généalogie et histoires lorraines

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L'habitat traditionnel lorrain

samedi 17 novembre 2012, par Anne Auburtin

En plaine

 
Ce texte qui m'a servi de source principale, écrit en réponse à une enquête du ministère de l'instruction publique, décrivait la plaine des Vosges. Mais il peut également s'appliquer à toute le sud de la Lorraine et notamment la Meurthe.


Les villages sont installés habituellement dans les vallées ou à flanc de coteau ; plus rarement sur les crêtes et les plateaux. Presque toujours, l'emplacement du village a été déterminé par la proximité des eaux. Ce n'est pas cependant que les sources y soient fréquentes ; la constitution géologique du sol s'y oppose ; mais les villages sont construits sur les ruisseaux ou dans les plis de terrain qui rendent plus facile le creusement des puits.

Puits, lavoirs, abreuvoirs


C'est en effet au moyen de puits que presque toutes les maisons s'alimentent en eau potable ; il n'est point rare que chaque famille ait le sien sans compter ceux qui appartiennent à la commune et sont laissé à l'usage de tous. Puits et fontaines fournissent d'ordinaire largement à la consommation locale, sans qu'il soit obligé de recourir à des citernes dont l'emploi est inconnu.

Les lavoirs où les abreuvoirs sont presque toujours disposés à proximité des fontaines ou puits communaux, lorsqu'il n'y a pas d'eau courante traversant les habitations. Les premiers sont généralement couverts et aménagés en plusieurs bassins construits avec des pierres de taille. Assez souvent on rencontre de plus, au centre même du village, la mare (gué, gayoir, égayoir), destinée aux ébats de la gente volatile et aux animaux de culture qui s'y baignent en revenant du travail. Cette mare, presque toujours infecte et croupissante, à cause des fumiers qui s'y égouttent est un foyer d'insalubrité.

Pour l'utilisation des puits, un moyen était autrefois très répandu. Sur un fort poteau de 3 mètres environ de hauteur est placé en équilibre au moyen d'un étrier en fer, une grosse perche formant balancier, d'une longueur de 4 à 5 mètres ; à une extrémité se trouve le seau au bout de sa chaîne, à l'autre un contrepoids formé d'une pierre ou d'un morceau de bois. Pour se procurer l'eau, il suffit de tirer la chaîne jusqu'à ce que le seau se soit empli au fond du puits ; on le relève alors et l'on répand son contenu dans l'auge adjacente. Ce mécanisme ne manquait pas de pittoresque, lorsque l'homme ou l'enfant, debout sur la margelle, faisait mouvoir les grands bras du fléau et lançait l'eau sous le museau des boeufs patiemments rangés tout autour. Ce système a été peu à peu remplacé par des pompes à manivelle.

 

Le village-rue et les constructions



Le village suit la route ou le chemin, et les maisons se touchent en bordure, sans ordre particulier.

L'église se trouve parmi ces constructions, s'en distinguant de loin, avec son clocher presque toujours surmonté d'une flèche pyramidale. L'église était entourée par le cimetière, qui peu à peu, pour des raisons de salubrité, a été éloigné du village.

La mairie était habituellement logée dans la même maison que l'école et l'édifice municipal n'avait rien qui le distinguât des autres habitations ; pas vraiment d'emplacement spécial, de préférence au centre, quelquefois en face de l'église. Puis la mairie et la maison d'école ont été séparées. Toutes sont construites sur le même type (modèle administratif), avec de grandes fenêtres et des étages élevés, les faisant ressembler à des  maisons des villes, quelques peu dépaysées dans les villages.

La plus frappante particularité du village, c'est l'étonnante largeur de la rue. En effet, l'axe de circulation est bordé de bandes de terre qui courent devant les façades, sans arbre ni jardin. Cet espace libre appartient généralement au territoire communal mais, il est réservé à l'usage des riverains. Au droit de chaque maison, il constitue l' "usoir" qui servait de dégagement, de place à tout faire, pour chaque exploitant. On y entreposait le bois, les outils et le fumier. Les rues ne sont pas pavée.

 

L'espace des loisirs




Le paysan qui a peiné au grand air toute la semaine n'éprouve guère le besoin de se promener ; il passe une partie de son dimanche assis devant sa porte, a causer avec ses voisins ; d'autres s'enferment au cabaret. On ne danse guère que le jour de la fête patronale ; les danses de la ville (valse, polka) remplacent les vieilles danses de jadis. Le seul passe temps en honneur dans tous les villages, le jeu de boules (jeu de quilles, suivant le terme local) commence à être délaissé : on l'installe le long d'un chemin ou mieux dans le jardin de l'auberge.

 

L'habitation rurale



Le moellon est utilisé pour les gros murs, la pierre de taille pour les entourages des portes et fenêtres. Les murs sont recouverts de mortier grossièrement appliqué avec parfois des bardeaux sur le mur exposé à la pluie.

Les toits sont en tuiles (tuiles creuse, puis plate avec le développement de la mécanisation), relativement peu inclinés. Les maisons très anciennes étaient recouvertes de pierres plates

La maison du cultivateur


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La maison du cultivateur est le siège d'une exploitation complète. Elle n'est généralement utilisé que par le cultivateur qu'il soit le propriétaire de l'exploitation ou non. Il n'y a ps en lorraine, contrairement à d'autres région de partage de la maison entre l'exploitant et le propriétaire.
Le croquis représente une maison qui n'a de voisin que d'un coté, ce qui n'est pas le cas général. Cela lui permet d'être plus longue, puisqu'elle a la possibilité de prendre le jour sur le jardin de coté.

C'est une maison à 4 rains, (=4 travées) particulièrement grande, ayant appartenu à un cultivateur aisé.

 
Il n'y a pas de séparation entre le logement proprement dit et les locaux servant aux animaux et aux récoltes : l'ensemble est abrité sous le même toit ; les communications entre les diverses parties de l'édifice et s'il en résulte des facilités très appréciables pour vaquer aux soins divers du ménage, cette promiscuité rend, en cas d'incendie, les désastres beaucoup plus complets : tout brûle, sans qu'il soit le plus souvent possible de rien garantir.

Habituellement, les pièces habitables sont toutes situées au rez-de-chaussée ; loger au premier étage est tout  à fait exceptionnel. dans les anciennes constructions, ce rez-de-chaussée est bien, comme son nom l'indique, de plain-pied avec la rue, jamais plus élevé, quelquefois en contrebas. Cette disposition qui s'accentue avec le temps est considérée comme avantageuse en ce que le chauffage intérieur est plus facile et que la chaleur se conserve plus longtemps. Pour la même raison, les ouvertures sont médiocres et assez peu nombreuses.

C'est la cuisine qu'on rencontre tout d'abord. Elle a son entrée sur la rue, directement ou par un corridor. De la cuisine, on pénètre dans la chambre principale qu'on nomme le poële, et qui est chauffée par le feu de la cuisine, au moyen d'une disposition particulière de l'âtre. C'est la chambre à coucher de parents et parfois aussi des enfants, mais c'est aussi la pièce où l'on veille le soir, où on introduit l'étranger à qui on veut faire honneur . on trouve enfin une ou deux chambres occupées par les membres de la famille ou destinées aux hôtes.

Les domestiques sont logés d'une manière très sommaire. Les femmes, telles que la fille de basse-cour ont leur lit à la cuisine, dans une sorte d'armoire qui reste fermée pendant le jour. Les hommes couchent à l'écurie, à peine séparés des animaux par une cloison en planche.

Parmi les dépendances, il faut signaler les écuries et les engrangements qui se complètent mutuellement. C'est au dessus-de l'écurie qu'on entasse les fourrages et aussi les gerbes avant le battage car on n'a pas l'habitude dans le pays de battre sur le champ même. Dans les exploitations importantes, l'écurie se compose de deux lignes de râteliers, séparées par un large espace la grange où peuvent circuler les voitures et permettent de charger les greniers qui se trouvent au dessus des écuries. La hauteur sous plafond, des écuries comme des greniers, est relativement faible. Les écuries ne dépassent pas les 2 mètres de haut, les greniers sont généralement plus bas. Ces greniers servent pour la paille et le fourrage. Les graines et semences sont généralement conservées dans les greniers situés au dessus de la partie d'habitation. On ne sépare les chevaux des bêtes à corne et des moutons que dans les exploitations importantes. les porcs ont en général leur étable séparée, un réduit situé dans une dépendance de la maison, un appentis à l'extérieur. Les volailles sont en général dans un endroit clos près de l'écurie, mais il arrive qu'on les laisse se percher à leur guise dans l'écurie.

