généalogie et histoires lorraines

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Category US, COUTUMES ET EVENEMENTSMétiers › L'exploitation de la forêt

Bucherons, flotteurs, schlitteurs mais aussi gruyers, beaucoup de vosgiens vécurent de la forêt, de son exploitation.

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Source de l'image : Photos Libres

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Le gruyer (ou verdier)

samedi 17 novembre 2012, par Anne Auburtin

On voit dès la première moitié du XIV° siècle, les officiers des grueries intervenir dans la gestion des forêts ducales soit dans le Barrois, soit en Lorraine.

Chaque province sera ensuite dirigées par un grand gruyer, offices créés par ordonnances su 20 avril 1464 pour la Lorraine et du 1er avril 1550 pour le Barrois.

Originairement, le droit de gruerie était une taxe que le Souverain prélevait notamment sur certains bois appartenant aux gens de mainmorte : dès l'origine, les gruyers furent à la fois  comptables et administrateurs et cette dualité de fonction durera jusqu'à l'occupation française en 1681.

Les comptes de grueries contiennent de véritables règlement pour l'exploitation des forêts ducales.

Le gruyer est assisté du "contrerolleur" ou contrôleur qui frappe au corps de son marteau les arbres qui ont été marqués à la racine par le gruyer et dresse un compte de gestion devant permettre de vérifier celui du gruyer.

L'organisation de la gruerie était complétée par l'arpenteur-juré, chargé d'asseoir les coupes et de les diviser en lots de vente de 1 ou 2 arpents, et par les gardes ou forestiers  affectés à la surveillance et à la constatations des délits, dont ils devaient faire au gruyer un rapport verbal dans un délai assez court. Les gages de ces forestiers étaient très faibles mais ils touchaient des émoluments pour leur participations aux opérations, les délivrances faites aux usagers. Ils avaient droit également à une part des amendes pour les procès verbaux qu'ils avaient rapportés

Les gruyers connaissent des délits commis dans les forêts du domaine et dans les bois des communautés relevant des hautes justices ducales : les amendes qu'ils avaient été "échaquées" étaient soumises à la ratification de la Chambre des Comptes de Lorraine ; il en était fait état et recette dans les  comptes de gruerie au même titre que le produit des ventes de bois et de chablis.

Le Duc Léopold réorganisa les grueries en maintenant des receveurs spéciaux pour les produits des bois ; les gruyers, déchargés de leur fonction de comptable, cumulèrent fréquemment leur emploi avec celui de prévôt.

En 1701, il divisa les Duchés en 5 départements forestiers, dirigés chacun par un commissaire général  réformateur.

Ces commissaires généraux réformateurs, constitués en Chambre spéciale, tranchaient toutes les questions forestières, notamment celles se rapportant à l'aménagement des forêts, aux délivrance d'arbres de futaie, aux défrichements et à l'exercice des droits d'usage.

En 1720, cette chambre fusionna avec le Conseil des Finanbces sous la dénomination de Conseil des Finances et des Eaux et Forêts.

Un édit de mars 1727 attribua aux commissaire réformateurs les titres de grand gruyer.

Un édit de décembre 1747 supprima les grueries et répartit les forêts lorraines en 15 maitrises particulières. Les grands gruyers furent supprimés en 1747 et remplacés en 1756 par un seul grand'maitre.

la vie quotidienne du bûcheron

Le travail

L'industrie du bûcheron consiste à abattre les arbres et à façonner le bois. Dans les bois feuillus, il fend le bois, le dispose en cordes et en fagots, puis le transporte sur le bord des chemins de vidange. Dans les sapinières, il scie les arbres en fronces (morceaux) de la longueur des planches, les écorce, puis les amène, à bras ou en schlitte (espèce de traîneau) jusqu'aux chemins, d'où les fronces sont conduites, par voiture, aux scieries ou aux dépôts. Il met aussi en fagots les branches et cimeaux (bouts de branches du sommet des sapins).

