généalogie et histoires lorraines

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Description d'Arnaville

samedi 20 octobre 2012, par Anne Auburtin

Source : Département de la Meurthe, dictionnaire historique et statistique, E. Grosse,1836,(réédition Res Universis, Paris, 1992)

Description :

Arnaville est située à l'extrémité est du canton de Thiaucourt, entre deux côtes resserrées, au confluent de la Moselle et du Rupt-de-Mad.

arnaville-1-1.jpg

Anciens noms et orthographes : 

  • Villa Alnodi (851)
  • Ernaldovilla (858)
  • Alnaldivilla (884)
  • Alnaldovilla (899)
  • Enuualdivilla (936)
  • Arnaldivilla (967)
  • Arnavilla (1138)
  • Hernadivilla (1142)
  • Arnaldivilla, Ernadi villa (1181)
  •  Ernaville (1235)
  • Arnavilla (XIII°)

Les cultures et industries (vers 1830) :

Sur 565 hectares, 85 sont en terre labourable, 50 en prés, 140 en bois, 150 en vignes. Vers 1890, la part des vignes sera inférieure à 100 hectares

On y trouvait 3 carrières de pierre de paille, 3 distilleries, 2 moulins à grains, une tannerie. Vers 1890,  une filature de laine et une fabrique de molleton   remplaçait un des moulins, l'autre étant devenu une scierie de bois de chêne et de hêtre.

Une coutume seigneuriale peu banale :

 

Avant sa réunion à la Prévôté de Pont à Mousson, en 1748, ce village dépendait en partie de la Lorraine et en partie de la Terre de Gorze (actuellement en Moselle).
Un individu étranger au pays de Lorraine et à la Terre de Gorze qui venait s'établir à Arnaville, devait choisir, l'année expirée, tel seigneur qui lui convenait du Roi ou de l'abbé de Gorze et les enfants devenaient sujet du même seigneur que leur père.
Un lorrain habitant en terre de Gorze et, réciproquement, un Gorzin habitant sur la terre de Lorraine restaient soumis à leur condition et à leur juridiction primitive mais les enfants suivaient la juridiction de leur mère.
Raide comme la Justice...

Arnaville à la Révolution   

  • Diocèse de Metz, Archidiaconé de Vic, Archiprêtré de Gorze
  • Seigneurs : Marthe-Amélie et Anne-Françoise de Ravinel, M. Doria, Abbé de Gorze, RR. PP.bénédictin de Saint Vanne de Verdun.
  • Décimateur : Abbé de Gorze
  • Patron : Abbé de Gorze
  • Feux 151 en 1789 et 694 habitants (1790)
  • Députés : Nicolas Chatel et Hubert Bragard

Registres et archives :

Les registres de l'État Civil en ligne commencent en 1674 et se terminent en 1872.

Les frères Gautier et l'affaire Schnaebele

 

 

Ils eurent droit à leur portrait dans "L'ILLUSTRATION - JOURNAL UNIVERSEL" de 1887 exécuté par l'envoyé spécial Mr. Clair-Guyot.(p 97)

ARNAVILLE, 27 avril 1887.

Je remarque que l'arrestation de Mr. SCHNAEBELE donne lieu dans tous les journaux, à nombre d'articles sous ce titre : "L'INCIDENT DE PAGNY". Un titre beaucoup mieux justifié serait : "L'INCIDENT D'ARNAVILLE ".

C'est en effet, sur le territoire français d'Arnaville que Mr. Schnaebelé a été arrêté. Pagny-sur-Moselle est à cinq kilomètres de la frontière, tandis qu'Arnaville n'en est qu'à cinq cents mètres .... Rien de pittoresque comme la situation de ce joli village, blotti entre les deux coteaux formant la vallée du Rupt-de-Mad. Ce rupt est un ruisseau d'eau vive qui traverse le village, ruisseau laborieux qui, après avoir fait tourner la roue d'une usine apparte­nant au maire, franchit, sous un pont, le chemin de fer, le canal latéral à la Moselle et court se jeter dans la Moselle elle-même. Arnaville a une coquette église dont le clocher émerge, à mi-côte, d'un bouquet d'arbres, et un château en ruines qui appartenait aux Guises.

Le journaliste continue en décrivant les circonstances ayant amené le commissaire-spécial de Pagny à se rendre à la frontière pour y retrouver son collègue M. GAUTSCH qui lui avait donné rendez-vous.

....." Mr. SCHNAEBELE, ne le voyant pas, se promena quelques instants, passant et repassant sur la limite des deux territoires. Personne aux environs, sauf deux vignerons qui plantaient des échalas à trente mètres dans les vignes sur le territoire français. Tout à coup au moment où Mr. SCHNAEBELE qui était vêtu d'une redingote et d'un pantalon noirs et coiffé d'un chapeau melon venait de rentrer sur le territoire allemand, il trouva en face de lui un individu vêtu d'une longue blouse blanche et coiffé d'une casquette à ponts qui le salua. Mr. SCHNAEBELE répondit à son salut lorsque l'individu, s'approchant, lui passa un bras autour du corps en essayant de l'entraîner. Mr. SCHNAEBELE résista et se dégagea si vivement de cette étreinte qu'un bâton que tenait l'homme en blouse alla rouler sur la route. L'homme eut une seconde d'hésitation ; il voulut ramasser son bâton ce qui permit à Mr. SCHNAEBELE de se réfugier sur le territoire français où l'individu le suivit ..... Un second individu vêtu, lui aussi, d'une longue blouse blanche et coiffé d'une casquette semblable à celle du premier, surgissait de derrière un buissonet, s'élançait à son tour sur le commissaire-spécial de Pagny.

!I. y eut une lutte acharnée. Mr.SCHNAEBELE qui criait aux deux ouvriers en train de planter des échalas : "Je suis Schnaebelé Au secours, on m'arrête!", se débattait énergiquement.; ses agresseurs le terrassèrent, le roulèrent sur le sol et l'amenèrent ainsi sur le territoire allemand où ils lui mirent les menottes, après l'avoir ligoté avec des cordes. Les deux vignerons avaient assisté à cette scène sans bouger. Debout dans les vignes, ils regardaient la lutte comme des gens simplement intéressés à savoir qui aura le dessus oule dessous.

[...]

- l'aîné François GAUTHIER était âgé de 27 ans, son frère Joseph avait 19 ans. Aux enquêteurs ils purent expliquer dans le détail comment la scène s'était déroulée. La précision de leur témoignage permit aux autorités françaises d'obtenir rapidement la libération du commissaire SCHNAEBELé.

- du jour au lendemain et bien malgré eux, ils devinrent des vedettes connues de toute la France et même de toute l'Europe tant cet incident de frontière eut un grand retentissement.

arnaville-1-2.jpg

La frontière de 1887 était au même endroit que sur cette carte écrite en 1915.

Les "optants" venus de la Moselle annexée à Arnaville après 1870

source : article de François Cereser

maison.gifAprès la création de la Meurthe et Moselle, des habitants des départements annexés choisirent de devenir français et de quitter leur domicile et de se réinstaller notamment à Arnaville, village frontière. Certains optants s'installèrent définitivement et se firent construire une maison. Ce fut le cas de la famille Laumet qui construisit cette maison près de la Douane.

"Le cahier de police d'Arnaville recense les déclarations de ceux qui souhaitent y fixer leur domicile. Ainsi, entre le 2 juin 1871 et le 30 septembre 1872 c'est près de 100 personnes qui manifestent ce désir.

Assez logiquement, pour la majorité d'entre elles, l'ancien lieu de résidence n'est pas très éloigné : Novéant, Gorze, Ancy, Ars-sur-Moselle ou Metz par exemple. On peut imaginer que parmi ces nouveaux venus certains avaient déjà des attaches familiales à Arnaville ou y possédaient quelques terres, ce qui a dû peser dans leur décision (telle Jeanne-Marguerite Guépratte, veuve Courouve, propriétaire vigneronne venant d'Ancy-sur-Moselle). D'autres arrivent d'un peu plus loin : Bouzonville, Saint-Avold ou Sarreguemines...

Ces nouveaux arrivants sont de toutes conditions : vignerons., ouvriers d'usine, maçons, tailleurs de pierre, plâtriers... mais aussi des rentiers, préposés aux douanes en activité ou en retraite, anciens militaires, médecins ou négociants.

L'âge des nouveaux arrivants n'est pas toujours mentionné, mais il semble que bien souvent ce sont de jeunes hommes (entre 20 et 35 ans), célibataires donc plus mobiles pour affronter le changement. Il arrive aussi des familles entières, ainsi Jacques Reimsbach, 50 ans, négociant venu de Metz le 10 août avec son épouse et leurs 7 enfants ou encore Louis Langard, dont voici la déposition reçue par le maire Baur :

L'an mil huit cent soixante douze, le dix neuf avril, devant nous Maire de la commune d'Arnaville, s'est présenté Louis Langard, âgé de cinquante quatre ans, propriétaire demeurant à Ars-sur-Moselle, lequel nous a déclaré qu'il était dans l'intention de renoncer au domicile qu'il a actuellement au dit Ars pour le fixer dès ce jour ci à Arnaville, ainsi que celui des personnes de sa maison et opter tous pour la nationalité française..."

Les lieux d'origine :

  • Gorze : 15
  • Novéant : 5
  • Corny : 5
  • Fey : 1
  • Coin-les-Cuvry : 1
  • Dornot : 1
  • Ancy-sur-Moselle : 5
  • Ars-sur-Moselle : 7
  • Jouy-aux-Arches : 1
  • Châtel-Saint-Germain : 1
  • Rozérieulles : 1
  • Sainte Ruffine : 1
  • Metz : 24
  • Longeville-les-Metz : 1
  • Le Sablon : 1

Les domiciles précédents :

  • Queuleu : 1
  • Devant-les-Ponts : 2
  • Chambière : 1
  • Chazelles : 2
  • Sainte-Barbe : 1
  • Saint-Avold : 1
  • Sarreguemines : 2
  • Guerstling : 1
  • Neunkerchen : 1
  • Villing : 2
  • Berviller : 1
  • Bouzonville : 6
  • Willerwald : 2
  •  non localisé : 4

Arnaville au XVII° siècle

article écrit par Manuel BAZAILLE

 

En ce temps là.  régnait sur la Lorraine, de 1625 à 1675 le duc CHARLES IV, fils de François DE VAUDEMONT. Ce long règne de cinquante années fit de la Lorraine un véritable champ de bataille, le Duc s’empressant  à chaque fois, de renier les engagements qu’il avait pris lors des différents traités signes avec le roi de France.

Arnaville, alors située à la frontière du duché, peuplée de Lorrains et de Français se trouva en première ligne et fut ruinée deux fois par l’armée française

Présentation de la Duchesse de Lorraine à Charles de Vaudémont (Charles IV) son futur mari.

Siège et destruction du château en 1635

Depuis 1632, les Français occupaient la Lorraine. CHARLES IV, allié des HABSBOURG s’était retiré avec son armée en Allemagne où il combattait les princes protestants alliés à la France. En 1635, à la suite d’une brillante campagne, le duc pénètre en Lorraine et bouscule les soldats du maréchal DE LA FORCE. Partout les Lorrains se soulèvent, prennent les armes et livrent une véritable guérilla à l’occupant français. Malheureusement, CHARLES IV ne parvient pas à profiter de son avantage et bientôt les Français se reprennent. Le maréchal DE LA FORCE qui dispose de troupes espagnoles, pille et saccage Arnaville et met le siège devant son château où les habitants se sont réfugiés. Plusieurs combats meurtriers ont lieu, DE LA FORCE perdant plusieurs soldats dont un chef espagnol. Finalement, le château se rend, les Français s'empressant de le faire détruire par la population locale réquisitionnée. Désormais, à part la fuite dans les forêts voisines, les habitants ne disposent plus d’aucuns moyens pour se défendre et sont à la merci de la première bande de soudards qui se présenterait.

Destruction d'Arnaville en 1642

Le 21 mars 1641, CHARLES IV signait avec LOUIS XIII “la petite paix”. Pour le duc, ce traité était inacceptable car il faisait de la Lorraine un état vassal de la France. Revenu en Lorraine, il complote avec de grands nobles français afin de nuire au roi de France. En vue d’un nouveau conflit, il ré-équipe et réarme ses principales forteresses. Mais, lâché par ses alliés, il doit faire face à une nouvelle invasion de la Lorraine par les troupes françaises menées par DU HALLIER. En 1642, certains éléments se retrouvent devant Arnaville. Le village est alors soumis à la sauvagerie de ses assaillants qui se livrent au pillage, volant tout ce qui est possible puis brûlent les maisons. Lorsque les habitants qui ont pu se sauver reviennent, ils ne retrouvent plus qu’un tas de ruines. Le calendrier agricole s’en trouve totalement désorganisé plus d’animaux, plus de semences, plus de récoltes, plus d’outils. Après cette guerre, les habitants se retrouvent plusieurs siècles en arrière car, sans outils et bêtes de trait, le travail est beaucoup plus difficile et épuisant à accomplir. De plus, l’hiver de 1641 avait été très rude avec d’importantes chutes de neige et un très grand froid. La grêle avait détruit les vignes. Le prix du pichet de blé est multiplié par trois d’où l’apparition de pauvres affamés qui souffrent bientôt de maladies de carence. De 1641 à 1643, dans le village voisin de Novéant, les habitants également démunis et appauvris n'avaient pu cultiver leurs vignes. En 1650 le maréchal DE BONNEGARDE ravage à nouveau la vallée du Rupt-de-Mad.

Nouvelle occupation Française

Le 28 février 1661, le traité de Vincennes ramène la paix entre la Lorraine et la France. Mais CHARLES IV accepte mal cette soumission forcée à la France. Pour se venger de celle-ci, il multiplie les points de douane sur la route Metz/Toul, entravant ainsi le commerce des marchands messins, sujets français. Ainsi des péages sont institués à Arnaville et à Vandières, prélevant des taxes et des droits de passage. LOUIS XIV faisait de même pour entraver le commerce lorrain. Puis les accrochages se succèdent entre soldats. Finalement, en 1670, le maréchal de Créqui, à la tête de 25000 hommes envahit la Lorraine. Cette fois Arnaville doit loger les soldats français qui vivent aux frais des habitants. La vie agricole est de nouveau désorganisée . Les notables renouvelés tous les ans restent en place du fait de l’absence des autorités supérieures qui organisaient chaque année les élections. Le 14 janvier 1673, Nicolas FOURNIER, prévôt et capitaine de Prény se rend à Arnaville pour le renouvellement du maire et des syndics. Jacques ANTHOINE, maire et Louis NICOLAS, Demange ESTIENNE et Simonin ESTIENNE syndics, présentent les comptes qu’ils tiennent depuis deux ans. Puis Nicolas FOURNIER s’occupe de l’élection de nouveaux notables : Estienne BAZAILLE est choisi comme maire aux détriments de Christophe NAUDIN et Jean HAMEL  le jeune, celui-ci devenant échevin. Le nouveau maire reçoit pour adjoints de justice Estienne VALTOS et Demange ESTIENNE. Ces derniers étaient désormais chargés de faire respecter les coutumes de la communauté lorraine d’Arnaville et d’en défendre les intérêts tout en s’accommodant de l’occupation française.

 Nous étions alors en 1673. CHARLES IV, traqué par les Français, passe des Vosges en Allemagne. Le belliqueux duc meurt sous sa tente de campagne dans le Palatinat en 1675. Quant aux Arnavillois et autres Lorrains, ils devront subir l’occupation française jusqu’en 1697. En 1701, les Français sont de retour mais cette fois pour peu de temps. Le 21 janvier 1718, le traité de Paris fixe les frontières entre la Lorraine et la France. Finalement Arnaville reste possession du duc de Lorraine alors que VIillecey-sur-Mad est abandonné au roi de France tout comme les villes de Sarrelouis, Phalsbourg, Sarrebourg, Longwy etc... Il faudra attendre 1766 et la mort de STANISLAS pour devenir alors Français.

