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Category GENEALOGIEFaits de guerre1914-1918 › Alsaciens et lorrains

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les Alsaciens lorrains engagés au service de la France en 1914 - introduction 1/8

lundi 21 avril 2014, par Anne Auburtin


Source : cette série de billets sur les Alsaciens Lorrains engagés au service de la France en 1914 est tirée de l’ » Histoire anecdotique de la Guerre de 1914-1915 » de Franc-Nohain et de Paul Delay ; fascicule 3 «les Alsaciens Lorrains et les Étrangers au service de la France ».  gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Avertissement : cet ouvrage, publié pendant la première guerre mondiale est représentatif des sentiments exprimés à cet époque. il constitue un témoignage d’une époque et non une œuvre d’historien.


"Bien entendu, il ne saurait être question ici que de nos frères séparés qui ne s'étaient pas fait naturaliser Français avant la déclaration de guerre. Devenus Français non seulement de coeur, mais juridiquement, les émigrés de 1871 et leurs fils ou ceux qui avaient accompli les formalités régulières de naturalisation furent, en effet, visés par le décret de mobilisation comme nos autres compatriotes et n'eurent qu'à rejoindre leurs dépôts, conformément aux indications du livret militaire. Paris et la banlieue renfermaient des milliers d'Alsaciens et de Lorrains ayant fui devant l'envahisseur chaque jour plus insolent et plus intraitable, mais restés légalement Allemands.
Le décret contenant les dispositions concernant les étrangers et affiché en même temps que le décret de mobilisation générale visait d'ailleurs ce cas dans un article spécial Alsaciens-Lorrains non naturalisés Français.   
Ils devront faire leur déclaration d'identité le deuxième jour (c'était le 3 août) au commissariat de police (banlieue) ou au siège du district (Paris).
Seront laissés libres sans conditions
a)    Les familles établies depuis longtemps dans le pays et dont on connaît parfaitement les origines et les sentiments français ;
b)    Les familles dont un membre au moins contracte un engagement à la Légion Étrangère avant la fin du deuxième jour de la mobilisation, dans un des bureaux de recrutement de la Seine ou de Seine-et-Oise,              
Sera considérée comme allemande toute famille d'Alsaciens-Lorrains dont un membre au moins quitte la France pour répondre à l’ordre de mobilisation allemand.
On voit donc qu'à l'encontre des autres individus de nationalité allemande les Alsaciens-Lorrains n'avaient pas à redouter d'être expulsés de France ou d'être envoyés dans des camps de concentration étroitement surveillés. C'est dans la crainte que des Allemands ne se fissent passer pour Alsaciens ou pour Lorrains que le décret exigeait que, pour pouvoir bénéficier d'une telle faveur, les familles fussent connues par leurs sentiments francophiles ou qu'un de leurs membres contractât un engagement à la Légion Étrangère. On verra plus loin, lorsque nous parlerons des engagements d'Allemands dans l'armée française, qu'effectivement pareille précaution s'imposait. "
         
 (à suivre)

Dispositions législatives – L'appel du comte d’Haussonville 2/8

mercredi 23 avril 2014, par Anne Auburtin


Source : cette série de billets sur les Alsaciens Lorrains engagés au service de la France en 1914 est tirée de l’ » Histoire anecdotique de la Guerre de 1914-1915 » de Franc-Nohain et de Paul Delay ; fascicule 3 «les Alsaciens Lorrains et les Étrangers au service de la France ».  gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Avertissement : cet ouvrage, publié pendant la première guerre mondiale, est représentatif des sentiments exprimés à cette époque. Il constitue un témoignage d’une époque et non une œuvre d’historien.


