généalogie et histoires lorraines

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description de Maron

dimanche 7 octobre 2012, par Anne Auburtin

Description

Village situé au penchant d'une colline boisée, sur la rive droite de la Moselle, à 15 Km au sud-ouest de Nancy.

Population (1830)

  • 776 individus
  • 77 électeurs communaux
  • 12 conseillers municipaux
  • 4 électeurs pour la députation
  • 217 feux
  • 185 habitations

Cultures et industries

  • 1875 hectares dont 1213 en forêts, 20 en prés, 112 en terres de labour et 180 en vignes "dont les produits sont médiocres"
  • 1 moulin à grains

Maron à la Révolution

  • Gen.Int. , subdélég. et Maîtrise de Nancy
  • Diocèse de Nancy. Archidiaconé de Nancy et doyenné de Chaligny,
  • Collateur : L’abbé de Saint Vincent de Metz
  • Décimateurs : les Jésuites du noviciats de Nancy (sous séquestre) pour 3/4 ; le curé pour 1/4.
  • Feux  200
  • Habitants : 738 (1790)
  • Seigneur : M. de Ludres.
  • Biens communaux : forêt : 1211 arpents. Rapailles : 97 arpents. Pàquis 66 jours

Création de la paroisse de Maron

La création de la  paroisse de Maron.

Jusqu'à la fin du XVII° siècle la situation ecclésiastique de Maron avait été le même que celle de Chaligny et de Messein. En 1678, par une décision de l'évêque de Toul rendue à la demande des habitants, le territoire de Maron fut démembré du territoire de Chaligny pour former une paroisse indépendante. Les Jésuites s'abstinrent de participer à la procédure de l'érection de la paroisse et affectèrent de n'en pas tenir compte. Ils croyaient que le souci de leurs intérêts leur imposait de ne pas reconnaître le prêtre de Maron comme un curé auquel il faudrait servir la portion congrue des curés ni l'église comme une église paroissiale qu'ils seraient peut-être tenus d'entretenir en vertu du règlement de 1117. Toutefois, en 1691, ils furent condamnés  par le bailliage de Toul à traiter en curé et non en vicaire le prêtre qui avait charge d'âme à Maron. D'abord ils s'y prêtèrent d'assez mauvaise grâce, se bornant à le nommer "curé au terme de la sentence de 1691" ; puis ils parurent se résigner au fait accompli.. En réalité, ils n'avaient pas renoncé à la lutte. Lorsque Jean-François Couquot fut, en 1747, nommé à la cure de Maron, les Jésuites prétendirent encore qu'il n'était qu'un vicaire et que, pour s'assurer des moyens d'existence, il devait s'adresser, soit aux habitants de Maron, soit au curé de Chaligny, mais non au décimateur. Ils furent d'ailleurs condamnés par arrêt de la Cour Souveraine rendu le 4 avril 1784. Désormais Maron fut reconnu par tout le monde comme une paroisse indépendante. 

Cependant la querelle n'avait fait que se déplacer. Quelques années plus tard, comme la vieille église menaçait ruine, le curé Couquot et ses ouailles entreprirent de construire une église neuve plus commode et plus centrale. A la suite d'une visite faite en 1736 par un commissaire épiscopal, l'évêque de Toul ordonna la démolition de l'ancienne église et approuva le projet de reconstruction qui lui fut soumis. L'intendant La Galaizière donna aussi son autorisation nécessaire à la communauté en vertu d'une ordonnance de 1738. L'oeuvre fut achevée en quatre années; l'église fut livrée au culte le 3 février 1761.

A peine les travaux étaient ils commencés que Coupot et les habitants de Maron, n'ayant pu décider à l'amiable les Jésuites à participer à la dépense, engagèrent un procès en vue d'obtenir que le noviciat fut chargé d'une partie de la construction. Ce ne fut que le 12 juillet 1773, après la suppression de la Compagnie, qu'un arrêt de la Cour Souveraine assura définitivement la victoire aux habitants de Maron. L'économe séquestre des ci-devants Jésuites fut chargé de rembourser à la communauté le montant de la part  de construction que le noviciat  aurait dû supporter.

