Par J.-F. Poirier-Peltre.

L'étude de la famille aux temps anciens est pour tout le monde un sujet d'un poignant intérêt. Serait-ce par suite d'un malaise instinctivement ressenti dans l'atmosphère de la famille actuelle ? Est-ce simplement le résultat de l'attrait qu'exerce sur tout esprit la révélation du passé, surtout, quand ce passé a été vécu par nos ancêtres et dans les lieux où nous les avons remplacés? Quoi qu'il en soit, plusieurs essais ont été faits sur la matière en divers pays ; tous ont trouvé un accueil favorable auprès du public.

Ayant parcouru dans ces dernières années plusieurs milliers de contrats de mariage, autant de testaments, de partages de famille, d'inventaires et d'actes notariés de diverses sortes; nous aidant au surplus des Coutumes de Metz, code civil du temps, et des notes multiples recueillies au cours de nos recherches aux registres des paroisses, nous avons pensé pouvoir, sans trop de présomption, faire revivre la famille messine au bon vieux temps dans une monographie où la fantaisie n'aurait aucune part et où nous laisserions à des documents incontestables le soin de justifier nos assertions.

Cette étude se borne à la ville de Metz et au Pays Messin. En dehors de ces limites, le pays était. régi par d'autres Coutumes. On n'en comptait pas moins de douze dans le ressort du parlement: celles de Metz, de l'Evêché de Metz, de Verdun, de Toul, de Lorraine, de Saint-Mihiel, de Sedan, de Thionville, de Paris, du Vermandois, de Vitry et de la Petite-Pierre.

Nous suivrons la famille dans son développement naturel. Les époux la fondent, les parents ou les tuteurs la régissent; les enfants en sont la vie et le plus grand attrait ; les domestiques au bon vieux temps y occupent une place; les biens se transmettent de génération en génération. Autant de points à examiner. Nous jetterons en terminant, un regard sur l'ameublement intérieur des foyers.

Les époux

Rien ne répand une lumière plus vive sur la situation et les droits des époux que les contrats de mariage.

Le premier article de tout contrat de mariage stipule invariablement que «les futurs s'épouseront dans la religion qu'ils professent, et cela aussitôt que l'un ou l'autre le demandera» ; parfois «dans le délai de quarante jours». Si l'un des contractants est de la Religion Réformée, il doit abjurer. On ne se contente pas de l'abjuration ; pendant les années qui suivent la révocation de l'Édit de Nantes, on exige une profession de foi avant la cérémonie du mariage. Nous n'avons rencontré qu'un seul mariage mixte : il est du 4 décembre 1655; encore est-il suivi de la naissance d'un rejeton dès le 10 mars suivant. Théodore le Braconnier, seigneur de Mont près Pange, protestant, épouse Marie Bardot, catholique. Le mariage est célébré dans une chapelle dite des Trépassés au cimetière de la paroisse Saint-Simplice. Dispense a été obtenue aux trois conditions fixées par le Concile de Trente. Le mari ne tient pas ses engagements. Le premier garçon est baptisé à l'église réformée; la première fille à l'église catholique ; puis garçons et filles indistinctement reçoivent le baptême des mains du ministre réformé. Théodore le Braconnier meurt catholique le 7 septembre 1697.L'impartialité nous fait un devoir de signaler d'autre part le mariage d'un catholique qui apostasie pour épouser une protestante. Onuftrien de Son, seigneur de Rouguerolle et de Montfauxel, épouse le 29 mai 1 592 Marie de Barisy, veuve de Bon de Roucy. Un enfant, né de leur mariage, est baptisé à Metz par le ministre réformé le 7 mars 1593. Le greffier juge à propos de joindre à l'acte du baptême la copie de l'acte du mariage qui n'a pas été célébré à Metz, niais au château de Montfauxel, près Vouziers, lequel pendant de longues années fut la propriété de la famille de Roucy. L'acte de mariage mentionne expressément l'apostasie.

Le second article de tout contrat de mariage établit les bagues à donner qu'il faut bien distinguer de la dot. Les bagues consistent en un anneau, des bijoux, parfois une vigne ou une pièce de terre, quelquefois aussi une somme d'argent, toujours donnés avant la solennisalion du mariage. La dot fait l'objet d'un article spécial : c'est presque toujours une somme d'argent, quelquefois une terre et seigneurie ou partie de seigneurie, mais livrée seulement "au lendemain des épousailles».

Un autre article concerne les réserves des époux. Le futur se réserve expressément ses habits d'homme, ses armes, ses chevaux, quelque terre. La future se réserve ses habits de femme et ses joyaux. On n'a garde de manquer de stipuler dans un article spécial «que chacun paiera ses dettes avant le mariage». Le point est impotant; quand cela n'a pas été spécifié, les dettes deviennent communes, et de plus le mari est toujours obligé de payer seul les dettes de sa femme. Un point caractéristique de la famille messine et. qui est particulier à la Coutume de Metz, c'est que la communauté des biens n'existe entre les époux que si elle est «accordée par traité de mariage». Aussi l'on ne trouve aucun contrat qui ne mentionne que les futurs époux «seront uns et communs en tous biens meubles, immeubles, acquêts, dettes actives et passives», naturellement «après la solennisation du mariage», puisqu'il n'y avait pas de mariage civil. Avant le mariage religieux, le contrat peut, être annulé ou révoqué. Le 1° septembre 1638, par devant M° Carita, notaire, Denis Cellier, sergent en garnison à Metz, passe contrat avec Marie Monsay, fille d'un chapelier. Le 16 janvier suivant, le même Denis Cellier comparait devant le même notaire. «Il a faittoutes diligences pour faire apparoir les certificats du lieu de sa naissance, du consentement de ses père et mère, de l'attestation du ministre de sa religion et, de son état de non-mariage. Mais l'état de guerre et le peu de sûreté des chemins l'ont empêché d'aboutir. Mis en demeure par la fille et ses parents, il consent et veut bien que le contrat de mariage soit annulé et que la dite Marie Monsay puisse se marier à qui elle jugera à propos, sans qu'il puisse jamais l'inquiéter». La dite Marie Monsay consent de son côté, et l'on se quitte bons amis. - Nous croyons pouvoir soupçonner quelque autre motif à la rescission de ce contrat; pour les soldats en particulier, une sentence de l'official pouvait, suppléer au défaut. de leurs papiers.

Les contrats de mariage se terminent, comme tous les actes concernant la propriété, par l'engagement des biens propres de chacun des contractants comme garantie hypothécaire et souvent par la fixation d'un douaire pour la partie survivante. Ce douaire consiste quelquefois en une somme une fois versée, plus communément en une rente viagère sur les biens du mari, devant être réduite aux deux tiers au cas qu'il y ait «les enfants du mariage, et pouvant être rachetée à un certain denier par les héritiers du mari. Il est appelé douaire préfixe par opposition au douaire coutumier qui est celui que règle la Coutume à défaut de contrat de mariage.

Quatre points différencient ces deux sortes de douaires :

  • le douaire préfixe n'est acquis à la femme qu'après qu'elle en a demandé la délivrance aux héritiers, tandis qu'elle est saisie du douaire coutumier incontinent après le décès de son mari ;
  • au cas que la veuve se remarie ayant des enfants, elle conserve le douaire préfixe tel qu'il est stipulé, tandis que du douaire coutumier elle perd les deux tiers;
  • le douaire coutumier n'est qu'un pur usufruit pendant la vie de la veuve, le préfixe est une vraie propriété sans retour aux héritiers du mari;
  • enfin le douaire préfixe assure à la femme le premier rang parmi les créanciers hypothécaires postérieurs à la date du contrat de mariage, tandis qu'elle n'a pas le droit de s'opposer au paiement de toutes les dettes faites par son mari depuis le mariage, sous prétexte de douaire coutumier.

Le mariage contracté, quelle est l'autorité du mari ?

Elle s'exerce d'abord sur la conduite de la femme. Les archives de la Maison du Refuge, Bon Pasteur de l'époque, nous ont conservé plusieurs lettres de cachet visant des femmes infidèles ou adonnées à la boisson,reléguées et enfermées sur la demande du mari. Le 19 août 1760, Nicolas Calmer, tanneur, de Boulay, fait enfermer par ordre du bailliage Catherine Prime «dont les mœurs sont dérangées, d'autant plus qu'il y a à craindre pour sa fortune, celle de sa famille et l'honneur des uns et des autres; elle se livre à la boisson et donne le scandale». - Un homme de Cattenom demande le 14 Novembre 1785 qu'on enferme sa femme qui n'a pas de défauts, si ce n'est celui de se déranger dans son mariage par la boisson». Cependant l'autorité du mari n'est pas absolue ni sans contrôle. Le 23 avril 1771, une lettre de cachet du Roi ordonne la sortie de Barbe Dufaux, épouse du sieur Philippy, chirurgien, qui l'a accusée faussement: un dossier très curieux justifie la pauvre femme.

Le mari est le maître des biens de la communauté. Il peut, sans le consentement de la femme, aliéner les meubles venus en communauté et les biens acquis depuis le mariage; mais ce droit ne peut s'exercer que par dispositions entre vifs, et non par testament. Enfin son autorité ne va pas jusqu'à pouvoir vendre les biens tenant nature de fonds de sa femme, sans le consentement de cette dernière, et, ce qui est encore tout particulier à la Coutume de Metz, sans l'avis et consentement de quatre de ses parents, deux du côté paternel, deux du côté maternel, ou, à leur défaut, de quatre de ses amis de ce autorisés par le maître-échevin. La Coutume pare ainsi aux inconvénients de la violence que ferait le mari pour obtenir le consentement de sa femme, ou de la faiblesse de la femme trop facilement disposée à se prêter aux désirs du mari. Le mari, disons-nous, ne peut pas vendre, mais il peut laisser à bail, pour neuf ans seulement, les biens de sa femme; car il est de par le droit l'administrateur de ces biens, et la femme ne peut ni ester en jugement ni donner ou aliéner quoi que ce soit. sans la licence de son mari.

