généalogie et histoires lorraines

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les péripéties du conseil municipal de Bayonville en 1857

jeudi 25 octobre 2012, par Anne Auburtin

Les 29 juillet et 5 août 1855 eurent lieu les élections de dix conseillers municipaux qui désignèrent ensuite Mr. ROLLIN pour maire et Mr. TRAITEUR pour adjoint. Hélas, la bonne entente ne dura pas.A la suite d'un décès et de plusieurs démissions, le préfet ordonne de nouvelles élections le 31 août 1856 soit, un an plus tard pour élire six nouveaux conseillers.

A cette époque le village comptait 911 habitants et 117 électeurs inscrits.

Le scrutin est ouvert à 8 H.15 en la salle d'école ; le bureau est composé de M. TRAITEUR adjoint et président, MM. JACQUELET Jean-François, FROCARD Michel François, NAUDIN Jean Nicolas et HARENG Auguste. Il n'y eut que 71 votants .

Ont obtenu :

  • 61 voix JEANDIN Jean Nicolas et L'HUILLIER Jules Nicolas,
  • 60 voix LAMARRE Rémy et FROMENT Etienne,
  • 59 voix FROCARD Michel François,
  • 57 voix AUBRY Dominique
  • 5 voix à Jean François ROUGE.

Le 15 septembre 1857 soit, environ un an plus tard, le maire Mr. ROLLIN et quatre conseillers, MM. JEANDIN, FROMENT, TOCARD, et, JACQUELET écrivent au sous-préfet de Toul pour se plaindre que depuis la session de mai, le conseil ne s'est jamais réuni au complet mais seulement à une très faible majorité, certains membres se présentaient et sont donc portés présents sur le registre des délibérations et, quittaient la séance avant que le conseil ait délibéré. Un autre conseiller Mr. AUBRY a quitté la commune depuis presqu'un an et n'assiste plus aux réunions. D'autres enfin disent à l'appariteur qu'ils ne veulent plus venir aux séances, "se trouvant blessés que l'on ne tienne pas compte de leurs avis"

Les signataires de la lettre jugent que cet état des choses ne peut plus durer et qu'ils ne veulent plus assumer seul les responsabilités des actes administratifs. Ils prient Mr. lesous-préfet de remédier à cette situation au plus vite. A réception de cette missive, celui-ci porte quelques annotations dans la marge notamment "les conseillers quittant la séance avant les délibérations doivent être considérés comme absents " et "appliquer la loi du 5 mai 1855 ordonnant la révocation des membres qui. auront manqué trois séances consécutives cet sans motifs légitimes" et "demander un certificat à l'appariteur attestant que les conseillers ont été régulièrement convoqués."

Le lendemain 16 septembre 1857 eut lieu une réunion extraordinaire du conseil. Sont alors présents : MM. ROLLIN maire, JACQUELET, JEANDIN FROMENT et FROCARD. Sont absents MM. LAMARRE, L'HUILLIER, NOEL, AUBRY et TRAITEUR.

Le conseil refuse alors l'estimation de la coupe affouagée telle qu'elle est proposée par le conservateur des forêts pour la somme jugée excessive de 1633 francs, "vu que cette coupe se trouve après une côte rapide et que tout le bois devra être porté en charroi ou à dos d'homme ". Il sera donc difficile de trouver un adjudicataire à cause de cet inconvénient mais aussi du fait que l'administration forestière exige le paiement du tiers avant le commencement des travaux. De plus les ouvriers sont trés rares à cause de l'exploitation des usines environnante et demandent des prix excessifs : 5F,60 pour 100 fagots et I F,6 pour un stère de bois. L'estimation étant de 133 stères ce qui fera 219 F.45 aux prix de l'an dernier et il y a tout lieu de penser que les ouvriers seront encore plus exigeants cette année..."

Après cette parenthèse sur le prix du bois, le sous-préfet note toujours dans la marge que "les sieurs LAMARRE, L'HUILLIER NOEL et TRAITEUR ont été absents les 9 et 23 août et le 16 septembre : demander un certificat à l'appariteur et les motifs éventuels des absences"....

Le 15 octobre, l'appariteur fait parvenir un certificat assurant que les convocations des conseillers ont été régulièrement faites et que ces conseillers lui ont dit ne pas vouloir assister aux réunions du conseil municipal, le tout signé PANCRE Gabriel...

Le 22 octobre, le maire transmet une copie des trois dernières délibérations en faisant remarquer les absences des quatre personnes incriminées et signale qu'on pourrait constater bien plus nombreuses absences car "depuis longtemps, nous n'étions jamais plus de six". il signale que les autres conseillers toujours présents ne veulent plus venir assister aux réunions si rien n'est fait, pour remédier à ces abus. Le maire termine sa lettre en précisant qu'il est temps de mettre un terme à cet état de choses et "d'obliger ces messieurs à renoncer à leurs mandats".

Le 4 novembre 1857, le sous-préfet reçoit la démission sans aucune explication de Jean-Louis NOEL et deux jours plus tard celle de Jean Jacques TRAITEUR, tout aussi laconique que la précédente.

Le 11 novembre 1857, l'appariteur Gabriel PANCRE déclare " que les sieurs LAMARRE et L'HUILLIER ont refusé de donner leur observations par écrit ". Le maire ajoute qu'il est satisfait de l'attitude des deux démissionnaires, mais que les deux autres refusent de donner leur démission ou leurs éventuelles observations. "Il faut écrit-il, accélérer la chose car il y a plusieurs délibérations importantes à prendre prochainement ".

Le sous-préfet n'accepte pas la démission de Mr. TRAITEUR adjoint s'il ne donne pas les motifs de celle-ci. Ce dernier adresse alors une nouvelle lettre, cette fois en expliquant "que les motifs qui ont déterminé ma démission, c'est que j'ai remarqué que les conseillers n'arrivaient pas à la hauteur de leur mission et que l'opposition est toujours systématique, chose que je ne peux pas digérer plus longtemps..."

Le 3 décembre 1857 c'est au tour du Préfet du département de la Meurthe de déclarer : "Vu les certificats du maire certifiant leurs absences, ceux de l'appariteur attestant que les conseillers ont été régulièrement convoqués, vu l'avis du sous-préfet de Toul, la loi du 5 mai 1855 doit être appliquée. En conséquence les deux conseillers sont déclarés démissionnaires et les deux autres démissions acceptées". Le sous-préfet de Toul est alors chargé d'assurer l'exécution de l'arrêté préfectoral et de préparer de prochaines élections.

L'affaire parait être close mais le 11 janvier 1858, le préfet reçoit une lettre de Jules Nicolas L'HUILLIER contestant l'arrêté préfectoral le déclarant démissionnaire pour avoir manqué à trois convocations successives sans motifs légitimes "et en particulier l'exactitude des certificats par lesquels l'appariteur a constaté que les convocations ont été faites dans les formes. De plus, le maire de Bayonville lorsqu'il préside le conseil municipal se livre à des actes de violence pour intimider les conseillers. Il empêche ainsi toute discussion et va même jusqu'à proférer des menaces contre ceux qui ne partagent pas sa manière de voir sur les questions mises en délibération ".

Le préfet répond à J.N. L'HUILLIER que "s'il désire se pourvoir contré la mesure qui l'a frappé, c'est au conseil de préfecture qu'il doit s'adresser." Il adresse également une lettre au sous-préfet lui demandant de vouloir bien vérifier ces faits et, dans le cas où ils seraient exacts, d'inviter le maire de Bayonville à apporter à l'avenir plus de modération dans ses rapports avec les membres de son conseil.

le dernier jour de décembre 1448 à Bayonville

source Les communes de la Meurthe " par Henri LEPAGE

Ce jour-là les eschevins de la ville de Bayonville à la requête de HENRI, prévôt de Prény se sont rendus au château pour "reconnaissance des droits, rentes et revenus dus au duc de Lorraine en qualité de seigneur de Prény". Il y avait là JEHAN LE MEIERE, PIERRESSON BON AMY, parmi tous les échevins des environs (Wandelainville, Villecers sur Mars, Vendières,Noweroy devant Pont à Mousson, Pargney etc..)