Maron, administré d'abord par un vicaire résident était devenu une paroisse en 1678. La présentation à la cure appartenait à l'abbé de Saint Vincent de Metz, tout comme à Chaligny, dont Maron avait été démembré. Le curé prélevait le quart des dîmes, dont le principal provenait de la dîme du vin; aussi le produit de la dîme, dépendant de la vendange, était il très variable, oscillant au XVIII° siècle suivant les années entre 800 livres et 1000 livres lorraines. Pour se mettre à l'abri des inconvénients que présentaient ces variations, il arriva souvent au curé de demander au décimateur la portion congrue. La part du curé dans les fondations, le revenu des biens de la cure, le casuel et les oblations, ajoutés à la dîme assuraient au curé de Maron une modeste aisance. Tout compte fait, en 1779, Chatrian estimait le revenu de ce bénéfice à 1620 livres lorraines. La maison de la cure était d'ailleurs à l'entretien des habitants.

La paroisse de Maron comptait des confréries assez nombreuses. Les plus anciennes paraissent être celles de Saint-Sébastien (comme à Chaligny) et celle du Rosaire. Au XVIII° siècle, on constate en outre l'existence des confréries de la Conception, du saint sacrement, de saint Gengoult (le patron de la paroisse) et de Saint Nicolas. Enfin deux congrégations, celle des hommes et celle des filles, existaient à Maron comme dans la plupart des paroisses de la région.

L'instruction était donnée à Maron par le seul maître d'école ; la paroisse ne possédait aucune école spéciale pour les filles. On y rencontrait non plus aucune institution charitable ; l'aumône était laissée à l'initiative des particuliers.

Sur le ban de Maron, les chanoines de Saint Gengoult de Toul possédaient une maison, une petite pièce de pré et quelques vignes. L'abbaye de Clairlieu y possédait aussi des biens.

source :

Titre Mémoires de la Société d'archéologie lorraine
Publication Num. BNF de l'éd. de Nancy : A. Lepage, 1859-1940

Notes sur l'histoire de Maron

Notes relatives à l'histoire de la commune :

Les trois fragments qui suivent concernent l'histoire de la commune de Maron, sise sur la rive droite de la Moselle, entre Pont-Saint-Vincent et Toul. Les deux premiers de ces fragments sont la reproduction ou l'abrégé de notes insérées dans les registres paroissiaux par Jean-François Couquot, curé de Maron de 1747 à 1774. Ces registres sont conservés aux archives municipales de Maron. où ils m'ont été communiqués avec une extrême obligeance par M. Jérôme, instituteur et secrétaire de la Mairie.

  •  Le premier fragment< traite de la bénédiction de l'église de Maron et contient une esquisse de l'histoire de la paroisse ;
  •  le second, beaucoup plus important, est un état du temporel de la cure.(Maison de cure et bouveroi ; les fondations ;la dîme ; les autres droits)
  • Quant autroisième fragment, il est tiré des comptes dressés par le curé Couquot pour la perception du quart de la dime du vin, auquel il avait droit. Ces comptes sont déposés de nos jours aux Archives départementales. Il a paru utile d'en donner cet extrait, qui fournit des renseignements exacts sur la production vinicole de Maron et l'importance de la dîme au milieu du XVIII° siècle.

I. - BÉNÉDICTION DE L'ÉGLISE DE MARON -- NOTICE HISTORIQUE SUR LA PAROISSE

 « L'an 1761, le troisième de février, je soussigné, prêtre, curé de Maron, par commission de M. le grand archi­diacre et vicaire général de Toul, ai béni solennellement..., en présence de toute la paroisse, l'église paroissiale dudit Maron, bâtie toute à neuf, au milieu du même lieu, au-dessous de la maison de cure. »

A cette occasion, Couquot esquisse l'histoire de la paroisse. Maron existait. à titre d'annexe de Chaligny, dès le X° siècle. L'église se trouvait, de même que le village, « au coin du bois en allant à Nancy, à l'endroit où est actuellement le cimetière». 

Couquot cite, d'après dom Calmet, la charte de l'évêque de Toul, de 1117, où est mentionnée l'église de St. Gengoult de Maron. Il rappelle l'érection de la cure, à laquelle procéda, en 1678, Mgr de Fieux évêque de Toul : cette érection fut confirmée par sentence du bailliage de Toul en 1693, et par arrêts de la Cour Souveraine de Lorraine en 1748 et 1759. « Cette église est donc subsistante par elle-même, et son titre de cure est inattaquable. »

L'église « qui vient de tomber en ruine » se trouvait au milieu du « cimetière actuel ». C'était sans doute la seconde qui fut bâtie dans cette paroisse, probablement sur le même emplacement que la première, dont on n'a point de connaissance. En tout cas cette seconde église fut bâtie en 1535 ; « c'est un fait certain, la pierre fondamentale, que j'en ai vue, le portait expressément ».