Les parents et les tuteurs.

L'autorité des parents est le fondement de la famille. La Coutume de Metz l'établit solidement, mais non sans un certain tempérament. Les enfants sont en la puissance de leur père, mère, ou tuteur, jusqu'à ce qu'ils soient mariés, émancipés par justice, pourvus d'un état ou d'un grade honorable, ou qu'ils aient, les garçons 20 ans accomplis, les filles 18. Mais, jusqu'à l'âge de 25 ans accomplis, ils ne peuvent ni vendre ni aliéner les biens qui leur sont échus de ligne directe ou collatérale, si ce n'est par permission de justice. Telle est la législation messine jusqu'à l'établissement du Parlement à Metz en 1633; à partir de cette époque la Cour par ses interprétations tend à un rapprochement avec le droit français. Ainsi le Parlement juge nul, de droit et par le fait, tout contrat de mineur de moins de 25 ans aliénant des biens immeubles à lui échus par succession et les l'ail restituer du seul chef de la minorité. sans exiger antre preuve de lésion. Mais lorsqu'après l'âge de 20 ans le mineur dispose de ses meubles. acquêts ou actions mobiliaires, le contrat n'est pas considéré comme nul; il est seulement susceptible d'annulation si le mineur a été lésé ou qu'il a exposé légèrement ses intérêts.

La puissance paternelle sur les enfants mineurs est tempérée par deux articles de la Coutume, l'un refusant tout droit aux parents sur ce que le fils s'est acquis en portant les armes, en étant au service d'autrui ou autrement par son travail et son industrie hors de la maison paternelle; l'autre ne donnant aux parents que la jouissance des revenus de tout bien échu à un mineur par donation, et encore seulement pour le cas où la donation ne stipule pas pour les parents l'obligation de rendre compte à l'enfant.

Pour ce qui regarde le mariage, aucun enfant ne peut sans le consentement de ses père et mère contracter mariage, sous peine d'être déshérité. Il n'y a ici aucune limite d'âge. Quand le consentement est refusé, ce n'est qu'après l'âge de 25 ans, suivant la Coutume,- et, selon la pratique du Parlement, après l'âge de 30 ans pour les garçons et de 25 ans pour les filles, que les enfants peuvent se pourvoir en justice pour faire juger si l'opposition de leurs parents est juste et raisonnable. Une sentence rendue en leur faveur ne les dispense pas de la sommation respectueuse, faute de laquelle les parents s'ont toujours en droit de les déshériter. Les tuteurs ont la même puissance que les parents, sauf que la peine d'exhérédation ne saurait exister ; le contrat est simplement annulé et une amende encourue. Les entremetteurs de mariages contractés sans l'avis des parents ou tuteurs sont punis à l'arbitrage de justice. Les curés ou les vicaires qui les bénissent sont sujets aux mêmes peines; le commentaire de la Coutume cite cieux condamnations du parlement à l'appui de cette assertion: celle d'un curé de Saint-Martin de Metz et celle d'un curé de Sedan.

Nous disions ci-dessus que les parents avaient le droit de déshériter leurs enfants en cas de mariage rebelle. Ils possédaient le même droit au cas de mauvaise conduite, dissipation ou autres désordres. Mais ici comme toujours la Coutume apportait un tempérament. Trois conditions étaient requises :

  • ce droit devait s'exercer par testament ou par acte notarié;
  • le motif devait être clairement et expressément énoncé;
  • il devait être conforme à la vérité et susceptible d'être prouvé péremptoirement.

De plus, liberté restait au père de substituer air fils indigne les enfants de ce dernier. Il semble qu'en certains pays, l'autorité des parents en fait de mariage allait jusqu'à pouvoir faire enfermer leurs filles dans un couvent, après s'être fait donner une lettre de cachet du Roi ou de l'Évêque, ou un ordre du lieutenant du bailliage. En était-il de même à Metz ? Les archives de la Maison du Refuge de Metz, dont nous avons fait mention plus haut, et celles du Couvent de la Congrégation nous ont conservé des lettres de cachet du Roi et de l'Evêque et des lettres de demandes des parents. Les lettres de cachet du Roi concernent bien quelques demoiselles de familles riches ; mais elles sont d'un laconisme aussi désolant que terrifiant. Ces jeunes filles sont-elles aliénées d'esprit ou d'une inconduite ne touchant en rien au mariage? Cela est possible; rien ne nous autorise à affirmer qu'il s'agit d'une opposition paternelle à un mariage. Les lettres de cachet de l'Évêque sont plutôt des ordres enjoignant, à la suite de la demande des parents, à la Supérieure de l'une ou l'autre maison d'avoir à accepter telle ou telle personne. Il s'agit bien dans ces lettres de personnes aliénées, adonnées à la boisson, de mœurs dépravées; mais de cas de mariage, point. Une seule demande de parents a pour objet l'opposition à un mariage. Les parents  exposent au lieutenant du bailliage qu'une intrigue concertée entre un avocat au Parlement, mineur d'âge, et leur fille, a décidé cette dernière à se soustraire à l'autorité paternelle, pour former un établissement qui n'était pas du goût de sa famille. Dès sa majorité, à la sommation respectueuse il fut répondu, de manière à dessiller tellement les yeux de la demoiselle, qu'elle s'était empressée de rentrer dans les bras de ses parents, en se désistant de la voie peu convenable qu'elle avait choisie. Elle est pour le moment au couvent de la Congrégation. Mais voici que les parents apprennent que le jeune avocat avec son père, sous de faux noms et sous un déguisement de femme, vont la voir au couvent. Les parents prient de la transférer à Sainte-Claire. On obtempère à leur désir; .Sommes-nous en présence de parents faisant en vertu du droit strict enfermer leur fille, et cela parce qu'elle veut se marier contre leur gré ? Cela ne semble pas absolument évident. La jeune fille est majeure (nous sommes en 1786, elle est née le 2 février 1756): le 19 février elle use de son droit de sommation respectueuse, mais ne porte pas le refus de ses parents devant la justice. Elle se soumet. Va-t-elle au couvent de la Congrégation d'accord avec ses parents ou forcée par ces derniers ? C'est ce qu'il faudrait savoir. Le lieutenant du bailliage, chargé de la police des mœurs, peut, à ce seul titre, faire mettre la jeune personne en sûreté dans un autre couvent. Jusqu'à découverte d'autres documents plus explicites, la question reste discutable.

La mort venant à frapper les parents, quelle est l'autorité des tuteurs ? Complétons ce que nous avons dit jusqu'ici à ce sujet. Tant que subsista l'ancienne magistrature de Metz, c'est-à-dire jusqu'à l'établissement du bailliage, tribunal du Roi, en 1646, une Chambre appelée Chambre des Sauvetés, composée du Maitre-Échevin et de sept de ses conseillers, était chargée des intérêts des mineurs, c'est-à-dire de la création des tuteurs, des émancipations, des redditions de comptes et homologations de vente. Mais depuis la suppression de la magistrature messine, les actes concernant les personnes et les biens des mineurs furent faits dans la ville de Metz par le bailliage et dans le Pays Messin par les seigneurs hauts-justiciers. A l'une ou l'autre époque le père est le tuteur né de ses enfants, sans avoir besoin de l'approbation du magistrat; mais il est tenu de rendre compte des levées et revenus, sauf à se faire payer pour la nourriture et l'entretien des enfants, ainsi que pour tous frais occasionnés pour la conservation de leurs personnes et de leurs biens. A défaut du père, la mère est tutrice naturelle de ses enfants, mais avec le privilège, qui est encore une des singularités de la Coutume de Metz, d'être déchargée de toute reddition de comptes tant qu'elle reste veuve, à charge par elle de nourrir et entretenir ses mineurs. Si elle se remarie, elle est tenue de faire nommer un autre tuteur avec elle, et elle devient comptable des revenus de ses enfants à partir du jour de son second mariage. La mère peut être exclue de la tutelle, si le père a désigné un tuteur par testament. Ce dernier devra toutefois être agréé par les parents des mineurs, après qu'ils auront prêté serment, et confirmé par le juge. Tout tuteur, qu'il soit institué par justice ou par testament, doit faire immédiatement inventaire des biens meubles de ses pupilles et les faire vendre, à la réserve de ceux qu'il peut destiner à leur usage. Il ne peut épouser sa pupille ni faire épouser à un de ses enfants le mineur dont il a la charge, à moins que le magistrat n'ait prononcé et que les parents n'aient donné un avis favorable. Toutes ces dispositions témoignent du grand intérêt porté par l'autorité au soin des mineurs, regardés en tout pays comme des dépôts sacrés confiés par la religion, la police et l'humanité même, aux magistrats. La sagesse de nos ancêtres à cet égard n'était point en retard sur celle de nos contemporains.

Les enfants.

La famille est très nombreuse au Pays Messin. Nous sommes certainement en dessous de la moyenne exacte en fixant le nombre ordinaire des enfants dans chaque famille au nombre de 6. Beaucoup de ces enfants meurent en nourrice, à Metz même, et les curés, comme nous l'apprennent les procès-verbaux des visites canoniques, négligent d'inscrire leurs décès, ce qui ne permet pas d'établir une moyenne proportionnelle; soit dans les villages de la banlieue et autres. Quand Paul Ferry fait le partage de la succession de sa première femme Esther de Vigneulles, de dix enfants il n'en reste que trois. Philippe le Baclulé, sgr de Crépy, n'en conserve que quatre sur quatorze. David de Saint-Aubin n'en garde que cinq sur onze. Nous pourrions multiplier ces exemples.