Au cours de la mémorable séance du 4 août où le Parlement sut montrer une si patriotique unanimité pour approuver l'attitude du gouvernement, celui-ci déposa et fit voter sur l'heure un projet de loi concernant les Alsaciens-Lorrains. La brutale agression de l'Allemagne avait déchiré le traité de Francfort, nous n'avions plus, par suite, à en respecter les clauses et nous pouvions officiellement nous occuper de nos frères séparés.
M. Messimy, ministre de la Guerre, monta donc à la tribune pour exposer la procédure imaginée afin que les Alsaciens-Lorrains qui voudraient servir dans l'armée française ne fussent pas traités sur le même pied que les étrangers.
La Chambre des Députés écouta dans le plus profond silence la simple lecture du projet de loi, se contentant de le sanctionner, avant son vote, par une double salve d'applaudissements.
Au Sénat., M. Messimy fournit quelques explications […] Le projet de loi est adopté à l'unanimité. (V(fs applaudissements.)
Dés le lendemain, le comte d'Haussonville, membre de l'Académie Française, adressait aux Alsaciens-Lorrains l'appel que voici
« Alsaciens-Lorrains, compatriotes, frères séparés que l'Allemagne espérait tenir longtemps encore sous son joug, la France vous a ouvert ses bras maternels, car elle reconnaît en vous ses enfants. Vous ne vous étonnerez pas que le fils de celui qui a fondé en 1871 la Société de Protection des Alsaciens Lorrains, et qui lui a succédé dans cette noble tâche, élève aujourd'hui la voix en votre nom et témoigne de votre reconnaissance pour les mesures prises en votre faveur.
Voici les deux principales de ces mesures
A ceux d'entre vous qui, résidant en France depuis plus ou moins longtemps ou qui ayant réussi à s'échapper de l'Alsace-Lorraine, ne sont point cependant encore Français au point de vue de la loi, la France ne fait pas l'injure de les considérer comme des Allemands. Lorsque leur origine alsacienne-lorraine a été constatée, ils peuvent obtenir un permis de séjour. A Paris, les commissaires de police accordent ces permis sur le vu d'un certificat que la Société de Protection leur délivre dans ses bureaux, 9, rue de Provence.
Une faveur plus grande est accordée à ceux auxquels leur âge et leur santé permettent de porter les armes. Ils n'ont qu'à s'engager dans la Légion Étrangère pour la durée de la guerre. Cet engagement leur fait recouvrer la qualité de Français. Ils peuvent ensuite être versés dans les corps de troupes et servir sous les drapeaux de la Patrie. A Paris, le bureau. de recrutement est 51, boulevard de La-Tour-Maubourg.
Ces deux faveurs que la Société de Protection avait sollicitées pour vous ont été accordées. Que les Chambres et le Gouvernement en soient remerciés.  Montrez-vous-en dignes, non pas seulement en aimant plus que jamais la France qui vous accueille et vous emploie, mais en conservant l'attitude calme, résolue, qui convient aux solides enfants de l'Alsace et de la Lorraine. Nous avons le droit de nous livrer aux plus ardentes espérances.
Alsaciens-Lorrains, courage, calme et confiance. »
Au nom du Comité,
COMTE D'HAUSSONVILLE


(à suivre)

Premières manifestations de volontaires 3/8

vendredi 25 avril 2014, par Anne Auburtin


Source : cette série de billets sur les Alsaciens Lorrains engagés au service de la France en 1914 est tirée de l’ » Histoire anecdotique de la Guerre de 1914-1915 » de Franc-Nohain et de Paul Delay ; fascicule 3 «les Alsaciens Lorrains et les Étrangers au service de la France ».  gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Avertissement : cet ouvrage, publié pendant la première guerre mondiale, est représentatif des sentiments exprimés à cette époque. Il constitue un témoignage d’une époque et non une œuvre d’historien.