L'emplacement de l'ancienne église était trop éloigné. « l'Evèque de Toul et M. l'Intendant de Lorraine ordonnèrent que l'église soit bâtie au milieu du village. » La construction a duré quatre ans : le « plan estimatif » montait à près de 20 000 livres. On y célèbre le culte depuis ce jour, 3 février 1761.

Il y avait, au milieu du village, une petite chapelle bâtie pour la commodité du peuple, à cause de l'éloignement de la paroisse. C'est là qu'on disait la messe les jours ouvriers ; cette chapelle n'a jamais eu aucun titre. Devenue inutile, elle pourra être convertie en école publique de la paroisse.

Ce procès-verbal qui a été rédigé par le curé Couquot, pour être inséré aux registres paroissiaux, est signé de lui, et en outre des noms qui suivent

Dominique Bagard, maire ; C. Grillot, syndic ; J. Gabay, juré ; J. Petitdidier, juré ; N. Trotot ; Joseph Boileau ; Joseph Trotot.

II. - ÉTAT DE LA CURE DE MARON, DE CE QU'ELLE POSSÈDE, DE LA DIME, DU TANT FIXE QUE NON FIXE, ET DE SES AUTRES DROITS.  

(Cette note se trouve à la fin du registre de 1768. )

Couquot présente d'abord un court historique de la paroisse. Il ajoute, à ce qui a été dit précédemment, que la nomination du curé appartient à l'abbé de Saint-Vincent de Metz dans ses mois (2) et qu'elle est faite au concours dans les autres mois. Il établit la liste des curés depuis 1678 ; six fois, depuis cette époque, la paroisse a été donnée au concours. Couquot passe ensuite à l'énumération des biens et droits qui constituent le bénéfice du curé. Je reproduis ces renseignements, soit in extenso, soit en résumé.

Maison de cure et bouveroi.

La maison de cure a été bâtie en 1678 ; elle possède un colombier. Le droit de colombier n'est pas contesté au curé. Eu 1747, l'intendant de Lorraine, en fixant les réparations de cette maison, qu'il mit au compte des paroissiens, y comprit le colombier.

A côté de la maison est un jardin entouré de hautes murailles, que Couquot a fait bâtir, et qui ne sont pas mitoyennes. Derrière la maison se trouve un autre jardin entouré de murs non mitoyens. Enfin la cure a un troisième jardin, celui-ci petit, situé prés de la maison de Ferry et chargé d'une messe de fondation, et un autre petit jardin vers le cimetière, en allant à Nancy.

Eu outre, la cure possède une vigne d'un jour (20 ares 44 c), vers le cimetière en allant à Nancy ; c'est le jardin de l'ancienne cure, qui a été mis en vignes. Il a été accensé il y a quarante ans : le censitaire doit fournir à la cure 4 l. 6 s. de cens, et en outre le 1/22 du vin. Il ne paie pas d'autre dîme, c'est-à-dire qu'il ne paie rien aux Jésuites du noviciat de Nancy, gros décimateurs de la paroisse.

La cure possède encore un pré sur le ban de Chaligny, entre Grillot, les héritiers de François Jeandidier, les pointes et le saulcy de Chaligny. Le curé, à raison de ce pré, est chargé de dire tous les ans des messes pour la valeur d'un écu à l'intention des défunts de la paroisse ; aussi appelle-t-on ce pré, pré des Trépassés.

Le curé perçoit un franc (1)  par ménage pour l'eau bénite.

Les fondations.

Suit une énumération des droits du curé sur les fondations et services religieux établis à perpétuité.

J'y remarque la mention du gagnage de Sexey-aux­Forges, gagnage de dix paires, légué par Nicolas Baguelot, à charge de vingt-quatre services par an: il produit environ 186 l. par an.

On y remarque encore

  • La fondation Henriet, 8 services : 32 livres par an ;
  • 36 sous au curé pour la messe et les vêpres du jour de Saint Sébastien, fête de la confrérie de ce nom ;
  • 18 sous pour chacune des messes du jour des Cendres, de la Saint Marc, des Rogations, des veilles de Pâques et de la Pentecôte, sur les fonds des anciennes confréries du Rosaire et de Saint Sébastien.
  • 8 livres par an de la congrégation des filles et autant de la congrégation des hommes, pour leur service.
  • 40 sous par an, « pour la conduite » (2) de chacune des confréries suivantes : de la Conception, de Saint Gengoult, du Saint-Sacrement, de Saint Nicolas.
  • le curé prend en outre 20 sous pour la messe, quand on la fait tire.
  • Les écoliers paient tous les ans 24 sous au curé qui leur chante la messe de Saint Nicolas, sans compter l'offrande qui est pour le curé.