Les parents trouvent-ils des écoles élémentaires pour leurs enfants? Les anciens Conciles vinrent-ils mettre à exécution dans notre pays leurs prescriptions au sujet de l'instruction des enfants par le clergé ? Nos premiers monastères furent-ils fidèles à l'usage existant dès le milieu du sixième siècle d'avoir deux écoles, l'une pour les enfants destinés à l'état religieux à l'intérieur du cloître, l'autre pour les enfants du dehors ? Toujours est-il qu'en 760 l'évêque Chrodegand imposait aux collégiales et aux chapitres l'obligation d'affecter une prébende à l'entretien d'un régent chargé d'instruire gratuitement les . écoliers pauvres. En 805, le Concile de Thionville traite la question des écoles et développe les prescriptions du capitulaire de 789. Qu'il y ait eu des époques où la décadence des ordres religieux, le malheur des guerres ou le fléau de la peste amenèrent quelques lacunes dans la formation intellectuelle des ,jeunes enfants dans les couvents, cela est incontestable. mais sans doute qu'après ces années d'épreuves, les écoles se rouvraient, ainsi que l'indique le chroniqueur Jean Aubrion pour l'année 1490.

Il est certain que dès le 12° siècle, il existait d'autres écoles que les écoles des couvents. Les Bénédictins citent en 1164 l'archidiacre et écolâtre de la cathédrale Gauthier de Nomenv.  Ces écoles devaient produire d'assez bons résultats, pour que, vers 1198, l'évêque Bertram pût assurer au pape Innocent que, dans sa ville et dans son diocèse, grand nombre de laïques et même de femmes s'appliquaient plus que le droit à la lecture d'une version française de l'Ecriture Sainte. - Par le mot "écoles de Metz" ci-dessus, on ne saurait. entendre les écoles des cloîtres: les couvents étaient exempts de toute juridiction extérieure, sauf celle du Pape, et plusieurs d'entre eux avaient leur écolâtre à part, comme l'abbaye de Saint-Vincent, dont le premier écolâtre Adalbert exerçait ses fonctions dès 970. Philippe de Vigneulles  raconte dans ses Mémoires aqu'il naquit en l'an 1471 et que ses parents, quand il devint «grandellet l'envoiairent a lescolle a villaige . Il parle de l'école comme d'une chose tout ordinaire et entrée dans la coutume : il ne se fût pas fait faute de dire qu'il fut l'un des premiers à aller à cette école, si elle avait été de création récente. Laissons-le nous donner une idée de ce qu'était son maître d'école: c'était «ung aveugle nominé Jehan Burtault, lequelle dès l'aige de trois ans n'avoit veu goutte. Mais de croire ce que cest aveugle faisoit, il n'y ait homme qui le vousist croire, car il chantoit à moustier, il apernoit les anffans a l'escolle,, il treselloit les cloiches, il estoit l'ung dez grand braiconniers du pais et tendoit journellement à biche et à cerf: il faisoit les painnes pour les prendre : il faisoit les rois a peschier: il faisoit hottes et. chairpaignes; il ouvroit en la vigne; il cuilloit des cerises sur les serisiers et estoit l'ung des bons tandeurs a grieves, à merles et aultres ovsiaulx, à bref et aultres angiens que l'on sceust trouver; et bief il faisoit choses ineredible, et est tout vray, car je l'ai veu mil journées» En 1611, nous disent les archives de la Présidence, jugement fut rendu à Sainte-Barbe par Fr. Fusilier, écuyer, licencié és droits, bailly du chapitre, condamnant G. Chanvier, échevin de justice de Sainte-Barbe, à l'amende pour avoir traité J. Gossin, maître d'école, de menteur, bougre et méchant homme. - Faut-il ajouter au surplus que nous avons relevé un maître d'école à Courcelles-Chaussy en 1623, Michel Pierrot; aux registres paroissiaux de Pleltre Nicolas Bourgeois, maître d'école en 1634; que les registrés de Peltre, notre paroisse, nous ont permis d'établir la suite des maîtres d'école depuis 1667 jusqu'à nos jours. Les procès-verbaux des visites canoniques de 1660 à 1699 mentionnent l'existence d'écoles dans toutes les paroisses de la ville; chaque paroisse a son école de filles. Le caractère paroissial des écoles nous est du reste attesté déjà en 1425 par les chroniques de Huguenin:  De ce qu'une paroisse aussi peu importante que celle de Saint-Vit avait une école, nous pouvons bien conclure que les autres, toutes plus considérables, n'en manquaient pas. L'émulation était entretenue parmi les écoliers par un usage que M. l'abbé Allain dit avoir été commun aux diocèses de Rheims, Metz, Toul et Verdun. A la fête de Saint-Nicolas. les maîtres avaient coutume d'habiller en évêque l'écolier le plus sage et le plus docte; on le conduisait processionnellement à l'église; il était le roi de la fête; en son honneur on distribuait des images et des gâteaux à tous ses condisciples. Juifs et Réformés avaient leurs écoles. En 1634 on ferma les écoles protestantes de la ville qui étaient au nombre de 21? selon Monsieur L. Vianson-Ponté, de 22 selon le pasteur Cuvier dans son livre sur la Persécution de l'église de Metz. De 1562 à 1564 des écoles protestantes sont signalées, entre autres, à jouy, Scy, Lessy, Lorry devant Metz, Retonféy, Saint-Agnan et Courcelles-Chaussy.

Au sortir de l'école primaire, dès que l'âge et les forces le permettaient, les enfants en grand nombre se destinaient à un métier. Le métier était une carrière digne de l'ambition des jeunes gens qui ne pouvaient continuer leurs études: carrière amenant la fortune dans une ville aussi commerçante que Metz ; carrière très honorée et très considérée, surtout quand on arrivait à la maîtrise dans ces corporations de métiers dont l'histoire à Metz est encore à faire.

L'apprentissage était chose sérieuse : la bonne conduite en était toujours une des premières conditions; venait ensuite la fixation de la durée. Le fonds des notaires nous offre grand nombre de traités d'apprentissage: donnons une idée de quelques-uns d'entre eux.

  • Le métier de bonnetier demandait quatre années d'apprentissage «pour être capable de faire chef-d'oeuvre» : l'apprenti était nourri, logé et «lui étaient fournies les laines pour les bas qu'il pouvait user pendant ce temps» ; il payait un écu blanc.
  •  Le métier de boucher exigeait deux ans au prix de 25 écus messins
  • celui de chapelier trois ans au prix de 18 écus blancs, plus 2 écus blancs de bague à la maîtresse.
  • Pour un bon cordonnier, il fallait deux ans d'apprentissage; on payait 15 écus blancs, dans un autre contrat 36 écus messins.
  • Les drapiers sont nombreux à Metz: on paye 150 francs messins en deux fois pour trois ans d'apprentissage.
  • Le métier d'orfèvre demande six ans d'apprentissage: 100 livres en sont le prix.
  • Pour être tanneur, il fallait trois ans : le 24 juin 1656. Philippe Vanderslraden, natif d'Amsterdam, fils de feu Philippe, marchand, vient. apprendre le métier de tanneur chez Pierre Hennequin,de Metz,: l'accord se fait au pris de 750 francs et 50 francs pour bague à la femme «en considéraliom du blanchissage et autres soins,.
  • Un traité d'apprentissage pour serrurier comporte quatre ans d'apprentissage gratuit.

Beaucoup de ,jeunes gens prenaient et continuaient le métier de leur père. La famille Antoine comptait six générations d'imprimeurs ; les Ballets, trois générations d'amans et notaires: les Lancelin, quatre d'orfèvres: les Beaudesson. cinq de drapiers ;  les f)armène, trois de médecins: les Duclos. quatre de médecins, dont unn chirurgien-major. Nous trouvons cinq grainetiers de père en fils dans la famille le Goullou: neuf autans dans la l'amille Grandjean. Les Lecoq sont presque tous orfèvres. Les Pantaléon sont graveurs et fondeurs de cuivre au nombre de six. Les Itégnier sont charpentiers et entrepreneurs.. Les Sécheltave sont drapiers et teinturiers: un métier complète l'autre. - Le père et le grand-père du maréchal Fabert furent imprimeurs. Les historiens du maréchal nous racontent la pression, allant jusqu'à une rupture temporaire, exercée par le père sur son fils, pour le décider à prendre le métier paternel: le jeune Fabert voulut bien, dans les loisirs que pouvait lui laisser la carrière militaire, s'occuper des forges de Moyeuvre qu'avait acquises sa famille; mais de l'atelier de l'imprimerie, jamais.

Les jeunes gens qui continuaient leurs études le faisaient soit dans les grandes écoles des cloîtres, soit aux Universités. Strasbourg et Pont-à-Mousson n'étaient pas loin. Paris n'était pas au bout du monde. Les registres matriculaires de Heidelberg, Cologne et autres villes universitaires d'Allemagne renferment des noms messins qu'il serait intéressant de relever. A Metz même, en dehors des écoles-militaires dont il sera parlé plus loin, un collège qui a fait époque dans l'histoire de notre pays, préparait soit aux carrières libérales soit aux cours universitaires : le collège des Jésuites, d'abord installé dans les bâtiments de l'abbaye de Saint-Eloy, aujourd'hui l'ancien Mont-de-Piété de Metz, puis transféré rue Mazelle dans la maison des Antonistes, et enfin rue de la Chèvre, où fût bâtie pour servir de chapelle l'église actuelle de Notre-Dame. Durant l'espace des cent quarante années écoulées de la fondation à la fermeture du collège (1622-1763), dit M. Vianson Ponté dans son intéressant ouvrage sur les Jésuites à Metz déjà cité, tous les Messins qui ont honoré leur patrie, à peu d'exceptions près, ont été élevés par les Jésuites». Le 1er novembre 1763, huit professeurs laïques succèdent aux Jésuites expulsés: mais cinq ans sont à peine écoulés, que la ville s'adresse aux Bénédictins de Saint-Symphorien qui prennent la direction du collège et la conservent ,jusqu'à leur expulsion en 1794.