Ils ont signés le texte qui suit :

" Les eschevins de la ville de Bayonville ont dit que tous les ans, au jour de la feste de Sainct Andreu, doient et sont tenus venir audit baisle de Prigney, sept eschevins dudit Bayonville pour faire déclairation comme les aultres eschevins dessus nommez auquel jour sont tenus payer, pour et au nom de la ville dudit Bayonville au prevost dudit Priney, pour mondit seigneur de Lorraine, comme à leur souverain et ayant la haulteur et souveraineté en la dicte ville de Bayonville et ad cause de recongnoissance, deux gros six deniers de forte monnoye, doient sougnier et administrer audit Priney ung chascun an une xawaite qui soit jurée en la main dudit prevost. Item ceulx de Bayonville doient service à Priney, c'est assavoir toutesfois que le prevost de Priney les mande, ils doient venir à Priney en warneson à leurs dépens et n'en puent ne doient partir, sinon par le grey d'icelluy qui est à Priney pour monseigneur ; doient reparer les foussez dudit Priney leurs pourteriens chacun trois ans. Iten, le cris et le soing de ladicte cloche ils n'en doient encheoir en nulz gangiers, et que ung chascun en seroit cren par son serment; et on cas qu'il; oyeroient ladicte cloche et qu'ilz ne feroient mie leur devoir au soing de ladicte cloche, et il estoit scu ou appercu, que chascun serait à deux gros six deniers monnoye cour-sable ad cause d'amende. Dient avec ce qu'ilz doient avoir ouverture du chastel de Priney toutesfois que de venir mestier leur sera pour eulx preserver de tous perilz et mectre à salve garde euls, leurs biens, bestes et familles et avec ce que ledit seigneur les doit garder de tort et de force envers et contre tous que au jour et à droit vourraient venir, c'est assavoir contre leur seigneur et aultres que tort leur voulroient faire et querir contre droit et raison"

N.B . Les eschevins de la ville de Wandelainville étaient COLLIGNON LE BEL HOSTE, JEHAN WYRIOT, JEHAN DE BAUDRET, JEHAN GOSSART, DIDIER FRANCOIS, et DIDIER PERRIN. Le texte est comparable à celui de Bayonville avec quelques suppléments "ils doient avoir leur affouaige en ung bois appelez le Cheinoy, à l'entrée de Baulmehen "....

 

construction du nouveau lavoir du haut du village de Bayonville en 1840

Descriptifbayonv12.gif

Démolition

Le lavoir précédent, adossé à l'époque à la maison du sieur Etienne Humbert était mal placé à raison de ce qu'il offre un accès difficile aux bestiaux, et peu de places aux laveuses. L'existant sera donc démoli et on fera place nette.

La main d'oeuvre de démolition de l'appentis, de la toiture, des tuyauteries et des auges ainsi que le transport dans le lieu de dépôt désigné par le maire est estimée dans le devis à 6 journées de compagnons.

Les matériaux non réemployés seront vendus au profit de la commune.

Terrassement

(Extrait du descriptif)

Le nouveau lavoir sera édifié sur un terrain communal ou place publique situé dans la partie haute du village. Lorsque l'emplacement définitif sera déterminé par l'architecte, l'entrepreneur fera ouvrir une tranchée de 23m80 de développement sur 1 m de profondeur et 40 cm de largeur pour les murs d'enceinte du hangar. On fera ensuite l'excavation pour recevoir le massif ainsi que le fond en pierre de taille du lavoir  (longueur : 6,30 m, largeur : 2m, épaisseur 0,61m), celle pour recevoir le massif et le fond de l'auge à abreuver (5,20m x  1,20 x 0,60), celle d'une regard (1,70 x 1 x 1m), celle pour recevoir les pavés en pierre de taille ( 7,50 x 1m).

Les déblais provenant de toutes ces fouilles seront transportées à 500 mètres de distance à l'endroit indiqué par le maire.bayonv9.gif

Ainsi que le dessin l'indique, le lavoir sera composé d'un bassin à rincer de 1,4m de long et un à laver de 4 m sur 1,20m et 0,70 de hauteur.

L'auge placée en dehors du bâtiment pour abreuver les bestiaux sera construite comme les bassins, c'est à dire en maçonnerie ordinaire de moellon de gros échantillon, mortier de chaux noir et sable de Moselle.

Les eaux au sortir de l'auge à laver entreront dans un aqueduc à construire pour les conduire dans celui qui les conduit dans le Rupt-de-Mad.

Matériaux divers

Les pavés des deux côtés et du devant du bâtiment pour une surface de 22,90 m² seront plantés dans la grève neuve et ensuite battus afin d'être tous à la même hauteur. Une légère couche de grève fine sera ensuite épandue au râteau.

La maçonnerie sera faite en moellons bien taillés selon les règles de l'art, les pierres à eau en ciment de Pouilly, les pierres de tailles à prendre à la carrière de Solival.

La charpente du toit sera en chêne de première qualité, les chevrons de 10 x 12 cm seront en sapin.

Les conduites seront en fer de fonte de 54 mm. de diamètre Lorsque la conduite sera placée, on lui fera subir l'épreuve de charge de toute l'eau de la colonne en fermant hermétiquement le jet de la fontaine après avoir laissé s'échapper l'air. Dès qu'il n'y aura plus de perte soit par les manchons ou par des fissures, c'est la preuve que cette conduite aura une longue durée attendu que les métaux seront de bonne qualité.

Pour préserver les deux angles saillants de l'auge à abreuver, il sera posé et scellé deux bornes en pierre de taille ayant chacune 1,25 m de hauteur et de diamètre 40 cm à la base et 27 cm au sommet.

Un coulant de fer sortira par la bouche d'une tête de fleur ou de bête en fer de fonte couvert de bonze antique fixée par trois forts clous scellés dans la pierre. Pour recevoir les sceaux qui se placeront sous le jet, il sera placé deux barres en fer scellées sur l'auge.

Adjudication des travaux

L'ensemble du devis s'élevait à la somme de 1958,18 F dont 19,20F pour la démolition et 216,13 F pour le terrassement.

L'adjudication devait avoir lieu le 31 octobre 1840 et la réception le 1er septembre 1841 au plus tard.

Les travaux seront surveillés par le sieur Arnould, architecte à Toul et c'est l'entreprise Joseph Lallement de Thiaucourt et Jean-Antoine Clavel de Limey qui obtinrent les travaux après deux rabais et quatre feux allumés.

Les délais furent-ils tenus ? On peut en douter en voyant que le terrain fut acheté en mai 1841.

M. Michel Pichon, maire à l'époque, signe la délibération suivante :" Vu les travaux à exécuter pourt la nouvelle fontaine du Moncel et l'urgence de s'entendre avec les propriétaires du terrain, le conseil a convenu de s'entendre à l'amiable avec les sieurs Rollin et Antoine, propriétaires, de leur accorder pour le terrain cédé par eux une indemnité de  60 F. " Le Préfet de la Meurthe  donna son accord le 23 juin 1841.

 

Sources :

Je remercie M. Gérard Vonner de m'avoir fourni un article de Hubert Lemoine qui m'a permis de réaliser cette page. Hubert Lemoine cite comme sources les dossiers travaux WO  872 à 874 des archives départementales de Meurthe et Moselle:

 

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Querelle scolaire à Bayonville en 1794

A Paris au début de 1794, les Hébertistes et les Dantoniste s'accusaient mutuellement de corruption et de trahison. Leurs chefs furent guillotinés ....

