généalogie et histoires lorraines

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Category US, COUTUMES ET EVENEMENTS › Météo, famines, épidémies....

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Epidémies

samedi 20 octobre 2012, par Anne Auburtin

source : terre et hommes en lorraine (1550-1635), Guy Cabourdin; Annales de l'Est, université de Nancy II, 1977.Les Vosges pittoresques et historiques, Ch. Charton

Au XIV et XVèmes  siècles

Toulois Comté de Vaudémont Reste de la Lorraine
1545-1546 : "peste et guerre à Toul" 1544-1546 : Reg. Nancy - St. Nicolas - Pierreville. (Nancy jusque 1552)
1550
1552 : "peste à Toul" 1552 : typhus dans armées devant Metz
1567 "danger de peste à Toul" 1566-1568 Reg. Nancy - St. Nicolas - Einville.
...1569:Gondreville 1568 : Pulligny
1575 1574-1576 : Nancy
1576-1577 Toul 1576 : Vézelise1577 : Fédocourt 1577 : Pont-à-Mousson
1582-1589 Toul et villages avoisinants 1577 : Pont-à-Mousson1585 : Art-sur-Meurthe - Pont-à-Mousson1587 : Verdun - Pont-à-Mousson - Laxou
1594 : Nancy
1597 : Vézelise 1596-1597 : Lunéville1597 : autour de Ligny-en-barrois
1598 : Pagney 1598 : Pont-à-Mousson
1600
1606 : Verdun
hiver 1609-1610 : Vézelise et environs 1610 : Rambervillers
1625 aut-hiver 1625-1626 : Colombey, Vicherey 1625 : Vézelise 1621-1625 (stt 1621-1623) Metz-Verdun
1629 : Vézelise, Favières et Saulxerotte 1629 : qq villages à l'ouest de Lunéville
1630-1632 contagion générale sauf Verdunois et pays messin
...1635 "pourpre fievre chaude" à Gondreville
1636... contagion générale

Au XIXème  siècle

1832 Choléra Vosges
1849 Choléra Vosges
1854 Choléra Vosges
1866 Choléra Vosges

La famine de 1816-1817 dans la Meurthe

samedi 17 novembre 2012, par Anne Auburtin

Dès le début de 1816, l'épuisement des réserves du département était presque total. En 1815 déjà, le Recueil administratif avait donné une recette pour la confection de cent soupes économiques : « Pois ou haricots, 2 pots; orge mondé, 2 1/2 pots; pommes de terre, 30 livres; viande, 1 1.; graisse de rôt, 1 1.; sel, 3 1.; poivre, 3 gros; carottes moyennes, une douzaine; oignons ou poireaux ou céleri, environ 1 1.; pain blanc, 20 1.; eau, 150 1... Cette soupe contient des principes nutritifs et' visqueux. Ces derniers n'y sont qu'en quantité propre à la rendre agréable et d'une facile digestion. La portion revient à 10 centimes environ. »

Afin « d'obtenir la garantie d'un approvisionnement suffisant et constant, d'empêcher que des individus inhabiles ou mal famés, ou sans moyens pécuniaires prennent à leur gré un état qui tient de si près à la salubrité publique; parce que l'administration doit tenir à ce qu'il ne soit débité que du pain bien confectionné », la corporation des boulangers avait été rétablie dans la ville de Nancy en novembre 1814.(En octobre 1814, il y avait 70 boulangers à Nancy). Pour exercer désormais la profession, il fallait «une permission spéciale du maire; elle ne sera accordée qu'à ceux qui seront de bonne vie et moeurs, et qui justifieront avoir fait leur apprentissage et connaître les bons procédés de l'art... - Chaque boulanger se soumettra à avoir constamment en réserve, dans son magasin un approvisionnement de bled et de farine de Ire qualité », 9.000 kilos pour ceux de 1ere classe, 5.400 pour ceux de 2e classe.