En dehors des carrières libérales, médecine, pharmacie, enseignement, le parlement avec ses nombreuses charges attirait la jeunesse messine. Si l'on songe que vingt ans de charges au parlement dans la même famille conféraient la noblesse, on comprendra l'attrait qu'y trouvent bien des gens. A cet attrait se joignait celui des émoluments. Les officiers du Parlement devant payer le soixantième denier de la valeur de leur office au Roi, le Conseil du Roi du 26 février -1633, un mois environ après la création du Parlement, évalue l'office de substitut du procureur général à 24000 livres, celui d'un conseiller clerc à 9000: celui d'un conseiller lai et d'un avocat général à 12 000; celui d'un président à mortier à 20000. Trente-deux ans après, au mois de décembre 1665, la charge de président à mortier est estimée à 60000 livres: celle d'avocat général 32000: celle de conseiller lai 36 000; celle de conseiller clerc 26 000; celle de procureur général 64000. Sans doute il serait permis de croire que les évaluateurs officiels travaillaient en faveur de la cassette du Roi. Mais nous avons pu contrôler quelques-uns de ces chiffres clans les actes des notaires. Le 18 mai 1780, le président à mortier Jean François Pierre, sgr de Jour, vend à François de Lasalle pour son fils Laurent, Marie de Lasalle. conseiller au Parlement, l'office de président à mortier qu'il a hérité de son fils unique, Nicolas Louis Marie Pierre, sgr de Châtel, pour la somme de 60000 livres, Le 30 avril de l'année sui-vante le nouveau président à mortier Laurent Marie de Lasalle ci-dessus vend sa charge de conseiller à Jean Baptiste Guerrier pour son fils au prix de 128 000 livres.

En dessous de ces hautes charges. une foule d'offices. plus humbles sans doute, étaient avidement recherchés, parce qu'ils servaient de marchepieds pour s'élever aux plus considérables.

L'armée offrait elle aussi, un débouché honorable et attrayant à la jeunesse messine. Les enfants grandissaient entourés non seulement de régiments de France. mais de régiments étrangers, suisses, allemands on autres au service de France. A la Citadelle, des cadets gentilshommes formaient une compagnie d'élite. Au Pavillon de haute-Seille, aujourd'hui le pénitencier militaire, le corps royal d'artillerie et le corps du génie jetaient un grand éclat : plus tard de même le collège royal militaire de Saint-Louis à la paroisse de Saint-Simon. C'était pour la jeunesse noble el, dans les siècles plus rapprochés, pour la jeunesse bourgeoise  séduisant, pour peu qu'à cela se joignit le courage et l'esprit d'aventure. Au fonds des notaires les actes ne sont pas rares, où les parents établissent le harnachement de leurs fils partant pour l'armée, où parfois aussi ils font accord avec ceux qui ont entraîné leurs enfants à se soustraire à l'autorité paternelle pour suivre les troupes de guerre, et exigent une indemnité. Aux partages des successions, on rencontre souvent des partageants «absents pour cause de guerre ou de service à l'armée» quelquefois à ces partages sont adjointes des lettres servant de procuration, très intéressantes pour la connaissance de la vie militaire de l'époque, curieuses aussi pour l'habileté à gagner la commisération des copartageants: le soldat, à cette époque comme aujourd'hui, était industrieux à attirer l'eau à son moulin souvent à sec. A l'armée se rattachaient les divers services de l'intendance, les 'trésoriers des troupes, la régie des étapes et convois, celle des vivres, l'administration des hôpitaux militaires, le commissariat des guerres, la maréchaussée: autant de carrières à postes bien rétribués ou se prêtant à de grands profits.

La carrière ecclésiastique n'était point négligée par nos jeunes Messins. Les stalles de la cathédrale, tant qu'elles ne furent pas envahies par des étrangers, les prébendes de Saint-Sauveur et de Saint-Thiebault étaient des bénéfices appréciables : les titulaires étaient des personnages dans la société messine. Pour ceux qu'une vie parfaite attirait davantage, les cloîtres offraient un asile assez recherché. Si un jour nous arrivons à publier le personnel de nos couvents, on y trouvera beaucoup de messins; à certaines époques ils forment la grande majorité. Ajoutons que dans ce personnel la noblesse est mêlée à la bourgeoisie, la judicature coudoie le métier. Le clergé paroissial compte beaucoup de prêtres étrangers au XVII° siècle, et, quoique en nombre moindre, dans le premier tiers du XVIIIe. La raison en est, qu'après les ruines de la guerre de Trente Ans, nos évêques durent demander des aides aux diocèses voisins, beaucoup de curés ayant succombé à la peste ou à la misère. Mais le clergé ne tarda pas à se recruter de nouveau dans le pays ; et dans les deux derniers tiers du XVIII° siècle, on peut dire qu'il était à peu près indigène. Ce fut le résultat de l'établissement des séminaires de Saint-Simplice, puis de Sainte-Anne, enfin de Saint-Simon. Les jeunes clercs trouvaient, pour leurs études des bourses fondées par le Roi et par les Evêques. Beaucoup d'entre eux étaient nommés à de petits bénéfices qui leur permettaient de couvrir, en partie du moins, les frais de chaque année. Nous avons eu en mains nombre de ces provisions qui se faisaient par devant notaires : les plus nombreuses concernaient les anciens chapitres de Sainte-Reinette et de saint Pierre aux Images. Aussitôt pourvu d'un vicariat ou d'une cure, le bénéficiaire devait résigner en faveur d'un successeur. Les revenus des paroisses du diocèse sont établis au Pouillé des Bénédictins de la fin du XVIII° siècle. Ils devaient varier selon la valeur des dîmes. En 1709, par exemple, année d'un hiver extraordinairement rigoureux, le curé d'Ars-Laquenexy confie ses doléances au registre des actes religieux eu ces termes: «Nota qu'en l'année 1709 il n'y a point eu de vin du tout, ny bled que fort peu et dont j'en aie eut seulement neuf bichets de dîxmes dans toute ma paroisse. Le blé s'est vendu jusqu'à sept et huit escus la quarte, l'orge quatre et cinq escus et l'orgel a proportion, l'avoine deux escus et demyet trois escus, et le vin vingt escus. Et cest.ce que j'ay signé être véritable, F. Didier, curé d'Ars. - Parfois les dîmes étaient remplacées par un revenu fixe et indépendant, appelé portion - congrue. Cette portion congrue fut même réglée par des édits des rois de France dans la dernière moitié du XVI1h siècle.

Les domestiques.

Les actes des notaires et des registres paroissiaux jettent quelque lumière sur les relations de maîtres à domestiques. II n'y a presque pas de testaments de maîtres sans un legs pour les domestiques ou servantes : soit un habillement complet de deuil avec une somme d'argent, soit les gages de toute une année même non achevée, soit, avec une somme d'argent, de la literie ou du linge. Citons, parmi une foule d'autres, le testament de Jeanne Gabrielle de Chamissot du 4 juillet 1779  : «Je donne à ma femme de chambre 200 livres de rente viagère, son année de gage, deux de mes robes de soie les plus supportées avec douze chemises de mes meilleures à son choix, son lit avec trois paires de draps de domestique des meilleurs et deux douzaines de serviettes à son choix. Je donne à ma cuisinière une année de gages et 300 livres. Je donne à mon cocher son année de gages, 400 livres et tous les habits qui sont à son usage. Je donne à mon laquais son année de gages, 300 livres, et tous les habits qui sont à son usage. Je donne à ma servante 50 livres et son année de gages».

Les maîtres ou leurs fils, de quelque rang qu'ils soient, acceptent d'être parrains, les maîtresses ou leurs filles d'être marraines des enfants des domestiques: ils sont témoins à leur mariage ou au mariage de leurs enfants. Mais ce qui est plus intéressant, c'est que les domestiques et servantes sont parfois parrains ou marraines des enfants de leurs maîtres, comme c'est le cas au château de Crépy-]ès-Peltre, le 27 septembre 1724, au baptême d'Anne, fille de M. Doré, seigneur de» Crépy, en dehors du cas de nécessité. Dix .jours après, le parrain épouse la fille de la marraine.

Les relations des domestiques entre eux semblent aussi avoir été bonnes, à en juger par plusieurs testaments, par exemple le suivant : Le 7 février 1785, Louis Pernet, domestique de M. le Princier de la Cathédrale, donne au sieur François Got, valet de chambre de M. le Princier, deux paires de draps, deux douzaines de serviettes et deux nappes «les plus neufs et les meilleurs» ; à Jeannette Dorvaux, la cui-sinière, son gobelet d'argent et une paire de flambeaux de cuivre; et le reste de ses biens à la Charité du bouillon des pauvres de Metz. Il prie M. le Princier "son bon maître" de vouloir bien être son exécuteur testamentaire.

Les biens des familles ; testaments.