Il est payé à la corde de 4 stères, ou au cent de fagots, à raison de 4 ou 6 fr., selon la difficulté de l'exploitation ou des distances où il doit rendre le bois. Dans les nettoiements et éclaircies, il est payé à raison de 6 fr., à cause du temps que demande l'élagage des arbres. L'abattage et l'ébranchage d'un sapin se paient par fronce ou par pièce de charpente, à raison de 75 à 90 centimes, par pied d'arbre, et en outre 15 centimes pour scier l'arbre en fronces. Le prix pour rendre les fronces sur les chemins, varie de 30 à 60 centimes, selon le travail, qui n'est pas toujours sans danger dans les montagnes où la pente est très forte.

Le travail du bûcheron lui rapporte (vers 1860) en été de 9 à 10 fr. 50 par semaine (de 6 jours) et en hiver de 0 à 7 fr. 50. S'il travaille pour la commune, il n'est payé qu'après l'ouvrage entièrement terminé. Si c'est pour des particuliers, il reçoit des acomptes à proportion de l'avancement de l'ouvrage.

Du 15 avril au 15 octobre, il travaille dans la haute montagne, à 10 ou 15 kilomètres du village. Dans cette saison, Il part pour la forêt le lundi de 3 à 4 heures du matin et ne revient au village que le samedi soir. Il emporte sa provision de vivres pour la semaine. Il s'est construit un abri en terre et en feuillage. C'est dans cette cabane qu'il prend ses repas et qu'il trouve, sur un lit de mousse et de bruyère, un sommeil réparateur. En hiver il travaille dans les coupes rapprochées du village. Il quitte la maison à 6 heures du matin et y rentre tous les soirs. Il utilise les heures de la veillée, en fabriquant à l'aide de son couteau, ces lanières de hêtres et de bouleau qui sont le moyen d'éclairage usité dans le pays. Il ne rentre pas une fois au logis, sans avoir sur les épaules une bonne charge de bois sec.

Passant en moyenne 280 jours par année en forêt, il ne prend qu'une très faible part aux travaux agricoles de la maison et seulement aux plus rudes; aux labours à la main, à la fenaison et à la moisson. Il ne va que par rare exception et seulement dans les moments de presse, en journée chez son cultivateur qui le paie à raison de 1 fr. 25 par jour en hiver et de 2 fr. en été.

Le repas du bûcheron

 En été, du 15 avril au 15 octobre, le bûcheron, qui va passer la semaine eu forêt, emporte sa provision de vivres, qui se compose de 16 kilos de pommes de terre, 2 kilos de pain de seigle, 750 grammes de beurre et un demi kilo de sel. Il a une petite marmite, au moyen de laquelle il se fait ou de la soupe ou de la pata (ou patée ; en allemand stampfer-, espèce de purée de pommes de terre). Il fait quatre repas par jour: Le premier, de 6 heures à 6 h. 1/2 du matin, se compose d'une soupe aux pommes de terre avec un peu de pain ; le second à midi, le troisième à 4 heures, composés de pommes de terre cuites sous la cendre, sans pain ; le quatrième à 8 heures du soir, est composé d'une pata, avec un peu de pain. Le tout est arrosé avec l'eau de la source la plus voisine.

En hiver, il ne fait en forêt qu'un repas à midi, dont des pommes de terre cuites à l'eau ou sous la cendre font tous les frais, avec un peu de pain de seigle.

 

images de schlittage

vendredi 14 décembre 2012, par Anne Auburtin

"La schlitte, encore appelée zlitte ou hhlite selon certaines variétés dialectales alsaciennes et vosgiennes, est une sorte de traîneau ou de grosse luge à l'armature légère et assez souple en bois, réservée à divers usages traditionnels de transport agricole et forestier dans la montagne vosgienne ou en Forêt-Noire, utilisé jusqu'à la deuxième guerre mondiale avant la mécanisation du monde agricole.

Ce mot très ancien d'origine celto-germanique est utilisé de part et d'autre de la frontière linguistique de l'Alsace et des Vosges." (Source wikipédia, article : schlitte)

Les images de schlittage qui suivent sont extraites de "Les bûcherons et les schlitteurs des Vosges" de Alfred Michiels illustré par Théophile Schuler (1857) que vous pouvez consulter sur Gallica.

Un traineau bien chargé !

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Vidange des tronces avec l'avant-train

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Schlittage des tronces

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Chargement des schlittes

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Schlittage du bois de chauffage

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Schlittage des fagots

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images de bûcheron

Les images de bûcheronnage qui suivent sont extraites de "Les bûcherons et les schlitteurs des Vosges" de Alfred Michiels illustré par Théophile Schuler (1857) que vous pouvez consulter sur Gallica.