Enfin le four complète les dépendances de la l'habitation lorraine. Toutes les maisons en possèdent un. assez souvent son ouverture se trouve dans la cuisine même, près du foyer et son aire déborde parfois sur l'alignement au dehors affectant la forme d'un appentis demi-sphérique facilement reconnaissable. En Meurthe, c'est souvent le poële qui donne sur la rue et la cuisine est dans la pièce du milieu, avec pas ou peu de lumière. Le four est alors situé dans la chambre de derrière avec le même type d'appentis. cette pièce est généralement appelé chambre au four. dans les très grandes habitations, le four peut être dans un bâtiment séparé. Il a été utilisé pour cuire le au pain, les pâtisseries et pour procéder au  séchage des fruits.

La maison du manouvrier

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    Plus modeste, la maison du manouvrier, petit propriétaire louant ses services, garde les mêmes dispositions essentielles. Cette maison n'a le plus souvent qu'une ouverture sur la rue (maison à 1 rain) , la porte de la grange, qui sert aussi de vestibule à la cuisine et à l'écurie.. Le poële est la pièce unique où couche tout le monde. Les greniers s'étendent sut tout l'étage supérieur, au dessus de l'écurie et des chambres
L'usoir

Dans les villages lorrains, jusqu'au début des années 70 (1970), les maisons sont précédées de leurs fumiers, qui forment bordure sur la voie publique. La rue est large, bien plus large que n'exige la circulation : de chaque coté de la chaussée se trouve une zone , l'ancien "usuaire de ville" dont les habitants usent comme si le fonds leur appartenait, bien que cette question de propriété ait été très discutable. Cette zone tient donc de cour d'entrée et sert surtout d'emplacement au fumier, au matériel agricole et au bois. Le fumier de dimension variable suivant la quantité de bétail qui peuple les écuries (et qui est donc de ce fait un signe extérieur de richesse) s'élève sur le sol naturel, sans que l'on prenne aucune précaution pour retenir le purin. Chaque fois qu'on nettoie l'étable, une couche nouvelle s'ajoute au tas existant mais la forme est peu correcte et d'ailleurs les animaux, qui s'y vautrent en passant, viennent encore en détruire la symétrie. grande différence avec la montagne, où le paysan s'efforce de donner à l'édifice un aspect bien réglé, en mettant la paille sur le pourtour. A coté du fumier, s'il reste de la place, on empile les bois d'affouage, on laisse séjourner les chariots et les charrues.

En montagne



Source : l'illustration économique et financière, numéro spécial Les Vosges 1926


Dans la montagne où les sources sont abondantes, les habitations sont disséminées sur les pentes et dans le fond des vallées ; elles s'élèvent jusqu'à 8 et 900 mètres d'altitude. Plus haut, on trouve les marcairies des chaumes. Le seul point adopté comme centre de la commune, par l'église, la mairie, les écoles, les maisons de commerces, présente une certaine agglomération. Les habitations ou granges sont placées au centre du domaine dont les prairies sont limitées par des murs grossiers faits de blocs de granit ou de grès. La façade est souvent orienté vers l'Est, tandis que les chambres habitées sont au Sud. Les murs  exposés au Nord ou à l'Ouest, sont recouverts de bardeaux ou de tôles ondulées contre la pluie ; les toits sont en pente forte pour faciliter le glissement de la neige.

Décoration et ameublement de la maison rurale

Décoration

à l'extérieur :

Le mortier qui recouvre les moellons des murs  n'est complété par aucun enduit et sa teinte grise n'est modifiée par aucun enduit. L'encadrement des fenêtres et des portes est souvent en pierre de taille brute. Parfois, certains entourages peuvent être revêtus de couleurs criardes.

à l'intérieur :

Les enduits en chaux sont les plus fréquents ; le plâtre recouvre quelques murs et quelques plafonds. Dans les chambres, le papier peint à parfois fait son apparition au début du XX° siècle. La décoration est constituée d'images d'Épinal. Outre la représentation du saint de la paroisse, les sujets sont peu variés : souvenirs de guerre du premier Empire ou de 1870....

l'ameublement :

la cuisine :

Dans la cuisine, ce qui frappe tout d'abord, c'est la cheminée, large et profonde, avec son auvent ou manteau sous lequel plusieurs personnes s'installent à l'aise. Dans cet abri, elles peuvent apercevoir un lambeau du ciel, et, tout autour les bandes de lards, le jambon... sèchent à la fumée. Au dessous, la grande taque de fonte souvent armorié, sépare l'âtre du poële voisin, et les hauts chenets peuvent supporter des troncs d'arbres et des fagots entiers. Peu à peu, la flambée a été remplacée par un fourneau dont on ne voit que les noires parois et la cheminée est rétrécie pour ne laisser que le passage du tuyau.

Au milieu se trouve la table de chêne et ses escabeaux. Contre le mur, le buffet où se rangent les provisions ; au dessus la crédence ou dressoir qui supporte les assiettes et les plats, jadis d'étain puis de faïence.

Devant la fenêtre, la pierre à eau, d'un seul morceau, est ordinairement accompagnée d'une pompe, dont l'eau peut être à volonté dirigée au dehors, pour abreuver le bétail. 

Le poële (= la chambre) :

Les lits massifs, assez bas, taillés en plein chêne, garnis de plumons (édredons) empilés très hauts, occupent la pièce avec la grande armoire qu'on achetait en entrant en ménage.

Liens :

L'usoir

La plus frappante particularité du village lorrain, c'est l'étonnante largeur de la rue. En effet, l'axe de circulation est bordé de bandes de terre qui courent devant les façades, sans arbre ni jardin. Cet espace libre appartient généralement au territoire communal mais, il est réservé à l'usage des riverains. Au droit de chaque maison, il constitue l' "usoir" qui servait de dégagement, de place à tout faire, pour chaque exploitant. 
On y entreposait le bois, les outils ou le fumier.


Les villages et l'habitation rurale, dans les Vosges

Source : l'illustration économique et financière, numéro spécial Les Vosges 1926

Dans la montagne où les sources sont abondantes, les habitations sont disséminées sur les pentes et dans le fond des vallées ; elles s'élèvent jusqu'à 8 et 900 mètres d'altitude. Plus haut, on trouve les marcairies des chaumes. Le seul point adopté comme centre de la commune, par l'église, la mairie, les écoles, les maisons de commerces, présente une certaine agglomération. Les habitations ou granges sont placées au centre du domaine dont les prairies sont limitées par des murs grossiers faits de blocs de granit ou de grès. La façade est souvent orienté vers l'Est, tandis que les chambres habitées sont au Sud. Les murs  exposés au Nord ou à l'Ouest, sont recouverts de bardeaux ou de tôles ondulées contre la pluie ; les toits sont en pente forte pour faciliter le glissement de la neige.

Costumes de Lorraine

vendredi 14 décembre 2012, par Anne Auburtin

Quelques illustrations de costumes paysans.

vers 1840

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Dans la région de Vic, costume masculin.

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Le costume des habitants du département du Mont Tonnerre :

Le département du MONT TONNERRE fait partie des circonscriptions administratives crées par la Révolution française et l'Empire et qui ont fonctionné entre 1793 (officiellement 1801) et 1814 (chute du premier empire). Sa chef-lieu était Mayence et il fait aujourd'hui partie de la Rhénanie-Palatinat. Les actes, en français, sont consultables en Allemagne.

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Lorraine, 1840

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Costume de fête, début 19°

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Vers 1820

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les mots pour désigner les vêtements des hommes

Source : Bulletin de la Société philomatique vosgienne, Volumes 13 à 14

Vêtements d'homme

Parmi les vêtements de la partie supérieure du corps,

il en faut distinguer de deux sortes : les uns ajustés et collants, les autres flottants et non façonnés à la taille. Les noms de ces habits sont nombreux dans les Vosges.

Pour les premiers nous avons : le coltin, le motegipon, la couhatte, la jacquotte, le paletot, la ruyeutte, le justaucorps, le devitin, le casaquin, le beurreu et la veste.

Les habits non ajustés sont : le réchot ou rodchat, la chemhatte, la biaude et la mussatte. Les manteaux sont l'aifieuvon et le mante.

Cette distinction en habits flottants ou collants n'implique point une plus ou moins grande antiquité. La rudesse de notre climat a dû faire prédominer l'usage des vêtements ajustés, tels qu'on les portait déjà à l'âge du bronze; mais les habits flottants pouvaient se serrer à la taille par une ceinture, comme les Gaulois le faisaient dans les premiers siècles de notre ère, d'après les sculptures de l'arc de triomphe d'Orange.