A Bayonville, fort heureusement, la situation "révolutionnaire" n'amena pas de telles extrémités. Prenons néanmoins connaissance des délibérations du 20 pluviôse An 2 (8 février 1794)

"Le Conseil Municipal de la commune de Bayonville, légalement assemblé au lieu ordinaire de ses séances, ne pouvant ignorer le trouble qui règne dans la commune, causé par une école surnuméraire qui s'érige dans son sein, que le citoyen Nicolas Henry, cy devant instituteur de la commune, ayant reçu des lettres d'approbation lorsqu'il était en fonction, les veut encore continuer, malgré qu'il n'y doit plus, dont il s'ensuit que son école est proche de celle de la commune, les écoliers de l'une à l'autre s'injurient et se font des querelles qui s'étendent jusqu'à provoquer des inimitiés entre les pères et mères, que cette désertion des écoliers de l'école de la commune pour aller dans l'autre, n'est point causé par la gêne de rester au local des instructions de la commune qui est une salle spacieuse, capable de contenir des écoliers, même au-delà de ceux de la commune, et encore moins pour rechercher plus de science et de savoir, puisque à tous égards l'instituteur, celui de la commune, prévaut sur l'autre, mais que cette évasion provient de l'insouciance des pères et mères, qui tolèrent leurs enfants à se choisir eux-mêmes des instructions suivant leur goût et caprices, que la principale cause de ce désordre est l'inclinaison des écoliers à se soustraire de la discipline de l'école commune pour être à leur liberté dans l'autre, c'est parce qu'il y a des verges à l'école commune et qu'il n'y en a point dans l'autre, d'ailleurs la conduite du citoyen HENRY rend très suspectes ses instructions."


"Que cette école surnuméraire et indisciplinée est un tel désordre dans la Commune qu'il peut dégénérer aux élèves une jeunesse déréglée et sans moeurs, surtout si elle venait à imiter le caractère insubordonné du citoyen HENRY, lequel ayant été requis de comparaître devant le conseil et le maire, lui ayant dit de cesser son école qui troublait la commune, répondit brusquement, en prenant la fuite, qu'il la tiendrait malgré tout.


" Que la commune n'étant composé que d'environ 450 individus, cette population n'a jamais exigé qu'un instituteur commun pour l'autorité duquel la jeunesse des deux sexes est soumise moyennant une rétribution payable par les pères et mères. Le traité qui constitue ces obligations est sanctionné par les autorités supérieures pour être suivi et exécuté ; d'où il a résulté que l'entreprise du citoyen HENRY, tout en présentant aux autres l'occasion de violer les lois du traité, en arrête luy même l'exécution en usurpant sur le droit d'autruy, ce qui cause un dérangement dans l'ordre social à Bayonville, en conséquence, ledit conseil en ayant délibéré, a arrêté que la présente délibération sera adressée au sous-préfet de l'arrondissement, pour la passer avec son avis au préfet du département qui est prié d'interdire au citoyen HENRY l'établissement d'une école publique â Bayonville , que les pères et mères qui ont toléré leurs enfants à quitter les instructions de l'instituteur commun luy paieront en entier son dû pour les instructions. "

Ce litige scolaire ne fut sans doute pas le seul dans nos campagnes: en I789 le nombre des Maîtres était encore très élevé et une grande partie de la population ignorait le français et utilisait seulement le patois.

Les Assemblées révolutionnaires voulurent cimenter ]'unité nationale en rendant l'usage du français obligatoire. Les Conventionnels décidèrent en 1793 d'établir un enseignement primaire d'Etat gratuit et obligatoire. "Après le pain déclarait Danton. l'éducation est le premier besoin du peuple. Il faut contraindre le père de famille à mener son fils à l'école publique ".

Une statistique de l'enseignement primaire en l'an 2 nous fournit quelque renseignements sur la situation dans nos villages du Rupt-de-Mad

  • à BAYONVILLE 414 habitants on comptait 25 garçons d'âge scolaire et 34 filles (élèves mâles et femelles!) L'instituteur Louis MATHIOT en activité depuis le 16 germinal percevait un traitement de 1180 francs
  • à VANDELAINVILLE pour 262 habitants, 11 garçons et 11 filles fréquentaient l'école et Jean DEVEZON percevait 440 francs.
  • à ARNAVILLE pour 771 habitants, 77 garçons et 63 filles fréquentent l'école mais leur grand nombre ne permet pas à un seul instituteur de bien les instruire. Paul ROGER en activité depuis le 15 germinal perçoit un traitement de 2800 francs.

Dans les autres communes proches et faisant partie du canton de Pagny les données sont les suivantes

  • à PAGNY pour 835 habitants , 45 garçons et 40 filles fréquentent l'école où Dominique GAUTHIER est trop seul pour les bien instruire. Son traitement est de 1700 francs.
  • à PRENY pour 327 habitants 21 garçons et 25 filles suivent l'école de J. BENOIT l'aîné dont le traitement est de 920 francs.
  • à VANDIERES pour 584 habitants 48 garçons et 40 filles où Pierre DARDAINE "malgré sa bonté ne peut vu le grand nombre des enfants être présumé de les bien instruire" et ce pour 1700 francs.
  • à VILLERS-sous-PRENY pour 361 habitants, 37 garçons et 45 enfants sont enseignés par Camille LABRIET en activité depuis le 15 germinal avec également un trop grand nombre d'élèves et un traitement de 1640 francs.

Après Thermidor, les responsables renoncèrent à l'obligation puis à la gratuité de l'école. La loi générale sur l'instruction publique du 25 octobre 1795 stipula seulement qu'il serait établi une ou plusieurs écoles primaires par canton. les municipalités pouvant exempter de tout paiement un quart des élèves " pour cause d'indigence".

Pourquoi donc le conseil municipal de BAYONVILLE autorisa-t-il la présence de deux écoles dans ce petit village ?

Le temps des mirabelles à Bayonville

SOURCES La Pays Lorrain et le Pays Messin N°7 de Juillet 1922 - pages 311 â 314.

Notre commune est petite, mais vous la connaîtrez tous quand je vous aurai dit que vous avez mangé ses mirabelles jaune d'or et ses coiches violacées, et ses civets de lièvre et de chevreuil, que la maison Moitrier, une vieille famille de Metz, y préparait avec des sirops délicieux et des sauces exquises, dans son usine bourdonnante, aujourd'hui morte. . .

Ah! Bayonville ne connaîtra plus ces jours heureux, où de toute la vallée du Rupt-de-Mad, de la Moselle, de l'autre côté de la frontière, des centaines et des centaines de jeunes filles et de femmes venaient dénoyauter les prunes et les mirabelles, chez Moitrier Il fallait voir ces ouvrières s'essaimer à l'heure des midis, pour y casser la croûte, sur tous les coins de notre ban ! Repas frugal, j'en conviens ! Du fromage de Gérômé qui vous prenait très fort au nez, et du vin de Thiaucourt ou de Pagny qui vous chantait dans les veines. Ah ! je vous promets que lorsque le « gueulard » de l'usine sifflait l'avertissement, il y en a plus d'une qui n'arrivait pas à rentrer pain, fromage et bouteille... vide, pour courir vers la ruche bourdonnante, où flottaient des odeurs lourdes de mirabelles confites dans trop de sucre et de sirop.

Je me souviens d'avoir vu - car c'était les vacances - des gros personnages assister à ces rentrées d'usine, où trois cents femmes de notre pays dénoyautaient vite et bien, pour « faire leur boîte » rapidement, car on les payait à la boîte de noyaux ! Tout de même, quand les mirabelles étaient belles, elles trouvaient bien le temps d'en croquer une à la barbe du contremaître. Mais, Dieu! quand elles étaient trop mûres, qu'on les jetait à la marmelade, je vous jure que le contremaître d'à côté en a entendu plus d’une crier, sauf votre respect

« Quel travail de cochons ! » Mais, il feignait de ne rien entendre, lui ! Il savait que dans le panier, la bouteille de vin était vide ! ... Et dame, les vins de Thiaucourt et de Pagny, en ce temps-là, avaient une sève qui pétillait comme un printemps d'amour ! J'ai vu des gros personnages contempler parfois ce spectacle curieux. Je me rappelle y avoir vu le général de Maud'huy, le juge Bernardin, le docteur Imbeaux, et des autres, que. personne ne connaissait. On se répétait seulement que c'étaient des personnages, voilà tout !