L'arpentage d'une coupe

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Le martelage

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L'ébranchage

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L'abatage

L'attaque à la scie

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L'abatage à la hache

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La chute

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Écorçage, nettoiement, façonnage des tronces et du bois de chauffage

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La pause

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Forestaux, Restorez , Regnyaulds, Arrentès

vendredi 11 janvier 2013, par Anne Auburtin

 Source : Annales de la Societe d emulation du departement des Vosges 1892. 1. 68e année page 301

Les ducs de Lorraine et le couvent de Remiremont étaient propriétaires de toutes les forêts des Hautes-Vosges.

Les ducs, comme voués du couvent étaient parvenus à empiéter sur les droits de l'abbaye et, pour la plupart des fiefs, partageaient les droits et redevances - le pariage. Il y eut bien des conflits, bien des transactions qui enchevêtrèrent de singulière façon la géographie territoriale de cette contrée et il s'ensuivit une situation des plus compliquées pour les sujets.

En dehors des mairies et bans, on trouve des communautés qui portent le nom de Foresterie, d'Arrentés ; des groupes d'habitants soumis à un régime particulier que l'on appelle Forestiers, Francs-Chazaux, Restaurables ou Restorés, Regnyaulx, Arrentés, Ecclésiaux... Tous répandus, épars dans les bans, relevant du souverain, du chapitre de Remiremont, de seigneurs particuliers.

Foresterie. Forestaux.

La forêt resta indivise à l'époque de l'indépendance gauloise ; elle appartint le plus souvent au fisc sous la domination romaine ; et, avec les Francs elle devint la propriété des rois, puis des seigneurs, des monastères. Ce n'est que beaucoup plus tard que l'on voit des particuliers en devenir propriétaires.
La Sylva gallo-romaine devint Foresta avec les Francs. Les rois donnèrent aux moines, à leurs fidèles, des concessions de forêts, des droits de chasse, limités à certaines zones que l'on appelait Forestae. Mais ce terme de Forestés, Forestoe dévia promptement de sa signification première et au lieu de se rapporter aux droits de chasse, de pèche, il désigna tous droits quelconques sur une propriété boisée  ; ainsi la faculté de défricher : . protestatem haheat in eà foreste stirpandi (1010). »

Des concessions faites, par les ducs, les monastères, aux serfs n'avaient d'autre but que de défricher et mettre en état de prairie ou pâturage ces zones forestières. Si on accorda à ces concessionnaires le droit de chasse, ce ne fut qu'accidentellement , quand le grand nombre d'ours, de loups était la cause d'accidents nombreux et que le souverain ne pouvait se refuser aux demandes des habitants d'organiser des battues. Ce nom de Forestaux que l'on retrouve donné à des groupes d'habitants des bans de Vagney, Longchamp et Moulin n'a pas d'autre origine : ils étaient - à des conditions déterminées - les concessionnaires de terrains boisés qu'ils devaient mettre en culture. On prenait en concessions de ces zones forestières que l'on appelait Forestoe ; celles-ci avaient une certaine étendue : chaque fois que l'on procédait à la reconnaissance des limites des seigneuries et des maisons nouvelles et anciennes qui en dépendaient - opération que l'on appelait Cerche ou Féauté - on constatait l'état de la seigneurie des Forestaux; toute personne qui bâtissait sur les dites terres devenait un sujet soumis aux mêmes charges que les autres.

Tout sujet décédé sans héritier légitime était mainmortable; ses meubles revenaient au seigneur, même quand il avait quitté le pays ; du moment qu'il était parti sans une lettre d'affranchissement de cette servitude, le seigneur pouvait saisir ses meubles partout où il pouvait les trouver, même dans les régions où l'on ne reconnaissait pas la main-morte.

Les habitants avaient à payer diverses redevances, entre autres une taille de 15 francs.

On trouvait de ces forestaux dans les bans de Vagney, Moulin (Saint-Nabord), et Longchamp (Rupt).