Nous ne distinguons donc ces deux sortes d'habits que parce que les seconds pouvaient se porter par dessus les premiers, comme garde-corps ou surcots, soit en hiver, soit comme parure de fête.

Le coltin, par exemple, qui signifie aujourd'hui un gilet, représente exactement le justaucorps, serré jusqu'à mi-cuisse, des Gaulois. Ce nom, qui ne se trouve plus que dans nos pays, a disparu de la langue française vers le XIVe siècle. A cette époque, il s'appliquait soit à une pièce d'armure qui défendait le cou et le haut de la poitrine, soit à une sorte de gilet collant, synonyme de cotte, puisqu'on trouve indifféremment, dans les anciens textes, collet ou colletin de mailles et cotte de mailles. Plus tard, le coltin désigne, en France, une sorte de gilet de cuir à l'usage des portefaix, destiné à garantir leur cou et leurs épaules. En argot, coltin signifie encore force, courage, dérivant sans doute de coltineur, déchargeur, portefaix.

Ce nom caractéristique est si bien local qu'il a exclu complètement, dans les Vosges, celui de gilet, dérivé de Gilles, personnage de la foire qui portait en effet une sorte de veste de ce genre. De même la culotte n'a jamais cédé son titre, dans nos pays, au pantalon, provenant aussi d'un acteur de la comédie italienne. Mais, par un rapprochement curieux, si Gilles a créé le gilet, le coltin a aussi donné son nom à un type du même genre, à ce coureur de cabarets que l'on appelle vulgairement, dans nos campagnes, sac-à-vin ou coltin. Dans une vieille chanson en patois de Gérardmer, intitulée Les pauvres hommes, une ménagère se plaint en ces termes de ces époux toujours altérés : "Pour avoir un verre de vin; Voilà la vie de ces vieux coffins !  Sur vos ventres vous vous traineriez" Sans doute, cette chanson date-t-elle d'une époque oû le coltin, étant démodé, n'était plus porté que par les vieux, les anciens, qui ne donnaient pas toujours l'exemple de la sobriété. De même le paletot donna son nom aux paltoquets.

Le coltin, vêtement de cérémonie.

Voici une chanson où un jeune marié décrit son ridicule costume de noces; mais bien complet, et malgré sa forme "étriquée" se portait cependant comme on n'y trouve pour tout habit que ce gilet.

"Jema je n'me mériera Si ine bé chépé je n'â, Ine chépé comme père Colas, Une coltin comme père Coinchelin,  Ene vouerguesse fate et mes fesses, Ene crovotte comme père Hoyotte, Des jarretières comme let corretière, Des chaussottes comme set basselottes, Des solets tot comme l'homme let, Des bés solets minons Po danset devot Manon."

Dans une autre chanson cependant, qui semble être une variante de la précédente, le marié a, en plus du coltin, un vêtement de dessus appelé cheumhatte (chemisette) qu'on ne peut confondre avec la chemise, puisque celle-ci est nommée ensuite :

  • "Ine chépé rond comme ine gvé (cuveau).
  • Ine coltin en pé de chin.
  • Ene cheumhatte en pé de chouatte.
  • Ene chemihhe en tole grihe.
  • Ene culatte et let brayatte.
  • Ine caneçon en pé d'orson.
  • Ene cravate, c'na que d'let treuyatte.
  • Des jarretires, c'na que d'let lizire.
  • Des chaussattes et let rognattes."

Le coltin descendait à l'origine jusqu'à mi-cuisse, comme le gilet Louis XV, puis il se raccourcit peu à peu.

Dans le couplet suivant on voit qu'il descendait seulement plus bas que la ceinture : J'évo ine bé coltin Fait d'gris satin, Qué m'coichor to l'estomatte Jusqu'lé boudatte.

Il semble aussi qu'il ne s'ouvrait pas "en châle" par le haut, comme celui que l'on porte encore dans les campagnes : J'airà ine bé coltin De fin tiretin (tiretaine), Ben répeustlé (raccommodé) su lé quat'sous, Evo di caïoutchou.

Le motegipon, presque de même forme que le coltin , est un gilet rond à manches courtes, très usité au moyen âge sous le nom de gippon ou jupon, et porté surtout par les gens du peuple. Un pèlerin dit, dans Parise la duchesse (Xlle S., vers 187) : J'aurai bordon et paume et jupe autretel. On le retrouve dans VILLO : Argent ne pend à gippon ne ceinture, dans Eustache DESCHAMPS (Poésies, Mss. f° 404) : Ly uns se vest court d'un juppon, dans le costume militaire de Jeanne d'Arc, etc. Puis ce nom disparaît au XVIe siècle. Nous n'en avons point trouvé de citation dans les chansons vosgiennes et ne pouvons dire ce que signifie le terme mote qui le précède.

La couhatte est une troisième espèce de gilet, probablement plus ancienne encore que les précédents. Ce nom dérive évidemment du celtique coat, vêtement, dont il se rapproche beaucoup plus que le français cotte qui ressemble davantage à l'allemand kutt, tunique, dérivé de la même racine. La cotte se trouve dans les textes français à partir du Xll° siècle. a Le roi saillit de son lit tout deschaus, une cote sans plus vêtue.. (JOINVILLE, 196.) a Et se vêtirent de povres cotes deschirés. D (FROISSART, 1, 131.)  Se povre est, ait de gros drap cotte. • (Eust. DESCIIemPS, vers 518.)

La jacquotte est une sorte de tunique descendant jusqu'aux genoux, froncêe du corsage et de la jupe, comme celle de nos anciens chasseurs à pied. Ce nom rappelle la révolte des paysans au XIVe siècle, ou Jacquerie; c'était probablement le vêtement des Jacques. Mais on le trouve dans les textes avant cette époque :  Une simple cotte ou jaquette. ' (FROISSART, L. 11, 28.) " Une jaquette ballant jusqu'au gras de la jambe. . (DESPÉRIERS, Contes, 85.) Une vieille chanson vosgienne dit : I se pernin po lo co, I chérin su zutte dos, I se finsse des bales jacquottes.

Le paletot était plutôt un vêtement de cérémonie. Un jeune marié le porte comme habit de noce : J'évor ine bé paletot nar, Cousu de fi bianc, On me peurnor po lot deriar Pou ine intendant. MÉNAGE le tire du latin palliatum, diminutif de pallium, manteau; LITTRÉ et DU CANGE, du hollandais paltsrok, robe de gros drap, de palster, pèlerin, et rok, robe. a En lieu de paletoc, se vestoit de la peau d'un chevreul. (RONSARD, 742.) Loin d'être un vêtement bourgeois, comme aujourd'hui, il était, sous Charles VI, réservé aux pèlerins et aux campagnards ; de là le nom de paltoquets appliqué à ceux qui en faisaient usage, considérés comme rustres et grossiers.

La ruyeutte nous paraît être une corruption du mot redingote; elle se distingue du paletot en ce qu'elle n'a pas, comme lui, de poches extérieures sur les côtés. La redingote est relativement moderne. Son nom vient de l'anglais ridingcoat, habit de cheval, et elle passa le détroit vers 1725 pour prendre tout son éclat quand la redingote grise de Napoléon l'eut rendue populaire. C'était, pour nos campagnards, l'habit de cérémonie, quand ils en avaient un. J'aivos ène bée ruyeutte De cueye (cuir) mollet, All me tiaquot (claquait) su lé boudeutte Keume ine soufflet.

On trouve le mot justaucorps dans un vieux Noël, comme vêtement d'un berger : Et la froidure de mon corps Fait trembler mon justaucorps. C'était, comme son nom l'indique, une tunique à manches, serrant la taille et descendant jusqu'aux genoux. Dans le même Noël, un autre berger dit à son compagnon : Veste (mets) ton gros casaquin Et conge (ôte) ce beurreu.

Le casaquin était un vêtement de travail que l'on mettait chez soi (casa, maison), et plus long que la casaque que l'on quin noir. D (D'AUBIGNÉ, Hist. IV, 4.) mettait pour sortir.  Le voilà donc vestu d'un grand casaquin.

Le beurreu était une veste de bourre, avec capuchon, d'une étoffe grossière et rude, du bas-latin bura, poil. Les Romains l'appelaient birrus.

Le patois vosgien a encore le terme devitin, gilet avec manches que l'on ôte pour travailler, dont on ne trouve aucun similaire en français, si ce n'est peut-être le deshabillé, et qui vient sans doute de dévêtir. De même, l'expression pubresse, qui veut dire en bras de chemise, n'existe point dans d'autres patois. Elle vient peut-être de nu-bras.