La Coutume de Metz a ceci de-très particulier qu'elle restreint  le pouvoir de tester aux seuls meubles et défend de disposer en mourant des immeubles tenant nature de fonds. Cette restriction n'atteignait pas les biens possédés par engagement qui étaient regardés comme meubles. Il arriva naturellement que l'on chercha à cacher la qualité d'acquéreur sous celle de simple engagiste. On simulait deux contrats : l'un de vente au profit d'une personne interposée, l'autre d'engagement par lequel la personne interposée incitait le bien en gage aux mains du véritable acquéreur, des deniers duquel le vendeur était payé : le véritable acquéreur déclarait vouloir tenir le bien par gagière ou engagement. On se servit si souvent de cet expédient que l'usage parut le légitimer quoique ce fût une fraude manifeste à la loi; et bientôt on ne s'en cacha plus. De sorte, que dès la fin du treizième siècle, on ne regardait plus les deux contrais que comme une forme d'acquérir, qui donnait la liberté de tester de l'acquêt, et comme une fiction qui en succession le faisait réputer meuble. On donna à ces acquêts le nom de gagière, qui dans l'origine désignait un simple engagement comme dans toutes les Coutumes, mais qui, par l'usage que nous venons d'expliquer, prit dans la Coutume de Metz un sens tout différent. L'usage d'acquérir pour sa gagière étant devenu très commun, l'Ordonnance de Metz de 1561 établit que la simple déclaration au contrat de vente de la clause «pour tenir nature de gagière» classait le bien acquis parmi les biens de gagière. On comprend dès lors que Gabriel, dans ses Observations sur les Coutumes (II, 699), dont nous nous sommes inspiré dans ce que nous venons de dire, ait pu affirmer en 1788 qu'il ne restait presque plus de biens tenant nature de fonds. Les biens tenant nature de fonds étaient donc ceux que l'on acquérait par succession, ou par un acte de vente dans lequel n'était pas mentionnée la formule «pour sa gagière».

Ces biens pouvaient être l'objet de ventes, échanges et donations entre vifs; mais ils étaient exclus de tout testament. Même une donation faite par une personne gisant au lit, malade de la maladie dont elle meurt, quoique en réalité donation entre vifs, est réputée donation faite à cause de mort ou testament et ne peut comprendre des biens tenant nature de fonds. Ceux-ci ne doivent pas sortir de la famille et nous avons vu les précautions prises et l'avis de quatre parents requis même pour la vente des biens de la femme de son vivant.

Quand quelqu'un meurt sans enfants, sans frères ou soeurs, germains ou non germains, les parents ou autres ascendants héritent. Celui, qui décède sans enfants, frères ou soeurs ni descendants d'eux, ni parents ni grands parents, est dit mort en la Coutume, et ses biens tenant nature de fonds retournent aux lignes des parents dont ils sont venus, ligne paternelle ou ligne maternelle suivant leur origine. Pour le cas où il ne se trouve de parents que d'une de ces lignes, ils héritent à l'exclusion du fisc ou du seigneur haut-justicier. - Cette loi interdisant de disposer de ses biens fonds par testament est dure à la vérité et répugne bien à la liberté dont chacun est jaloux à l'égard de ses biens. Nous avons vu comment on l'éludait en pratique. Une réserve était faite à la faculté de disposer des biens meubles et de gagière, dont jouissaient, comme tout le monde, le mari et la femme à l'égard de l'un et de l'autre. Ils devaient laisser à leurs enfants la légitime, qui était le tiers de ce qui devait leur revenir ab intestat, à moins de les déshériter, comme il a déjà été dit.

Pour faire un testament, il faut être figé de vingt ans accomplis ni le mariage, ni l'émancipation, ni le grade honorable ne dispensent de la rigueur de la loi. Le testament est valable, quand il est passé par devant un aman ou notaire et quatre témoins figés de vingt ans, capables et non légataires; ou par devant deux amans ou un aman, et un notaire, et trois témoins.

Les gens de la campagne peuvent tester devant les maire et gens de justice du village, ou par devant le maire et un échevin et quatre témoins remplissant les qualités ci-dessus indiquées. Tout testament olographe est valable et prend valeur juridique, après qu'il a été insinué dans l'arche d'un aman ou l'étude d'un notaire. Une législation particulière aux pestiférés ne requiert pour eux que deux témoins seulement ; le curé ou le prêtre qui assiste le malade, et même le médecin, ont qualité pour recevoir leur testament, comme l'indiquent les cas suivants.

  • Le 27 juillet 1625, Dominique Dilange, atteint de la contagion, fait son testament entre les mains du médecin Rolland, lequel demande aux Treize de la justice de lever le dit testament et de le mettre en arche.
  • Le 6 mai 1636, Guillaume Salleran, religieux récollet, fait et écrit le testament du pestiféré Girardde Clémy, apothicaire, et l'insinue en l'arche de Saint-Gorgon le 5 août suivant par les mains de la veuve.
  • Le 5 juillet de la même année, Cosme de Saint-Damien, frère récollet, chargé des pestiférés, fait de même un testament pour lequel il se fait déclarer suffisamment autorisé par les Treize le 28 août suivant.
  • -Voici une méthode assez originale de recevoir le testament d'un malade sans s'exposer à la contagion: le 18 août 1636 le notaire Mamiel se transporte place de Grève avec des témoins pour recevoir le testament du pestiféré Nicolas Michel, carabin, lequel transmet ses dernières volontés par le moyen du religieux franciscain, qui dicte de mot à mot par la fenêtre et assure que le malade est en bon sens et entendement.

Une formule générale, indiquée du reste dans le Manuel des autans et dans le Rituel du diocèse avec quelques légères variantes, servait àà l'expression des dernières volontés. Voici un testament selon la formule: «Le 7 septembre 1638, en l'honneur de la Très Sainte et Indivisée Trinité, du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen. Connue chose soit à tous que par devant moy Georges Mamiel, notaire royal.... Maitre Regnault Junot, dit la Villette, receveur du bureau des pauvres de Metz, considérant et réduisant en sa mémoire qu'il est ordonné et estably par la loi irrévocable de Notre Dieu à tout le genre humain, soit tost ou tard, de payer le tribut de la mort, ny ayant rien de plus certain, ny de plus incertain que l'heure d'icelle, ainsi voyant ce passage inévitable: a trouvé expédient, pendant qu'il est eu bonne disposition de bon sens, advis et entendement, de faire sa debvise et ordonnance de dernière volonté. Recommandant. premièrement. sa pauvre âme à Dieu son Créateur qu'il a daigné faire et créer a sa similitude et semblance, et racheté par le prix précieux du sang de son cher et bien aymé Fils Notre Seigneur et Rédempteur Jésus-Christ, Invoquant les prières et intercessions de la Bienheureuse Vierge Marie, mère de Dieu, advocate salutaire des pauvres pécheurs, de tous les Saints et Saintes de la cour céleste en paradis, élit la sépulture de son corps en l'esglise du septmetière de la paroisse Saint Martin...Ordonne premièrement et avant tout que toutes ses dettes soient payées et que tous les torts et dommages dûment prouvés qu'il pourrait avoir faits soient entièrement réparés par son exécuteur testamentaire....» (Suivent les différents legs).

Il ne faudrait donc pas trop vite conclure du prélude d'un testament à la grande piété du testateur; quelques moribonds cependant se font remarquer par une grande expansion de sentiments religieux et s'écartent de la formule ordinaire. Tout testament renferme quelque legs pieux ou charitable, mais non en biens tenant nature de fonds. Les réformés donnent une somme pour les pauvres de leur église, une autre pour les frais du culte et d'ordinaire un ou plusieurs écus à chacun des ministres. Les catholiques donnent aux hôpitaux, aux ordres mendiants, quelquefois à tous les couvents ou au moins à celui où ils désirent être inhumés, aux diverses confréries de la paroisse: quelquefois au curé de la paroisse, mais pas toujours. Un testament contient une stipulation assez curieuse à ce sujet: Louis Lecomte de Brandingsliausen, maitre de pension à Metz, dit le 9 décembre 1775: "Je veux être enterré sans aucune formalité et sacs service: qu'on ne donne au curé et au marguillier que ce qui leur est dû suivant la loi et la coutume de l'Évêché de Metz. Je veux qu'on donne au vicaire qui m'administrera et qui m'enterrera un gros écu pour ses peines, et défends de donner de l'argent pour faire dire des messes ou autres prières, car tout cela est au-dessus de tous les prix."

Les archives de la famille de Puymaigre au château d'Inglange renferment un testament qu'on nous permettra de citer, quoique le testateur n'appartînt pas au Pays Messin. Philippe von der Eck, voué de Boppard, ordonne, par testament du 24 mai 1593, qu'après ses funérailles, distribution soit faite aux pauvres de six malter de grains en pain et d'un foudre de vin de sa cave "pas le meilleur, pas le plus mauvais" : que chaque année, au jour de la Conversion de Saint-Paul, trente trois pauvres reçoivent un gulden d'or et que deux cents pains blancs soient distribués à des ménages pauvres.

On ne nous reprochera pas, nous l'espérons, de citer ou d'analyser quelques testaments qui, outre leur caractère de curiosité, jettent une certaine lumière sur la vie intime de la famille, ou souvent par quelques mots nous révèlent des détails que nous ne trouverions ailleurs.