"Au ban de Moulin, dit Bugnon, est un lieu composé de quelques habitants et des Granges dites de la Foresterie et des Franches-Gens ; Morigneux, Lacheté, Criolle, Puxieux (Puzieux), Haut-Moutard (Houmantard), Olinchamp (Olichamp), Montègue (Montaigu), Rainfain (Ranfaing), Beaupré, Bouchot (Bouchaux), Faillier (Faillières), Prey-Brayeux, Heuchères (Huchéres) et Neuves-Granges, le tout prévôté d'Arches" (Aujourd'hui commune de Saint-Nabord.)

Au ban de Vagney, se trouvait une autre foresterie donnée par acte d'avril 1285 par le duc Ferry à "son cousin Ferry seigneur du Châtelet"

Le duc donne "tout ce quan que je ay et puis et doive avoir on ban et on finage de Wanbeugney en la mairie de la ville et don Vaul et des appendisses sur les hommes,.., si que rien n'y retenons sur les hommes et doing et octroy encore audit seigneur Ferry..„ les forestiers de Wanheugney en hommes et en femmes, en prises, en tailles, en chevauchées et bon ban et la justice haute et petite, les rentes et les issus quan que je y aye et puis et doie avoir esdits forestiers et ez Chessauls et toutes les choses qui appartiennent asdits forestiers en quelque lieux qu'ils soient et puet retenir ledict sire Ferry tous hommes qui n'auront là demeurey en si comme je faisoie ; fuers que quatre hommes que je retiens tant seulement esdits forestiers aux et leur tenours et leurs hoirs...!A sçavoir que je retient mes hautes forêts et mes gueux bannaux en tel manière que ly homme, ]ou dit seigneur de Chaisteillet, del mairie et de la Fouresterie de Wahengney, et s'il qui vauront demourey, les dessous luy et ses hoirs, ce de ly défailloit, ont lour usuaires en mes hautes forêts sans vendre et sans exarter et peuvent exarter ly où ils ont autrefois exarter et donnons et octroyons... ».

Le Franc-Chazau ou Chessauls était la maison située à Vagney où se trouvait le siège de la justice de cette seigneurie.

Il y avait enfin des Forestaux dans le ban de Ramonchamp. La seigneurie de la Foresterie était composée, au XVIII° siècle, des villages du Thillot, Fresse, Saint-Maurice, le Pré-Demmerais, Le Ménil, Remanviller (en partie) "et plusieurs maisons situées en divers lieux à l'entour de ces villages sur les héritages et terres de la dite seigneurie, tous lesquels villages et maisons sont composés non seulement de maisons, hommes et sujets, mais aussi d'héritages et terres de la dite seigneurie de la grande mairie du ban de Ramonchamp par confins, limites et autres marques qui se connaissent lorsque la féauté dudit ban se conduit ."

Ces Forestaux se perpétuaient non seulement par leurs enfants et héritiers, mais par de nouveaux qui venaient s'installer dans ces zones forestières. Il en résulta qu'il y eut des « viez frontiers et des novelz » : des vieux Forestaux et des nouveaux. Tous les trois ans, il y avait un recensement.

Hommes restaurables ou restaurés. - Regnaulx ou Reynyaulx

L'abbaye de Remiremont possédait d'énormes bien dans les Hautes-Vosges. Les ducs de Lorraine, propriétaires eux-mêmes de grandes fôrets dans cette région, parvinrent à s'emparer d'une bonne part d'autorité dans ces domaines monastiques. De là des droits de toute nature qui leur permettaient d'intervenir dans le gouvernement intérieur du domaine du chapitre de Remiremont.

Dans certains bans, les souverains lorrains possédaient des groupes d'hommes, en nombre fixe, que l'on devait toujours remplacer quand il en mourrait ou disparaissait un. Il y avait une véritable substitution,qui a fait donner à ces sujets des ducs lorrains d'hommes restaurables ou restorez. "Item ay emporté on dit ban [Girancourt], treize hommes restoretz qui ne me puellent faillir, car quand il en meurt ung, le ban est tenu m'en restorer ung autre, trois mailles plus ou trois mailles moings... et me doient yceulx hommes restorez chascung an deux tailles et pour chacune taille dix florins tollois..." (1498)

De même, le ban d'Arches doit au duc :"trente froutiers raitorable et les prant-on dedens les bones de la frouterie aussi bien suix lai mairie de Bruieres comme d'Arches" (1366)

Le couvent de Remiremont doit à "Monseigneur lou duc douze pachours (pècheurs) raitourables pour servir de vives trutes (truites vivantes) (1366)

Au ban de Girancourt le duc a : "Encore six hommes appelée Regnyaulx à moi seul qui me doivent chacun an la taille  par deulx foys... " (1498).

