généalogie et histoires lorraines

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Description de Frouard

lundi 1 octobre 2012, par Anne Auburtin

Sources : Département de la Meurthe, dictionnaire historique et statistique, E. Grosse,1836,(réédition Res Universis, Paris, 1992)

Description

Frouard est situé sur une éminence sur la rive droite de la Moselle, à 10 Km au nord-ouest de Nancy.

Population (1830)

  • 850 individus,
  • 84 électeurs communaux,
  • 12 conseillers municipaux
  • 2 électeurs au collège politique de Nancy
  • 215 feux
  • 153 habitations
 

Cultures et industries

 

  • 1281 hectares cadastrés dont 572 en forets, 153 en terres labourables,92 en prés et 72 en vignes, "dont les produits sont médiocres"
  • une tuilerie "considérable, un moulin à grains "d'un grand rapport", un foulon et un four à chaux.

Frouard à la révolution

 
  • Gen, lnt.,Subdélég. et Maîtrise de Nancy,
  • Dioc.de Nancy.  Archidiaconé de Nancy. Doyenné de Frouard.
  • Collateur: L'évêque Primat de Nancy
  • Décimateurs : Les religieux de Saint Mihiel pour 1/3 des grosses dîmes, le chapître de Bouxières pour 1/3 et le curé pour 1/3 et la totalité des menues dîmes.
  • Feux : 148 et 32 veuves.
  • Habitants : 670 (1790).
  • Seigneur : M. de Lathier.
  • Biens communaux : Forêts: 2.300 arpents, Pâquis : 47 jours.

 

Impositions:

  • ordinaires (1790)
2 761 l.10 s.

  • vingtièmes
 1 776 l.4 s.6 d.
  • Total
4 537 l.14 s.6 d.

La croix d'affranchissement

(Texte d'Alain Mariotte)

Avant 1883, il existait sur la place du village (Place Nationale) une croix très curieuse désignée sous le nom de Croix  d'affranchissement. (Cette croix a été transportée au Musée Lorrain le 12 février 1883).

L'arbre de la croix, de 8 mètres de haut, est en trois morceaux.  
Sur l'un des côtés est représenté un Christ, sur l'autre un chevalier à casque plat et visière fermée. Sur son écu on remarque une crosse pastorale. Certains auteurs attribuent ce monument à RENÉ II, mais l'armure du chevalier semble indiquer une époque plus reculée, et d'après M. GERMAIN , ce chevalier, ayant sur son blason une crosse pastorale serait l'un des fils de FERRI III, FERRI qui fut évêque d'Orléans. La vérité est que cette croix est un monument commémoratif de l'affranchissement de Frouard accordé par FERRI III en 1255, et de sa mise à la loi de Beaumont. Dans les temps anciens en effet, l'exécution de tout pacte était généralement accompagné d'un signe matériel. Et il a été reconnu que dans les localités mises à la loi de Beaumont il était d'usage d'ériger en lieu public une croix pour perpétuer la mémoire de la charte. Cet acte est mentionné par exemple dans la charte de Cons-la-Grandville.

Procès entre Frouard et Liverdun

mardi 2 octobre 2012, par Anne Auburtin

Auteur : A. Mariotte

Au sujet de la possession des bois de la Fourrasse et des termes.



La situation de Frouard au duché de Lorraine, fut cause d'un long procès survenu avec Liverdun, de l'évêché de Toul, au sujet de la possession des bois situés entre le Hardillon, les Rays et le territoire de Liverdun. Nous lisons aux archives communales : << Les habitants de Frouard ont prétendu placer ces bois sur le territoire de leur village donc dans les États de Lorraine: tandis que ceux de Liverdun les prétendaient placés sur leur ban, c'est-à-dire dans le Royaume de France. (après 1552).


Nous allons examiner les principaux épisodes de ce procès.

<< Sur la fin du 12° siècle, MATHIEU, fils de FRÉDÉRIC III, duc de Lorraine, fut élu évêque de Toul.

<< L'histoire nous apprend que la conduite de cet évêque n'était pas régulière et qu'il dissipa une partie des biens du domaine de l'évêché; ce qui obligea le pape Innocent III à le déposer.

<< Albéric, religieux de Trois-Fontaines, rapporte sa déposition sous l'année 1210 et voici le portrait qu'il en fait en peu de mots :

<< Apud Tullum depositus est Mathaeus nec nominandus Episcops Rerum Ecclesiam dilapidator Comprobatus. >>

<< Cette circonstance n'est rapportée que parce qu'elle peut servir à prouver qu'un évêque de ce caractère, lequel au lieu d'être le fidèle économe des biens de son église en était le dissipateur, qu'il a pu faire passer une partie des mêmes biens aux princes de sa maison, et que c'est peut-être sous son épiscopat que les bois de Liverdun ont été démembrés pour agrandir les bois de Heys (Haye) qui appartenaient alors aux ducs de Lorraine.

<< Si ce démembrement ne s'est pas fait du temps de MATHIEU de Lorraine, évêque de Toul, il est vraisemblable que c'est sous son successeur que les princes de la maison de Lorraine se sont emparés des biens en questions.

<< Voici ce qui le fait présumer ainsi :  

<< Renaud de BOUTILIER SENLIS fut élu évêque de Toul après la déposition de MATHIEU. Et nous lisons dans l'histoire que ce fut à lui qu'on s'en rapporta pour régler l'apanage de MATHIEU de Lorraine, fils puiné de FRÉDÉRIC III qui s'était brouillé avec THIEBAUT son aîné. Ce règlement fut fait du consentement de toute la noblesse de Lorraine, et THIEBAUT céda à MATHIEU la ville de Neufchâteau avec les forteresses de Châtenois et de Frouard.
              
<< Quelques temps après, Renaud de BOUTILIER se trouva engagé dans une guerre avec THIEBAUT duc de Lorraine, qui fit raser le château de Bonneron et dont les entreprises obligèrent l'évêque à se retirer à Bar.

<< MATHIEU, frère de THIEBAUT devenu seigneur de Frouard profita sans doute des circonstances d'une guerre dans laquelle il aurait pris le parti de THIEBAUT pour agrandir le territoire de Frouard en y joignant les bois de Liverdun qui étaient à sa bienséance. (convenance).

<< Renaud de BOUTILIER fut tué en 1217 par ordre de MATHIEU son prédécesseur. Et à quelque temps de là THIEBAUT, duc de Lorraine, étant mort sans enfant, MATHIEU II, seigneur de Frouard, lui succéda.

<< Gérard de LORRAINE VAUDEMONT fut le successeur immédiat de RENAUD, mais il mourut la même année, il n'eut pas le temps de s'occuper de la réunion des biens dont il s'agit.

<< Après ce décès en 1219, Eudes de SORCY, élu évêque de Toul, sollicita vivement MATHIEU II, duc de Lorraine, à rendre et restituer les bois qui auraient été démembrés du territoire de Liverdun.

Cette prétention d'Eudes de SORCY donna lieu à différentes contestations. Néanmoins par lettres patentes en l'an 1225,  MATHIEU II, duc de Lorraine, se détermina par piété, par dévotion, par devoir, à abandonner à vie, à l'évêque de Toul et à son église; la forêt de Haye qui est outre Moselle devant Liverdun, dans l'étendue des bornes désignées par cette concession, soit plus de 4.000 arpents.

<< Le seigneur et les habitants de Frouard étaient apparemment propriétaires d'une part de cette même forêt et avaient leurs usages et affouages sur le surplus. (depuis 1168).

<< Pendant que les évêques de Toul ont joui par eux-mêmes de cette forêt, les habitants de Frouard ont leurs droits sans aucune difficulté.

<< En 1337 THOMAS, évêque et Comte de Toul, ayant abandonné cette forêt (dite la Fourrasse, les Termes) aux habitants de Liverdun, ceux-ci voient avec peine ceux de Frouard user quand même de cette forêt qui leur appartenait. Les gens de Liverdun prétendaient que les autres surpassant la seule borne qui séparait ces bois des leurs étaient amendables de 60 sols chaque fois. Ceux de Frouard soutenaient au contraire qu'ils ne couraient que le risque de perdre, pour amende, le taillement, la hache ou la serpe avec laquelle ils seraient trouvés mésusants. Il survenait de temps en temps des contestations à ce sujet et sur d'autres objets, entre ces deux communautés voisines et contiguës. C'est pourquoi un traité fut passé en 1391, entre Jehan de NEUCHATEL, alors cardinal et administrateur de l'évêché de Toul d'une part, et le duc de Lorraine dŒautre part, par lequel traité, en ce qui concerne les bois, il fut dit et accordé pour le bien de la paix que si quelqu'un des habitants de Frouard était trouvé par le sergent de Liverdun, taillant au bois des Termes, il perdait ses taillements et outils qui seraient acquis à la justice de Liverdun. D'autre part, celui qui se récrierait payerait 5 sols toulois d'amende à la justice de Liverdun avec ledit taillement. Et si les habitants de Frouard étaient trouvés chargeant du bois taillé par eux, ce bois leur serait pris, ils payeraient l'amende de 60 sols toulois au cardinal ou à ses successeurs ou à la justice de Liverdun.

<< L'acte du duc MATHIEU prouve deux choses incontestables, dit le procès : la 1ère : que les seigneurs et habitants de Frouard étaient propriétaires des bois situés sur leur ban jusqu'aux bornes que ce titre désigne; 2° qu'indépendamment de ce qui leur appartenait, en propriété, ils avaient leurs usages et affouages sur la forêt appartenant à ceux de Liverdun. Car il est dit que si aucun de Frouard faisait denrée venderesse ou mésusait dans les bois désignés, c'est-à-dire dans ceux de Liverdun, autrement que pour l'affouage et nécessité de son hôtel, soit de nuit ou de jour, il payerait 60 sols toulois d'amende à l'évêque de Toul, à ses successeurs ou à la justice de Liverdun.

<< Malgré cet ordre établi par le traité de 1391, les habitants de Liverdun par trop entreprenants naturellement, ne cessaient de harceler ceux de Frouard. Ces premiers donnèrent requête en 1468, au duc de Lorraine alors régnant, à ce qu'il lui plût de nommer un commissaire, avec celui qui serait pareillement commis par M. l'évêque de Toul, pour connaître et décider les différends d'entre eux et ceux de Frouard au sujet des bois en question.

<< Il fut alors stipulé que les gens de Frouard ne pourraient venir dans ces forêts avec des serpes ou instruments sous peine de confiscation.

<< Or il arriva, en 1520, que les habitants de Liverdun reprirent quelques bêtes à cornes trouvées en mésus (usage défendu) dans les bois de la Fourrasse sous la garde de certains habitants de Frouard.

<< Par représailles, les habitants de Frouard saisirent 6 chevaux à un habitant de Liverdun. Ils firent cette saisie pour pouvoir amener l'affaire devant la justice de Lorraine. Les habitants de Liverdun se plaignirent de cette manoeuvre à Toussaint d'HOCEDY, leur évêque. Mais celui-ci qui avait été secrétaire de JEAN, Cardinal de Lorraine, et qui était toujours entièrement dévoué à sa maison ne voulut point se mêler d'une affaire dont la justice de Lorraine s'était attribuée la connaissance. Force fut aux habitants de Liverdun de s'accorder avec ceux de Frouard. Il y eut transaction le 4 juillet 1548. Les boeufs furent rendus par les habitants de Liverdun et les chevaux par ceux de Frouard et au surplus, les habitants de Liverdun ont payé à ceux de Frouard, 40 francs barrois : savoir 36 francs pour les frais de pâture des chevaux saisis, et 4 francs pour les dépens de la sentence rendue par défaut à Nancy.

<< Depuis ce traité, l'impunité rendit les habitants de Frouard plus entreprenants qu'ils ne l'avaient jamais été; ils ne se contentèrent plus du droit d'usage dans les bois des Termes, mais ils les dégradèrent totalement après quoi ils prétendirent qu'ils étaient en droit d'en user de même pour les bois de la Fourrasse. (Ils les mirent même par la suite à blanc étoc.)

<< Les habitants de Liverdun ne purent résister au torrent de l'usurpation, et ils réclamèrent en vain pendant longtemps l'autorité des évêques de Toul, qui finalement nommèrent des experts.

<< En 1720, les habitants de Liverdun harcelant de nouveau ceux de Frouard, M. de CHAMPE, Procureur général au Parlement de Metz, dit à ceux de Liverdun de cesser leurs entreprises sur ceux de Frouard au sujet desdits bois. Les gens de Liverdun sont restés tranquilles jusqu'en mars de cette année.

<< Mais un arrêt du Conseil d'État du Roi portant que toute personne qui possède des bois ou autres biens acquis depuis 1620 dans l'étendue des trois évêchés et ressort de Parlement de Metz serait tenu de représenter ses titres par devant M. LEGRAND, maître au département.

<< Les habitants de Liverdun ont fait signifier cet arrêt à ceux de Frouard, lesquels ont déclaré qu'ils protestaient de nullité contre cette signification : 1° parce que les bois par eux possédés ne provenait d'aucune communauté ecclésiastique ou laïque ni d'autres gens de main-morte des États de France, mais bien des ducs de Lorraine; 2° parce que, même si cela était, ils n' ont pas fait l'acquisition depuis 1620.

<< A la vue de cette réponse, les habitants de Liverdun se sont tellement mutinés que se trouvant en troupe à l'entrée des bois de ceux de Frouard, dès que l'un de ceux-ci se présenta pour entrer dans ces bois, ceux de Liverdun se sont saisis de sa personne tumultueusement, le conduisant chez eux en prison.

<< Le 27 juin 1726, les habitants de Liverdun ont fait rendre un jugement en la maîtrise particulière de Metz par lequel les Juges, faute par les seigneurs et habitants de Frouard d'avoir produit les titres de la propriété prétendue usurpée, les ont déclarés déchus purement et simplement de la propriété en leur possession, et ont permis en conséquence à ceux de Liverdun de s'en remettre en possession.

<< Ceux de Liverdun ont fait signifier ce jugement par le sergent de chez eux, le 1er du mois de juillet, en parlant sur les 6 heures du matin aux habitants de Frouard, trouvés à l'extrémité du ban de Liverdun. L'on sent suffisamment la réprobation de ce procédé sans qu'il soit besoin de plus amples explications à ce sujet.

<< Les Habitants de Liverdun s'autorisant de ce jugement << nul de droit >> avaient passé la nuit du dernier juin au 1er juillet sur le lieu contentieux, au nombre de 150 et plus, armés de fusils. Et ce 1er juillet, ils exercèrent quantité d'hostilité et de mauvais traitements sur ceux de Frouard qui se continrent sans aucune résistance.

<< Le lendemain 2 juillet, les habitants de Liverdun enlèvent par la même violence la plupart des bois façonnés dans les portions de ceux de Frouard qui se continrent encore.

<< Le 10 du même mois, ceux de Frouard ayant remis une lettre de M. le Procureur général au Parlement de Metz, portant défense à eux, de continuer leur mauvais procédé, ils n'ont délaissé, au mépris de cet ordre, de s'assembler de nouveau et de se rendre au bois qui fait la matière de la contestation, avec tambour battant. Ils ont enlevé tout ce qui restait de façonné et les pièces tout équarries, destinées à des bâtiments, coupant une infinité d'arbres, commettant des dégâts inouïs, et continuant d'y puiser journellement sans intermission.

<< Tel est l'état des choses au 11 juillet 1726.

<< C'est alors que pour mettre fin à cette querelle, affaire a été jugée de la façon suivante :

<< Nous Jean François de CREIL, chevalier, marquis de Creil, baron de Brillac et autres lieus, conseiller du roi en ses conseils maître des requêtes et Intendant de justice, police et financière, au département de Metz frontière, de Champagne, du Luxembourg et de la Sarre;

<< Et Pierre Paul Maximilien, comte de HAUTOY, chevalier, seigneur de Gus... conseiller d'État, grand sénéchal de Lorraine et Barrois, commissaire de Sa Majesté et Son Altesse Royale;

<< Pour terminer les contestations entre Ferdinand, marquis de LUNATI-VISCONTI et de Frouard et les habitants de la communauté du lieu de Frouard, demandeur, les habitants et la communauté de Liverdun, défenseur et Messire Scipion Jérôme BÉGON, évêque de Toul intervenant.
                 
<< Avons ordonné qu'en présence des sieurs LANTY et FLORIOT, nos subdélégués, il sera fait, enfoncé et planté des bornes le long de la ligne marqué par la lettre K, dans la carte topographique dressée pour cette circonstance.
              
Ces bornes enfermant les anciens arbres de lisière marqués d'un côté d'une fleur de lys et en conséquence avons débouté ledit seigneur, évêque de Toul de son intervention.

Fait à Metz le 12 avril 1728.

<< C'est alors que le 18 mai 1728, furent plantées six bornes marquées d'une fleur de lys du côté de Liverdun et d'une croix de Lorraine du côté de Frouard, à l'assistance du sieur NICOLAS et se Sébastien MANGEOT pour la Lorraine. >>

Ces bornes n'ont pas été conservées par l'administration forestière de notre époque. Et les habitants de Frouard n'ont obtenu qu'une petite part des bois qu'ils réclamaient. Liverdun fut avantagé.

Parcours et vaine pâture à Frouard

Modéle de délibération qui était faite chaque année, avant 1900 concernant le parcours  et la vaine pâture du bétail dans Frouard,

transmis par Alain Mariotte.

 

Considérant qu'il est de l'intérêt du pays et particulièrement de la localité de ménager à l'agriculture la ressource de la seconde herbe pour lui assurer les moyens de satisfaire aux besoins de la consommation ordinaire; que sans la récolte des regains, il serait impossible de pourvoir à la nourriture hivernale du bétail, et que d'ailleurs il est d'usage dans la commune de mettre les prés en réserve jusqu'à la seconde faux, 

ARRÊTÉ:

 Article 1 - L'usage du parcours et de la vaine pâture, dans les prés non clos, demeure suspendu jusqu'à la seconde faux, et sans que cette suspension puisse toutefois s'étendre au-delà du 1er octobre. La levée des regains se fera en conséquence au profit du propriétaire ou fermier. 

Article 2 - Sont exceptés de cette mesure les terrains ou pâtis communaux réservés à la jouissance commune, ainsi que ceux qui n'auraient été loués que pour la récolte de la première herbe seulement.

 Article 3 - Tout propriétaire ou exploitant peut, dans le cas où il pré férerait ce mode de jouissance, faire pâture exclusivement ses prés par son bétail jusqu'au 1er octobre prochain, époque à laquelle la suspension de la vaine pâture est levée. 

Article 4 - Si avant cette époque, les propriétaires ou exploitants veulent affecter un canton au parcours de leurs bestiaux, il leur est loisible de faire entre eux, pour cette fin, tout arrangement amical qui leur paraîtra les plus dans leurs intérêts. Ils sont tenu de rédiger un acte de cet arrangement et d'en déposer un double à la Mairie. Mr le Maire en adressera une copie certifiée au fonctionnaire exerçant le Ministère public près du tribunal de police du canton. 

Article 5 - La vaine pâture et le parcours sont généralement interdits sur le territoire de la Commune, dans toute espèce de terrains non clos, pendant la nuit, c'est-à-dire depuis le couché jusqu'au levé du soleil. Pourront seulement, les chevaux et autres bêtes de trait servant à la culture des terres, rester en pâturage jusqu'à huit heures du soir, et y être envoyés dès quatre heures du matin, sans que, sous aucun prétexte, les heures indiquées puissent être dépassées ou avancées. 

Article 6 - La vaine pâture et la parcours sont aussi expressément interdits les jours de pluie, depuis le 1er octobre jusqu'au 1er mars à laquelle leur usage doit cesser. Cette interdiction se prolongera pour les prés bas et humide, aussi longtemps que l'introduction du bétail ne s'y ferait qu'en causant du dommage. 

Article 7 - La présente délibération, après avoir été soumise à l'approbation de l'autorité supérieure, sera publiée et affichée dans la commune et il en sera dressée une copie certifiée au fonctionnaire exerçant le Ministère public près le tribunal de police du canton.

E. Colvis et la bouche d'enfer à Frouard

Eugène Victor COLVIS

Ce récit est le résultat des travaux personnels d'Alain Mariotte, qui a eu la gentillesse de m'en permettre la publication.

Né à Frouard le 18 février 1868 Eugène, fils de Joseph COLVIS (1828/1903) et de Marguerite THORMEYER (1837/1911), instituteur de profession, se passionne pour la ville de Frouard.

Resté célibataire, il décède le 7 avril 1936, en instituant comme légataire universel la Caisse des Écoles de Frouard, ou, au cas où celle-ci ne serait pas autorisée à accepter le legs, la Commune de Frouard, à charge par cette dernière de remettre intégralement et annuellement les revenus de ce legs à la Caisse des Écoles. Cette clause ne pouvant jouer qu'après la mort de sa soeur Adèle épouse DESCHAZEAUX, usufruitière.