Suit une longue énumération de messes pour les défunts et de messes du Saint-Sacrement, fondées à perpétuité. Cette énumération comprend 37 articles. « Notez, ajoute Couquot, due les amortissements de toutes ces fondations ont été payés et passés au Conseil (lu Roi, ce qu'on trouvera dans les papiers de la cure. » La somme totale que produisaient, pour le curé, toutes ces fon­dations, s'élevait à 340 livres lorraines.

La dîme.

Jadis la dîme se payait à la vigne au 1/.11, « comme il conste d'une convention faite au commencement du dernier siècle (XVII°) entre les décimateurs et les habitants de Maron, dont l'acte est dans les archives des Jésuites du noviciat de Nancy, acte que j'ai vu et lu ». Maintenant, par arrêts de la Cour Souveraine, elle se paie à la toque et au 1/22. L'usage est de prendre deux chaudrons (le chaudron est de trois pots, soit 7 l. 35) par virli (308 l. 50). Dans cette dîme, le curé a le quart  ; et en outre c'est lui seul qui a le droit de prendre, sans entrer en partage avec les Jésuites, la dîme des novales.

Comme les gens de Maron ont des vignes sur le ban de Chaligny, dont ils portent les raisins dans leurs bouges, et comme il y en a à Chaligny qui en ont sur le ban de Maron, dont ils transportent le raisin chez eux, mes prédécesseurs rendaient pour cela trois virlis de vin au curé de Chaligny et les Jésuites autant, à charge au curé de Maron de confondre les novales avec la totalité de la dîme. Le sieur Duchesne, curé de Chaligny, tirait pour cela 150 l., dont la moitié était payée par les Jésuites, à cause de mes novales, et l'autre moitié par moi ; mais j'ai prétendu due c'était trop. »

« Il faut remarquer que, n'y ayant point d'autre dîme à Maron provenant de la terre que pour ainsi dire celle du raisin, elle y tient lieu de grosse dîme et est sujette au droit de rapportage, et que c'est pour cette raison qu'autrefois le curé de Maron ne rendait que trois virlis au curé de Chaligny pour les raisins crus sur son ban. Ce droit de rapportage est reconnu par les décimateurs mêmes et par les curés de Chaligny ; le sieur Duchesne (curé de Chaligny) reconnaît ce droit de rapportage depuis la convention faite entre lui, les Jésuites et moi ; le père Nikel, procureur des Jésuites, le reconnaît de même dans celle faite entre lui et moi ; ainsi dans ces raisins du ban de Chaligny appartenant aux habitants de Maron, le curé de Chaligny n'y ayant que le quart (s'il tire la moitié à Chaligny ou dans les vignes proches du village de Chaligny, c'est à cause des novales, ce qui n'a pas lieu dans les vignes voisines du ban de Maron), n'y ayant donc que le quart, dans ce quart le curé de Maron doit en avoir la moitié, à cause du rapportage, puisque ce sont ses paroissiens qui cultivent ces vignes » (3).  

Là dîme est due au 1/22 de tout le vin qui se trouve dans les bouges après la vendange. Aussitôt les décimateurs ont le droit de faire jauger les bouges pour savoir combien il y a de vin à dîmer. On doit dîmer le vin de la toque, c'est-à-dire du bouge, et l'on n'est pas obligé de recevoir du vin de pressoir. « On doit dîmer le vin façonné et lorsqu'il est en état d'être tiré, et les habitants ne doivent pas le tirer sans avoir payé la dîme, à moins que les décimateurs ne jugent à propos de ne recevoir la dîme qu'à la seconde tirée ; pour empêcher les fraudes, l'arrêt (de la Cour) les autorise à faire la visite dans toute la maison, tant pour qu'ils n'en cachent pas que pour empêcher qu'ils ne jettent de mauvais vins sur le bouge avant d'en avoir payé la dîme. » 

« On ne doit rien défalquer, ni pour ce qu'on donne au pressoir, ni pour les marcs, mais payer la dîme de tout ce qui est dans le bouge. » Cet usage est équitable. Couquot rappelle le temps où l'on dîmait au 1/11. « Quelle différence! » En un mot, tel est l'usage depuis 60 ans, confirmé par les arrêts de 1730, 1733 et 1739 ; « les gens de Maron n'ont jamais pu le faire changer; malgré leurs efforts »

