Assemblée du 8 mars en l'endroit commun par-devant Jean Larvalle maire-syndic; publication au prône le 8 mars par le curé.

  • 23 feux.
  • 20 comparants et 2 veuves qui ne sont pas nommées; 
  • 17 signatures.
  • Députés : Jean Larvalle, maire-syndic, et Jean Sar.  Mais ce dernier étant tombé subitement malade, on élut à sa place, le 11 mars, Sébastien Fosse : ce qu'indique un post-scriptum avec 18 signatures(1).

Cahier d'instructions particulières remises aux députés de la municipalité de Méy, du 8 mars 1789.

Cejourd'hui dimanche, 8 mars 1789, lecture nous ayant été faite au prône de la messe paroissiale par le ministère du sieur curé et encore à l'issue de la dite messe de la lettre du roi pour la convocation des États généraux à Versailles le 27 avril 1789 et du règlement y annexé, il a été dit que tous les individus de la municipalité de Mey, sensibles aux bontés du roi envers son peuple, qui lui est si cher et qu'il appelle près de son trône pour entendre ses doléances, devaient par obéissance s'empresser de nommer des députés autant pour faire à Sa Majesté leurs très humbles remerciements que pour lui exposer avec le plus profond respect leur affliction et leurs doléances.

A la faveur d'une grâce si longtemps désirée et si digne d'un bon roi, que n'osons-nous pas espérer de Louis XVI, qui ne veut consacrer ses jours si précieux qu'à la gloire de la religion et au bonheur de tous ses peuples? C'est dans cette confiance que les dits habitants de Méy osent exposer à Sa Majesté, glorieusement environnée de tous ses sujets, représentés par les États généraux de son vaste royaume, que la plus grande affliction de son peuple, ce sont des abus sans nombre qui fourmillent partout, dont il est vexé, quelque part qu'il se présente.

Sera-t-il permis de le dire? et les auteurs de ces abus ne deviendront-ils pas encore, pour se venger, plus cruels vexateurs? Sire, nous implorons votre miséricordieuse protection; couvrez-nous en ce moment du bouclier de votre bienfaisance. Nous les dénonçons à votre Majesté: ils ont humilié et affligé votre peuple, Seigneur; ils ont opprimé votre héritage (Ps. 93. Populum tuum, Domine, humilia verunt et haereditatem tuant vexaverunt). En effet, que d'individus qui ont tout et qui ne font rien, tandis que le pauvre peuple fait tout et n'a jamais rien! Des milliers de riches mendiants obsèdent Votre Majesté pour obtenir de la bonté de son coeur des grâces qu'ils supposent qu'ils ont méritées, des bénéfices dont ils disent avoir besoin pour vivre honnêtement. Les ont-ils obtenus? ils se plongent dans la bonne chère, ils sont devenus tout chargés de graisse et d'embonpoint. (Deutéronome, 32. Incrassatus, impinguatus, dilatatus, dercliquit Deum factorem suum) Encore s'ils avaient de la reconnaissance. Mais il est notoire que toute leur gratitude ne consiste qu'à remercier Votre Majesté d'une révérence; à l'instant ils oublient le Créateur qui les a faits, ils se tournent contre le peuple, ils étalent le faste et la superbe. Quel sujet de honte pour une nation éclairée d'être forcée de nourrir dans la splendeur et la noblesse des privilégiés qui n'ont aucune part aux travaux  des hommes et qui sont à l'abri des charges que supportent les autres, tandis que le peuple, chez qui se trouvent l'agriculture, les sciences, les arts, l'industrie, le commerce, les talents de tous genres, l'activité, la bravoure, la probité, la fidélité et toutes les vertus, est toujours dans les entraves par l'ambition des privilégiés, et souvent privé de pain par leurs monopoles! (Ps. 72. Icleo tenait eos miperbia, in labore hominum non sunt et cum hominibus non flagella buntur.)