Beaucoup entraient visiter l'usine en plein travail. Ah ! si vous aviez vu, comme je l'ai vu, les paniers remplis à crever sur les longues tables, où de solides gaillards y amoncelaient les mirabelles sucrées et jaunes comme des montagnes d'or. Et les mains rapides des ouvrières babillardes qui puisaient les cueillettes précieuses, en extirpaient le noyau, et les rejetaient dans les bassines bourdonnantes de guêpes au corselet or et deuil, et dont les pattes dans leur vol étaient comme agglutinées par le jus odorant dont elles étaient si friandes ! Et les langues des femmes qui tournaient comme des trétrelles ! « R'gardez deun un p'tit peu, Mathurine, ces feigniants en redingote qui viennent nous zieuter ! Ils n'ont pas tant d' mal que nos boumes, allez ! " Et la voisine, l'oeil allumé par une étincelle de colère : " Vous dites bien, Virginie, des beaux feigniants.' Ah ! les riches sont moult heureux, quand même !

Et les messieurs s'arrêtaient auprès des autoclaves, où la vapeur sifflait, où les chaînes des monte-charges et des grues sonnaient et où on plongeait des caisses entières de boîtes de conserves dans l'eau bouillante : on entendait alors la chair des fruits cuire doucement, rendre tout son jus qui chantait des chansons douces comme un miel, dans les boîtes brillantes de fer-blanc, et partout, dans toute l'usine, un arôme sucré de mirabelles confites qui vous pénétrait, et glissait jusqu'au plus profond de vous la tentation mystérieuse d'un invisible nectar que l'on humait partout et que l'on ne goûtait nulle part ! Oh ! rien qu'à me ressouvenir de cet arôme mielleux, chaud, moëdeux comme une compote, lourd parfois comme une marmelade, je ne puis me défendre des mêmes écoeurements que j'eus, un jour, après avoir dérobé et mangé à moi seul tout une verrine de gelée de groseilles! A ce goût de mirabelles gorgées de sirop de sucre, à l'enfer assourdissant des machines, à la crainte des dards que les guêpes cachaient dans le manteau d'or des fruits repliés, au bavardage intarissable des trois cents femmes qui vidaient dans leur travail toute la rancoeur de leurs âmes villageoises, il vous prenait soif d'un vent frais respiré dans le ban de notre commune !

Ah ! bien, il était propre, le ban ! Avec tout ce monde de l'usine, pas un coinde verdure qui ne fut maculé de papiers et de rogatons, comme les tabliers des femmes étaient plaqués de taches de fruits ! ... de guêpes écrasées ! ... Pourtant, quel site délicieux que celui de la vallée du Rupt-de-Mad, si brus­quement resserrée à Bayonviile et à Arnaville, ayant de se perdre dans les lignes larges et molles de la Moselle d'Ausone ! Avec ses bois qui se dressent au-dessus des lourds clochers carrés des villages tassés comme des citadelles ; avec ses scieries, où des chutes d'eau continuent leur éternel mugissement ; avec ses vignes abruptes, que le ciel boudeur ne réchauffe plus, pour y préparer, comme autrefois, ce sang des pampres, dont on manipulait les bouteilles ventrues avec la même piété que des calices sacrés, et dont on repoussait, loin des tables, les bouteilles vides, avec la même horreur que des cadavres ; avec sa petite rivière claire, enjôleuse par ses courbes lentes et ses bouquets de saules compacts et si discrets, où les libellules se poursuivent avec des ailes de gaze mauve. . . la vallée du Rupt-de-Mad est une petite Vosges, une petite Suisse lorraine!

Mais regardez-là, à présent, elle a l'air d'avoir endossé un habit d'Arlequin, pour un banal carnaval! Ceux qui ne sont pas de chez nous sont accourus vider ici leurs vieilles gazettes, leurs vieilles chiffes, leurs charpagnes trouées. Partout, des débris ! Regardez ! Voici le Couarrail : des débris; le Remontveaux, des débris; le Péchera, le Lainegaude, le Goulenvaux, le Remontseigneur, le Fourosse, le Trou-Pétard, le Pisse-Veaux, le Trémâ, des débris. Jusqu'où va leur insolence et leur sans-gêne ! Ils ont jeté des débris aussi dans les Châvrottes, les Marquises, les Gueules d'Onville. Il y a mille fois plus d'ordures maintenant dans le ban de la commune, qu'il n'y en a quand les roulottes des Nez-Sales (des camps-volants périodiques) s'arrêtent une semaine chez nous ! Ah 1 ils ont bien raison, allez, les gosses de notre village, quand ils reconduisent chez elles les femmes de Vandelainville, en sassant et ressassant derrière elles : .

Vanderlèches !

Vanderlèches !

Abatteurs de quetches !

ou bien celles d'Arnaville, en criaillant derrière leur dos:

Arnaveule l

Peute veule !

Peut' offants !

Point d'argent !

(Arnaville ! vilaine ville ! vilains enfants ! Pas d'argent )

Comment voulez-vous que nous vivions en paix avec ces abatteurs de quetches et ces Peut-offants qui s'installent sur le ban de notre commune, en Lainegaude, en Pécheru, partout, y mangent des prunes, y gagnent de l'argent, y mangent comme quatre ; et, comme dix. . . nous laissent leurs immondices ! ...

- Maintenant, hélas ! que les fruits d'or ne bouillonnent plus chez nous dans les sirops clairs, maintenant que les guêpes ne cachent plus une seule piqûre dans la chair des mirabelles sucrées, le ban de notre commune est propre Bayonville est coquet, mais il est pauvre. . .

La guerre a passé par là.

Gabriel GOBRON.

La goutte qui mit Bayonville en ébullition (1826)

Les coteaux, bien exposés au soleil dominant le Rupt-de-Mad, étaient en ce début du XIX° siècle, recouverts de vignes.

Comme dans la vallée de la Moselle toute proche, la viticulture était la principale activité des habitants de celle du Rupt-de-Mad, et en particulier ceux de Bayonville. La production couvrait non seulement la totalité de la consommation locale, mais en plus, offrait une source importante de revenus, une grande partie étant vendue. En complément, les marcs distillés fournissaient une eau-de-vie fine très appréciée.

L'installation et l'exploitation d'un atelier de distillation allait être à l'origine d'un conflit opposant au début, quelques habitants de la commune et ensuite, au fur et à mesure des rebondissements de l'affaire.

Ce conflit ne sera résolu qu'après de multiples interventions du maire, du sous-préfet, du préfet de la Meurthe et même du ministre de l'intérieur, mais il aura fallu attendre néanmoins six longues années pour voir réapparaître le calme à Bayonville.

L'ATELIER DU SIEUR POMPEY A L'ORIGINE DU CONFLIT

Au cours de l'année 1826, le sieur Nicolas POMPEY construisit un atelier de distillation, dans sa maison, sise entre la rue du Moulin et le Rupt-de-Mad (voir point B sur le plan annexé).

L'hypothèse avancée selon laquelle le sieur POMPEY aurait construit son atelier uniquement pour ses propres besoins est contredite par le fait que son affaire se développa très rapidement, ce qui semble bien prouver qu'il avait avant tout construit sa distillerie dans un but commercial. Ceci est d'ailleurs confirmé dans un document daté de 1833 dans lequel les habitants de la Commune de Bayonville connaissent M. POMPEY comme "distillateur d'eau de vie".

Deux raisons essentielles laissaient prévoir un avenir prospère à ce nouvel atelier. La première était son implantation dans une commune viticole. La seconde tout aussi importante, était l'achat par M. POMPEY aux vignerons de pratiquement tous les marcs du ban de Bayonville. Les petits propriétaires ne pouvant financièrement construire leur propre distillerie, pouvaient ainsi bénéficier facilement d'une nouvelle source de revenus.

Ainsi donc, avec l'approbation d'une grande majorité de vignerons, M. POMPEY commença sa campagne de distillation de 1826.

L'avenir,qui s'annonçait prospère pour son atelier, s'assombrit brusquement peu après. La cause en était une plainte déposée contre lui par trois voisins, dont le porte-parole était le sieur THEVENIN, propriétaire de la maison située en face de chez lui, de l'autre côté de la rue du Moulin. A la suite de cette plainte, une enquête fut rapidement menée. Un arrêté fut promulgué et communiqué à Nicolas POMPEY le 30 janvier 1827. Il devait fermer immédiatement sa distillerie et il lui était interdit de l'exploiter ultérieurement. C'est à partir de ce moment que s'engage une véritable partie de bras-de-fer entre Nicolas POMPEY d'une part, et le sieur THEVENIN et l'administration d'autre part...

