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Category GENEALOGIEFaits de guerre › 1792-1802 guerres de la révolution

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Le traité de Lunéville (1801) la fin des négociations 4/4

mercredi 17 septembre 2014, par Anne Auburtin

 Source article  rédigé par l'abbé E. Hatton,  revue Le Pays Lorrain, 1927, disponible sur Gallica - titre et découpage ajoutés par moi pour faciliter la lecture sur le blog ; les images illustrant certains articles proviennent de Gallica et ne font pas partie du texte…


Le 14 [février 1801] est jour de fête consacré à la proclamation solennelle de la paix. La musique parcourt la ville suivie de la garde nationale en armes et des autorités. Joseph fait distribuer par le curé Halanzier 500 francs aux pauvres de la ville. M. Pouponot-Dalancour, à 9 heures du soir, en pleine salle de spectacle, proclame de nouveau l'événement ; à 10 heures du soir, il vient avec la musique donner une sérénade sous les fenêtres du ministre français et du ministre autrichien. Deux bals clôturent cette journée, à la Comédie et au Château.

On croirait que la population, un peu déconcertée, a voulu se réjouir et s'étourdir de force. Car elle sent que cette réconciliation brusquée des deux principaux adversaires la France et l'Autriche, met en question le Congrès.

En fait Joseph part pour Paris, ne laissant à Lunéville que son deuxième valet de chambre et deux autres domestiques (16 février 18oi) et Cobentzel s'en va le lendemain avec le préfet, déjeuner à Gerbéviller (17 février).

Tout espoir est-il perdu ? Non. Quelques-uns annoncent la prochaine arrivée de Talleyrand. M. de Kolytchef, l'ambassadeur de Russie est en route. Voici le marquis de Gallo, ambassadeur de Naples !...

Les théâtres et les bals continuent.

Mais le 23, le canon tonne, 19 coups saluant le départ de M. de Cobentzel pour Paris. C'est le glas du Congrès. La gendarmerie fait escorte au plénipotentiaire autrichien jusqu'à Dombasle, relevée par un détachement d'artillerie à cheval.

Qu'ils viennent maintenant de toutes les capitales : gens de guerre ou gens de cour ; comme ce général espagnol, comme le général Moreau (26 février), comme l'ambassadeur de Russie (2 mars), qui descend au Cheval de Bronze, accompagné du général Caffoulli (2 mars 1801), après avoir été salué par le maire et les autorités... tout est fini. — Une lettre de Talleyrand a donné le coup de grâce (28 février); elle ordonne de cesser toutes les dépenses. Les Lunévillois assistent le cœur serré, au déménagement officiel, au dépouillement de la scène grandiose qu'ils avaient prêtée à l'Europe et qui n'avait pas servi.

Le 11 mars, malgré les demandes du maire, les réverbères sont éteints dans les rues et mis en magasin ; la ville devra les rendre au gouvernement. Le 28 mars, ordre au général Bellavène de démeubler le château . Le 3o, ordre de renvoyer à Paris, au Musée des Arts, les tapisseries, lustres, girandoles, tableaux et objets d'art, qui avaient été expédiés pour la décoration du château. Quelques-uns des tableaux sont accordés au Musée de Nancy; ils remplissent deux caisses qui arriveront à destination le 5 juin. Lunéville n'obtient rien. Le chargement pour Paris, comprenant neuf caisses et six ballots (tapisseries des Gobelins), confiés au citoyen Christophe Gouy, agent des transports de la 4e division militaire (et ancien moine de Beaupré), arriva le 16 juillet 18oi. Les hautes portes des appartements de Stanislas se sont refermées sur la froide désolation des parquets trop sonores et des boiseries dénudées.

Et pour comble d'ironie, des malandrins s'amusent avec le télégraphe aérien. Le poste de Froide-Fontaine a été visité par les pâtres qui conduisent les troupeaux à la forêt : les vitres sont brisées, le tuyau de la lunette arraché, les fers et les cuivres volés (18 avril 1801). Le commandant Hugo signale au préfet ces déprédations et donne une consigne de surveillance à l'agent de Jolivet. Vaine précaution : les malandrins recommencent, ils arrachent des planches, ils font tourner les machines ; un soir ils mettent le feu (15 septembre 1801). Que faire ? L'ordre tardif arrive de démolir ce télégraphe et de le transporter à Metz (12 octobre 1801).