Enfin Couquot donne quelques renseignements sur les novales. On a dit plus haut qu'en règle générale, la dîme (les novales, c'est-à-dire des terres nouvellement défrichées, appartient exclusivement au curé. Par suite d'une convention passée avec les Jésuites, Couquot, en échange de 75 livres, leur laissait prendre les trois quarts de la dîme des novales. Or ces novales étaient assez considérables à Maron ; là, comme dans les autres villages vignobles de la Moselle et du Toulois, on avait planté beaucoup de vignes au XVIII° siècle. Couquot fait l'énumération des novales de Maron, consistant en vignes et en chènevières. Il conclut qu'on peut compter, en vignes, approximativement 30 jours (6 hectares) de novales. Or le jour, dit-il, peut produire de 5 à 8 virlis de vin par an (de 15 à 24 hectolitres), dont la dîme devrait appartenir entièrement au curé. Cela lui ferait 18 à 19 mesures (environ 8 hectolitres) à prendre sur la dîme avant partage, sans compter la dîme des chanvres.

Toutefois la règle, en ce qui concerne les novales, fut modifiée par l'édit rendu par Louis XV en 1768 (4). Comme cet édit porte que les curés ne jouiront à l'avenir que des novales faites et reconnues jusqu'à l'édit, il est important de marquer les novales faites jusqu'alors. Couquot avait prit soin d'en faire une énumération suffisamment précise, pour éviter toute difficulté à ses successeurs. Il estime à 21 jours de vignes (4 hectares environ) les novales.

Quelques autres droits du curé de Maron

  • Le curé n'est pas tenu de participer à la fourniture des bêtes mâles. De temps immémorial cette charge incombe exclusivement aux gros décimateurs, Bénédictins, puis Jésuites.
  • La vigne de la cure ne doit point de dîme ; ceci est conforme à la jurisprudence.
  • Le curé de Maron a droit d'avoir un colombier. Léopold a maintenu ce droit aux curés qui étaient en possession en 1701. Or, la maison de cure a été bâtie en 1678 ; on y fitun petit colombier, qu'on a depuis changé de place. Jamais le droit du curé n'a été attaqué. M. l'intendant de Lorraine l'a reconnu en 1747 lorsqu'il régla les réparations à faire à la maison de cure de Maron. Il mit au compte des habitants les réparations du colombier. « Je sais que la jurisprudence a depuis changé, qu'actuellement en France on ne met au compte des habitants que le simple logement, et que même les curés sont chargés des réparations usufructuaires. Mais la preuve de ce qui s'est passé n'en est pas moins claire. » Conformément aux ordonnances, un seigneur peut, dans son colombier, avoir autant de nids qu'il le juge à propos ; mais les curés qui ont droit de colombier n'en peuvent avoir que cent moins un. « Cela s'entend des pigeons qui vont en compagnie, car, pour les tiplis, tout le monde a le droit d'en avoir. »
  • « Le curé de Maron est en possession, de temps immémorial, de ne fournir ni le pain ni le vin pour la messe ; la communauté en est chargée et en a toujours chargé le maître d'école dans son bail » ;
  • Quant à la fourniture pour l'église, aux réparations à l'entretien d'icelle, ou le curé de Maron prend la portion congrue, ou il tire la dîme. S'il prend la portion congrue, il n'est tenu à rien. S'il tire la dîme, il doit observer l'édit du roi de mai 1768, art. 5: « Les décimateurs ne seront tenus que de la fourniture des livres, ornements et vases sacrés, ainsi que des réparations du « choeur et cancel ». Ainsi le curé de Maron serait tenu de ces charges pour un quart. Couquot rappelle ici le fameux procès soutenu par la communauté contre les Jésuites, pour les faire contribuer à la construction de la nouvelle église; il déplore que la communauté de Maron ne presse pas le jugement de ce procès. Il fait remarquer que, tant que cette affaire ne sera pas décidée, le curé de Maron, s'il jouit de sa part de dîme, ne serait pas plus obligé envers l'église que les décimateurs ;
  • De droit commun, les curés ne sont obligés à aucun frais de paroisse ni débit de ville. » (Il s'agit des dépenses faites dans l'intérêt de la communauté.) Le curé de Maron en est d'ailleurs affranchi depuis un temps immémorial. « Jamais les curés n'ont donné pour l'entretien et la réfection des fontaines, pour le luminaire, les sonneurs, le maître d'école, ni pour des amendes auxquelles la comnauté était condamnée, ni pour mésus champêtre du troupeau »
  • Le curé n'est chargé non plus d'aucune rente seigneuriale ni domaniale, ni d'aucun cens, tel qu'est le cens que les habitants de Maron donnent tous les ans à leur seigneur, et le bichet d'avoine qu'ils paient à la Saint-Martin ;
  • II n'est pas obligé de se trouver aux plaids annaux. Il n'est pas vassal du seigneur et ne dépend pas de lui, et l'école n'est pas faite pour y tenir des plaids annaux, ni pour y faire des assemblées de communauté. On a voulu tenter une fois de le faire ; mais je m'y opposai avec tant de vigueur qu'o n'a pas recommencé.