Le legs ainsi consenti à la Caisse des Écoles entraîne le paiement des droits de mutation et frais divers s'élevant à 22 000 f. La caisse ne disposant d'aucune réserve, décide, à l'unanimité de ses membres, lors de sa réunion du 16 novembre 1937 de renoncer au legs consenti à son profit par Mr Colvis et d'en laisser la libre disposition à la Commune de Frouard à charge par celle-ci de respecter les clauses du testament.

Le 17 novembre 1937, le conseil décide d'accepter le legs aux lieu et place de la Caisse des Écoles, à charge par la Commune d'exécuter fidèlement les clauses du testament.

Le 2 juillet 1938, la ville prend à sa charge les frais de funérailles, soit 3 253 f, de Mr COLVIS, généreux donateur à la Caisse des Écoles.

Le 22 avril 1939, la rue de la nouvelle École des filles du Faubourg est dénommée Rue Eugène COLVIS ainsi que le groupe scolaire du Faubourg.

Le 19 février 1949, après le décès de Madame DESCHAZEAUX, la commune de Frouard entre en possession du legs COLVIS soit : 5 000 f en pièces d'or, un immeuble de 10 pièces, un terrain à bâtir, un certain nombre de titres de rentes diverses. Cet ensemble représente environ deux millions de francs.

Le 25 mai 1949, pour financer la reconstruction du groupe scolaire détruit par une explosion, il y a lieu de réaliser (vendre) les 89 titres en dépôt au Crédit Lyonnais, les 146 pièces d'or et 58 pièces d'argent en dépôt chez Maître Matton Notaire à Nancy et le terrain attenant à l'immeuble situé rue de Nancy à Frouard.

Instituteur à Saizerais pendant plusieurs années, il fit la rencontre de Georges CHEPFER, conteur et chansonnier célèbre, auteur d'une série de neuf sketches intitulés "La dame de Saizerais".

Pendant des années il fut adjoint au maire de la ville, et membre du Comité de la Caisse des Écoles où il occupa le poste d'administrateur.

En 1934, Eugène COLVIS, Officier d'Académie et membre de la Société des Écrivains Lorrains, publia un recueil de légendes frouardaises dans lequel il nous fait découvrir, d'une façon originale, un peu d'histoire locale.

C'est ainsi que pour Mr Colvis le nom donné au confluent de la Meurthe et de la Moselle, la Gueule d'Enfer a pour origine la légende suivante...

 

Bouche d'enfer


Une tragique légende de ce moyen-âge, si lourd de tristesse et de douleur, m'a été contée, voilà de longues années par une mère-grand qui, elle-même, la tenait d'une aïeule qui l'avait déchiffrée dans des feuillets jaunis conservés en famille depuis une époque qui se perdait dans la chronologie des temps.

Je vais vous la raconter:

" Il était une fois un seigneur baron, fameux par sa cruauté, et ses brigandages.

Le dit seigneur était si méchant seigneur, qu'il faisait jeter à tort un homme dans sa geôle souterraine creusée dans un rocher du Faugeot

Et le dit seigneur était si méchant seigneur, qu'il faisait pendre à bon plaisir un riche marchand passant sur la route qui conduisait au pays de France.

On appelait le dit seigneur Bouche d'Enfer.

Il portait une longue barbe, couleur de feu, qui encadrait sa bouche de reflets rougeoyants.

Quand cette barbe s'étalait sur sa large poitrine, on aurait cru, de loin, voir une longue flamme sortie du sein de l'enfer et accrochée à son visage par quelque sortilège.

Voilà pourquoi on l'appelait Bouche d'Enfer.

En ce même temps lointain vivait, en notre village de Frouard, une jeune fille qui avait eu ses dix-sept ans au premier dimanche de l'Avent, et qui était réputée pour sa grande vertu.

On l'appelait Blancherose à cause de sa beauté.

Ses parents étaient de pauvres bûcherons, elle les aidait souvent dans leurs travaux, à cordeler le bois de bûches et à fagoter le bois de ramiers.

Il arriva que Blancherose fut rencontrée dans un sentier de la forêt de la Waltriche par Bouche d'Enfer, qui lui dit en adoucissant sa voix qu'il avait rude:

"Viens dans mon château, charmante damoiselle, je te donnerai de l'or et de l'argent."

Mais Blancherose, qui avait un coeur pur comme le pur cristal, répondit en faisant sa révérence:

" Que votre Seigneurie garde son or et son argent, je garde la sagesse dans la pauvreté. 

Le cruel baron fut moult courroucé de cette noble réponse et ordonna que sur-le-champ on punit de la hart cette honnête et si vaillante jeune fille.

Le supplice allait avoir lieu sur la place du village, où se profilait le bras maudit de la potence, dressée en permanence en face de la grande croix de Libération, dont les bras de miséricorde s'étendaient au-dessus de la population accourue.

...infortunée Blancherose, dans quelques secondes ton corps virginal se balancera dans le vide à l'extrémité de la fatale corde! Tu vas quitter la vie avant que le voile mystérieux de I'amour se soit levé pour toi! Mais tu soupçonnes les félicités que cache ce voile, et tu pleures... A cet instant, ta suprême consolation fut peut-être la présence de ta mère, que tu as cherchée du regard et que tu as aperçue, désespérée, en avant de la foule maintenue par une compagnie d'archers.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Alors de cette foule angoissée, monta une longue lamentation!

Mais un grand miracle allait châtier le méchant.

L'oeil du Christ, dont l'image était sculptée dans la pierre de la croix de Libération, devint tout à coup fulgurant, et cet oeil lança sur le cruel seigneur qui assistait au supplice, un regard comparable à l'éclair qui jaillit des nues les jours d'orage.

Foudroyé par cette étincelle miraculeuse, Bouche d'Enfer roula sur le sol.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Et de la foule terrorisée, s'échappa un sentiment d'effroi!

En même temps, la vertueuse Blancherose; qui avait senti ses liens se dénouer d'eux-mêmes, quittait le lieu de son supplice et, après avoir pardonné à son bourreau rentrait en triomphe dans la maison de ses parents.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Et, de la foule émue, s'éleva une éclatante action de grâces.

Quatre hommes d'armes placèrent sur leurs épaules le corps raidi par la mort, de Bouche d'Enfer.

Ces quatre guerriers n'avaient jamais eu peur, ils n'avaient jamais tremblé; à ce moment, ils tremblèrent comme des feuilles agitées par le vent. Ils se dirigèrent vers le cimetière qui entourait l'église. Sur leur passage, tout le monde fuyait en se signant. Le curé de notre paroisse, qui s'était placé en travers de la porte du cimetière, refusa la sépulture en terre sainte à si grand scélérat.

Alors les quatre guerriers, toujours tremblants, suivirent la rue des Armuriers, puis le chemin de la Papeterie, qui conduisait vers la Moselle, qu'ils longèrent pendant quelque temps, pour aller précipiter leur redoutable fardeau dans les remous du tourbillon d'un trou sans fond de la rivière, ouùles eaux de la Meurthe et celles de la Moselle se confondent pour former un unique cours d'eau, large comme un fleuve.

Bouche d'Enfer restera dans ce gouffre jusque la consommation des siècles.

Dès lors, le confluent de la Meurthe et de la Moselle porta le nom du cruel baron; mais, dans la suite des temps, ce vocable déformé par la malignité publique est devenu la Gueule d'Enfer.

C'est actuellement sous cette dénomination qu'est connu dans la région, et qu'est désigné dans les géographies de la Lorraine, le confluent des deux rivières.

Quant à la mémoire de l'héroïne de cette légende, elle fut pendant un grand longtemps entourée de la vénération populaire à laquelle se rattachait une gracieuse faveur: toute jeune fille ayant posé le pied à l'endroit qu'occupait la jeune vierge dans l'attente de son supplice, trouvait dans le courant de l'année un loyal épouseur.

C'est en vue d'entrer en possession de cette faveur, qu'au temps jadis, après les vêpres du dimanche de la Saint-Jean d'été toutes les jeunes filles du village, se tenant par la main, avaient coutume d'enrouler et de dérouler une joyeuse farandole autour de la Croix de Libération.

Et dansant, chantant, riant, elles emplissaient la vaste place de leurs ébats, tout en caressant l'espoir de mettre, et non sans émotion, le pied à la « bonne place »."

Le fort de Frouard et la batterie de l'Eperon

Ce texte d'Alain Mariotte est le résumé d'un ouvrage qu'il a écrit sur le fort de Frouard et la batterie de l'Eperon.

CONTEXTE HISTORIQUE :

Après la guerre de 1870 et suite à la défaite, l’Alsace et une partie de la Lorraine sont annexées, de ce fait la frontière est ramenée sur la Seille. Après le traité de FRANKFORT, (10 mai 1871) qui mis fin à la guerre franco-allemande, la frontière est ouverte ; la guerre a appris la fragilité des grandes places fortes isolées (Metz, Paris).

La France décide de fortifier, pour cela il est fait appel à SÉRÉ DE RIVIÈRES.

SÉRÉ DE RIVIÈRES (Raymond), général français (Albi 1815 - Paris 1895), sortide polytechnique dans le Génie, il participe aux campagnes de 1870-1871 et  est chargé d’instruire le procès de BAZAINE en 1872. Directeur du Génie au  ministère de la guerre, il dirige à partir de 1875 la construction du système fortifié français, auquel il a laissé son nom.

L’armée nationale remplaçant l’armée de métier, il faut protéger la mobilisation et la concentration, interdire les voies ferrées, couvrir PARIS. Pour cela, deux rideaux défensifs de forts de liaison s’appuient, à leurs extrémités, sur les grandes places des Hauts de Meuse (Toul et Verdun) et les Côtes de Moselle (Épinal et Belfort). Une seconde ligne est prévue à REIMS, LAON, LA FERE. En outre, des forts d’arrêt sont placés sur les voies ferrées, et une ceinture fortifiée entoure PARIS.

Le système SÉRÉ DE RIVIÈRES voit la création de 4 camps retranchés (Verdun, Toul, Épinal et Belfort) d’après les places fortes existantes, reliées 2 à 2 par des forts de liaison s’appuyant entre eux pour constituer des rideaux défensifs. Une ligne de fortifications modernes croisant leurs feux pour bloquer l’offensive ennemie. Des forts doivent être construits en complément du système défensif de la place forte de TOUL car elle présente quelques points faibles en direction de l’est.

Les noeuds ferroviaires et routiers de PONT-SAINT-VINCENT et de FROUARD ne sont pas protégés, la forêt de Haye, écran de verdure important, peut permettre à l’ennemi de s’infiltrer sans être vu.             

Dès 1878 les études de construction d’un fort sont en cours.

Déjà par un décret du 8 février 1868, signé de NAPOLÉON III, la décision fut prise d’occuper temporairement un terrain à FROUARD afin d’entreposer armes et matériel, et la construction d’un fort.

SITUATION GÉOGRAPHIQUE :

Dans un premier temps le Génie militaire a d’abord songé à construire un fort sur la pelouse de BOUXIÈRES-AUX-DAMES, mais devant les protestations des édiles et propriétaires de la mine, le parc LATTIER de FROUARD est choisi, car, la position est plus avantageuse puisqu’elle domine bien le carrefour des vallées et confluents Amezule/Meurthe et Meurthe/Moselle, le canal de la Marne au Rhin, la voie ferrée de PARIS ainsi que la route de METZ.

PARC LATTIER : Le cadastre de FROUARD désigne sous ce nom la zone forestière où est construit le fort et la batterie de l’Éperon. Il s’agit d’une réserve de chasse qui fit partie du domaine du Comte de CHABOT passé au Marquis de LATTIER. La surface du parc est de 12,5 hectares.

En 1878/1879, le Génie militaire fit exproprier le terrain pour la construction d’un fort et d’une batterie d’artillerie. A partir de cette époque, le mur de clôture disparut peu à peu. On n’en trouve plus aujourd’hui que quelques traces dans les taillis.

Après les études préliminaires qui débutent en juin 1878, les travaux commencent sous la direction du Génie militaire en mai 1879.

FORT DE FROUARD              

Le fort de FROUARD, appelé fort DROUOT (Général de Napoléon né à Nancy), se trouve placé à la limite de CHAMPIGNEULLES et de FROUARD, comprend deux parties : l’ouvrage principal sur CHAMPIGNEULLES et la batterie de l’Éperon sur FROUARD. Le fort, renforcé par la batterie de l’Éperon, interdit la vallée de la Moselle vers le nord et contrôle l’importante voie ferrée conduisant à PARIS, tout en mettant la capitale lorraine à l’abri d’une attaque venue de METZ.

L’altitude pour le fort est de 350 m, alors que la batterie s’élève elle à 320 m.

De forme rectangulaire, le fort de FROUARD, construit de 1879 à 1883, sur un  terrain de 12 ha 50 appartenant au marquis de PANGE, est particulièrement intéressant par la variété des cuirassements qu’il conserve car il a été partiellement bétonné et modernisé.

L’ouvrage principal, d’abord construit en maçonnerie de pierre est renforcé en béton armé après l’apparition vers 1887 des obus brisants, a été modernisé en 1894 , 1901-1907.

Il fait parti du réseau des forts d’arrêt et de rideaux.

Il possède toujours sa tourelle MOUGIN dont les canons ont été enlevés, une tourelle de 75, trois tourelles de mitrailleuses, une tourelle à éclipse pour projecteur, exemplaire unique mais en mauvais état, une casemate bétonnée pour projecteur auxquelles s’ajoutent plusieurs observatoires et guérites cuirassés.

Ses casernements à étages en maçonnerie ressemblent à ceux de PONT-SAINT-VINCENT. 

Le fossé conserve deux caponnières simples alors que la caponnière double a été remplacée par un coffre de contrescarpe. Enfin le réseau de barbelés entourant le fort est encore en assez bon état.

Pour l’approvisionnement des chantiers, il est créé un plan incliné qui part du canal, passe sous la route, monte au flan de la colline. Il sert a monter le matériel, une machine à traction est mise en place à la batterie.

Une route est créée depuis CHAMPIGNEULLES.Un réseau de routes stratégiques est construit dans la forêt de HAYE afin d’éviter l’isolement du fort, tout le long des routes se trouvent de nombreux abreuvoirs à chevaux.

Deux stations de pompage sont construites pour fournir l’eau, l’une côté FROUARD , l’autre côté CHAMPIGNEULLES.

En 1883, une ligne télégraphique relie l’ensemble à la place forte de TOUL.

Des batteries extérieures pour pièces d’artillerie à l’air libre sont mises en place, dont une dite “de Bellevue” près de l’Éperon,une à l’entrée du plateau venant de CHAMPIGNEULLES, trois autour du fort. La liaison entre ces éléments est réalisée par voie ferrée pour le transport du matériel et des munitions (rail de 0,60 m).Les trains sont tirés par des petites locomotives à vapeur Péchot.

Un important réseau de fil de fer barbelé est mis en place ainsi qu’un nombre important d’ ardillons et de queues de cochons.

En 1900, le Génie fait abattre quelques 12 000 arbres, car l’autorité militaire se rend compte que le fort et la batterie sont totalement cernés de bois. Les travaux prennent fin en mars 1901.

L’éclairage du fort et de la batterie suit l’évolution d’abord : bougies, lampes à acétylène, pétrole ou huile, électricité. Le système de ventilation à l’intérieur du fort et de la batterie est très efficace, grâce notamment aux nombreux conduits d’aération.

  • Acquisition des terrains :      320.000 F or.
  • Coût total des travaux   :  2.270.000 F or.

OCCUPATION :

En 1889, le 14 ème de ligne y tient garnison.

Le fort est occupé, lorsque la guerre de 1914 éclate, par le 6ème régiment d’artillerie à pied. Il n’a aucun rôle actif à jouer car le front est stabilisé par la bataille du Grand Couronné. Il est utilisé, à partir de 1918, comme dépôt de munitions.

Cantonnement pour

  •  le fort :    15 officiers - 600 soldats
  •  la batterie : 8 officiers - 180 soldats

Entre les deux guerres, des casernes sont bâties à Bellevue pour loger des gardes républicains, ceux-ci évacueront les lieux précipitamment à la déclaration de la seconde guerre.

L’armée Allemande utilise le fort, entre 1940 et 1944, comme dépôt et y entasse des fournitures. De nombreuses tentatives réussies ou non de pillages par les Frouardais, enfants et adultes ont lieu : il y aura des fusillades.

Il faut noter que les cuirassements du fort et de la batterie restent en place, fait rare à l’époque.

Les Allemands partis, les soldats Américains se servent également du fort comme dépôt de matériel.

Dans les années 50, le fort devient centre d’instruction du 26 ème R.I.

ÉQUIPEMENT DU FORT 

Le fort de FROUARD est équipé de :

  • 1 entrée d’origine
  • 1 entrée de guerre
  • 1 fossé
  • 2 caponnières
  • 1 casernement en maçonnerie
  • 1 caserne bétonnée
  • 1 tourelle Mougin pour deux pièces de 155
  • 3 tourelles de mitrailleuses
  • 2 coffres doubles de contrescarpe
  • 1 tourelle Galopin de 75 mm

L’ENTRÉE :

Installée sur la façade de gorge, l’entrée est évidement la partie la plus vulnérable. Le chemin qui y conduit, est placé sous le feu d’un petit  "blockhaus " et d’un ravelin dans lequel s’ouvre une première porte protégée par des créneaux de défense rapprochée. Le corps de garde situé avant le fossé défend le chemin-tranchée d’accès au fort.

L’ENTRÉE DE GUERRE:

L’entrée de guerre ouvre de plain pied sur le fossé qui est accessible par une rampe aménagée le long de la contrescarpe. Elle conduit à de nouveaux casernements de guerre en béton.

LES FOSSÉS :

Les fossés entourent la totalité du fort. Ils sont constitués de murs dits d’escarpe (intérieur) et de contre escarpe (extérieur). La largeur des fossés varie entre 8 et 20 m, alors que la profondeur, varie elle, entre 7 m et 10 m.

A l’origine, une grille surmontait le mur de contre-escarpe, tout du moins au niveau des caponnières.

LES CAPONNIERES :

Chargées de défendre l’intérieur du fossé, les casemates basses dites caponnières apparaissent comme l’un des éléments les plus caractéristiques du fort. Ces casemates sont entourées d’un petit fossé destiné à empêcher d’éventuels assaillants ayant réussi à descendre dans le fossé, d’atteindre les embrasures des caponnières.

Le fossé sert aussi a recueillir les débris de maçonnerie projetés par les explosions, et ainsi les empêcher de venir obstruer les embrasures.

Elles sont surmontées de banquettes de tir accessibles depuis l’intérieur, et sont reliées aux casernement du fort par une galerie en plan incliné.

Les casemates comportent :

  • des embrasures pour canons ( en général, deux par direction à battre) , sous visières, ou débouchant directement à l’extérieur.
  • des embrasures d’infanterie, pour fusils, permettant la défense rapprochée.
  • des créneaux de pied, permettant de jeter des grenades dans le fossé entourant la caponnière.

Elles étaient armées :

  • avant 1880, par des canons de calibre 4, 5, 7, anciennes armes se chargeant par la bouche, et par des mitrailleuses Reffye.
  • après 1880, par des canons de 12 “culasse”, des canon-révolver Hotchkiss.

LES CASERNEMENTS :

Dans les forts d’arrêt, les casernements ouvrent sur des cours intérieures assez étroites, dites  "puits de lumière ".

LA TOURELLE MOUGIN :

La tourelle tournante MOUGIN, modèle 1876, abritait deux canons de 155 longs de Bange, non saillants. Elle est constituée de cinq voussoirs de soixante centimètres d’épaisseur et d’une calotte de vingt centimètres, le tout en fonte dure. Son diamètre est de cinq mètres et son puits est renforcé par une avant-cuirasse en quatre éléments, également en fonte dure, prise dans le béton laquelle empêche le blocage de la tourelle en cas de dislocation des maçonneries par les bombardements.

Elle repose sur une charpente cylindrique qui peut tourner sur un train de galets, le mouvement étant obtenu par une chaîne sans fin  actionnée soit à bras (4 hommes), soit avec une machine à vapeur.

La jonction entre le corps de tourelle mobile et la maçonnerie est réalisée par une avant-cuirasse en fonte, sorte de couronne circulaire qui affleure le niveau du sol.

Ce cuirassement a été construit en 25 exemplaires par la firme Schneider.

Lorsqu’elle tourne, la tourelle est soulevée par un système hydraulique, ce qui facilite les manoeuvres. Une telle masse de cent cinquante tonnes n’est pas facile à arrêter quand il faut ouvrir le feu sur l’objectif.