LE SIEUR THEVENIN, AME DE L'OPPOSITION

La plainte déposée en fin de l'année 1826 fait état d'un certain nombre de désagréments subis par les plaignants. Tout d'abord, le sieur THEVENIN reproche à M. POMPEY les fumées et odeurs dégagées lors de la distillation des marcs. Ensuite, le dépôt des marcs une fois distillés, près de l'atelier, semble également gêner les voisins. Quant à Christophe ANTOINE, propriétaire de la maison construite contre celle de M. POMPEY, il craint les risques d'incendie, les fourneaux chauffés au bois...

Bien entendu, la plainte suivit son cours et aboutit à la décision de fermeture de l'atelier

Malgré cet arrêté, dont M. POMPEY ne tient aucun compte, l'atelier continue de fonctionner. La campagne de distillation commencée fin 1826 fut menée à terme en ce début d'année 1827.

Evidemment, la solution adoptée par l'administration ne convenait guère au tempérament du sieur POMPEY, qui, dès le début septembre 1827, essaya de trouver un compromis pour la saison 1827/1828.

LA CONTRE-ATTAQUE DE NICOLAS POMPEY

Malgré son attitude inflexible du début de 1827, notre distillateur essaya un moyen légal pour continuer d'exercer sa profession.

Le 5 septembre, il déposa une demande de permis de construire d'une nouvelle distillerie, sur un emplacement un peu plus à l'écart des maisons des plaignants de 1826, dans un verger lui appartenant et attenant à sa maison (voir emplacement A du Plan).

Suite au dépôt de cette demande, le maire de Bayonville ouvrit en mairie une enquête de "commodo et incommodo". Un procès-verbal fut ensuite rédigé le 27 septembre 1827, confirmant la situation de l'année précédente. Tous les propriétaires vignerons de Bayonville semblaient d'accord puisque seules trois personnes s'opposaient à la construction de ce nouvel atelier. Il s'agissait de MM. Etienne ROLLIN, Christophe ANTOINE et THEVENIN, voisins de Nicolas POMPEY.

Celui-ci comprit que son projet serait rejeté une nouvelle fois, à cause de "trois individus" qui lui en voulaient... Il réagit en demandant aussitôt l'arbitrage d'un commissaire impartial qui pourrait donner son avis sur les motifs avancés par les opposants.

Sans attendre le résultat de cette dernière démarche, Nicolas POMPEY recommença à distiller les marcs que les vignerons de Bayonville lui amenaient. Il utilisait les installations de son ancien atelier (emplacement B) qu'il avait comme il se doit, conservées en état.

Poussé par les opposants, le maire de Bayonville se rendit chez le sieur POMPEY et fut contraint de rédiger un nouveau procès-verbal daté du 8 janvier 1828. Il constata que "nonobstant l'arrêté du 3 janvier 1827, le sieur POMPEY a continué et continue à distiller comme si de rien n'était, soutenu par les vignerons qui lui apportent toujours leurs marcs..."

Les procès-verbaux rédigés par le maire en janvier 1827 et 1828 furent communiqués au préfet de la Meurthe. Malgré leurs fonctions, ces deux personnages paraissaient impuissants à résoudre le problème posé par M. POMPEY. Le préfet s'adressa alors au Ministre de l'Intérieur pour savoir qu'elle devait être son attitude en de telles circonstances.

Quelques jours plus tard, le 5 février 1828 ,le commissaire nommé par le préfet à la demande de Mr POMPEY, prit position. Il affirma "qu'il serait possible,avec quelques aménagements, et en prenant quelques précautions,d'autoriser à distiller dans l'ancien atelier B,mais il y a déjà 2 procès-verbaux interdisant l'utilisation de cet atelier...." Tout ce remue-ménage administratif,aussi important soit-il n'empêcha pas Nicolas POMPEY d'entamer dès la fin de 1828,sa troisième campagne de distillation,comme il l'avait fait les deux années précédentes......

Cette attitude poussa une nouvelle fois le maire, le préfet et le ministre de l'Intérieur à se concerter pour faire face à cet irréductible distillateur......

LES NOUVELLES INSTRUCTIONS MINISTERIELLES

C'est par une lettre datée du 22 Janvier 1829,que le Ministre de l'Intérieur intervint une nouvelle fois auprès du préfet. Cette lettre répond à celle du 15 Décembre 1828 par laquelle le préfet l'informant que le sieur POMPEY n'avait toujours pas tenu compte des interdits qui lui avaient été signifiés. Dans sa réponse,le ministre fait observer qu'une tette attitude "ne saurait être tolérée plus longtemps".Le ministre reprend les inconvénients déjà exposés dans 1a plainte de 1826 et que l'exploitation prolongée peut aggraver.

Afin d'éviter de créer un précédent,le ministre invite le préfet à prendre un nouvel arrêté contre le sieur POMPEY et à utiliser la force s'il refuse de se plier à loi,dans un délai de huit jours. Il termine en demandant au préfet de le tenir au courant de la suite de cette affaire.

Le 5 Février 1829, le maire se rendit donc à la distillerie de Nicolas POMPEY pour lui notifier la décision ministérielle du 29 Janvier 1829 et pour lui en donner copie. Le distillateur refusa cette copie en déclarant "qu'il continuerait sa fabrication,sans que le maire,le préfet ou le ministre puissent l'en empêcher......"

Plus tard,l'atelier fonctionnait toujours. Le maire,accompagné de son adjoint,revînt chez Mr POMPEY. Celui-ci refusa de les recevoir. On comprend cette attitude,car le maire était chargé de faire appliquer la décision du ministre qui,pour en finir une fois pour toute,avait ordonné que les fourneaux et l'atelier soient murés d'office.

Ce n'est qu'un peu plus tard,que le maire ROLLIN,assisté de son adjoint et protégé par les gendarmes,pu passer à l'exécution de l'arrêté. La fermeture de l'atelier était ainsi réalisées et,en vertu de l'article2,le maire ROLLIN a pu dresser l'état des frais que l'opération avait occasionnés soit:

-2 francs pour le commissaire qui est allé chercher les gendarmes

-I franc pour le maçon

Quant au déplacement des gendarmes, ROLLIN laisse au préfet le soin de l'évaluer.

Après la fermeture de l'atelier de Nicolas POMPEY, l'Administration crut avoir trouvé la solution idéale à un problème qu'elle n'avait pu résoudre au cours des trois années précédentes.

Cependant le maire et le préfet n'étaient guère confiants vis à vis de Nicolas POMPEY. Cela transparaît dans une lettre du préfet au ministre. Il lui rendait compte tout d'abord que ses décisions de fermeture, ode l'atelier avaient été respectées. Ensuite,il demandait conseil au ministre au cas où, nonobstant cette mesure et postérieurement à son exécution,le sieur POMPEY continuerait a distiller dans sa maison,quel serait alors le parti qu'il conviendrait de prendre? .....

Le préfet semblait néanmoins se rassurer en écrivant:"...Il est peu probable,malgré l'opiniâtreté du délinquant, que les choses en viennent à ce point...."

Les craintes de ROLLIN et du préfet n'étaient toutefois pas exagérées. En effet POMPEY va vouloir continuer à se battre, jusqu'au bout, pour la réouverture de son atelier.....

L'OPINIÂTRETÉ DE NICOLAS POMPEY

Malgré la décision du ministre exécuté par le maire de Bayonville, Nicolas POMPEY, se considérant comme victime d'une injustice, n'hésite pas pour continuer à se battre. Il demande donc la réouverture de sa distillerie, non pas dans sa maison mais dans son verger où il est prêt à transférer son atelier (point A), c'est à dire dans un lieu un peu plus éloigné de l'habitation de son opposant.

L'autorisation préfectorale lui est refusée le 25 août 1832. Il fait alors une nouvelle demande et essuie un nouveau refus le 23 janvier 1833.

Excédé, il décide d'employer les grands moyens, en faisant circuler une pétition pour sensibiliser les habitants de Bayonville et les inviter à prendre position à propos de son atelier. La pétition commence à circuler fin janvier 1833. 74 habitants la signent et le maire la fait parvenir à la préfecture le 6 février 1833.