Enfin la veste était un vêtement court, assez semblable au gilet Louis XV, mais réservé au travail. Le dicton suivant : Seye-te su ma veste et prends garde de casser ma pipe, est encore employé dans, nos pays pour dire : cause moins et prends garde à ce que tu dis. On connaît aussi l'expression : les jambes en manches de veste. A ce propos, le professeur Oberlin (1) rapporte un fait assez plaisant, dont nos voisins d'outre-Vosges seraient coutumiers et qui peint bien leur manie de tout germaniser. Dans le patois de notre canton de Saales, le mot manche est employé aussi pour Dimanche. Le féminin de ce dernier nom, inusité en français, est souvent donné comme nom de baptême dans ce canton et se dit Manchette. Or, sur les registres des baptêmes de Barr, près du Ban-de-la-Roche, un allemand, chargé de leur traduction, remplaça un jour tous ces prénoms par le mot allemand ermel, manche de veste, ce qui fit souvent suspecter la rectitude des jambes de cette localité.

Parmi les vêtements flottants, le réchot ou rodchat est une sorte de blouse portée, dès le IXe siècle, à la ville aussi bien que dans les campagnes, sous le nom de rochet, roquet, roque. Ce nom et l'allemand moderne rock, robe, ont une commune étymologie. Notre patois a simplement transposé les voyelles et rochet est devenu réchot. I m'ach'té ine bé réchot Cousu d'a bianc, J'résonnet (je ressemblais) po lo derrir, E ine persident. Le rochet, d'importation franque, est devenu un vêtement ecclésiastique, sorte de surplis, après avoir été porté par la noblesse; mais au moyen âge il était également en usage dans les classes populaires.  Et Giglain par le roquet prist. D (Le Biaus desconneus, Xllle S.., vers 5932.). Le réchot figure assez exactement l'ancienne blouse gauloise, si commode, qu'elle était portée autrefois par toutes les classes et que l'on s'explique peu son abandon complet par la noblesse d'abord, puis par la bourgeoisie.

La Chemhatte est aussi une sorte de blouse, mais plus longue. Chemhatte s'est formé, comme chemisette, chemise, camisole, de camisia, que l'on trouve déjà dans saint Jérôme : Soient militantes habere lineas quas camisias votant, et qui dériverait du celtique canuse, long vêtement. La biaude ou blouse fut, comme les vêtements précédents, portée par les classes supérieures avant d'être un costume populaire. Seulement elle était en étoffes précieuses et riches, au lieu d'être en sarrau de toile ou en cotonnade. Elle s'appelait alors blialt ou bliaud, nom dont l'origine est encore inconnue " Et est remés en son blialt de paile. D (Chanson de ROLAND, XIe S. 20.) " Elles passent sur leur corps le bliaud de soie. » (Roman de GAIN LE LOHERAIN, XllIe S. t. ll, p. 66.) A cette époque déjà c'était donc, comme aujourd'hui, un vêtement de dessus dont on recouvrait ses habits pour les préserver. C'est pourquoi il prit ensuite les noms de garde-corps et de surcot, mais en conservant celui de biaude dans les campagnes. On fabriquait principalement les blouses dans la Meuse ; c'est pourquoi elles prirent, au siècle dernier, dans plusieurs localités vosgiennes, le nom de mussats, meussats, meussattes, de muce, Meuse, ou de muza, habitant de la vallée de la Meuse.

Par dessus ces vêtements, on portait, en temps de pluie ou de neige, le manté ou l'aifieuvon. Quand i fait bè, oppoutié (apprête) te manté, Quand i put (pleut), oppoutié-le si t'vuex. Sage proverbe qui signifie : sache prévoir les choses, car il n'en est plus temps quand elles sont accomplies.  Le manté n'était qu'une simple couverture de laine, carrée, qu'on jetait sur ses épaules. L'aifieuvon vient sans doute du bas-latin affibulare, agrafer, dont on a fait affubler, s'habiller, d'une manière bizarre, de vêtements lourds et massifs, mais employé autrefois sans intention critique. Affublez est d'un mantel zabelin. D (Chanson de ROLAND, • XXXIV, Xie S.) • Povreté l'affuble de son hideus mantel. D (Roman de la Rose, vers 4811, Xie S.)  L'aifieuvon, qui est sans doute l'ancien affibulum, manteau à agrafe, est un des mots remarquables de notre idiôme local et qui montre l'antiquité, la richesse et l'expression colorée de notre vieille langue. Notre patois a encore les expressions s'affuler, se coiffer, se deffuler, se décoiffer, c'està-dire se découvrir la tête et, par extension, saluer, expressions qui existaient dans le français du moyen âge : « A donc leurs maris les firent desfubler, qui pareillement furent trouvées couronnées. D (Cent nouvelles nouvelles, XVe S.)

Les vêtements de la partie inférieure du corps

sont la brayatte ou braie, les chausses, les houstou, les guergues ou vouerguesses, les cueulattes, les badehausses et les chaussottes.

La braie gauloise, sorte de pantalon serré aux chevilles, qui était de mode dans la Gallia braccata, a laissé son nom à la brayatte des Vosgiens. J'avoy ine belle cueulatte A la brayatte, La bavaroise atot d'fer bianc Que reluzot comme d'l'argent. Le mot brayatte ne peut être confondu ici avec celui de braguette (ouverture du pantalon qui prit ce nom au XVe siècle), puisqu'il s'agit d'une culotte à bavaroise, c'est-à-dire à  bavette ou pont-levis, dont le volet s'appelait en patois bachon ou bouchon. Ce terme à la brayatte caractérise sans doute une mode ou forme spéciale, probablement large et ample à la façon des braies. Mais plus tard la brayatte spécifia l'ouverture verticale appelée braguette, comme on le voit dans cette chanson plus moderne : Quand j'té chie mo grand père, J'évet quinze ans. I me rébieu de pied en cap Comme ine vrai golant, Sapristi ! I m'acheté ène belle cueulatte De fin calevas Qu' me botnet (boutonnait) su lè brayatte Evo dé botons. Sapristi ! On dit encore débraillé quand un vêtement est déboutonné. Dans ces deux variantes d'une même chanson, on voit que ce genre de culotte est présenté comme un vêtement ridicule, démodé et par conséquent ancien. On trouve, en effet, la braie antique sur plusieurs tombeaux gallo-romains découverts dans les Vosges : comme le bas-relief du Donon gravé dans Scheepflin et dans Dom Calmet, celui du Musée de Saint-Dié provenant de la Crénée, d'autres au Musée d'Épinal, etc. La Gallia braccata, ou Gaule narbonnaise, n'en avait donc pas la spécialité : les figures de Sarmates sculptées sur la colonne Trajane portent des braies, et Charlemagne en est encore revêtu sur la mosaïque du ville siècle de sainte Agnès à Rome. Quoiqu'elle perdit son ampleur au Xllle siècle pour devenir collante, la braie conserva son nom. Joinville raconte que saint Louis, étant atteint de la dysenterie , " li convint couper le fons de ses braies, toutes foiz que il descendoit pour aler à chambre (à la garde-robe). On dit encore dans ce sens : s'en tirer les braies nettes, sortir d'une affaire sans accident fâcheux, après avoir eu grande peur. La braie était un vêtement presque national, il se nomme encore ainsi en Bretagne, de même que son souvenir s'est conservé dans le patois vosgien. On dit encore d'une ménagère qui domine son époux : elle porte le brayer.

A la fin du XVe siècle, les braies furent remplacées par les chausses que nous retrouvons aussi dans l'ancien costume de nos pays, nomme le montre cette vieille chanson : Taralosse m'é té'i (taillé) des chausses, Colas Gros Qui mé les a cousis, Anne Kétrine mé fâ les botnires, Colas d'lirson mé fâ les botons, Meyon Costé mé les a késés (déchirées). Ce vêtement est aussi rappelé par quelques anciens dictons; on dit d'un maladroit : el ost aidrot comme ène chausse ai l'éva, il est adroit comme une culotte à l'envers, ou comme le roi Dagobert. A un malade qui a beaucoup maigri, on dit en manière de consolation : oh! mo pore home, vannlet co li chausses, met Io qui n'y ot puh. Enfin on dit de quelqu'un qui cache sa misère : el gère dedo so lé pou qu'on retoboque sas chausses, il reste au lit pour qu'on racommode ses chausses. C'était alors une sorte de maillot allant de la taille aux pieds; mais au XVIe siècle il se divisa en deux parties : le hautde-chausses, sorte de culotte courte et bouffante, et les basde-chausses qui sont devenus les bas. De même dans les Vosges, le mot chausses garda les deux acceptions : tandis qu'à Gérardmer et aux environs il est employé comme synonyme de culotte, dans d'autres localités il  signifie des bas, comme l'indique cette expression : nollè su sè pieds d'chausses, marcher sur ses bas, sans souliers ni sabots, et cette autre : et fât des chausses ai zout geans, il fait, il tricotte des bas pour les autres, c'est-à-dire il s'occupe plus des affaires d'autrui que des siennes. Le mot bas-de-chausses s'est, du reste, conservé; un ancien proverbe dit : Eun'vo moquez mi d'ores badchausses, vos solets vivront viés. On les nommait aussi houstou, terme dérivé de l'ancien mot house, housiau, lieuse, qui signifiait botte molle, fendue sur le côté et lacée. .