Malgré ces mesures, le prix du pain monta très vite au début de 1816. On recourut alors à la taxe, qui fut en avril, de 4 sous pour le pain blanc, et de 16 centimes pour le bis. Les gens de la campagne, n'ayant plus de blé en réserve ou cherchant à le ménager, envahirent les boulangeries de Nancy, enlevant tout le pain « en sortant du four : on en voit qui en emportent deux et trois miches à la fois et on croit même, d'après quelques bruits populaires, qu'ils payent le pain au delà de la taxe, d'où il résulte que l'on trouve rarement du pain chez les boulangers... Le grain qui se vend aux halles est en grande partie consommé par les villages environnans... ».

Par suite de la misère, le nombre des expositions d'enfants augmenta rapidement : « Des enfants légitimes, âgés de trois à six ans, et nés de pères et mères connus et domiciliés », étaient même abandonnés dans les rues et sur les places publiques.

Une foule de mendiants étrangers à la ville, la plupart, valides, mais sans ressources, encombraient Nancy, qui ne savait qu'en faire. Un décret du 5 juillet 1808 avait ordonné la création d'un dépôt de mendicité dans chaque département; mais on n'avait rien fait dans la Meurthe. Le nombre croissant des vagabonds remit en mémoire ce décret oublié : le conseil général, le conseil municipal de Nancy étudièrent la question. On se contenta finalement - de nommer deux agents pour surveiller les mendiants de la ville et d'obliger les autres à retourner dans leurs communes.

On attendait avec impatience la récolte de l'automne de 1816 qui devait. mettre fin à la misère résultant de l'invasion. Mais le 5 août, un orage épouvantable détruisit presque toutes les récoltes; dans beaucoup de communes de l'arrondissement de Château-Salins, «l'on n'aperçoit plus aucune trace de végétation. Ce ne sont pas simplement les plantes annuelles qui ont été anéanties; mais les arbres fruitiers, les arbustes, tout ce qui compose le règne végétal a disparu; ou bien ce qui en reste semble avoir échappé aux Harnes... Des hommes ont péri; les toitures, les volets, les persiennes, les fenêtres des habitans ont été brisés... » Cet orage fut suivi de pluies abondantes qui firent déborder les rivières; ce qui avait échappé à la grêle fut détruit par l'humidité.

Aussitôt après ce désastre, le prix du pain blanc monta de 5 à 6 sous la livre, et celui du pain bis de 18 à 25 centimes; au 8 novembre 1816, la taxe du pain blanc fut levée; celle du pain bis fut portée au 11 janvier 1817 à 6 sous; on n'en donnait qu'une livre par jour à chaque individu. Ce pain sera confectionné dans les hôpitaux de la ville; il n'en sera délivré qu'une livre par jour à chaque individu.. Afin de rendre à la circulation les blés et orges destinés à la fabrication de la bière, le préfet interdit provisoirement cette fabrication.

Le public accusait les boulangers de mêler à leurs farines des substances malsaines. Pour vérifier cette assertion le maire de Nancy chargea deux chimistes d'analyser le pain. Ils le trouvèrent « compact, pesant, d'une saveur assez désagréable; ...il se trempe difficilement et fait une colle visqueuse peu propre à la digestion »; ils en attribuèrent la cause à l'insuffisante siccation des grains contenant une eau de végétation qui recèle un principe délétère; ...c'est cette eau qui fit périr en partie l'armée prussienne en Champagne en 1792... ».

Le nombre des boulangers de Nancy tomba de 74 en octobre 1815 à 54 en mars 1817. Leur approvisionnement était en déficit de 160.000 kilos en mars 1817, de 263.110 en avril et ce déficit augmentait sans cesse .

Le 11 mars 1817, il y eut des troubles autour d'une boulangerie où l'on avait vendu du pain extrêmement mauvais. Non seulement la troupe de ligne, mais la garde nationale dut intervenir pour rétablir l'ordre . Depuis le mois d'octobre déjà le marché aux grains était peu fréquenté, parce que les cultivateurs des campagnes craignaient d'y être malmenés et dévalisés; ils préféraient, malgré la défense préfectorale, vendre à des accapareurs qui faisaient sans cesse monter le prix de la farine.