Sources

  • Archives départementales de Meurthe et Moselle B 856 / N34
  • Les ducs de Lorraine de C.B.Noisy
  • Encyclopédie illustrée de la Lorraine - Guy Cabourdin
  • La Lorraine meurtrie de Stéphane Gaber
  • Pont-à-Mousson et ses environs de Napoléon Henry

Raide comme la justice d'Arnaville

Tiré de "Au pays des Cocolinjos et des Colindindins" Histoires lorraines de Gabriel Gobron (1928)

La Justice d'Arnaville :

Le juge Palon, tout bedonnant, était à joc sur énorme foudre, parmi les fûts et les futailles entassés dans la cuverie. Les gens se pressaient dans l'antre de la Justice d'Arnaville, de cette justice que la tradition a immortalisée autant que l'Oracle de la Dive Bouteille. Mince et long, comme l'aiguille à tricoter des mères-patois, nez de-belette, l'huissier Versard mettait en perce les tonneaux que les contestants avaient

Dans le brouhaha des paysans et des paysannes émoustillés par la perspective d'un beau plaidoyer, à propos de la vache à Fiancette, s'avança M° Lantortillet, qui, de sa voix de fausset, lança :

-Monsieur le Juge, compères et commères, vous tous mes frères en Bacchus, et vous, Dieu du Vin, et vous, Trinité trois fois sainte de Cruche, Bouteille et Pinte, vous tous qui avez l'ouïe pour ouïr, voyez ce que Lantortillet vous dit, et vous va dire... Nicolas Grosgogeat et Isidore Fiancette, comme vous savez, étaient mariés aux sœurs Binochet : Le Nicolas avec la Thérèse, l'Isidore avec la Scholastique. Ils habitaient porte à porte, maison contre maison, cœur à cœur. La paix et le bonheur logeaient en leurs logis. Mais paix et bonheur sont choses moult fragiles en ce monde terrestre, si fragiles même que le marteau des vicissitudes et des turpitudes de l'existence les brise souventes fois en éclats, grenaille, et poudre, et poussière... Or, le bonheur, dis-je, étant chose inconstante de par le destin du monde...

Avocat, fermez un instant votre gargamelle ! cria Palon. Versard, donnez-nous un peu de justice ! A boire ! A boire !

A cet appel, l'huissier des audiences, agile comme le furet de Benoît mon oncle, remplit les «crécottes » (cruches) de vin bouillonnant et rouge comme sang de taures et de taureaux, et fit passer la vaisselle au magistrat, à Lantortillet, aux plaideurs, aux notables et marguilliers de la paroisse, aux compères et commères qui gouaillaient à toutes les assises de la Justice d'Arnaville. Et aussitôt les crécottes de sangloter, et les gosiers de glouglouter. Et comme d'un coassement de pères crapauds et de mères crapaudes, de crapaudins et de crapaudines, de crapoussins et de crapoussines, la crapaudière de têtards et de téteurs résonna de sentences magistrales :

« Buvons sec ! Le vin réjouit le cœur de l'homme ! Dans le vin se débride la vérité ! Vivons et buvons bien ! Nous mourrons fin gras»

A quoi Palon, au nez trognonnant, tout en se pourléchant les babouines, ne cessait de dire et redire «Tétons le jus de la treille ! Suçons le sang des vignes !Biberonnons le petit lait du curé de Meudon ! Cognons sur la panse des tonneaux, qu'ils suent leur dernier gouttis de petit-gris ! Grand bien vous fasse, comme à moi-même, dont le nez bourgeonne tel un printemps d'arbres ! Plutôt une vie sans garces et sans catins qu'un seul petit jour sans vin ! Sans le cordial vin gris, nous serions tous ennemis ! »

Mais déjà M' Lantortillet reprenait son docte discours :

- Or, le bonheur, vous disais-je, le bonheur au su de tous et de toutes, étant chose inconstante, c'est-à dire qui n'est pas toujours constante, le bonheur étant, dis-je, chose inconstante, de par les desseins mystérieux qui président à la liquidation de nos vies...

- Liquidons ! interrompit Palon... Pour l'amour de Lantortillet et du dieu Bacchus, Versard, faites donner les liquides ! Que les tonneaux baissent d'une main, et que nos vessies soient rondes à crever !

 Des rasades succédèrent aux rasades.

- Or, reprit Lantortillet, le bonheur de Nicolas Grosgogeat et de Thérèse Binochet n'avait d'égal que le bonheur d'Isidore Fiancette et de Scholastique Binochet, quand survint le diabolique animal,... l'animal d'Isidore Fiancette... C'est l'animal que je veux dire, et non l'Isidore... J'ai nommé sa vache... Ce n'est pas la femme que je veux dire, Dieu m'en garde ! mais sa vache... J'ai nommé la vache, l'animal aux cornes... Ce n'est pas l'Isidore que je veux dire... La vache enfin, la vache tout court, la vache, puisqu'il me faut l'appeler par son nom... la vache que vous avez vue sans doute paître sans vacher dans leurs clos voisins, et qui était friande de choux...

- Comme il parle bien ! L'est moult savant, allez ! fit Cabossel le chantre.

-C'est tout de même une belle chose que de tant parler pour ne rien dire !exclama Coladiau le paisselier.

- Quelle crécerelle ajouta Babet le bribeur.

Tous les gens du pays étaient éberlués par les grands gestes et la voix aigrelette de l'avocat qui se démenait comme un vif diable.

Justice ! réclama Palon rubicond. A boire ! A boire ! In vino veritas...

Tous les fesse-pintes de l'assemblée assaillirent les tonneaux, et à pleins brocs, à pleines crécottes, à pleines gamelles, burent à tire-larigot, comme font les chevaux quand ils s'abreuvent à l'abreuvoir de la commune. Le bon Palon, tout écarlate, faisait claquer sa langue épaisse après chaque goulée qu'il engloutissait. Le monstre s'y entendait à piper et humer le vin !

Or, Mesdames et Messieurs, vociférait Lantortillet, impuissant à dominer la foule jasante, car le bruit appelle le bruit, et au contraire du dicton, c'étaient les tonneaux pleins qui faisaient ici le plus de bruit... Or, Mesdames et Messieurs... Noë, au témoignage d'Aristatoquès et de Chrysocalus, aurait un instant hésité à abriter dans l'Arche Sainte l'Animal que j'ai nommé... Mais le déluge menaçait, et les eaux tombaient... les eaux montaient... les eaux débordaient...

- Faites couler le vin en nos ventres ! réclama PaIon en brandissant le poing vers Versard... Avocat, laissez le déluge et vos eaux !... Le seigneur de Prény ne tétait que du vin gris... A boire ! Par pitié !

Aussitôt dit, aussitôt fait. On trinqua, On but. L"assemblée devenait bavarde et houleuse. Versard dut frapper du bâton sur un tonneau vide, qui gronda comme un pêt de tonnerre dans les fonds des bois d'Arnaville. Le calme se rétablit un court instant. Les commères reprirent leur droit éternel.

Sur l'invite de Palon, M° Lantortillet avait cédé le pas à Fiancette, qui voulut lui-même plaider sa cause. Le paysan à tête ronde, à bouche refendue jusqu'aux oreilles, retira son feutre râpé, et bégaya :

- Faites excuse, Monsieur le Curé !...

Des éclats de rire fusèrent de toutes parts. Il est vrai de dire que Palon s'affublait d'une soutane noire et d'une « bavette » blanche toutes pareilles à celles de M. le curé d'Arnaville. Et jamais Fiancette, foi de chrétien ! n'avait eu maille à partir avec la justice du lieu.

-Faites excuse, Monsieur le Juge... reprit Fiancette, tout décontenancé... Ma vache paissait... Ma femme me dit : « Zidore, la palissade est vermoulue... Elle va la renverser... alors Nicolas... Non, la vache...

- Qui ? demanda Palon... La vache ou la femme ?

- Nicolas, Monsieur le Curé !...

Nouveaux rires inextinguibles.

- Nicolas, M. le Juge... Nicolas voulait renverser ma femme.... Non ! non ! Je perds les esprits ! C'est Nicolas qui voulait renverser la palissade, M. le Curé... Heu ! M. le Juge, M. le Juge, dis-je... C'est-à dire que c'est la Vache...

- Le Nicolas, la vache, la femme, la palissade ! Palon y perd son jargon ! Versard, pour éclaircir nos esprits, soutirez le vin gris ! Versez, car le vin est bon, et la justice a soif ! Au creux bedon de Palon, le vin est bon !

-Or, que fit Grosgogeat ? demanda Isidore... Il creuse perfidement une trappe, et quand la rousse eut pour la deuxième fois renversé la palissade pour brouter aux verts choux de Grosgogeat, elle fut piquée au boyau par la faux fichée en terre, elle s'éventra... Pour la ramener au clos, il nous fallut un sac du boulanger pour contenir ses entrailles...

-Versard, versez ! tempêta le juge Palon tout rubicond... Pour l'amour de Bacchus et des fesse-pintes défunts, vivants, et à naître dans les siècles des siècles, saignez les tonneaux à blanc... Ces histoires de tripes ramassées obscurcissent notre raison, et nous font blêmir... A boire ! A boire !

Et crécottes, bouteilles et pintes heurtèrent crécottes, bouteilles et pintes. Déjà les filles Binochet étaient tombées, geignantes et larmoyantes, dans les bras l'une de l'autre, et repentantes, elles s'étaient plaqué sur leur gros museau rouge de gras et prolongés baisers. Elles se tenaient enlacées comme des maries-madeleines, et se baisaient, se baisotaient, se bichaient, se rebichaient, se léchaient et se pourléchaient leurs grands museaux de musaraignes.

Attendris par le sang généreux des vins du Rupt-de-Mad, tous les gens d'Arnaville, larme à l'œil, contemplaient la scène si touchante de la réconciliation. C'était la « touche » du divin Bacchus...

Miracle ! On vit l'Isidore Fiancette se diriger vers le Nicolas Grosgogeat, et les deux hommes, itou les deux femmes, se baisèrent, se baisotèrent, se bichèrent, se rebichèrent, se léchèrent et se pourléchèrent leurs groins malpropres de vieux verrats.

Le vin, à gros bouillons, gargouillait des tonneaux dans les cruches et les panses, et les langues tournaient plus vite que le moulin de Joson le meunier. De sa voix de rogomme, le juge Palon haranguait la foule :

- Biberonnons le petit lait du curé de Meudon ! Versard, versez à pleine verse tout ce que pourrez verser ! Car le vin est bon au creux bedon de Palon le juge rubicond ! Et jamais Palon tout rubicond n'eut au plus creux de son creux bedon si grande soif de vin si bon !

Le vin, dans les futailles, baissait, baissait. Les ventres se rondissaient. Les paysans rondouillards titubaient et chaviraient, la tête pleine de vertige. Ils s'écroulaient sur des commères allongées comme des cadavres. Un champ de bataille que l'antre de la Justice !

Versard, heurtant les morts, pirouettait dans le vide, et pour s'excuser, grognonnait :

- V'là la terre qui commence à tourner ! Tant pis ! Buvons jusqu'à extinction du feu qui nous cuit au ventre ! Suis-je tournis, moi ?

-Tais-toi, bavard ! lança le juge Palon, en lui tendant sa cruche vide... Au creux bedon de Palon, il faut force bouteillons de vin bon ! Jamais... Remplis ma crécotte, animal !... C'est toi que je veux dire, et non la vache d'Isidore... Jamais le vin n'a paru si bon au creux bedon du bon juge Palon ! L'imbécile ! Il me donne toujours la crécotte la plus petite !

Le magistrat tint alors ce langage, après qu'il eut vidé une pleine crécotte: « Après délibération, réflexion, recueillement, nous, Palon, Juge en ladite justice d'Arnaville qui a bonne fame et bon renom, après avoir ouï le plaidoyer de d'avocat Lantortillet,et plus bavard que nos crécottes d'Erndville - comme disent nos gens d'une part ; et ouï, d'autre part, Isidore Fiancette, qui nous parla des tribulations de sa femme. non ! de sa vache... c'est-à-dire de sa palissade... Au fond, toute cette affaire n'est que choux verts et verts choux, n'est ce pas, Grosgogeat ? ; ayant par ailleurs constaté l'effet merveilleux du vin sur l'humeur chagrine de nos esprits, quand il ruisselle et sanglote des cruches, bouteilles et pintes à nos bedons, bedaines et bedondaines ; et ayant encore éprouvé par le ministère de Versard, huissier de Bacchus, que le glougloutement du vin et le crachotement des tonneaux sont plus doux à l'oreille humaine que les extravagances de Lantortillet ; ayant par Bacchus, et sa Trinité Sainte, apaisé les esprits furieux des plaideurs et rabobliné leurs femmes ; condamnons tous ceux qui sont ici, présents, à vider à blanc la futaille qui serait encore de vin rougie... »

Les libations succédèrent aux libations. On fit bombance tout le soir. Et le sol fut bientôt jonché de cadavres, cependant que l'antre se remplissait d'une odeur écœurante de renard...

Les survivants de cette mémorable séance,qui fut la dernière de la Justice d'Arnaville, sortirent de la beuverie, tout drets comme des paisseaux fichés en vignes, à l'heure où les rues s'enténébraient. Et comme ils s'étaient un tantinet brouillés avec la physique terrestre et les lois les plus élémentaires de l'équilibre stable, ils se raidissaient pour marcher, dans un visible effort. Et Palon et Versard, par élans successifs, fendaient l'air en droite ligne, et progressaient par brusques étapes. Puis ils s'arrêtaient, l'oeil inquiet, se cramponnant à la terre de toute la plante des pieds qu'ils avaient longs et larges, et ils assistaient - ô vision d'Apocalypse - à la sarabande des maisons qui dansaient et tournoyaient autour d'eux. Parfois, ils piquaient du nez en terre, gueule ouverte, et à quatre pattes, comme des crapauds, tâchaient par secousses à se rabobliner avec la physique du monde. Et cette marche en ligne brisée, par zigzags, était si saccadée, si particulière, si comique, qu'il devint en Lorraine proverbial de dire : Marcher raide comme la Justice d'Arnaville...

Cette bonne justice d'Arnaville, vous l'avez compris, ne marchait raide que parce qu'elle était clémente et généreuse ! Avez-vous vu, je vous le demande, des gens de chez nous se bicher et se rebicher comme firent les Binochet dans le temps que Palon au creux bedon vidaient trois bouteillons ? Non ! Nos gens, autour d'un mort, se réconcilient parfois. Autour d'une bête crevée, jamais ! Jamais !Surtout quand la bête rousse avait, pendantes entre les cuisses, des mamelles si profondes et si gonflées que sous la pression des doigts il en sortait chaque jour un fleuve de lait...

Et bien ! des miracles comme ceux-là, la Justice d'Arnaville, je vous le dis, en fis des douzes et des cents ! Ah la bonne Justice ! Les plus assoiffés des grands gousiers du fabliau rabelaisien sont pâles comme des vesses de Carême auprès du juge Palon et de l'huissier Versard...

La centaine d'Arnaville

Source : Louis DAVILLÉ. Journal de la société d'archéologie lorraine (illustration source : Gallica)

Nous nous proposons aujourd'hui de rechercher comment ce village était administré du XIII° au XV° siècle environ. Cette étude peut jeter quelque jour sur la condition des habitants que nous ne pouvons connaître directement, faute de documents. 

Un acte de vente dont nous ne pouvons fixer exactement la date, mais qu'il faut certainement placer entre les années 1213 et 1220, nous apprend que, à cette époque, "la centaine d'Arnaville" allait passer des mains du comte Henri de Bar à l'abbaye de Gorze. Que signifie le mot de centena et en quoi consistait la centaine d'Arnaville ? C'est ce que nous allons successivement étudier.