Les Alsaciens - Lorrains habitant Paris n'avaient pas d'ailleurs pas attendu la décision des Chambres pour manifester leurs sentiments.
Le dimanche 2 août, à la gare de l'Est où les mobilisés partaient en foule,boulevard de Strasbourg et sur les grands boulevards, plusieurs milliers d'entre eux, hommes,femmes, enfants défilèrent en. cortège précédés d'une pancarte portant en gros caractères « Les Alsaciens-Lorrains demandent à partir comme volontaires.. » Derrière s'avançaient les deux drapeaux d'Alsace et de Lorraine encadrant le drapeau tricolore, puis venait un groupe de femmes habillées du costume si particulier des deux provinces.
Cette apparition fut saluée par des ovations incessantes sur tout le parcours. A la gare de l'Est, des hommes et des jeunes gens qui allaient partir vinrent embrasser les Alsaciens-Lorrains qui  marchaient dans les premiers rangs. Les cochers enlevaient leurs chapeaux et agitaient leurs fouets, les gardiens de la paix et les soldats saluaient militairement, tout le monde sortait des maisons, on se précipitait sur les balcons pour voir et acclamer cette évocation vivante de la revanche, tant attendue.
Le lendemain lundi, les Alsaciens-Lorrains se réunissaient place de la République, au Café Américain. M. Eugène Kuentzmann, l'un des organisateurs de la réunion, préconisa la création immédiate d'un corps de volontaires.
« C'est la France, c'est notre patrie, dit-il, que nous allons défendre. La sauvage agression du Teuton ne mérite pas de miséricorde. Nous servirons la France et nous serons du bon côté le nôtre.
« Partons joyeux car, dans quelques jours, nous aurons la consolation de retrouver nos frères alsaciens qu'on arme contre nous ; je n'ai pas à vous dicter votre devoir, eux connaissent le leur. Les armes allemandes qu'ils portent se tourneront contre la Prusse. Vive l'Alsace ! vive la Lorraine I »
Une femme prit ensuite la parole
« Nos fils, s'écria-t-elle, ont été étranglés puis asservis par les Allemands.
« Nous avons attendu plus de quarante ans, en rongeant notre frein, l'heure de la revanche. Elle est venue. La voici.
« Alsaciennes, mes sœurs, allons-nous demeurer inactives ? Je propose d'adjoindre au corps des volontaires alsaciens-lorrains un corps d'infirmières alsaciennes et lorraines. Nous irons là-bas délivrer nos mères et nos sœurs en soignant les blessés. »
Cette dernière proposition ne pouvait être mise en pratique sous cette forme, mais beau coup d'Alsaciennes et de Lorraines s'enrôlèrent, durant les jours qui suivirent, dans l'une de nos trois société de la Croix-Rouge. Séance tenante des centaines d'assistants s'inscrivirent comme volontaires. Ce fut au chant de la Marche Lorraine, puis de la Marseillaise, que prit fin cette première assemblée extrêmement émouvante.
Le surlendemain autre réunion dans une taverne, 89, rue d'Avron, dont le gérant, un Français, était déjà. incorporé à Verdun, mais dont le propriétaire est un Alsacien, M. Schneider,sculpteur sur bois, établi en France depuis 1870 et fondateur de la Société la Lyre d' Alsace Lorraine. En temps normal cette taverne est un des lieux de rendez-vous préférés des originaires de l'Alsace qui s'y retrouvent volontiers pour parler de leur petite patrie. Les murs sont décorés de tableaux représentant des vues de Strasbourg, Mulhouse, Colmar, Belfort, etc.
Là encore de nombreux volontaires se proposèrent. Un membre des Missions du Mozambique, le P. André Krieger, né à Grassenciorf (Alsace), se fit acclamer en s'offrant pour servir comme aumônier dans la future légion, alsacienne.


(à suivre)



Ceux qui avaient brulé la politesse aux allemands 4/8

dimanche 27 avril 2014, par Anne Auburtin


Source : cette série de billets sur les Alsaciens Lorrains engagés au service de la France en 1914 est tirée de l’ » Histoire anecdotique de la Guerre de 1914-1915 » de Franc-Nohain et de Paul Delay ; fascicule 3 «les Alsaciens Lorrains et les Étrangers au service de la France ».  gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Avertissement : cet ouvrage, publié pendant la première guerre mondiale, est représentatif des sentiments exprimés à cette époque. Il constitue un témoignage d’une époque et non une œuvre d’historien.