Pour remédier à l'insuffisance des approvisionnements, la municipalité de Nancy avait décidé de créer une société d'approvisionnement de grains de réserve formée par actions, demis et quarts d'actions de 200 francs, qui devait assurer à la ville une réserve de 5.000 quintaux de blé achetés à l'étranger.

Dans les autres villes du département, on avait rétabli les corporations de boulangers, taxé le prix du pain, cherché à acheter des grains à l'étranger, distribué des soupes économiques faites avec des os broyés, etc.

A Lunéville, le « maître des basses oeuvres, chargé d'enfouir les animaux morts... a fait rapport que plusieurs habitans de cette ville se présentaient journellement dans son domicile pour obtenir de la chair de ces animaux et en faire leur nourriture; que même quelques-uns s'étaient permis d'ouvrir des fosses, dans le pré de la voirie, et de découper des morceaux après les bêtes enfouies... ».

Dans les villages, où il n'y avait guère de riches pour secourir les nécessiteux, on déterrait les pommes de terre plantées depuis quelques semaines, faute de pouvoir attendre l'époque de la récolte. Les maires durent organiser des « patrouilles de nuit, dans le but de veiller à la conservation des récoltes et de les préserver du pillage ».

Enfin en août 1817, on fit une récolte peu abondante, mais à peu près suffisante pour les besoins de l'année. Peu à peu la vie reprit son cours normal, et de la famine il ne resta qu'un douloureux souvenir.

L'ouragan de 1902 dans les Vosges

vendredi 19 avril 2013, par Anne Auburtin

Texte tiré du bulletin de 1904 de la société philomatique des Vosges, l'article est signé d'un X.

Pour ceux qui se souviennent des conséquences de la tempête de 1999 dans les Vosges, à presqu'un siècle de distance, des images bien similaires

L'année 1902 restera marquée dans les annales des Vosges par un cataclysme que, fort heureusement, elles n'avaient jamais eu à enregistrer.
Dans la nuit du 30 au 31 Janvier, une tempête du Nord-Est s'abattit sur toute la région et ne prit fin que dans la journée du 2 Février. A certains moments, notamment dans les matinées du 31 Janvier et du 1er Février, elle atteignit une violence inouïe et en quelques minutes causa des dégâts considérables dans toute la région montagneuse, du Donon au Ballon d'Alsace.


Les magnifiques forêts de sapins qui couvrent les montagnes furent dévastées par l'ouragan. Sur les versants exposés au Nord-Est, des peuplements en pleine vigueur furent en quelques minutes couchés sur le sol, et du fond des vallées on put assister à cette lutte grandiose de la tempête et des géants de la forêt qui, vaincus après une résistance de quelques instants, étaient renversés ou brisés comme des fétus de paille

_les_chablis_au_col_du_Haut-jacques.JPG
Les deux vues ci-jointes sont dues à un des membres les plus dévoués de la Société philomatique, M. Vichir Franck, dont les nombreuses productions artistiques sont si justement appréciées.
La première représente une parcelle dévastée au Col du Haut-Jacques. La seconde évoque le souvenir du Sapin Algan.


