généalogie et histoires lorraines

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Category US, COUTUMES ET EVENEMENTS › Naissance, mariage, décès

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Deuil et Inhumation

samedi 20 octobre 2012, par Anne Auburtin

Source : La Lorraine sous le duc Léopold (1698-1729),Par M. Ch. CHARTON , société d'émulation des Vosges, tome XII cahier 2, 1865.

Durée du deuil  sous le duc Léopold

"Les deuils pris à la mort des têtes couronnées , des princes et princesses de la maison de Lorraine , et des autres princes et princesses , seront réduits à la moitié du temps accoutumé, de sorte que les plus grands deuils ne durent pas plus de six mois et les autres à proportion.

La même réduction atteint les deuils des familles lorraines.

Le grand deuil et le petit deuil portés par les femmes au décès de leurs maris sont limités à six mois , de même que ceux des femmes, des pères, mères, beaux-pères et belles-mères , aïeux et aïeules , et des autres personnes dont on est héritier ou légataire universel.

Les deuils des frères et sœurs, des beaux-frères et belles-sœurs de qui on n'hérite point , ne durent que trois mois et tous les autres un mois.

Il n'est permis qu'aux gentilshommes et aux conseillers d'État de draper leurs carrosses ou leurs chevaux en signe de deuil."

Inhumation

"Les lorrains et principalement les habitants de la campagne avaient la funeste habitude d'ensevelir précipitamment leurs morts. Cette précipitation avait eu plusieurs fois pour effet d'ôter la vie à des malades simplement tombés en syncope ou évanouis , et qui seraient revenus à eux si on ne leur avait pas coupé la respiration. Toutefois ces fâcheux événements n'étaient point attribués à la méchanceté, mais à l'imprudence seule.

Léopold qui ne cessait de veiller à tous les intérêts de ses peuples , leur défend d'ensevelir les personnes présumées mortes et de leur couvrir le visage avant qu'il se soit écoulé un temps suffisant pour qu'elles puissent se relever de leur état léthargique.

Son ordonnance du 24 janvier 1725 exige en conséquence qu'aucun mort ne soit plus enseveli que douze heures après qu'il aura rendu le dernier soupir. Pendant ces douze heures , son visage restera à découvert et rien ne pourra gêner la respiration. Toute infraction à cette règle sera réprimée par une punition exemplaire.

On pourra cependant abréger ce délai dans les cas d'infection et de maladies contagieuses, et lorsque les médecins ou les chirurgiens auront déclaré qu'il y aurait danger à laisser plus longtemps.

majorité et mariage

jeudi 25 octobre 2012, par Anne Auburtin

Source : La Lorraine sous le duc Léopold (1698-1729),Par M. Ch. CHARTON , société d'émulation des Vosges, tome XII cahier 2, 1865.

L'âge de la majorité sous Léopold

"Quelques coutumes de Lorraine avaient fixé la majorité des enfants de famille, les unes à vingt-un ans et les autres à vingt ans. Elles étaient en contradiction avec les autres coutumes qui avaient adopté l'âge de vingt-cinq ans.

«L'expérience; dit Léopold dans son édit du 8 mars 1723, n'a que trop fait connaître combien une majorité précoce est préjudiciable à des jeunes gens peu capables de discerner ce qui leur est avantageux de ce qui leur paraît, agréable. Entraînés par leurs passions , ils courent souvent avec précipitation à leur ruine et ne se détrompent du mauvais usage de leurs biens que lorsqu'ils en sentent plus vivement le besoin à un âge plus avancé ; où ils se voyent dans la misère.- D'ailleurs le lieu de la naissance déterminant les qualités personnelles , un père de famille, qui est obligé pour ses affaires ou pour notre service de changer de domicile , se trouve quelquefois avoir son fils aîné mineur, tandis que son cadet est majeur, pour avoir pris naissance en différents lieux soumis à des coutumes contraires les unes aux autres : ce qui cause des discussions désagréables dans les familles, dont la paix nous est chère: Ces considérations nous portent à établir une loi uniforme , qui fixe la majorité des enfants de famille dans tous nos États à. un même âge, mûr et convenable. »

Cet âge est fixé à vingt-cinq ans , et toutes les coutumes qui avaient déterminé un autre nombre d'années sont abrogées. Toutefois la majorité acquise avant l'âge de vingt-cinq ans et la publication de l'édit est maintenue. C'était rendre hommage au principe de non rétroactivité. Les fils et les filles de famille mariés « quoique mineurs de vingt-cinq ans », ainsi que les veufs et les veuves, sont   émancipés et jouissent de leurs droits.