Suivant Du Gange, le mot centaine a deux sens principaux, celui de circonscription territoriale et celui de seigneurie. Ces deux significations qui, suivant M. Guyot, dérivent l'une de l'autre, Lepage les a attribuées successivement à la centaine d'Arnaville. D'abord il avait cru reconnaître dans le pagus Scarponensis l'indication des "centaines d'Arnaville, Norroy, Pagny et Pont-à-Mousson, mentionnés seulement au XIV° et au XV° siècles, mais dont l'origine est plus ancienne". Pour Arnaville il se trompait au moins de date ; de plus, il parait douteux que, même au XIII° siècle, on eût conservé les anciennes divisions des pagi. Il resterait, d'ailleurs, à prouver comment, dans le pagus Scarponensis il eût pu exister des circonscriptions territoriales assez restreintes pour avoir leur centre dans des villages aussi rapprochés d'Arnaville, que Vandelainville à l'ouest, Pagny-sur-Moselle au sud, Dornot au nord, localités dont les centaines sont mentionnées aux  XIV° et XV° siècles. Plus tard, dans l'énumération qu'il a donnée des centaines du département de la Meurthe, Lepage a considéré la centaine d'Arnaville comme « une seigneurie qui a sa charte particulière» ; mais, s'il se rapproche ici de la vérité, sa définition est incomplète et inexacte.

 La lecture du document cité plus haut permet de préciser pour Arnaville le second sens du mot centaine. Le comte de Bar, en vendant à la fois celles d'Arnaville et de Rezonville à l'abbaye de Gorze, emploie les termes suivants : « Ego dictas vendiciones factas dicte eccle[sie] et quidquid feodi et dominii habebam in dictis centenis de Ernaldivilla et Resonvilla. » Ainsi la centaine d'Arnaville comportait des droits féodaux et seigneuriaux, la possession de vassaux et la propriété éminente de la terre. Elle donnait à la fois, à son possesseur, des revenus en argent et la souveraineté du territoire, au moins en partie. Cette souveraineté comprenait sans doute, à ce moment comme plus tard, l'administration du village par une mairie et en particulier les droits de haute justice sur les habitants.

Au moment où nous est mentionnée la centaine d'Arnaville, elle a passé par bien des mains. Nous n'en connaissons pas les premiers possesseurs, mais il y a lieu de supposer que ce furent les ducs de Lorraine. De là, elle passa sans doute aux comtes de Bar : Henri de Bar, qui rendait hommage au duc Mathieu II pour la centaine d'Arnaville, l'avait cédée au sire Gautier de Manonville, qui la céda lui-même au sire Simon de Rozerieulles. Ce dernier la vendit à son tour à l'abbaye de Gorze avec l'approbation des précédents détenteurs ; le comte de Bar et le duc de Lorraine ratifièrent cette vente en juillet el. décembre 1233. Dès lors, la centaine fut certainement indépendante de la Lorraine et du Barrois, et l'abbé de Gorze en exerça seul la souveraineté.

Les droits de l'abbé de Gorze

Souveraine d'Arnaville, l'abbaye de Gorze y recevait de nouveaux dons, tandis que d'autres maisons pieuses s'établissaient ou se constituaient sur le territoire. En 1225, Henri, seigneur d'Aix, voué de Conflans, donnait à l'abbaye de Gorze tout ce qu'il possédait du chef de sa femme. En 1227, Jacques, sire de Cons, vendit à l'abbaye d'Orval, dans les Ardennes, des prés situés à Arnaville au bord de la Moselle. Plus tard, le fils de Jacques, Jean de Termes, sire de Cons, et Poince, sa femme, donneront en aumône à Gorze "les hom[mes] et les fem[mes]" qu'ils avaient à Arnaville  "en tous prous et us comme ils les avaient tenus d'acquest", sauf réserve d'une famille de vilains et avec le consentement du duc Mathieu II (1247). De même l'abbaye de Sainte-Marie-aux-Bois recevait du clerc Josserans, originaire d'Arnaville, une rente annuelle de dix muids de vin (1271). Dix ans après, comme nous allons le voir, un sire de Bassompierre relevait de Gorze pour deux vignes.

Les ducs de Lorraine n'avaient sans doute des terres que sur le ban Saint-Pierre ; dans le village, ils possédaient quelques vilains. En 1281, Orry, sire de Bassompierre,  reconnaît tenir de Ferry 111 « en fief et hommage » tout ce qu'il possédait à Arnaville, « fors deux journaux de vigne que meuvent du ban qu'on dit Saint-Gorgonne » et, comme vassal du duc, lui devoir quelques semaines de garde au chàteau de Prény. Le seul document daté que nous connaissions sur Arnaville au XIV° siècle nous apprend que le duc Raoul, endetté, vendit à un messein, Nicolas Baudoche, les « conduits » ou ménages qu'il possédait à Arnaville et dans toute la vallée du Rupt de Mad (1347), Le duc conservait la faculté de rachat. Ces familles furent-elles rachetées plus tard ? D'autres s'établirent-elles à leur place? Nous ne le savons point. Toujours est-il qu'au XV° siècle, dans les documents qui se rapportent au ban Saint-Pierre, il se trouve toujours à Arnaville des habitants « lorrains » ; il est vrai que leur nombre est infime en comparaison des autres, dits « gorzains ».L'abbé de Gorze et le duc de Lorraine étaient, en effet, les deux principaux seigneurs d'Arnaville. Aucun document, à notre connaissance, n'a trait à l'abbaye de Saint ­Vanne, du XII° au XV° siècle. Non seulement ses biens ne durent pas augmenter, mais il semble que l'abbaye ait été en que que sorte soumise au duc de Lorraine ; du moins, les habitants qui pouvaient relever de Saint-Vanne seront-ils compris plus tard parmi les Lorrains. Quant aux ducs, il semble certain que, parmi les droits féodaux qu'ils avaient gardés depuis la vente de la centaine sur leurs propres sujets d'Arnaville, était compris le service militaire. Sans doute, le sire de Bassompierre et ceux qui, après lui, furent vassaux des ducs pour leurs terres d'Arnaville n'étaient pas seuls à monter la garde au chàteau de Prény. Il est vraisemblable qu'ils en chargèrent leurs sujets qui servaient en général comme soldats lorrains. Du moins, dans la première partie du XV° siècle, si l'abbé de Gorze avait encore à Arnaville la souveraineté et la haute­justice, le duc de Lorraine y possédait, « à cause de Prény, la retenue de ses hommes ». 

Les droits de l'abbé de Gorze nous sont énumérés dans un document fort important, mais non daté, intitulé« Drois de la ville Darnaville et du ban que monseigreur l'abbe y a cause de la centenne lesquels se rapportent par la justice de lad[ite] centenne ». La plus ancienne rédaction que nous en connaissons fait partie du cartulaire de l'abbaye de Gorze conservé à la bibliothèque du Grand Séminaire de Nancy; elle en occupe les folios LXXII et LXXIII ; malheureusement , les trois feuillets suivants manquent à ce manuscrit. La pièce est incomplète ; il en est de même de la copie contenue dans le second cartulaire de Gorze de la Bibliothèque de Metz. Cependant, les archives du département de la Moselle possèdent une rédaction un peu différente, plus longue sinon complète, des drois Darnaville. Ce texte, M. Sauer a cru pouvoir le dater de 1560; mais ce millésime devrait être de beaucoup diminué, même s'il s'agissait d'une dernière rédaction. La pièce du manuscrit de Nancy dont la date est la plus récente porte, en effet, le millésime de 1362; l'écriture de ce manuscrit est du XV° siècle : on peut donc supposer que notre document a été rédigé vers la seconde moitié du XIV° siècle et qu'il date de 1350. L'ancienneté du style et l'emploi de certains mots comme ville et hôtel pour village et maison correspondent d'ailleurs à cette époque. Cependant, croyons-nous, nous ne possédons là qu'une rédaction assez tardive de droits qui étaient depuis longtemps reconnus à l'abbé de Gorze. Cette hypothèse est encore fortifiée à nos yeux: quand on y relève des expressions comme « il est d'ancienneté (§ III et VII) », « il est de coustume en ladite ville (1II) », « telle coutume dans ladicte centenne (V) », indiquant qu'il s'agit de faits ou de droits établis ou reconnus depuis longtemps, certainement dès le début du XIV° siècle, peut être vers la seconde moitié du XIII°.Ainsi ce document peut servir à relier la centaine d'Arnaville telle que nous la connais­sons au xiv` siècle à celle qui nous est mentionnée au début du XIII° C'est ce que nous allons essayer d'établir en analysant ce document.

D'abord, le titre de cette pièce nous parait fort ancien. Il contient les deux mots de « ban » et de « centaine » qui, sous leur forme latine, se trouvent si souvent réunis dans l'expression « cum banno et centena». Si l'on en croit Du Cange, le mot bannum centena, tout en s'appliquant plus particulièrement à la justice et peut-être à la haute justice. Le titre de notre document permet, croyons-nous, de préciser. Il semble , en effet, que le ban ait pour origine la centaine et que le mot bannum désignât les droits de souverain, conséquence de cette souveraineté même centena. Nous voyons encore par ce titre que les droits de l'abbé sont exercés par la justice de la centaine. Ainsi notre document n'est ni une charte de franchise, comme pourraient le faire croire les mots Droits d'Arnaville, ni, comme l'a dit Lepage, qui l'a cependant analysé à plusieurs reprises, la « charte particulière » d'une « seigneurie ». C'est l’énumération, faite sans ordre, des droits que l'abbé de Gorze possédait à Arnaville à la fois comme souverain et comme seigneur particulier.

Comme souverain d'Arnaville, l'abbé de Gorze avait un droit de police et de surveillance générale dans le village comme sur le territoire; il rendait la justice ordinaire aux plaids annaux, mais son attribution principale était la haute justice. Outre les droits domaniaux que lui valait la centaine, il possédait encore, comme seigneur du ban Saint-Gorgon, des droits particuliers

L'administration d'Arnaville

L'administration générale d'Arnaville était confiée à un maire. (Le maire était assisté d'un doyen, qu'il chargeait des notifications quand il en était empêché) et à six échevins, sorte de municipalité que l'on appelait communément,à cause de ses attributions principales, « la justice de la centaine ». Les magistrats qui la composaient étaient nommés directement par l'abbé de Gorze qui, sur les six échevins, devait choisir, s'il était possible, deux lorrains, « lesquelz » y avaient été « establis anciennement pour ce qu'on ne foulist point les hommes de monseigneur de Lorraine». Ceci nous ramène évidemment à la première moitié du XIII° siècle. La nationalité de ces magistrats n'avait, d'ailleurs, aucun rapport avec leurs fonctions : il suffisait du témoignage, de deux échevins, quels qu'ils fussent, pour déférer un prévenu, gorzain ou lorrain, à la justice de la centaine  Maire et échevins devaient «prester serment en la main de l'abbé de Gorze ou de ses gens» de garder partout les droits de l'abbé et des habitants d'Arnaville et de rapporter fidèlement au premier toutes les amendes qu'ils percevraient. S'ils manquaient à leur serment, l'abbé pouvait les «priver de leurs offices » et les « corriger selon leur meffait». Représentant l'abbé de Gorze en tout, sauf lors de la tenue des plaids, les juges de la centaine avaient de nombreuses attributions qui devaient leur prendre une grande partie de leur temps. Aussi devaient-ils recevoir des indemnités assez considérable ; mais c'est à peine si notre document en fait mention à propos du maire. Il est probable que les échevins étaient payés soit en nature, soit avec une partie des amendes qu'ils percevaient ; peut-être l'étaient-ils de l'une et de l'autre manière à la fois.

La justice de la centaine

La justice de la centaine faisait la police du village et de son territoire. Au dedans, elle garantissait la propriété Lorsqu'un habitant d'Arnaville se croyait victime d'un vol, il en avertissait le maire. Celui-ci, suivi de ses éche­vins, avait le droit d'aller fouiller toutes les maisons du village ; si l'objet était retrouvé, les magistrats emmenaient avec eux le voleur présumé pour le juger. Ils avaient aussi la police et la surveillance de. la voirie. Les injures et les coups qui s'échangeaient sur les routes et les chemins ressortissaient à leur tribunal. La grand route qui traversait Arnaville devait avoir 24 pieds de large dans le village comme à travers le territoire; les chemins traversant les champs, les prés, les bois et les vignes ou aboutissant au village devaient en mesurer la moitié. A chaque plaid, maire et échevins devaient parcourir les rues et les routes, frappant d'amende ceux qui les avaient encombrées.

Les plaids annaux

C'était une véritable cour de justice que ces plaids annaux  tenus par l'abbé à trois reprises : à la mi-mai, le jour de la Saint Remi en octobre, et vers le milieu du mois de janvier. Ces dates étaient fixes; mais l'abbé pouvait les avancer ou les retarder à son gré, à condition de le faire annoncer deux jours d'avance . Le jour venu, tous les chefs de famille devaient, sous peine d'amende, se présenter devant l'abbé ou ses commettants pour se plaindre les uns des autres, à propos des dettes, des médisances, des injures ou des coups de force dont ils avaient eu à souffrir. Le demandeur et le défendeur devaient, sous peine d'amende, répondre promptement des faits incriminés. Tout jugement de ce genre était sans appel. La justice de la centaine qui, ces jours-là, visitait routes et chemins, ne faisait pas partie de ce tribunal ; mais, à chaque plaid, l'abbé de Gorze devait nourrir à ses frais ceux qui le composaient.

La « hauteur » ou haute justice relevait aussi de l'abbé de Gorze, qui avait une prison à Arnaville. Les attributs de cette justice étaient les fourches patibu­laires, qu'on appelait « les fourches d'Arnaville ». La haute justice s'exerçait «pour fait de crime qui recquiert exécution de corps». Sorti de prison, le prévenu était interrogé par le maire et les échevins. S'il était reconnu coupable et condamné à mort, on le conduisait aux four­ches contre lesquelles était dressée une échelle. Au mo­ment où le malheureux en gravissait les échelons, l'abbé de Gorze pouvait suspendre la peine édictée et gracier le coupable en lui imposant un pèlerinage «grant ou petit, ainsi com[me] il lui plaist». L'exécution était aux frais de l'abbé, qui recueillait ce que possédait le malfaiteur; toutefois, il est probable qu'il usait assez fréquemment de son droit de grâce. La haute justice de l'abbé s'étendait encore, au-delà du territoire d'Arnaville, sur celui de Novéant. Comme l'abbé n'avait point la centaine de ce dernier lieu, il se servait parfois de la justice et même des habitants d'Arnaville pour juger et arrêter les coupable pris sur le territoire de Novéant ; mais il semble bien que l'exécution ait eu lieu sur ce même territoire (?).

Meuniers et boulangers

Ces autres droits de l'abbé de Gorze comprenaient. d'abord certaines banalités. Le moulin-haut propriété de l'abbaye, était banal. Pendant les six premiers mois de l'année, de Noël là la Saint-Jean (Mi juin). le prix de la mouture était de un demi setier par panier, le reste de l'année de moitié; moyennant cette rétribution. le meunier était à la disposition des particuliers. Non seulement il devait parcourir le village trois fois la semaine en criant : « Qui veut moudre ? 

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»  et amener au moulin le blé des habitants, mais il lui fallait avoir perpétuellement chez lui une bête à leur disposition. Chacun pouvait aller prendre l'animal au moulin pour y conduire son blé on en ramener la farine, à condition de reconduire l'animal au moulin ; en donnant un peu plus de farine au meunier, on pouvait se dispenser de ramener la bête : il suffisait de la tourner du coté du moulin et de la frapper sur la queue.

Tout ce qui touchait à la farine et au pain était sévèrement contrôlé par la justice de la centaine. On ne devait se servir à Arnaville d'autre mesure que de celle de l'abbé. Cette mesure ou franchart, contenant un certain nombre de paniers, devait être vérifiée par le maire et les échevins. Seul le meunier la devait posséder. Le maire, qui en avait l'étalon, pouvait le prêter aux habitants à condition qu'ils le lui rendissent le même jour. Meunier et boulanger étaient surveillés de près. Trois fois la semaine, les échevins devaient faire une descente au moulin pour en examiner les farines; ils venaient de même s'assurer de la qualité du pain qui était vendu aux particuliers : s'ils le trouvaient mauvais, ils le découpaient pour le donner aux pauvres et, en cas de récidive, ils avaient le droit d'en interdire la vente. Rien n'indique qu'il ait existé un four, non plus qu'un pressoir banal aux mains de l'abbé. Il en était cependant un peu du vin comme du blé : les vignerons, eux aussi, devaient faire vérifier leurs mesures par la justice de la centaine, moyennant un demi setier de vin pour chacune. Si l'abbé de Gorze ne parait pas avoir eu de pressoir banal, il possédait à Arnaville le rouage, droit qui portait sur la voiture de to

ut acheteur de vin étranger au village. Il avait encore le droit de pêche dans la Moselle, depuis l'embouchure du Rupt-de-Mad jusqu'au dessous de Novéant.