Les jours suivants arrivaient à Paris des Alsaciens et des Lorrains particulièrement intéressants. C'étaient des hommes qui, habitant les territoires annexés, avaient pu franchir la frontière au prix de mille dangers et venaient offrir leurs services à la France. Plus de cent cinquante de ces braves gens parvinrent ainsi à Paris après avoir franchi les Vosges ; quant à ceux qui s'étaient sauvés par la Suisse, ils s'arrêtaient à Saint-Étienne, à Lyon et à Besançon pour s'engager. Dans cette dernière ville ce fut le lieutenant-colonel Carré, le directeur de la Comédie-Française, qui procéda à leur enrôlement. On ne saurait trop admirer ces braves. Que d'Alsaciens ou Lorrains furent fusillés par les sentinelles allemandes au moment où ils allaient franchir la frontière libératrice et payèrent ainsi de leur vie, dès le premier instant, parfois même avant le début des hostilités, leur fidélité à la France !
Laugel, le patriote député d'Alsace qui, après avoir mené avec l'abbé Wetterlé un si dur combat contre la germanisation de sa province, réussit à gagner la France avant la déclaration de guerre, nous a raconté un épisode singulièrement dramatique.
Un Alsacien habitant une petite ville dont nous ne citerons pas le nom parce que sa famille y réside encore, proposa à cinq de ses amis, le jour où commencèrent les hostilités, de gagner la France dans l'automobile qui lui appartenait, au lieu de répondre à la mobilisation allemande. Tous acceptèrent avec joie.
Ils partirent donc à six, munis de revolvers chargés, et bien décidés à tout pour réussir dans leur projet. Traversant la vallée alsacienne de Munster, ils arrivaient bientôt au col de la Schlucht, bien connu des touristes, qui sépare l'Alsace de la vallée française et de la Vologne.
Là, à quelques mètres du poteau-frontière sur lequel était peint l'aigle germanique, se tenait un poste de gendarmes et de douaniers allemands. Ceux-ci se portant au milieu de la route intimèrent aux automobilistes l'ordre d'arrêter et de montrer leurs laissez-passer. Nos voyageurs ne se le firent pas dire deux fois, ils descendirent de l'automobile et s'avancèrent les mains dans les poches, très tranquilles d'apparence, mais tout à coup, avec un ensemble parfait, au lieu de sortir leurs papiers, ils braquèrent les revolvers et firent feu. Deux douaniers et un gendarme furent tués les survivants ripostèrent et tuèrent un Alsacien, mais, deux d'entre eux ayant encore été blessés, ils coururent sur la route pour appeler du renfort.
Les cinq Alsaciens restés debout s'élancèrent vers leur automobile, la remirent prestement en marche et descendirent à toute vitesse le versant français de la Schlucht. L'ennemi tira sur eux, mais sans les atteindre. Le lendemain tous les cinq s'engageaient dans la Légion Étrangère.
D'autres habitants des pays annexés furent arrêtés à l'improviste comme suspects et ne purent s'évader comme ils en avaient l'intention. On cite entre autres le cas de trois frères vivant en Lorraine, aux environs de Metz. Deux d'entre eux se trouvaient en vacances en France, au moment de la tension diplomatique, ils se gardèrent bien de retourner dans leur pays et contractèrent un engagement dans notre armée, aussitôt, la guerre déclarée. Quant au troisième, élève de notre École Centrale, il dirigeait des hauts fourneaux en Lorraine annexée à peu de distance de la frontière et, n'avait pas voulu fermer son usine et, priver ses compatriotes de leur gagne-pain tant qu'il resterait un espoir de paix. Du reste tout était prêt pour son évasion, il avait même fait creuser une galerie souterraine débouchant en pleine campagne et lui permettant de sortir de chez lui sans éveiller de soupçons. Il fut sans doute trahi car, la veille de la mobilisation allemande, des gendarmes vinrent l'appréhender. Ses parents eux-mêmes furent transférés en Prusse.

(à suivre)





Ceux qui avaient brulé la politesse aux allemands – suite 5/8

mardi 29 avril 2014, par Anne Auburtin


Source : cette série de billets sur les Alsaciens Lorrains engagés au service de la France en 1914 est tirée de l’ » Histoire anecdotique de la Guerre de 1914-1915 » de Franc-Nohain et de Paul Delay ; fascicule 3 «les Alsaciens Lorrains et les Étrangers au service de la France ».  gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Avertissement : cet ouvrage, publié pendant la première guerre mondiale, est représentatif des sentiments exprimés à cette époque. Il constitue un témoignage d’une époque et non une œuvre d’historien.