Quand les bas étaient plus courts, on les nommait comme aujourd'hui chaussottes. J'évo dé bal chaussottes De d'mi laine (var. miselaine) Aineu (aujourd'hui) c'a tricott' su tricott'. Tricotte veut dire ici lambeaux, déchirés, en charpie, synonyme de chligotte. Le tricot n'étant point encore usité, les bas étaient en étoffe cousue, le plus souvent en miselaine, tissu de laine et fil. A la fin du règne de Henri IV, les hauts-de-chausse deviennent larges, flottants, on les appelle alors des grègues, du mot italien grechesco, à la grecque, car c'était bien la forme des culottes de ce pays. Dans les Vosges, on les nomme guergues, guerguesses, vouerguesses. LA FONTAINE a dit :  Le galant aussitôt tire ses grègues (s'enfuit),  et, chez nous, on chante encore cette antique ronde enfantine : Le golant et la mâtresse Qui se tiennent par la guerguesse.

Au XVlle siècle on porte les culottes, et au XIXe, les pantalons. Mais ce dernier terme n'est point employé par les Vosgiens, moins pudibonds que les Anglais. Les culottes se faisaient souvent en velours, comme on le voit par ce couplet de la chanson de Jean CABLÉ J'a co clous tros veyes culottes Qué n'sont djo pus trop 'lottes (propres). J'en vue ovoue trente et in sous Parcmo qu'cost di velous. Elles sont in peu crottayes Ene revoietos mi d'si près, (N'y regardons pas de si près), Ma c'ost i zète è lé taye. (Mais c'est d'être à table.) C'ost aque qué châré. (C'est quelque chose qui tombera, qui s'en ira.) D'autres étaient en toile de lin, tissée de fils de diverses nuances, qu'on appelait calevas ou canevas, comme on l'a vu dans le couplet déjà cité : I m'achté ène belle cueulotte De fin calevas. On sait que les Gaulois portaient déjà de ces étoffes rayées et à fleurs, qui excitaient l'admiration des Romains. D'autres enfin étaient en bougran ou poil de chèvre. J'névo co ène ote pu belle En fine bougrance, Que j'évet pris è lè potence Au qui d'ine pondu. Les culottes étaient maintenues à la taille par une ceinture appelée lure, ou liure, ou bien par des beurtelles que les gamins s'empressaient de dépouiller de leur astic (élastique) qui leur servait à faire danser leurs pantins : Et j'frd danser les bàcelles A l'astic de mes beurtelles.

La cravate se dit grévoche, craivaite ou crovatte. Ce dernier terme montre bien son origine croate, puisqu'elle fut importée en France par les mercenaires de Croatie, qui prirent service dans les armées de Louis XIV et portaient au tour du cou une bande de linge blanc. Jusqu'au XVIIIe siècle on avait gardé le cou découvert, et les campagnes conservèrent cette mode plus longtemps encore. Ce n'est guère qu'au milieu du dernier siècle que les cravates se répandirent dans les Vosges, et ce fut d'abord un véritable carcan d'étoffe double et raide qui ôtait à la tête tout moyen de se mouvoir. Les chansons du pays signalent souvent ce désagrément : I m'echte ène belle grévache De tol calevas (toile canevas) Que s'bottnet so lè gamache Evo ine calenas. Une autre chanson dit : J'aivos ène bée craivate De bourracan, All' me sarrot lai margolate Keum' ein carcan. On appelait aussi la cravate, ou plutôt le col de chemise, le grâle di co. Nous ignorons l'origine de ce nom. Peut-être faut-il le rapprocher du verbe patois groller qui veut dire gronder, grogner, produire un bruit sourd provenant de la partie inférieure du cou. Enfin le minon est une cravate d'hiver, en laine douce comme la fleur du saule qui porte le même nom.

La maison Marceloff à vendre à Dieuze en janvier 1797 et autres biens mis en location ou en vente

jeudi 27 décembre 2012, par Anne Auburtin

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A Vendre

Une maison d'auberge, à Dieuze, ses écuries, trois quarts de potager derrière ou environ, situé à l'entrée de la ville route de Nancy, on entrera en jouissance à la St-Jean prochaine ; deux petits jardins potagers, joignant ladite maison ; un petit jardin verger, hors la ville ; sept fauchées de pres, ban de Dieuze et trois jours de vignes, ban de Kerpich, que l'on divisera par jour ou demi-jour, s'il échoit, appartenant aux héritiers Marceloff, auxquels on s'adressera ou au citoyen Barbier, Homme de lettres à Dieuze, pour les conditions.

Source : Journal des départemens de la Mozelle, de la Meurthe, etc. du 12 Nivôse, l'an 5 (N° 33)

A louer pour le 24 juin 1797

Appartement, remise, grande écurie, grenier et cave ; la remise peut servir à faire un magasin. On louera le tout ensemble ou séparément. S'adresser à la citoyenne veuve Royer, rue de l'Abreuvoir, derrière la Monnaie, N° 37 à Metz

Belle et grande Maison, située à Metz, quai St Pierre, consistant en deux appartements complets, bien appropriés, remises, caves, greniers, etc. S'adresser quai St Pierre, n° 701.

A louer

Deux Maisons, rue  St. Marcel à Metz, l'une occupée par le cit. Clément, l'autre par le cit. Micoud ; l'une et l'autre comprennent cours d'entrée ; appartemens complets au rès de chaussée et à l'étage ; vastes greniers, remise, écuries, caves et jardins. On peut dès à présent occuper l'étage de celle du cit. Clément et le total du corps-de-logis au premier avril prochain. S'adresser dans la maison N° 46, rue de Récollets à Metz.

Source : Journal des départemens de la Mozelle, de la Meurthe, etc. du 16 Nivôse, l'an 5 (N° 34)

Un tailleur d'habits (conte)

mercredi 30 janvier 2013, par Anne Auburtin

 Source : René D'Avril,  Le pays Lorrain 1905

Au chef-lieu de canton où il était tailleur, Jean-Claude Simonin mettait sa gloire à couper les redingotes du percepteur, à échancrer les gilets du maire, à coudre les multiples et menus boutons des soutanes proprettes du curé-doyen. C'est lui, également, qui confectionnait en drap écarlate, l'habit à la française, soutaché d'or, du suisse Guilleret et qui faisait venir de Nancy les rabats empesés du juge de paix.

C'était, comme vous le voyez, un personnage considérable. Mais, à la campagne, un habit dure plusieurs années, un costume de suisse ne se renouvelle pas tous les jours; sans compter ce scélérat de juge de paix levant de temps un pied léger vers Nancy — et pour quoi faire, grand Dieu ? qui sait ? peut-être pour acheter lui-même ses rabais empesés.

Jean-Claude Simonin n'aurait donc pas — malgré le decorum de sa position — mangé si souvent de la quiche au lard arrosée d'une bouteille de « quatre-vingt-treize », si Madelon, sa femme, levée dès l'aube, n'avait écrémé les pots, battu le beurre, déniché les oeufs pour les confier au "cosson" qui les portait à la ville prochaine, et si surtout, Jean-Claude lui-même (du moins, il en était persuadé) n'avait trouvé un ingénieux moyen d'augmenter ses revenus.

Sachant que l'avarice est la vertu domestique du paysan, niais que c'est aussi son point vulnérable, Jean-Claude s'était dit, tout en tirant l'aiguille, jambes croisées sur une planche portée par des tréteaux les gens de chez nous hésiteront à se faire confectionner un costume neuf, mais si. « d'occasion » je leur fournis quelque défroque encore plaisante, j'en connais plus d'un, disposé à mordre à l'appât de mes malices cousues... de fil noir.

Fait et dit. A chaque saison nouvelle, Jean-Claude Simonin partait mystérieu­sement dans la guimbarde cahotante et somnolente du courrier, prenait le train, à l'heure, douteuse encore, où s'alignent sur le quai, les bidons, emplis de lait, des fermes-modèles du comte de Florémont.