Ces Reynyaulx devaient occuper des concessions données dans la forêt de Regnaulvoid (Reynalwoid), qui dépendait du ban de Girancourt.

Il arrivait que, pour cause de peste, guerre, la population, par trop réduite, ne pouvait restorer les hommes dus au duc Ainsi, en 1474, pendant les guerres des Lorrains et Bourguignons, le ban d'Uxegney se trouva dans l'impossibilité de restorer les hommes tués ou disparus : « Anciennement le ban d'Uxegney avait quatre-vingts ou cent mesgnies (familles) d'ommes et hussent nos prédécesseurs droict sur iceulx prendre treize hommes restorez... il est advenu que par les grandes guerres qui longuement avait heu cour, que ledit ban d'Uxegney estoit réduit à telle pauvreté et de population qu'il n'y avoit demeuré fors due deux ou trois hommes... » . Le duc René renonça pour trois ans à prendre ses treize hommes (1476).

Arrentés

L'Arrentès est postérieur aux Foreslaux, aux Restorez. Les ducs, afin d'aider au peuplement de la montagne, donnèrent des multitudes de concessions moyennant redevances. Ces ascensements prirent leur développement à partir du XVIe siècle. La population en demanda avec empressement. Les ducs y avaient double intérêt : Ils peuplaient d'abord une région presque inhabitée et improductive ; puis, en augmentant le nombre de ces redevanciers, ils diminuaient l'influence du chapitre de Remiremont, puisque les concessionnaires dans les régions communes au chapitre et aux ducs relevaient des deux propriétaires. Les choses prirent un tel développement que le chapitre se refusa à tout acensement sur les terres en pariage. Par contre, sur les domaines où il était seul maître, il donna nombre de ces acensements, on les appela des Ecclésiaux; tandis que les autres (ceux des ducs) portèrent le nom d'Arrentès.C'était bien en effet une rente, une somme en argent qu'ils payaient au domaine ducal Il y eut des vieux Arrentès et des nouveaux Arrentès, les uns et lés autres n'étaient en résumé que des Censitaires.

Ces Arrentès, épars dans la région montagneuse qu'ils peuplèrent bien vite, finirent par se constituer en communautés.

Dans le baillage de Remirernont, on relève en 1751 :

  • Les Arrentès de Chaumont, formés de granges éparses et du hameau de Fallières (Saint-Nabord).
  • Les Arrentès de Cleurie,  répandues dans différentes granges du ban Saint-Joseph (Tholy, La Forge).
  • Les Arrentès du ban de Saint Joseph. (Cleurie, La Forge).
  • Les Arrentès de Saulxures.
  • Les Arrentès du ban de Vagney, répandus dans différents lieux du ban.
  • Les Arpentés de Xamontarupt qui, avec Xamontarupt,formaient une communauté,

Dans le  Bailliage de Bruyères :

  • Les Arrentès du ban de Corcieux composés de maisons situées à Vanémont, Ruxurieux et Mariémont.
  • les Arrentès au-dessus de Granges, communauté composée de sujets et de  maisons répandus dans le ban de Granges.
  • Les vieux Arrentès de Granges, où sont les hameaux de Cherrière et Fay et répandus dans le ban de Granges.
  •  Les nouveaux Arrentès de Granges, répandus dans le ban de Granges.
  • Les Arrentès d'Ivoux, communauté composée d'Yvoux, - village, et des cesses du Closel, Neuf-Pré, etc.,, (commune de La Chapelle, canton de Corcieux).

Ainsi, en 1789, il y avait dans la montagne onze communautés formées par des Arrentès. Aujourd'hui il n'en reste plus qu'une : celle des Arrentés de Corcieux.

A ces Arrentès il faut ajouter les Granges, Censes, etc .,, qui se trouvaient dans les mêmes conditions, mais qui n'avaient pas été constituées en communauté.