Tels étaient les droits que donnait à l'abbé de Gorze la souveraineté d'Arnaville. Au dessous de la « justice de la centaine »et indépendamment d'elle, il existait « trois cours » particulières de justice, toutes trois comprenant, comme celle de la centaine, un maire et six échevins. Chacune correspondait à l'un des trois bans, Saint-Gorgon, Saint-Vanne et Saint-Pierre; elles s'occupaient de leurs pro­priétés respectives et, par suite, des conflits qui éclataient au sujet de chacun de ces territoires. C'était, par conséquent, des justices foncières. Voilà tout ce que notre document nous apprend sur leur compétence. Quant à leur origine, elle était au moins aussi ancienne due la centaine. La principale de ces cours était nécessairement celle de l'abbaye de Gorze : seule la justice de Saint-Gorgon nous est connue par différents documents du XV° siècle ; encore ignorons-nous comment elle fonctionnait. De Saint-Vanne, nous ne savons rien, et quand, à la fin même du siècle, le ban Saint-Pierre est indiqué dans les documents, il relève de la prévôté de Prény.

Ainsi, l'administration d'Arnaville, du XIII° au XV° siècle environ, comportait deux degrés. Au dessus, il existait une cour supérieure de justice, dont la compétence s'éten­dait des simples délits aux plus grands crimes ; au des­ous, des tribunaux ordinaires, correspondant aux différentes seigneuries, s'occupaient des affaires particulières de chacune d'elles. Dans cette répartition, il n'existait nulle unité : les différentes cours empiétaient évidemment l'une sur l'autre, multipliant les conflits.

La première organisation, qui nous est assez bien connue, nous donne quelques renseignements sur certaines rede­vances des habitants ; pour la seconde, nous ne savons rien touchant les droits particuliers des différents seigneurs. Quant à la condition des habitants, elle n'apparaît même pas dans les différents documents que nous possédons : le mot d' « hommes » et de « vilains » employé en 1247 ne nous apprend rien ; seul, celui de « prudhommes » qu'on trouve dans les Drois Darnaville peut faire supposer que, au moment où le document a été rédigé, il n'y avait plus guère de serfs à Arnaville : peut-être n'y en avait-il plus du tout. A défaut de renseignements sur l'affranchis­sement successif des habitants, il serait intéressant de savoir comment ils acquéraient leur nationalité et deve­naient gorzains ou lorrains. Nous n'avons là-dessus que des témoignages bien postérieurs ; toutefois il est permis de supposer que la coutume existait depuis longtemps. Différents documents du XVII° siècle (?) rappellent que, dans la terre de Gorze, « le fruit suit le ventre» c'est-à-dire que l'enfant acquérait la condition de sa mère ou, en cas de contestation, de sa grand'mère maternelle ; les étrangers avaient un an et un jour pour choisir le seigneur qui leur convenait. La première de ces deux règles, rédi­gée au XVI° siècle avec celles de Gorze, devait être ancienne ; quant à la seconde, il est impossible d'en fixer la date, mais il est vraisemblable qu'elle fut le résultat d'une transaction entre l'abbé de Gorze et les ducs de Lorraine : on peut également croire à son ancienneté.

Vignes et vignoble à Arnaville

Le vignoble :

"Un cartulaire daté de 1157 faisait déjà mention de la qualité du vin de Thiaucourt et de son commerce dans tout le pays et à l'étranger."

Ed. Bécus, agronome, dans son ouvrage : Le canton de Thiaucourt, Histoire, situation agricole de 1892 évoque la culture de la vigne :

"Le Territoire de Thiaucourt est de formation jurassique, son sol fertile en vins renommés occupe le second rang dans les vignobles du Toulois, non pas que les vins soient d'une qualité inférieure à ceux des côtes de Toul mais en raison de l'importance de la superficie et de la quantité de vin récoltée."

"Le vin de Thiaucourt possède une supériorité incontestable qu'il doit à son sol, à son exposition, à son cépage et bien plus encore à la façon savante et intelligente employée pour la fabrication de ses vins, beaucoup plus estimés que ceux des côtes du Toulois, leur réputation est fondée sur des qualités de finesse, de chaleur et de bouquet très prononcé, qui lui permettent dans les années de bonnes récoltes, de raisins parfaitement murs, la comparaison sans différence bien sensible avec les vins de Bourgogne ou de Beaujolais."

Les vignes, à l'extrémité du canton sur le cours du Rupt de Mad inférieur forment une troisième catégorie (après les côtes de Toul et Thiaucourt), elles occupent une superficie de 250 hectares environ dans les

C'est à Thiaucourt, Bouillonville, Euzevin que l'on rencontre les vignes les plus soignées, travaillées avec aptitude et une surveillance incessante ; il faut dire aussi que ces vignes sont dans les conditions les plus favorables sur des coteaux fortement inclinés à l'exposition au sud, ou sud-ouest, dans une terre douce et friable."

"Tous les habitants cultivent la vigne à peu près mais les gros propriétaires de vignobles dont les vins ont une renommée, une réputation de bonne qualité sont MM. Jules Stef, Louis Rollet, Maurice Frères, Poulet, Forel, Marquis, Mangin soeurs, Maxazerelle, Brandseaux, Heymonet ; on est assuré de trouver dans ces maisons, des vins vieux de bonnes années exempt de tous mélanges avec les vins du midi".

Dans son ouvrage : Département de la Meurthe, dictionnaire historique et statistique, écrit vers 1830, E. Grosse confirme la bonne réputation de ces vins.

Dans sa notice sur Arnaville, il précise qu'il y a 150 hectares de vignes," dont les produits sont très estimés et méritent leur réputation. Les vins d'Arnaville peuvent compter parmi les meilleurs du département".

Dans la notice de Thiaucourt, on trouve  : "Le principal commerce de cette bourgade consiste en vins, dont il se fait un débit prodigieux. Ce vin est sans contredit le meilleur du département : il est généreux, délicat et fort agréable; le vin blanc imite parfaitement le Champagne et devient mousseux comme lui après légère préparation ; mais il faut s'adresser à des maisons sûres, autrement on s'exposerait à recevoir quelques-uns des produits des vignobles voisins, dont la qualité est très inférieure. Thiaucourt exporte ses vins à des distances considérables ; ils sont très recherchés, mais on leur reproche ordinairement de fréquentes maladies, et quelquefois une détérioration absolue, même après un voyage de courte durée : ces transformations dépendent de milles causes occasionnelles qu'il serait trop long d'énumérer."

Bonnes et mauvaises années

1813 : année de la comète fut aussi une année de vendange abondante et de très grande qualité dont on se souviendra pendant des décennies.

Les gelées tardives de printemps de 1789, 1800, 1817, 1854 entraîneront de très mauvaises récoltes.

Registres de délibérations des conseils municipaux

1er septembre 1742 : la visite des vignes

Ce jourd'hui premier septembre mil sept cent quatre vingt douze, nous maire et officiers municipaux étant assemblés au sujet de faire la visite des vignes de ce lieu, et des hayes pour voir si elles étaient bouchées suivant qu'il a été annoncé hier au son du tambour partout le village et accompagnés de trois bangardes, nous avons commencé par les Bausés et Sur les Prés et la Regnière. Et de suite nous avons parcouru tous les cantons et nous avons trouvé les personnes qui suivent ; à savoir : Jean-Louis François, au Bauzê : un trou, Jean Lhuillier et Barthelemy Lombard au même canton, pour le sentier qui est entre eux deux non fermé ; Nicolas Houillon Sur les Prés : mal clos ; Pierre Lemoine à la Regnière : une brèche. .....

Et de retour nous avons dressé le présent procès-verbal pour être jugé suivant les lois, et de suite nous avons envoyé les bangardes et notre sergent chez les personnes qui ont des portes sur les vignes pour leur demander leur clefs. Jean-Louis Naudin a donné sa clef, Jean Etienne l'aîné, Christophe Etienne le jeune, François Antoine le jeune et Jean-Nicolas Verseur ; Dominique Verseur et la Veuve Mahaut a refusé sa clef et Georges Rolin. Les autres qui ont des portes et qui n'ont point de serrure ont invité les bangardes à les cacheter. Et de suite avons défendu à tout propriétaire d'aller en vigne avant dix jours, et après ce temps, il leur sera accordé un temps pour aller chercher les fèves en vigne, en demandant la permission aux bangardes, et entrant par le même endroit que les bangardes leur indiqueront et en sortiront par le même, après être fouillé, et de suite avons signé après lecture faite, Barthelemy Lombard a ..... Boucher avant midy, le même jour.

5 octobre 1792 : estimation de la date des vendanges

Ce jourd'hui cinq octobre mil sept cent quatre vingt douze, nous, maire et officiers municipaux, réunis à la maison ordinaire, sur invitation du procureur de la commune, il aurait été dit que le vœu de la plus forte partie des habitants serait de vendanger le plus tôt possible. En conséquence, nous avons auparavant nommés et choisis pour experts les personnes de Jean Etienne l'aîné, Jean-André Antoine, Dominique Hamel, Jean Lhuillier, François Antoine l'aîné pour faire la visite des fruits raisin. Savoir quand on pourra les vendanger en leur maturité ; lesquels dits experts présents ont volontairement accepté la commission et prêté serment par devant nous à cet effet et promis d'aller tout de suite dans la visite des vignes, pour qu'après leur visite faite, en faire leur rapport en leur âme et conscience par devant nous. De tout quoi a été dressé le dit jour et ont signé avec nous. S'étant rendus sur le terrain, les experts "après avoir examiné la maturité des raisins ont, d'une voix unanime, fixé l'ouverture des vendanges à jeudi prochain, onze octobre, se réservant d'avancer ou de retarder en cas d'imprévu".

10 octobre 1792 : les vendanges sont reculées

 Ce jourd'hui dix octobre mil sept cent quatre vingt douze, nous, maire et officiers municipaux soussignés, réunis à la maison commune et dans leur poste, il a été dit et représenté par le procureur de la commune qu'en conséquence des ordres militaires adressés au capitaine commandant les gardes nationaux de ce lieu, pour partir à la défense de la Patrie, nous aurions fixé l'ouverture des vendanges à demain, et eu égard à leur absence et au mauvais temps de pluie, nous avons reculé la dite ouverture sans en fixer le jour de l'ouverture, et que le ban ne sera ouvert que sur la représentation de tous les habitants lors de leur retour. Et en conséquence, vu l'absence des bangardes, nous avons choisi et nommé les personnes d'Antoine Etienne l'aîné, Jean-Michel Guichelet, Nicolas Camen, François Antoine l'aîné, Antoine Boudas l'aîné, Etienne Naudin, Claude Dillon, pour faire la garde des vignes en l'absence des dits bangardes, que les sus-dits prêteront serment, et ont signé avec nous après lecture faite.

14 octobre 1792 : Vendanges sauvages

Ce jourd'hui quatorze octobre mil sept cent quatre vingt douze, est comparu au greffe de la municipalité d'Arnaville César Jentel et Jean Toussaint tous deux citoyens du dit lieu, a l'effet de déclarer la visite faite à la réquisition de François Rolin citoyen du dit lieu au sujet d'une vigne qu'on lui a vendangée lieu dit au Champ Martin,  lesquels y étant avons reconnu que la dite vigne était vendangée en partie, et qu il y avait pour deux mées de vendangé et il y avait pour deux paniers de raisins coupés et déposé par terre, et que la vigne d'à côté était vendangée en même temps, et avons reconnu les crampons aussi secs l'uns que l'autre, laquelle visite nous l'affirmons véritable et sincère, en présence du Maire qui a reçu notre serment et a signé avec nous, après lecture faite.

1792 : désignation des bangardes

De tels faits se reproduisaient périodiquement malgré la présence de plusieurs "bangardes" chargés de la surveillance du ban. Pour les vendanges de 1792 avaient été choisis et assermentés : François FRANCOIS, Antoine COLLIGNON, Jean-François ANTOINE, Hubert PICHON, Antoine PICHON, Hubert HOUILLON, Christophe ROLLIN, et Christophe ETIENNE le jeune.

6 octobre 1792 : ordonnance municipale contre la grappille

Ce jourd'hui six octobre mil sept cent quatre vingt douze, nous maire et officiers municipaux et notables composant le conseil de la commune, réunis à la maison commune sur l'invitation du procureur de la commune. II aurait été dit et représenté par ce dernier que le vœu général de la commune était de supprimer un abus qui se commet tous les ans pendant le temps des vendanges, et après pendant le dit temps des vendanges, en traversant des cantons entiers avec des bandes de vendangeurs dont il est urgent de supprimer, et parés les dites vendanges par les grappilleurs qui cassent et qui brisent tout ; et arrachent même des ceps en s'enfuyant sous les ceps. Que dans cette année, les terres étant très mouvantes par les pluies qui tombent journellement et par la croissance de la vigne, dans les ??? se tiennent ensemble, dont il impossible d'être dans les dites vignes surtout par des étrangers sans y faire grand dommage. Surtout quoi, ouï le dit procureur de la commune et sur des réquisitions et en conséquence des rapports des experts du jour d'hier, nous avons arrêté que l'ouverture, des vendanges se fera jeudi prochain du matin, au son de la cloche ; sauf cependant d'avancer ou de reculer, suivant le désir du dit rapport.

 Que pour le canton de la Côte, il sera donné un jour et demi auparavant que d'aller de l'autre côté, et vendredi à midi et au son de la cloche le ban de l'autre côté de l'eau sera rompu. Qu'il est défendu à toute personne de passer et de repasser dans les cantons des vignes pour aller vendanger les leurs qui sont enclavées, même en leurs voisines ; au cas qu'il n'y eut pas de sentier ni de pied levé. Qu'il est également défendu en aucun temps après les vendanges à qui que ce soit d'aller grappiller dans les vignes d'autrui soit par rapport que les terres sont mouvantes et que les vignes sont très l'attente mais bien encore pour que les propriétaires trouvent des raisins Maumur qu'ils auraient laissé. le tout sur peine d'une amende de trois livres pour la première fois contre chaque réfractaire grappilleur et double en cas de récidive ; et pour les vendangeurs traversant les cantons des vignes sous la réserve ci-dessus de chacun une amende d'une journée de travail.

1793 : Arrachage de la vigne

Pour garantir la qualité du vin produit, la municipalité de 1793 a décidé « ce jourd’hui 9 nivôse de l’an second de la république Française une et indivisible » de faire arracher certaines vignes et de ne conserver que les meilleures. L’arrachage visait en particulier celles plantées « sur les vannes, au Haut Jardin, en Launois, aux Jonchères au dessous du chemin ». Ces vignes étaient « susceptibles à ensemencer en grains ». D’autres « plantées depuis trente ou quarante ans » et même celles nouvellement plantées dans le canton du « Clos de la chapelle » seront arrachées. Ces décisions ont été prises par « Nous, Maire et officiers municipaux et procureur de la commune et le conseil général de la dite commune dans le lieu de leurs séances ordinaires »

7 et 12 septembre 1794 organisation des vendanges

Séance du vingt et un fructidor l'an deux de la république française une et indivisible. Nous, maire et officiers municipaux de la commune d'Arnaville ainsi que le conseil général de la dite commune, assemblés dans le lieu ordinaire de leurs séances, il a été délibéré et arrêté pour la nécessité de toute la commune que l'on vendangera le vingt-trois du dit mois à midi, au son de la cloche et finira à quatre heures qui aussi seront sonnées à la cloche pour rappeler. Ceux qui ne reviendront pas seront taxés à une amende de dix francs par tête. Les propriétaires qui vendangeront seront obligés de donner leur déclaration par un billet signé de leur main qui indiquera la vigne qui sera vendangée. Les dits billets seront déposés au greffe de la dite commune et avons signé le dit jour ci-dessus.

