Le procès-verbal d’assemblée ne fait qu’un avec le cahier de doléances.

Le présent cahier de plaintes et doléances de la communauté de Hestroff, sous le ressort du bailliage de Bouzonville, contenant quatre feuillets, a été coté et paraphé par premier et dernier par nous maire royal du dit lieu.

Hestroff, le 8 mars 1789. (Signé) J.-Pierre Hombourger, maire.

La communauté de Hestroff, en conséquence des ordres très gracieux à elle adressés de la part de Sa Majesté très chrétienne, son auguste et très cher souverain, publiés aujourd’hui au prône de la messe paroissiale par M. le curé, réitérés après la dite messe par le maire, s’est assemblée comme de coutume tant pour dresser le présent cahier des plaintes et doléances, que pour élire leurs députés à qui elle confierait le présent cahier avec pouvoir de se rendre à l’assemblée générale du bailliage de Bouzonville le 11 du courant, y délibérer et faire ce qui peut procurer le bien de la dite communauté, dont les intérêts leur seront confiés. Le choix est tombé sur les sieurs Nicolas Cordonnier, réarpenteur, et Jean Seydel, vétéran, ancien sergent du régiment Lamarck, tous deux habitants de la dite communauté, à qui la communauté, eu égard à leur probité et intégrité connues, donne par les présentes tout pouvoir nécessaire à leur mission.

La dite communauté confesse hautement qu’elle ne saurait assez témoigner la reconnaissance que mérite le cœur plus que paternel de son auguste souverain. Elle reconnaît en Sa Majesté un désir ardent et sincère de procurer le bien général et particulier de tout son royaume. Ce ne peut être que le coeur d’un roi bienfaisant qui demande de connaître toutes les plaintes de chaque communauté de son royaume. C’est donc avec la plus grande confiance que la communauté de Hestroff ose porter très respectueusement aux pieds du trône les plaintes et remontrances suivantes.

1°. Elle ne doute pas qu’elle ne soit parfaitement d’accord avec tout le royaume et tout sujet particulier du royaume en offrant à Sa Majesté de contribuer suivant ses forces et facultés aux impositions et subsides qui seront reconnus être nécessaires; mais elle ose demander:

2°. Que l’on simplifie, autant qu’il est possible, la manière de percevoir les impositions, qui jusqu’ici a occasionné des frais fort inutiles et souvent la ruine des familles. Ne serait-il pas possible de trouver une seule manière pour verser l’argent nécessaire au royaume dans les coffres du roi?

3°. La ferme générale verse, à la vérité, beaucoup d’argent dans les coffres du roi; mais en cela l’on ne trouve ni le bien du roi ni celui de ses sujets. Car la ferme, pour se soutenir, a besoin d’entretenir et de solder à un haut prix bien des milliers d’hommes qui pourraient être utilement employés ailleurs : voilà donc bien de l’argent perdu. En outre la ferme veut gagner, et gagne beaucoup, et cela aux dépens des sujets du royaume. La Lorraine a ses salines : elle voit ses bois détruits pour fournir le sel presque pour rien à l’étranger, qui s’enrichit; il engraisse son bétail, et le sujet lorrain va chez l’étranger acheter du bétail engraissé par le sel lorrain. En outre le Lorrain paye le dit sel à un prix si haut que des milliers de pauvres languissent faute de pouvoir en acheter. Le tabac, les acquits dans l’intérieur de la province, les marques des fer et cuir, les châtreurs rapportent peu à proportion dans les coffres du roi, tandis que le sujet souffre et se voit encore ruiné par les amendes encourues à raison des contraventions auxquelles la nécessité l’a induit.

4°. La communauté désire ardemment la conservation de ses bois; mais l’administration actuelle est bien coûteuse pour le sujet. En outre les communautés sont responsables de tous les délits qui se commettent à 50 perches de distance autour de leurs coupes annuelles : ce qui fait que l’innocent paye pour le coupable.

5°. Les inventaires pourraient être faits seulement quand le survivant convole à de secondes noces, et à moindres frais. Les droits des jurés priseurs sont bien onéreux, et le droit de chef d’hôtel que perçoivent plusieurs seigneurs est bien dur et affligeant pour des familles déjà désolées par la perte de celui qui gagnait le pain. En outre le droit du tiers denier est cause qu’un bien trois fois vendu est entièrement échu au seigneur.

6°. Le droit de banalité rend souvent les meuniers brusques, et l’on croit que la liberté des moulins rendrait les meuniers plus vigilants, plus actifs et plus fidèles.

7°. Il y a des gens qui, possédant de grands biens, font des enclos de leurs prairies pour tirer le regain ; par là ils privent les autres habitants de ce parcours, tandis que le troupeau de ces riches, toujours plus nombreux que celui des pauvres, jouit du droit de parcours sur les prés des pauvres, qui ne sont pas en état de faire des clôtures. En outre la construction de ces clôtures dégrade ordinairement les bois communaux.

8°. La ruine de bien des familles vient aussi des usures que les juifs et autres exercent; des marchands de blé, qui achètent partout les denrées pour les faire vendre ensuite par leurs associés au monopole, à quel prix ils veulent, dans le royaume, ou les font sortir du pays.

9°. L’on trouve singulier que le maitre des basses oeuvres s’avise de se taxer lui-même suivant sa fantaisie pour sou ouvrage, tandis qu’il force les particuliers à conduire les bêtes mortes hors du village à leurs propres frais.

Voilà ce que la communauté de Hestroff ose représenter, persuadée que ses plaintes sont justes.

Fait et arrêté le S mars 17S9 en la maison communale, et ont signé; mais avant de le faire, l’on a observé:

10°. Que la communauté a un grand quart de réserve qui n’est guère profitable; mais il le serait, si le bétail osait y entrer et si l’on y faisait de temps en temps des coupes à partager entre les particuliers: ce qui ferait encore que les autres coupes déjà réglées deviendraient plus fortes.

11°. L’ordonnance concernant les pigeons n’est pas observée; il serait nécessaire de la faire exécuter; car les pigeons font un grand tort.

12°. La communauté se plaint d’avoir perdu sa vaine pâture sur un petit ban, dit d’Oesting, ce qui est une perte considérable. Il est cependant de l’intérêt de chaque communauté que ses droits soient gardés inviolablement.

Voilà tout ce que la dite communauté croit pouvoir représenter pour le présent temps, et elle charge ses députés du présent cahier avec les pouvoirs dont elle les a revêtus; et ont signé.

J.-Pierre Hombourger, maire; Johanes Bodron; Antoine Pichon; Peter Nade ; Jean Gehminger ; N. Kieffer ; Petter Botter; Jean Alexandre, lieutenant de maire; Michel Guillaume; Jacque Bouvié; Pierre Otten; Jean Ritz; Matis Bour; François Cerff ; Nicolas Wandernott; Nicolas Herman; Mathies Kien; Matis Cabe; Jacob Hacspill; Phillippe Richard; Claude Tiercelin; Pierre George; Louis Bouvié; Jean Sabé; Nicolas Dalstein; Cordonnier; Nicola Herman; Samson Dicop; Jean Seydel; J.-L. Kieffer; Nicolas Sabé; Jean Hackspill; George Tritz; François

Pleignieur ; Loui Herman; Noel Nadé ; F. Rauber, greffier.