Une astuce technique fait intervenir l’électricité  la tourelle possède une règle circulaire graduée munie d’un curseur qui  est positionné sur l’azimut choisi alors que la partie tournante est munie d’un ergot qui ferme un circuit électrique à chaque passage et déclenche tour à tour le tir de chacun des canons. La rotation complète dure environ deux minutes.

Ce type de tourelle d’un prix de revient très élevé est habituellement installé au sommet des forts d’arrêt qui doivent se défendre dans toutes les directions. De nos jours, seule celle de VILLEY-LE-SEC subsiste quasi intacte alors que celle de FROUARD a perdu ses canons.

TOURELLES DE MITRAILLEUSES :

Au nombre de trois les tourelles de mitrailleuses, qui étaient armées de deux  mitrailleuses Hotchkiss  placées l’une au-dessus de l’autre et tirant alternativement, avaient pour but de briser les assauts de l’infanterie

La mitrailleuse Hotchkiss à tube unique fonctionne par emprunt de gaz; le calibre est de 8 mm, l’arme peut tirer jusqu’a 2400 m avec une cadence pouvant atteindre 600 coups/minute.

La tourelle se présente sous l’aspect d’une virole en tôle d’acier chromé d’une épaisseur de 2 cm. Son diamètre est de 1 m30. La toiture est en fer laminé de 12 cm.

La toiture est doublée d’une tôle épaisse et reliée à la muraille par des équerres. Un dispositif original assure l’étanchéité du cuirassement éclipsé: en plus de la classique gouttière fixée sur le pourtour, la calotte comporte un anneau de cuivre sur le bord en contact avec l’avant-cuirasse.

L’avant-cuirasse est fabriquée en fonte dure; son épaisseur maximale atteint 25 cm; elle reçoit un doublage en tôle de 10 mm. Une collerette de béton armé, d’une épaisseur de 2 m50 offre une protection suffisante contre l'affouillement. La tourelle ne comporte pas de tôlerie, mais un châssis interne: le croisillon.

Le poids total n’est que de 25 tonnes. Les mitrailleuses sont sorties pour le tir: cette manoeuvre s’effectue en actionnant un cordon; un second cordon commande la manoeuvre inverse. Pour éviter l’échauffement des tubes, les armes tirent par alternance.

La rotation de l’engin est obtenue par le mouvement du tireur sur la plate-forme: ses hanches, appuyées sur deux branches du croisillon, lui laisse les mains libres et lui permettent de faire tourner le cuirassement à volonté. Le chargeur se tient à gauche, entre le support de la glissière et la branche d’appui.Un dispositif de verrou permet le tir bloqué et une glissière sert au pointage d’après les repères.

Chaque arme dispose d’un créneau en fente verticale; pour des impératifs de chargement, la mitrailleuse de droite se trouve légèrement surélevée; son créneau se raccorde à une fente de visée horizontale et se présente comme un “L” renversé. D’autres fentes sont réparties sur toute la circonférence et permettent au tireur et à son chargeur d’observer les alentours. 

TOURELLE A ECLIPSE POUR PROJECTEUR :

Les militaires doivent se préoccuper de l’éclairage des abords de la fortification, ainsi que des points de passage obligés sur lesquels on pouvait être amené à ouvrir le feu.

En 1907, les recherches aboutirent; un cuirassement extrapolé de la tourelle de mitrailleuse fut présenté.. Le rendement lumineux fut jugé satisfaisant. Mais on s’aperçut que ces engins présentaient deux gros inconvénients: l’ennemi pouvait utiliser ce point lumineux pour guider une attaque contre le fort et des problèmes très ardus se faisaient pour le site d’installation de la tourelle; le site devait répondre aux impératifs suivant: position dominante, zones d’ombre aussi réduite que possible autour du fort, mais invisibilité totale des autres organes du fort pour les observateurs ennemis.

Pour ces raisons, la tourelle de projecteur ne fut construite qu’à cinq exemplaires;

  • MANONVILLER : deux exemplaires
  • ARCHES
  • FROUARD : seule tourelle survivante
  • PONT-SAINT-VINCENT

TOURELLE GALOPIN DE 75 mm :

GALOPIN (Alfred) général français (Saint-Satur, Cher 1852-Paris 1931) Sorti de polytechnique dans le Génie, il fut le créateur d’une tourelle à éclipse pour canon à longue portée utilisé en fortification.

Vers 1890, le commandant GALOPIN réussit à mettre au point des types de tourelles à éclipse vraiment modernes et fiables, fabriquées à partir d’aciers spéciaux. La tourelle à éclipse pour deux canons de 75 a été adoptée en 1905.                                          

Le fort de FROUARD en reçue une. Ce cuirassement, soigneusement élaboré, s’est révélé particulièrement efficace puisque ses pièces peuvent aussi bien tirer des obus explosifs que des  "boites à mitraille>> très meurtrières pour l’infanterie. La portée des canons était d’environ cinq mille cinq cents mètres.

Une tourelle de 75 comporte trois étages : à l’étage inférieur se trouve le balancier à l’extrémité duquel est fixé un contrepoids qui descend dans un puits. L’étage intermédiaire sert d’étage de commande et les tireurs sont installés au niveau supérieur, dans un chambre de tir étroite, sous la calotte. Les obus leur sont envoyés par deux norias, et un système de ventilateur manuel évacue les fumées produites par les tirs. Les projectiles sont stockés dans des magasins aménagés à proximité immédiate du puits de tourelle, mais il existe aussi des casiers à munitions à l’étage de commande.

BATTERIE DE L’ÉPERON :

DESCRIPTION DES LIEUX :

Les militaires ont usé de diverses dénominations pour désigner ce que la plupart d’entre nous nomment  " fort"  et il faut reconnaître que ce terme est bien commode. En réalité, il ne devrait s’appliquer qu’à une fortification possédant un  fossé maçonné, défendu dans un premier temps par des caponnières puis, plus tard, par des coffres de contrescarpes. Or i existe des constructions qui correspondent à ce schéma mais elles portent le nom de  "batteries>> : batterie de l’Éperon, batterie de la Voivre. Construite avant 1885, elles ont été le plus souvent implantées dans le voisinage d’un fort dont elles sont des  "satellites>>.

Annexe du fort de FROUARD, la batterie de l’Éperon, de forme originale triangulaire avec façade de gorge pseudo-bastionnée, possède son fossé maçonné et ses caponnières, mais l’intérieur a été bétonné après 1900.  A l’entrée se trouvent les coffres flanquants d’entrée (flanc-bas Est et Ouest) ; corps de garde extérieur avec créneaux de pied construit devant l’entrée, permettant le tir vers l’intérieur du fossé.

La batterie est entourée par un fossé assez étroit (en moyenne, profondeur de 7 à 10 m. largeur de 8 à 20 m.) comprenant l’escarpe (paroi intérieure) et la contrescarpe (paroi extérieure), qui sont maçonnées.

Le fossé est défendu :

  • par une caponnière simple.
  • une caponnière double placée au sommet coupé du triangle  ;
 

Avec l’obus-torpille, les caponnières sont devenues très vulnérables, aussi elles sont remplacées par un coffre double de contrescarpe. Intégré au mur de con trescarpe, le coffre est une sorte de blockhaus qu’une galerie souterraine passant sous le fossé relie avec l’intérieur de la batterie, mais il est aussi accessible depuis le fossé par une  "poterne>> servant aussi d’issue de secours. Les coffres sont toujours armés du canon-revolver Hotchkiss dont l’obus à balles ménage les parois du fossé.

La batterie possède deux exceptionnelles casemates Mougin dites : Amezule et Moselle. Ces casemates, en fonte dure, dont l’épaisseur du plafond varie de 15 à 25 cm, abritent chacune un canon de 155 mm de Bange. Placé sur un affût permettant un débattement latéral, le canon tire 1 coup à la minute, un sabord  extérieur obturable protège l’ouverture. Chaque casemate possède sa propre cheminée de ventilation. Il existe de 10 casemates Mougin sur tout le système fortifié.

En surface sont positionnés quatre abris à canons ils sont orientés au  Nord, à l’Ouest, au Sud-Est et Sud-Ouest.

La pièce la plus imposante de la batterie est sans aucun doute la tourelle GALOPIN à éclipse de 155 double. L’approvisionnement en eau de la batterie se fait à partir de 2 citernes  d’une capacité de 200 m3, l’eau provient de la station de pompage du Fond St Jean.

Sur le site se trouvent 3 observatoires cuirassés placés : au Nord, à l’Est et à l’Ouest, il s’agit de cloches blindées (25 cm) émergeant d’un bloc de béton armé, où l’observateur gagne son poste par une échelle et se tient sur un plancher coulissant le tout placé dans un puits de différente hauteur.

Placées à l’extérieur au-dessus du mur d’escarpe se trouvent des guérites individuelles blindées. Protégeant le guetteur juste des balles et des éclats d’obus, elles sont fermées par une épaisse porte blindée.

Le magasin au matériel d’artillerie se trouve en sous-sol, l’accès se fait par un grand escalier qui descend profondément dans le sol, de chaque côté de l’escalier il y a un plan incliné pour la montée et la descente des munitions. Un monte-charge complète l’ensemble ainsi que 2 grandes échelles. Les abris à munitions sont répartis à divers endroits dans la batterie. Les casernements  sont faits de casemates avec voûtes d’environ 6 m. Les lits sont superposés dans les chambres. Les ouvertures sont blindées (sas).

TOURELLE GALOPIN - (dernier exemplaire de ce type en France)

La tourelle GALOPIN de la batterie de l’Éperon  abrite deux pièces de 155 mm modèle 1877 type BOURGES 1885, sur l’intérieur des culasses figure: CREUSOT 1886 : MONTLUÇON SJ 1886 N° 48 pour le canon de gauche et MONTLUÇON SJ 1886 N° 57 pour celui de droite.

  • Capacité de tir des canons : 3 obus à la minute
  • Angle de tir : 20° Portée maxi : 7500 m
  • Poids de la chambre de tir : 80 tonnes
  • Poids total de l’ensemble : 200 tonnes
  • Durée totale du mouvement " montée+tir+éclipse"  : 4 à 5 secondes
  • Hauteur Maxi : 80 cm

Le cuirassement, possède une muraille de 400 mm d’épaisseur en acier homogène Creusot. Le diamètre est de 5 m50. L’avant-cuirasse est en acier moulé.

Cinq tourelles sont installées de 1891 à 1897 dans les forts d’arrêt particulièrement isolés et exposés, en doublure des tourelles MOUGIN d’origine considérées comme périmées : MANONVILLER ( deux pièces ), Éperon Frouard, Pont-Saint-Vincent,et Arches.

PRINCIPE DE FONCTIONNEMENT DES TOURELLES GALOPIN.

La masse imposante de la partie en mouvement et les importantes résistances passives réclament un mécanisme particulièrement sophistiqué.

Les deux contrepoids, imaginés par le commandant GALOPIN, se caractérisent par un dispositif récupérateur d’inertie, sous la forme de bras de levier à longueur variable; en début de course, les contrepoids exercent une poussée maximale et la tourelle s’élève; au cours du mouvement le raccourcissement des bras de levier engendre une diminution proportionnelle de la poussée, qui devient négative en fin de course.

Pour empêcher les mouvements pendulaires, l’engin est muni de deux verrous à fermeture automatique: lorsque la tourelle arrive en position haute, le verrou de batterie la maintient; son ouverture est combinée avec le recul de la pièce, mais peut s’effectuer aussi au moyen du levier d’éclipse. Le verrou d’éclipse maintient la tourelle en position basse; l’ouverture est commandée par le levier de lancement qui déclenche, en même temps, l’appareil moteur.

L’appareil moteur est un accumulateur de travail. Son rôle consiste à vaincre les résistances passives à la montée, augmentées d’un poids supplémentaire de 32 ou 40 tonnes; pour vaincre les résistances passives à la descente, l’inventeur a donné une prépondérance à la tourelle.

De cette façon, le retour en éclipse est possible en cas d’avarie à l’appareil moteur et ce dernier est d’autant plus simple, qu’il ne fonctionne que dans un sens.

Concrètement, il s’agit d’un contrepoids supplémentaire relié à un treuil, fortement démultiplié, par l’intermédiaire du cadre de relevage. L’opération de montage dure une à deux minutes et l’énergie est restituée en deux seconde, après manoeuvre du levier de lancement; dès que la tourelle est montée en batterie, les servants du treuil recommencent l’opération pour le tir suivant.

LE FORT ET LA BATTERIE DE NOS JOURS.

Le fort et la batterie demeurent dans l’ensemble en assez bon état et offrent aux amateurs de fortifications une exceptionnelle série de cuirassements. En plus de ses deux rares casemates MOUGIN bien conservées, la batterie possède toujours sa tourelle à éclipse double de 155 mm qui est le dernier exemplaire subsistant de celles installées.

Le fort lui-même présente un intérêt architectural incontestable, qu’il s’agisse des parties maçonnées ou bétonnées. Par ailleurs, tous les cuirassements sont toujours en place mais la tourelle MOUGIN a perdu ses canons. La tourelle de 75 et celles de mitrailleuses sont toujours en place, ainsi que plusieurs observatoires cuirassés et guérites blindées. Enfin, on y trouve le dernier exemplaire de tourelle à éclipse pour projecteur, hélas en mauvais état.

LA POSITION “FORT DE FROUARD - BATTERIE DE L’ÉPERON” APPARAIT DONC AUJOURD’HUI COMME L’UN DES ÉLÉMENTS LES PLUS REMARQUABLES DE LA FORTIFICATION FRANÇAISE D’AVANT 1914 ET MÉRITERAIT D’ETRE RÉHABILITÉE ET OUVERTE AU PUBLIC.

Légendes et dictons de Frouard

Superstitions et croyances

Plusieurs individus de Frouard, dans le courant du 16ème siècle furent exécutés comme sorciers ; ce furent Antoinette, veuve d'André Malgouverne et Katin, femme de frère Jean, ermite de Saint Jean. En 1587, le nommé François Rouyer, aussi ermite de Saint Jean, fut banni sous l'accusation du même crime. En 1487, deux lépreux, Jean et Obry, avaient été brûlés à la justice de Frouard.
Pendant longtemps des légendes superstitieuses circulèrent à Frouard au sujet de l'expulsion des ermites de Saint Jean et la destruction de leur ermitage. On n'en parle plus maintenant.
De nos jours quelques superstitions existent dans cette population arrivée de tant de pays, mais elles sont peu nombreuses. Une a surtout percé le jour par suite des démonstrations qu'ont faites ceux qui en étaient obsédés. Il y a deux ans environ, un ouvrier fut trouvé pendu le matin à un arbre. Une grande foule faisant partie des localités de Frouard et de Pompey se rendit autour du suicidé, attendant impatiemment le moment où le Parquet se retirerait. Attirée en partie par la curiosité, cette populace, les femmes en particulier, venait pour se partager, se disputer des morceaux de la corde qui avait servi à la strangulation de cet individu, croyant fermement qu'un bout de cette corde suffit pour préserver de tous maux et accidents celui qui en est porteur et lui attirer au contraire la chance, la réussite, dans tout ce qu'il entreprend.
Quelques personnes, hommes et femmes, mais femmes surtout, ont encore confiance dans les chiromanciens, charlatans, tireuses de cartes, diseurs de bonne aventure, somnambules, qui viennent quelquefois s'installer aux fêtes de la localité ou courir de ménage en ménage pour prédire le bonheur et le malheur qui attendent chacun des membres de la famille. Ceux qui captent encore le plus la bonne foi du peuple, ce sont les vendeurs de drogues. Quant aux guérisseurs par le secret, ils ont encore beaucoup de fervents. Assez de femmes et quelques hommes à Frouard, s'attribuent le pouvoir de guérir les maux, les dérangements de certaines parties du corps : foulures, entorses, luxations, panaris, tumeurs, abcès, maux de dents, doivent également disparaître devant les signes et les paroles secrètes de ces médecins qui réfutent la science des vrais disciples d'Hippocrate. Bien des fois nous avons entendu quelque bonne commère, les bras de chemise retroussés, le balai en main, dire à quelqu'un  qui s'apprêtait à aller voir le médecin pour le consulter : << Allez donc voir plutôt voir la mère X. ou le père Z. ; ils s'y connaissent mieux que vos médecins qui ne font que s'étudier sur votre corps et ne pensent qu'à partager, avec le pharmacien, le bénéfice que vous allez lui faire gagner en achetant des drogues qui coûtent tant !>>
Certaines bonnes vieilles grand'mères racontent encore à leurs petits enfants des faits fabuleux qui remplissent ces jeunes coeurs d'épouvante, des récits de revenants et autres bavardages aussi stupides. Toutes ces croyances perdent de jour en jour de leur vigueur par suite de la diffusion de l'instruction dans les dernières classes de la société et des progrès que l'on obtient dans l'enseignement des sciences.


Légende



Une légende circule parmi les habitants de la localité : la majeure partie sait que cette légende est une fable, mais on aime à la raconter aux enfants pour les amuser. Il se trouve non loin du Vieux-Château, presque en entrant dans le bois communal qui croît sur le versant est du "fond d'Hardillon" tout sur le bord du sentier qui conduit dans ce bois, un trou assez profond, large (probablement une ancienne carrière de pierre) appelé "Trou des Pommes". Or, on raconte qu'autrefois des pommes croissaient sur le bord de cette excavation et que la dame du Château, désirant des pommes, s'était approchée d'un arbre, mais trop près du trou, si bien qu'elle roula au fond ; son corps ne fut jamais retrouvé. Depuis cette époque on l'entendrait à certaines heures de la nuit et même du jour, pousser des soupirs et réclamer des pommes.
Ce récit légendaire a dû être inventé pour écarter de cet endroit la jeunesse qui, par imprudence, pourrait trop s'approcher du bord et se blesser en tombant.
Quelques-uns disent qu'on voit sortir de ce trou une vapeur  blanche : chose que nous n'avons jamais remarquée, mais qui, si elle est, peut s'expliquer.  La mine de Frouard arrivant presque aux environs, il peut se faire qu'une sorte de corridor souterrain, irrégulier et étroit, formé par les interstices des roches, aille des galeries de la mine au trou et livre passage au gaz que l'on voit s'échapper parfois blanchâtre des puits d'aération de la mine.
Cette légende, toujours la même au fond, est racontée un peu différemment par quelques individus ; elle ne fait en cela que partager le sort de bien des légendes.

Dictons


Les dictons propres au pays, ceux qui viennent de la vraie population de Frouard, montrent au grand jour l'insouciance de ses habitants.


<< Faire le tour de la roue >> ce qui signifie couler doucement sa vie, aussi tranquillement que possible ; naître, s'amuser dans l'enfance, travailler un peu à l'âge venu, mais sans jamais se priver des jouissances, du plaisir quand ils se présentent ; détourner un peu pour les vieux jours 

<< Conserver une poire pour la soi >>, et puis mourir. << Après nous, le bout >> ou  << Au bout du fossé, la culbute >> ce qui vaut autant que les fameuses paroles de Louis 15 : << Après nous le déluge >> << Courons comme le vent, tombons comme la grêle >> c'est-à-dire, laissons-nous conduire par les choses, par le temps ; c'est remettre son existence entre les mains du hasard ; c'est ne pas prendre la peine de prévoir  ce qui arrivera, pour conjurer les malheurs que l'on pourrait écarter ; en un mot, c'est une sorte de fatalisme oriental. << Prendre le temps de vivre >> d'après le sens que lui donnent les habitants, c'est ne pas trop se presser ; quand même une chose aurait besoin d'être faite à l'heure, la remettre à plus tard pour ne pas se priver d'un plaisir, le plus souvent vain, qui nous attend, ou du repos que l'on pourrait prendre. << Vivre >>, selon ces gens, c'est prendre tout le bonheur qui se présente quel qu'il soit, quitte de se réserver des peines pour plus tard.


Ces raisonnements ont leur sanction dans le peu de souci que prennent les individus de s'assurer une poire pour la soif et un petit avenir pour leurs enfants. Ils ne connaissent pas les sociétés de prévoyances, ou du moins ils sont loin de sacrifier un peu pour jouir de leurs bienfaits en cas échéant. On comprend qu'avec un salaire peu élevé et une famille de quatre ou cinq enfants ou même plus, un ouvrier ne peut pas mettre beaucoup d'argent à la caisse d'épargne ; mais il a été un temps, il y a quelques années, où l'ouvrier gagnait beaucoup plus, plus qu'il ne lui fallait pour vivre ; le surplus était versé à la caisse ....... de l'estaminet. Aussi les cafetiers, les aubergistes disent-ils ? << C'était le bon temps !>> Si ce bon temps pour eux n'existe plus, c'est que l'ouvrier ne peut pas dépenser ce qu'il ne gagne pas (quelques malheureux le font cependant : de là des dettes !) Le vrai bon temps, mais ce qui doit s'appeler le bon temps pour l'ouvrier, viendra quand, en gagnant un meilleur salaire, il aura acquis en même temps des habitudes de tempérance, d'ordre et de prévoyance.