Séance du vingt-sept fructidor l'an deux de la République française une et indivisible. Nous Maire et officiers municipaux et le conseil général de la commune d'Arnaville assemblés dans le lieu ordinaire de leurs séances, au sujet de régler les vendanges, vu le rapport des experts pour casser les bans comme il a été d'usage, avons réglé le premier jour mercredi vieux style. Le ban sera cassé à la Côte jusqu'au clos du citoyen Le Comte et le sentier qui monte sur Rudemont.

Le dit jour, le canton des Rechelles sera aussi cassé depuis le grand chemin qui monte jusqu'à la vigne d'Etienne Boudas ci-devant .... , qui passe par un sentier qui monte à la carrière et descend jusqu'au jardin du citoyen Evrard.

Le second jour, jeudi vieux style, le restant de la Côte jusqu'au ban de Novéant sera cassé.

Le troisième jour, vendredi aussi vieux style, de l'autre côté de l'eau tout en entier.

Les dits bans ne seront ouverts qu'au son de la cloche. Ainsi sera réglé le ban du dit Arnaville arrêté par la municipalité et une partie du conseil, l'autre partie ayant refusé malgré le commandement fait par le sergent, ainsi sera défendu à tout citoyen de vendanger dans les cantons qui ne seront pas cassés. Les bangardes sont chargés très expressément de surveiller à ce que la dite ordonnance fut exécutée dans toute sa teneur. Toutes personnes dignes de foi sont autorisées à faire rapport contre tout ceux qui se trouvaient à grappiller dans les vignes, et cela à cause du dommage que les grappilleurs pourraient faire dans les dites vignes, vu la cherté des échalas. Pour tout citoyen que l'on trouvera à vendanger dans les autres bans qui ne seront pas cassés il y aura confiscation de la vendange qui se trouvera vendangée et amende taxée sur le champ, qui ne pourra être au dessous de dix livres par tête.

1er messidor an II : Vente de vin vieux

Au cours de la séance du conseil municipal du 1 messidor An 2, le citoyen ROLIN François l’aîné s’est présenté et a déclaré qu’il venait d’acheter une pièce de vin vieux des citoyennes EVRARD actuellement à Arnaville, de 12 hottes. Celles-ci lui ont vendu à condition qu’il ne vende qu’aux malades et nécessiteux du village et aux passants dans le besoin. « Lequel ROLIN François s’y est soumis et s’oblige à le donner à trente sols le pot, à la mesure de la république »

La municipalité autorise cette vente à condition « qu’il n’en donnera chez lui qu’aux passants en nécessité. Pour les malades et nécessiteux du village, ils l’emporteront chez eux que sur bon de la municipalité. »

11 brumaire an III : Les propriétés de la cure

« Ce jourd’hui 11 brumaire l’An 3 de la république une et indivisible se sont présentés au greffe de la municipalité d’Arnaville, les citoyens HAMEL Dominique et HOUILLON Hubert, experts nommés par la municipalité pour faire la visite des vignes et jardins appartenant à la ci-devant cure, loués le 10 brumaire dernier.

Les dits experts font rapport :

  • premièrement, ils ont parcouru partout les vignes et après les avoir examinées ont trouvé que les dites vignes sont en très bon état, très bien peuplées et qu’il n’y manque aucun pesseau, exempté une petite place dans la vigne des Boucerons en bas, qu’il y manque une douzaine de ceps.
  • Secondement, ont fait rapport pour les jardins après les avoir parcourus et examinés, déclarons que le jardin au dessus du Moulin-Haut est très bien en plante et en bon état. L’autre jardin à la Maise, en partie en vigne non planté et que tous les ceps qui sont existants viennent de la vigne voisine et les pesseaux à l’ordinaire. »

9 février 1803 (20 pluviôse an onze) : dates des labours et de la taille

 Le Conseil municipal de la commune d'Arnaville réuni au nombre voulu par la loi. considérant qu'anciennement la taille des vignes ne se commençait dans cette commune que dans les commencements de février, le labour au mois de mars, et qu'il était défendu de travailler en vigne par des temps contraires à ces travaux, que cet usage était autorisé par le résultat de différents arrêtés de commune et entre autre par un arrêt de la ci-devant Cour souveraine de Lorraine et Barroy qui en avait reconnu le pressant besoin.

En conséquence, le conseil délibérant, vu les abus qui se commettent journellement sur le ban de cette commune par les ouvrages faits à contretemps, au mépris de ces susdits différents arrêtés et arrêts, estime qu'il y a lieu à prendre un nouvel arrêté par lequel il sera demandé au préfet d'être autorisé à remettre cet ancien usage en vigueur, et que dorénavant, il ne soit libre à aucun vigneron d'aller travailler dans les vignes de son maître ni même en les siennes, qu'au commencement de février pour la taille, et au mois de mars pour le labour. Enfin pour tous les autres ouvrages à faire dans les vignes dans le courant de l'année, qu'il soit défendu d'y aller par les temps de pluie et après les dégels et autres temps contraires aux différents ouvrages de la vigne. Que le ban soit clos par un tintement de cloche suivant l'usage ancien, et que le ban soit réouvert de la même manière à la réquisition de Mr le maire, sous peine d'amende qui sera prononcée contre les réfractaires, au profit de la commune.

9 Juillet 1824 : demande d'autorisation de mise en ban

Le Conseil municipal de la commune d'Arnaville convoqué par le Maire pour délibérer sur la mise en ban des vignes lors du mauvais temps, présents les membres soussignés.

Considérant que le mauvais usage de travailler dans les vignes pendant le mauvais temps est très nuisible.

Considérant en outre que les circonstances présentes exigent des précautions à prendre pour la conservation des vignes, attendu que depuis quelques années les propriétaires sont privés des fruits de leurs travaux tant par l'intempérie des saisons que par le mauvais usage d'y travailler pendant la pluie.

Considérant encore que si cet abus est toléré davantage, bientôt le ban d'Arnaville sera un des plus mauvais.

Le conseil supplie et demande que Mr le Maire soit autorisé à mettre les vignes en ban quand le temps le permettra.

Séance extraordinaire du 16 octobre 1843 : date des vendanges

Le Conseil est d'avis d'une voix unanime que la vendange sera ouverte le jeudi 19 octobre courant sauf les circonstances réservées par les experts procédant aux règlements d'usage les a déterminés ainsi qu'il suit.

Art1 - les bans seront ouverts le matin au son de la cloche et fermés le soir de même et pendant la journée en cas de mauvais temps.

Art 2 - le premier jour, c'est à dire le jeudi on vendangera le ban de la Côte depuis le ban de Novéant jusqu'au sentier vis-à-vis la maison de la veuve François Naudin.

Art 3 - le vendredi 20, on vendangera le restant de la Côte ensemble avec le canton des Rechelies.

Art 4 - le samedi 21, on vendangera tout l'autre côté de l'eau, mais il sera accordé autant d'heures avant d'ouvrir un nouveau ban qu'il y aura eu de mauvais temps, le cas arrivé, afin qu'il y ait compensation.

Les bans resteront clos jusqu'au premier novembre prochain, et personne n'aura le droit d'y entrer sans en avoir obtenu une permission. Délibéré en séance les jour, mois et an avant dits et ont les membres présents signé.

Arnaville en 1911: Les gens du pays

L'Annuaire de Lorraine - guide illustré de Meurthe-et-Moselle pour l'année 1911, nous renseigne sur la population de notre village en ce début du siècle  qui comptait 743 habitants - 213 électeurs inscrits - 215 maisons - 230 ménages

  • MAIRE : HUMBERT V.
  • ADJOINT : HARANG TH.
  • Conseillers municipaux : ADAM N, HUMBERT E, JACTART, ANTOINE TH, RANCOIS, COLLIGNON ON Léon, CLAUDE, SABATIER
  • CURE : AUBRIOT
  • INSTITUTEUR : BLONDIN - INSTITUTRICE : WAGNER,St.CROIX
  • GARDES CHAMPETRES : ANTOINE J. et HOFFMANN V.
  • SAPEURS-POMPIERS : ANTOINE (lieutenant + 21 hommes)
  • APICULTEUR : AUBRIOT (Curé)
  • MARCHAND de BOIS : RENARD
  • MENUISIERS : ROBERT, WILLAUME
  • BOUCHERS : COLLIGNON, HUMBERT
  • MERCIER : HARANG
  • BOULANGERS : PANOT, ROLIN, CURICQUE
  • PEINTRE : A.BOUCHER
  • BURALISTE : RISSE
  • PLATRIER : MANGIN
  • CAFETIERS : VATIER, PARISOT, MICHEL, Vve GUEBLE
  • CORDONNIERS :SCHANNIER, PICHON
  • SCIERIE.: RENARD
  • COUTURIERES :BOUCHER, SANGE
  • TAILLEURS : KLEIN, HARAND
  • ÉPICIERS : HARANG, MICHEL
  • REPASSEUSES : BOUCHER, ÉTIENNE
  • FILATURE ET TISSAGE : HENNEQUIN ROBERT
  • GOURMETS : ÉTIENNE, PICHON
  • TONNELIERS : ÉTIENNE, PICHON,
  • MÉDECIN : Dr. LEPAGE VERSEUR, LEMOINE
  • RENTIERS : DES ROBERT, JOINVILLE (capitaine d'artillerie) LAUMET (ex-architecte), SABATIER (garde d'artillerie) MATHIEU ( receveur principal des douanes), CLÉMENT (brigadier forestier), BOUVIER, CHARTIER, MAILLARD, PIERLOT MARÉCHAL (lieutenant de douane) Vve LOEWENBRUCK

Suivaient quelques renseignements plus généraux :

  • Fête patronale : 3ème dimanche de Juillet Productions : Vin
  • Passage du facteur : 8 heures
  • Halte : Chemin de fer, ligne Nancy-Longwy.

Origine des noms de lieu d'Arnaville

Le Rupt-de-Mad

"Le ru de Maid, Math ou Mais, en latin Maticus fluvuis, prend sa source non pas, comme quelques-uns l'ont avancé, auprès de Bouconville, mais auprès du village de Bouffey-en-Voivre (Woivre). Voici ce qu'en écrit une personne éclairée, qui est sur les lieux et qui a éxaminé la chose de très près. On voit encore une église champétre, appellée Nville, dédié à Saint-Clément, batie sur le Ban de Raulecourt, annexe de Bouffey-en-Voivre entre ces deux villages. Cette église tombe en ruine, et il y a près de 50 ans qu'on n'y fait plus d'office parroissial. Près de cette église est une fontaine dite de Saint-Clément, qui en reçoit à quelques pas de là une autre, qui forment ensemble une espéce de réservoir. Cette fontaine de Saint-Clément est la vraie source du Ru de Maid ou Mas, qui passe dans Bouffey, de là près, et non pas dans Bouconville. L'étang de Bouconville ne grossit au dessous de ce ruisseau que pendant 3 années consécutives, la quatrième année, lorsqu'il a été péché, il reste à sec, le Ru de Maid continue son cours et reçoit le nom de rivière à Essey, ou plutot à Thiaucourt, et méme plus bas.Cette source du Ru de Maid est prouvé par les habitants de cette contrée et par les anciens titre.

Ce ruisseau ou rivière après avoir passé à Bayonville, va se jeter à une demilieue au dessous d'Arnaville dans la Moselle, à 3 lieues de Metz, ce qui a donné lieu à cette manière de parler proverbiale : "Le Ru de Maid commence à Naville et finit à Renaville". Son cours en droite ligne ferait près de 7 lieues."

Arnaville

La recherche de l'origine de nom d'ARNAVILLE est compliquée par le fait qu'à la différence de ce qui se passe pour plusieurs localités voisines, peu de documents subsistent sur l'histoire de ce village.

Le premier qui ait étudié vraiment la question est Henri Lepage, dans son important ouvrage sur les "Communes de la Meurthe ", édité en 1853 et réédité en 1978 (Arnaville se trouvait à l'époque dans le département de la Meurthe). Il y indiquait comme origine OLDIDIVILLA, dénomination apparue dans un acte d'échange en 851. Confirmant cette indication dans une large mesure, Louis Davillé, dans une communication au "Journal d'Archéologie Lorraine" de 1900, la complétait et la corrigeait sur plusieurs points. En revanche, il y rejetait, avec une sévérité partiale, exagérée et finalement aveugle, tout ce qu'avait écrit sur ce village, dans deux ouvrages parus en 1839 et 1842, Léopold Henry, médecin d'Arnaville (où il est enterré) et des communes avoisinantes. Il déclarait notamment sans valeur la thèse, effectivement erronée, qui voyait l'origine du nom d'Arnaville dans les mots latins "ad navalia" (= près du port), qui se seraient expliqués par le fait qu'un ancien port sur la Moselle aurait existé près du village.

Les conclusions auxquelles Davillé est arrivé en 1900 et qui, â ma connaissance, n'ont pas été rejetées depuis lors, sont les suivantes, selon ses propres termes : "Le mot latin ARNALDIVILLA, d'où est tiré Arnaville, est composé du nom commun "VILLA.", qui signifie domaine rural, et d'un nom propre de personne, ",ARNALDUS", qui en désigne sans doute le fondateur. Il nous est connu pour la première fois, au milieu du IXème siècle, par le Cartulaire de Gorze en 851, sous la forme de VILLA ARNOLDI ; en 858 sous celle de ERNALDOVILLA; en 903, nous lisons ARNALDOVILLA ; en 967 reparaît ARNALDIVILLA. C'est sous une forme bien voisine, ARNOLDIVILLA, qu'il est écrit, vers cette époque dans les "Miracula sancti Gorgonii ". Dans le Cartulaire de Saint Vanne, les formes les plus usitées au Xème et XIème siècle sont ARNOLDIVILLA et ARNALDIVILLA. Ce n'est qu'assez tard qu'apparaîtra la forme plus voisine du français actuel, ARNAVILLA ".

L'hypothèse à peu près certaine dégagée par Davillé sur l'"ARNALDUS" en cause est qu'il s'agit du neveu de l'évêque de Metz AIGULF, auquel il succéda de 601 à 608 au siège épiscopal; il fut ultérieurement canonisé.

En résumé, l'évêché de Metz semble avoir possédé des terres à Arnaville dès le début du VIIème siècle et c'est à un de ses évêques, ARNALD, que l'on doit la naissance et le nom du village.

I1 y a cependant une objection curieuse et qui, â première vue, apparait solide, à cette thèse

 

  1.  Sur plusieurs cartes anciennes, et en particulier sur une de 1585, le village, bizarrement situé sur ce dernier document sur une ligne allant de Gorze à Fey-en-Haye, donc nettement éloigné de la Moselle, figure sous le nom de NAVILLE.
  2.  Les actes de baptême ou de mariage repris dans les registres paroissiaux de Metz et concernant des habitants d'Arnaville désignent notre village sous le nom de NAVILLE ou de RENAVILLE. C'est ainsi que Théodore Adam, alors curé d'Arnaville, est inscrit comme parrain au baptême de Théodore de Marionnelz, à St. Sulpice de Metz, le 20 Juillet 1716, avec le titre de "curé de RENAVILLE", et que l'acte de mariage de Charles Antoine et d'Anne Marionelle (sic), â la paroisse de Ste. Croix, Metz, le 16 Février 1719, porte que l'époux réside et que les bans ont été publiés à 'NAVILLE".
  3.  Il y a 50 ans, les "anciens" d'Arnaville prononçaient le nom de leur village "R'nâveul", le "eu" étant très ouvert, proche de l'e muet.

Cette appellation de NAVILLE ou de RENAVILLF résulte d'une confusion, elle-même conséquence de ce qu'il existait à la source la plus importante (estimait-on à l'époque) du Rupt-de-Mad, entre Broussey-en-Woëvre et Baulecourt, un village réduit ensuite à une église en ruine, et finalement â une simple fontaine (existe-t-elle encore ?), qui s'appela primitivement ARNAVILLA et plus tard NAVILLE. Ce village étant â la source du Rupt-de-Mad et l'actuel ARNAVILLE à son embouchure dans la Moselle, un dicton populaire disait : 'le ru de Maid commence à NAVILLE et finit à RENAVILLE ".