Ils peuvent tester en justice et faire tous actes légitimes concernant l'administration de leurs biens, sans avoir besoin de l'autorité de leurs parents ou tuteurs, mais il ne sauraient valablement aliéner, engager ou hypothéquer leurs propriétés avant leur majorité accomplie qu'avec le consentement de leurs pères et mères, ou de leurs tuteurs ou curateurs, et, dans ce dernier cas, qu'avec l'assentiment du procureur général ou de ses substituts, de deux parents paternels et de deux parents maternels."

Âge du mariage

"Un édit du duc Charles III, du 12 septembre 1572 , reconnaissant qu'il était dangereux de laisser aux enfants de famille la liberté de se marier au gré de leurs désirs et contre la volonté de leurs parents, dans un âge où la faiblesse, souvent même une folle passion ne leur permettent pas de décider avec prudence d'un engagement qui doit faire le malheur ou le bonheur de leur vie, obligeait les garçons jusqu'à l'âge de trente ans et les filles jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans à se pourvoir du consentement de leurs parents. Quelques coutumes avaient dérogé à cette disposition et permis aux enfants de se marier comme ils l'entendraient à partir de l'âge de vingt-cinq ans, en requérant, pour la forme seulement , le consentement paternel.

Léopold réforme cet abus, qui était non-seulement contraire au respect et à la soumission que les lois divines et humaines exigent des enfants envers leurs pères et mères, mais qui était encore nuisible à la paix et à l'honneur des familles, où des mariages capricieux pouvaient porter le trouble et la honte. En prenant soin de faire respecter l'autorité paternelle , il n'entend pas cependant la porter jusqu'à l'excès, mais seulement contraindre les enfants jusqu'à un âge mûr à se laisser guider par leurs parents dans un choix aussi important que celui d'une femme ou d'un mari. En cela il met un frein nécessaire à la fougue de la jeunesse. Mais laissant ensuite aux enfants parvenus à un âge raisonnable la liberté de se procurer un établissement que leurs parents auront négligé, il obvie au peu de naturel ou à l'indolence de certains pères et mères, qui, trop occupés d'eux-mêmes ou de leurs intérêts, oublient quelquefois ceux de leurs enfants.

Ainsi il rétablit dans toute sa force l'ordonnance du 12 septembre 1572, et permet d'exhéréder les enfants qui se marieront sans le consentement de leurs parents, et qu'il déclare indignes et incapables de tous profits, avantages, donations à cause de noces, et douaires qu'ils pourraient avoir stipulés par les contrats de semblables mariages on qui seraient attribués par les coutumes aux personnes mariées. Les entremetteurs de ces sortes d'unions et ceux qui y assisteraient contre l'intention des pères et mères encourent une amende qui peut être portée jusqu'au tiers de la valeur de leurs biens et même une punition corporelle, s'ils sont roturiers.

Mais les fils ayant plus de trente ans et les filles âgées de plus de vingt-cinq ans, et leurs témoins ou assistants, ne sont passibles d'aucune peine, si le consentement paternel a été requis par une sommation respectueuse faite par un tabellion et deux témoins ou par deux notaires. Les enfants en tutelle ou curatelle ne peuvent non plus se marier avant l'âge de vingt-cinq ans sans le consentement de leurs tuteurs ou curateurs, assistés de deux témoins du côté paternel et de deux témoins du côté maternel, à peine de confiscation de leurs biens. Les entremetteurs sont condamnés aux peines indiquées plus haut."

Le remariage

"Léopold établissait en principe que le mariage tirait son institution du droit divin et du droit naturel, qu'il servait de fondement à la société civile, et que les lois humaines l'avaient pris avec justice sous leur protection: Mais les secondes noces lui paraissaient répréhensibles à certains égards. Les lois romaines flétrissaient par des peines rigoureuses les femmes qui se remariaient dans l'année de deuil, et réprimaient par de sages précautions Ies libéralités indiscrètes de ces femmes envers leurs seconds maris. Le droit canonique , touché par des considérations plus importantes, avait rendu l'honneur aux secondes noces, en conservant la distinction due aux premières, et quoique les nations chrétiennes se fussent presque toutes conformées à cette règle, la plupart ne laissaient pas que de retenir ,ou de renouveler, les prescriptions du droit romain pour limiter les avantages au moyen desquels les personnes qui se remarient se procurent de nouveaux engagements aux dépens de la fortune des premiers époux , et pour empêcher que les bienfaits de l'époux prédécédé en faveur du survivant ne passassent dans une famille étrangère, au mépris de l'ancienne affection conjugale ensevelie avec le défunt et au préjudice des premiers enfants.