La vie ouvrière à Frouard

"J'ai trouvé un manuscrit, fait à Frouard en 1888/89, par, je pense, un instituteur car le texte n'ai pas signé mais il correspondant à une monographie demandée à l'époque par le gouvernement lors de l'exposition universelle de 1889. Ce texte décrit les conditions de vie des ouvriers de l'industrie sidérurgique et métallurgique de Frouard." Alain Mariotte

En 1888, à l'occasion du proche centenaire de la Révolution française et de l’Exposition Universelle, les instituteurs furent inviter à composer une monographie communale. On sait tout ce que l’industrie de Meurthe et Moselle doit aux annexés de Lorraine et d'Alsace, immédiatement après 1870. L’intérêt des monographies est de nous donner des indications commune par commune. L’industrie en essor a besoins de bras, ainsi les manoeuvres agricoles et les ouvriers des petites industries implantées dans les villages, se dirigent vers les usines. 

Du manoeuvre agricole à l'ouvrier

Lorsque c’est l’industrie qui vient au manoeuvre agricole comme à Frouard, deux catégories sont à distinguées : ceux qui abandonnent tout pour l’usine ou la mine où le salaire moyen est de 7 à 8 francs par jour, et ceux qui continuent d’aller à la vigne en été et au bois l’hiver. Le genre de vie de l’ouvrier est totalement adopté par le manoeuvre qui renonce à la culture. Il conserve peu de traits de son ancienne condition. 

Nombres de monographies font état du souhait de maintenir à la terre des manoeuvres et des jeunes gens, certains espère que les jeunes resteront dans leur village où, par la culture et l’élevage, ils tireront une foule de produits, de douceurs. Ils gagneront certainement moins qu’à l’usine, mais à la fin de l’année ils seront plus riches, s’useront moins vite, s’adonneront moins à l’alcool et seront à l’abris de bien des infirmités qu’amènent trop souvent les industries métallurgiques. 

Le parallèle fait, entre les deux vies tourne au bénéfice des cultivateurs "ils gagnent moins que l’ouvrier d’usine, mais ils savent mieux compter que lui, et pratiquent mieux que lui l’économie sans laquelle les gros gains s’effondrent lamentablement. Aussi l’aisance règne souvent dans la maison du laboureur alors qu’elle règne très rarement dans la maison de son voisin ouvrier, sans compter que leur vertus domestiques y sont en honneur." 

Le manoeuvre a-t-il réellement la possibilité de continuer à vivre au village en menant la même vie que son père, certains pense que oui ! "Que leur dire pour les fixer dans leur village ? Qu’un bon domestique de culture gagne 1 franc 25 par jour, qu’il est avec cela bien nourri, qu’il peut mettre de côté, tout en s’amusant honnêtement le dimanche, 200 francs par an ; qu’il peut, tout en servant son patron, épouser une femme qui lui élève un porc, cultive un petit champ de pommes de terre et suffise elle-même à son entretien ; qu’au bout d’une dizaine d’années il aura pu, s’il l’a voulu économiser plus de 2 500 francs avec lesquels il achètera un ou deux chevaux, un petit attirail de culture, louera quelques hectares, fera des charrois pour les particuliers afin d’augmenter ses ressources et que, de domestique, il deviendra lui-même cultivateur en titre."

L’avenir de l’ouvrier est beaucoup plus sombre : "A 55 ans, 60 ans l’ouvrier est usé par le travail et par les excès ; ses forces affaiblies ne lui permettent de se livrer à une besogne aussi rémunératrice. Devenu asthmatique au dernier degré, par suite des nombreuses années passées dans la chaleur et le mauvais air de l’usine, il se voit obligé d’abandonner complètement son chantier. Resté sans ressources par suite de son imprévoyance, souvent malade, il se trouve dans la pénible nécessité de solliciter de l'Assistance publique les secours qu’il ne peut se procurer et dont il a un réel besoin, ou bien il reste à la charge des ses enfants qui ont, eux-mêmes bien de la peine à suffire à leurs besoins. Alors, c’est la gène qui règne en maîtresse au logis, quand ce n’est pas l’affreuse misère". C’est alors que cet état d’indigence, difficilement supporté, se traduit par des imprécations, de sourdes colères contre la société, les "bourgeois jouisseurs" et d’autres anathèmes plus implacables, mais aussi plus vains les uns des autres. 

Un état d'esprit anti-urbain et anti-usine

On peut multiplier les citations. Une dernière nous donnera la pointe finale de l’état d’esprit anti-urbain et anti-usine : "C’est un véritable fléau que nous devons combattre. Mettons-nous donc à l’oeuvre, instituteurs, et puissions-nous réussir !" 

A Frouard, sans qu’il y ait de véritable intimité entre eux, les habitants du village se voient très peu avec ceux du faubourg et des casernes (terme employé à l’époque pour parler des cités ouvrières). La dissemblance des caractères et aussi un peu celle des habitants ne permet pas une fréquentation, bien désirable cependant. L’ouvrier, selon l’instituteur, dépense au cabaret une notable partie de ce qu’il gagne à l’usine. Il se débauche, la boisson engendre des querelles. 

A Frouard on parle de la "fureur belliqueuse" des ouvriers :"pour un rien, ils passent vite des injures aux coups. Il est rare de une fête ou une réunion sans qu’il y ait quelque rixe." Est-ce tellement propre à la population ouvrière ? 

Si la pratique religieuse des ouvriers peut-être mise en doute, leur patriotisme n’est pas niable. A Frouard, où nous avons la description d’une population querelleuse, "cette humeur n’exempte pas chez eux la bonté du caractère et surtout l’amour patriotique, la majorité a prouvé qu’en cas d’alerte ils seraient prêts" ; il est dit également "rien de plus touchant que de les voir admirer, chaque fois qu’ils en ont l’occasion, la belle tenue et l’air martial de nos soldats. Quel plaisir ils goûtent de s’entretenir entre eux des intérêt et des besoins de la patrie, et approuver de grand coeur tous les sacrifices qu’elle s’impose dans un but de défense !  La frontière est trop rapprochée d’eux pour ne pas évoquer dans leur esprit des souvenirs pénibles, et pour ne pas provoquer en eux cet amour du patriotisme qui est le propre des vrais Lorrains." 

Pour confirmer le civisme des ouvriers de Frouard, l’instituteur parle de la presse qui parvient dans tous les foyers, où les ouvriers suivent au jour le jour la marche des affaires du pays. 

La condition des ouvriers

Une des causes de la "dégénérescence" de l’élément ouvrier est le logement trop étroit dans les cités, faubourg et casernes. 

Horaires de travail : à Frouard, la semaine de jour est suivie d’une semaine de nuit, et il arrive quelquefois de doubler le poste à un changement de semaine. 

Les enfants se pressent plus nombreux au foyer de l’ouvrier qu’à celui du paysan ; malheureusement, l’enfant d’ouvrier est celui qui souvent manque le plus l’école. Les enfants ayant le droit de travailler à l’usine dès l’âge de 10 ans, la majeure partie quitte l’école communale à cet âge. 

On dit peu de choses de la femme de l’ouvrier : incidemment, on note qu’elle est moins travailleuse, moins économe, moins propre que l’épouse du cultivateur. 

D’une façon générale dans l’ensemble des villages nouvellement industrialisés l’argument des gens des villages, qui par définition sont habitants du bourg depuis plusieurs générations contre les ouvriers qui "ne sont pas du lieu" mérite d’être souligné. Si l’étranger de passage est toujours bien reçu dans les villages lorrains, il n’en va pas de même de l’étranger qui s’installe. 

Évolution de la population et misère

Le sens de l’étranger, (sens pris dans son sens le plus large, étranger venant d’un autre village, d’une autre ville, d’un autre canton, d’un autre département et bien sur d’un autre pays), donc de l’ennemi est très vif en Lorraine.

La proportion d’étrangers parmi les ouvriers est trop forte pour que la catégorie d’étranger ne rejaillisse pas sur l’image de l’ouvrier. Ce sentiment est ancien. "L’étranger, et même le plus rapproché par la langue ou par les habitudes, était suspect dans les villages proches de la frontière." 

Frouard n’a pas toujours été une petite ville. Il a été d’abord un village, puis un bourg qui a été réduit à certaines époques à un chiffre d’habitants des plus minimes. Au 17° siècle  il est déjà dénommé avec le titre de bourg, C’est dans ces temps qu’il fut réduit considérablement par suite des guerres. Une requête adressée par les Commissaires délégués des habitants de Frouard, à la Chambre des Comptes, en 1632, nous apprend que le 24 juin de cette année les armées du roi de France venant de Liverdun s’étaient campés dans les blés, les avoines et les orges de Frouard, de Pompey et de Champigneulles ; ces céréales servirent de pâture aux chevaux ou de litière, si bien, que d’après cette requête, dans 300 jours de terre on ne devait pas faire une gerbe de récolte. Ses soldats vivaient à discrétion dans les habitations, sur le dos du peuple ; les fourrages étaient consommés par les chevaux et l’ouvrage des champs ne se faisait pas. A leur départ, les greniers étaient vides ; les foins piétinés par les troupes furent livrés à la pâture et les habitants se virent dans le dénuement le plus complet. 

La peste, apportée par les gens de guerre, ne fit qu’accroître les maux ; le duc de Lorraine, par compassion, fit l’aumône de 40 réseaux de blé. En 1633 une nouvelle plainte des habitants leur fait obtenir la quittance de l’aide St Rémy, montant à la somme de 316 francs et 8 gros. 

Dans les années suivantes, la misère ne fit que s’étendre. 

En 1640, le Receveur des Domaines dit, dans son rapport "qu’il n’a pu faire de recettes, tant le peuple est pauvre ; et qu’au lieu de 120 bourgeois, il n’en reste que 5 ou 6 tous pauvres" ; les autres ont quitté la localité tant la misère y est grande. Le rapport de 1641 nous dit que le cens de Frouard s’élèvent à 38 francs, n’a pu être payé et que les terres sont abandonnées et en friches.

 La dépopulation fut telle qu’en 1661, Frouard ne comptait plus que 6 ménages. Et il en était de même dans les villages environnants. 

170890 habitantsdont plusieurs pauvres et même mendiants. 
1792670 
l’an 8 759        
1836      852 
1841      898         
1846 886        
1851      1105        
1856984        
1861      1205        
18661576        
1872      1654       
18772771       
1882      3391 
1886      3121       

On  voit  qu’en 1851 le  chiffre  de  la population  s’élève  de beaucoup : il faut attribuer cet accroissement à l’établissement des voies ferrées et du canal. 

En 1861 le chiffre s’élève de nouveau par suite de l’installation des forges de Frouard et de l’ouverture des mines. 

En 1877 il augmente encore par suite de l’annexion, et antérieurement à cette date, d’autres industries s’installent ou prennent de l’extension ; Boulonnerie, Chaudronnerie, Moulins, mines, forges de Pompey. 

Cet accroissement de population, cette concentration d’ouvriers d’usine, avaient nécessité pour le maintien du bon ordre dans la commune et celles avoisinantes, la création d’une brigade de gendarmerie qui s’est établie à Frouard en 1864 et qui existe encore. En 1886, le chiffre des habitants faiblit un peu par suite du chômage dans beaucoup d’usines, arrêt qui force plusieurs familles à quitter le pays pour aller chercher de l’ouvrage ailleurs. La population est un peu remontée, par suite de la reprise du travail et l’installation de nouvelles industries. 

Statistique établie d’après les actes de l'État civil. 

 

Périodenaissancesmariagesdécès
1802 à 1813 22858 251 
1813 à 1822      23162      196
1823 à 1833 25272206
1833 à 184324465210
1843 à  185330292271
1853 à 1863      40495418
1863 à 1873 519113447
1873 à 1883976201693
1883 à 1888      517119376

En 1886, la population se répartissait ainsi : 

  • Population agricole : 228 
  • Population industrielle : 280
  • Population commerciale : 191 
  • Population transport et marine  : 293 
  • Force publique : 305 
  • Professions libérales : 33 
  • Rentiers : 76 
  • Sans profession  : 5 

La population scolaire

Si on se reporte à la statistique de la population on voit que le chiffre de la population augmente sensiblement après 1860 et avec lui doit s’élever celui de la population scolaire. 

En 1864 le premier poste d’adjoint à l’instituteur est créé. 

En 1868 création du premier emploi d’institutrice-adjointe. Tous ces nouveaux emplois et l’accroissement du nombre des enfants dans les écoles ont nécessités leur agrandissement. 

En 1873, sur une demande du Conseil municipal, en date du 4 décembre 1872, un deuxième poste d’adjoint est créé, et sur une autre demande du 16 novembre 1873 est installée une deuxième adjointe.

 Les locaux scolaires sont insuffisants pour contenir la jeunesse : une classe pour les garçons, tenue par un adjoint, est installée dans la maison commune. 

Les années suivantes nouvelle progression, nombre de maîtres et de maîtresses insuffisant et impossibilité de l’augmenter faute de local. C’est alors que les anciennes écoles sont abandonnées et que les enfants reçoivent l’instruction dans le nouveau groupe scolaire, bâti en 1880, faisant partie de l'Hôtel-de-Ville et très spacieux.

 Par décision ministérielle du 11 avril 1881, le troisième poste d’adjoint est créé. 

En 1882 les écoles de filles et l’asile qui étaient tenus par des congréganistes sont laïcisés ; le 29 septembre 1882 le personnel qui y enseignait est remplacé. Enfin, une décision ministérielle en date du 22 novembre 1882 approuve la création d’un quatrième poste d’adjoint à l’école de garçons, d’un troisième d’adjointe à l’école de filles et d’un poste de sous-directrice d’école maternelle avec maintien d’une aide. Telle est encore la composition du personnel enseignant : directeur, directrice, adjoints et adjointes ont chacun leur classe. 

Ajoutons que la fonderie de Frouard a une école libre tenue par deux congréganistes et comptant environ 30 élèves. 

Élèves inscrits au registre matricule :  

  • Garçons (avant 1882):
    • 1863   99  
    • 1864   95   
    • 1866  135  
    • 1867  138  
    • 1868  106  
    • 1871  113 
    • 1872  134  
    • 1873  181  
    • 1874  194 
    • 1875  217 
    • 1876  215 
    • 1877  235 
    • 1878  246 
    • 1879  242 
    • 1880  243 
    • 1881  272 

                    

  • Après 1882
AnnéeGarçons Filles           Asiles (enfants des deux sexes)
1882295230
1883304230
1884284231140
1885270247195
1886250238155
1887253202184
1888243185180 (1er Août)

  La classe se faisait les douze mois de l’année. 

Les élèves payaient en 1877, une rétribution scolaire comme suit : les abonnés : 8 francs par an; les demi-abonnés âgés de moins de 7 ans ou ayant un frère à l’école ou ayant fait la première communion payent 4 francs par an. les non abonnés payent 2 francs par mois.

 A la suite de cette statistique disons que les ouvriers, pères de famille, apprécient les bienfaits de l'instruction ; les différents sous ce rapport ne sont pas nombreux. Il s'en trouve encore une certaine partie qui sont dépourvus de connaissances ; ressentant leur infériorité, ils ne voudraient pas que leurs enfants fussent privés comme ils le sont des connaissances que l'on répand maintenant dans nos écoles. Parmi les élèves qui manquent les classes, quelques-uns n'ont aucun motif sérieux ; mais les autres sont empêchés par des causes vraiment dignes d'intérêt ; les uns appartiennent à une nombreuse famille et sont obligés de temps à autre de rester au logis pour garder le dernier né pendant que la mère vague aux soins du ménage ; les autres aident leur mère indisposée, malade, pendant que le père et les aînés travaillent à l'usine. 

Mine de fer. 

Il y a longtemps que l’on sait que les terrains oolithiques du ban de Frouard renferment du minerai de fer; une note consignée dans les comptes du Receveur général de Lorraine pour 1547-1548, fait mention, sans aucun détail, d’une mine de fer existant sur le ban de la localité. Jusque vers le milieu du 19ème siècle il n’est plus question de recherches de minerai sur ce territoire. 

En 1856, le nommé Harmand, maître de forges à Nancy, est autorisé, sur sa demande, par le ministre de l’agriculture à opérer  dans les bois communaux de Frouard, des fouilles qui ont pour objet la reconnaissance d’un gisement de fer hydroxidé-oolithique. La même année une autorisation semblable permettait au sieur Salin, maître de forges à Abainville (Meuse) de faire des recherches dans la forêt de la Voiletriche, dans les bois communaux de Frouard et Liverdun. 

En 1865, abornement des mines de la Voiletriche et des concessions faites sur le territoire de Frouard. Les mines de la Voiletriche ne sont plus exploitées depuis plusieurs années par suite du chômage des forges de Liverdun. 

La seule existant maintenant sur le territoire de Frouard est celle qui est dans la section du “Haut des Plantes” et qui s’étend sous les bois qui couvrent le plateau. La galerie principale a une longueur considérable ; elle va jusque sous les Rays.

 La Mine est riche en minerai, mais elle n’occupe que 7 ouvriers au plus et qui n’y travaillent pas encore constamment. Le minerai est amené de l’intérieur des galeries par des wagonnets que conduisent des hommes. Des camions conduisent ce minerai à la fonderie, éloignée d’environ deux kilomètres. Cette mine ne suffirait pas à elle seule pour alimenter les hauts-fourneaux : celle de Bouxières-aux-Dames supplée à son insuffisance. 

Fonderie. 

La fonderie de Frouard a été établie en 1864. La société qui la dirige est la société Montataire. Elle est établie presque en face de la gare, à l’extrémité du canal qui joint la Moselle au canal de la Marne-au-Rhin,  sur la rive gauche de la Meurthe. Elle comprend 3 hauts-fourneaux dont 2 seulement sont allumés et occupent environ une centaine d’ouvriers Elle s’alimente de minerai dans deux endroits comme nous venons de le dire ; mais elle n’a pas autant d’importance que celle de Pompey. Il y a environ deux ans elle a été arrêtée un certain temps, par suite du manque d’écoulement de sa fonte et elle n’occupait qu’une quarantaine d’ouvriers.

Chaudronnerie.

 La chaudronnerie a été fondée en 1871. Elle n’occupe pas de bâtiments bien spacieux, mais en revanche elle a à proximité deux voies pour écouler ses produits et lui amener les matières premières nécessaires pour l’alimenter. Elle est en face de la gare ; devant l’usine il y a le port dont nous avons parlé. Elle appartient à Mrs Munier Fils qui la dirigent. 150 ouvriers environ y sont occupés. Pendant un certain temps elle en occupait beaucoup moins, mais maintenant elle acquiert une renommée qui lui attire journellement de nouvelles et nombreuses commandes. A présent elle travaille beaucoup pour le montage de la tour Eiffel. Le Ministère de la Marine et des Colonies lui donne aussi de l’occupation. Beaucoup de grandes industries ; fonderies, brasseries, usines à gaz, etc, s’adressent à elle pour établir leurs machines et surtout leurs chaudières ou des tuyaux en tôle ; les compagnies de chemin de fer, le service des ponts-et-chaussées ont des ponts en fer qui sont en partie sortis des mains de ses ouvriers. Elle paraît être en bonne voie de prospérité. 

Galocherie. 

Deux nouvelles industries viennent de naître à Frouard : une galocherie et une brasserie. La galocherie est entrée en fonction au commencement de mai ; elle est établie dans les locaux d’une industrie qui vient de disparaître : la Boulonnerie. Elle a amené quelques nouveaux habitants ; beaucoup de jeunes ouvriers y sont employés, ainsi que quelques jeunes filles. 

Brasserie.

 La brasserie qui ne fonctionne pas encore est située en dehors de la commune, près du canal de la Marne-au-Rhin, non loin de la gare dont elle est séparée par ce dernier, et sur le chemin qui conduit à la fonderie. 

Moeurs, constitution physique des habitants

 A Frouard, comme partout ailleurs, se trouvent des hommes robustes et d'autres à la santé débile ; on peut dire que la majeure partie des habitants jouit d'une assez bonne santé. Néanmoins, on n'y rencontre pas les forces, les vives couleurs, ces visages sur lesquels ont lit la vigueur et qui sont le partage des habitants de nos campagnes. La population agricole offre à peu près le même type que celui de nos villages ; mais la population industrielle diffère. 

D'abord celle-ci est constamment dans les usines, exposée la plupart du temps à une température très élevée, respirant un air plus ou moins vicié, mais jamais pur ; travaillant une semaine pendant le jour et la semaine suivante pendant la nuit, quelquefois la nuit et le jour ; habitant des logements trop petits pour une nombreuse famille parfois, et des logements où l'hygiène n'est pas connue et encore moins suivie : tout cela ne suffit-il pas pour compromettre la santé ? Quand les ouvriers reviennent du travail, ils sont noirs de fumée ; lavés, ils ont la figure pâle, jaunâtre, ou bronzée. Il y en a qui ont le visage osseux, les yeux tachés de rouge ; il semblerait que quelques-uns ont les joues coloriées avec du carmin : ceux-là sont exposés à l'ardeur des fours à puddler. Ils se courbent de bonne heure, leurs jambes se raidissent et il est rare de les voir arriver à un âge avancé. 