L'existence, à un moment donné, de deux ARNAVILLE (ou NAVILLE) dans la langue populaire créa bien des erreurs, telle celle qui fit longtemps croire aux historiens modernes qui étudièrent la question, qu'ARNAVILLE avait eu deux églises, l'une consacrée à St. Etienne (ainsi que primitivement à St. Gorgon) et l'autre à St. Clément ; en fait la seconde était l'église de NAVILLE, à la source du Rupt-de-Mad.

Les quatre hameaux d'Arnaville

Arnaville se composait autrefois de quatre hameaux :

  • Laître (nitre = cimetière), l'Arnaville primitif, l'agglomération, rassemblé autour de l'église, elle-même entourée par le cimetière paroissial,
  • Pallon (ou Pallon) (voir ci-après),
  • le grand Meix ( meix = jardin),
  • le pré Malaizie, ou "Oultre-Moselle", situé de l'autre coté de la Moselle et enlevé à Arnaville en I791, semble-t-il, quand, lors du découpage des départements, l'Arnaville de la rive gauche de la Moselle fut mis dans le département de li Meurthe, et le pré Malaizie dans celui de la Moselle.

L'origine du nom de Pallon reste inconnue. Cette partie du village d'Arnaville qui ne lui fut réunie par une ligne continue de maisons qu'au début du 19ème siècle, s'appela-t-elle Pallon, Palon, le Palon, ou ..? N'était-elle primitivement qu'une maison, comme tiendrait à le faire croire un document ancien, relatif â la location de la "maison dite Pallon" ?.

En ce qui concerne le Juge Pallon (voir raide comme la justice d'Arnaville)  et en admettant que ce truculent personnage ait existé, tirait-il son nom du hameau, ou, au contraire, le hameau lui devait-il son nom ? Malgré de nombreuses recherches de spécialistes, l'énigme reste entière.

Les lieux-dits

Divers lieux-dits d'Arnaville tirent leur nom de la seigneurie à laquelle ils appartenaient, souvent depuis très longtemps. Ces seigneuries ou bans étaient au nombre de trois:

  • Ban St.Gorgon, le plus important, appartenant â l'abbé de Gorze,
  • le ban St.Vanne:, appartenant à l'abbaye du même nom, à Verdun, et par là à l'évêque de Verdun (lieu-dit actuel Corvées St.Vanne)
  •  le ban St.Pierre, appartenant au duc de Lorraine (lieux-dits actuels : Fontaine Maître Pierre et Saint-Pierre Champs; en 1748 : bois de la Haye St.Pierre - Peut-étre faut-il rattacher à cette origine le lieu-dit actuel Champ le Duc ).

Les développements qui suivent s'attacheront à l'origine de quelques lieux-dits dont l'origine ancienne peut être relevée.

  • RUDEMONT .L'orthographe Rude-Mont est récente et ne s'explique guère, cette colline ayant dû d'être habitée très anciennement à la douceur relative de son climat. Les cartes d'état-major du début du siècle portaient Rud-Mont, le terrier (cadastre) de 1748, Rutte-Mont. Il se peut que ce nom ait subi l'attraction de la prononciation locale Rud-Ma pour le Rupt-de-Mad : Rud-Ma, Rud-Mont ?
  • BOIS DE QUARAILLE Pour un peu l'on écrirait Couarail conformément â la prononciation actuelle de ce nom. Or en 1748, ce bois est appelé des Quarelles (ou des Querelles).
  • SAUSSAIE St.ETIENNE. Une saussaie. ou saulsaie, est un lieu planté de saules (saulsis en 1748). St. Etienne est, rappelons-le, le patron d'Arnaville.
  • LES PLANTIERES Nom très ancien, remontant au moins au XIème siècle, l'un des plus anciens d'Arnaville. Son origine est "ad Planteras", signifiant lieu nouvellement planté (de vignes ?),
  • MAIRE CUNY. Provient sans doute du nom, autrefois répandu, d'un maire des Gorzains ? ou des Lorrains ?),
  • FROID FOU. Le deuxième mot ne fait pas allusion au dérangement d'esprit, mais est la déformation du latin "fagus" = hêtre, qui a aussi donné Fay. Froid fou signifie donc Hêtre froid, de rnême que les anciens "tordus fous" de la côte de Pagny, étaient des hêtres tordus caractéristiques.
  • LE BERT FONTAINE. Semble être en réalité Lambert Fontaine, du nom d'un chanoine Lambert, qui fit don d'une vigne (?) à l'abbaye St.Vanne au XIème siècle.
  • CHAMP MARTIN. Probablement du nom d'un donateur "Martinus", qui fit lui aussi don d'une vigne à l'abbaye St.Vanne au XIème siècle.
  • CERISIER JEAN DARY. Du nom d'une famille Dary ou plutôt Darry, répandue et importante à Arnaville au I7ème siècle.
  • BASSOMPIERRE. En 1281, Olry de Bassompierre devint seigneur d'Arnaville. IALLIE[ (en 1742 Lo,lieu). Doit vraisemblablement son nom à un ancien propriétaire, appartenant lui aussi à une des familles les plus répandues à Arnaville à la fin du I7ème siècle, les Lolier (déformation de L'Huilier).
  • A L'AUNOIS - LAUNOIS. Est le même mot que l'aulnaie, endroit planté d'aulnes ou runes. En ces deux lieux-dits s'appellent Launoy et le bois sur la Fontaine de Launoy.
  • VIGNE à CAIN. Un boucher juif du nom de Cain habitait à Arnaville au début du I9ème siècle.

En terminant, il parait intéressant de comparer les noms des lieux-dits autres que ci-dessus que l'on retrouve sur le cadastre actuel à ceux qui figurent sur le "terrier" de 1748.

Dénomination du cadastre actuel = Dénomination du cadastre de 1748  

  • Haut de Caussat = Les Quarelles ou Cossay
  • Revaudo = Revaudos vignes
  • Lavaux = La petite Vaux, la grande Vaux
  • Les Viviers = Le Vivier
  • Gribonneau = Prez (prés) de Gribenaux
  • La Bry = Labry vignes
  • Chauvaux = Chauvaux (idem)
  • Les Royes, Courte Roye = Larroy vignes, En Roye vignes
  • Clos Banna = Bana
  • Les Boucottes = La Boucotte
  • Bourguignon = Champ le Bourguignon
  • Perrière-sous-le-Bois = Bois des Perrières
  • La Parrière = Pargière
  • Mayse = La Meize
  • La Saul = La Sault
  • Bois le Four = Bois du Four
  • Côte Bouton = Bois de la Costte Bouton
  • Champ Micul = Champ Micule
  • Voirguemine = Varequemine

L'origine réelle des noms des lieux-dits n'a été trouvée, on le voit, que pour un nombre limité d'entr'eux. La chose n'est pas surprenante, étant donné qu'ils varient constamment, les uns disparaissant, les autres apparaissant ou se modifiant. La comparaison entre le cadastre actuel et celui de 1748 est, à cet égard, édifiant.

 

Bernard LEFORT (Document fourni par Gérard Vonner)

Monographie sur Arnaville

Cette monographie a été rédigée et  illustrée par Bernard MARTIN, instituteur, le 15 Août 1888

Géographie

Village de l'ancienne province de Lorraine, entre deux côtes assez réservées, à l'embouchure du Rupt-de-Mad, extrêmes frontières de l'ancien département de la Moselle, actuellement de la France, depuis le traité de Francfort 1870-71.

16 kilomètres N.E. de Thiaucourt, chef-lieu de Canton, 45 kilomètres N de Toul, chef-lieu d'arrondissement et à 45 kilomètres N-N-O de Nancy, chef-lieu de département de Meurthe-et-Moselle.

Son confin est limité au Nord par les communes de Gorze et de Novéant sur Moselle Alsace-Lorraine, à l'E par celle d'Arry (A.L.) au Sud par celle de Pagny-sur-Moselle et à l'O par celle de Bayonville.

arnaville-plan.jpg

Disposition de son territoire

Divisions

Situé sur deux versants, l'un le Rupt-de-Mad, l'autre la Moselle, son territoire se divise sous le rapport des séries, de la nature des propriétés et de ses contenances, comme l'indique le tableau d'autre part.

Nature du terroir

Le territoire de la commune comprend cinq sols biens distincts. La section C, des près entre les chemins de fer de L'Est et la Moselle , est un sol siliceux (sables, graviers, alluvions anciennes et modernes de la Moselle) (voir la carte)

  1. La section A, des quarailles, le plateau du rudmont, le bois communal des Rappes, est un sol argilo-siliceux avec excès de sable et un peu de carbonate de chaux (terres blanches, formation tertiaire des minerais de fer en grains avec mélange de Marne oxfordienne).
  2. La section D, une partie de la section F (teinte bleue), sol silicéo-argileux (terres fortes, grosses terres des côtes, marne supraliassique) terres auxquelles le drainage est applicable.
  3. La partie entre la côte de Rudemont , le chemin de Gorze et le chemin de Novéant, celle entre le bois communal des Rappes et la section F de l'aunois comprend les modifications produites par les éboulis calcaires.
  4. La partie en blanc, traversée par les chemins de Gorze et de Novéant en Nature de vignes et vergers est un sol silicéo-argileux, terres auxquelles le drainage n'est pas possible.

Cours d'eaux

Le territoire d'Arnaville est traversé de l'ouest à l'Est par un ruisseau dit le Rupt de Mad, affluent de gauche de la Moselle. Dans son parcours sur le territoire d'Arnaville, il forme deux iles, l'une en amont du village, dîte l'ile haute, qui renfermait un moulin, aujourd'hui converti en scierie mécanique, l'autre en aval, renfermait également un moulin, aujourd'hui filature et fabrique de flanelles. Après avoir passé sous le chemin de fer et sous le canal de la Marne au Rhin, il va se jeter dans la Moselle, à quelques pas de la frontière allemande.

Un autre petit ruisseau, affluent du rupt-de-Mad, sortant de Launois [...] fait aller une petite usine, miroiterie et scierie.

Non loin de là se trouve une petite source appelée Fontaine des bons malades.

Arnaville, vu sa situation géographique, quoique sur deux cours d'eau, était naguère le village le plus déshérité sous le rapport des eaux potables. Il ne possédait que 4 ou 5 puits de mauvaises eaux. Aujourd'hui, grâce à la municipalité et au concours d'un certain nombre d'habitants, une partie des sources de Goulainveaux a été amenée de 2 km à Arnaville, en sorte qu'aujourd'hui 12 bonnes fontaines alimentent le village ainsi qu'un magnifique lavoir.

Lorsque la crue de la Moselle coïncide avec celle du Rupt de Mad, ce dernier n'ayant plus d'écoulement reflue et inonde la partie basse du village. Les plus grandes inondations causées par le Rupt de Mad furent celles du 28 février 1844 et du 26 novembre 1882. Des plaques en fonte posées en bas du village attestent la hauteur des eaux à ces époques. Aujourd'hui, depuis la création du chemin de fer et du canal, les eaux de la Moselle se répandent moins sur la partie basse du village ; elles ont portés leur ravage sur l'autre rive, territoire d'Arry.

Statistiques de la population

Les plus anciens documents relatifs à la statistique de la population d'Arnaville indique un chiffre qui a varié entre 692 et 814. Il est actuellement de 797. L'augmentation pour atteindre le chiffre de 814 est due à l'émigration en 1872 (option pour la nationalité française) et à la création d'une brigade de douane. Le nombre des décès, comme celui des naissances est en moyenne de 25, celui des mariages, 8.

Particularités sur la constitution physique des habitants

La culture principale d'Arnaville est la vigne. Aussi la hotte est-elle l'apanage du vigneron. toujours la charge sur la dos ; il est à remarquer qu'à un certain âge, femmes et hommes sont courbés.

La statistique scolaire, comme celle de la population n'a subi de modifications qu'en 1872. La moyenne de l'école des garçons est de 45, filles 40, asile 45.

Pêche et chasse

Les trois cours d'eau : Moselle, Rupt de Mad et Canal qui traversent le territoire d'Arnaville permettent la pêche du brochet, peu de carpes, de la perche, de la tanche, du goujon, de l'ablette, de la brème et de l'anguille.

Les hôtes des bois auxquels on fait la chasse sont le chevreuil, le sanglier, le renard, le lièvre et les écureuils.

Les bords de la Moselle sont peuplés de canards sauvages, poules d'eau et de loutres.

Archéologie

Village sur le Rupt de Mad, à trois heures de Metz, deux heures et demi de Pont à Mousson. On y avait créé une mairie par édit du 12 juillet 1718.

On appelle Pallon, le hameau qui fait partie du village. Il y a un ban séparé appelé St Gorgon, seigneurie de l'Abbé de Gorze.

Epoque romaine

Au canton appelé Vizène, entre le village de Pagny sur Moselle, traces très étendues de constructions romaines : suivant Monsieur Beaulieu, il aurait existé sur cet emplacement un castellum destiné à la défense du passage de la Moselle, il est aujourd'hui ruiné ; on l'appelle Chateau de la Citadelle et on y trouve des pierres taillées, des débris de tuiles à rebords, des armes, des monnaies du Haut Empire et des tombeaux.

Monsieur Dupesnes de Metz a dans sa collection un joli buste de Minerve casquée qui vient de ces ruines.

arnaville_chateau.jpgMoyen âge

Village mentionné dès l'an 841 sous le nom d'Arnoldi Villa.

Le chateau féodal détruit au XVIIème siècle par les espagnols, il n'en reste plus que la porte appelée la voute ;

Sur le territoire, tout près et à l'ouest d'Arnaville, ancien hameau du Pallon dont la chapelle est du XVème siècle.

Epoque incertaine

En 1844, sur les flancs du Rupt de Mad, au dessus du village, découverte d'ancien cimetière renfermant une quantité considérable de sépultures, dans des tombeaux en pierre, mais on y a rien trouvé pour aider à en déterminer l'origine.

Epoque moderne

A Arnaville, dans les ruines du château, tout près de l'église, on a découvert, en 1838, un fusil espagnol portant sur le canon une longue visière.

Dans le commencement du 16ème siècle, les bénédictins de Saint Vanne, bâtiment dans cette localité, un vendangeoir qui existe encore en grande partie, vendu à la révolution, il appartient à la famille Marchal ci-devant à la famille Charnel.

Dans les bois au sud d'Arnaville, grottes profondes où les habitants se retiraient en temps de guerre comme 1870. Cette excavation se nomme trou de Botenoi, en patois Boténaouen.

Il y avait à Arnaville, la seigneurie de St Pierre avec ban particulier.

Eglise paroissiale érigée sous le vocable de Saint Etienne. A la base du clocher, inscription constatant la mort d'un chef espagnol, tué probablement à la prise du château en 1635 par le Maréchal de la Force.

Justice

Nota : Par dérision lorsqu'on parle d'un jugement injuste, on dit : "C'est comme la justice d'Arnaville".  Ce dicton est très répandu et connu au loin.

Au siècle dernier était plantées les fourches patibulaires. Le fief d'Arnaville relevait de la prévoté de La Chaussée ; en 1718, il fit partie de celle de Prény et en 1751 du baillage de Pont à Mousson.

Il y avait trois seigneuries relevant l'une du Duc de Lorraine, la seconde de l'Abbé de Gorze, la troisième de l'évêque de Verdun.