    Cependant le curé a droit à tous les avantages de la communauté ; il a une part dans les affouages ; il a droit de passer et de repasser, lui et les siens, au bac de buron, autant de fois qu'il lui plaira, sans rien donner autre chose que le franc barrois (0 fr. 34) qu'on donne annuellement au passage par chaque habitant, ce qui est un droit de la communauté de Maron; il a droit d'envoyer son bétail au troupeau communal.

  • Il n'est pas obligé de fournir les papiers pour registrés des baptêmes, mariages, enterrements ; cela regarde la communauté. Il est seulement tenu (en vertu d'un arrêt de la Cour souveraine) de faire porter au bailliage de Nancy le registre sur papier timbré couvert d'un carton que la communauté lui fournit, de mène que les papiers . Il doit donner sur une feuille de papier ordinaire une liste des morts et mariages de l'année. et cela gratuitement, quand le maire le demande pour faire ses déclarations aux asséeurs des subventions ; le mandement de la Chambre des comptes de Lorraine le marque expressément. Il ne doit d'ailleurs se mêler en rien de la cotisation.
  • « II est très obligé à faire garder les fêtes et dimanches dans sa paroisse, et de n'y souffrir ni marchands ni colporteurs qui vendent en public» . Il doit recourir aux gens du roi ou du seigneur pour éviter de tels désordres.  
  •  « Il est bailliager, et c'est au bailliage qu'on doit l'attaquer... Il peut cependant attaquer pour ses droits ou pour sa dîme en la prévôté bailliagère de Frolois, s'il le juge à propos ; j'ai même plusieurs sentences de ce dernier tribunal (justice seigneuriale) sur ces sortes de matières.
  • Couquot revient ici sur une question déjà traitée par lui . « Le curé ne doit pas souffrir qu'un évêque ou un grand vicaire, dans ses visites, le fasse sortir de son église ; il n'a pas ce droit là ; le curé est pasteur immédiat de son troupeau ; il ne doit pas le quitter, et il doit être témoin de tout ce qui se passe dans son église ; il ne doit pas souffrir qu'un évêque ou son grand vicaire demande à ses paroissiens s'il n'y a rien sur le compte de leur curé. De tels interrogats sont indiscrets, avilissent l'autorité pastorale, détruisent le respect que les paroissiens doivent à leur curé : et l'ordonnance défend de telles informations générales. Qu'on ne m'allègue pas, pour autoriser cet usage, le rituel de Toul ; ce rituel n'aura jamais l'approbation des gens sensés sur cet article révoltant et injurieux aux curés ; c'est là une des raisons qui ont porté la Cour souveraine de Lorraine à rejeter ce rituel. Son autorité ne doit donc faire aucune impression ; et un évêque ou un grand vicaire qui a l'esprit de son état, ne donnera jamais occasion à un curé de se plaindre de semblables entreprises devant les tribunaux séculiers. »
  • Les curés en Lorraine ne sont vassaux, ni pour le four, ni pour le moulin, ni pour le pressoir (5). Couquot a fait moudre son grain où il lui a plu. Pour le pressoir, la question ne s'est pas posée ; il n'a pas de vendange à faire. Pour le four, chaque habitant paie par an deux francs (0 fr. 68 de notre monnaie) ; c'est la redevance qu'on appelle la cense du four, qui donne à chacun le droit de cuire en son domicile. « Un insolent de Maron fut assez osé, dit Couquot, pour me mettre sur la liste. » Couquot a repoussé ce « trait d'entreprise » avec tant de vigueur, qu'il n'y a pas d'apparence qu'on recommence.
  • «Une chose qui mérite encore l'attention du curé est de ne jamais se compromettre contre une communauté pour soutenir un maitre d'école qu'elle ne voudrait pas, ou lorsqu'elle voudrait lui en donner un qui ne conviendrait pas. Pour éviter de pareilles difficultés, c'est de n'en point recevoir qui ne soit approuvé (par l'évêque). Le curé a ce droit là ; c'est de faire faire au maître d'école son devoir. Le curé y est obligé ; il a inspection et juridiction sur lui et sur son école ; s'il fait son devoir, le curé ne peut s'en plaindre. S'il ne le fait pas, qu'il s'adresse à son évêque qui l'interdira. Un curé doit agir vis-à-vis d'un maître d'école avec prudence, en ne se familiarisant pas avec lui; avec bonté. puisqu'il est son inférieur. l'humanité veut que nous ayons pour nos inférieurs beaucoup de bonnes laçons et des égards. »