La prévoyance judicieuse de ces lois n'avait pas encore été admise en Lorraine, dont les coutumes et les usages ne pourvoyaient qu'imparfaitement à la conservation des droits des enfants ,du premier lit contre la licence des secondes noces, et il en résultait beaucoup de désordres dans les familles.

Léopold ordonne, par son édit du 22 septembre 1711, que dorénavant ceux de ses sujets, hommes ou femmes, qui, ayant des enfants d'un lit précédent ou des petits-enfants en provenant, viendront à se remarier, ne pourront avantager directement ni indirectement leurs nouveaux maris ou femmes, les pères, mères et enfants de ceux-ci, non plus que les personnes interposées par fraudé, ni leur donner par aucune sorte d'actes « deniers comptant, dettes actives, immeubles ou autres effets à eux appartenant» au delà de la portion avenant à celui des enfants du premier lit qui prendra le moins en leur succession , soit a ab intestat » , soit en vertu de dispositions testamentaires ; en cas de contravention, l'excédant des avantages sera réduit à la portion de l'enfant.

L'édit porte en outre que la propriété des avantages faits par l'époux prédécédé au survivant demeurera réservée de plein droit , « au point de la célébration du second mariage », aux enfants du premier lit; le survivant jouira. bien de l'usufruit ,mais il ne pourra en disposer que dans le cas où les enfants mourraient avant lui: Dans ce cas , la propriété lui retournerait avec l'usufruit et il en aurait la libre et entière disposition."

Charivari

"Mais, en divers endroits de da province, il se commettait des désordres scandaleux à l'occasion des premiers ou des seconds mariages. Les jeunes gens et surtout les artisans et les boutiquiers s'attroupaient de jour et de nuit pour insulter les mariés : ils en voulaient principalement aux veufs et aux veuves qui convolaient en secondes noces. A ceux-là ils prodiguaient les charivaris, les huées outrageantes, les sons des instruments les plus discordants. Si parfois ils en usaient de même pour les premiers mariages, c'était pour se faire payer des droits qu'ils prétendaient leur être dus. Ces charivaris au surplus ne manquaient pas de faire naître des querelles , des disputes , des collisions où l'on se tirait des coups de pistolet ou de fusil , où l'on se donnait des coups d'épée, où l'on se faisait des blessures graves et quelquefois mortelles. Les mariés ne pouvaient s'y soustraire qu'en se sauvant à la campagne, mais à leur retour ils étaient exposés aux mêmes insultes et ne parvenaient à s'en affranchir qu'au moyen de sommes d'argent assez considérables. Cet argent était aussitôt dépensé au cabaret où les tapageurs buvaient et s'enivraient, et qu'ils ne quittaient que pour troubler de nouveau la tranquillité publique et scandaliser les honnêtes gens.

Les charivaris avaient cependant été défendus par l'Église dans plusieurs conciles, à peine des plus .fortes censures. Dans les États policés, les princes et les magistrats les avaient également prohibés sous les peines les plus sévères, non-seulement parce qu'ils versaient le mépris et l'opprobre sur l'institution du mariage , mais encore parce qu'ils suscitaient des réunions illicites et des émeutes populaires:

Le procureur général dénonce ces désordres à la Cour souveraine et lui en demande la prompte répression. La Cour rend ,. le 47 janvier 1715 , un arrêt qui interdit à toutes personnes de s'attrouper dorénavant le jour ou la nuit pour outrager par paroles ou voies de fait , sous quelque prétexte que ce soit , les gens qui se marient en premières ou en secondes noces , quand bien même ce seraient des étrangers, et d'en exiger aucuns droits en argent , en vin ou en effets; à peine d'être procédé extraordinairement contre les coupables. Les officiers locaux sont tenus d'informer contre eux. sur-le-champ et sans attendre les plaintes ou les dénonciations et de les faire condamner à la prison et solidairement à l'amende, sauf leur recours les uns contre les autres. L'arrêt déclare en outre les pères , mères et maîtres civilement responsables des contraventions de leurs enfants et de leurs domestiques de l'un et l'autre sexe."