 Forestaux, Restorez , Regnyaulds, Arrentès formaient une population à part, à qui nous devons la mise en culture, en prairies et pâturages de toute la région des Hautes-Vosges. C'est à partir du XIIIe siècle que les chartes nous montrent les tentatives de peuplement de la montagne par les ducs de Lorraine: en 1285 le duc Ferry s'associe au sire de Radstatt pour créer une ville neuve dans  les lieux appelés LongueMer et Gérardmer. C'est aussi à cette époque (1295) qu'il est parlé pour la première fois de Forestaux, ce qui nous permet d'en conclure qu'il y en avait déjà avant cette époque. Mais c'est surtout à partir du XVIe siècle que ce mouvement s'accentua: C'est à ce moment que Cercenées, Granges, Arrentès sont créés et se développent avec la  plus grande rapidité. C'est à cette époque que la montagne commença à se peupler réellement.

la vie quotidienne des bucherons en images

lundi 18 novembre 2013, par Anne Auburtin

Auteur : Schuler, Théophile. Illustrateur Éditeur : Simon E (Strasbourg) Date d'édition : 1854 - Gallica

Baraque de bûcherons dans les bois (extérieur et intérieur)

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La soupe

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La sieste des bûcherons

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Travail des femmes dans la forêt vosgienne en images

mercredi 20 novembre 2013, par Anne Auburtin

Auteur : Schuler, Théophile. Illustrateur Éditeur : Simon E (Strasbourg) Date d'édition : 1854 - Gallica

Un jour de permission (=d'autorisation de ramasser le bois)

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Petites industries dans les bois

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Greffier de la maitrise et de la reformation des Eaux et Forêts

lundi 7 avril 2014, par Anne Auburtin

Tel est le titre que porte le parrain d'un de mes ancêtres lors de son baptême au XVII° siècle .

Qu'est-ce que ce métier ? Fouillons un peu Wikipédia. et les dictionnaires.

Maîtrise des Eaux-et-Forêts. n. f. 1359. Siège des Eaux et forêts. La juridiction des Eaux et Forêts est instituée dans le royaume début XIVe s. afin de contrôler, surveiller et juger toutes les activités liées à l’exploitation des bois, à la chasse et à la pêche.
L’organisation des Eaux et Forêts sera définitivement mise en place par l’ordonnance ou Code forestier de Colbert en août 1669 : 1 grande maîtrise par généralité, subdivisée en maîtrises particulières. Cette juridiction d’exception se composait de 3 niveaux :
En première instance, la maîtrise particulière ou gruerie royale. Cette maîtrise est généralisée dans chaque bailliage ou sénéchaussée à partir de 1555.
Ce tribunal se compose :
- d'un maître, puis d'un maître particulier à partir de 1575, qui en matière judiciaire connaît de tous contentieux civils et criminels relatifs aux eaux et forêts et juge les violations aux règlements sur la chasse et sur la pêche. Ce maître est un officier royal qui a inspection et juridiction sur les eaux et forêts du Roi, des communautés laïques et ecclésiastiques, et de tous les autres sujets du Roi, pour la police et la conservation de ces sortes de biens. Quelques seigneurs conservèrent à leurs juges des Eaux & forêts le titre de maître particulier; mais quand ces officiers se présentaient pour être reçus à la Table de marbre, ils prêtaient serment comme gruyers, et n'avaient point séance à la Table de Marbre comme les maitres particuliers royaux.
- d'un lieutenant.
- d'un garde-marteau, officier dépositaire du marteau spécial avec lequel se marquait le bois à couper dans les forêts du roi.
- d'un procureur du roi.
- d’un greffier et des huissiers.
En seconde instance, la grande maîtrise des Eaux et Forêts, une par généralité. La Généralité d’Orléans avait 2 grands maîtres, l'un ancien, l'autre alternatif.
En dernière instance, les Tables de Marbre établies auprès des parlements d'Aix, Bordeaux, Dijon, Grenoble, Paris, Rennes, Rouen, Toulouse, Tournai . Chaque Table de Marbre jugeait soit à l’ordinaire, comme une grande maîtrise, soit, à dater de l'édit de mars 1558, en dernier ressort, en tant que Table de Marbre.
À l’ordinaire, le lieutenant général du Grand Maître jugeait des appels des jugements des maîtres particuliers de son ressort. Les jugements à l’ordinaire pouvaient être portés en appel au Parlement.
En dernier ressort, la Table de Marbre rendait des jugements souverains prononcés par les lieutenants général et particulier et les conseillers de la Table de Marbre associés à des magistrats du Parlement et placés sous la présidence du premier président du Parlement. Dans ce cas, la procédure suivie était celle du Parlement.