 
Cet arbre remarquable, situé dans une des forêts domaniales des environs de Saint-Dié, n'a pas résisté à l'ouragan. Il mesurait 3m70 de circonférence à hauteur d'homme; son volume était évalué à 22 mètres cubes et son âge à 400 ans environ. Dans sa chute, il s'est brisé en quatre morceaux. Le volume des bois renversés par l'ouragan de 1902 des chablis  a dépassé un million de mètres cubes sur le versant français de la chaire des Vosges, soit un cube de bois plein de plus de cent mètres de côté. Ces bois ont été vendus, avec perte naturellement, par les différents propriétaires des forêts, et une véritable armée de bûcherons, de schlitteurs et de voituriers a été occupée à leur mise en oeuvre, qui est aujourd'hui à peine terminée.
Pour le débit d'une quantité de marchandises trois fois environ plus considérable que celle livrée habituellement chaque année au commerce, les scieries se sont trouvées insuffisantes ; aussi des usines temporaires mues par la vapeur et utilisant pour le chauffage la sciure et les débris, ont-elles été installées  sur différents points aussi rapprochés que possible des parties les plus ravagées des forêts, tandis que clans les grands centres commerciaux d'autres ont été soit créées, soit améliorées avec les derniers perfectionnements offerts par l'industrie.
Une des plus remarquables de ces dernières est certainement celle qui a été installée à Saint-Dié. Les machines dont elle est pourvue sont de fabrication américaine. Elles peuvent débiter ensemble en 11 heures de travail 100 mètres cubes de bois. L'avenir semble être à ces usines perfectionnées et placées au centre des affaires, et il est à prévoir que leur développement, qui marche de pair avec celui des chemins de vidange et des voies ferrées, entraînera un jour ou l'autre la disparition des vieilles scieries hydrauliques, ces travailleurs plus modestes mais infatigables, leurs soeurs aînées de plus d'un siècle; mais ces dernières rendent encore et à peu de frais des services importants; aussi l'heure de leur disparition ne semble-t-elle pas près de sonner, et tous ceux qui aiment la montagne se plaisent à espérer que longtemps encore elle profileront au fond des vallées sur les sombres sa-pins leurs silhouettes pittoresques, que la fumée de leurs maisonnettes de bois continuera à s'élever avec les vapeurs, de la forêt, et que les échos de la montagne ne cesseront pas de retentir du bruit de leur travail et du grincement de leur scie sous la lime du sagard.
X.

L'hiver de 1709 à Martincourt, d'après le curé Gaillé

samedi 22 mars 2014, par Anne Auburtin

 (Source : Bulletin mensuel de la Société d'archéologie lorraine et du Musée historique lorrain -1927 ser. 2 Gallica)


« En cette année de 1709 les gelées ont commencé le 6 janvier et ont duré quinze jours d'une telle rigueur de froidure que l'on ne pouvait sortir du logis qu'en danger de mort. Des soldats étant.en marche depuis Nancy jusqu'à Toul, d'un bataillon il ne restait que deux tiers, le reste était mort avec ses femmes et enfants par les chemins, d'autres avaient les pieds et les mains gelés. Les bestiaux mouraient dans les écuries, les mouches à miel ont été presque toutes perdues ; les arbres dans les forêts ont été fendus en deux, les arbres fruitiers presque tous perdus et il n'y en a pas resté un seul des gros. Tous les blés ont été gelés d'une telle sorte qu'il n'y en a point resté la dixme, presque dans tous les pays notamment en France, en Lorraine et en Bourgogne ce qui a porté famine pendant les mois de juin et juillet, qui (a obligé) la plus grande partie (des gens) à ne manger que du pain d'avoine, encore la moitié de leur suffisance. Les ecclésiastiques et la noblesse mangent un pain de blé avec orge et avoine ; il y a des pauvres qui ont été obligés de manger du pain de chenevis. Le printemps et l'été ont été pluvieux, ce qui a empêché de pouvoir voyager ni cultiver les terres et les vignes. Il n'y a point eu de vin l'an dernier 1708 ni encore rien en 1709. Mais il y a bien eu du marsage de la moisson dernière, notamment dans la Haye. Pendant l'année 1710, le blé après la semaille a valu 8 écus le rézal, la quarte du Pont à Mousson 6 écus 1/2; l'orge, 50 sols le bichet et l'avoine 2 francs le bichet. Les pois et les lentilles, un écu le bichet, le vin 5 ou 6 écus la hotte, en détail 20 sols et 24 sols le pot ce qui a duré jusqu'au mois de mars 1710. Depuis le mois d'avril 1710, le blé s'a vendu 3 écus et le plus beau 25 francs, l'orge 20 et le plus beau 25, l'avoine 15 sols et le vin 4 écus la hotte. Depuis la moisson, le blé s'a vendu 15 f. à 16 f. la quarte du Pont à Mousson, le bichet 15 sols et l'avoine 10 sols. » .
« GAILLÉ,
Curé de Saint-Jean et de Martincourt. »
(Extrait des registres paroissiaux de Martincourt disparus pendant la guerre de 1914-1918)