Veut-on connaître des situations poignantes ?
Voici deux frères dont l'un a pu gagner la  France tandis que l'autre, moins heureux, a dû rester en Alsace. « Je ne demande qu'une chose, déclare le premier en s'engageant dans notre armée, c'est de ne pas être envoyé en Argonne, car je sais que le régiment de mon frère s'y trouve et je ne veux pas m'exposer à le tuer. »
Il y a plus tragique encore. Voici le père qui, né en Alsace, habite la France depuis quelques années, après s'être retiré des affaires. Dès la déclaration de guerre, il s'engage. Par contre le fils était allé passer le mois de juillet chez sa tante restée en Alsace et devait rentrer en France le 1er août ; le 31 juillet, la mobilisation le surprend en territoire annexé et il est incorporé dans l'armée ennemie, puisqu'il est légalement Allemand. Le père porte le képi, le fils le casque à pointe, et tous deux ont pourtant une même haine de leurs oppresseurs. M. l'abbé Wetterlé, de qui nous tenons cette anecdote, en termina le récit de cette façon « Un littérateur, un homme de théâtre auront toute licence pour imaginer, en ce qui concerne les Alsaciens-Lorrains au moment de la mobilisation française et allemande, les cas de conscience les plus déchirants, les problèmes les plus délicats et les plus terribles qu'ait à résoudre une âme humaine. Jamais ils n'arriveront à dépasser la réalité qui se déroula, au même jour, dans des milliers de demeures de gros industriels, de commerçants plus ou moins fortunés, d'ouvriers, de paysans.
« Moi-même, avant de m'enfuir, j'ai assisté au conseil de famille tenu chez un de mes bons amis pour décider si le fils aîné, en âge d'être mobilisé, devait rester ou franchir coûte que coûte la frontière. Et je vous assure que dans ce milieu d'ordinaire si paisible, si bourgeois, la discussion qui eut lieu cet après-midi-là dépassa le ton des plus hautes tragédies    »

(A suivre)

Les hébergés de l’école Alsacienne 6/8

mercredi 30 avril 2014, par Anne Auburtin


Source : cette série de billets sur les Alsaciens Lorrains engagés au service de la France en 1914 est tirée de l’ » Histoire anecdotique de la Guerre de 1914-1915 » de Franc-Nohain et de Paul Delay ; fascicule 3 «les Alsaciens Lorrains et les Étrangers au service de la France ».  gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Avertissement : cet ouvrage, publié pendant la première guerre mondiale, est représentatif des sentiments exprimés à cette époque. Il constitue un témoignage d’une époque et non une œuvre d’historien.


Un grand nombre d'Alsaciens et de Lorrains accouraient à Paris pour s’engager et se trouvaient absolument dénués de ressources. Et d'autre part, en raison du travail écrasant de la mobilisation, le Ministère de la Guerre avait du ordonner que les engagements volontaires ne seraient reçus qu'à partir du 21 août. Comment tout ce monde allait-il subsister jusque-là?
Rue d'Assas, 128, presque à l'entrée des jardins du Luxembourg, se trouve l'École Alsacienne, fondée, après 1870, pour réunir et instruire dans une même institution les enfants des familles ayant opté pour la France. En l'absence du directeur, le sous-directeur, M. Beck, eut la charitable idée d'héberger là ses compatriotes. L'école était vaste, les écoliers étaient partis en vacances, rien ne s'opposait donc au projet.
Cinquante Alsaciens et Lorrains furent ainsi hospitalisés le 7 août : le lendemain ils étaient deux cents, le surlendemain quatre cent cinquante. L'excellent M. Beck commençait à être fort anxieux. Comment nourrir tout ce monde qui allait sans nul doute s'accroître encore ?
Fort heureusement des amis de l'École et de l'Alsace-Lorraine surent son embarras et offrirent leurs services. Un Comité de Secours se forma composé de Mmes Jutes Ferry, Alcan, F. Langweil, comtesse de Noailles, Rosnoblet-Schutzenberger, et de MM. Appell, de l'institut, Ernest Lavisse, de l'Académie Française, Charles Risler, maire du 7e arrondissement, Théodore Beck, sous-directeur de l'École Alsacienne, Sansbœuf, adjoint au maire du 8e arrondissement, Kastler,notaire, Frédéric Lauth, artiste peintre.
On improvisa dans les classes des dortoirs pourvus abondamment de paille fraîche, pendant que des habitants des environs proposaient de loger un certain nombre de ces braves gens ; des dons en espèces et en nature arrivaient pour assurer leur nourriture, on secourut même les familles de ceux qui se trouvaient dans le besoin.
Les Alsaciens-Lorrains cantonnés à l'École Alsacienne étaient à présent plus de quinze cents qui auraient voulu partir sur-le-champ.
On décida, en attendant l'heure de l'enrôlement régulier, de faire des enrôlements provisoires et de leur donner les premiers éléments de l'instruction militaire. On inscrivit donc tous ces hommes et aussi les nouveaux qui arrivaient chaque jour et parmi lesquels un premier examen médical permit d'éliminer les inaptes à faire campagne. On leur fit également subir un examen d'indigénat, destiné à découvrir les Allemands qui auraient essayé de se faufiler dans leurs rangs. Pour cela, chaque homme devait dire dans quelle partie précise de l'Alsace ou de la Lorraine il était né ; aussitôt il était mis en présence d'un originaire de cette même région qui lui parlait dans le dialecte spécial à l'endroit. Si l'interrogé ne pouvait répondre, c'est qu'il avait menti et on le renvoyait sur le-champ ; jamais ceux qui furent exécutés de la sorte ne songèrent à protester.
Que voulaient ces individus en essayant de se faire passer pour Alsaciens-Lorrains ? Sans doute espionner, dans les rangs de notre armée, tout au moins connaître les noms de ceux qui allaient se battre pour la France. Il est regrettable qu'au lieu de les renvoyer on n'ait pas songé à les mener chez le commissaire de police, ce qui eût permis, sans nul doute, de faire d'intéressantes découvertes.