Leurs enfants se ressentent de cette constitution affaiblie : il en est est qui ont 10 ans, 11 ans, 12 ans même et auxquels on  ne  donnerait  que  7 ou 8 ans, tant ils sont petits, frêles et peu vigoureux ; ils sont souvent malades, indisposés. Dés qu'ils quittent l'école, ces enfants embrassent ordinairement la même profession que le père ; ils entrent dans une usine ou un atelier de la localité. Lorsqu'ils y ont passé une année, leur physique s'est changé ; le travail de l'atelier a déjà commencé son oeuvre de transformation chez ces adultes qui ne tardent pas à avoir une mine et des allures comme celles de leurs devanciers. 

On ne peut en faire un reproche à quelques-uns, à beaucoup  même ; c'est déjà bien triste pour eux qu'ils usent leur santé et leurs forces, à un âge tendre, dans les usines et pour le bien de l'humanité ! mais il est de ces ouvriers qui perdent leur santé trop vite et par leur faute : ce sont ceux qui, à la fatigue du travail, joignent l'abus du tabac, de la cigarette principalement ; abus qu'ils commettent depuis leur apprentissage et même avant. Ajoutons à ces malheureux fumeurs les individus passionnés pour les boissons alcooliques ! 

Comme nous l'avons dit, beaucoup de ces ouvriers sont logés à l'étroit, d'autant plus que d'habitude ils n'ont guère moins de 3 enfants ; plusieurs même ont une famille nombreuse. Les logements et les vivres sont chers, le gain, dans la crise industrielle de cette heure, n'est pas bien important et les arrêts en hiver sont fréquents. Dans bien des ménages la nourriture est plus ou moins suffisante et principalement plus ou moins saine, eh bien ! malgré cette pénurie, bon nombre d'individus laissent dans les cabarets l' argent qui ferait tant de bien à leur famille.

 La population peut se diviser en 3 catégories : la première comprendrait les vrais habitants qui demeurent à Frouard depuis plusieurs générations ; la 2ème, les employés, commerçants, etc, qui sont venus s'y établir ; la 3ème, la population industrielle, la plus nombreuse, originaire en partie des pays annexés. 

Cette dernière, venue d'un peu partout, a apporté avec elle des moeurs plus ou moins bonnes, des coutumes plus ou moins saines et un langage plus ou moins correct et plus ou moins convenable, en sorte que la petite ville de Frouard n'est pas renommée pour avoir des moeurs bien honnêtes. Ce qui contribue encore à ce trop de laisser-aller dans les paroles et les actes de la population ouvrière, et ce qui le perpétuera encore longtemps, malgré l'éducation que l'on s'efforce continuellement de développer, c'est l'obligation imposée à la jeune fille d'aller gagner à la ville voisine de quoi augmenter le gain journalier du père et des frères. Elle y récolte un peu d'argent, il est vrai, mais en retour, et triste retour ! elle acquiert dans le chemin qu'elle fait de chez elle à son atelier, dans son atelier même, des moeurs peu enviables, qu'elle ne pourra que transmettre à ses enfants, car on ne peut donner à quelqu'un que ce que l'on possède et on ne peut lui enseigner que ce que l'on sait. 

Une chose facile à remarquer parmi ces ouvriers, c'est leur humeur belliqueuse ; pour un rien, ils passent vite des injures aux coups. Il est rare de voir une fête ou une réunion quelconque sans qu'il n'y ait quelque rixe. 

En revanche, il faut dire que cette humeur n'exempte pas chez eux la bonté de caractère et surtout l'amour patriotique. La majorité nous a prouvé qu'en cas d'alerte ils seraient prêts. 

Nous ajouterons que depuis que la presse peut parvenir dans tous les foyers, tous ces ouvriers suivent au jour le jour la marche des affaires du pays. Jusqu'alors on n'a pas encore entendu circuler dans leurs conversations ces utopies dangereuses des socialistes ; un ou deux se sont laissés perdre par ces théories fausses, mais les autres ne font que rire des cris et des plaintes qu'ils leur entendent pousser contre la propriété et ceux qui la détiennent. Ils souffrent avec patience la crise qu'ils traversent avec l'industrie. 

Il est difficile de faire une distinction entre le caractère de la classe ouvrière des usines et celui de la population originaire de Frouard, parce que celle-ci a à peu près acquis les habitudes de la première dont le chiffre lui est beaucoup supérieur. Les moeurs ne sont pas plus pures, mais cependant elle commet moins d'excès. Elle n'est pas très franche et ce qui lui fait surtout défaut, c'est l'esprit de solidarité ; il existe chez elle un courant de jalousie qui lui fait regarder d'un mauvais oeil le voisin qui acquiert de l'aisance ou qui s'élève un peu. 

En résumé : constitution physique en dessous de la moyenne par suite du travail dans les usines et des excès ; moeurs légères, esprit querelleur, un peu jaloux et avec cela bon fond de caractère, dévouement pour la patrie, intérêt aux affaires du pays, éloignement des chimères du socialisme et courage dans les temps d'épreuve, voila ce que l'on peut remarquer parmi la population de Frouard.

La guerre de 1870 à Frouard

Cette anectode a été publiée en 1932 dans la notice historique sur Frouard écrite par Mr DEZAVELLE Directeur d'école et transmise par Alain Mariotte 

C'est pendant les combats autour de Metz que les Prussiens sont entrés à Frouard, le 15 août 1870. Aussitôt ils ont opéré des réquisitions de pain, viande, fourrage... dont le transport a été effectué par les habitants ayant chevaux et voitures. 

Plusieurs voituriers ont été contraints d'abandonner leurs attelages pour revenir dans leur famille. 

Le 16 août, une trentaine de uhlans sont arrivés sur la gare, pour briser les appareils télégraphiques. Ils ont tiraillé sur les employés, cachés à leur approche, et n'en ont atteint aucun. Un soldat français, descendu d'un train en partance pour Metz, afin de satisfaire un besoin naturel dans le jardin du chef de gare, avait son fusil et trois cartouches sur lui. Il tira sur les Allemands, tua deux chevaux, blessa un homme qui fut fait prisonnier. Cette défense inattendue fit prestement fuir les uhlans qui s'éloignèrent par la vallée de Moncel.

 Quelques semaine plus tard, au recul des Français, la voie ferrée de Strasbourg-Paris était coupée : une certaine longueur de rails fut arrachée, jetée à la Moselle.

 Mais dès qu'ils eurent à se servir de cette voie, les Allemands la rétablirent et Frouard fut occupé pendant onze mois par une compagnie de Landwer, chargée de garder les ponts de la Moselle et les voies ferrées. Le poste de garde était établi dans la ferme d'en bas, tout proche du passage à niveau, tandis que la compagnie logeait  au village : deux hommes par maison. Cette compagnie était relevée chaque mois afin qu'elle ne se familiarise pas trop avec l'habitant. 

Afin d'assurer la sécurité de leurs convois de chemin de fer, les Allemands se faisaient escorter par quelque notable de la localité, monté sur la locomotive. C'était un ordre de réquisition dont voici un exemple :

 << Verzeiger dieser BIDU Nicolaus hat den Zug bis Toul, als Geisel auf der locomotive zu begleitn u mit dem nächsten Zug zuruck zu Kehren. >> Frouard, von 24 october 1870 Rgt Bayr Etappen Kommando FLOSSMANN, Adjt. 

Traduction de la mairie :

 Monsieur BIDU Nicolas est requis de se trouver de suite à la gare de Frouard pour une mission qui durera la Journée. Frouard le 24 octobre 1870. Le Maire : ROLLIN 

Les compagnies de francs-tireurs n'ont pas opéré dans la localité. Une d'elle, cependant a poussé jusque Dieulouard mais mal organisée, elle s'est dissoute. De jeunes gens de Frouard, Michel HEMMES, Constant BARRE et GUÉRET dit "Coco" qui en faisaient partie, allèrent rallier une compagnie dans les Vosges. 

Quelques temps après eut lieu l'affaire du pont de Fontenoy. Les Prussiens eurent connaissance des francs-tireurs frouardais, mais ne pouvant les atteindre, ils se sont vengés en arrêtant leurs pères. Ceux-ci naturellement ne pouvaient donner de renseignements sur leurs enfants, ils furent néanmoins emprisonnés pendant trois mois. 

Après la destruction du pont de Fontenoy, pont de la ligne ferrée Strasbourg-Paris, les Allemands croyaient voir partout des francs-tireurs. Des uhlans arrêtèrent, on ne sait où, un homme accusé sans doute d'être franc-tireur. Ils l'amenèrent vers l'angle formé par les rues actuelles de l'Hôtel de Ville et de Metz. Seul cet angle était construit avec des maisons dont les fenêtres en contrebas du chemin du village, arrivent au niveau du sol. 

C'est d'une de ces fenêtres qu'un témoin a pu voir la scène. De l'autre côté du chemin, la propriété d'en face était bordée d'un mur d'environ  1 mètre 20 de haut. Les uhlans se placèrent vers ce mur, sur deux rangs se faisant face ; le prisonnier dut passer entre les deux rangs, et recevoir un coup de sabre de chaque Allemand. Arrivé au bout des rangs, tout ruisselant de sang, il fut mis contre le mur et fusillé. On ne sait où son corps a été inhumé et il n'y a pas de déclaration d'état civil en mairie. 

Une dizaine d'année plus tard, le mur témoin de l'exécution dut être reculé pour l'établissement du trottoir actuel, et le propriétaire M. BRIQUET, voulant rappeler le meurtre du supposé franc-tireur, plaça dans le mur la petite croix de pierre qui avait été ramenée des vignes où elle avait été érigée, depuis fort longtemps, et désignée sous le nom de Croix de l'Armurier. Cette croix est toujours en place dans le mur située place de Lhomar (Point-Central), juste après la boulangerie.

Lettre du Préfet au sujet de la fabrication des avirons (Frouard - an XII)

Nancy, 10 vendémiaire an XII

Le Préfet du département de la Meurthe au maire de Frouard

Citoyen, la confection des avirons que l'on exploite dans la forêt de  Heys pour le service de la marine est entravé par le défaut d'ouvriers, et cependant l'intention du Premier Consul est qu'aucun moyen d'accélérer ce travail ne soit épargné.

Je vous prie en conséquence de faire tout votre possible  pour déterminer quelques ouvriers en charpente de votre commune à y aller travailler sur le champ.

Ils seront payés très régulièrement par le fournisseur à raison d'un sol le pied courant d'avirons, ce qui portera le prix de la journée d'un bon ouvrier à cinq francs au moins. Ils pourront au surplus convenir provisoirement d'un prix de journée.

Je ne doute pas que ces avantages ne décident un nombre suffisant d'ouvrier à se livrer à ce genre de travail, et  que leur bonne volonté m'évitera le désagrément de recourir à la voie rigoureuse de réquisition.

Vous voudrez bien adresser les ouvriers qui se présenteront au citoyen Antoine, marchand de bois à Nancy, près la porte Saint-Georges, qui est chargé des pouvoirs du fournisseur, et qui leur désignera les points d'exploitation, et règlera avec eux les conditions.

Je vous salue.

 

Cette  lettre a été citée par E. Duvernoy qui ajoute ces quelques commentaires :

"[...] On ne pouvait demander les [bois pour les avirons] aux forêts, peu nombreuses du reste, dulittoral qui suffisaient à peine à fournir les pieux nécessaires pour agrandir et fortifier les ports de Boulogne, d'Etaples, de Wimereux, où devait se réunir la flottille ; il fallut donc aller les prendre dans les forêts de l'intérieur, entre autres dans notre belle forêt de Hayes. C'est ce que montre une curieuse lettre administrative que nous avons trouvé dans les archives communales de Frouard ; elle est datée du 10 vendémiaire an XIII, c'est à dire du 3 octobre 1803, époque où la construction de la flottille était partout activement poussée. On remarquera que le préfet d'alors, le citoyen Jean-Joseph Marquis, qui administra notre département de 1800 à 1808, écrit encore le nom de notre forêt Heys, vieille orthographe du XII° et du XIII° siècles encore en usage, parait-il. On remarquera aussi le prix élevé de la journée de travail, preuve qu'on voulait aboutir à tout prix et à bref délai, et le préfet parle même d'employer la réquisition si on trouve pas assez d'ouvrier.

Construction du pont de Frouard

Sommaire de ce billet

  • Lettre de M La Millière à la Commission intermédiaire de Lorraine au sujet de l'augmentation des fonds pour les ouvrages d'arts (16 mars 1789).
  • Lettre de M La Millière à la Commission intermédiaire de Lorraine au sujet de l'augmentation des fonds pour les ouvrages d'arts (16 mai 1789).
  • Lettre de M La Millière  au sujet de l'augmentation des fonds pour les ouvrages d'arts (13 juin 1789).

  • Lettre de M Jacques Necker à M Guilgot au sujet de l'augmentation des fonds pour les ouvrages d'arts.(15 juin 1789)

Lettre de M La Millière à la Commission intermédiaire de Lorraine au sujet de l'augmentation des fonds pour les ouvrages d'arts.

Paris le 16 mars  1789

J'ai reçu, Messieurs, les deux lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 10. de ce mois, et par lesquelles vous me témoignez le désir que vous auriez d'obtenir encore cette année, la faculté de prendre, à titre d'avance, dans la Caisse des Domaines et bois une somme de 275,000£. dont 20,000£ seraient employées aux travaux des routes, et par vous remboursées comme l'année dernière sur les recouvrements de la prestation représentative de la corvée, et les 75,000£ de surplus seraient appliquées au pont de Frouard, et remboursées sur les fonds que le Roi fera annuellement pour ce pont, en donnant à cet égard par vous toutes délégations nécessaires : je vais, Messieurs, me concerter sur cet objet, comme je l'avais déjà fait l'année dernière, avec le Département des Assemblées provinciales et j'espère pouvoir vous procurer incessamment à cet égard une décision conforme à vos vues, mais je dois avoir l'honneur de vous prévenir seulement qu'il me semblerait convenable pour simplifier et faciliter l'arrangement vis à vis du département des eaux et forêts ; de proposer au Ministre d'assigner le remboursement de la somme totale dont il s'agit, sur la prestation représentative de la corvée, sauf à vous, Messieurs, à rendre ensuite cette somme aux travaux des routes sur les fonds de l'état du Roi, et je ne présume pas, après y avoir bien réfléchi, que vous trouviez d'inconvénient à cet arrangement.            

  Je suis avec respect, Messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur.


AD 54C 107 à 1112 pages
Routes et chemins. Ouvrages d'artLouis XVI 1774-1793Transcription : Jlr

Paris le 16 mars 1789



Lettre de Mr La Millière à la Commission intermédiaire de Lorraine au sujet de l'augmentation des fonds pour les ouvrages d'arts.

Paris le 16 mai 1789 

MM. de la Commission intermédiaire Principale de Lorraine.

 J'ai attendu, Messieurs, pour répondre à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 10 mars dernier, que les états de situation des travaux exécutés, l'année dernière, sur les fonds représentatifs de la corvée eussent été examinés. Cet examen m'a donné lieu de reconnaître que les ouvrages qui restaient à faire pour l'entretien des routes, à l'époque du 31 décembre dernier, étaient d'environ le 9e du montant des adjudications ; mais que la proportion n'a pas été la même dans tous les départements, car celui de Nancy était au cinquième, celui de Neufchateau au 20e. celui de Lunéville au 8e. celui de Dieuze au 18e. celui de St Avold et d'Épinal au 7e. celui de Mirecourt au 6e et celui de Bar au 12e . J'ai remarqué de plus qu'il n'y avait eu qu'environ les deux tiers des ouvrages neufs faite en 1788, et que la proportion n'avait pas non plus été la même dans les sept départements où il y en avait à exécuter ; il y a lieu de présumer que ces différences, tant pour ces ouvrages, que pour ceux d'entretien proviennent de quelques causes locales. quant à ce que vous me faites l'honneur, Messieurs, de me marquer relativement à l'arrièrement des fonds des ouvrages d'art des ponts et chaussées, je viens de m'assurer qu'il n'était pas aussi considérable que vous l'aviez imaginé. d'après ce que vous me faisiez l'honneur de me marquer, Messieurs, il semblait être de 55,730 l. 18 s 7 d. tant sur l'exercice 1787 que sur celui de 1788, et d'après la situation de caisse de M. Randon de la Tout, dont je joins ici le bordereau vous verrez, Messieurs, qu'il a été remis au delà des fonds faits en 1787 pour les ponts et chaussées une somme de 2000 l et qu'il a été pareillement remis sur l'exercice 1788. au delà des fonds faits une somme de 693 l 6 s 8d . 

A l'égard des fonds extraordinaires qui vous ont été promis pour le pont de Frouard, j'ai l'honneur de vous prévenir, Messieurs, qu'il a été accordé sur les fonds de ponts et chaussées de l'exercice 1788, destinés aux dépenses de cette présente campagne, une somme de 30,000 l. qui sera payée en douze mois, à compter du 10 avril dernier, jusqu'à pareille époque de l'année prochaine ; c'est tous ce que les circonstances ont permis de faire. Quant à la gratification des 500 l. qui a été employée jusqu'à présent au profit du premier Secrétaire de l'Intendance, sur les fonds des ponts et chaussées, M. le Directeur général a décidé qu'elle serait retranchée de l'Etat du Roi, sauf à être reportée, s'il y a lieu, sur une autre partie. Le Ministre a en même temps approuvé que vous fissiez porter sur un autre article du projet d'état du Roi de l'exercice 1788. la somme de 465#. qui n'a pas été dépensée sur les frais de salaires. vous voudrez bien en conséquence donner ordre à M. le Creulx de réduire l'article de ces frais de salaires à la dépense effective, et d'augmenter d'autant l'un des articles du dit projet d'Etat du Roi. je vous prierai, Messieurs, de me donner connaissance de ces changements, pour que je les fasse faire de mon côté sur l'expédition qui est dans mes bureaux et sur celle du Trésorier. 

Je suis avec respect, Messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur. 

P.S. Je crois messieurs que cette réponse, que différentes circonstances ont retardé bien malgré moi, porte sur tous les articles, de la lettre que vous m'aviez fait l'honneur de m'écrire ; il ne me plus qu'a vous rappeler la réserve que vous faites de vous expliquer dans un autre temps sur les objets sur lesquels vous aviez déjà fait pareille réserve par votre lettre du 12 août 1788 que vous me faites vous même l'honneur de me rappeler, ils ont été je crois à désirer pour le bien du service que vous eussiez eu la bonté de me communiquer vos réflexions sur les objets dont il s'agit, j'eusse pu à l'aide de vos lumières devancer peut être le bien que vous vous proposeriez d'opérer, et j'insisterais, si j'osais, pour obtenir de vous cette communication à laquelle je ne peux voir que des avantages, et nul inconvénient 

    

AD 54C 107 à 1114 pages
Routes et chemins. Ouvrages d'artLouis XVI 1774-1793Transcription : Jlr

Paris le 16 mai 1789



Lettre de M La Millère  au sujet de l'augmentation des fonds pour les ouvrages d'arts.

 Paris le 13 juin 1789 

MM. de la Commission intermédiaire de Lorraine.

Je viens, Messieurs, de recevoir la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire relativement à l'avance que nous avons demandé qui fut faite pour les travaux de votre  province par la Caisse des Domaines et bois. je croyais cet objet entièrement terminé et même depuis longtemps.

 comme il avait été convenu que la décision serait prise dans le Département de l'assemblée provinciale, je viens de faire passer votre lettre à M.Tarbé qui me marque qu'il va la mettre dans le jour même sous les yeux de M. le  Directeur général pour le déterminer à prendre enfin un parti sur ce même objet. 

je puis avoir l'honneur de vous assurer au surplus que je ne le perdrai pas de vue et que je ne cesserai d'en parler à M. Tarbé jusqu'à ce qu'il soit terminé ; car je sens de quelle importance il est de vous faire obtenir ce que vous demandez. 

Je suis avec respect, Messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur.  

 


AD 54C 107 à 1112 pages
Routes et chemins. Ouvrages d'artLouis XVI 1774-1793Transcription : Jlr

Paris le 13 juin 1789



Lettre de M Jacques Necker à M Guilgot au sujet de l'augmentation des fonds pour les ouvrages d'arts.

Versailles le 15 juin 1789

MM. de la Commission intérieure de Lorraine.