Tant d'agitation, tant de fatigues, tant de rêves, tant de perspectives brillantes caressées l'année précédente à pareille époque, s'envolent avec la fumée de ce feu d'automne allumé par des campagnards ; les salons de la petite ville se rendorment au murmure de leurs souvenirs.

Abbé E. HATTON.

Le traité de Lunéville (1801) les négociations 3/4

lundi 15 septembre 2014, par Anne Auburtin

 Source article  rédigé par l'abbé E. Hatton,  revue Le Pays Lorrain, 1927, disponible sur Gallica - titre et découpage ajoutés par moi pour faciliter la lecture sur le blog ; les images illustrant certains articles proviennent de Gallica et ne font pas partie du texte…

La scène est pour ainsi dire achevée, voici les acteurs. On signale comme des événements leurs lointaines allées et venues. M. le marquis de Luchesini, ambassadeur du roi de Prusse, est passé à Nancy le 27 octobre à 11 h. 1/2 du matin. Joseph Bonaparte doit quitter incessamment Paris (2 novembre 1800). M. de Cobentzel passe à Toul le 6 novembre à 11 heures un soir, le ministre français se présente à l'aube sur les remparts de la même ville, salué par l'artillerie. Enfin l'un et l'autre pénètrent dans la cité du Congrès ; M. de Cobentzel le 7 novembre à 5 h. 1/4 du matin ; Joseph Bonaparte, le même jour, à midi et demi. Le représentant du Premier Consul reçoit à 3 heures les autorités, que précède la musique et entend les discours d'usage. Le soir un dîner réunit chez Clarke (au château) les deux négociateurs.

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Le 10 arrivent trois jeunes citoyens de la suite de Joseph, Roederer, Portalis, Siméon et quantité d'autres. Le 17, s'installe à l'Hôtel de la Tête d'Or M. Alzée Sohm, envoyé du canton de Coire. Le 20, à 4 h. 1/2 du soir, 9 coups de canon saluent l'arrivée du général Moreau. Il descend au Sauvage, et fait aussitôt visite au général Clarke et au ministre français. Le 22, arrivée du baron de Buden et du docteur Engelberg, du baron de Schubort, envoyé du Danemark, le prince de Lowestein, ministre de Suède arrivés déjà ; Lunéville s'anime... À la suite des diplomates se glissent les commerçants, les artistes, les joueurs. Alors commence un savoureux chassé-croisé de dîners, de réceptions, d'invitations à des parties de promenades, à des concerts et à des pièces de comédie.

Le 10 novembre, Cobentzel a dîné chez Joseph ; Le 11, Joseph dîne chez Cobentzel ; Le 13, Joseph dîne chez Cobentzel ; Le 14, Joseph et Cobentzel dînent chez Clarke ; Le 15, Clarke et Joseph dînent chez Cobentzel ; Le 6 décembre, Cobentzel dîne chez Joseph, etc... Après le dîner très souvent : spectacle. La voiture de gala de Joseph, à 4 chevaux, était suivie de son cuisinier chef et du maître d'office Le théâtre s'ouvre sans tarder le 10 novembre par La Femme jalouse et Les deux Amants jaloux d'eux-mêmes...

Les pièces se succèdent dans le goût du temps. M. de Cobentzel semble avoir été consulté ses préférences : et pour lui faire plaisir le préfet fait supprimer les allusions.

Le préfet fait corriger ou supprimer les passages qui pourraient blesser les susceptibilités étrangères, il interdit certaines comédies : le Divorce, Guillaume Tell, ou des opéras : Philippe et Georgette, les Visitandines...

M. de Cobentzel ne dédaigne pas d'exprimer ses préférences : un auteur qui en est averti, le citoyen Durival, se présente chez Joseph pour obtenir la permission de faire représenter Sargines ou l'Élève de l'Amour, et Philippe et Georgette, précédemment à l'index (5 janvier 1801).