Histoire

Village ayant été désigné sous plusieurs noms 

  • En 851, dans un acte d'échange entre Droyon, évêque de Metz et l'abbé Vincent de Metz, il est désigné AZNOLDI VILLA; dans les titres imprimés dans les castulaires de l'histoire de Metz (858 à 864), il porte le nom de EZNADIVILLA, ALNALDIVILLA, ALNALDOVILLA.
  • Titre d'échange  en 967 entre les religieux de Gorze et Hardouin (de l'abbaye de Gorze au séminaire de Nancy), la chapelle est désignée : Capelle de AZNALDIVILLA.
  • Au XIIème siècle, la cure appartient à l'abbaye de Saint Vincent à Metz (Chartres du pape Alexandre III en 1178 et de l'évêque messire Bertram en 1181) on nomme Arnaville, AZNAVILLA dans la première et AZNALDIVILLA dans la deuxième.
  • L'église était sous le vocable de Saint Clément (le nom vient peut-être de l'évèque AZNOALDE dit M. Lepage, archives de la Meurthe), suivant d'autres ce serait Ad Navalia (près du port).Mes auteurs de Metz disent qu'il y avait deux églises, l'une dédiée à Saint Etienne. Le capitulaire de Gorze contient une charte de l'évêque Conrad qui restitue cette abbaye à qui elle appartenait de toute ancienneté : ecclesiam Sancti Stephani Arnadivilla. La même abbaye reçoit en Novembre 1248, de Jean, sire de Cons, et de Poince, sa femme, la donation des hommes et femmes qu'ils avaient en Aznalville en tous profits et en tous us, comme ils les avaient tenus d'acquets
  • .Le Duc Raoul, le jour de la St Vincent 1342, vend à Nicolle Baudock, citain de Metz pour se libérer de ses dons, les conduits d'Arnaville, Bayonville, etc... avec les amandes et droit à la centaine, moyennant 200 francs de bon petits tournois, avec faculté de rachat (Trésor des Chartres, Prény). Le duc Jean renonce à ce droit.
  • Les Maires, les habitants, et communauté de Pagny, Arnaville, Vandelainville concluent en 1618 un traité avec Louis de Guise, Baron d'Apremont, en s'exemptant de la banalité des fours de ce Comté, ils lui payent 200 francs à cet effet.
  • Léopold, pour récompenser son conseiller d'état et Maitre des requêtes, Dominique Mathieu, seigneur de Moulon, de ses services rendus, lui donna par lettres patentes du 5 décembre 1718, les droits de pêche et de chasse et finage (étendue du territoire d'une commune) d'Arnaville, avec autorisation de créer des gardes reçus et faisant leur rapport devant les officiers de gruerie (privilège du roi et de certains seigneurs sur les bois) de Prény.

Les trois bans à Arnaville 

 Ce sont  les bans Saint Pierre (aujourd'hui Saint Pierre au champ) au Duc de Lorraine, Ste Vanne à l'évêque de Verdun, Ste Gergonne à l'abbé de Gorze.

Les comptes du domaine de Prény indiquent en 1668 les relations des habitants et des trois seigneuries. Son Altesse le Duc était le seul justicier pour deux tiers, l'abbé de Gorze pour l'autre. Le Sieur de Ficquémont avait justice foncière pour le ban de Saint Pierre et l'évèque de Verdun pour celle de Ste Vanne. Les manoirs, héritages et maisons étaient séparés l'un de l'autre, de la souveraineté ou seigneurie, ne faisait aucune distinction de sujets, n'étaient considérés que pour les anciennes charges ; ainsi un sujet de Lorraine pouvait demeurer en une maison de Gorze, posséder héritages et manoirs au dit lieu, sans être obligé d'aucune prestation que des anciennes réelles dont les maisons et héritages sont chargés et redevables et dont les propriétaires sont tenus et réciproquement pour les sujets de Gorze. La différence des sujets naissants au dit village était en ce que le fruit suit le ventre, c'est-à-dire les enfants d'une femme sujette du Duc sont Lorrains et en réciproque ceux nés d'une femme de la terre de Gorze sont sujet de la dite Seigneurie, sans considération de la qualité du père, idem pour les anelets et anelettes en lignes directe. "Tous sujets de son Altesse ou de la Terre de Gorze venant à s'habituer au dit village, ban ou finage d'iceluy, demeurant sujets de celui des deux seigneurs à qui il appartenait auparavant. Ceux de Metz, Pays Messins, évêché de Metz, Toul et Verdun et généralement tous étrangers d'ailleurs que des États de son Altesse et de la Terre de Seigneurie de Gorze venant s'asseoir et s'habituer au dit village, ban et finage ont le droit pendant l'an et le jour, de choisir sous lequel des seigneurs ils se veulent mettre, pendant lequel temps ils ne sont ni à l'un ni à l'autre et après leur choix ne peuvent changer eux ni leur successeurs. Les dîtes dispositions sont ainsi établies par d'anciens usages et par les lois de St Gergonne vu coutume générale de Gorze dont s'ensuit l'extrait.

"Un Seigneur, Abbé de Gorze, tient le domaine de son abbaye, terres et seigneuries en dépendent, au titre de souveraineté, comme aussi les droits réguliers et seigneuriaux d'icelle en haute moyenne, basse justice ou foncière, excepté qu'en certains lieux de la dite Seigneurie, il les a à partager ou par indivis avec d'autres Seigneurs qui ont en d'aucuns des dits lieux leurs hommes et sujets de retenu qu'on appelle élection de Seigneurie faite l'an et le jour par les forains. Nota que le fruit suit le ventre, qu'est ce à dire que les enfants sont au seigneur à qui la femme appartient et est femme de corps. Ce qu'encore s'observe les anelets et anelettes ou neveux et nièces en ligne directe descendant à comparaison de leur aiyeux ou mère grande. Et est à noter que la condition mise en la coutume des anelets et anelettes n'a eu lieu que lorsque la naissance de la mère ne peut vuider (?) la difficulté mais qu'elle est recherchée quand il arrive une femme mariée hors des états de son Altesse ou de la dîte terre de Gorze et vient s'habituer au dit lieu ban ou finage d'iceluis ; alors si cette femme  était fille d'une Lorraine ou Glossaine, venait à être mariée à un Lorrain ou un Glossain, alors elle prendrait la condition de son mari comme aussi les enfants qui seraient issus du dit mariage. Il est à noter qu'un homme venant des quatre mairies de l'évêché de Metz, s'habituer au dit lieu est censé et réputé Lorrain à cause qu'il paye droit de sauvegarde à sa dite Altesse à ses recettes de Pont ou de Prény."

Dans le castulaire de Gorze, se trouve un document plus ancien, il a pour titre : Droit de la ville d'Arnaville et du ban que Monseigneur l'Abbé y a à cause de la centenne, lesquels se rapportent pour la justice de la dite centenne.

En voici la teneur :

"L'abbé de Gorze a la centenne à Arnaville, seul et sans part d'autrui. Il nomme le Maire et les Echevins de la centenne, deux des échevins sont choisis parmi les hommes du duc de Lorraine, demeurant à Arnaville, s'il y en a...

Il est de coutume, en cette ville,, qu'il y a trois cours et en chacune six échevins, lesquelles trois cours gouvernent les héritages de la ville, chacune dans son finage et dans son ban particulier, on les appelle cours St. Gorgonne, St Vanne et St Pierre.

L'abbé de Gorze a seul la haute justice au ban et finage d'Arnaville. Il y a sur ce ban des fourches patibulaires qui appartiennent à l'Abbé.

Si quelqu'un est repris pour fait de crime qui requiert exécution de corps, le Maire et la Justice de la centaine doivent avoir connaissance du malfaiteur et le mener en en la prison de l'abbé de Gorze et si le méfait le requiert ils doivent, à quelque seigneur que le malfaiteur appartienne le pendre aux fourches de l'Abbé de Gorze qui paye les frais d'éxécution mais au profit de qui a lieu la confiscation des biens du supplicié.

L'Abbé peut seul et sans part d'autrui, pardonner au dit malfaiteur un meffait, le dit malfaiteur étant sur l'eschielle des fourches, en lui chargeant aulcun pèlerinage grand ou petit comme illi plaist."

Les archives de Nancy possèdent la pièce suivante :

"Henri Charles de Cambout, évèque de Metz, Prince du saint Empire, Duc de Quoislin, Pair de France, Baron des anciennes baronneries de pontchateau et de la Rochebernard, Pair et Président, né des états de Bretagne, 1er Baron de Champagne, Comte de Crécy, 1er aumônier du Roi et veut la requête à nous présenter par les Maistres et associés de la confrairie du St Scapulaire, érigée en la chapelle de Pallon, hameau dépendant du village d'Arnaville, à ce qu'il nous plaise de faire informer par eux des faits par eux exposés, concernant la conservation miraculeuse d'un scapulaire dans son entier au milieu du feu, pendant un incendie au dit lieu.

Notre décret du Décembre dernier portant commission au sieur Esselin, curé de Bayonville pour informer des dits faits............Procès-verbal d'information faîte par le Sieur Esselin au dît lieu d'Arnaville, comportée des dispositions des 21 témoins. Nous avons considéré et déclaré qu'il y a preuve suffisante en l'information que le 9 juillet 1717, dans un fort incendie, un scapulaire ayant été jeté au milieu du feu qui consummait la maison de Didier Naudin (près de la Maison d'école, les arcades), le dit scapulaire étant resté dans le feu plus d'une demi-heure fut conservé entier et retiré d'une poutre embrasée sans avoir aucunement brulé ni endommagé, que toutes les circonstances de ce fait prouvent solidement que Dieu a voulu récompenser la foy et la confiance en l'intercession de la Vierge Marie, Mère de Dieu, par un miracle public et dûment avéré.

Et désirant que la mère d'une  si insigne faveur du Ciel soit conservée et servent à l'édification des fidèles et à l'augmentation du culte de le Très Sainte Vierge, nous déclarons que tous les ans, on ajoutera le deuxième dimanche de Juillet, aux pieuses cérémonies et dévotions qui se pratiquent par les maistres et associés de la dite compagnie, au dit lieu du Pallon, une procession autour du dit hameau, au retour de laquelle on chantera le Te Deum..." (12 juillet 1720)

Les traces des armées espagnoles

En 1844,sur le côté dominant, sur le Rupt-de-Mad, au dessus d'Arnaville, on trouve un grand nombre de squelettes dans des tombeaux de pierre, sans armes et sans médailles.

En 1838, au même endroit, un fusil espagnol à 8 pans, portant une longue visière. On sait qu'en 1635, le Maréchal de la Force, saccagea et pilla la Lorraine, il avait à sa solde des troupes espagnoles. Arnaville, comme tous ceux qui offrait une résistance, fut attaqué, son château fort soutint un léger siège et se rendit. Deux énormes pierres jetées là, à la base du clocher comme deux grandes pages historiques, apprennent d'ailleurs par les inscriptions qu'elles portent, qu'un chef espagnol fut tué et enterré sous ces arceaux.

A peine cette époque de guerre continuelles, une armée avait-elle traversé le pays, détruit des monuments et des habitants, que déjà une bande apparaissait ; c'est ainsi qu'en 1650, le maréchal Bonnegarde vint jeter de nouveau la terreur sur le Rupt-de-Mad. Ce fut son artillerie qui lança, pour la première fois, des bombes sur Gorze, défendue par une garnison espagnole ; le carnage fut affreux ; l'Espagne perdit encore une de ses armées et les squelettes éparts dans les carrières de St Thiébaud (ermitage près de Gorze) attestent sa défaite.

Légendes de la chapelle et de la clochette

Au sud du village est une antique chapelle du règne de Louis XI bâties sur le rocher dédiée à la Sainte Vierge ; on y tinte encore l'angélus comme au temps où ce roi voulait, pour le rétablissement de sa santé, que tout français récitait cette prière à Marie.Cette chapelle est l'objet d'une dévotion particulière à la Sainte Vierge ; il s'y fait un pèlerinage le 3ème dimanche de Juillet.

Une petite statue en bronze se trouve dans les environs de cette chapelle qui jadis n'était qu'un oratoire, tel le croquis ci-contre, a existé la vénération des habitants d'Arnaville et au commencement de ce siècle, la chapelle a été agrandie  de manière à contenir aux offices, les fidèles du lieu. La partie ajoutée n'a de forme que celle d'une grange immense et sans goût. Tout autour se trouve le cimetière.

On raconte, à propos de cette statue, qui existe encore et que l'on donne à baiser aux fidèles à l'offrande au lieu de la patène, qu'elle a été trouvée dans les environs de l'oratoire sous une touffe de sureau. on la porta dans l'église, grande fut la surprise lorsque le lendemain, on la retrouva au même endroit que la veille.

Le fait s'étant produit plusieurs fois, on se décida à agrandir l'oratoire qui sert d'église ; on y fait les enterrements et les offices de la Sainte Vierge.

On va même plus loin à propos de cette statue , haute d'environ 20 centimètres, on dit qu'elle parlait et chantait.

Cette statue seule n'est pas légendaire, la clochette de la chapelle a aussi une page dans la tradition.Voila ce qui se passait avant et jusqu'en 1876 :

A l'approche d'un orage, une bonne femme, car c'était toujours une femme au sommeil léger qui avait cette charge, se levait, courait à la chapelle et sonnait la clochette tant que durait l'orage que ce soit la nuit ou le jour.

Le son de cette cloche suffisait disait-on, pour conjurer l'orage : aussi on a jamais manqué de la sonner.

Comment payait-on cette malheureuse qui ne craignait point par ignorance, d'exposer sa vie en allant ainsi faire entendre cette cloche au son argentin, à laquelle on attribuait une si grande puissance ?L'époque de pressurage venue, elle allait quêter, de pressoir en pressoir, avec une hotte.selon que les vignes avaient été préservées de la grêle ou de l'orage, c'est-à-dire selon que la sonneuse avait bien fait son service et que l'année était abondante, les propriétaires lui donnaient un gros ou deux ; le gros est d'environ 2 litres.,L'éloignement de l'orage, si éloignement il y avait est dû à la cote de Rudemont font la pointe élevée (90 mètres) fait fendre l'orage, lorsqu'il arrive du côté de Bayonville. Dans ce cas, l'orage divisé, glissait partie sur Novéant, partie sur Pagny.  Aussi on pense ce que disaient les vignerons de ces localités en entendant le son de la cloche de la Chapelle.

arnavile_eglise.jpgL'égise

L'église, placée dans les environs de l'ancien château, appelé aujourd'hui château d'amour, est d'une construction qui remonte vers la fin du 17 ème siècle.
On ne connaît aucun titre authentique de sa construction; elle est placée sous le vocable de Saint Etienne.
D'un accès facile, il faut passer sous la voûte pour y arriver. Ses dimensions sont indiquées dans le plan
Au le bas du clocher se trouve une pierre bâtie dans le clocher avec l'inscription suivante :
arnaville_inscription.jpg
Voir l'élévation, on remarquera où se trouve cette inscription, au bas et à droite de la porte du clocher.
La voûte de l'église, jadis en bois et plate, a été remplacée par une voûte en plâtre demi-ogivale.
Elle ne possède ni crypte, ni chapelle souterraine. La voûte n'est supportée ni par des colonnes, ni par des piliers.arnaville_plan_eglise.jpg Les formes ne sont points apparentes à l'intérieur.
Les fenêtres sont en ogives et les vitraux sont récents (20 ans environ).La porte de l'église est en plein cintre, sans colonnes, ni pilastres, une seule ouverture sans porche.
On voit à l'extérieur du clocher au bas une croix ; elle est fixée où jadis il y avait un ossuaire.Elle ne contient ni peinture murales, ni tableaux, ni tapisseries, ni reliquaires anciens.
On y voit ni pierres tumulaires, ni inscriptions sur pierre ou cuivre.
Le clocher carré est en pierre, surmonté d'une tour en pointe six pans, en bois couverte d'ardoises. Les trois cloches, des noms de Charlotte, la justice ; Stéphanie, la moyenne, Colombe, la grosse, sont nouvelles (environ 20 ans)
signature.jpg     












Cette monographie a été rédigée et  illustrée par Bernard MARTIN, instituteur, le 15 Août 1888

Un blessé à la bataille de Solférino

dimanche 27 octobre 2013, par Anne Auburtin

L'histoire de François Napoléon CONRARD, racontée ci-dessous, est assez révélatrice de l'inorganisation de mes recherches et de ma sérendipité.


Au départ, je recherchais des informations sur la chapelle du Pallou (Pallon) à Arnaville.