Qui n'admirera la bonne foi du peuple qui, par religion, donne les décimes de tout ce qu'il possède à condition qu'on lui donnera des ministres pour le desservir? Et toutefois il y a une multitude innombrable de villages assez considérables sans prêtres à résidence et par conséquent sans secours spirituels. Quoi de plus surprenant que de voir le haut clergé qui accumule sur une même tête plusieurs gros bénéfices, dont il n'a jamais assez, et néanmoins croit que les pasteurs des paroisses sont encore trop heureux d'avoir une vile et chétive portion congrue, et forme les plus opiniâtres difficultés, lorsqu'il s'agit d'une faible augmentation à raison de la cherté des denrées! Autrefois les décimes suffisaient pour être desservis et être déchargés de tout: aujourd'hui les peuples payent rigoureusement les décimes et sont chargés de la nef des églises, de la sacristie, de la clôture du cimetière, du presbytère, des vases sacrés selon la jurisprudence du parlement, du luminaire, de plusieurs ornements, etc. Les peuples ne sont pas épargnés, quelque part qu'ils se tournent. S'ils ont des procès, il faut qu'ils sollicitent avant de plaider; les procureurs se signifient en secret des actes d'avenir, pour se former une source de gain, et font naître des incidents qui n'ont pour principe que la chicane, etc. Les peuples sont-ils occupés à recueillir les raisins de leurs vignes? Après en avoir exprimé le jus, l'on s'empare de leurs marcs au profit de la ville de Metz pour en alambiquer l'eau-de-vie, et cette propriété sacrée est saisie en totalité depuis l'année 1692, sous prétexte d'acquitter différentes charges de la ville. Et cependant depuis ce temps la ville s'est étonnamment obérée, et les dettes se sont accumulées. L'on en convient: ce sont les maltôtes qui doivent être le revenu de la ville; les maltôtes sont des octrois sur les denrées, mais jamais l'on ne doit prendre la totalité de la denrée; et ici, contre toute règle le tout est saisi.

Quel abus encore dans l'établissement des colombiers! Le village de Méy compte autour de soi jusqu'à 14 colombiers dans un arrondissement de moins d'une demi-lieue; il ne devrait y avoir qu'un colombier dans chaque village. Il n'est point permis de lâcher les pigeons pendant le temps de la semaille ni aux environs de la moisson; et toutefois nos très chers seigneurs ne retiennent jamais leurs pigeons enfermés pendant ces temps précieux. 11 y en a même qui, au lieu d'un colombier, en ont deux et trois, tel qu'à Vantoux, Nouilly, etc. Nous avons appris qu'en 1784 Sa Majesté très catholique le roi d'Espagne a ordonné dans ses États que les pigeons seront reclus dans les colombiers aux temps susdits de la semaille et de la moisson: qu'il nous soit permis, Sire, de vous supplier de nous faire la même loi et de défendre qu'il y ait plus d'un colombier sur chaque ban.

Une autre grâce que nous osons espérer de vos bontés, c'est de supprimer les enclos. Depuis qu'ils sont permis, il est d'une trop malheureuse expérience que la rareté de la pâture a forcé beaucoup de pauvres à vendre leurs bestiaux; ils en sont devenus plus pauvres, les bestiaux plus rares et plus chers.

A l'égard de la corvée, elle est en prestation d'argent. Le peuple pleure de cette prestation; il s'en trouve plus foulé, il est forcé de trouver de l'argent, lors même qu'il n'en a point, et il assure que, travaillant lui-même les chaussées et ayant la liberté de se rédimer en argent, il avait dans cette liberté une facilité qui lui est ôtée. Dans ce cas, c'est l'expérience qu'il faut consulter, et non point les raisons spécieuses.

La taille est une imposition arbitraire qui, n'ayant aucune base, n'a aussi aucune proportion et est sujette à beaucoup d'abus dans la répartition.

Qu'il plaise à Sa Majesté exclure les huissiers priseurs, ainsi que [d'accorder] le sel et le tabac libres aux Trois-Évêchés. Qu'il plaise à Sa Majesté ordonner aussi que dans toute l'étendue des Trois-Évêchés tous les biens tributaires payent égal[ement].

Telles sont, Sire, quelques doléances que font les habitants de Méy, vos très humbles et très fidèles sujets. Votre Majesté est revêtue de l'autorité suprême, et vous avez en mains l'exercice de la législation par la grâce de Dieu. (Per  mè reges regnant, et legumt conditores justa decernunt.) Nous attendons tout de voire volonté royale: parlez, et nous vous obéissons.

Fait et passé à Méy les jour et an que d'autre part, et avons signé. Louis Grandidier, Jean Lawalle, François Grandidier; François Collignon; Pierre Caye; Jacques Barotte; Jean Saint-Paul; Nicolas Ory ; Joseph Nicolas ; F. Caye ; Sebastien Fosse ; Pierre Chery ; Pierre St.-Paul ; François Gusses ; Nicolas Colignon ; Grégoire Collignon ; Grégoire Bouvin.

(1) On trouve donc, dans ces deux séries, les signatures qui ne sont pas au cahier, de Nicolas André, Nicolas Berthe, Jean Sar, Nicolas Gusse et Nicolas Colignon. Un seul comparant, Franç. Berge, n'a pas signé.

source : Quellen zur lothringischen Geschichte / hrsg. von der Gesellschaft für lothringische Geschichte und AltertumskundeNum. BNF de l'éd. de Metz : G. Scriba, 1901-