Puis ce sont bientôt les bals, dès le 10 novembre, où s'entrainent les ministres : bal masqué le 2 février, anniversaire du 18 brumaire, dans la grande salle du Château, où M. de Cobentzel assiste avec son secrétaire de légation jusqu'à 3 heures du matin ; bal à la salle de spectacle, le 7 février, par les artistes dramatiques. M. de Cobentzel y accompagne son petit neveu déguisé en fille, et paraît y prendre grand plaisir. On danse partout d'ailleurs : le maire peut donner toutes les autorisations, depuis qu'un certain ordre s'est établi dans ce genre de divertissement. On a dû supprimer les bastrings (23 novembre), à cause des militaires qui s'y attardaient et s'y battaient ; la police avait dû réduire la tolérance à deux bals par semaine. Mais on s'est assagi, et on danse chez des particuliers ; on danse par abonnement dans la grande salle du Château (t 3 janvier) ; on danse, le 7 février, à la Salle des Trophées ; on danse au Couvent des Capucins. On joue beaucoup aussi, surtout les jeunes gens, dans les cafés : on joue au loto, on joue au 21. Les divertissements font fureur (5 janvier) : mais la police remarque qu'il n'y a guère d'étrangers.

Tandis que la foule s'amuse, entre deux dîners, deux bals, deux concerts, les diplomates se promènent : Joseph conduit le comte de Cobentzel, aux salines de Dieuze et de Château-Salins (sa décembre 1800) ; aux forges de Cirey et de Framont (26 décembre); aux haras de Rosières (17 janvier). M. de Cobentzel, visite aussi le château de Gerbéviller à M. de la Vieuville, le château de Croismare, et la faïencerie de Saint-Clément, avec son épouse. Joseph assiste à une manœuvre militaire aux Bosquets (25 janvier) ; il s'intéresse aux pauvres de la ville et fait remettre au curé Halanzier 144 livres pour les indigents. La paix religieuse vient d'être signée.

Lunéville eut même ses petites conspirations : l'une blanche, l'autre ronge, mais les gendarmes et policiers mélangèrent les couleurs, n'étant pas très au courant des miroitements de la politique de fond.

« Le 11 nivôse an IX (2 décembre 1800), Norbert Vallame, Claude-Cosme-Damien Durand, et Joseph Geury, maréchal des logis, brigadier, et gendarme national..... signalent la veuve Launay, désignée depuis longtemps par l'opinionpublique pour se faire officier par des prêtres réfractaires….. ils ont aperçu plusieurs personnes de l'un et l'autre sexe qui entraient dans son domicile... a.

Ils ont voulu faire une visite domiciliaire : et demandé successivement au juge, au commandant de la gendarmerie et au maire qui ont refusé de les accompagner. La conspiration s'évapore. Le 1er février suivant (14 pluviôse IX), un placard manuscrit est apposé sur les volets du citoyen Haillecourt, place de la Comédie.

« Une assemblée de brigants, lit-on, se resemble ché le citoyen Hailecourt et ce nuitamant….. il y a dans cette assemblée des cafetié, cordonniers anfain l'ancien cercle des dénonciateurs, jadis des tigres altérés de sang et ennemis du gouverment, et agent de la machine infernale…… » M. Pouponot-Dalancour affirma que c'était pure calomnie.

«L'assassinat horrible, dont le premier Consul faillit être le victime » prolongea un écho assourdi jusqu'à Lunéville : le bruit courut que deux citoyens de l'endroit, Oursel et Diot, allaient être arrêtés comme complices (24 janvier 1801). Le seul résultat de cette agitation fat une surveillance plus étroite des étrangers, dont le maire fit dresser la liste et des mesures contre la presse, on fera une véritable chasse en particulier à un pamphlet interdit venant de Metz : « Rapport officiel sur l'assassinat du ministre plénipotentiaire à Rastatt » (débité par Chenoux, libraire à Lunéville). Ce rapport attribuait l'assassinat de Roberjot et consorts à l'ancien gouvernement.

Il n'y avait aucun danger : la masse avait bien oublié cette affaire.