Inondations en 1734 en Lorraine

vendredi 28 mars 2014, par Anne Auburtin

Source : Bulletin mensuel de la Société d'archéologie lorraine et du Musée historique lorrain  -1928 - article de René Cazin - Gallica
 





"L'année 1734 fut certainement l'une des plus pénibles du règne du duc François III. Aux maux de l'occupation française (on était alors en pleine guerre de la succession de Pologne), s'ajoutèrent les désastres causés par les anomalies du climats. L'été à peu près entier fut gâté par le mauvais temps qui régna sur la Lorraine et les contrées voisines.

La saison commença par de violents orages, accompagnés de grêle et de pluie. La duchesse régente de Lorraine, Elisabeth-Charlotte d'Orléans, écrivait, le 26 juin, au marquis de Stainville envoyé de Lorraine à Paris  : " Il n'y aura cette année presque point de foin dans tes hauts preys et que les bas qui faisoient presque toute la ressource viennent. d'être inondés et à demy enterrés par le débordement des rivières, dans un teins qu'on s'y attendois le moins".

Le samedi 19 juin, 30 à 40 villages du pays messin furent grêlés; à Metz, on estima la seule perte des carreaux de vitres à 50.000 écus, et les vitriers de Nancy durent prêter leur concours à leurs confrères,

Les troupes françaises qui faisaient alors le siège de Philipsbourg ne progressaient que très difficilement, les eaux ayant comblé leurs tranchées à. plusieurs reprises.Les terres regorgeaient donc déjà d'humidité lorsque, le 4 juillet, s'abattit sur le Barrois, la Lorraine et les pays rhénans une tempête de vent et de pluie qui dura 44 heures:  " Le 4 juillet, note le libraire Nicolas, il commença à pleuvoir à quatre heures du soir, et la pluie ne finit que le 13 à midi"         

Cette énorme masse d'eau, que le sol ne pouvait plus absorber, se mit à ruisseler avec une très grande intensité ; le niveau des cours d'eau monta avec une rapidité étonnante. « En moins de trois heures, écrit le conseiller secrétaire Poirot, les rivières de Meurthe et la Vezouze, qui environnent Lunéville, se sont portées d'une montagne à l'autre ». Le 6 juillet, le débordement était général, et le 7 il atteignait son plus haut point. La Meuse, le Rhin, la Saône, et surtout les rivières vosgiennes, Meurthe, Moselle et leurs affluents, recouvraient le plat pays en ravageant tout sur leur passage.

L'extension extraordinaire de cette inondation inattendue fit sur les esprits la plus profonde impression. « De mémoire d'homme, lit-on dans le Journalier de la  famille Marcol, on n'en avait vu de semblable". La duchesse Élisabeth-Charlotte estimait que la postérité aurait peine à croire à un si funeste événement  "Je n'ay de ma vie rien vue de plus terrible. Tout est isy dans la désolation".

Les dégâts, en effet, étaient énormes, et le malheur frappait la population tout entière. Un compte rendu officiel que la régente fit remettre à M. de Chauvelin, garde des sceaux, pour modérer les nombreuses demandes de fournitures du gouvernement de Louis XV, donne un tableau complet du désastre  "Il n'est pas possible de détailler toutes les ruines et les pertes que l'inondation des 6 et 7 du présent mois a causé dans toute l'étendue des Etats de Son Altesse Royale, puisqu'à tout moment l'on nous annonce quelque nouveau dégât. Toutes nos belles chaussées qui faisoient l'admiration des étrangers sont couppées et ruinées en partie, plus de trois cents ponts ont été enlevés et entre autres les deux ponts de Jarménil sur la Moselle et la Vologne, le grand pont d'entre les deux villes d'Epinal et les deux autres du faubourg de la même ville, les deux ponts de Mirecourt, celuy de Maschivoid , près de Marainville, celuy d'entre Neuve Maison et Pont St-Vincent, celuy de Saint Pierremont, celuy de St.-Diez, celuy de Ste-Margueritte, de Frouard, de al ville, les deux ponts de Craon, celuy de Henamesnil, de Ste-Anne près Lunéville et le pont de la Maix. La chaussée de Rozières pour communiquer à la grande route près de Dombasle est emportée et celle qui estoit entre Bayon et Roville  l'est si absolument qu'il n'en reste aucun vestige ; plus de cinquante moulins ou autres usines ont subis le même sort, plusieurs maisons scituées près des rivières et ruisseaux ont eu le même malheur; la seule ville d'Epinal en. a perdu douze, quoyque solidement bâties.