un cas de bigamie

mercredi 2 octobre 2013, par Anne Auburtin

Le 29 germinal an 6, jean-Pierre Bauzin, (fils de feu Joseph Bauzin et de jeanne Chatelin)  âgé de 22 ans, épouse Marguerite Chenaux, âgé de 37 ans. Ils vivent ensemble pendant trois ans, et deux enfants naissent de leur union. 

Le 14 brumaire an 14, Bauzin épouse, devant l'officier de l'état-civil de Courcelle-Chaussy, Anne Ganard, âgée de 27 ans.

En 1807, le directeur du jury de Metz décerne un mandat d'amener contre Bauzin, comme prévenu de bigamie.
Celui -ci n'articule rien dans l'instruction qui tende à présenter son second mariage comme nul dans la forme ; seulement il excipe de ce qu'il a cru à la nullité du premier. En conséquence, il est mis en accusation .

 Le 15 octobre 1807, la cour de justice criminelle de la Moselle le condamne, d'après la déclaration du jury, à 12 années de fers.

Il se pourvoir en cassation ; et, pour la première fois, dans sa requête, il soutient que son second mariage est nul :

  1. Parce qu'il l' avait contracté, non dans la maison commune de Courcelle-Chaussy, mais dans la maison du maître d'école et à huis-clos ;
  2. Parce qu'il avait pas obtenu le consentement de sa mère, et qu'il n'y n'avait pas suppléé par des actes respectueux.
  3. Parce qu'il n'a contracté son second mariage qu'à l'instigation du maire et du maître d'école, qui lui ont persuadé que son premier mariage a été nul et ne le liait point.
De là il prétend tirer les trois moyens de  cassation suivant :
  1. La question de bonne foi n'a pas été posée ni décidé par le jury, relativement au maire et au maître d'école ;
  2. La cour de justice criminelle n'a pas renvoyé au juge civil la question de la validité ou de la nullité du second mariage ;
  3. Cette cour n'a pas posé et le jury n'a pas résolu la question de savoir si le second mariage avait été contracté légalement.

La cour, sur les conclusions de M. Daniels, substitut :

  • Attendu, sur le premier moyen que la question de bonne foi peut être présentée ou refusée par le tribunal, d'après l'appréciation des circonstances;  que du reste, elle a été, dans l'espèce, soumise au jury, et par lui décidé négativement ; qu'il ne pouvait y avoir lieu à aucune question de ce genre à l'égard de ceux qui pouvait avoir coopéré au second mariage et qu'ils n'étaient soumis à aucune accusation ;
  • Attendu sur le second moyen, que le second mariage du réclamant ayant les formes extérieures de la Loi, sa nullité n'aurait point couvert le délit, et que dès lors il y avait lieu à aucune question préjudicielle ;
  • Attendu, sur le troisième moyen, qu'on n'a point du poser la question de savoir s'il y avait eu un second mariage célébré légalement ; qu'il a suffi, ainsi qu'il a été fait, de demander aux jurés s'ils avaient contracté un second mariage avant la dissolution du premier.

D'après ces motifs, rejette  etc.

source : "Jurisprudence du XIXe siècle", recueil des arrêts par Dalloz, avocat à la cour de cassation de Paris, tome 3.

Les actes de l'état-civil de Moselle ne sont hélas, pas encore en ligne mais je serai curieuse de savoir comment ce jugement a été retranscrit...

Un testament de paysan au XVIIe siècle.

lundi 24 mars 2014, par Anne Auburtin

Source : Bulletin mensuel de la Société d'archéologie lorraine et du Musée historique lorrain - J. NICOLAS - 1912 - Gallica
 

"Dans une liasse de pièces récemment tombée en notre possession, se trouvent plusieurs testaments rédigés aux XVIIe et XVIIIe siècles par de simples paysans, par des habitants de Laneuville-sur-Meuse. Il nous a paru intéressant de faire connaître l'un de ces documents les plus anciens. Si la lecture de telles pièces manque d'intérêt général, elle n'est pas du moins sans offrir quelque aperçu digne de fixer l'attention. Voici le testament de Jean Rouyer, daté du 15 juillet 1636 :