Mais enfin ces deux plénipotentiaires, l'autrichien comme le français, sans compter leur suite, et tous ceux qui doivent bientôt arriver, ne sont pas venus semble-t-il, uniquement pour troubler le calme de la petite ville, tourner les têtes, festoyer et se promener ! Ils représentent des intérêts adverses, ils sont des hommes de discussion et de lutte. Où luttent-ils, où discutent-ils, quand travaillent-ils ? Le bruit court que Joseph dans sa retraite de la rue Scevola, passe presque tout son temps en conférences. Sans doute, mais sans doute, aussi qu'à cette époque reculée, les diplomates avaient déjà l'heureux privilège de régler les destinées des empires entre deux tours de danse, ou dans une partie en plein air. En tous cas, il y eut plusieurs ruptures qui jetèrent dans l'angoisse « l'universalité des citoyens s. Ainsi, le 11 décembre 1800, au retour de Dieuze, M. de Cobentzel, dit-on, fait ses malles. Mais tout s'arrange, puisque quinze jours plus tard, le 25 décembre, on remarqua que les grands bras du télégraphe ne cessent de signaler.

Étaient-ce difficultés personnelles entre Joseph et Cobentzel ? Ou plutôt la répercussion des événements militaires qui se succédaient en notre faveur ? Plus probablement, puisque dès la nouvelle de la victoire de Hohenlinden gagnée par Moreau (3 décembre 1800), l'Autriche se montre plus accommodante.

L'espoir d'un grand Congrès s'affermit plus que jamais : on reprend activement, dans les rues, les travaux de pavage ; les tapisseries des Gobelins, envoyées de Paris, sont déployées dans les appartements du Château ; les lustres et les girandoles sont suspendus aux plafonds. Joseph songe à louer le château d'Einville, où vient de mourir l'ancien premier président de la cour souveraine de Lorraine, M. de Coeurderoy.

Le 2 janvier 1801, s'est ouvert enfin le protocole officiel des délibérations. On annonce bientôt les plénipotentiaires napolitains (4 février).

Les négociateurs doivent travailler à force, entre les bals, les concerts, les promenades. La clientèle des cafés devient fiévreuse : quand tout à coup un courrier de Paris, oui de Paris, vint annoncer aux Lunévillois, le 12 février, que la paix est signée depuis le 9 précédent. Les cloches sonnent, le canon tonne, les fenêtres s'illuminent à la nuit tombante, les rues retentissent de cris d'allégresse où s'entremêlent les exclamations en l'honneur du Premier Consul.

Le traité de Lunéville (1801) les préparatifs 2/4

samedi 13 septembre 2014, par Anne Auburtin

 source article  rédigé par l'abbé E. Hatton,  revue Le Pays Lorrain, 1927, disponible sur Gallica - titre et découpage ajoutés par moi pour faciliter la lecture sur le blog ; les images illustrant certains articles proviennent de Gallica et ne font pas partie du texte.

Lunéville avait souffert, comme toutes les villes de France de la crise révolutionnaire. « Le Château qui en faisait jadis le magnifique ornement était délabré, les toitures étaient percées ; les appartements absolument nus à l'exception des dessus de portes, seules les boiseries demeuraient. Le parc tournait à la forêt, les statues d'un assez bon goût, dit une relation du temps, avaient été mutilées par une troupe vendéenne (?!!) elles avaient perdu leurs têtes, les bras avaient été brisés à coup de pierre ». La ville était à peine éclairée pendant la nuit : le pavage des rues Banaudon et Saint-Nicolas (faubourg de Nancy) était troué de profondes ornières; les routes qui conduisaient à Nancy et à Strasbourg étaient défoncées

On redoutait beaucoup les incendies, les pompes étant en fort mauvais état. Les finances municipales étaient à l'avenant, n'ayant pas même la ressource des octrois. La population avait subi des pertes énormes.

La ville était administrée par un conseil, comme de nos jours. Le maire était un ancien gendarme rouge, M. Pouponot-Dalancour, les adjoints se nommaient Dnfeigna-Keranforêt (un ancien gendarme rouge comme le maire) et Conigliano. Le commissaire de police était un ancien juge de paix : il s'appelait Maire.

La gendarmerie nationale était représentée par un lieutenant Caraut, un brigadier et 4 gendarmes.

La garnison avait été réduite à 1/2 brigade : non compris le dépôt des carabiniers, elle dépendait de la 4e Division militaire que commandait à Nancy le général Gilot.

La population comprenait un certain nombre de survivants de l'ancienne aristocratie, et d'anciens officiers de l'armée royale, des bourgeois plus on moins rentés, des commerçants, des cultivateurs et des vignerons.