  • C'est d'abord le testament olographe de Paul du Couët dis Viviers, avocat au parlement, du 12 mars 1685."Comme j'ai tous iours d'assez grandes dispositions à la maladie et que l'heure de ma mort peut venir subitement, sans que j'aye peu faire mon testa-ment en meilleure forme; Je Déclare par ces Antes que moyennant la grâce de Dieu que j'implore et en laquelle j'espère, je mourray dans les sentiments de la Religion Réformée dans laquelle je suis nay et que j'ai tous-jours professée, croyant fermement que c'est la seule et unique voye du salut, protestant de faux et de surprise devant le tribunal de Dieu de tout ce que l'on pourrait m'imputer de contraire, le cas eschéant. Je laisse le soin de ma sépulture à ceux qui ont eu ou qui auront de l'amitié pour moy dans les lieux où je décéderay. Je souhaiterois bien que Dieu m'eust donné assez d'industrie et d'occasions pour ammasser quelques biens temporels affin d'en pouvoir distribuer une partie à l'église particulière de laquelle je suis et à ses pauvres. Mais je me trouve avec desplaisir dans l'impossibilité de le faire, d'autant plus que mesme je ne puis disposer de rien envers mon enfant. Un de mes plus ardents désirs seroit aussy de pouvoir faire un Party avantageux a ma cherre femme de qui je ne pourvois assez reconnoitre la vertu, la tendresse et l'amitié que j'ay tousiours ressentie très-puissamment mesme au travers des petits nuages dont les chagrins domestiques ont semblé quelquefois les vouloir troubler. Je voudrois bien aussy pouvoir laisser une ample succession à mon pauvre lits; mais lestat de ma fortune ne me permet ny l'un ny l'autre et quoy que ce soient des obligations très légitimes. J'espère de la mesme vertu de ma chère femme aussy bien que de sa bonté et de celle de son conseil, qu'elle fera céder ses interrets à celuy de ma reputation, et qu'en ne luy ostant rien du sien, luy laissant au contraire toutes les améliorations que j'ay fait à ses héritages, et retirant tous ses apports, elle voudra bien renoncer au surplus de ses conventions matrimoniales en faveur de mes créanciers; espérant que sa renonciation contribuera à obtenir de ma mère la très-humble prière que je luy veux faire dans la suitle. Et j'attends aussy de mon fils, lorsque Dieu et l'aage luy auront donné de la raison, qu'il inc plaindra plustost que de me condamner, quand il apprendra que je n'ay point dissipé par mes débauches le peu que j'eusse peu luy laisser, si quelques mauvaises affaires et les engagements d'honneur qui m'ont enveloppé en de grandes despences ne m'en avaient mis à bout. Sur ces espérances je supplie très-humblement ma chère femme de vouloir rendre compte à Messieurs du Consistoire de Metz de la recepte et despense que j'ay fait pour nostre Eglise depuis le mois d'avril 1084 suivant les mémoires qu'elle en trouvera, et (le suppléer de ses propres deniers au payement du re- liquat s'il n'y en a pas suffisamment d'ailleurs pour les raisons qu'elle en scayt. Après quoy, je souhaite qu'elle choisisse entre les livres et les bijoux de mon cabinet et les autres choses qui sont de mon usage quotidien ce qui luy en pourra aggréer et qu'elle en mette aussi à part quelques jolies pièces pour mon fils qu'elle aura la bonté de luy garder; qu'ensuite ma mère et ses soeurs en choisissent aussy ce qui leur plaira; et que du surplus de mes livres, bijoux, nippes, armes et équipages il soit fait estai ou inventaire sommaire et sans frais pour estre vendu a l'amiable le plus avantageusement qu'il se pourra, ensemble la portion que j'ay en la seigneurie de Lorry, dont je souhaite que ma femme ayt la préférence pour la pouvoir un jour laisser à son fils. Et que le prix du tout soit employé a l'acquist d'une partie de ce que je dois à mes créanciers. Et comme je sais bien qu'il s'en faudra beaucoup qu'ils n'en soient entièrement satisfaits, je supplie très-humblement ma chère mère, en l'amitié de laquelle j'ai raison de me confier, de vouloir bien pour l'acquis de ma conscience et pour l'honneur de ma réputation qui est tout ce que je puis laisser de meilleur et de plus précieux à mon pauvre fils, de vouloir bien faire ses propres debtes des miennes, aussy tost apres mon deceds, et après l'employ du prix des effects cy devant mentionnez d'en payer tout le surplus par forme d'avancement d'hoyrie sur ce qui pourra appartenir à mon fils dans sa succession. Je sçay bien qu'il est triste et fascheux de luy en retrancher quelque chose et qu'il m'est bien sensible de lui oter au lieu de lui laisser; mais ma conscience et mon honneur luy doivent estre plus chers aussy bien qu'à mny et aux miens que ces considérations. Je supplie aussy affectueusement mes soeurs de porter ma mère à ce que je souhaite là-dessus, et au surplus je recommande intimement mon cher enfant à leurs soins et à leur charité; et surtout à la miséricorde et à la bonté toute paternelle de nostre Dieu. Quant à ma chère femme je suis très persuadé qu'elle l'aimera tous-jours tendrement et qu'aucun changement de condition non plus que ses foiblesses et ses infirmités ne luy osteront rien de ses plus chères faveurs. En revanche je conjure aussy tous mes parents de donner à ma femme les mesmes témoignages d'amitié que si j'estois en vie. Au reste je supplie au nom de Dieu ma chère et vertueuse mère, ma bonne, mon aymable et vertueuse femme, mes chères soeurs et tous mes parents et alliez d'oublier volontiers tous les delfauts de ma conduitte; de ne pas dédaigner ma mémoire et d'en avoir quelque soin. Enfin je révoque tous les autres testaments etc. Fait à Paris le 12 mars 1685.Couët de Vivier.
  • Citons ensuite un codicille qui nous déconcerta au premier abord. En voici l'analyse : avril 1594. Codicille de Honoré de Mandon, duc d'Orléans, général de l'armée chrétienne, ambassadeur universel de la chrétienté, reçu citoyen de la ville de Metz le 14 du mois passé. Il donne aux pauvres catholiques de Metz 20000 francs de rente elt autant aux réformés de Metz, pour construire un nouvel hôpital qui s'appellera de plancton, et pour lequel il legue en plus 20000 écus sur les 100000 écus qu'il a en banque en la ville de Rouen; il sera établi deux directeurs du dit hôpital, un de chaque religion, lesquels rendront leurs comptes aux Treizes. - Il assigne 26 000 écus pour les rentes devant servir de gages aux dits Treizes pour leurs peines; le capital demeurera à la ville et sera appelé la Pension du Prince de Mandon qui a sauvé l'Etat de France rapportant la louange à Dieu. IL lègue ensuite à Messeigneurs Royer, vicaire général, et François de Comminges à chacun 10000 écus payables par le Roi de France, son légataire, sur les écus de Rouen ci-dessus. Il donne à chacun des capitaines de Metz, tant des vieilles que des nouvelles garnisons, 500 écus ; à chacun des lieutenants et enseignes 50 écus.  Ce testament ou codicille ajoutait un élément inédit à notre histoire!!. hélas ! il n'avait qu'un défaut, c'était d'être daté du 1er avril; le notaire avait gobé le poisson.
  • Le testament (6 octobre 1703) de Jean Nicolas Cognel, curé de Saint-Gengoulph, outre son intérêt particulier, nous soulève un coin du voile de l'histoire du Jansénisme à Metz, pour laquelle les documents sont si rares; il établit aussi l'existence d'un catéchisme du diocèse dès avant 1703. l donne : 
  1.  à la fabrique de son église 30 livres, 50 livres aux pauvres honteux, et 9 livres pour les pauvres qui assisteront à son enterrement;
  1. à la confrérie des curés il donne un louis d'or et à chaque curé un livre de piété.
  2.  à Monseigneur l'Évêque son Nouveau Testament en deux tomes dorés et marbrés sur tranches :
  3. à chacun des suivants, Seron, official, Maurin et Canon, chanoines de la cathédrale, Marindt, Caré, Lévy et Grand-Nicolas, vicaires, un livre de piété.
  4. A l'abbaye de Saint-Vincent, une bible en un tome ;
  5. à Saint-Sympliorien, les oeuvres de Saint-Bernard;
  6. à la maison de la Mission, un livre à la volonté de l'exécuteur testamentaire;
  7. à l'abbesse de Sainte-Glossinde un tourne-feuilles de perles, à chacune des religieuses un livre de piété, et aux trois domestiques de l'abbesse chacun trente sols;
  8. aux soeurs Carmélites la prière des Pères du désert;
  9. aux religieuses de l'hôpital Saint-Georges, les Essais de morale en neuf tomes avec la Morale sua. l'Evangile du Père Quesnel.
  10. A Monsieur le marquis de Saint-Laurent, Les égarements des hommes dans la voie du salut.
  11. A chacun des enfants de la paroisse Saint-Gengoulph, un catéchisme du diocèse et un exemplaire des Heures composées par l'abbé Brayer, grand vicaire de l'Evêché, qu'il nomme son exécuteur testamentaire.
  • Le testament de Nicole Sureau, épouse de Charles Damon de Saint Pé, nous fait connaître l'usage de Metz de porter les morts le visage découvert; elle défend de suivre cet usage pour ses funérailles.
  • Le testament de Claude Picard, curé de Vallières, nous révèle la manière particulière aux prêtres de prêter serment; ils mettaient la main sur la poitrine.

 Les biens : partages.

Les biens étaient partagés, soit avant la mort par les parents âgés ou infirmes, sous réserve d'une pension annuelle; soit après la mort, qu'il y eût testament ou non. Les parts étaient établies par entente; ou à l'aide d'experts priseurs nommés par l'autorité, quand parmi les copartageants il y avait des mineurs. Le sort était jeté «par le premier pauvre rencontré en rue», ou par un enfant en bas âge «incapable de fraude», ou par un enfant plus âgé: mais en ce cas il devait «recevoir les billets en son chapeau, les ballotter diverses fois» avant de les distribuer.

Les parts devaient être toutes égales. «Les enfants d'un même lit, héritiers d'un défunt, dit la Coutume, viennent également à la succession d'iceluy, sans considération de droit d'aînesse, sans avantage et sans différence ni distinction de sexe, sans déroger au droit de fief.»

Cette réserve du droit de fief ne doit s'entendre que du seul avantage donné à l'aîné à l'égard du droit de patronage. On comprend que si ce dernier droit avait pu appartenir à plusieurs héritiers, il eût été maintes fois impossible de les mettre d'accord au sujet de la personne à nommer. Cette égalité des enfants dans le partage était très stricte.

Paul Ferry, le ministre, dans le partage des biens de sa première femme Esther de Vigneulles en 1637, avait voulu un peu avantager ses fils par suite d'une difficulté dans le partage des immeubles. Le partage fut cassé par arrêt de la cour du 8 juillet 1642 et dut être refait clans la plus exacte égalité le 18 août 1646. Son gendre, Jacques de Court, avait appelé du premier partage.