Nos salines ont également souffert, les eaux de débordement ayant monté dans les poelles qu'elles ont déplacées et ruiné leurs assiettes ; celle de Rozières en est pour deux mil cinq cents cordes de bois que ce déluge a emmenées. Et pour comble d'affliction, tous les grains ont esté couchés par cette tempette ce qui les empeschera de parvenir à maturité, et toutes les prairies qui estoient pretes à faucher sont tellement couvertes de terre, de limond et de pierrailles qu'elles ressemblent plustot à des terres labourées qu'à des prés ce qui ôte l'espérance d'y faire du reguin, n'estant pas possible d'y mettre la faux pour couper ce foin terré qui ne pouroit servir que de fumier, en sorte que le pays se voit privé de cette récolte que nous considérons comme la plus importante puisque sans elle la culture des terres tombe nécessairement, les peuples n'ayant pas de quoy nourrir leur bétail
".

Lunéville fut atteinte rune des premières par le flot. Il fallut sauver pendant la nuit les chevaux de l'Académie qui étaient menacés dans leurs écuries ; les cuisines du château furent envahies par les eaux. Les palissades d'un pare que le prince Charles de Lorraine, frère du duc régnant, venait de faire établir pour ses biches, au bord des bosquets, furent renversées par le vent. « La rivière est a pressant presque dans mon lit », écrit Elisabeth-Charlotte. Son
secrétaire décrit ainsi l'aspect des rivières « Nous avons vu flotter icy pendant le déluge quantités de débris de maisons emportées par la rapidité des eaux, des ponts de bois, le peu de foing qui avoit été abattu depuis deux jours, des hommes, des bestiaux et mille autres choses que je ne détaille point», L'abbaye de Beaupré, à une lieue en amont de Lunéville, était cernée par la Meurthe. Aux abords de la forêt de Mondon, ce cours d'eau, transformé en torrent, rompant vannes et digues, emporta 12 arpents d'une prairie appartenant au domaine. La ville de Nancy subit de gros dommages. L'eau arriva jusqu'à la porte Saint-Georges et pénétra derrière les Tiercelins ; le courant coupa la chaussée qui allait des grands moulins à Essey. Toutes les maisons du Crosne furent inondées depuis le bas jusqu'en haut. Les marchandises déposées le long du port furent entraînées ou détruites ; la ferme générale de Lorraine perdit ainsi 485 muids de sel remisés dans ses magasins et 532 cordes 8/4 de bois ; les toiles qui blanchissaient sur les prés furent enlevées. Il y eut deux hommes noyés. L'évêque de Toul se trouva bloqué à Frouard par suite de la destruction du Pont. ; il adressa à tout le diocèse un mandement ordonnant des prières de quarante heures qui commencèrent le 8 juillet au matin.
A Pont-à-Mousson, il y eut jusqu'à 6 pieds d'eau dans les églises et les maisons ; l'ont fit monter les dégats à 40.000 écus. Toul, Metz, Thionville souffrirent beaucoup également du débordement.