« Ce jourd'huy, XVe jour de juillet 1636, nous soubsignez, Jean Pierrard le jeune, eschevin jurez en la justice de la Neufville, Guiot et Lambert les Lambottin, Jean Minon, François Mathurin, Gilles Guiot et Thierry Lambottin, tous habitants et bourgeois dudit la Neufville, pour l'absence du mayeur et des eschevins dudit lieu, sommes été requis de la part de Jean le Rouyer, bourgeois dud. la Neufville, nous transporter en la maison de Jean Colin, dud. la Neufville, ou led. Rouyer fait de présent sa résidence, où estant acheminés, l'avons trouvé sur sa couche malade, néanmoins de bon mémoire et sain d'entendement, comme il nous est aparu. Considérant que toute créature sont subjette à la mort et qu'il n'est rien plus certain qu'icelle mort, et rien plus incertain que l'heure d'icelle, afin qu'il ne demeure intestat, a dict et desclaré en nos présences, qu'il voulait que les choses cy après desclarées sortassent en leur plain et entier effect sans y estre forcez ni contraint en aucune sorte comme choses concernant son salut.
Premièrement a recommandez son ame à Dieu et à la Vge Marie, à tous les saincts et sainctes de Paradis.
Item a dict et ordonné qu'il veut que son corps soit inhumé dans l'église dud. la Neufville et pour ce estant, a donnez a ladicte Église dix francs Barrois pour son droict, et qu'il luy soit faict ung tombeaux enfermez.
Le jour de son obsecq, veut et ordonne qu'il soit dict messe haulte, vigille et recommandise, priant Dieu pour le repos de son âme.
Item led. jour de son obsecq, veut et ordonne qu'il soit distribuez aux pauvres qui assisteront audits services la somme de quattre francs Barrois.
Le jour de sa quarantaine veut et ordonne qu'il soit dict et celebrez messe haulte, vigille et recommandise pour le salut de son âme.
Item a dict et ordonnez qu'il luy soit faict faire ung luminaire pour fournir à ses dicts services.
Item a desclaré que Jean Dal, hostellain, demeurant à Sthenay avoit une pièce d'or vallant vingt quattre francs barrois et une pistolle d'Espaigne en main, apartenant aud. testateur et qu'il les avoit en garde et que sy ces deux pièces d'or n'estaient suffisantes pour subvenir aux frais qu'il conviendra faire à l'exécution de sondict testament, veut et ordonne qu'il soit venduz des autres meubles qu'il a dans ung coffre à la maison et domicile de Jean Bilardin de Sthenay et à la maison de Epvrard Michel  et au domicil de la grand Zabelle, tous demt aud. Sthenay et en donne la puissance audit Pierrard.
Item a desclaré qu'il debvoit à la place de ce lieux , dix huict ou vingt sols. Item à Jean Lambottin, cy devant hostellain, luy doit environ deux francs. Item a desclaré qu'il debvoit cinq francs à la ville de Sthenay.
De plus, ledict Rouyer a fondez ung anniversaire en lad.Église à perp etuitez pour prier Dieu pour le salut de son âme, d'une messe haulte, vigille et recommandise, laquelle messe se dira le jour de son décès ou dans la sepmaine d'iceluy, dont pour rétribution de lad. messe, led. testateur a donnez et donne à lad. Église ung demy cent de pretz à prendre dans ung cent à luy apartenant scytuez et assis sur le ban et finaige de Sthenay, en la prairie basse dud. lieux eu lieudiet l'Islette, royé (voisin de) Jamin Bernier de Servizy d'une part, et d'aultre, lequel cent de pretz se change par chacun an avec le sieur Nicollas Millet dud. Sthenay, dont dud. derny cent de pretz, l'herbaige de haut poil se vendra par chacun an par les gouverneurs de l'Église dud. la-Neufville pour subvenir a payer lad.messe pour laquelle le sieur curez dud. lieux aura pour son sallaire dix-huict gros, le margueillier six gros, et le reste du louaige de l'herbaige dud demy cent de pretz, demeurera au proffict de lad. Église pour payer les luminaires et encens du dict anniversaire, pour lequel présent testament et ordonnance de dernière volontez, enthériner et mettre à exécution, led. testateur a nommez esleus et choisis la personne dd Jean Pierrard le Jeune cy-dessus nommez, son bon Amy, auquel il luy a donné plain pouvoir et auctoritez de faire et accomplir ce présent testament au plus tost qu'il pourra et des biens par luy delaissez, desquels biens pour ce faire, il luy cedde et transporte et mets en main jusqu'à l'accomplissement de ce dict présent son testament, revocquant et mettant au néant tous autres testaments par luy faict ne voulant qu'il soit adjoustez créance à aultres qu'à cestuy présent.
En foi de quoy, nous tesmoins soubsignés avons ce présent testament signez et marquez de nos signes et marques accoustumez cy mis, certiffiant ce que dessus entre véritable, ledit testateur desclarant ne sçavoir signer.
Faict aud. la Neufville le jour et an que dessus.
»