Voici quelques-uns des noms les plus marquants :

Hennequin-Frenel, ci-devant comte de Frenel. Jankowitz, Malvoue, Berneron, Dalancour, Keranforêt, Conigliano, Delépée, Parel, Lhote (Loth), Lasnière, Keller, Bourguignon, Multzer, Roata, Desaulnoi, dom Malin (ancien abbé de Beaupré), Belprey, Olivier, Guibal, Haillecourt, Marguisson, Pergaut, Radiés, Spor... Sans se prononcer avec enthousiasme pour le nouveau régime (était-on certain de sa durée ?) les uns et les autres étaient partisans de l'ordre. Les Lunévillois étaient classés comme ayant « bon esprits.

« Les fêtes du 14 Juillet et de la Concorde ont été célébrées... à Lunéville avec toute la pompe et la magnificence convenables... affluence extraordinaire... joie et enthousiasme... » écrit le sous-préfet de Lunéville au préfet de la Meurthe, 26 Messidor 8 (14 juillet 1799).

Dès le mois de septembre 1800, les Lunévillois suivent avec intérêt, les préparatifs du grand événement. Pour rendre quelque lustre à l'ancienne cité militaire, Bonaparte leur envoie un général : Clarke, le futur duc de Filtre, alors directeur du dépôt de la guerre, en disponibilité â Neuwiller (Bas-Rhin) [27 septembre 1800]. Sous le titre de commissaire extraordinaire, il est chargé de prendre toutes les mesures utiles au Congrès. On lui fait parvenir 100 000 fr. (14 octobre 1800) pour les premiers trais. Pour des raisons inconnues, Clarke cédera la place à son second le général Bellavéne, un Verdunois (2 janvier 1801) qui aura comme adjoint, en qualité de commandant de place (25 janvier 1801), un officier du nom de Hugo, le père de Victor Hugo.

Une police extraordinaire s'organise par les soins du préfet : le commissaire Maire reçoit des pouvoirs étendus, on lui adjoint un secrétaire (Marguisson), 5 « mouches, » pour surveiller dans les 12 cafés de la ville, les filous et les escrocs, 3 autres « mouches » pour les auberges et cabarets, 3 autres enfin pour les patrouilles. On installe aux entrées de la ville des postes de gendarmes qui réclameront les passeports et noteront les entrées et sorties. Les citoyens Groully, Bancelon, Forel et Drapier sont nommés capitaines de postes. Les mendiants qui courent sur les routes après les voitures et les voyageurs devront disparaitre sous peine d'être mis en prison provisoire. L'attention de la police est attirée spécialement sur les « malveillants, les émigrés » ; elle surveillera notoirement deux publications : le Journal de la Meurthe, (dont le rédacteur est Thiébaut) et le Journal de Strasbourg qui envoie des placards en allemand. Le commissaire Maire, installé à la Mairie, adressera chaque jour un rapport au préfet, au sous-préfet et au général. Le gouvernement nommera même, mais sur le tard, un intendant du Congrès, le citoyen Mogé (Mouger).

Le gouvernement, en outre, fait dresser un état de casernement, pour 2.700 chevaux et 2.600 hommes. Le quartier général s'installe â Croismare, 24 chariots amènent de Nancy, des lits pour la garnison extraordinaire. I00 canonniers avec leurs pièces viennent de Metz.

Ainsi des organes administratifs nouveaux s'ajoutent aux anciens : général, préfet, sous-préfet, maire, commissaire de police, vont se dévouer, suivant leur humeur respective ou leurs traditions à l'œuvre de préparation : non sans heurt, non sans friction ! C'est le maire, M. Pouponot-Dalancour qui connaitra les plus pénibles traverses : il devra lutter contre le sous-préfet Lejeune, il luttera contre le génie militaire, il luttera contre le commissaire de police, ce qui lui vaudra de la part de ce dernier la qualification peu révérencieuse « d'étourdy ».

À vrai dire, M. Pouponot-Dalancour, étant le seul qui connut parfaitement l'état misérable des finances de la ville, s'effrayait des dépenses qu'on lui imposait et il montrait peut-être en ces circonstances, une certaine attitude de raideur.