Il n'était donc nullement question de droit d'aînesse dans la Coutume de Metz. Aussi voyait-on des seigneuries qui finissaient par être partagées en parts très minimes.  La seigneurie de Luttange, qui eut cela de particulièrement intéressant qu'elle ne fut jamais vendue en entier et toujours partagée, en vint à ce point que, le 17 décembre 1608, au cours d'un procès pour partage qui se prolongea jusqu'en 1630, Nicolas Guillerme, seigneur de Luttange, se déclare satisfait, si on lui réserve dans la cave place pour un tonneau, deux chambres, une place augrenier et à l'écurie et un jardin à légumes, pour le temps seulement qu'il résidera à Luttange. On ne manqua pas de faire des efforts pour introduire le droit d'aînesse dans la Coutume. Lors de la rédaction de cette dernière en 1617, dans l'assemblée des Trois-Ordres du 21 janvier, les membres de la Noblesse demandèrent que dorénavant parmi eux l'aîné en partage avec ses frères et soeurs prît pour sa part le château ou maison forte avec ses dépendances et la moitié des biens laissés par les parents, l'autre moitié demeurant partageable par égales portions entre les autres enfants; si l'ainé n'avait qu'un frère ou une sœur, il aurait la maison et les trois quarts du bien. Il leur fut remontré que de toute ancienneté leurs ancêtres avaient fait leurs partages à parts égales ; «qu'il y avait, il y a soixante-dix ans, à Metz cent vingt, voire cent cinquante gentilshommes qui s'étaient toujours conformés à l'antique coutume, et qu'on les priait de faire de même.» Ils ne se tinrent pas pour battus et proposèrent, si l'on trouvait que la moitié des biens était trop pour l'aîné; de réduire son droit au quart. Le Grand Conseil, après délibération, ordonna que les sieurs de la Noblesse fussent priés «de demeurer pour les successions aux termes qu'elles ont été jusqu'à ce jourd'huy, ainsi que leurs prédécesseurs l'ont pratiqué, sans leur accorder pour ce sujet autre chose.»

Il faut remarquer que tout ce que nous venons de dire regarde les enfants d'un même lit, La Coutume offre une particularité curieuse pour le cas où le partage dune succession se fait entre enfants de plusieurs lits. Les enfants du premier lit prennent tous les biens fonds que leur père possédait avant son mariage, puis tous ceux qui ont été acquis pendant le mariage dont ils sont issus et pendant la viduité qui a suivi. C'est leur droit, à moins que la mère n'ait été nommée acquêteresse avec le père aux contrats: en ce cas ils ne peuvent prétendre qu'à la moitié des susdits biens. Les biens fonds de la mère sont tous partageables à parts égales entre tous les enfants sans différence de lits. Il ne suit pas cependant de ce que nous venons de dire que le père remarié ne puisse vendre ou engager à son gré ses biens fonds de son vivant, pourvu que ce ne soit pas au profit de la seconde femme ou des enfants du second mariage.

Sont sujets à rapport dans les partages les avantages en biens tenant lien de fonds, non les avantages en meubles, deniers ou gagières. Les frais d'étude entrent en compte, quand il y a lieu. Les ecclésiastiques séculiers héritent de leurs parents, mais non les religieux et religieuses profès, ni le monastère pour eux. Le voeu de pauvreté est reconnu par la loi et équivaut à la mort civile.

Les bâtards ne succèdent pas à leurs père et mère ou parents lignagers de ces derniers ; mais les enfants des bâtards nés en loyal mariage héritent de leurs aïeux, ainsi que de leurs parents : "le vice est purgé chez eux", dit le commentaire de la Coutume. Un détail intéressant dans les partages, c'est l'énumération des créances ou dettes, comme on les appelait. Elles sont divisées en dettes bonnes et dettes moins bonnes. Contentons-nous d'un exemple qui suffira à faire deviner tout l'intérêt de la lecture attentive des partages. Le 10 avril 1672, dans un partage dans la famille le Duchat,sous le titre "dettes bonnes" sont nommés les débiteurs suivants: Ditheau, gouverneur de Boulay; comte de Créhange, gouverneur de Rouffac; Daniel Olry, sgr de la Grange; comtesse de Créhange ; marquis de Bade, à Rodemach, pour une dette de 17 800 francs; marquise de Bade; Lotharius, baron de Créhange de Hombourg; Madame de Lcewenstein d'Epelborg, près Vaudrevange; Samson Faust, sgr de Bertrange: de Faust, sgr de Bisbach, pour une dette de 16 000 francs : Pierre de Faust, fils de Dans Paulus de Vaust de Bisbach : M. de Boussonneau, gendre de Mlle de Morbach, de Sierck, etc.Sous le titre de dettes moins bonnes : Mme de Remich de Fristot.; Franz Conrard, sgr de Distroff; M. de Birague, capitaine de la garnison de Thionville; M. de Marville, lieutenant de Thionville : Rob, sgr de Neudlange ; M. d'Eltz ;M. de Guermange; Zeutern, neveu de l'archevêque de Trèves; le prince de Birkenfelt.

Les créances bonnes servaient à égaliser les parts: les autres étaient partagées d'après leur évaluation. Nous avons rencontré assez souvent des créances simplement mises au feu comme non-valeurs.

Ameublement des familles.

Les inventaires au fonds des amans et notaires nous permettent de donner une idée générale de l'intérieur d'une maison messine.

Entrons.

Si nous sommes dans la première moitié du 17° siècle, ne nous attendons pas à nous voir offrir une chaise, sinon dans les meilleures maisons. Un maitre-tonnelier a deux petites chaises de noyer; nous trouvons chez un bourgeois aisé huit chaises basses, une chaise à bras; chez un maitre-drapier une demi-douzaine de chaises basses bois de noyer, garnies de serge rouge. L'ordinaire se compose de tabourets, quelquefois garnis, et d'escabeaux.

Asseyons-nous.

Nos regards sont frappés d'abord par le grand coffre messin souvent en bois de chêne, parfois en bois de noyer. Quelquefois chaque chambre de la maison a son coffre. D'ordinaire il est long et bas, de façon à permettre de s'y étendre auprès du fourneau dans le voisinage duquel nous le trouvons ou près de la cheminée. Le fourneau est encaissé dans la muraille et s'allume par la cuisine.

Voici le lit. Il est de trois sortes, selon l'époque où nous faisons notre visite.

Jusque vers le 18e siècle, il est appelé lit à chapelle. Un ciel de lit est fixé au plafond d'où descendent les rideaux : un grand rideau ou deux séparent la couche de la muraille, un rideau descend à la tête, un autre aux pieds, et par devant deux pentes ou rideaux qui s'entrouvrent et s'écartent à volonté ; un tour de lit entoure le ciel de lit et parfois le recouvre complètement; il est d'ordinaire de couleur verte comme les rideaux, quelquefois orné de passementeries de fleurettes de diverses couleurs. Les rideaux tombant par devant le lit sont ornés de même. Près du lit, l'eau-bénitier, suivant l'expression du temps.

Dans la première partie du 18° siècle quatre colonnes montant du bois de lit soutiennent le ciel de lit : le lit est appelé lit à colonnes.-

Vers la moitié du siècle, ciel de colonnes et rideaux ont disparu : la couche est seule et porte le nom de lit tombeau.

Dans une autre partie de la chambre se trouve l'armoire qui renferme on peut dire l'orgueil de la famille : le linge et les bijoux. L'amour-propre messin tenait à une armoire bien garnie de linge; outre le linge en usage. chaque inventaire renferme une ou plusieurs pièces de toile de lin, (le chanvre, et d'étoupes. Les draps de lit ne sont pas nombreux, ni les chemises, excepté dans les grandes maisons. Nappes et serviettes existent partout. Plusieurs fois il est fait mention d'un «linceul à mettre sur les morts» : une fois, en 1638, «d'un drap rouge à baptiser les enfants».Dans l'armoire se trouve d'ordinaire une cassette renfermant les joyaux de la maîtresse de maison, quand elle n'est pas dans la petite armoire : quatre volets, dont deux en bas plus grands, deux autres un peu moins dans la partie supérieure et un peu en retrait. Parfois aussi la cassette est serrée dans la commode à trois grands tiroirs garnis de poignées de cuivre. Nous ne flatterons pas la vanité de la maîtresse en pénétrant dans ce petit sanctuaire du luxe: nous emprunterons aux inventaires mêmes la liste des joyaux d'une bonne bourgeoise.

  • «Deux tables de brasselets de diamants, composées chacune de neuf pièces.
  • Un Jont de diamant sur lequel il y a cinq pierres.
  • Une petite vieille bague où il y a un diamant.
  • Une bague où il y a une émeraude et un petit diamant à chaque ailé.
  • Une autre bague où il y a une émeraude.
  • Une autre vieille bague où il y a une émeraude.
  •  Deux petites bagues à l'antique avec chacune un petit rubis.
  • Une bague où il y a une jacinthe avec trois petits diamants.
  •  Une bague à l'antique où il y a sept petites pierres d'opale
  • Deux autres petites bagues où il y a chacune une petite pierre verte.
  •  Un tout petit diamant dans un papier.
  • Une paire de tables de brasselets où il y a chacune un cristal de couleur verte.
  • Une petite boîte d'or émaillé de bleu avec un petit cornet d'or.
  • Une paire de brasselets d'or.
  • Une autre petite paire de brasselets d'or.»(Invent. d'Anne Jassoy, veuve de Louis Larcher, Marchand. )

Ce n'est point là un luxe de bijoux sortant de l'ordinaire. Chez une autre femme de bourgeois aisé nous comptons neuf bagues d'or avec pierreries, un chapelet de corail avec deux croix d'argent, trois paires de bracelets d'or et de corail et de petites perles. Mention est faite souvent. d'une dent de loup richement enchâssée : c'était un porte- bonheur ou amulette du temps. A côté de l'armoire resplendissent luisants de propreté le rouet, la girouette et le dévidoir; ces instruments dans les maisons aisées sont embellis de pointes d'osselets et ont leur place ordinaire dans la chambre comme les autres meubles.