Examinons ensemble son contenu :les signataires reconnaissent l'injustice dont est victime Nicolas POMPEY. Ils retracent l'historique de l'affaire et son aboutissement dû à un seul individu, le sieur THEVENIN. Ils expliquent le préjudice que leur fait subir le refus d'établissement d'une distillerie, ce qui les a obligé à jeter leurs marcs en 1828/29 puisque l'atelier avait été muré. Ils reconnaissent bien l'existence de deux autres distillateurs à Bayonville (dont le sieur BACHELIER avec autorisation du 11 juin 1830) mais ceux-ci ne sont ni patentés, ni exercés à distiller de grandes quantités "puisqu'ils se sont bornés à ne distiller que les marcs de leur propre récolte".

Les signataires insistent également sur leurs pertes financières car Nicolas POMPEY était le seul à acheter les marcs de la commune. Ils reconnaissent enfin que le sieur THEVENIN n'avait pas de motif vraiment valable pour s'opposer à l'établissement de cet atelier.

Ils poursuivent en rappelant que le seul inconvénient reconnu par la loi aux distilleries d'eaux de vie est le danger du feu. Nicolas POMPEY a paré à ce risque d'incendie "en faisant confectionner son usine avec toutes les précautions indiquées par les gens de l'art, près du ruisseau de Rupt de Mad, dans un endroit isolé et éloigné des autres habitations' . (Notons au passage que cette affirmation prouverait que Nicolas avait déjà construit son nouvel atelier en A sur le plan... sans autorisation...)

L'autre inconvénient qui gênait THEVENIN, à savoir les fumées, est également rejeté par les signataires. Pour eux, cet inconvénient n'est pas reconnu par la loi et de plus "les cheminées sont derrière, vers le bord de la rivière, et que la fumée ne peut se diriger du côté de l'habitation du sieur THEVENIN que par le vent du sud oui souffle très rarement dans la vallée du Rupt de Mad".

Les signataires proposent enfin au préfet de faire une enquête sur les lieux mêmes de "l'usine" pour corroborer ce qu'ils viennent d'avoir l'honneur de lui avancer,et pour justifier l'opportunité de cette usine dans ce pays de vignobles.

A la fin de ce document de six pages sont apposées les 74 signatures (trop pâles pour être reproduites mais parmi lesquelles on trouve les noms des GIRCOURT, PICHON, MARION, ANTOINE, LAURENT, ROUYER, BOUCHY, JEANDIN FRANCOIS, AUBRY, etc...)

A la suite de cette pétition, la démarche de Nicolas POMPEY ne tarde plus à porter ses fruits et ouvre la voie à un règlement définitif de l'affaire.

L'ULTIME DECISION TOUJOURS CONTESTEE

C'est très prudemment que l'administration s' engage dans ce conflit à rebondissements. Le sous-préfet de Toul est le premier à réagir .Le 14 Mai 1833, il charge Adolphe HENRIOT, architecte résidant à Toul,de procéder, dans la commune de Bayonville, conjointement avec le maire, à une enquête de commodo et incommodo. En désignant cette personne, le sous-préfet veut agir en toute impartialité puisqu'elle est extérieure au village. Cette enquête donnera une forte majorité de voix favorables (41 au total) contre deux seulement (le sieur THEVENIN, rentier à Bayonville et le sieur MATHIOT de la commune d'Onville-sur-Moselle - propriétaire à Bayonville )

Cette fois,plus rien ne pouvait arrêter ln machine administrative, d'autant plus que le maire nouvellement élu (il s'agissait de Nicolas PICHON, propriétaire à Bayonville nommé le 8 novembre 183I), certainement influencé par le résultat de l'enquête et plus ou moins contraint par la pétition du début de l'année, réclame le rétablissement de la distillerie de Nicolas POMPEY. Dans une lettre datée du 26 Juin 1833, il explique que c'est dans l'intérêt de la totalité des habitants de sa commune. Cette lettre conduit le préfet à accélérer le règlement (malgré une nouvelle lettre de THEVENIN). Ce dernier avait déjà écrit 5 lettres en1829, 3 lettres en 1832, et 4 lettres en 1833 dont celle du 29 Juin à laquelle il avait joint sa feuille d' impôt.

Dans cette lettre, il accusait POMPEY d'avoir monté une cabale contre lui avec sa pétition. D'après lui,les signataires n'avaient apposé leurs signatures que par complaisance, n'étant pas concernés ou ne connaissant pas le contenu du document. Il accusait POMPEY de n'avoir jamais tenu compte de la loi puisqu'il a toujours distillé. Il ergotait ensuite sur les termes de la pétition : par exemple,sa maison était séparée de celle de POMPEY, non par une large route mais seulement par un chemin vicinal où deux voitures ne passaient pas de front.

Etant lui-même et les siens de santé délicate,il ne voulait pas transiger avec POMPEY comme l'avait fait Christophe ANTOINE, un opposant du début de l'affaire .C'était une raison de Plus pour ne pas autoriser la réouverture de l'atelier, réouverture nullement indispensable étant donné la présence de deux autres distillateurs à Bayonville.

Au vu du paragraphe suivant,nous constatons que THEVENIN n'a pas "digéré" la pétition:"', qu'en résulterait-il si par une pétition collective, l'Administration se voyait obligée, ou condescendait à sacrifier la propriété d'un individu ? Il n'y aurait plus de loi possible et une fois cette marche établie, plus de moyen d'empêcher les établissements insalubres ou incommodes .... Et alors, le possesseur d'une propriété de valeur serait exposé, par l'envie ou la jalousie à être en quelque sorte exproprié par le premier venu qui pourrait établir une usine insalubre près de chez lui et le forcer par conséquent d'abandonner sa propriété, C'est à peu prés le cas où je me trouve à l' égard de l'usine que POMPEY a construite. . . "

Dans sa lettre, THEVENIN disait ensuite que le vent du sud dominait très souvent contrairement à ce qu'affirmait POMPEY. Il mettait également en cause les renseignements que pouvait fournir le maire, "car les liens de parent: rendent parfois partial". Ce lien de parenté entre le nouveau maire et le sieur expliquerait (selon lui) pourquoi le premier magistrat de la commune avait débloqué cette affaire et cherché à accélérer la procédure afin d'obtenir l'ouverture de l'atelier. THEVENIN ajoutait enfin que P POMPEY pouvait trouver facilement un autre emplacement où son usine ne l'incommoderai pas......

ÉPILOGUE

Avec l'appui du nouveau maire, la pétition et l'enquête de commodo et incommodo, Nicolas POMPEY pu ouvrir son atelier de distillation après les vendanges de 1833 à la satisfaction de tous ou presque (puisqu'il n'en restait qu'un à contester cette "usine").

Jean Baptiste THEVENIN, rentier à Bayonville ne s'avouera pas vaincu et reprendra sa plume le 24 Janvier 1834 pour faire valoir ses droits, bafoués auprès du préfet et du sous-préfet.

Malgré ces réactions, l'atelier de Nicolas POMPEY continua à distiller de l'eau-de-vie de marc pour les habitants de Bayonville et à envoyer de la fumée .... pour le sieur THEVENIN... à moins que le vent tourne....

Il aura donc fallu attendre sept années, avec les interventions du maire,du sous-préfet,du préfet, du ministre de l'Intérieur (qui,en passant, en profitera pour déposer un projet de loi à Paris) pour régler un différend qui aurait pu l'être à l'amiable.

Mais pouvait-il en être autrement avec Nicolas POMPEY et Jean-Baptiste THEVENIN ? .....

F I N

Les cloches de Bayonville

Merci à Gérard Vonner de m'avoir fait connaître ce texte d'Hubert Lemoine.

1861. En ce début de l'année 1861, le Maire de BAYONVILLE, M. ROLLIN et son conseil municipal envisagèrent le remplacement des cloches de l'église. Pour quelles raisons ? Aucun document n'a pu nous fournir ce renseignement (peut-être étaient-elles fêlées et ne sonnaient plus juste...) Un devis fut donc élaboré pour cette opération prévoyant la refonte des an­ciennes et la fourniture de trois nouvelles cloches pour la somme de 3.131 F, 45 cent. Après délibération, le conseil donna son accord, entériné par un arrêté préfectoral daté du 4 mars 1861. La somme, très élevée pour l'époque, fut acquittée par la commune le 27 mars 1861.