J'ai l'honneur de vous informer, Messieurs, que je viens d'autoriser les administrations des Domaines et bois à faire remettre à votre disposition, sur la caisse des bois des communautés, la somme de 275.000£ à caisse, s'élèvent au moins à cette somme. Vous voudrez bien, Messieurs, avoir soin de faire remettre au Préposé de l'administration des Domaines en remplacement des fonds dont vous disposez, des mandats à époque fixe sur les receveurs particuliers des finances, chargés du recouvrement de la contribution des chemins. Quoique sur ces 275,000£., il ne doive être appliqué que 200,000£ aux travaux de routes, et que les 75000£ d'excédent soient destinées à l'achèvement du Pont de Frouard, dont les fonds sont faits sur ceux des ouvrages d'art, vous voudrez bien cependant faire remettre à l'administration des Domaines des mandats pour la totalité des 275.000£. sur la contribution de la corvée, parce que ces mandats étant à des époques fixes et plus rapprochées, la rentrée des fonds avancés par la caisse des Domaines sera plutôt opérée. Il en résultera sur le montant de l'imposition des chemins un déficit de 75000£.. ; mais vous serez à portée de le remplacer avec les fonds pour lesquels les travaux du Pont de Frouard seront compris dans l'État du Roi des Ponts et Chaussées.

 J'ai l'honneur d'être très sincèrement, Messieurs votre très humble et très obéissant serviteur,


   

AD 54C 107 à 1111 page
Routes et chemins. Toises, lieue.Louis XVI 1774-1793Transcription : Jlr

Versailles le 15 juin 1789

Le château-fort de Frouard

Extrait de la notice historique sur FROUARD écrit en 1932 par Mr Dezavelle, Directeur d'école à FROUARD et transmis par Alain Mariotte, complété pour la partie sur les propriétaires par ses propres recherches.

CONTEXTE HISTORIQUE

Les ducs de Lorraine étaient, à FROUARD, en contact permanent avec les comtes de BAR qui possédaient le château de l'Avant-Garde à POMPEY et les évêques de Metz, qui étaient seigneurs du château de CONDÉ (Custines).
Les relations entre ces trois seigneurs étaient loin d'être toujours amicales, comme le prouvent les guerres qui les divisèrent au cours des siècles.
Aussi pour tenir en bride les deux châteaux ennemis, les ducs de Lorraine édifièrent une forteresse à FROUARD. Le château-fort était érigé sur un escarpement d'accès difficile, au rebord du plateau que l'on désigne sous le nom des RAYS. Il dominait toute la vallée de la Moselle et commandait la seule route de SAINT MIHIEL à NANCY.
Le château de FROUARD eut à subir de nombreuses fois les assauts des deux ennemis coalisés des ducs de Lorraine. Aussi la localité de FROUARD fut souvent le théâtre de batailles sanglantes.
Un château-fort existait déjà  à FROUARD, car lors de la bataille de 1132 les chroniques anciennes en font état lors de cet événement.

COMBAT DE 1132

Le duc de Lorraine SIMON 1er, était en guerre avec le comte de Bar, l'évêque de Metz et l'archevêque de Trèves. Il se jeta sur la Lorraine allemande et l'archevêché de Trèves, et se mit à les ravager. Mais pendant ce temps, l'archevêque réunit une armée considérable dont il confia le commandement à son neveu GEOFFROY, sire de Faulquemont.
C'était un jeune homme de 18 ans; très guerrier et plein de bravoure et d'habileté. GEOFFROY conçut le projet hardi de porter la guerre au coeur même de la Lorraine. SIMON, qui avait porté la guerre au Nord pour protéger ses États septentrionaux, lesquels s'étendaient jusqu'a Trèves, fut obligé de changer de plan. L'armée de l'archevêque traversa le pays messin, où elle ne rencontra que des amis, remonta la vallée de la Moselle et vint mettre le siège devant le château de FROUARD.
SIMON, apprenant le danger, laissa des guerriers à la frontière et revint pour secourir la forteresse de FROUARD. Le capitaine RICHARD, qui commandait la garnison du château, craignant de ne pouvoir résister à l'attaque, donna un signal dont on s'était convenu à l'avance. Aussitôt, les garnisons de tous les châteaux voisins sortirent et rejoignirent le duc SIMON qui campait avec son armée près de l'abbaye de Bouxières à une lieue de FROUARD. SIMON traversa la rivière qui le séparait de l'armée de FAULQUEMONT et vint lui offrir le combat, pendant que RICHARD faisait une sortie du château. Le duc était accompagné du comte de SALM, qui était un bel homme très brave et très savant dans son métier de la guerre.
La bataille eut lieu, sanglante. Les troupes du duc de Lorraine furent entièrement défaites; le comte de Salm, son fidèle allié, fut blessé de deux coups de lance qui le percèrent de part et d'autre et le firent mourir. Le duc lui-même reçut une grosse blessure au poignet qui lui vint d'un coup de hachette.
L'armée lorraine se dispersa, les garnisons et RICHARD se hâtèrent de rentrer et SIMON lui-même se réfugia dans son château de Nancy. L'ennemi l'y poursuivit espérant par un coup de main s'emparer de la forteresse et du souverain, mais, coup de théâtre, l'empereur d'Allemagne arriva au secours du duc, et fit lever le siège à l'ennemi.
SIMON put sortir de son château, rallier ses troupes dispersées; les réunir à l'armée impériale, et à son tour, poursuivre FAULQUEMONT, le battre à deux reprises sur les terres de l'archevêque et, pour se venger, y commettre de grands ravages.

COMBAT DE 1230

Un autre combat, non moins sanglant, eut lieu en 1230 dans les plaines entre FROUARD et Champigneulles. Le duc de Lorraine, MATHIEU II, était en guerre avec HENRI II, comte de Bar.
Les deux armées s'étant trouvées en présence, le combat fut bientôt engagé. L'opiniâtreté et le courage le rendirent cruel. Tout le monde y fit des prodiges de valeur. Mais l'infanterie lorraine, qui formait l'aile gauche, ayant été enfoncée, l'aile droite qui n'était composée que de cavalerie, fut mise en déroute et prit la fuite. Le duc, l'épée à la main, voulut en vain rallier ses troupes; indigné, il jeta son casque à terre, arracha la cravate de son drapeau et prenant un pique des mains d'un de ses officiers, nommé FRISON, s'avança seul contre les ennemis, et allait être enveloppé lorsque ce soldat fidèle le couvrit de son corps, et fut tué en criant : << Respectez le sang de mon prince >>. Voici comment HARAUCOURT, dans ses mémoires, raconte cet événement:

<<li malencontreuse journée, fut li duc en grande malchance et li chevaucheurs qu'estoient en sa gauche ayant pris l'épouvante s'enfuirent en revers dos; et li duc en grande crise de désespoir, ne volie onc porter li pot et harnois de maille qu'avait sur le corps, mais print lance qu'arracha ez mains d'un sieu soudard, et n'en fit à deux et se jeta en bien mitant de l'ennemi qui l'enveloppa et seroit li duc occis d'autant qu'estoit à pied,quand un messin soudard qu'avait nom FRISON, posa son corps en avant, bailli sa vie pour celle du duc, et chut à ses pieds, criant à tout l'Ost : << Par Dieu, gardés de verser li sang qu'est là sang est pur de mon maître ! >>

Le duc, après cela, eut le temps de fuir et de se retirer à Gondreville dont il fit rompre le pont et où il fut assiégé.

COMBAT DE 1313

La date de ce combat qui est resté mémorable est contesté. Les historiens de la Lorraine et LEPAGE en particulier, placent cette bataille en 1308. Il a été reconnu depuis que sa date est 1313 et non 1308 et que le duc de Lorraine qui y combattit était FERRI IV au lieu de THIEBAUT II.
FERRI IV était donc en guerre avec son voisin, ennemi héréditaire, l'évêque de Metz, qui était alors RENAUD de BAR. Celui-ci avait comme alliés le comte de BAR et le comte de SALM.
Quels étaient exactement les motifs de la querelle ?
Le pape CLÉMENT V, voulant contribuer aux succès des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem qui avaient entrepris la conquête de l'île de Rhodes, fit lever des décimes dans toute la chrétienté et comme il avait eu l'occasion de rencontrer le duc FERRY à Lyon, il le chargea de procéder à cette opération délicate dans son duché et dans les seigneuries voisines. L'évêque de Metz fut offensé de voir un laïc chargé de lever les décimes sur des biens ecclésiastiques.
Le duc fut d'ailleurs trop entreprenant et trop vif, il outrepassa les instructions du pape, et refusa d'écouter les remontrances du prélat.
Malgré la résistance de l'évêque, le duc exigea des décimes des églises du temporel de l'évêché. La guerre s'ensuivit donc. L'évêque appela à son secours EDOUARD Ier, comte de Bar, et son neveu NICOLAS, comte de Salm.
L'armée ennemie entra donc en Lorraine et vint mettre le siège devant le château de FROUARD. FERRI assembla aussitôt les troupes qu'il avait dans les environs de Nancy et accourut au secours de la place le jeudi avant la Saint Martin d'hiver, c'est-à-dire le 8 novembre 1313. L'armée ennemie se trouvait rangée en bataille dans un vallon situé au-dessous de FROUARD, qu'on appelait le champ Saint Martin. Le bon ordre des troupes et la supériorité du nombre lui persuadèrent qu'il s'était trop avancé. Mais le duc, qui joignait l'expérience au génie militaire, eut recours à un stratagème. Il gagna les hauteurs qui dominent la Moselle et fit mettre pied à terre à sa cavalerie et comme l'ennemi le suivait il jeta sur lui d'immenses quartiers de roc et des pierres. Telles furent les armes avec lesquelles les lorrains combattirent. Les ennemis, accablés par une grêle de cailloux, furent mis en déroute. Quand le désordre fut mis dans les rangs ennemis, l'armée lorraine descendit au grand galop de la colline, tua 200 hommes et précipita les autres dans la Moselle.
RENAUD de BAR put s'enfuir, mais il laissait prisonniers entre les mains du duc les comtes de Bar et de Salm. La victoire était complète. Un traité ratifié en 1314 rendit la liberté aux prisonniers.

Mais la paix devait être de courte durée, car dès 1350 Lorrains et Messins recommençaient la guerre.

GUERRE DE 1352

Le duc de Lorraine, RAOUL, mort en 1346, avait laissé la régence à sa femme, MARIE de BLOIS. La duchesse ambitieuse, avait essayé de prendre Metz, qu'elle considérait comme une bonne proie. Elle n'y réussit pas et se contenta de ravager la région et de brûler quelques villages des alentours. Les Messins pour se venger entrèrent en Lorraine et vinrent camper devant le château de FROUARD. MARIE de BLOIS n'y avait laissé qu'une garnison insignifiante. Les ennemis ravagèrent le bourg de FROUARD, qui était très important, et firent de nombreux prisonniers.
Voici ce qu'en disent des chroniques anciennes :
<< Ceux de Metz... furent devant Nancy, ardout (brûlèrent) le pays entour, et assaillirent FROUARD et waignont le bourg et y prindrent plusieurs prisonniers... >>

COMBAT DE 1434

La Chronique de lorraine, raconte qu'il y eut encore un combat en 1434, sous le règne de CHARLES II, entre <<Loherains et Barrisiens >>, dans les environs de FROUARD.

<< Les ducs de Bar, souventes fois la guerre en Loheregne faisaient. des Loherains et des Barrisiens se rencontrèrent à pougny (combat) de Frouward; dont il mourut moult de gens de bien d'un coustel et d'altre. Une altre rencontre feirent après de Condé (Custines) dont la plupart des Barrisiens furent prins et tués... >>

LES ÉCHOS DE LA BATAILLE DE NANCY (1477)

Avant leur brouille de 1476, CHARLES le TÉMÉRAIRE; l'orgueilleux duc de Bourgogne et le duc de Lorraine RENÉ II se trouvaient en relations assez amicales, surtout depuis un traité qui avait été conclu entre eux le 15 octobre 1473.

Au mois de décembre de la même année, CHARLES avait obtenu de RENÉ II l'autorisation de traverser la lorraine pour conduire à Dijon les restes de son père, PHILIPPE le BON, enseveli à Bruges. On sait que c'est au cours de ce passage que CHARLES le TÉMÉRAIRE installa des garnisons dans les places d'Amance, Charmes, Epinal, Darney, ce qui devait attirer la brouille entre les deux seigneurs. C'est également au cours de ce passage en Lorraine que CHARLES le TÉMÉRAIRE vint visiter le château de FROUARD et y passa même la nuit du 15 au 16 décembre 1473 avant de se rendre à Nancy où 4 ans plus tard il devait trouver le mort.
Cette bataille de 1477 eut quelques échos à FROUARD. Les vaincus en déroute s'étaient retirés dans la direction de Pont-à-Mousson, le gros des fuyards passant par Bouxières. Un détachement de Bourguignons cependant poussa jusqu'à FROUARD où il fut littéralement massacré. Non loin de l'endroit où s'élevait autrefois l'ermitage Saint-Jean, resté célèbre dans la légende populaire, se trouve un lieu dit : << à la ravage-fosse-des-Bourguignons >> qui par son nom semble indiquer l'emplacement de ce massacre.
Le massacre a eu lieu à l'emplacement dit << Carrière des Morts >>, en dessous de la batterie du fort de l'Éperon. Les Bourguignons ont été ensevelis dans le creux que l'on appelle encore : << La fosse des Bourguignons >>.
Le château fut démoli en 1633 sur les ordres de LOUIS XIII, de même que la plupart des autres châteaux de la région.

LES PROPRIETAIRES DU CHATEAU FEODAL

Un ancien titre des archives de la commune de FROUARD, concernant l'origine d'une propriété que se disputaient les habitants de FROUARD et ceux de Liverdun, nous raconte que le château eu pour second seigneur Mathieu qui l'acquit dans cette circonstance. Ce Mathieu  était brouillé avec Thiébaut, son aîné (qui devait devenir Thièbaut 2), Renaud de Bontilier Senlis, évêque de Toul sur la fin du 12ème siècle, régla le différent : Thiébaut céda à son frère, outre la ville de Neufchâteau, les forteresses de Châtenois et de FROUARD. Il appartint aux ducs de Lorraine et nous ignorons si ces ducs le cédèrent à quelques vassaux.

En 1530, nous dit le même document, le seigneur de FROUARD était un nommé Nicolas Valette ou Valet qui avait une fille, Agnès de FROUARD qui se maria avec messire Claude de Fernay, dont nous trouvons pour la première fois le nom en 1591 ; il devint seigneur de FROUARD. 

En 1612, nous trouvons un nommé de Valhey, seigneur de FROUARD : mais la possession du château par ce dernier est contestée ; un titre de 1726 affirme que de Valhey possédait bien, outre les domaines qu'il avait sur Liverdun, le Château en question : ce qui suit paraît le prouver. Plusieurs titres, datant du milieu du 16ème siècle citent André des Porcelets de Malhianne, baron du Saint Empire, seigneur de Valhey, Ville-au-Val, Sainte Marie, du château de FROUARD, conseiller de Son Altesse, commandeur de la ville de Marsal, Frère de Jean des Porcelets, évêque et comte de Toul, prince du Saint Empire. 

En 1680, dans des actes de l'État civil, on parle d'un certain Louis Hilaire Mary, admodiateur de la terre de FROUARD appartenant au marquis de Gerbéviller : nous ignorons depuis quand il la possédait. Vers la fin de la même année, dans d'autres actes, le même admodiateur est porté comme étant celui de "Monsieur de Puydebar. Il faut croire qu'en 1680 le château a dû changer de propriétaire. Dès cette époque le nom de Jean de Roquefeville de Puydebar, capitaine des bardes de Monsieur le Maréchal de Créqui, seigneur de FROUARD, revient fréquemment dans ces actes, à propos des déclarations à l'État civil faites par les individus qui étaient attachés au service du château ou des terres qui en dépendaient. 

Le 5 mars 1703, avons-nous trouvé dans le dictionnaire des Communes de la Meurthe, par l'éminent archiviste Mr Lepage, Antoinette Thérèse d'Herbéviller, veuve de Jean de Roquefeville, seigneur de Puydebar, fait ses foi et hommage pour la haute, moyenne et basse justice de FROUARD. La même année demoiselle Catherine Françoise de Roquefeville seigneur de FROUARD, Puydebar, Herbéviller, se marie avec messire Philippe Duhan, comte de Martigny, seigneur de Colmey, Chambellan de Son Altesse Royale, fils de Gabriel Duhan et de dame Philiberte de Rivers ; présent : messire Ferdinand de Lunati-Visconti, Chambellan de Son Altesse Royale, capitaine au régiment des gardes du roi.
A partir de ce mariage, nous voyons souvent figurer des descendants du seigneur de Puydebar, de FROUARD, etc, avec la famille de Lunati-Visconti. En 1708, la marquis de Lunati-Visconti est parrain dans un baptême avec demoiselle Claude Henriette de Bannerot d'Herbéviller. La même année, nous trouvons comme marraine dans un baptême dame Jeanne Thérèse de Puydebar de Roquefeville, marquise de Lunati-Visconti. Il y a donc eu mariage entre les deux familles.


En 1734 un acte de l'État civil fait mention d'un prince d'Estherhazy. Nous savons d'autre part qu'en 1735, Paul Anthoine d'Estherhazy et de Galantha, prince du Saint Empire romain, fait ses foi et hommage à cause d'Anne Louise de Lunati-Visconti, sa femme, pour raison du marquisat de FROUARD et de la terre et seigneurie de Clévant. Les Lunati-Visconti tenaient ce marquisat des mains du duc Léopold qui le leur avait donné dans les premières années du 18ème siècle.


En 1772, Louis Charles, comte de Chabo, lieutenant général des armées du roi, seigneur du Grand-Liers, de la terre et seigneurie du Ban la Dame séante à FROUARD, des terres et seigneuries du dit FROUARD, fait ses reprises pour ces terres du roi de France.

En 1781, Alexandre Jouis de Lattier et de Bayane, fait ses foi et hommage pour la terre et seigneurie du Ban la dame,  consistante en haute, moyenne et basse justice, en deux châteaux (le Vieux-Château et le Château d'En-Bas), maisons, pourpris, jardins, parc, basse-cour, droit de bergerie, de chasse, de pêche dans la rivière de Meurthe qu'il possède patrimonialement comme héritier du comte de  Chabo.
Donc à la fin du siècle dernier, le Vieux-Château, le Château d'En-Bas et le parc, où est situé maintenant le fort, appartenaient au marquis Alexandre Louis de Lattier de Bayane et à Adrienne Angélique Joséphine Elisabeth De la Porte, Marquise de Lattier, épouse, puis veuve douairière du marquis sus nommé, en leur vivant au château de Maxéville, puis à Paris, décédés depuis longtemps. (D'après le titre d'acquisition que nous a présenté le propriétaire actuel. Ce qui suit a été puisé à la même source ou provient de ce que nous a raconté ce propriétaire).
Le marquis et la marquise de Lattier-Bayane ont laissé pour seule héritière Madame Catherine Joséphine Didière Aminthe de Lattier-Bayane, fille unique, propriétaire à Paris, veuve du comte Amédé de Rochefort d'Ally.
La comtesse de Rochefort est décédée  à Paris le 3 décembre 1858, sans aucun héritier, laissant pour légataire universel le comte Juste de Faÿ de la Tour Maubourg, mineur. Ce jeune homme est venu visiter ses propriétés avec son père à FROUARD. On raconte que ce fils avait bien recommandé à son père de ne pas vendre ces domaines, qu'il y tenait beaucoup et que, devenu majeur, il aurait un soin jaloux de veiller à leur conservation. Ces restes ajoutait-il, rappelleraient que ses ancêtres, aussi bien que les familles qui ont habité le château, ont rempli un rôle féodal ; il aurait de la peine à apprendre qu'ils sont passés à une autre famille et surtout entre les mains d'une famille étrangère à la noblesse. Mais ce jeune comte eut une fin prématurée.
En 1870, il était sous-lieutenant dans la garde mobile ; il fut tué en novembre au combat de Bellegarde (Loiret), laissant pour seuls héritiers Mr le Marquis César Florimond de Faÿ de la Tour-Maubourg, ancien député, et Madame Eugénie Eve Adolphine Mortier de Trévise, Marquise de la Tour-Maubourg, domiciliés à Paris, ses père et mère, chacun pour un quart ; et mademoiselle Anne Marie Caroline de Faÿ de la Tour-Maubourg, sa soeur, fille mineure, pour la seconde moitié.
Or Mr et Mme de Faÿ de la Tour-Maubourg ; agissant personnellement au nom de leur fille à laquelle ils doivent rendre compte à sa majorité, prennent pour mandataires Mrs Lazardbain Rénel et Goudchaux-Schil, propriétaires à Nancy, qui vendent au sieur Renaud, ancien instituteur, en retraite à FROUARD, le Vieux-Château dont l'emplacement occupe 1 hectare 92 ares, ainsi que quelques pièces de terrain, et au comte O'Gormann, propriétaire à Nancy, la ferme du Château d'En-Bas et ses dépendances, et au marquis de Panges, le parc Lattier. Celui-ci cède après expropriation, le dit parc à l'administration militaire pour l'établissement du fort.L'héritière de Louis de LATTIER fut la comtesse de ROCHEFORT, domiciliée à PARIS, où elle décéde le 3 décembre 1868, sans aucun héritier. Tous les biens furent liquidés par le légataire universel le comte JUSTE de FAY.