Cependant les travaux ont commencé. Des paveurs de Pont-à-Mousson égalisent les chaussées des rues Banaudon et Saint-Nicolas, au loin, sous d'autres directions, des équipes particulières refont les routes qui traversent Nancy, Toul, Saint-Nicolas et Blâmont. Le préfet s'occupe directement de l'éclairage de la ville : il traite avec un entrepreneur, le citoyen Donville, pour la fourniture de l'huile, et fait disposer aux endroits utiles les 211 lanternes disponibles. Quelques réverbères en supplément donneront un surcroît de lumière du crépuscule à l'aube, dans les rues et places environnants le château. Ailleurs, les becs seront allumés 6 heures, quand il n'y aura pas de lune ; en cas contraire, 3 heures seulement. On était à l'économie.

Le service de la voirie publique et de la sécurité de la circulation devient très exigeant : une citoyenne qui avait jeté par sa fenêtre un pot d'ordure, se voit infliger 1 franc d'amende. On voulut faire mieux encore. Dans le fond de la rue Scevola (rue de l'Abattoir), en face d'un élégant hôtel destiné au logement d'un grand personnage, s'élevait un édifice municipal indispensable, dont l'odeur se mêlait à celles des détritus de la boucherie et du canal. Allait-on le laisser subsister ? Allait-on le détruire ? M. Pouponot-Dalancour était pour le statu quo après nettoyage, le commissaire de police était pour la destruction, le litige s'envenima, le sous-préfet, le préfet, le général y furent intéressés ; le parti de la destruction l'emporta. M. Pouponot-Dalancour ne put dissimuler une certaine humeur.

Mais voici le gros du travail : la réparation et l'organisation du château. Outre les anciens appartements de Stanislas destinés à Joseph Bonaparte (rez-de-chaussée) et au comte de Lehrbach, ministre d'empire (1er étage), le général Clarke espérait pouvoir utiliser un des logements des ci-devant officiers de la gendarmerie, pour y installer le comte de Cobentzel et, sans doute, peu à peu les autres délégués des puissances.

On allait prendre toutes les dispositions utiles, quand le génie militaire, propriétaire des bâtiments, s'oppose de la plus mauvaise grâce à la visite des lieux. Le conflit est aplani par l'entremise de Clarke et les travaux d'aménagement commencent. Or tout manque. Les hautes pièces lambrissées, sonnent le vide : c'est une misère. Le sous-préfet Lejeune va jusqu'à prier les maires des villages voisins, de quêter chez leurs administrés des bahuts et des armoires. Les fenêtres, faute de vitres, laissent passer la pluie ; le sous-préfet s'adresse au citoyen Renaut, propriétaire de la cristallerie de Baccarat : les glaces des trumeaux et des cheminées ont perdu leur tour. Lejeune écrit à Cirey, à Plaine de Walsch, à Lettenbach, au citoyen Guaita, co-propriétaire de Saint-Quirin. Les faïences d'art et d'usage commun ont naturellement disparu ; le préfet Marquis lui-même demande à Niederviller des vases décorés et des services de table. Tous les fonctionnaires se dépensent ; le château prend l'aspect d'une ruche active. Le professeur de dessin de l'École centrale a pris son pinceau pour réparer les tableaux du muséum municipal, dont la plupart, regrette un contemporain, représentent malheureusement des sujets religieux (ornementation bien désuète pour le goût des futurs locataires) Les particuliers enfin entrent en mouvement, le citoyen « Clermont-Tonnerre d'Amonville » offre un lit de parade (8 octobre 1800) ; le citoyen Fresnel offrira dans la suite les tableaux de son hôtel et son hôtel lui-même (3 décembre).

Enfin voici les quatre voitures de mobilier artistique annoncées de Paris, sous la garde du citoyen Carron, des équipages militaires. On sort de lourdes caisses les tableaux dont se prive le Musée des Arts. La plupart des sujets représentés promettent aux graves diplomates attendus, un large dédommagement des tableaux de sainteté. On y comptait des Nymphes, de Jouvenet : quelques chasses, des architectures ; puis « l'Amour et Céphale », de Boucher; « l'Amour caressé par sa mère », de Trémolière ; « Vénus tenant l'Amour », du même ; un , « Amour aiguisant ses traits », de Robert Lefèvre ; « Auguste faisant fermer le Temple de Janus » , de Boulogne ; « Les quatre heures du jour de Casanova » ; « L'abondance et la fécondité », de Lagrenée aîné ; « La continence de Scipion », de Lemoine ; « La justice et la paix » ; etc., etc....