Ces trois cloches nouvellement acquises assurèrent leur service, pendant un peu plus d'un demi siècle, rythmant la vie de notre petit village, avec l'angélus et toutes les sonneries annonçant les bonnes mais aussi les mauvaises nouvelles.

1914. La guerre arrive et avec elle, l'occupation et ses désastres. Nos trois fidèles amies restent prisonnières dans leur clocher jusqu'au jour où, comme dans tous les villages occupés, les autorités allemandes décident de s'en emparer afin de récupérer le métal pour en faire des canons et tuer des Français.

Bien que la décision ait été prise courant. décembre, il semble, aux dires de quelques témoins, que les Allemands aient différé les travaux de quelques jours afin que les cloches soient encore présentes pour annoncer la fête de Noël. Ce n'était que partie remise car les travaux d'enlèvement eurent lieu le 28, décembre. Pour accélérer les opérations, les poutres maintenant les cloches furent sciées de chaque côté afin d'éviter le démontage de l'attache. La plus grosse cloche ne passant pas l'ouverture du milieu (côte nord du clocher), les Allemands déci­dèrent de tailler le pierre des deux côtés inférieurs de la fenêtre. Une fois ce travail terminé, ils purent jeter les cloches du haut du clocher. Les cloches ne se brisèrent pas en arrivant au sol. En effet, lors de la construction de l'abri qu'on peut encore voir à gauche du sentier longeant l'église, les ouvriers avaient stocké la terre contre le mur de l'église. Ce tas n'ayant pas encore été déblayé pour ce triste 28 décembre, servit donc d'amortisseur à la chute des cloches et les préserva de tout dommage.

1918. Notre clocher resta muet. Aucune sonnerie pour fêter l'armistice du 11 novembre. Ce silence se prolongea pendant encore cinq bonnes années. Pour remplacer les cloches, on avait installé un morceau de rail sur lequel venait frapper le marteau ancien.

1922. Dès le mois de février, le conseil municipal envisage l'achat de nouvelles cloches. Ce sujet fut soumis à la réunion du conseil le 23 mars 1922. Le conseil, composé de MM. MOITRIER, WILBOIS, ROYER, LEMOINE, MANGIN, LHUILLIER, JACQUART, AUBRY, OTTEMER, autorisa le maire, M. MOITRIER, à traiter de gré à gré avec MM CHARLTON ET COLIN, fondeurs à Nancy, pour l'acquisition d'une cloche pour l'église de Bayonville. On note qu'il restait une somme de 8 000 F. imputable aux pertes de guerre communales pour couvrir cet achat.

En fait, la commune fera l'acquisition de trois cloches et non d'une cloche pour la somme de 91,890 F/1923.

 Les cloches arrivèrent par chemin de fer en gare d'Onville. M. Wilbois, agriculteur, fut chargé par l'abbé Barthélémy, curé de la paroisse, d'aller les chercher en gare. Les trois cloches furent chargées sur un chariot et ramenées à Bayonville.

1923. Elles restèrent sur ce chariot dans une grange en attendant le jour de l'inauguration et de leur baptême. Sur le bronze de chacune d'elles, chacun pouvait lire les inscriptions suivantes :

  • Pour la plus grosse : "Je m'appelle Marie Henriette Marguerite. J'ai été bénite et dédiée à la très Sainte Vierge Marie Immaculée en 1923. J'ai eu pour parrain Monsieur N. THOUMAS et pour marraine Madame veuve Maurice DEGOUTIN, de Résie." 
  • Pour la moyenne : "Je m'appelle Jeanne, Marthe, Virginie. J'ai été bénite et placée sous le vocable de Sainte Jeanne d'Arc. J'ai eu pour parrain M. Henri WIBOIS et pour marraine Mme MOITRIER née V. EVEN. Je perpétue la mémoire des enfants de Bayonville morts pour la patrie pendant la grand guerre, Sainte Jeanne d'Arc, protégez la France"
  • Pour la petite: "Je m'apelle Pauline, Elisabeth, Mathilde. J'ai été bénite et consacrée sous l'invocation de Saint-Julien, patron de la paroisse. J'ai eu pour parrain M. Ch. LEMOINE et pour marraine Mme Mathilde PERNOT née MANGIN. Saint Julien, priez pour nous."

C'est ainsi qu'à partir de 1923, le clocher retrouva sa vocation. Les cloches, actionnées par des cordes, pouvaient à nouveau rythmer la vie de notre village.

1930. A nouveau le silence... Que se passe-t-il ? La commune n'a plus de sonneur. Une offre est faite pour proposer aux habitants de Bayonville de trouver un remplaçant. Aucune réponse. Une seconde est soumise. Toujours aucun succès. Une troisième puis une quatrième avec à chaque fois une augmentation de la somme proposée au futur sonneur. Personne n'est candidat et le conseil municipal ne peut, financièrement, aller plus loin. Une solution doit être trouvée rapidement.

C'est le sujet essentiel soumis aux délibérations lors de la séance du 13 avril 1930. Après discussion,il est décidé de procéder à l'électrification des cloches de l'église. Le conseil autorise le maire à traiter de gré à gré avec M. Jean ZEER, maître mécanicien à METZ.

Un devis est établi pour une somme de 15.854 F.

1930. Le 14 août 1930, une seconde réunion est nécessaire pour donner suite à ce devis. La somme est jugée excessive pour la commune, mais les conseillers ne trouvent pas d'autre solution. Ils proposent de vendre un titre de rente française de 1,110 F pour le paiement de l'installation de la sonnerie électrique.

Pour vendre ce titre, une enquête administrative est nécessaire. Menée par M, Marcel NEY, industriel, adjoint au Maire de Pagny-sur-Moselle, elle arrive aux mêmes conclusions que le Conseil municipal, à savoir que les ressources budgétaires de la Commune de Bayonville ne lui permettent pas de faire face au paiement de l'électrification des cloches et que la vente du titre de rente s'impose.

A la suite de ces deux réunions et du résultat de l'enquête, par un arrêté du ter octobre 1930, le préfet de Meurthe-et-Moselle approuve les décisions prises par le Conseil municipal de Bayonville, c'est-à-dire électrifier la sonnerie et vendre le titre de rente. Le maire est chargé d'assurer l'exécution de cet arrêté. Ainsi, avec l'appui préfectoral, les travaux purent être entrepris et menés à bien,

1942. Douze ans plus tard, le 30 décembre 1942, le conseil décidera une autre tranche de travaux : réparation du cadran de l'horloge communale et électrification de celle-ci. Un marché fut conclu avec M VITZ de Nancy. Coût des travaux 14.800 F. Exécution avant le mois d'avril 1943.

CONCLUSION

L'histoire des deux derniers siècles de la vie de notre clocher commencée sous le Second Empire s'est donc poursuivie malgré les guerres et occupations de 1914 à 1940.

L'histoire des cloches de Bayonville s'ajoute à l'histoire de toutes les autres cloches partout dans le monde.

Les cloches remontent à la plus haute antiquité : hébreux, égyptiens, chinois en connaissaient l'usage et on en a retrouvé dans les contrées d'Afrique les plus reculées,

La fameuse Mandeguerre du château de PRENY tout proche, portait l'inscription : "Appelée suis Mandeguerre, qui fait venir sans aller quérir, ceux que mon nom peuvent entendre, pour lou droit au pays deffendre".

Les anciens habitants de Bayonville l'entendaient.

A présent, nos cloches sont là "vieilles dames sereines aux voix graves et fluettes, dominant l'agitation du monde, accompagnant de leurs chants les vicissitudes, les peines, les espoirs et les joies des hommes"

Quelques actes de Bayonville

Naissance de jumeaux en 1719

 "Ce jourd'hui troisième février de la présente année 1719 sont nés de légitime mariage et d'une même ventrée, Dominique et Jeanne-Marie VIGNERON, fils et fille de Dominique VIGNERON et de Jeanne-Marie VIGNERON, baptisés le même jour. Le premier, Dominique, a eu pour parrain Dominique ANTHOINE et pour marraine Françoise NAUDIN. La seconde, Jeanne a eu pour parrain Dominique FRANQUIN et pour marraine Jeanne VIGNERON, tous de cette paroisse, qui ont signé et marqué......"