Par la suite, M. MARANGE en devint le propriétaire et à son décès, le professeur NICLAUSE en hérita.

Depuis quelques années, la ville de FROUARD possède l'ensemble des terrains.

LES RUINES ACTUELLES

De la forteresse, il reste encore actuellement quelques ruines attestant de son importance. Longueur 100 mètres, largeur la plus grande 50 mètres.
On repère dans cet emplacement, recouvert par la végétation, une citerne de 4 m sur 3 m et profonde de 3m environ,  une chambre souterraine avec une ouverture de 60 cm.
Divers murs d'enceinte sont encore visibles malgré les taillis.
Mais ce qui a défié le temps et les outrages des hommes, c'est une partie de tour ronde demeurée solide avec sa maçonnerie d'un mètre soixante d'épaisseur, ainsi qu'une partie de la tour carrée.   
Le château fort était en deux parties différentes séparées par un fossé.
La première, plus haute en niveau, avait la plus grande surface et formait une enceinte quadrangulaire flanquée de tours rondes dont il ne reste que les vestiges d'une seule.  Pour le reste, l'intérieur de l'enceinte n'est qu'éboulis et tas de pierrailles.  Une partie du soubassement  de la porte d'entrée est encore visible.
La deuxième partie avait une forme un peu triangulaire flanquée de tours et formait une grande plate-forme
Une chapelle dite "Chapelle Saint-Claude" a été transférée du château à l'église paroissiale, mais aucune trace ne subsiste à l'heure actuelle.

Le canal de la Marne au Rhin à Frouard

Ce récit est le résultat des travaux personnels d'Alain Mariotte qui a eu la gentillesse de m'en permettre la publication.

 

CANAL : Voie navigable construite par l'homme, unit deux fleuves ou rend un fleuve navigable, unit deux bassins fluviaux. Il pose deux problèmes principaux : celui du franchissement  de  la ligne de fait par jeu d'écluses, tunnel ou ascenseur à bateaux ; celui de l'alimentation en eau, qui se fait par des barrages-réservoirs ou usines élévatrices. Les canaux de navigation sont des éléments du domaine public de l'état, ainsi que leurs dépendances : écluses, bassins d'alimentation, digues, chemins de halages, etc... La Meurthe et Moselle communique avec quatre fleuves : la Seine et le Rhin par le canal de la Marne au Rhin, la Meuse par la branche nord du canal de l'Est, le Rhône par la branche sud du même canal.

HISTORIQUE DES TRAVAUX DU CANAL DE LA MARNE AU RHIN


Suite à un avant-projet de 1822 à 1837, le canal de la Marne au Rhin est une importante voie de communication réunissant le Bassin Parisien à l'Alsace ; 520 km. 

Construit de 1838 à 1855, le canal commence à Vitry-le-François, où il rencontre le canal latéral à la Marne et le canal de la Marne à la Saône ; il passe à Sermaize, Bar-le-Duc, traverse le seuil entre l'Ornain et la Meuse par le souterrain de Mauvages ( long. 4 877 m ), suit la Moselle à partir de Toul, puis la Meurthe, rencontre le canal des Houillères vers la Sarre, passe à Sarrebourg, s'engage dans le ravin de la Zorn ( col de Saverne ) et débouche enfin dans le port de Strasbourg. 

Il est coupé de 141 écluses. Son trafic ( minerai de fer, houille, coke, calcaire, matériaux de construction ) a atteint 2 millions de tonnes. 

Il a fait l'objet d'importants travaux d'aménagement, il a connu la suppression de nombreuses écluses, dans la vallée de la Zorn, depuis la mise en service du plan incliné d'Azrviller. 

Suite à l'essor de la sidérurgie et des mines de charbon, il est complété en 1866 par le canal des Houillères, ainsi que par le canal de l'Est achevé en 1878. 

Canal de l'Est : cette voie d'eau comprend, en Meurthe et Moselle, le canal de la Moselle à la Saône, et s'ajoute à la Meuse canalisée. 

Tout cet ensemble de canaux se rattache à la Moselle, dont les travaux de canalisation de Frouard à Metz sont exécutés de 1870 à 1914. 

Le canal de la Marne au Rhin  répond   aux   exigences   de  la  loi  Freycinet (1879 ) ;  profondeur : 2 m ;  écluses : largeur 5,2 m, longueur 38,5 m hauteur libre sous les ponts : 3,7 m. 

Durant l'année 1822, le préfet de la Meurthe reçoit un courrier de Mr le chef du Service Navigation de l'état Français, par lequel il lui est fait part d'un projet devant relier la Marne au Rhin. 

Le 19 août 1825, arrive en préfecture de la Meurthe le projet, établi par Mr l'ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, relatif au futur tracé du canal dans le département. 

Un avant projet, remis au préfet  le 28 février 1826 par la Navigation Service Interne, fait part de deux études concernant le tracé : 

  • 1 - Après les Vosges du Nord, le tracé rejoint la Seille jusqu'à Brin-sur-seille,Bouxières-aux-Dames et la Meurthe. 
  • 2 - Après les Vosges par le col du Vieux Pré, le tracé rejoint la Vezouze, Dombasle et la Meurthe. 

Dans ces projets, il est prévu de rendre la navigation sur la Meurthe possible, du fait du faible tirant d'eau des péniches 1 m 40 à 1 m 60, par des barrages accompagnés d'écluses avec pertuis jusqu'à la Gueule d'Enfer à Frouard pour rejoindre la Moselle. Il est question aussi de créer un canal de déviation, à Frouard, entre la Meurthe et la Moselle. Ce canal doit rejoindre la Moselle en amont du moulin de Frouard. 

Le 23 août 1826, un mémoire remis au préfet, fait part des avantages du futur canal, ses dimensions, son profil, son tracé, le nombre de ponts et aqueducs, et enfin son prix. 

Un autre rapport établi peu après par les Ponts et Chaussées, donne le tracé du canal dans le département de la Meurthe. Après avoir quitté l'Alsace le canal rejoint Sarralbe, Dieuze, Moyenvic, Vic-sur-Seille, Bey-sur-Seille, Agincourt, Nancy, Frouard, Toul, il rejoint la rivière Meuse à Pagny-sur-Meuse. Le même rapport fait ressortir les avantages des liaisons entre les rivières : Rhin-Sarre, Sarre-Seille, Seille-Meurthe, Meurthe-Moselle par le confluent, Moselle-Meuse, Meuse-Ornain, et la Marne à Vitry-le-François. Il est également question de la liaison Moselle-Saône. La longueur totale du projet est de 325 km pour un coût de 24 830 000 f.   Pour le département la longueur est de 131 km pour un prix de 7 900 000 f.

 Le 12 octobre 1837, commence l'enquête d'utilité publique pour le canal, suite à l'ordonnance royale du 18 février 1834. 

Le 18 mars 1838, les habitants de Lunéville adressent aux membres de la Chambre des Députés composant la commission d'examen pour le projet de loi sur les canaux, un mémoire dans lequel ils font part d'observations sur le tracé du canal. 

Charles Etienne Collignon, ingénieur en chef et député de Sarrebourg, conduit les travaux de creusement du canal en parallèle avec la construction de la ligne de chemin de fer de Paris à Strasbourg. Au 19ème siècle, la plus importante voie de navigation est sans conteste le canal de la Marne au Rhin. Son principal concepteur, l'ingénieur en chef Collignon disait : 

c'est une des plus grandes et des plus fécondes entreprises de l'époque actuelle (1841). Tracé à travers des contrées fertiles, à portée d'immenses forêt, dans un pays où un si grand nombre de belles usines luttent avec tant d'efforts contre les difficultés et le prix élevé des transports, il y encore ce singulier avantage peut être unique jusqu'ici, qu'il traverse à angle droit depuis le canal de l'Aisne à la Marne jusqu'au Rhin, huit communications navigables, rivières ou canaux, toutes très importantes.

Le canal de la Marne au Rhin qui doit rendre à la Lorraine et à l'Alsace de si importants services, n'est encore que le tronc d'un vaste système dont les rameaux viendront s'y rattacher dans un avenir très prochain. d'ailleurs son influence n'est  pas circonscrite aux limites de notre territoire, il doit étendre fort au-delà sa mission de paix et de civilisation, ouvrant une communication navigable directe entre le Havre et Strasbourg, il fournira la ligne de transit la plus courte et beaucoup moins dispendieuse entre l'Océan et le Rhin supérieur, et il appellera prochainement par la France les rapports de l'Atlantique avec l'Allemagne méridionale.

 Ainsi, d'une part, il ajoutera à l'importance de nos ports de l'Océan, donnera à l'activité de notre marine un nouvel aliment ; et d'un autre côté, il préparent pour un avenir qui ne peut être éloigné cette grande opération de la jonction du Rhin au Danube qui doit réaliser la plus belle navigation intérieure que l'Europe puisse posséder. 

Charles Etienne Collignon, lors de la pose de la première pierre du pont canal de Liverdun, mettait en exergue le rôle européen du canal de la Marne au Rhin. 

De la Meuse à Liverdun, le canal sur une longueur de trente kilomètres a un dénivelé de 49 m, Il traverse grâce à un souterrain le coteau de Foug ainsi que le contrefort de Liverdun. 

A Liverdun, il suit la rive gauche de la Moselle, rivière qu'il franchit sur un pont canal. Sur cette portion, dés la fin des travaux, le canal emprunte les deux souterrains longs de 1 264 m, deux ponts-canaux, celui de Liverdun a une longueur de 130 m, 24 aqueducs sont nécessaire pour son alimentation en eau. Il comporte 18 écluses, 9 gares de stationnement, 12 ponts surélevés, 8 ponts fixes, 1 pont mobile. 

De Liverdun à Dombasle, le canal sur 30 km a un dénivelé de 9 m. Il quitte l'écluse de Liverdun, suit la rive droite de la Moselle jusqu'à Frouard pour se diriger vers Nancy par la rive gauche de la Meurthe jusqu'à Jarville où se termine le grand bief de Nancy long de 17 km. Cette portion comporte 35 aqueducs, 3 pont-canaux dont un sur la Meurthe long de 90 m à Art-sur-Meurthe, 19 ponts fixes, 3 ponts mobiles dont celui de Champigneulles, 2 ponts sur écluses, 3 écluses, 12 gares de stationnement ou de retournement.

LE HALAGE


De Paris à Strasbourg, il y avait 141 écluses, la durée du voyage était de 184 heures et 15 minutes soit 18 jours 1/2 en vitesse ordinaire.

La vitesse par relais permettait de ramener le temps à 9 jours pour passer à 6 jours en vitesse accélérée. 

Le halage se faisait à un cheval en dessous de 140 tonnes, à deux chevaux pour plus de 140 tonnes, souvent à bras d'homme pour les bateaux vides.

Halage humain

La traction se faisait à l'aide cordes en chanvre ou en cuir, nommées "fintrelles ou sangles de poitrine". Une sorte de harnais donnait aux haleurs une position et des gestes particuliers Un homme situé à l'avant du bateau dirige la péniche et participe à la marche à l'aide d'une perche. La vitesse est de l'ordre de 2 km à l'heure. Le terme employé pour ce travail était "faire la bricole" Le halage humain fut le plus utilisé jusqu'en 1920.

Le halage animal

Réservé au "transports rapides", le cheval remplace l'homme pour haler les bateaux. Ardennais et Boulonnais étaient les chevaux les plus utilisés en raison de leur force et de leur résistance.   Les chevaux étaient conduit sur le chemin de halage par un charretier ou le plus souvent par l'épouse du marinier. Les charretiers "aux longs jours" conduisaient les chevaux du lever au coucher du soleil. Travailleurs indépendants, payés au kilomètre, ils se reposaient aux écluses. Des mariniers embauchaient des charretiers, ils étaient nourris et logeaient dans l'écurie de la péniche. Un système de relais existait aux abords des écluses. Les équipages se relayaient d'un point à l'autre, montant ou avalant. C'était pour hommes et bêtes un point de repos et de nourriture. Le 23 octobre 1876, est créé, par décision ministérielle, un service de transports accéléré sur les canaux. Les Compagnies qui le souhaitent doivent demander l'autorisation auprès du Directeur des Routes de la Navigation et des Mines. Pour recevoir cette autorisation, les Compagnies doivent équiper leurs bateaux d'un double équipage, de deux chevaux pour haler, deux chevaux au repos, et des relais à chevaux tous les 15 km. Ceux qui ont l'autorisation peuvent naviguer, équipés de signes distinctifs, avant et après le coucher du soleil à une vitesse de 6 km/h je jour et  à 4 km/h la nuit. Ils sont prioritaires aux écluses et  aux ponts. Ce qui ne va sans poser des problèmes avec les autres mariniers.

La traction électrique

En 1910, un matériel de traction électrique funiculaire, conçut par la C.G.E de Nancy, fut essayé avec succès. Il fallut attendre 1935 pour que le halage soit électrifié, ce qui demanda la construction entre Frouard et Pompey du pont dit "des Allemands", afin que les tracteurs puissent franchir la Moselle. Le pont  a été démoli en 1970. Avant, les chevaux passaient par le pont routier pour rejoindre le canal de liaison, tandis que la péniche courait son son ère. La CGTVN (Compagnie Générale de Traction sur les Voies Navigables) possédait à l'écluse de Frouard un garage pour ses tracteurs. A présent, tous les bateaux sont automoteurs et la traction électrique a disparu.

Frouard a sur son territoire deux écluses, toutes deux servent au trafic des bateaux sur le canal de jonction entre le canal de la Marne au Rhin et la Moselle.  Pour rejoindre le canal de jonction il est construit une double écluse.

Une cérémonie a lieu le 17 juin 1852, lors de la pose de première pierre. Cette cérémonie coïncide avec l’inauguration de la ligne de chemin de fer entre Paris et Nancy.    

A 11 heures et demie, malgré le temps horrible qui régnait depuis le matin, le cortège des invités se réunit à la gare Sainte-Catherine du canal.   

Les invités ont pris place dans les bateaux mis à disposition par les ingénieurs du canal. Tous ces bateaux étaient couverts, magnifiquement pavoisés, et disposés très confortablement. Le premier portait la musique du 73 ème, en compagnie des sapeurs pompiers, puis venait immédiatement l’élégante gondole de l’ingénieur en chef, montée par les principales autorités administratives et militaires, ainsi que par Mgr Menjaud l’évêque de Nancy.Dans tous les bateaux était dressée la plus abondante et la plus délicate collation.    

Partie de Nancy à midi, après avoir  laissé sur les rives du canal tout un peuple de curieux, la flottille se rendit à Frouard à la rencontre du convoi ministériel venant de Paris et qui arriva au rendez-vous avec... un retard de plus de deux heures !   

Le convoi a touché Frouard à14 h 30. On s’était arrêté à Maxéville; à Champigneulles et au pont de biais. L’arrivée a été saluée par des détonations.   

L’enceinte et le niveau de l’écluse qui doit relier à la Moselle le canal de la Marne au Rhin, avaient été tracés par de légers échafaudages qui semblaient, dans l’état naturel du terrain, placés à une hauteur prodigieuse. A peu près au milieu, une large excavation avait été pratiquée pour recevoir la pierre qu’on allait bénir et sceller...  

A trois mètres d’élévation environ, du côté de la Meurthe, et sous un abri surmonté d’une croix de mousse, se trouvait un autel. Du côté du canal faisant face à l’autel, s’élevait la tente destinée aux invités. Les troupes faisaient la haie depuis le canal jusqu’au lieu de la cérémonie et autour des tentes. Un détachement de chasseurs à cheval se tenait sur le côté du carré qui regarde Metz. 

 A 15 heures, le convoi de Paris a été signalé ; la musique a joué, le tambour a battu " Aux Champs", et bientôt, M le Ministre de l’instruction publique et des cultes, conduit par M l’ingénieur en chef, et accompagné de M le Préfet de la Meurthe, qui s’était porté à sa rencontre jusqu’à Commercy, est venu prendre place en avant de l’estrade.  

Aussitôt les présentations terminées, on prononça des discours.  Mrg Menjaud prononça un discours dont voici quelques passages :

Monsieur le Ministre, Messieurs, 

Notre époque, si remarquable par les grands travaux qu'elle conçoit et qu'elle exécute, ne l'est pas moins par l'empressement avec lequel elle met ces travaux sous la protection de Dieu en appelant sur eux les bénédictions de l'église... Ce n'est donc pas une vaine cérémonie que nous allons accomplir en bénissant cette pierre fondamentale ; ce sont les travaux des hommes que nous bénirons en demandant à Dieu, qu'il en écarte tout danger et tout pêché, en le priant, lui, le grand architecte du monde, d'affermir nos oeuvres humaines, pour la prospérité de la France. 

Puis, le préfet à son tour prononce une allocution. 

Monsieur le Ministre, 

Nous nous félicitons que les graves occupations de l'état aient permis à un  ministre du Prince-Président de venir le représenter à cette solennité. Nous avions éprouvé  jusqu'au dernier moment la crainte d'être privés de cet honneur. Vous trouverez, nous l'espérons, dans notre empressement à vous offrir une hospitalité respectueuse, un témoignage de bonheur que nous éprouvons à vous voir parmi nous... Si parfois les hommes sont emportés par les courants politiques, la nation demeure, et les oeuvres du génie, qui doivent assurer le développement de sa richesse et de sa puissance, sont pour elle un patrimoine que la génération présente doit chercher à enrichir, pour le léguer à la génération qui suit... Mises en possession de deux voies fécondes en éléments d'amélioration, nos contrées vont prendre un aspect nouveau. Ces grandes artères qui relient  le Rhin à  l'Océan, en se prolongeant parallèlement dans leur plus grande étendue, doivent concourir toutes deux, sans se neutraliser, à fusionner tous les intérêts, à détruire toutes les rivalités et à donner un essor plus rapide aux industries commerciales et agricoles des  départements de l'Est. Désormais les productions du littoral et de l'intérieur pourront s'échanger avec facilité, et les greniers, remplis par l'abondance, verser leurs trésors dans ceux privés de leurs récoltes, sans faire peser sur les classes laborieuses une augmentation toujours trop lourde du prix des denrées... 

Monsieur l'ingénieur en chef, 

Je suis heureux d'être ici, en présence de Monsieur le Ministre, l'organe du pays pour vous donner, sur le chantier même de vos travaux, ces témoignages de gratitudes que vous ont mérités votre persévérance soutenue, vos laborieux efforts et vos soins assidus pour doter la Lorraine d'un de ces monuments impérissables qui font l'illustration d'une époque et la gloire de ceux qui ont coopéré à leur édification. En pensant aux résultats incalculables que doivent produire ces deux grandes voies, qu'une solennité consacre aujourd'hui sous les auspices de la religion, on éprouve un sentiment de légitime orgueil de se trouver associé à la mission d'un prince qui use de sa puissance pour répondre aux espérances des populations...

  Les discours terminés, les boites scellées, le ministre jette une gâchée sur la pierre, puis les invités absorbèrent une collation servie par l'Hôtel de France. Les invités rejoignent la gare de Frouard où attend le convoi ferroviaire pour les ramener à Nancy. C'est ainsi que dans la même journée furent inaugurées, à Frouard, la future jonction du Canal de la Marne au Rhin et la ligne ferroviaire entre Paris et Nancy. 

Cette écluse a un certain retentissement, car elle est un travail d'art important pour l'époque. Elle  est  à deux sas en tandem pour permettre le  passage  des bateaux de 38 m 50 de long et 5 m de large du canal de la Marne au Rhin à la Moselle canalisée ou inversement. La chute totale des deux écluses est de 6 m 53. La manoeuvre des deux écluses est effectuée à la main, et le sassement se fait au moyen de vannes établies dans les portes. Dix bateaux peuvent passer par jour de dix heures, cinq dans chaque sens, soit un bateau à l'heure. Une autre écluse, dite "de Clévant" est aussi créée pour arriver au niveau de la Moselle. La double écluse de Frouard qui pendant près d'un siècle a rempli son office pour des milliers de bateaux, constitue un sérieux frein pour le trafic, qui se fait sur les canaux. 