En même temps le préfet faisait enlever, par des voitures réquisitionnées, les débris des statues mutilées des Bosquets, les arbres tombés, les déblais - (17 octobre 1800). À partir du 15 novembre, deux guérites se dressent sur les côtés de la grille du château, devant laquelle stationnent au long de la journée deux plantons à cheval.

On s'assure du bon fonctionnement des pompes à incendie. Les Lunévillois suivaient ces grandioses préparatifs avec une sympathique curiosité — et parfois avec émotion — car des sceptiques hochaient la tête au seul mot de congrès, et leurs propos décourageants se répandaient avec une étonnante rapidité. Cependant les administrations préfectorale et municipale avaient fait recenser les maisons de maître, dignes d'abriter les ambassadeurs étrangers (fin octobre 1800). Les logis des citoyens Jankowitz (place Léopold), Lasnière (rue de Lorraine), Dalancour (rue des Capucins), Malisi (rue de Viller), Delépée (place Léopold), Castara (Grande-Rue), Conighano (château du prince Charles), figuraient dans la première catégorie ; ceux des citoyens Gennot, Desaulnoy, Loth, Parmentier, Mulzer, dans une seconde, les derniers formaient une troisième et une quatrième catégorie.

On a même visité les châteaux du voisinage : Charles-Vue, Jolivet, Saint-Epvre, Vitrimont, Croismare. Cet inventaire minutieusement établi, Clarke a désigné les futurs occupants. Au plus considérable de tous, à M. le comte de Cobentzel, plénipotentiaire du Saint-Empire, il attribuait le plus beau logement. Au n° 41 de la rue Franklin (actuellement no 61 de la rue de Lorraine), s'élève un hôtel presque neuf, bâti sur l'emplacement d'un plus ancien hôtel, ayant appartenu au prince de Craon-Beauvau. « Cette maison, dit un rapport du temps, possède toutes les aisances désirables, des agréments rares (elle ouvre sur les Bosquets); elle est très bien appropriée à son but et renferme un riche salon ». Les propriétaires d'alors, les citoyens Valdenaire et Henry, limonadiers (place Léopold), pensaient tirer profit des circonstances. Ils destinaient le premier étage à une banque de jeu et pensaient ouvrir un restaurant dans les pièces du rez-de-chaussée. Deux ans auparavant, à l'occasion du traité de Campo-Formio, ils avaient lancé à Nancy une entreprise de spectacles qui n'avait pas réussi. On les disait ruinés ; ils comptaient se dédommager à Lunéville. La volonté de Clarke déjoua leurs espérances : ils durent ouvrir leurs portes à Cobentzel.

Comme l'organisation et l'ameublement des anciens appartements de Stanislas avance lentement, on cherche pour le plénipotentiaire français Joseph Bonaparte un logis provisoire. On trouve. Au fond de la rue Scevola (rue de l'Abattoir), derrière un rideau d'arbres, se dissimule l'hôtel Hennequin-Frenel : c'est là que descendra le frère du Premier Consul.

Quant aux autres ambassadeurs, on les casera dès leur arrivée : les intentions de Clarke demeurent encore secrètes.

Naturellement ces hauts personnages discuteront et pèseront les destinées des empires ; mais il leur faut des distractions, pour eux, pour leur suite. N'a-t-on pas dansé à Aix-la-Chapelle et à Rastatt ? N'a-t-on pas joué, n'a-t-on pas ouvert des salles de spectacles, donné des concerts et des comédies ? D'habiles industriels font leurs offres au Gouvernement : ils réclament de la Police générale un monopole, soit pour le jeu, soit pour le théâtre ; parlent de la prospérité de la ville, des dangers du jeu clandestin, etc... Le préfet traite avec la Société dramatique établie à Nancy, qui devra faire approuver son répertoire. Quant aux jeux : tout est déjà disposé dans le plus grand nombre des cafés, les tables, les cartes sont prêtes : il n'y manque que les acteurs, ils sont attendus impatiemment (1er décembre 1800).