Au crépuscule, quand les mêmes bidons trinqueballaient sonores et vides, le tailleur casait avec soin d'imposants ballots derrière la capote du « char-à‑bancs ».

Huit jours après, le bourg se pavanait, endimanché. Jean-Claude avait eu l'idée d'attribuer à sa friperie d'illustres origines : Ainsi, Blaise, le forgeron, se carrait dans la redingote serrée à la taille, d'un capitaine de cuirassiers ; les petits garçons de Madame Thomas gambadaient, sous l'oeil inquiet et vigilant de leur mère, tous deux revêtus de blouses russes blanches qui avaient eu l'honneur d'habiller les fils du préfet.

Et Guilleret le suisse, lui-même, après vêpres, jouant aux quilles en bras de chemise, déposait avec respect, sur le mur qui borde la rivière, la jaquette d'alpaga d'un procureur.

Tous ces braves gens songeaient sans doute : si l'habit ne fait pas le moine, il n'est pas indifférent, toutefois, qu'il avantage le commun des mortels.

Le temps venait, cependant, où il allait falloir rentrer dans l'armoire aux ferrures bien frottées les blouses russes blanches et la jaquette d'alpaga. L'automne désolé effeuillait partout sa parure.

Jean-Claude Simonin, depuis quelque temps, faisait paraitre un front soucieux. Sous ses doigts enfiévrés et moites se cassaient journellement les aiguilles. Le prix des denrées augmentait : « Le sucre était hors de prix ! Ses clients notables, le percepteur, le brigadier de gendarmerie, ne l'occupaient plus qu'à des ravaudages. Enfin, l'on avait marchandé la défroque au printemps dernier.

De cela, surtout, Jean-Claude gardait une àme aigrie et rancunière. La nuit venue. sur son lit de plume, il ébauchait en sa tète un projet subtil, destiné à faire passer, de la poche des paysans en la sienne, les beaux écus dont ils se séparaient avec douleur.

Quand le projet fut mùr, notre tailleur — qui n'était pas un songe-creux ­s'occupa, sans plus tarder. à en goùter les agréments profitables.

La receveuse des postes, cachetant ses dépêches, vit. au matin, Jean-Claude, son cou maigre enroulé dans un cache-nez, de gros gants de tricot aux mains ­car il avait gelé blanc sur les étroubles - monter à côté du conducteur, entre les grandes roues crottées dfu char à bancs.

Il faisait nuit quand il revint. Madelon était au chapelet. Le tailleur, porte fermée, étendit soigneusement sur sa grande table un lot de pantalons de toutes tailles. Puis, avec un sourire satisfait, persistant et solitaire, il tira d'un grand sac de moquette, quantité de porte-monnaies défraichis qu'il visita l'un après l'autre pour bien s'assurer de leur vacuité. Après quoi, avec rapidité, mystère et méthode, il enfouit chaque porte-monnaie dans l'un des goussets de chaque pan­talon. Puis il replia les vêtements, ficela le sac de moquette, enferma le tout dans un bahut, et, les pieds sur les chenets, alluma sa pipe de terre pendant que la chatte tricolore passait et repassait entre ses jambes qui fumèrent bientôt devant l'àtre.

Le lendemain, les paysans vinrent chez Jean-Claude. Le rusé compère avait discrètement chargé Madelon de prévenir la bonne du curé, laquelle trompetta victorieusement ta nouvelle dans tout le village, — que le tailleur ordinaire de Monsieur le Doyen revenait de Nancy avec un choix merveilleux de pantalons de velours et de laine. Il était vraiment temps de profiter de l'occasion, car l'hiver serait rigoureux : Le berger Kauffmann, qui passait pour sorcier, l'avait prédit.

Jean-Claude, dans son atelier qui sentait la pipe et la soupe aux choux, réunit ses voisins et leur tint ce langage :

« Mes bons amis, vous savez, n'est-ce pas, qu'il y a eu, dernièrement, un désastre financier sur les mines d'or ? »

Les paysans dirent : Oui ; car ils aimeraient mieux perdre le petit doigt du pied que d'avoir l'air d'ignorer quelque chose. Mais, en réalité, les opérations de bourse leur étaient indifférentes. Lorsqu'ils avaient quelque argent, ils achetaient de la terre, ou bien ils déposaient leurs écus en des cachettes d'avares de comédie.

a Si vous savez cela, reprit le tailleur, vous devez savoir aussi que les plus riches et les plus fameux banquiers de la ville, ruinés de fond en comble, ont pris la fuite en abandonnant leurs meubles et leurs effets. Eh bien ! moi qui vous parle, ayant lu cela dans les gazettes, je suis allé tout exprès à Nancy où j'ai racheté les vêtements de messieurs de la finance. Tenez, tenez ; voyez plutôt : Voici leurs pantalons d'hiver, presque neufs, laissés en hàte sur des canapés et des fauteuils. C'est tout juste, conclut le facétieux Jean-Claude, s'ils ne sont pas partis en panés.

Alors on vit s'approcher le grand Guilleret, et puis Jérôme, le sonneur, et Mathis, le clerc d'huissier ; le boulanger Fricote!, Grosgeorges rainé qui avait du bien et Grosgeorges le cadet qui le jalousait atrocement, les fermiers du comte de Florémont, Bastien le cabaretier, grand-électeur, et Colas et Coliche avec Blaise leur cousin, et aussi ce grand paresseux de Thouvenot qui avait épousé Léocadie, l'épicière, pour n'avoir plus qu'à se croiser les bras du matin au soir.

Ces messieurs palpèrent les étoffes d'un air détaché. Quand chacun d'eux avait choisi ce qu'il jugeait aller à sa taille et à sa corpulence, Simonin le faisait entrer dans la chambre où étaient morts ses parents et où lui-même avait l'espoir de finir ses jours. Devant le grand lit à couvre-pied fleuri, l'on procédait à un essayage solennel.

Jean-Claude relevait sur son ront ses lunettes. Si à l'aise dans leur vêtements

ordinaires assouplis par le travail, les paysans prenaient un air niais, enfourchés .dans les chausses d'autrui. Le besoin de garder une contenance autant que l'instinct, très développé, de la propriété les portait à placer leurs mains sur leur ventre, en les enfonçant, d'un coup, au fond des goussets.

Jean-Claude, à ce moment, abaissait ses lunettes pour voiler l'éclat malicieux de son regard, puis il disait avec grand calme : « Si celui-là ne va pas bien, on pourrait en essayer un autre. Mais le client, soudain tout rouge, ayant senti dans la poche un porte-monnaie — plein d'or, sans doute — : « Mais non, mais non ! Il n' nie gène mi. Pour de la belle étoffe, c'est de la belle étoffe. »

Ils se rhabillaient précipitamment. Jean-Claude voulait plier les pantalons.': «Laissez, laissez donc ! » Les acheteurs trépignaient d'aise et d'inquiétude.

«Je vous ferai porter cela tantôt par Madelon. — Oh, ben ! faudrait voir; et pourquoi pas par votre valet de chambre, nemme ?»

Ils clignaient de l'oeil .l'un air capable en regardant ce bénet de Jean-Claude qui passait pour « meuchant », mais qui, au moins une fois dans sa vie, avait trouvé à qui parler.

Puis ils payaient et s'en allaient èn riant d'un rire identique.

Gamins et gamines n'étaient pas encore sortis de l'école que Jean-Claude Simonin avait vendu tous ses pantalons (les pantalons des riches banquiers) et qu'il serrait lui-même sa recette dans un porte-monnaie de cuir rouge — le seul qui n'eut pas été placé, tentateur, dans la poche d'un vêtement défraichi.

Quelle bonne pipe il fuma, l'après-midi, avant d'élargir les gilets du percepteur! Même, il sortit d'un placard, pour s'en verser trois petits verres, certaine bouteille de vieille « Mirabelle » que Madelon ne voyait apparaitre qu'aux fêtes carillonnées.

Et jusqu'au soir, en tirant l'aiguille, il chanta la ronde populaire :

« Je suis tailleur de mon métier (bis)

J'aime les fill's très volontiers

Dzoum. dzoum, dzoum, Marionnette.

Mon p'tit coeur doux

Marions-nous l

J'en ai pris deux en amitié bis)

L'une à Thiavill' l'autre à Fagnoux

Dzoum, dzoum, dzoum, Marionnette,

Mon p'tit coeur doux Marions-nous. »

... Le dimanche suivant, Jean-Claude confiait sa bourse de cuir rouge à un beau parleur de notaire qui, l'année même, quittait clandestinement le pays pour n'y plus jamais reparaître.

