Assemblée du 9 mars à la maison d'école par-devant le syndic; publication au prône le 8 mars.

60 habitants.24 signatures et 1 marque.

Députés: Nicolas Marchai et Pierre Penly.

 

Cahier des plaintes et doléances de la communauté de Piblange et de Drogny sous le ressort du bailliage de Bouzonville, contenant quatre feuillets cotés et paraphés par premier et dernier par nous soussigné, syndic chef de la dite communauté le 9 mars 1789.

1°. Les habitants ne sont pas assez versés dans les affaires de l'État pour trouver le moyen de subvenir aux besoins du dit Etat et soulagement de tous les sujets de Sa Majesté; se soumettent de contribuer aux impositions et subsides qui seront nécessaires.

2°. Les habitants pensent cependant que, pour trouver de quoi fournir aux besoins de l'Etat et les soulager en même temps des différentes impositions qui jusqu'ici ont ruiné grand nombre de familles, il serait convenable de réformer la ferme générale qui s'est enrichie jusqu'ici à la ruine des sujets de Sa Majesté sans verser autant dans les coffres de Sa Majesté qu'ils auraient pu et d'y verser: ces deniers auraient suffi au delà de toutes les nécessités dont l'Etat se trouve accablé. Que le sel et le tabac soient au moins accordés aux sujets de Sa Majesté comme aux étrangers ; alors le peuple pourra faire des nourris dont ils ont si besoin; les maladies cesseront pour la plus grande partie; bien des honnêtes familles seront préservées de la ruine totale à laquelle le prix exorbitant du sel et du tabac les avait exposées.

3°. Les maîtrises des eaux et forêts sont encore un sujet de ruine tant des communautés que des individus: le prix pour leurs vacations excède souvent la valeur du bois exploité. Les deniers qui rentrent dans leurs coffres des amendes adjugées aux communautés et ceux des bois vendus ne sont jamais mis en compte. Les forestiers commettent mille friponneries, exigent des buvettes, grains et argent, de ceux qu'ils trouvent en délit: jamais d'exemples de punition pour de pareilles fautes si préjudiciables au bien-être des fidèles sujets de Sa Majesté. Il serait par conséquent bien si les communautés restaient seules chargées de veiller à la conservation de leurs bois, et défense faite à tout autre forestier de venir les vexer.

4°. La plus grande partie des habitants de la campagne étant pauvre,il conviendrait pour le bien-être des pupilles que les inventaires se puissent faire par les officiers de justice dans chaque communauté pour obvier aux frais exorbitants que les officiers royaux des bailliages se font payer pour la confection des dits inventaires; lesquels frais surmontent souvent la valeur de toute la succession des pauvres pupilles.

5°. Les enclos des prés, permis depuis quelques années, sont ruineux pour le plus grand nombre des campagnards. Les abbayes, les seigneurs et les richards sont propriétaires de la plus grande partie des prés; par les enclos ils perçoivent seuls le premier et le second poil; le passage des bestiaux et troupeaux des communautés reste fermé: plus de pâture pour les bestiaux des pauvres.

6°. L'usure, généralement exercée non seulement par les juifs, mais encore par des commerçants, a besoin d'être refrénée.

7°. La marque des cuirs et des fers est encore un fardeau ruineux et insupportable.

8°. Le commerce et circulation des denrées nécessaires pour l'entretien et la conservation de l'homme étant empêchés par le grand nombre des bureaux aux acquits dans l'intérieur même du royaume, les dites denrées doivent nécessairement ou monter à un pris exorbitant ou devenir extrêmement rares.

. Les abbayes, qui remplissent la Lorraine, se sont toutes érigées en seigneurs justiciers, probablement par usurpation, commettent des exactions envers leurs prétendus sujets des plus accablantes. Il serait nécessaire de faire examiner par des commissaires les titres des dites abbayes et de faire retourner sous la domination immédiate de Sa Majesté tout ce qui se trouvera usurpé.

10°. Il serait à souhaiter que l'administration de la justice se puisse faire plus promptement et à moins de frais, et pour cela il parait aux habitants de la communauté que les petits objets concernant les procès des faits pourraient être vidés dans les assemblées municipales, et que dans les sièges royaux l'on pourrait, au lieu d'une audience par semaine, en tenir trois au moins.

11°. Que, [les] maîtres des basses oeuvres vexant tous ceux qui ont le malheur de perdre des bestiaux en exigeant d'eux des sommes arbitraires, outre la peau, il serait nécessaire de leur prescrire une taxe fixe.

12°. Les abbayes, s'étant arrogé des droits seigneuriaux, ont poussé leur cupidité jusqu'au point d'exiger le quart denier et la pièce principale des meubles à la mort du père de famille : ce qui est une charge tellement ruineuse que souvent dans une année une maison ou pièce de terre leur revient en entier, et les pauvres mères de famille totalement dérangées dans leurs maisons. Ce droit prétendu paraît être une pure vexation et digne d'être absolument réformé.

13°. Qu'enfin il paraît aux habitants de cette communauté que les religieux dans les abbayes pourraient être réunis dans des maisons des villes pour y vivre en vie monacale avec une pension honnête pour leur subsistance, et que le restant des biens possédés par eux pourrait être employé aux besoins de l'Etat.

14°. Que les communautés étant pauvres et ne pouvant fournir honnêtement pour l'entretien de régents d'école et de sages-femmes, il serait nécessaire de pourvoir à leur subsistance honnête par des pensions, afin de pouvoir accomplir plus exactement les devoirs de leurs états dont dépendent la bonne éducation des enfants et la vie de tant de mères et de leurs fruits.

Fait et achevé les jour et an comme ci-dessus, et ont signé le syndic comme chef et le greffier.

G. Wilberet, greffier; Jacob Simar, syndic; Pier Perni; N. Marchai, maire.

[Le procès-verbal d'assemblée était signé, en outre, de.] Nicolas Wilhelm; Mathias Hesling; P. Phillipe; Nicolas Ritz; Matthias Dalstein; Jean Bernard; Simon Chinez; Jean Mayot; Jean-Léger Perny; P. Hesling; Jean-Pier Perny; Charles Bernardt; Jean Gusse; Philippe Guelminger; Nicolas Gelminger (?); Philippe Bassompierre; Jean Fieuvet; Nicolas Hesling; P.-Léger Kieffer; Pierre Hesling; marque de Mathias Ritz, lieutenant.