En même temps qu'à l'agréable, on a songé à l'utile. Nos négociateurs français, fils de la Révolution, ne sont pas forcément accoutumés aux finesses du protocole, et aux surprises de la géographie et de l'histoire. Le citoyen Clarke a reçu des exemplaires des négociations de Nimègue pour le cérémonial ; quant aux ouvrages de fond, ils ont été offerts par le citoyen Coste, professeur d'histoire à Nancy : en tout 215 volumes.

Et maintenant il ne reste plus qu'à relier Lunéville avec la capitale, et, c'est une politesse essentielle, les étrangers, avec le centre de leurs gouvernements. Des relais de poste sont créés sur la route d'Allemagne à Bénaménil, à Blâmont. Mais des échafaudages s'élèvent sur le donjon du château : une sorte de potence se tend vers le ciel ; un édifice semblable se profile bientôt à l'horizon, sur la côte de la Loge vers Avricourt, bizarre machine qui intrigue : c'est le télégraphe aérien récemment inventé par Chappe, dirigé par Chappe en personne, et qui fonctionnera comme à Valmy en utilisant, par Vic, la ligne Metz et Strasbourg. (28 octobre 1800).

(à suivre)

Le traité de Lunéville (1801) introduction 1/4

jeudi 11 septembre 2014, par Anne Auburtin


"Le traité de Lunéville a été signé à Lunéville le 9 février 1801 (20 pluviôse an IX) entre Joseph Bonaparte, représentant la France, et le comte Louis de Cobentzel, représentant l’Autriche.

Le traité fait suite aux victoires de Napoléon à Marengo (14 juin 1800) et de Moreau à Hohenlinden le 3 décembre de la même année, d’où s’ensuit l’armistice de Trévise avec les Autrichiens le 15 janvier 1801. Il marque la fin de la deuxième coalition. Un an plus tard, l’Angleterre doit signer la paix d’Amiens (mars 1802)". (WIKIPEDIA)

Voici la description de cette signature, vue par les Lunévillois.

 Source article  rédigé par l'abbé E. Hatton,  revue Le Pays Lorrain, 1927, disponible sur Gallica - titre et découpage ajoutés par moi pour faciliter la lecture sur le blog; les images illustrant certains articles proviennent de Gallica et ne font pas partie du texte..


Introduction

Lunéville est restée à peu près ignorée de la .grande histoire pendant la période révolutionnaire, de septembre 1800 à la fin de mars 1801, son nom sera prononcé dans le monde entier.

Lunéville a été choisie comme lieu de réconciliation, de deux grands États et Lunéville va probablement devenir le centre de réunion d'un vaste Congrès, le foyer d'activité de toute la diplomatie européenne. Depuis le Congrès d'Aix-la-Chapelle on n'aura rien vu de si important, de si imposant. Les Lunévillois s'enfièvrent pour ce grand rôle : ils forment les plus vastes espérances... quand un jour, brusquement, ils connaissent toute la mélancolie des demi-succès, tous les déboires de la déchéance et de l'abandon.

L'empereur d'Allemagne, François fer avait été battu par les armées du Consulat : son ministre Thugut a proposé à Bonaparte une réunion de plénipotentiaires qui se tiendrait soit à Sélestat, soit à Lunéville. Le ministre français des Affaires Extérieures. Talleyrand-Périgord, a désigné Lunéville (11 avril 1800).

Thugut ayant démissionné, le comte de Cobentzel lui succède (25 septembre 1800) : il se désigne lui-même comme négociateur, rédige ses propres instructions (25 septembre 1800), et ne tarde plus à prendre la route de France. Il est reçu à Strasbourg le 23 octobre à 3 heures du soir, par l'aide de camp de Moreau et 50 hussards.

Le canon salue son entrée à Lunéville le 24 octobre. Salué par 19 coups de canon, il descend chez le sous-préfet Lejeune. Le soir il soupe chez Clarke. Le 28 il part pour Paris, avec une escorte militaire (accompagné de son secrétaire de légation Hoppe.

Sur ces entrefaites Bonaparte avait nommé comme plénipotentiaire français son frère Joseph, avec Leforêt comme secrétaire de légation. Après un premier échange de vues, les deux ministres devaient se diriger sur Lunéville. (à suivre)

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