En 1932, des travaux sont réalisés. Le premier ouvrage d'art à ce sujet a été le remplacement de l'écluse double par une écluse unique de 6 m 45 de chute. On a utilisé l'écluse d'aval de 39 m de long et de 6 m de large, dont les bajoyers sont exhaussés. Pour remédier à l'insuffisance du tirant d'air et du tirant d'eau existants, le radier est abaissé de 0 m 45. Le plan d'eau du bief de Clévant est ainsi abaissé de 0 m 20, ce qui permet un passage plus facile aux bateaux vides sous le pont du chemin de fer. Le sassement est accéléré par l'établissement d'aqueducs de sassement communiquant avec le sas par deux aqueducs larrons. La nouvelle écluse est équipée électriquement, ce qui permet une manoeuvre plus rapide des portes à l'entrée ou à la sortie des bateaux dans l'écluse. 

Trente bateaux peuvent la franchir par journée de dix heures. Pour tous les Frouardais, la nouvelle écluse garde le nom de double écluse. Il est crée deux garages à bateaux, l'un en amont de l'écluse sur le canal de la Marne au Rhin pour deux cents bateaux, l'autre en aval, sur le bief de Clévant pour trente bateaux dans le cas de hautes eaux. La ligne de chemin de fer franchit le canal, sur un pont métallique en aval de la double écluse.

LE TRAFIC SUR LE CANAL


Dès 1852, la ville de Frouard est le point de passage de nombreux chalands tirés par des chevaux ou des mulets. En novembre 1855, on compte pour la deuxième semaine :

  • 40 péniches vers le Rhin. 
  • 24 péniches vers la Marne. 

Pour le trafic sur le canal, le type des péniches utilisées était le suivant : 

  • flamandes  49 % 
  • champenoises   9 % 
  • prussiennes  22 % 
  • divers     20 % 

Les péniches mesuraient de 32 à 38,50 m de long, 4 à 5 m de large et de 1,70 à 2,40 m de haut, pour une capacité de 200 à 300 tonnes. 

30 % des mariniers possédaient leurs chevaux, qui étaient logés à bord. 

15 % des mariniers demandaient des haleurs  "long jours", ceux-ci étaient des chevaux loués par des cultivateurs. 

55 % des mariniers faisaient appel aux compagnies de halage qui disposaient de chevaux, mulets et conducteurs. 

La vitesse des péniches allait de 1,9 à 2,4 km/h pour un trajet de 18 à 20 km. Quelques rares bateaux à vapeur existaient. 

Sur le canal passent , suite à une ordonnance Royale du 23 mai 1843 et la loi du 21 juillet 1856, les premiers bateaux à vapeur. Parmi ceux-ci on note les noms suivants: "La Persévérance", la "Ville de Toul", "l'Alsace-Lorraine", La "Ville de Nancy", "Le Vosgien", "La Marne",  "Le Yankee", etc... 

Il est  mis en service, le 27 août 1889, une ligne de transports de voyageurs entre Jarville et Liverdun. Le bateau à vapeur "Le Furet Nancéien", circule tous les jours entre Jarville et Frouard et dessert Liverdun les dimanches et jours fériés. Le prix du voyage entre Nancy et Frouard est de 0. f 50 pour les adultes, gratuit pour les enfants de moins de 4 ans, et demi-tarif pour les 4 à 7 ans. Le bateau de voyageur  "L'Hirondelle" circulant entre Nancy et Metz  obtient l'autorisation le 3 septembre 1889 de passer sur le canal de la Marne au Rhin, du fait du manque d'eau de la Meurthe.

ECONOMIE DE FROUARD SUITE A L'ARRIVEE DU CANAL


 La Société des Hauts-Fourneaux de Frouard est fondée en 1856 par la Sté Lang et Cie. Elle possède son embranchement avec le canal et le chemin de fer. 

En 1872, les Ateliers Munier sont créés, ils se décomposent en deux divisions 

  • celle des cylindres  
  • celle de la charpente 

Chacune des deux usines dispose depuis leurs créations, son raccordement particulier au réseau de l’Est.     L’usine des cylindres dispose d’un quai de déchargement sur le canal de descente en Moselle, et l’usine de charpente possède un cale communiquant avec le même canal et permettant la construction et le lancement de péniches métalliques. 

La Société d’affrètement Rohr est fondée en 1883, elle succède au sieur Deprêts, commissionnaire de transports par eau, ayant son siège à Frouard en correspondance avec Le Havre, Dunkerque, Boulogne, Saint-Quentin et Reims. Elle gère, à Frouard, particulièrement la manutention des charbons et cokes pour la sidérurgie. Le bureau d’affrètement se situe rue de la Gare, un petit port équipé d’une grue à vapeur reçoit les bateaux.     Elle possède des succursales à Nancy-Novéant, Saarbrück et Sarreguemines. Elle règle les opérations de douane.     

En 1893, Monsieur Rohr prend pour associés Messieurs Husson et Noailles. A sa mort, sa veuve poursuit les activités avec les mêmes personnes.   

Monsieur Auguste Fortier entre dans la société en 1913 et poursuit l’activité jusqu’en 1935. Il habite à la villa Yvonne à Frouard.     

Le port de Frouard charge en 1885 : 11 039 tonnes de marchandises et en décharge 3 373.    

 La galocherie, créée par le sieur Michiniau vers 1892, pouvait àl ’aide d’un portique décharger les grumes arrivant par péniche.     

En 1913, le port expédia 127 256 tonnes et débarque 6 816 tonnes.    

 Le 14 janvier 1921, est construit, entre Frouard et Liverdun, un atelier de réparation de bateaux au lieu-dit  "lla Waltriche". Un bassin est creusé le long du canal, il est capable de recevoir 3 à 6 péniches et communique avec le canal par pertuis fermé d’une porte. 

 HISTOIRE DE LA CONSTRUCTION  DU CANAL A FROUARD       

 


 Suite à la loi du 3 juillet 1838, portant qu’il sera construit, sur le territoire de Frouard, un canal de navigation entre la Marne et le Rhin, la préfecture de la Meurthe publie le 31 décembre 1839 un arrêté d’expropriation de terrains nécessaires à la construction dudit canal.     

Le 10 juin 1843, est publié le plan parcellaire des propriétés à acquérir.     

Le 11 décembre 1843, ont lieu les premières ventes volontaires de terrains.     

Le 18 décembre 1843, le service des Ponts et Chaussées, canal de la Marne au Rhin, dépose un dossier d’enquête concernant le plan parcellaire des terrains à occuper pour la jonction du canal avec le chemin de fer et la Moselle à Frouard.     

Le 21 juillet 1844, le conseil municipal de la commune de Frouard réuni extraordinairement, relativement à une demande faite en mairie en date du 12 juillet et de l’autorisation de M le Préfet en date du 9 juillet dernier, pour autoriser M le Maire à louer une carrière, nouvellement ouverte pour les travaux du canal , située au fond du Raybois appartenant à la commune.    

 Le conseil après avoir pris connaissance de l’arrêté et de ladite demande, a jugé nécessaire de louer cette carrière et de la mettre en adjudication aussitôt l’approbation de Mr le Préfet et le montant de cette adjudication en être versé entre les mains du receveur de ladite commune.     

Le 16 décembre 1845, signature des actes de ventes volontaires.     

Avec le début des travaux, Frouard voit son paysage se transformer, ainsi de nouvelles routes et chemins voient le jour.  

Le tracé du canal et du chemin de fer prive de nombreux Frouardais des terrains qu’ils cultivent aux "Pâquis". Aussi la commune, pour compenser cela, demande au préfet l’autorisation de cultiver le plateau des Rays. 

 Courant octobre 1846, la comtesse de Rochefort adresse au jury d’expropriation de Nancy une réclamation concernant ses terrains de Frouard, en particulier pour son château et la ferme voisine. 

 Le 12 avril 1848, une note du service des Ponts et Chaussées fait part, que suite à l’ouverture de la cuvette du canal à l’ouest de le route nationale n¡ 57, il sera bientôt exécuté la construction du pont destiné à cette route.  

Le même jour, dans un rapport adressé au Commissaire du Gouvernement par le service des Ponts et Chaussées, il est fait part, que suite aux travaux du futur pont sur la RN 57, une route provisoire est mise en service. Les accès à cette route provisoire sont très difficiles pour les grands attelages et notamment les diligences. Il faut donc revoir le tracé prévu et occuper une surface plus grande.   

 Cette route, reconnue d’utilité publique, occupe une longueur supplémentaire de 35 mètres, soit une surface de 4 ares. Les terrains ainsi occupés sont trois parcelles de vigne, appartenant au sieur Nicolas Guiot et aux héritiers d’Alexis Pailliéo.  La traversée de Frouard par les deux voies, navigable et ferroviaire, qui cheminent presque côte à côte, obligent à la construction de plusieurs ouvrages d’art pour permettre leur franchissement : pont  de la Duchesse, donnant accès aux prairies entre la ligne de chemin de fer et la Moselle ; pont de la gare ; pont sur le canal pour la RN 57 ; pont sous le canal pour le chemin de Bouxières-aux-Dames, passage àniveau sur la ligne de chemin de fer 

 Le 30 novembre 1849, M le Maire fait part devant le conseil de l’affaissement du grand mur du presbytère qui menace de tomber. Le conseil, prie Mr le Préfet de sommer  l’ingénieur ordinaire du canal et du chemin de fer, attendu qu’il est supposable que cet affaissement est la suite des travaux exécutés pour   ces deux grandes lignes, l’ingénieur du département et Mr Geny architecte de la commune, lesquels décideront entre eux de la cause de ce désastre et aviseront au moyen d’en arrêter la progression.     

Après le difficile chantier de Liverdun ; tunnel sous la colline et construction du pont canal, le canal est partiellement mis en service le 2 novembre 1851.  Les premiers bateaux passent à Frouard, sous les regards des curieux assemblés sur les berges, et se dirigent vers Nancy.Les travaux du canal de jonction, entre le canal de la Marne au Rhin et la Moselle, vont pouvoir commencer, et de nouveau Frouard va connaître une nouvelle phase de procédure pour l’acquisition des terrains.  

Le 11 mai 1852, les Ponts et Chaussées demandent à M le Préfet d’approuver le plan parcellaire à acquérir en première partie.     

Le 6 juillet 1852, est fait part au préfet du refus de plusieurs propriétaires de Frouard des offres amiables.     

Le 4 avril 1853, est nommé un jury pour fixer définitivement les indemnités à payer par l’État.     

Le 10 juin 1853, parution du plan parcellaire définitif des propriétés à acquérir.     

Le 2 août 1853, le tribunal de première instance de Nancy a prononcé l’expropriation, pour cause d’utilité publique, de diverses parcelles de terrain. 

Le 19 avril 1855, le conseil municipal de Frouard, dans une délibération, demande la réparation, par l’administration du canal de la Marne au Rhin, du chemin du Fet. En effet, ce chemin ayant été supprimé lors de la construction du canal, l’administration du canal s’était engagée à le remplacer, afin de poursuivre l’exploitation de diverses parcelles. Le nouveau chemin, fourni par l’administration du canal, est devenu impraticable par la suite d’éboulements dus à la pousse continuelle des berges du canal  qui sont trop élevées à cet endroit.  

L’hiver 1890-91 est très rude et la glace bloque la circulation des bateaux. le 21 janvier 1891, la Sté Solvay de Dombasle obtient la permission de faire circuler, un brise-glace en fer de sa conception, sur le canal gelé, entre Void et Dombasle.   

 Le 20 janvier 1891 - Parution d'un arrêté préfectoral, qui autorise la commune de Frouard d’établir, sur le canal sur le côté du contre-halage en face du moulin, un lavoir communal destiné à suppléer l’insuffisance de lavoirs dans la commune.  Le lavoir sera fait en bas de l’ancien chemin du "Moulin, et la construction d’une passerelle sera utile pour en faciliter l’accès.     

Le 27 juin 1891 - La commune de Frouard s’engage à payer pour le lavoir, la redevance annuelle de 2 fr, révisable tous les cinq ans.    

 Le 5 février 1893 - Mr le maire expose au conseil, qu’une passerelle a été construite en 1892 sur le contre-fossé du canal de la Marne au Rhin, afin de donner accès au lavoir communal établi sur le canal. La dépense s’élève à 124 fr 76.    

 Le 24 novembre 1894 - Le conseil demande la construction d’un lavoir sur le canal, près du pont de la gare.  Ce lavoir serait de la plus grande utilité pour ce quartier, ainsi que pour la garnison du fort de Frouard.  

Le 24 juin 1903, on a retiré du canal le cadavre du domestique du maire de Frouard. L’homme était tombé dans le canal sans la soirée du 21 juin, alors qu’il  regagnait son domicile par le chemin du contre-halage. L’enquête faite par la gendarmerie de Frouard fait ressortir que plusieurs bateaux étaient en stationnement le soir du drame et que l’homme est tombé dans le canal à cause des amarrages des péniches.     Le ministre des Travaux Publics et des Ponts et Chaussées par un arrêté  du  3 juillet 1903, interdit toute circulation des piétons sur les chemins bordant les canaux.     

Le 14 novembre 1903 - Demande de concession d’eau au canal pour l’alimentation d’un lavoir rue du Fort-Joly.

Le 10 juillet 1917, Mr Imbeaux, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées publie le rapport suivant : 

 Plusieurs mariniers civils ne veulent plus passer à Frouard, ni aller à Pompey du fait du danger qu’ils encourent suite aux gros projectiles ennemis envoyés sur la région de Frouard et Pompey, ainsi que des bombes lâchées par les avions allemands, et les jets de grenades des soldats français. On a relevé après la nuit du 6 au 7 juillet 1917 

  • des torpilles jetées par les avions ennemis, ont disloqué la digue de halage du canal de la Marne au Rhin en deux endroits entre Frouard et Champigneulles. Près de la gare de Champigneulles, une digue de 8 m de haut doit être consolidée d’urgence, par la construction d’un mur en béton du côté intérieur du canal. Il faut compter sur 8 à10 jours d’interruption de la navigation.
  • une torpille est tombée à 5 m de la double écluse de Frouard et une autre à  50 m du poste SN 16 à Frouard, elles n’ont pas fait de victimes ni dégâts mais il ne  faut pas oublier que si l’écluse double était atteinte la réparation pourrait être plus longue.     

De plus, les agents du service des barrages sur la Moselle canalisée, sont constamment en péril du fait des militaires français, manoeuvrant les aiguilles, jetant des grenades dans l’eau, menaçant les barragistes etc...  

Dans son rapport, l’ingénieur demande au Sous-Secrétaire d’État des Transports, de lui donner des ordres précis sur la conduite à tenir vis-à-vis des mariniers qui refuseraient de passer dans les zones dangereuses. Cette situation met en péril les industries telles, que les Aciéries de Pompey, l’ usine de Neuves-Maisons et Solvay à Dombasle. Il appelle enfin l’attention du ministre sur le danger que courent certains agents et leurs familles (la femme du barragiste de Pompey a été gravement blessée).     

Le 23 avril 1921 - le conseil demande, vu le nombre important d’habitants, la construction d’un lavoir sur le canal àla Rochotte.     

Le 18 juin 1921 - Le service des Ponts et Chaussées refuse la création du lavoir  à la Rochotte.     

Le 5 juillet 1924 - Mr le maire rend compte au conseil que vu le mauvais état des lavoirs situés sur le canal de la Marne au Rhin, il est obligé d’en ordonner la réparation immédiate, à cause du chômage du canal.  

Le 11 juillet 1959, une demande est formulée par la municipalité auprès du service de la navigation pour la construction d’un lavoir au pont du canal de la Marne au Rhin, rue de Metz. De nos jours c’est le seul lavoir restant à Frouard.

Charte de Frouard et de Pompey

(Source : Alain Mariotte)



TEXTE :

Nos FERRIS, duc de Lorrène et marchis, faisons à savoir à tous cels qui ces présentes lettres verront que nous avons mis Froart nostre chastel et le bore qui sied dessus Pompain à la loy et à la franchise de Beaumont, et avons promis à bone foi par devant nostre chier signor et frère THIEBAUT par la grâce de Dieu, roi de Navarre Champagne et Brie, comte palatin, à tenir et à garder fermement le devant dit chastel de Froart et le bore aux devant dites loy et franchises, sauf ce que li borgois de ce castel et li manans ne reteuront et ne devront retenir nos homes ne les homes à nos homes, ne de nos fiefs, ne de nos gardes à devant dites loy et franchises, se n'est pas nostre volenté et sil avenoit par avendure que nos allisiens encontrè les convenances devant en tous ou en partie, ce que nous ferons pas si Dieu plaist, nos volons et octroions que nostre chier sire et frère THIEBAUT par la grâce de Dieu, roi de Navarre devant diz nos point contraidre par  le nostre prenant et saisir et prandre le fié que nos tenons de lui, par lui ou par son commandement à tenir et à garder les dictes convenances et à faire restablir les dommages que li devant dits homes de Froart auroient eu parce que nous ou nos gens auroient pris dou leur por le défaut de ce que nos auriens mies gardées ne tenues les devant dites convenances et les despens que li devant diz rois ou ses gens auroient fait por nos gagier par nostre défaut et avons pitié et requis a devant dit nostre chier signor et frère le roi devant qui il baillast as diz homes don chastel de Froart ses lettres devant dites convenances garder, li cuens les en a ballez à nosta requeste et nos en seureté de ces choses fermement à tenir et à garder et avons baillé ces présentes lettres scellées de nostre scel que nous fismes faire à Paris en l'an de grâce mil deux cent et soixante-trois (MCCLXIII) ou mois d'avril le lundy après les trois semaine de pasques.

TRADUCTION :

Nous FERRI duc de Lorraine et marchis, faisons savoir à tous ceux qui verront ces présentes lettres que nous avons mis notre château de Frouard et le bourg situé au-dessus de Pompey, à la loi et à la franchise de Beaumont. Et avons promis de bonne foi par devant notre cher seigneur et frère THIEBAUT, par la grâce de Dieu, roi de Navarre, et de Champagne et de Brie, comte palatin de tenir et garder fermement au château de Frouard et au bourg les dites lois et franchises, sauf que les bourgeois de ce château et les manants ne retiendront et ne devront retenir nos hommes, ni les sujets de nos hommes, ni de nos fiefs, ni de nos gardes au-devant des dites lois et franchises, si ce n'est par notre volonté et s'il arrivait par hasard que nous agissions contrairement à ce traité en tout ou en partie, ce que nous ne ferons pas, s'il plaît à Dieu, nous voulons et octroyons que notre cher seigneur et frère THIEBAUT, par la grâce de Dieu, roi de Navarre, nous puisse contraindre en saisissant le fief que nous tenons de lui, par lui ou par son commandement à tenir et à garder ce traité, à réparer les dommages que lesdits hommes de Frouard auraient supportés en raison de ce que nous ou nos gens aurions pris sur leurs biens et parce que nous n'aurions pas bien gardé et tenu ledit traité et à payer des dépenses que le dit roi ou ses gens auraient faits pour nous poursuivre.
Nous avons prié et requis notre susdit cher Seigneur et frère le roi qu'il délivre aux hommes du château de Frouard ses lettres pour conserver le présent traité; il les a délivrées à notre requête et nous, pour la sûreté de ce traité et pour le tenir fermement, nous avons délivré des présentes lettres scellées de notre sceau, que nous avons fait rédiger à Paris en l'an de grâce 1263, le 23 avril.

 

Cartes postales de Frouard

frouard1.jpgfrouard02_exposure.jpgfrouard03_exposure.jpgfrouard06_exposure.jpgfrouard08_exposure.jpgfrouard09_exposure.jpgfrouard10_exposure.jpgfrouard11_exposure.jpgfrouard12_exposure.jpgfrouard13_exposure.jpgfrouard14_exposure.jpgfrouard15_exposure.jpg


frouard16_exposure.jpgfrouard18_exposure.jpgfrouard19_exposure.jpgfrouard20_exposure.jpgfrouard21_exposure.jpgfrouard22_exposure.jpgfrouard23_exposure.jpgfrouard24_exposure.jpgfrouard25_exposure.jpgfrouard26_exposure.jpgfrouard27_exposure.jpgfrouard28_exposure.jpgfrouard29_exposure.jpgfrouard30_exposure.jpgfrouard31_exposure.jpgfrouard32_exposure.jpgfrouard33_exposure.jpgfrouard34_exposure.jpgfrouard35_exposure.jpgfrouard36_exposure.jpgfrouard37_exposure.jpgfrouard37_exposure.jpgfrouard38_exposure.jpgfrouard40_exposure.jpgfrouard41_exposure.jpgfrouard42_exposure.jpgfrouard43_exposure.jpgfrouard44_exposure.jpgfrouard45_exposure.jpgfrouard46_exposure.jpgfrouard47_exposure.jpgfrouard48_exposure.jpgfrouard49_exposure.jpgfrouard50_exposure.jpgfrouard52_exposure.jpgfrouard51_exposure.jpg


frouard51_exposure.jpg