Quelques détails curieux, sinon toujours véridiques, nous ont été laissés par les contemporains. Un cultivateur, qui essayait de sauver le peu de foin qu'il possédait dans une prairie voisine de Nancy, n'eut que le temps de dételer ses chevaux et de se sauver ; le courant était si violent qu'il fallut envoyer des pêcheurs fixer le chariot avec des pieux.. Le 8 juillet au soir, malgré la décrue, les extrémités seules de la voiture étaient visibles. L'on vit passer, dit-on, sur des muions, ou tas de foin, des perdreaux et des couleuvres ; le correspondant de la Clef du cabinet des princes assure même que des berceaux avec des enfants flottaient sur les eaux.

Une assez courte période de beau temps permit d'entreprendre tes travaux de première urgence mais, le 19, le 20 et le 21 juillet, de nouvelles pluies abîmèrent le peu de foin que l'on avait pu sauver du premier naufrage ; plus d'un pont provisoire établi à la hâte fut enlevé, entre autres ceux de Mirecourt ; ces pluies eurent cependant leur utilité en débarrassant les plantes de la terre qui les recouvrait et donnèrent la possibilité de mettre le bétail dans les pâturages. Le mois d'août fut presque aussi défavorable que juillet ; la moisson fut faite dans des conditions très pénibles. "Dans le moment que je vous écrit, dit Elisabeth-Charlotte à Stainville, les belles prairies de la Sarre, celles de la Seille et de la plupart des autres rivières sont encore sous l'eau de plus de deux trois pieds, de sorte qu'on n'y mettra pas la faux et que les pailles sur lesquelles nos pauvres sujets fondoient presque toute leur espérance ne vaudront rien, à cause des pluys continuelles qui les ont noircies et qui pourrissent les herbes qui s'y trouvent mêlées abondamment cette année".

Quelles furent, en définitive, les conséquences de ces inondations pour les populations et pour le gouvernement de la Régente ? Le montant des dégâts est à peu près impossible à établir on avança d'abord le chiffre de dix millions de livres, argent de Lorraine ; le secrétaire de la Régente pensait que quatre subventions payées toutes à la fois eussent été plus supportables. L'on s'arrêta, en dernier lien, à une estimation de deux à trois millions, somme fort considérable pour l'époque.

Elisabeth-Charlotte fit prendre immédiatement une série de mesures destinées à soulager les victimes.
Dès le 6 juillet, un arrêt du Conseil d’État ordonnait de faire des regains et permettait le vainpaturage dans les bois jusqu'au milieu de l'année 1735. « Triste ressource », dit Poirot. Le 26 juillet, deux arrêts de la Cour souveraine ordonnaient, l'un de restituer les bois emportés par les rivières, l'autre de lever les vannes des moulins installés sur la Seille et la Nied, pour faciliter l'écoulement des eaux. La réparation des chaussées, et la reconstruction des ponts furent entreprises rapidement. (L'adjudication du pont de Frouard eut lieu dès le 5 août 1734). Quelques diminutions sur la subvention furent accordées aux paroisses elles furent cependant assez rares et peu élevées, car les finances ducales étaient fort délabrées. Le fermier général et les sous-fermiers, plus influents et plus habiles sans doute que les communautés obtinrent de sérieuses indemnités pour les pertes qu'ils avaient subies une remise de 10.209 livres fut faite à la ferme générale pour les seuls dégâts du port de Nancy. En décembre 1734, les digues des grands moulins de Nancy, déjà ébranlées par les inondations de juillet et août, cédèrent devant une nouvelle poussée des eaux il en coûta près de 60.000 livres au Trésor pour les rétablir.

Ce furent donc les paysans, peu déchargés d'impôts et frappés de nouvelles corvées, et les finances du duc François III, qui furent le plus atteints par ces désastres. Malgré les représentations les plus vives, la France n'en continua pas moins d'exiger 600.000 rations de foin pour ses troupes ; elle ne ralentit pas un instant les charrois de vivres et de matériel qu'elle faisait faire aux laboureurs du Barrois et de Lorraine. Le duc régnant, qui vivait alors à Vienne, ne suspendit pas non plus ses appels de fonds. On conçoit, dans ces conditions, l'importance capitale qu'attachèrent à ces événements le peuple des duchés et le gouvernement de la Régente"
René CAZIN