    Couquot termine ses observations en rappelant à ses successeurs le conseil évangélique : Estote prudentes sicut serpentes et simplices sicut columbae. «Il y a à Maron des génies qui demandent d'être conduits avec politesse et bonté ; c'est un moyen de les gagner et d'en faire tout ce qu'on veut. Mais il y en a d'autres qui demandent une grande fermeté dans leur curé, et vis-à-vis desquels on doit mettre en pratique cette règle de St. Bernard, qu'à ceux qui ont des fronts de fer il faut opposer des fronts d'airain ; tant la prudence est nécessaire, ici comme ailleurs, pour éviter tout procès. L'exhortation de St. Paul doit nous  parler, mais peut-être encore une disposition si peu favorable aux prêtres, qu'on n'expérimente que trop dans les juges. Le voeu le plus sincère que je forme est que mes successeurs réparent avantageusement les brèches qui se trouveraient faites de mon temps. Je ne puis me flatter d'avoir toujours réussi : Quis est flic, et lau dabimus eum p ».  

    Notes

    (1) Le tarif des droits du casuel en vigueur à Maron est indiqué dans la notice publiée dans les Mémoires de l'Académie de Stanislas. Le franc barrois = 0 fr. 34 ; il y avait en 1760 à Maron 108 feux ; le nombre était à peu près le même, sans doute, en 1768. Cette redevance, payée par ménage, valait donc au curé 103 francs barrois, soit, en notre monnaie, 36 fr. 72. - La livre lorraine valait à cette époque 0.80. (Voir l'étude, de M. de Riocour, dans les Mémoires de la Société d'Archéologie lorraine, 3° série, XI et XII.) 

    (2) Après la fête patronale de chaque confrérie, le curé reconduit processionnellement la statue du saint de l'église ü la maison d'un dignitaire de la confrérie. C'est, je crois, ce qu'on appelle la conduite.

    (3) Des explications assez obscures de Couquot se dégagent quelques points certains:

    l° Entre le curé de Maron et son voisin le curé de Chaligny était pratiqué le droit de rapportage. Ce droit consistait pour le curé à aller dîmer les récoltes de ses paroissiens sur les bans voisins où ils récoltaient (Cf. abbé D. Mathieu, l'Ancien régime dans la province de Lorraine et Barrois, p. 199). Toutefois le curé étranger ne prélevait pas la dîme en entier ; elle était partagée par moitié entre lui et le curé du ban.

    2° En vertu de ce droit, le curé de Chaligny prélevait plus sur le ban de Maron que le curé de Maron sur le ban de Chaligny, sans doute

    (4) Aux termes de l'art.14 de l'édit de mai 17138, il ne devait être fait à l'avenir aucune distinction entre les dîmes anciennes et les dîmes novales ; en conséquence les dîmes de toutes les terres qui seraient défrichées dans la suite, comme aussi les dîmes de terres remises en valeur..., appartiendront aux gros décimateurs ; par conséquent, à Maron, ils sont attribués aux Jésuites. (Ordonnances de Lorraine, XI, p. .247.) Les curés se plaignent de ce que cette disposition les privait d'une partie des novales. (Cl. abbé L. Jérôme, les Elections et les cahiers du clergé lorrain, p. 80.)

    (5) On voit par ce qui est dit ici que les habitants de Maron, comme d'ailleurs leurs voisins de Chaligny, avaient racheté la banalité du four. En ce qui concerne le pressoir, ils laissaient au seigneur le sixième du vin qu'ils y faisaient. J'ignore le montant du droit de banalité au moulin.

III. - GROSSE DIME DE MARON : Rolles ou registres de la dîme de Maron de 1745 à 1764 Archives de Meurthe-et-Moselle, B. 1071.)