Une noyade en 1720

Le sixième avril de la présente année mil sept cent vingt, le nommé Dominique MALASSE, habitant d'Onville, âgé de quatre-vingt six ans ou environ, ayant été trouvé submergé et noyé dans les eaux du territoire de la paroisse au lieu dit "A la fosse" , le corps après avoir été vu et examiné par la justice et un chirurgien-juré dans cette paroisse, un procès verbal et rapport de visite précise que la ditte submersion était accidentelle, sans aucune apparence de précipitation ou délit. Reconnu par ses enfants et déclaré digne de sépulture par sentence de la justice, en conséquence et sur le témoignage de ses bonne vie et moeurs prohibés et religieux, nous l'avons inhumé dans le cimetière de la paroisse avec les cérémonies accoutumées dans l'église, en présence de ses enfants et autres (R. ESSELIN, curé de Bayonville)

Une autre noyade en 1729

Le onzième août de la présente année 1729, Nicolas VALTREMY, fils de Humbert VALTREMY et de Barbe GUICHELEY ses père et mère, âgé de dix ans et quelques mois, après avoir été trouvé le jour d'hier, noyé et suffoqué dans les eaux du Rupt-de-Mad sur le territoire de cette paroisse de Bayonville, vu et visité par la justice du lieu et sa mort reconnue par accident causé par la légéreté d'un enfant qui voulait se baigner. Procès verbal a été dressé sur le tout, avec les conclusions du procureur-fiscal et requiert qu'il soit enterré en terre sainte, en la forme et cérémonies accoutumées des fidèles et enfants des fidèles, nous soussigné, curé de Bayonville, dûment certifie de la vérité de la ditte mort, avons inhumé le dit Nicolas VALTREMY, à la réquisition de ses père et mère, en terre sainte, avec les cérémonies accoutumées dans l'église, en présence de ses parents. (R. ESSELIN, curé de Bayonville)

Décès d'une noble dame en 1738

 "Ce deuxième jour du mois de Décembre 1738 Dame Françoise CHAILLY, épouse de son vivant à noble Jean-Claude DE MARIONNEL, âgée de 40 ans ou environ (pour les vendanges) es décédée après s'être confessée, avoir reçu le Saint-Viatique et le sacrement de l'extrême-onction, avec la piété la plus édifiante, a été inhumée le troisième jour du mois dans cette église, auprès de l'autel de la Sainte-Vierge, en présence de ces parents et amis, qui ont signé avec nous curé de Bayonville." Le même jour naissait son fils Jean-François.

Testament en 1761

Voici les dernières volontés d’une habitante de Bayonville, au temps du Duc Stanislas : “Craignant d’être proche de la mort dont l’heure et le moment ne sont connus que de la divine providence”, dame Françoise JOLY veuve de Anthoine JANOT demeurant à Bayonville  fit appel au notaire le plus proche pour lui dicter ses dernières volontés. Cette dame est saine d’esprit et d’entendement, quoique infirme de corps, particulièrement d’un asthme “qui lui ôte la possibilité de respirer la plus grande partie du temps, l’empêche par ce fait de se mouvoir hors de sa chambre et de sa maison.”

C’est pour cette raison que le notaire précisa que le présent testament a été écrit devant deux témoins qui l’avaient accompagné au dit Bayonville, dans la maison de la testatrice “en une chambre qui prend jour au septentrion, l’an mil sept cent soixante et un, le douze Octobre à cinq heures environ de relevé”

Le testament a été lu et relu puis la testatrice a témoigné que “sa volonté a été telle qu’elle l’avait exprimée”. Il a été clos et refermé jusqu’à..........lit-on, en haut de la première page et bien en évidence “testament ouvert le 22 Décembre 1761” (soit le décès probable deux mois environ après sa rédaction de l’acte)

Bélier et brebis a nourrir en 1741.

“Je soussigné Roch GAUGIN, prêtre et curé de Bayonville suis convenu avec madame COINTIN la veuve, habitante du même lieu, qu’elle fournirait, logerait et nourrirait le bélier pour le troupeau de brebis de ce lieu, à condition que je lui payerai chaque année la somme de trois livres tournois. Le présent marché fait sans préjudice et avec réserve de tous nos droits tant anciens que présents et qui sont à découvrir en ma qualité de curé et de décimateur sauvé mon recours et mes dédommagements contre tous qu’il appartiendra selon les lois et mes droits particuliers.

Fait, arrêté et signé double à Bayonville ce jour vingt Mars mil sept cent quarante et un”

Vendanges précoces en 1893

“L’an mil huit cent quatre vingt treize le vingt trois juillet, le conseil municipal sur la proposition de Monsieur le maire et la demande du plus grand nombre de propriétaire sollicite Monsieur le Préfet d’être son intermédiaire au Conseil Général pour obtenir l’autorisation  d’établir un ban de vendange, cette mesure étant très utile pour empêcher le maraudage                     Signé: MANGIN

Description de Bayonville

Département de la Meurthe, dictionnaire historique et statistique, E. Grosse,1836,(réédition Res Universis, Paris, 1992) ; Monographie de M. Bertrand, instituteur,20 juillet 1882

Description

Village situé au bord du Rupt de Mad, extrême frontière de la Meurthe du côté du département de la Moselle; à 14 km de Thiaucourt et 45 de Toul.

Village ancien puisqu'il est cité en 960 dans un acte de l'empereur OTHON 1erbayonv2.gif

Population

En 1709,  50 habitants

En 1790, 438 habitants dont

  • garçons de plus de 18 ans : 28
  • garçons de moins de 18 ans :  83
  • filles de plus de 18 ans : 18
  • filles de moins de 18 ans : 99
  • femmes mariées : 87
  • femmes veuves : 14
  • hommes actifs : 91
  • Hommes non actifs : 5

En 1830, 460 habitants, 45 électeurs, 10 conseillers municipaux, 120 feux et 110 habitations.

 Les citoyens éligibles (en 1791):

  • Jean ANTOINE l'aîné
  • Nicolas BOUCHY
  • François NAUDIN
  • Henry CLAUDIN
  • Dominique SENERS
  • Jean-Baptiste BACHELIER
  • Charles ANTOINE
  • Dominique ROLLIN
  • Michel Balthazard BOUCHY
  • Nicolas MATHIOT
  • Nicolas POMPEY l'aîné
  • Nicolas POMPEY le jeune
  • Jean BROCARD
  • Claude JACQUIN
  • François DICRET

 

En 1882 : 401 habitants (185 hommes, 216 femmes), 114 maisons, 137 ménages et 108 électeurs, 337 français ou naturalisés, 25 allemands, 1 luxembourgeois, 1 belge, 1 suisse..

En année moyenne on compte 8 naissances, 3 mariages, 8 décès.bayonv68.gif

Fermes (1882)

Le Châtelet : 64 hectares au sud du village, formée d'un bois arraché en 1868.

Mazagran, 80 hectares au nord du village, à la limite de Gorze, formée d'un bois défriché en 1848.

Cultures et industries

Surface 789 hectares dont 500 en bois, 142 en terre labourées, 14 en près  et 71 en vignes d'une assez bonne qualité.

En 1830 :1 moulin à grain ; 1 moulin à écorces ; 1 carrière de pierre,

En 1882, 2 scieries à eau, 1 sur la source "Lore Monseigneur", l'autre sur le Rupt-de-Mad à laquelle est adjointe une fabrique de galoche de 20 ouvriers; Les 2 moulins cités en 1830, qui étaient des moulins à eau ne fonctionnent plus.

Mesures

Mesures de Pont à Mousson sauf

le jour qui est à 150 verges de 12 pieds ; 22 ares et 20 centiares pour les champs et les prairies ; et pour les vignes, seulement de 100 verges ou 15 ares 20 centiares ;

La hotte de vin ou la charge est de 40 litres.

Liens :

La scierie du Rupt-de-Mad, avec un beau diaporama dans la rubrique "entreprise".