Costumes de paysanne de Lorraine

dimanche 7 avril 2013, par Anne Auburtin

Source : Image retrouvée sur mon disque dur, issue de Gallica mais dont j'ai perdu les sources détaillées.

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images de paysannerie lorraine

samedi 13 avril 2013, par Anne Auburtin

Source : Images retrouvées au fond de mon disque dur, issues de Gallica, sans plus de précisions

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les mots des vêtements de femmes

mercredi 3 juillet 2013, par Anne Auburtin

Source : Bulletin de la Société philomatique vosgienne, Volumes 13 à 14

Les divers vêtements féminins sont les cottes, la chemingeotte ou chamisatte, la quémisole et le pabré.

Autant nous avons trouvé de formes variées du costume masculin, autant la toilette des femmes semble sacrifiée. Mais il ne faut pas oublier que la femme, dans les campagnes, n'avait pas autrefois cette liberté et cette situation d'égale de l'homme qui lui permettent aujourd'hui de suivre à distance les modes des villes. Alors c'était la travailleuse, presque l'esclave, à qui n'appartenait qu'un modeste accoutrement. Aussi appelait-on avec mépris coues de caignes, queues de chiennes, les robes trop longues, qui traînaient à terre et consommaient inutilement de l'étoffe. Les apanaches (atours, toilettes tapageuses) n'existaient donc pas dans les campagnes, et la jupe n'y a porté qu'un nom, celui de cotte. Trosse tas cottes, en' srô mi débousées, dit un vieux dicton.

La cotte, du celtique coat, est le plus antique de nos vêtements. Après avoir été commun aux deux sexes, les hommes l'abandonnèrent au moyen âge, et depuis il n'appartint plus qu'à la femme. Cote elle ot d'un blanc bliaut (Xllle Se, Roman de BERTHE, XIX). Cotte juske al 'alun (Xlle Se, Job, 148). Les jupes de nos paysannes étaient autrefois plissées par le haut, à la ceinture, et pour les faire bouffer, elles portaient par-dessous un boudin d'étoffe rembourrée, faisant le tour des hanches et qu'on appelait beudin. Était-ce un souvenir des vertugadins du XVIe siècle, n'était-ce pas plutôt une précaution contre les chutes des enfants, comme ce bourrelet que les Espagnols appellent guarda-infante, c'est ce que nous ne pouvons décider.

Les noms des corsages féminins sont tous des diminutifs de camisa, chemise. La chemingeotte ou chamisatte, ainsi que la quémisole sont des corsages non ajustés, ne tenant point au jupon et ne descendant guère plus bas que les reins. Ine pote chamisatte Qui n'lou va qu'jusqu'la boudatte dit une vieille chanson. 312 La camisole était souvent lacée, comme le montre cette dayure : Je vous vends mé quémisole, Les ceillots sont d'our, Le lasset d'argent, Je n'lè mot qu'è lè saint Jean. On l'appelait aussi déshabillé : Je vous vends mon deshabillé blanc, Qui m'a tant coûté d'argent. Faudrait un garçon de grand apparentage Pour m'avoir en mariage. On retrouve ce mot dans le Gil-Blas de LESAGE dans un galant deshabillé (VIll, 11). La chemise, pour se distinguer des vêtements précédents, a presque gardé son nom français : Ene chemihhe de tole grihe. La couleur de cette dernière n'a, nous l'espérons, aucun rapport avec la nuance isabelle, qui tira son nom du voeu que fit Isabelle d'Espagne de garder la même chemise tant qu'Ostende ne serait pas pris, ce qui dura trois ans, et mit à la mode la teinte prise par le royal vêtement. ll y avait cependant dans les Vosges des émules d'Isabelle; ainsi les habitants de Greux, paroisse natale de Jeanne d'Arc, dont on disait : Greux los bocqueïes (les boucs ) Qui n'ont qu'eun' ch'minge de cueïe (cuir) Qu'ut co peine de peuïe. Mais la tole grihhe ou toile écrue, dont se plaint le jeune mari de la chanson, montre que nos pères étaient déjà délicats : J'avoye ine belle chemihhe De fin calevas, Que m'grattot les cuihhes Dou haut on bas. L'ouverture de la chemise pour passer la tête s'appelait mèce, et sa partie inférieure panaye, du latin pannus, pièce d'êtoffe, d'où est venu aussi pennon, bannière. On trouve déjà ce mot au Xllle siècle : Et sa cote qui étoit en maint lieu despanée.. . (Roman de BERTHE, XLVI.) De même dans les Vosges, on dit d'enfants aux robes salies par la boue : L'ont des bés painnés ! ou bien : Les ouètes (sales) panayes qui n'ont mi d'awe (d'eau) pou Io buée (pour la lessive). D'une fille coquette on dit : L'ai tojos des gahhons derri so painné; les toilettes de la ville s'appellent les grands panayes, par opposition aux jupes courtes de la campagne, et les enfants qui s'attachent aux robes trayène pané. Certain corsage sans manches s'appelait le pabré, dont nous n'avons pu découvrir l'étymologie, et certaine veste ou camisole de femme portait le nom d'Apollon, que nous petite robe de chambre fort courte qui ne descendait que jusqu'aux cuisses.

Nous avons trouvé dans Larousse, ainsi expliqué : " Autrefois Le tablier s'appelait en général devanteu ou devinteu (ventrée ou ventrin à Combessaux et Landremont, vainotte à Viterne.) ceints à travers le fond du corps de beaux devantez ouvrez ; On trouve souvent ce vieux mot au XVIe siècle :  Il mist l'aiguille  (AMYOT, P. Em. 56);  Un jeune pasteur qui son devantau sur sa teste  (RABELAIS); " De jeunes hommes tirait une bergère par son devantier (YVER, p. 552.) Dans les Vosges on dit : J'évoye in devinteu qu'ètot tot patchaye (déchirê.) In bé devantey de talla Aineu cà hana su hana (guenilles). Et l'on chante dans les dayures : Je vous vends mon tablier de soie, Qui est attaché devant moi Avec deux épingles d'argent, Si vous êtes fidèle amant. Je vous vends mon tablier de dauphine. Vos amours sont-elles aussi fines Que vous en portez la mine? La dauphine était une belle et forte étoffe de soie, à dispositions ou à semis de fleurs, que l'on appelait ainsi au dernier siècle, parce qu'elle fut mise à la mode par Marie-Antoinette, qui en faisait ses robes peu de temps après son mariage avec le dauphin. Elle se fabriquait à Reims et à Amiens. Il y a vingt ans, on voyait encore des Vosgiennes porter de ces tabliers brochés de fleurs. Les bords en étaient ornés de peurtintailles ou découpures ruchées.

Lorsqu'un garçon voulait demander une fille en mariage, il la consultait d'abord de la façon suivante. En lui parlant de choses indifférentes, il tâchait de défaire le noeud de son devanteu. Si la jeune fille lui laissait prendre les cordons, c'est que le garçon lui plaisait, sinon, et ce jeu étant renouvelé trois fois, il n'avait qu'à porter ses voeux ailleurs.

Les jours de toilette, les femmes mettaient un fichu pardessus leur corsage, comme en Alsace, et l'appelaient le moucheu ou moucheuil , tandis que le mouchoir de poche s'appelait mouchenez, comme au temps de Rabelais. (1, 13.) Ménage le nommait  mouchoir à moucher.  Ainsi les Vosgiennes eurent le bon goût (que notre langue n'eût pas) de distinguer par une terminaison variée deux objets d'un usage si différend : l'un, coquette parure du sein, l'autre, vulgaire essuie-nez dont le nom dérive de mucus. Du reste, si le mouchenez était toujours carré, le moucheuil était triangulaire, comme on le voit par cette locution : J'aveuil in bé champ, la route me l'ai cawpé, j'nâ pue qu'daw moucheuils. A Clefcy on appelle Tracas les mouchoirs que les filles donnent aux garçons à Pâques, en échange des pâtisseries appelées conattes que ceux-ci leur offrent. Tracas vient sans doute du mot français troc. De subtils linguistes, embarrassés par les deux attributions du mot mouchoir, ont fait l'injure à nos aïeules de les supposer capables de suppléer à l'absence de mouchoir de poche par un usage indélicat de leur mouchoir de cou. On voit qu'un mot de notre patois suffit pour terrasser cette hérésie. Un proverbe semblerait témoigner toutefois de la coupable teux dont se pare souvent la lèvre supérieure de leurs bambins : Vaut meuil laies s'a'ofant mouchaw que d'li arracher indifférence des mères pour les ornements d'un goût doul'nez. On appréciera ici la délicatesse du terme mouchaw, muqueux, comparé au français morveux. Mais il n'en faut point conclure que les enfants ne connaissaient que le mouchoir d'Adam au paradis terrestre, car on leur attachait aux reins une pièce de toile appelée mouchette. Notre proverbe signifie seulement qu'il faut souffrir un mal plutôt que de lui appliquer un remède plus fâcheux que le mal lui-même. On saisira aussi facilement le sens de celui-ci : In mouchaw veuil tojo moucha lis autres. Ce fut cependant un luxe d'avoir un mouchoir, et pour qu'on ne puisse pas dire d'un galant homme : II ne se mouche pas du pied, on le voit bien sur sa manche,  il avait le soin d'en laisser dépasser la moitié de sa poche, comme le dévoile naïvement cette dayure : Je v'vom m'moucheuil d'puche Que saute fue (hors) d'ma poche, Le gamin arabe s'appelle mouchachiou, le parisien moucheron. " Et de paniers et de banastres, et de corbeilles et de vans. " " Lesquels florins il affirma être en une bouge. " (Bibi.) C'ost pou feilre voïère aux gachons Que je seuil d'ine bonne mâjon.