Mais Gallica me propose autre chose qui m'interpelle :


Dans le livre "statistique médico-chirurgicale de la campagne d'Italie en 1859 et 1860, par le Dr J.-C. Chenu, médecin principal d'armée,  est signalé un blessé natif d'Arnaville.
"CONRARD, François-Napoléon, né le 11 juin 1836, à Arnaville (Meurthe), 98e de ligne.— Plaie contuse à la base de la poitrine et a l'hypochondre droit, coup de feu, Solférino.— Gonflement du foie, gêne de la respiration. — Gratification renouvelable "


J'ai voulu en savoir un peu plus sur François- Napoléon. Avait-il un lien avec mes nombreux ancêtres d'Arnaville ?


A sa naissance, son père Jean-Joseph, âgé de 35 ans, était douanier. Sa mère, Barbe Lhuillier, née le 19 Thermidor an XIII,  a accouché à quatre heure du matin. Ils s'étaient mariés le 9 février 1830 à Arry. Avant Arnaville, ils vivaient à Corny-sur-Moselle où nait le 11 juillet 1833, Justine Joséphine. Jean-Joseph y exerçait le métier de cordonnier. Il était né à Corny le 20 mai 1801.
En 1833,le 11 juillet, à Corny sur Moselle né Justine Joséphine, son père est cordonnier. Il reviendra , toujours cordonnier à Corny puisqu'en 1847 y naitra Justine.
Jean-François est fils de Jean-François CONRARD et de MAYOT Marie Christine.

Je n'irais pas beaucoup plus loin dans mes recherches généalogiques. les relevés de l'UCGL me disent que Barbe LHUILLIER était une enfant illégitime, fille de Catherine et n'ont pas l'acte de naissance de Jean-François. Les archives de Moselle n'ont mis en ligne que les BMS. L'unique arbre sur Généanet ne va pas plus haut.  Je ne saurais donc pas s'il est un descendants de mes ancêtres. Pour le moment ce n'est ni avéré, ni exclu...


Mais d'autre choses m'intriguent : Douanier ? Quel statut ? Où était la frontière ?


Wikipédia précise que " Louis-Philippe Ier, roi des Français, décide [...] par les ordonnances des 31 mai 1831 et 9 septembre 1832 la création officielle du corps militaire des douanes, avec pour unité organique de base le bataillon."  Jean Joseph ayant entre 32 et 35 ans, il est possible qu'il se soit engagé dans ce nouveau corps, moins vraisemblable qu'il y ait fait son service militaire...
Et le régiment de François-Napoléon, le 98° de ligne, quel a été son parcours ? Pas facile de trouver sur internet des renseignements sur le 98° régiment d'infanterie de ligne à cette époque. En revanche, sur ce régiment pendant la première guerre mondiale, il n'est pas difficile de trouver son historique détaillé notamment sur Gallica.

François-napoléon a été blessé à la bataille de Solférino, donc très vraisemblablement le 24 juin 1859. La bataille  a été  courte (une quinzaine d'heures) mais une vraie  boucherie. Au sein des deux armées, plus de 14  000 morts   et de très nombreux blessés, pour tenir la promesse que  Napoléon avait faite à Victor-Emmanuel II de l'aider à faire l'unité de l'Italie en échange de la Savoie et de Nice.
C'est frappé par le nombre de blessés à Solférino qu'Henri Dunant décidera qu'il fallait faire quelque chose et créera la Croix-Rouge quelques années plus tard. Un peu trop tard pour François-Napoléon...

Et voilà comment, en une soirée, je suis passée d'une recherche sur une chapelle d'Arnaville dont on disait que sa fontaine faisait revivre les enfants morts (les registres d'Arnaville affichent hélas trop de morts d'enfants pour croire cette légende) à la création de la Croix-Rouge...

Arnaville : varietur

jeudi 22 mai 2014, par Anne Auburtin

Au hasard de mes lectures

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1779 : Adjudication

"Aujourd'hui deux heures de relevée, il sera procédé par Maître Kay Weil, notaire Guevel, en son étude à l'adjudication

[...]

belle métairie de vigne à Arnaville, consistant en maison de maître, pressoirs, cuves, jardins, en huit jours trois ommées de bonnes vignes bien exposées, la plus forte partie sur la côte ; on la vendra avec le fruit aux ceps. S'adresser au dit Mr Guevel. Il y aura toute facilité pour le paiement du prix."

Affiche des évêchés et Lorraine numéro 30 du jeudi 29 juillet 1779

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1844 : Inondations

"C'était un spectacle terrible et bien triste que de voir la Moselle et le Rupt-de-Mad  simultanément envahir le pays et jeter la désolation dans la contrée; depuis longtemps la Moselle n'avait atteint ce niveau extraordinaire. Le village d'Arnaville fut inondé, quelques nacelles heureusement sillonnaient en tous sens cette triste Venise, et apportaient l'eau et le pain nécessaires aux habitans captifs et inquiets ; pendant trois jours, toutes les communications furent interrompues sur la rive gauche de la Moselle. Dans nos habitations l'eau s'élevait à 1 mètre 50 centimètres, et sur nos routes à plus de 4 mètres en certains endroits. Beaucoup de murs ont été renversés"

Journal des débats politiques et littéraires 11 mars 1844

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1874 : Incendie

"La magnifique filature d'Arnaville, le premier village en France sur la route de Metz à Nancy, vient d'être entièrement dévorée par un incendie.

Les portes sont énormes. Un grand nombre de Messins, ayant opté pour la nationalité française, s'étaient fixés dans ce village."

Journal des débats politiques et littéraires 25 décembre 1874

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1909 : Construction d'un abattoir

"La petite commune d'Arnaville, près de Pagny-sur-Moselle, qui compte 800 habitants et deux bouchers, vient d'en construire un qui lui coûte 3.000 francs. Le plan et l'installation ont été étudiés par la maison Diemer et Edelmann, à Esbly. C'est un bâtiment unique en moellons taillés, à murs cimentés à l'intérieur, à sol dallé, à toiture en tuiles, garnie de hourdis en ciment dispensant dé plancher de haut.

Un treuil perfectionné à double câble métallique et barre de levage-écarteur fixe, permet l'abatage, le dépeçage et l'habillage du gros bétail.

A l'autre extrémité de la salle sont abattus les porcs ; une cuve d'échaudage à chauffage direct y est installée et au-dessus se trouve une voie aérienne qui parcourt la salle en travers, puis en long au-dessus de la barre à chevilles destinée à l'accrochage des porcs, des veaux et des moutons.

En somme, quatre murs cimentés, un sol dallé et un aménagement intérieur moderne. Nous insistons tout particulièrement sur le caractère de simplicité du bâtiment, en même temps que sur le perfectionnement de l'outillage et la saine application des règles hygiéniques. "

Rapports et délibérations - Conseil général du Doubs- Août 1909

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Arnaville : incidents de frontières

samedi 24 mai 2014, par Anne Auburtin

De 1871 à 1918, Arnaville fut un poste frontière et bien sur, outre l'affaire Schnaebelé,  les incidents ne manquèrent papoteau_frontiere.JPGs.... En voici quelques uns tels que vus par les journalistes de l'époque.

1888

"La Dépêche  de l'Allemagne du Nord rapporte qu'un receveur de douanes allemandes, M. Arbogast et sa femme qui se rendaient à pied au village d'Arnaville, situé à la frontière, auraient été insultés par plusieurs jeunes gens qui les auraient sommés de montrer leurs passeports. La Gazette de l'Allemagne du Nord ajoute que cet incident prouve que le pays voisin est une contrée sauvage (sic), et qu'on devra bien réfléchir avant de le visiter."


Journal des débats politiques et littéraires 2 août 1888

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1903

"On mande de Nancy qu'un incident, dont on ignore jusqu'à présent la portée, aurait eu lieu sur le plateau de Gorze, dit « Haut-du-Rupt-de-Mont~, à Arnaville. Voici les faits tels que la dépêche les rapporte
Un escadron du 13ème  dragons bavarois avait franchi la frontière. Des vignerons qui travaillaient près de l'endroit de la halte, aperçurent les premiers les Allemands. ils furent stupéfaits de voir que les dragons prenaient des points de repère pendant que le capitaine expliquait, à ses hommes la topographie du terrain.
Les Allemands restèrent plus de trois quarts d'heure, et, à diverses reprises, les paysans entendirent le capitaino.et le lieutenant de l'escadron prononcer des noms de villes françaises Pont-a-Mousson, Pagny-sur-Moselle.etc. Un poste vedette de douaniers français vint prévenir le commandant du détachement bavarois et l'invita a quitter le territoire français. Les Allemands remonteront à cheval et regagnèrent Novéant. "


Journal des débats politiques et littéraires 18 avril 1903


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1909


"A propos d'un espion. Un certain nombre de. journaux ont relaté l'arrestation à Arnaville d'un espion nommé Paumy, dénoncé par des sous-officiers français, auxquels il s'était adressé pour se faire livrer des documents intéressant la défense nationale.
Cet individu, âgé d'une vingtaine d'années, aurait opéré également à Bourges. La Sureté Générale a envoyé ici un inspecteur pour faire une enquête à ce sujet. "


Journal des débats politiques et littéraires 18 août 1909


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1913

"LES JEUNES ALLEMANDS DE METZ A LA  FRONTIÈRE Les journaux messins rendent compte des péripéties d'une excursion mouvementée que des jeunes Allemands entreprirent dimanche à la frontière franco-allemande et qui faillit provoquer un incident. Il existe à Metz, de même que dans beaucoup de villes d'Allemagne, des groupements de  "pfadfinder" (trouveurs de sentiers), qui correspondent à peu près comme organisation aux éclaireurs en France et aux boy-scouts en Angleterre. Ces jeunes gens de quatorze & quinze ans portent un uniforme et arborent une casquette plate à cocarde noir-blanc-rouge. Instruits par des officiers de l'armée active ils prennent part à toutes les revues  militaires qui se passent à Metz. Un groupe d'une quinzaine d'entre eux débarqua, en costume, à la gare frontière de Novéant, précédé de deux fanions aux couleurs allemandes, pour se diriger sur Arnaville. Au poteau frontière, ils prirent soin de rouler leurs fanions et se dirigèrent au pas vers le bureau de la douane française, suivis de leurs parents et d'amis qui marchaient à quelque distance derrière eux. Le Lorrain, qui raconte tous ces détails, dit que les "pfadfinder" furent arrêtés par le brigadier des douanes qui les engagea à s'en retourner. Mais les jeunes gens insistèrent, en proposant de laisser leurs casquettes et leurs fanions afin qu'on les laissât passer. Mais le brigadier, inflexible, les empêcha de pénétrer sur le territoire de la commune d'ArnaviIle. La troupe rebroussa donc chemin, mais à environ 30 mètres du bureau des douanes les "pfadfinder" arborèrent de nouveau leurs fanions allemands, alors qu'ils se trouvaient encore en France. Les douaniers les .suivirent et leur firent observer leur incorrection. Alors les jeunes  drôles ripostèrent d'une façon insolente, mais la foule s'étant assemblée, ils finirent par déguerpir.


Journal des débats politiques et littéraires 23 mai 1913
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Arnaville : le scapulaire miraculé

dimanche 7 septembre 2014, par Anne Auburtin

Source du texte : Notre-Dame de France, ou Histoire du culte de la sainte Vierge en France depuis l'origine du christianisme jusqu'à nos jours,.... Besançon et Lyon / par M. le curé de Saint-Sulpice [A.-J.-M. Hamon] et lettre de L'évêque de Metz

Arnaville possède la chapelle de Notre-Dame de Pallon, doublement célèbre, et par sa statue, et par sa confrérie du Scapulaire. Sa statue fut trouvée, vers l'an 1500, dans des branches de sureau; les prières faites a ses pieds obtinrent, entre autres miracles, la résurrection de plusieurs enfants mort-nés; on lui éleva, en conséquence, une chapelle à l'endroit même où elle avait été trouvée, et un pèlerinage s'y établit. Sa confrérie du Scapulaire acquit de la renommée, tant par les indulgences dont l'enrichit Alexandre VIII, que par l'apaisement d'un incendie, grâce à ce saint habit. C'était le9 juillet 1719 ; un feu violent dévorait une maison particulière. Un de ceux qui étaient accourus pour l'éteindre jette son scapulaire au milieu des flammes ; a l'instant le feu s'arrête, épargnant les maisons qu'il allait consumer; et, au bout d'une heure, le scapulaire se retrouve intact, suspendu à une poutre enflammée. L'évêque ordonne une enquête, constate le fait, et pour en perpétuer le souvenir, ordonne que, tous les ans, le deuxième dimanche de juillet, il se fera, de la chapelle de Pallou à travers toutes les rues du lieu, une procession solennelle suivie de l'hymne d'actions de grâces, Te Deum laudamus 

Henri Charles de Combloux, par la permission de Dieu, Evêque de Metz, Prince du Saint empire, duc de Coislin, Pair de France, Baron des anciennes baronnies de Pontchâteau et de la Roche Bernard, Pair et Président des états de Bretagne, Premier Baron de Champagne, Comte de Crécy, et autres lieux ; Premier Aumônier du Roi, et Commandeur de l'Ordre du Saint Esprit

Vu la requête à nous présentée par les maîtres et associés de la confrérie de Notre-Dame du Saint-Scapulaire, érigée en la chapelle de Pallon, hameau dépendant du village d'Arnaville, de notre diocèse, à ce qu'il nous plaise permettre de faire informer des faits par eux exposés, concernant la conservation miraculeuse d'un scapulaire dans son entier, au milieu du feu, pendant un incendie arrivé audit lieu. Notre décret du deuxième décembre dernier, portant commission au sieur Esselin, curé de Bayonville, pour informer des dits faits, circonstances et dépendances, tendresse et procès-verbal, pour icelluy à nous rapporter, être statué ce coca appartiendra, autre requête présentée par les 10 m et associés de ladite confrérie au dit sieur et cela, pour être par lui préfixés jours, lieu et heure, pour faire assigner les témoins qu'il désire faire entendre, et nommé un sergent commis pour donner les assignations. Décret du dit sieur et cela, du 15e décembre dernier, portant désignation du 20 unièmes du dis-moi, à 10 heures du matin et deux heures de relevée, et de la maison Currier , entendre les 10 témoins, et commission agents Estienne, habitant d'armes à ville, pour faire tous actes et signification. Procès-verbal d'information faite par le dit sieur et cela, au lieu d'un avis, le dit jours 21e décembre dernier, composé des dépositions de 20  témoins.

Tout considéré.

Le saint nom de Dieu invoqué ; et après avoir eu la vie de plusieurs théologiens versés dans la science des dogmes catholiques et des saints canons ; nous avons déclaré et déclarons par ces présentes, qu'il y a preuve suffisante dans l'information, que le neuvième de juillet dernier, dans le fort de l'incendie arrivé au dit hameau de palombe, a scapulaire ayant été jeté au milieu du feu qui consumait la maison du nommé Didier Naudin, ledit scapulaire étend resté dans le feu pendant plus d'une demi-heure, fut conservé entier est retiré d'une poutre embrasée, sans avoir été aucunement brûlé ni endommager ; que toutes les circonstances de ce fait prouvent solidement que Dieu a voulu récompenser la foi et la confiance en l'intercession de la bienheureuse vierge mère de Dieu, par un miracle public et dûment avéré : et désirant que la mémoire d'une scie insigne faveur du ciel, soit conservé et servi à l'édification des fidèles, et à l'augmentation du culte de la très Sainte vierge si bien établie par toute la tradition de l'église ; nous ordonnons que tous les ans, à perpétuité, on ajoutera le second dimanche de juillet aux pieuses cérémonies et dévotion qui se pratique par  ses associés de ladite confrérie, au dit lieu de Pallon, une procession autour du dit hameau, au retour de laquelle on chantera le Te Deum en action de grâces de ce miracle, dont il a plu à la divine bonté d'honorer le dit lieu, et fortifier la foi et la dévotion de ce qui recourt à lui par une loi plus confiance à l'intercession de la bienheureuse Marie ; et seront les présentes enregistrées en notre chambre épiscopale. Donner Amesse, en notre palais épiscopal, sous notre sein, le sel de nos armes, et le contreseing du secrétaire de notre dite chambre, le 12e janvier 1720.

Henri – Charles  de Combloux, évêque de Metz, duc de Coislin.