(à suivre)

La préparation militaire à l’école Alsacienne suite 7/8

vendredi 2 mai 2014, par Anne Auburtin


Source : cette série de billets sur les Alsaciens Lorrains engagés au service de la France en 1914 est tirée de l’ » Histoire anecdotique de la Guerre de 1914-1915 » de Franc-Nohain et de Paul Delay ; fascicule 3 «les Alsaciens Lorrains et les Étrangers au service de la France ».  gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Avertissement : cet ouvrage, publié pendant la première guerre mondiale, est représentatif des sentiments exprimés à cette époque. Il constitue un témoignage d’une époque et non une œuvre d’historien.


Une fois les Alsaciens-Lorrains immatriculés et reconnus, leur instruction commença. On ne possédait pas de fusils ; il fallut donc se contenter de leur faire exécuter les mouvements des soldats sans armes le garde à vous, la marche, à droite par quatre, etc..., et des exercices d'assouplissement. Avec quelle ardeur chacun écoutait les instructeurs ! Des hommes à la moustache grisonnante, d'autres même à la barbe entièrement blanche, tendaient le jarret, et renvoyaient la main dans le rang avec une énergie attendrissante.
Voici le récit d'une visite que M. Maurice Barrès, membre de l'Académie Française et député du 1er arrondissement de Paris, qui avait accepté la présidence d'honneur du Comité, fit au milieu du mois d'août à l'école-caserne de la rue d'Assas, et qu'il publia dans l'Écho de Paris
« J'ai mis mon écharpe de député et je suis allé à l'École Alsacienne.
« Dans les trois cours et dans le gymnase seize cents hommes manœuvrent, divisés en trente-six sections, et, faute de place, ils pivotent jusque dans les couloirs. Ils se sont massés dans l'une des cours et je leur ai dit en deux phrases
«- Un Lorrain vient se réjouir avec vous de la bataille d'Altkirch. Mais, pour achever de balayer de chez nous les barbares et pour les jeter dans le Rhin, il faut un formidable effort. C'est pour quoi la France vous remercie, vous les fils de la plus belle des races guerrières, d'accourir sous le drapeau tricolore. »
« Et tout d'un coup, tous, ils se sont mis à crier en français et en alsacien que nous nous retrouverions dans Strasbourg et dans Metz.
« Parmi ces patriotes, il y en a cent cinquante à deux cents qui ne savent pas deux mots de français et qui sont conduits par un brave Alsacien, hier soldat à Mayence dans l'armée allemande, et qui, ces jours-ci, a brulé la politesse aux Allemands, m'a expliqué qu'il faisait les commandements en dialecte alsacien, et puis aussitôt après en français, et qu'au bout de trois jours ses hommes se débrouillant étaient déjà en mesure de comprendre les ordres de combat.
Je l'ai embrassé. J'aurais voulu leur donner à tous l'accolade.
« Ces braves Alsaciens sont déjà réintégrés dans la qualité de Français. Rien de plus aisé. Il leur suffit de faire un engagement à la Légion Étrangère pour la durée de la guerre. Encore est-ce une simple formalité. A peine cet engagement les a-t-il rétablis Français qu'ils ont le droit de choisir le corps oh ils veulent servir.
«Qu'est-ce qui se passe en Alsace à cette heure, leur ai-je demandé ?
«Bien des choses, m'ont-ils dit d'un air sombre. Les Prussiens au régiment ont pris et se sont partagé tout l'argent qu'avaient sur eux les soldats alsaciens. »
«Je vous prie de croire qu'ils ne demandent qu'à taper ferme sur leurs voleurs ! Je les regarde ces soldats encore vêtus en civil, la mâchoire serrée, les yeux brillants, le torse droit, résolus à vaincre, fils d'une race qui fut toujours irrésistible à l'arme blanche. Comme ils sont impatients de combler les vides laissés dans l'armée française par les premiers combats ! »
(à suivre)