Pendant que nous considérons les tableaux bibliques, historiques, mythologiques et les portraits qui ornent la muraille, voici qu'à un coin de la chambre l'horloge, enfermée dans sa grande boîte d'où l'on n'aperçoit que le cadran et plus bas le balancier, sonne l'heure du repas.

Nous déclinons poliment l'invitation gracieuse qui nous est faite, et en faisant nos salutations d'adieu, nous jetons un regard rapide sur la table qui se dresse. La vaisselle est d'étain ou de moitange, c'est- à-dire d'airain et de cuivre. Dans bon nombre d'inventaires, nous ne trouvons trace ni de cuillers ni de fourchettes, au moins pendant un certain temps que nous fixerons approximativement jusque vers le milieu du 17e siècle : nous trouvons en 1647 chez la veuve d'un potier de terre deux cuillers airain et cuivre et une fourchette, chez un bourgeois en 1663 six cuillers. Faut-il conclure que fourchettes et cuillers, dont l'origine remonte à la lin du 14e siècle, furent longtemps inconnues à Metz? Nous serions tentés de croire que chacun portait avec soi ces instruments : nous avons trouvé souvent la mention d'étuis renfermant cuiller, fourchette et couteau. Quoi qu'il en soit, dans la bourgeoisie aisée (et elle était nombreuse à Metz) l'argent ne tarda pas à se mêler à l'airain : l'orfèvrerie était une des grandes branches du commerce messin. Nous trouvons déjà en 1663 chez un bourgeois riche, il est vrai, à côté de trois cuillers de fer, vingt et une cuillers et six fourchettes d'argent. L'inventaire d'un maître-chaussetier au commencement du 18° siècle comporte une aiguière, cinq tasses, sept gobelets et dix-sept cuillers, le tout d'argent. Nous pourrions multiplier les citations.

En sortant de la maison nous passons devant la cuisine dont la porte ouverte laisse arriver jusqu'à nous une odeur de choucroute au jambon. Nous félicitons la maîtresse de l'éclat éblouissant de ses casseroles de cuivre rangées par rang de grandeur sur la planche fixée au mur, et pendant qu'elle en établit la généalogie et provenance de famille avec beaucoup de complaisance, nous saisissons le temps d'examiner l'ameublement de la cuisine. Voici la grande cheminée dans laquelle pend à la crémaillère la marmite de fer ou le chaudron de cuivre; sur l'âtre le gril, à côté le tourne-broche avec ou sans poids: dans un coin le canon de fusil servant de soufflet; derrière, au mur, la taque de fonte avec son sujet biblique ou mythologique. A côté de la cheminée pendent au mur les poeles à frire, la tourtière (qui ne manque guère à aucun inventaire; nos ancêtres aimaient la tarte), la lèche-frite, la poche et l'écumoire, les buguenottes, grande et petite. Voici dans un coin la maie ou pétrin; à côté le buffet où l'on serre les provisions.

Notre visite est terminée: nous saluons et nous nous retirons.Nous avons visité une maison bourgeoise. Cherchons à connaître l'intérieur d'une maison de maître. Le château de Peltre ainsi que les villages de Peltre et Crépy, et avec eux cinquante quatre autres localités du Pays Messin, furent pillés et en partie dévastés en 1712 dans l'incursion du général comte de Gravestein des Pays-Bas, agissant au nom du prince Eugène. Les Intendants des Trois-Evêchés refusaient de payer leur part de contributions de guerre, ainsi qu'il avait été convenu après la bataille d'Undenarde en 1708. L'incursion du général avait pour but de compenser ce refus. Un registre aux manuscrits de la municipalité de Metz contient les réclamations pour indemnités des habitants des villages dévastés. Voici la réclamation de Monsieur François Gourdin, sgr de Peltre, pour son château: «Le soussigné seigneur de Berthe déclare pour satisfaire à l'ordonnance de Messieurs de l'hôtel de ville que les trouppes envoyées commandées par Monsieur de Gravestein estant arrivées le 16 du présent mois au dit lieu vers huit heures du matin et restées jusqu'au soir, Elles ont pillé mes maisons et ont pris dans l'appartement que je me suis réservé en la Cour Boussière, en la grande chambre basse un lict, fait tout à neuf garni de matelas, couverte de coutty et un duvet. Ils ont ouvert et lâché le vin, pris les layes avec le tour du lict, ses rideaux et garnitures de serge gris perle bordée de ruban bleu. Ils ont pris et enlevé dans la mesme chambre les linges qui estoient dans une armoire qu'ils ont pour cet effet brisé et les autres qu'ils ont trouvé ailleurs et particulièrement douze grands draps de toille de chanvre, dix grandes tayes de lict et de matelas, tout de toile rayée et autres tayes de traversins, une grande nappe et autres linges de table, coiffes, bonnets de nuit, miroir et autres effets.»«En la salle haché et déchiré le lit ou couche de repos et pris les tra- versins et les rideaux verts.»«En la chambre suivante un grand lict de coutty garni de doubles cou- vertes, l'une de Catalogne et l'autre de toile (le Venise bleue il fond blanc; les tours et garnitures de serge bleue et dépendances, ensemble les rideaux des fenêtres et croisées serge de même couleur et autres dépendances.»Et dans l'autre chambre voisine et suivante, un grand lit vert avec ses garnitures, couvertes, traversins. les rideaux de fenêtre aussi de serge verte, miroir et autres effets.A la cuisine ils ont enlevé quatre chaudrons d'airain. réchauds et chaufferettes de cuivre, bassin, aiguière, cuillers et fourchettes, vaisselle et autres ustensilles. Au surplus ils ont consommé ce qu'ils ont trouvé de provisions en lard, beurre, huilles et autres choses: bois et quantité de portes de menuiserie. armoires cabinets et autres, les tringles et verges de fer poli des licts et fenêtres, garnitures de cheminée. Ils ont pris et enlevé cinq fusils. A la cave ils ont ouvert et percé quatre pièces de vin qu'ils ont consommé, lâché et gâté pour la meilleure partie et dont il est resté très peu.".

Cette cave du château de Peltre, nous en connaissons le contenu en 1786 par l'inventaire qui en est fait par le gendre de M. Gourdin ci-dessus, M. Jean Nicolas Ferrand, sgr de Peltre, prévôt général de la maréchaussée du département de Metz. Il s'y trouve,

  • en vins du pays, 176 hottes de vin rouge de 1783 et 160 hottes de 1785, et hottes de vin blanc de 1783: plus 300 bouteilles dont l'année n'est point indiquée.
  • En vins d'entremets : 56 bouteilles de Graves, 277 bouteilles de Champagne, 67 de Bourgogne, 18 de Volney, 180 de Cornas, 5 de St-Perray, 45 de Jurancon, 59 de vin du Rhin et 42 de Bordeaux, évaluées l'une dans l'autre un franc la bouteille.
  • En vins de dessert : 50 bouteilles de vin du Languedoc, 8 bouteilles de Rota, 23 de Muscat, 98 de Malaga, 14 de Palma, 22 de Paccarey, 79 de Sauternes, 15 de la Roque, 4 de Côtes-Roties et 20 de Xérès, évaluées l'une dans l'autre de 1 franc 35 à 2 francs.
  • L'eau-de-vie est représentée par 3 hottes d'eau-de-vie de marcs à 20 francs la hotte.
  • Un supplément à l'inventaire note 276 bouteilles de Bourgogne, 117 de Bordeaux et 114 de Graves, à 1 franc la bouteille.

Une autre cave nous est connue par le fonds des notaires, celle du médecin Jacques Augustin Ladoucette, place Saint-Jacques. Tous les vins indiqués sont du pays. De 1779, 205 hottes à 30 sols la hotte de vin rouge en bon état, 84 hottes de vin rouge piqué et absinthé. De 1780, 286 hottes de vin blanc à 3 livres 15 sols la hotte; 402 hottes vin rouge un peu louche à 3 livres la hotte, 36 hottes piqué à 40 sols. De 1781, 120 hottes vin rouge à 3 livres 15 sols, 230 hottes piqué et absinthé à 25 sols la hotte. De 1782, 174 hottes vin rouge un peu louche à 35 sols la hotte et 258 hottes piqué et absinthé; 65 hottes de vin blanc piqué. De 1783, 152 hottes vin blanc à 3 livres la hotte; 494 hottes de vin gris à 3 livres 10 sols; 729 hottes de vin rouge à 3 livres 10 sols. - Ces vins étaient logés dans trois caves.

Terminons notre étude sur l'ameublement par la description du salon de la maison de Jobal en 1772. En voici l'inventaire:

  • un lustre ;
  • cinq doubles glaces dans la boiserie :
  • une glace de cheminée: deux glaces d'encoignure, deux glaces entre les croisées;
  • quatre tables de marbre à pieds sculptés sous les glaces ; quatre pans de tapisserie en damas cramoisi.
  • Deux grands fauteuils de damas cramoisi garnis de leurs coussins à soufflet et couverts de leurs housses de toile rouge et blanche: douze fauteuils de velours d'Utrecht, rayé cramoisi et blanc.
  • Sur le parquet un grand tapis de pied.
  • Un feu complet, tenailles, pincettes et pelle à feu avec leurs garnitures en cuivre doré.
  • Sur la cheminée un porte-montre avec son pied de cuivre doré, orné de fleurs de porcelaine et d'un berger aussi en porcelaine; deux petits pots de fleurs aussi en porcelaine; deux vases à couvercles en porcelaine garnie de similor.
  • Deux bras en girandoles à trois branches en cuivre doré; quatre écrans à coulisse en taffetas rouge et blanc ; trois paires de rideaux de taffetas cramoisi; deux cordons de sonnette avec leurs glands de soie cramoisie.