On présente ci-après le résultat des renseignements fournis par ce registre, tenu par le curé Couquot. Pour l'intelligence de ces renseignements, il faut savoir

  • Que la mesure égale 44 lit. 07;
  • Que 7 mesures font un virli ; d'où le virli égale 308 lit. 50.
  • Que la mesure se divise en six chaudrons, et le chaudron en trois pots ; d'où, 1 mesure égale 18 pots ;
  • Que l'estimation en argent de la part du curé donne le produit brut de sa part de dîme et qu'il faut en déduire, outre 75 livres qu'il fournissait au curé de Chaligny pour le droit de rapportage, les frais de perception. variant d'année en année : 45 livres en 1752 ;
  • Qu'en 1761 le produit net de la dîme a été pour le curé de 261 livres, sur lequel il a dû payer 61 livres de don gratuit ;
  • Que les 3/4 de la dîme appartenaient au noviciat des Jésuites de Nancy; le. curé n'en prenait que 1/4.

 

AnnéesProduction  totale en VirlisDîme totale (en mesures)Quart de la dîme afférente au curéPrix de la mesure de vinProduit de la part du curé
1745492164416 liv.246 liv.
1746"""""
17471 603541135m 10p6812,5
17481 7175721435715
1749727244619549
17501 6165361345670
17512 1427141783535
17522 3407801954780
17532 0346881724688
17541 6325501373411
1755"6416 1/4""
17561 6395281323396
17572 0266681674668
17581 6575521384L 10d630
1759"""""
17603 000""""
17611 00533584""
17621 9105761442288
1763"""""
17641 275420"""
  • 1746 : Une autre estimation est fondée sur le fait qu'en réalité le vin n'a été vendu en cette année que 8l, 10d la mesure. Elle répond probablement à la réalité des faits
  • 1753 : Une année désastreuse. On ne fit pas venir de jaugeur assermenté : la vendange n'en valait pas la peine. Les habitants s'en remirent à "la prudence et la concience" du curé Couquot pour savoir ce qu'ils devaient payer.Le curé fit une estimation, accompagné du frère Darney, jésuite. Si les 65 mesures représentent 1/22 de la production, le vignoble de Maron aurait produit en 1753, 204 virlis.

PAUL FOURNIER.

   

Deux curés de Maron : J-F COUQUOT et J-C. HUSSENOT

Jean-François COUQUOT

Quatrième et dernier enfant de Claude Couquot, drapier, et de Jeanne Pelletier., Jean-François COUQUOT  est né le 13 mai 1712, A saint Nicolas de Port. Il fut ordonné prêtre en 1736.

D'abord curé de la paroisse d'Ecrouves, il devint curé de Maron en 1747. En 1774 il se retira à Nancy. où, en 1789, il remplissait les, fonctions de chapelain. Il fut témoin des débuts de la Révolution; réfractaire à la constitution civile du clergé, il tenta d'user des relations qu'il avait conservées avec quelques-uns de ses anciens paroissiens pour combattre l'influence de son successeur, Jean-Claude Hussenot, qui avait prêté le serment et devint plus tard l'un des vicaires épiscopaux du prélat constitutionnel.

Il décéda le 14 octobre 1793.

Lorsqu'à la fin d'une année, Couquot disposait de quelques pages demeurées blanches sur l'exemplaire du registre paroissial qu'il devait conserver, il y consignait ses observations, pour l’'information de ses successeurs. Les notes (citées dans les autres pages sur Maron)  n'ont donc pas été écrites d'un seul trait.

il reconstruisit l'église au milieu du village et établit l'école dans la chapelle, désormais inutile, où il célébrait la messe les jours de semaine. En janvier 1761, Couquot rend compte à la communauté de Maron de la construction et de la vente (location) des bancs de la nouvelle église, effectuées par ses soins. Comme Couquot avait avancé les frais de la construction, la communauté se trouve lui devoir 86 livres 17 sols 6 deniers; il mentionne aussi 605 livres qu'il a prises sur ses deniers, à la prière du maire, du syndic et de la communauté, qui, faute d'argent, ne pouvaient achever l'église.

Jean-Claude HUSSENOT

Fils de Claude Hussenot et de Catherine Trottot, il est né à Maron.

Entré dans la Compagnie de Jésus vers 1757.

En 1762, parrain de son frère, il est noté dans l'acte de baptême "maltre ès arts de l'Université de Strasbourg"

En janvier 1765, il était au grand séminaire de Toul ; le 4 avril, il célébrait solennellement sa première messe dans l'église paroissiale de Maron, à laquelle "ont assisté un grand nombre de personnes respectables qui y ont été invitées", dit le registre paroissial rédigé per Couquot.

II fut vicaire commensal de Neuviller;on 1774, il devint curé de Maron, II prêta serment  et quitta Maron pour devenir vicaire épiscopal. après le Concordat, il retrouva la cure de Maron où il finit ses jours.

Cartes postales anciennes de Maron

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