Le personnel de la Table de marbre était complété par un greffier, qui tenait les registres du tribunal et expédiait les actes de la souveraine maîtrise.

Le XVIIe siècle, les réformes du ministre Colbert

Arbres avec exemples de pièces de bois pour la construction navale. Les réformes de Colbert sur les forêts ont pour but essentiel d'approvisionner en bois les arsenaux de marine (gravure du XVIIIe siècle, Encyclopédie méthodique Marine).

C’est au XVIIe siècle que la forêt française vit un grand chambardement: en peu de temps, les revenus de la forêt royale se voient multiplier par 10, lorsque Colbert entreprend une grande réforme de l’administration forestière qui dure près de 20 ans. Le principe d’une réformation générale des forêts est adopté au Conseil du Roi le 15 octobre 1661, ordonnant fermeture des forêts domaniales. De nombreux décrets et édits paraissent en faveur des bois de marine. Sous Colbert, 70 000 arpents de bois sont réintégrés au domaine royal et les forêts du Canada le fascinent : « c'est un trésor qu'il faut soigneusement conserver ».

L'ordonnance de Saint-Germain-en-Laye (13 août 1669) instaure des règles strictes de martelage : les prélèvements forestiers tiennent compte de la possibilité des forêts. Une instruction de Colbert aux Commissaires réformateurs sort en 1663, concernant les forêts appartenant au clergé, sur lesquelles le roi a désormais « droit de gruerie », ce qui permet de multiplier par 20 les recettes des forêts royales, passant de 50 323 livres en 1662 à 1,05 million de livres en vingt ans, selon l'historien Michel Vergé-Franceschi. En Bretagne, les droits de chauffage sont révoqués ou révisés. Dans les Pyrénées et en Auvergne, des milliers de plans d'inventaire sont adressés à Colbert par Louis De Froidour de Sérizy.

Des hommes, comme Louis De Froidour de Sérizy, Lieutenant Général des Eaux & Forêts depuis 1651 sont nommés Grands maîtres des Forêts. L’ordonnance de 1669 divise le domaine forestier en 18 « grandes maîtrises » et 134 maîtrises. L’édit d’avril 1667 est alors appliqué, portant suppression des anciens offices de Grands maîtres et réductions du nombre d’officiers des maîtrises particulières à un maître particulier (caractérisé par son épée), un lieutenant (caractérisé par sa longue robe), un procureur du Roi particulier (caractérisé par sa longue robe), un garde-marteau, arpenteur, greffier, gruyer, huissier et autre audiencier, le Garde général (caractérisé par sa casaque brodée et son épée) et un nombre de gardes suffisants. Un nouvel édit en 1689 a créé 16 Grands maîtres.

En 1694, l’administration royale chargée des forêts attribue aux sergents et gardes la surveillance et police de la forêt, et aux officiers de la maîtrise la tenue des audiences forestières.

Plusieurs marteaux existent à cette époque, dont le marteau royal (plus tard le marteau de l’État), les marteaux particuliers des agents, le marteau des arpenteurs, le marteau des adjudicataires et le marteau des agents de la marine (non décrit ici). Le marteau royal, d’abord un cercle à trois Fleurs de Lys, il n’en garda plus qu’une lors des grandes réformes de Maître Colbert. Ce marteau servait uniquement au marquage en réserve, et bénéficiait de grandes précautions pour la sûreté. Le marteau particulier des agents du royaume doit avoir une circonférence différente du marteau du Roi, et était empreint de l’arme (Grand maître) et des premières lettres du nom et surnom (le reste des agents). Ce marteau sert principalement au marquage des bois en délit. Les mêmes règles pour le marteau des arpenteurs, sauf qu’il servait à délimiter la coupe (coupe celui de la Maîtrise et du Roi). Les marteaux des adjudicataires avaient l’empreinte déposée au greffe et servaient à marquer les bois vendus. Ils étaient détruits après coupe.