L’enrôlement 8/8

dimanche 4 mai 2014, par Anne Auburtin


Source : cette série de billets sur les Alsaciens Lorrains engagés au service de la France en 1914 est tirée de l’ » Histoire anecdotique de la Guerre de 1914-1915 » de Franc-Nohain et de Paul Delay ; fascicule 3 «les Alsaciens Lorrains et les Étrangers au service de la France ».  gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Avertissement : cet ouvrage, publié pendant la première guerre mondiale, est représentatif des sentiments exprimés à cette époque. Il constitue un témoignage d’une époque et non une œuvre d’historien.


"Une fois réglé l'enrôlement définitif des Alsaciens-Lorrains, les « bons pour le service » furent répartis soit à Paris, à la caserne des Tournelles ou à la caserne de Reuilly, soit en province, à Blois, Orléans et Rouen. Malgré leurs vives protestations, un certain nombre d'entre eux durent être refusés par le médecin-major comme trop faibles de constitution pour faire la campagne. Le Comité de l'École Alsacienne put du reste intervenir pour caser une soixantaine de ces derniers dans tes formations sanitaires des Sociétés de la Croix-Rouge, ce qui leur permit quand même de se rendre utiles.
Il fut impossible à l'administration militaire de former une Légion alsacienne, mais pour leur permettre néanmoins de se trouver « entre pays », on composa avec eux des bataillons complets à raison d'un bataillon par régiment d'infanterie de formation régulière. Si le gros enrôlement des Alsaciens-Lorrains se produisit en août, il se continua cependant en septembre et octobre. Au total près de huit mille engagements furent signés tant à Paris qu'en province.
Huit mille, c'est un chiffre, surtout si l'on songe que tous ceux qui sont parvenus à le constituer n'étaient tenus à rien et qu'il leur suffisait de ne pas répondre à leur convocation militaire en Allemagne pour déjà rendre service à la France. Ajoutons à cela que l'on peut évaluer au moins à trente mille les Alsaciens-Lorrains, fils d'émigrés ayant opté en 1871 pour la nationalité française, ou ayant eux-mêmes quitté leur pays assez longtemps avant la mobilisation française de 1914 pour pouvoir se faire naturaliser et servir par suite sous nos drapeaux, au même titre que nos autres compatriotes.
Et si l'on voulait totaliser les Alsaciens Lorrains revêtus d'un uniforme français au cours de cette guerre, il faudrait dénombrer ce qui est actuellement impossible les originaires des pays annexés qui, incorporés dans l’armée allemande et faits prisonniers, le plus souvent, avec leur complicité, demandent spontanément, dès qu'ils se trouvent dans nos lignes, à marcher avec nous. Nous savons qu'en haut lieu les engagements de cette catégorie sont estimés à plusieurs milliers, en raison de leur quotidienne répétition depuis les premiers jours du mois d’août !
N'oublions pas, d'autre part, que sur le front russe, les désertions des Alsaciens-Lorrains sont également très fréquentes et que la plupart demandent à s'enrôler chez nos alliés."

Franc-Nohain et Paul Delay