plusieurs fois et ses réponses sont d'une personne qui craint de trop dire, de trop promettre, et par là de trop s'engager.

Il garde ses lettres très soigneusement. il prenait aussi la précaution de recopier celles qu'il adressait à ses clients et c'est un fragment important de son registre que nous avons sous les yeux. Il y a là une centaine de pages qui nous informent au jour le jour des affaires et des sentiments d'un bourgeois
.d'Alsace, depuis le printemps de 1788 jusqu'à la fin de l'an  1792.

Les gazettes d'alors n'étaient pas faites pour ces quelques maisons cachées dans un repli des Vosges. Qui les y aurait portées ? C'est à peine si, de temps en temps, un colporteur se détourne de la grande route pour venir offrir des almanachs et les livrets de la Bibliothèque bleue. Mais la verrerie est reliée à la France par les marchands de verres, vitriers et faïenciers qui lui achètent ses petites façons, fondeaux, petits fondeaux, mazarins, sciaux, liqueurs  Bohême toute sa gobeletterie. Les bourgeois de France, bientôt citoyens, voilà la gazette du Grand Soldat. Les nouvelles peuvent y arriver de partout de
Lille par le marchand verrier Peterinck ou par la veuve Bruneau ; de Rouen par Jean Bringeon, marchand-verrier et faïencier; de plus loin encore par Levasseur, négociant sur la Barre au Havre de Grâce ou par la veuve Lanchenick, marchande-verrière à Lyon. Pour Paris, pas de  nouvelliste mieux placé, n'est-il pas vrai ? que Leullier, marchand-faïencier en pleine grande rue du Faubourg Saint-Antoine.