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La date inscrite en tète de ce testament était douloureuse entre toutes. Ce fut, au début de 1636, l'invasion des Croates qui ravagèrent, cruellement le pays de Stenay, de sorte qu'il n'y eut plus de sécurité dans la région. Les habitants des villages s'étaient réfugiés clans la petite
ville ou y avaient transporté ce qu'ils avaient de plus précieux.
Lisant entre les lignes du testament de Jean Rouyer, nous découvrons la trace de ces calamités. Pourquoi cette « absence du mayeur et des eschevins » remplacés, comme témoins d'un acte public, par des « habitants et bourgeois » quelconques ? Les personnages officiels sont sans doute occupés par d'autres soucis. Le testateur « trouvé sur sa couche malade » réside dans une maison étrangère. A-t-il encore un chez-lui ? Les deux pièces d'or, les
meubles qu'il possède, sont à l'abri derrière les proches remparts de Stenay et dispersés dans quatre famille différentes. Ces circonstances ne sont-elles pas suggestives ?
Quelques jours après la rédaction de ce testament, à la fin de juillet, la peste éclatait à Stenay où elle faisait, ainsi que dans les environs, de nombreuses victimes. La terrible contagion emporta-t-elle le testateur malade ?
Quoi qu'il en soit, le pauvre Lorrain dut mourir accablé des malheurs de sa patrie".   

J. Nicolas

A venir, un texte publié à la suite de la publication de ce testament et précisant les droits à payer lors des décès.

A propos du testament d'un paysan au XVII° siècle

mercredi 26 mars 2014, par Anne Auburtin

Source : Bulletin mensuel de la Société d'archéologie lorraine et du Musée historique lorrain - L. MAUJEAN.- 1912 - Gallica

Ce texte fait suite à la publication du "testament d'un paysan au XVIIe siècle."

"L'auteur du mémoire précité, M. l'abbé Nicolas, le fait remarquer : bien que les anciens rituels de Trèves, Toul et Verdun ne contiennent aucune prescription concernant le droit que prélevaient les anciennes fabriques pour accorder la sépulture dans les églises, ce droit semble avoir réellement existé.
Or la sépulture dans les églises est mentionnée souvent dans les documents du XVIIe et du XVIIIe siècle, surtout par les couvents pour les paroisses dont ils étaient les patrons. Voici en particulier ce que disent à ce sujet les « Statuts, règles et ordonnances des églises paroissiales dépendant de Domèvre », manuscrit de la fin du XVIIe siècle.
Après la défense d'usage des « poils, ouvroirs et assemblées nocturnes », le chapitre sur les offices paroissiaux et l'énumération des cas d'absolution interdits aux chanoines et réservés à l'abbé, le document contient sous le titre : « Droits d'autel », les prescriptions suivantes :

  • Baptêmes, rien ;
  • Relevailles, le pain, le cierge, I franc ;
  • Viatique, extrême-onction, rien ;
  • Fiançailles, publication, 1 gros le dimanche, 2 gros la semaine ;
  • Mariages conclus hors de la paroisse, 5 gros ;
  • Pour aller chercher les saintes huiles, 1 livre ;
  • Une messe basse, I esquelin, moins pour les pauvres ;
  • Enterrement d'enfants, 2 gros ; Me d'école, 6 gros ;
  • Enterrement d'adultes avec 3 messes, 2 gros ; Me d'école, 4 gros ; marguillier, 3 gros ;
  • Enterrement dans la nef, 10 gros ;
  • Enterrement dans le choeur, 20 gros."