Le mot poche que l'on trouve ici témoigne de la date moderne de ces vers, car poche, peuche, pouche, boche, n'ont jamais signifié en patois que bourse, jusqu'au siècle dernier. Lo diale ot do nié boche. signifie le diable est dans ma bourse. De même, dans l'ancien français, bouge, bougeotte, bougette désigne le petit sac de cuir oû l'on serrait son argent. des Chartes, 2e série. llI, 4244, XIVe S.) En celtique boulga avait le même sens. Les Italiens disent bolgia, les Bourguignons bougeotte, les Anglais en ont fait budget, revenu de l'Etat. Cette dayure vosgienne nous servira d'exemple probant : Je vous vends ma petite pochette Qui est pleine de noisettes. Si vous étiez mon amoureux Nous la viderions tous deux. Il est clair que s'il s'agissait d'une poche cousue à la robe, on ne pourrait la vendre. C'est donc bien une bourse. Les poches de robe portaient en patois différents noms. Les benatons ou bannades étaient deux grandes poches unies par un ruban que les femmes attachaient à leur ceinture, par-dessous la robe. Bannade vient évidemment de banastrum, cité par Du Cange, double panier attaché au bât de l'âne. Le vieux français ne l'emploie que dans ce sens : (XllIe S. Ben. 28619.) « Et li charretiers l'a changié, si l'a covert d'une banastre » (Ib. 3983.) On voit par là l'antiquité de ce mot patois. La poche de côté, ouverte par une fente dans le vêtement, s'appelle gougeotte, gageatte, dont le radical serait vagina, gaine, par la transformation habituelle du v en g, à moins que ce ne soit cachette, comme nous le ferait croire le bourguignon caichotte qui a le même sens. La fente de la poche, bien dissimulée dans les plis de la robe, justifierait ce rapprochement. Cette fente s'appelait aussi fouyousse ou fouillouse, du latin fouis, sac de cuir, vieux mot que l'argot a conservé. Dans les habits d'hommes, les larges poches se nomment quelquefois gandmousses, peut-être par corruption de gant moufle, mais plutôt du verbe patois moussi , se fourrer dedans, expression motivée sans doute par l'usage de mettre les mains dans ses poches qui servent ainsi de gants. Nous avons trouvé aussi le mot taihatte, signifiant poche de femme, que nous pouvons rattacher, comme Ménage et Diez l'ont fait pour le mot taie, au latin theca, venu du grec emm, étui, gaine, enveloppe. La taie ayant en effet la forme d'un sac, son diminutif la taihatte serait un petit sac ou pochette.

Nous n'avons point trouvé trace de corsets dans l'ancien habillement des Vosgiennes, et le lacet ne leur servait qu'à serrer leur corsage,  comme on le voit par la devinotte suivante : Qu'ost-ce qu'ost d'neuye (de nuit) grand comme in coudré (cordeau) et d'jo (de jour) comme ène ehhole (échelle)? C'ost lo laiço d'quémisole. La tresse qui sert à lacer s'appelle aussi lessotte ou lessiotte, tandis que le cordon qui sert à attacher les jupons se nomme coujion (petite cougie ou ficelle), et le lacet de cuir des souliers se dit couriotte, petite courroie.

On appelle également couriatte la jarretière en lisière de drap qui fait plusieurs fois le tour de la jambe. Quand elle est en tricot élastique on la nomme tricatte, et quand c'est un simple cordon, c'est la bette ou loyette, qui sert à lier. La dayure suivante l'appelle simplement jarretire : Vous, mamzelle, qu'allez à la goutteilre, De quelle couleur sont vos jarretires ? Eul' sont de couleur ou d'aute, Nos amours ne sont mi les vaute. Ce qui prouverait que les jarretières étaient la plupart du temps un cadeau du fiancé. Dans les noces, on se disputait à qui enlèverait la jarretière bleue ou tricolore de la mariée, destinée à servir de livrée aux assistants.

Les épingles, autrefois plus rares qu'aujourd'hui , étaient un souvenir que la jeune fiancée offrait à ses compagnes, dans la chapelle de la Vierge, le dimanche précédant son mariage. De là sans doute est venue l'acception de ce mot pris dans le sens de gratification, cadeau, présent. On les appelait nonnatte, de l'allemand nonne, épingle. C'est un des rares mots de notre patois qui nous soit venu d'outre-Rhin. Probablement les anciennes épingles provenaient-elles d'Allemagne. Le seul mot patois qui ait le même radical qu'épingle (spina, épine) sert de nom à l'épinoche, petit poisson hérissé de piquants, qu'on appelle chez nous espinglé ou pinguié. ll est passé en proverbe que la jeune fille qui met la première épingle à la couronne de la mariée sera elle-même mariée dans l'année.

Malgré la simplicité de leur habillement, les Vosgiennes aimaient à se parer de quelques bijoux. Elles portaient au cou un collier formé d'un ruban de velours, noir ou rouge, se fermant en avant par un coeur d'or auquel était suspendue une petite croix ou jeannette. Ce collier s'appelait claviye, dérivé sans doute du latin clavus, étroit ruban de pourpre dont on bordait certains vêtements. Le noeud qui l'attachait par-derrière s'appelait floc, loquet ou fieuké. Les agrafes s'appelaient aigraife ou épotiate qui veut dire petite porte, la partie femelle de l'agrafe s'appelant encore aujourd'hui la porte.

Les boucles d'oreilles étaient des pendoroye, pendants d'oreilles ou des auberlique, corruption de breloque, petits bijoux de peu de prix, suspendus à un anneau, de bre ou ber, particule péjorative et loque (allem. mod. locke), boucle de cheveux, chose pendante. On les appelle aussi brimborion dans un vieux Noël : C'ato de pti brimborion Que d'ses oreilles brindillon. Les bagues s'appellent éneye, bauque ou bogue. L'anneau de mariage était en argent, avec deux coeurs couronnés, gravés sur la face. Il n'était pas passé au doigt de la mariée pendant la cérémonie nuptiale, mais attaché à son annulaire avec un flot de ruban noir, par la soeur ou une amie du marié, usage très ancien rappelant l'indissolubilité des liens du mariage et la gravité de ses devoirs, symbolisée par la couleur du ruban.

les mots des vêtements des enfants

vendredi 5 juillet 2013, par Anne Auburtin

 Source : Bulletin de la Société philomatique vosgienne, Volumes 13 à 14

"II existe peu de termes patois se rapportant aux vêtements des enfants.

Leur maillot s'appelle faihotte, sans doute du latin fascia, bande de toile.

Les langes sont les drapies : Quand t'ari fa la boulie Te vérie biaï li drapies dit la Chanson des femmes de Récicourt. Un vieux Noël les appelle drépé : J'y voyeu co touo (trois) bé ro (rois) Qu'édorin l'offan su di train (paille) Entortiyé do dé drépé dépéteuye (déchirés). On les nomme aussi lurelle ou lurette.

La bavette, partie supérieure du tablier ou devanteu, s'appelait boveren, boverotte ou baivatte.

Le canison était un petit gilet de laine tricoté."

Costume de Lorraine

jeudi 31 octobre 2013, par Anne Auburtin

Source : Gallica

Titre : Lorraine

Éditeur : Hoffmann et Ohnstein (Leipzig; Paris)

Date d'édition : 1850

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Portrait d'une lorraine

jeudi 14 novembre 2013, par Anne Auburtin

Origine Gallica

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Costume homme et femme dans les Vosges

samedi 30 novembre 2013, par Anne Auburtin

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