Assemblée du 9 mars en la maison du syndic Pierre Pierson,

publication au prône le 8 mars par M. Blanchetête, curé.

66 feux pour les catholiques, et 24 feux pour les juifs. - 30 comparants; 33 signatures comme au cahier.

Députés: Nicolas Demange et Fiacre Vintrigner.

Sire, la communauté d'Ennery ès Trois-Évêchés, vivement pénétrée des sentiments de bonté de Sa Majesté, portés dans sa lettre et règlement concernant la tenue des États généraux, prosternée au pied du trône, représente humblement à Sa Majesté que les impositions royales sont augmentées d'un tiers depuis l'année 1742, à laquelle année cette communauté a payé 2023 livres 18 sols, et l'année 1788 celle de 3 466 [livres], y compris l'imposition des routes, sans encore comprendre le vingtième dans la dite somme, les deux tiers des habitants ne pouvant faire que pour acquitter les sommes de leurs taxations, loyers de maisons; et ce qui achève de les rendre malheureux, c'est l'obligation où ils sont de donner une quarte de blé par année à leur seigneur pour avoir la permission de cuire leur pain chez eux au lieu d'un four banal qui existait il y a bien des années. La chose serait supportable, si les seigneurs qui existaient du temps de cet arrangement avaient eu soin d'insérer le prix du blé de la dite année, et qu'en donnant le prix fixé, l'on puisse cuire son pain sans être obligé de donner une quarte par année: ce qui est d'un très grand prix pour la présente année, abus auquel Sa Majesté est très humblement sup­pliée de remédier, d'autant plus que plusieurs villages ne payent rien pour cette liberté, d'autres donnent seulement 1 sol 6 deniers.

Le commerce des grains n'a été inventé que pour faire la fortune des riches en biens et ne tend qu'au renversement de la monarchie par l'appauvrissement de 10000 personnes pour un riche qui cherche à faire fortune par le commerce des grains; et abusant de la bonté du meilleur des rois, ils ne se font nul scrupule de sacrifier les ressources de la patrie à un intérêt sordide et [de] faire gémir tous les habitants d'une province et [de] les mettre hors d'état de satisfaire aux impositions royales par la cherté des grains, où ils se trouvent obligés de tout vendre, meubles et bestiaux, pour la subsistance de leurs familles. A la vérité il est juste d'aider nos provinces qui sont dans le besoin, même les étrangers, le moment le permettant, comme nous pourrions le désirer en pareil cas ; mais Sa Majesté seule pourrait les aider en leur faisant des envois des villes les plus prochaines et qui auraient l'abondance, sous la conduite de personnes irrépréhen­sibles et véritablement patriotiques: les mêmes provinces seraient sou­lagées, et celles qui auraient fourni seraient moins accablées. Mais, par la liberté du commerce en grains, les blés passent par les mains de dix marchands et n'arrivent à leur destination qu'à un prix exorbitant; et par mille monopoles qui se pratiquent, les intrigues portent la disette au milieu de l'abondance, ainsi qu'on le voit dans cette province. On observe humblement à Sa Majesté que les prix des blés ne peuvent être comparés aux autres provinces où les pères de famille peuvent gagner 3 livres et plus par jour, et leurs enfants occupés aux manufactures dès leurs tendres années. La province de Metz, pour la campagne, n'avant point d'usines ni manufactures pour employer les jeunes gens qui ne peuvent s'occuper, toutes les journées ne sont que de 10 à 12 sols pour la campagne, et très heureux encore les mêmes habitants, s'ils trouvaient deux journées à gagner par semaine. Comment donc élever une famille et acquitter les deniers royaux, si le commerce des grains est continué?

L'on pourrait remédier aux besoins de l'État en soumettant les biens du clergé de France aux impositions [et] ceux des nobles, même cultivés par eux-mêmes, comme et ainsi que tous ceux des roturiers y sont soumis. Le clergé, quoique payé pour ses fonctions de pasteurs de campagne par les dîmes qui leur sont dédiées, augmente journelle­ment leurs honoraires soit pour mariages ou pour enterrements, et autres, et soulève tous les paroissiens; les curés dont la cure est établie en dîmes devraient du moins enterrer et chanter la messe d'enterrement gratis.

L'on pourrait de même remédier aux besoins de l'État par une réforme dans la trop grande quantité d'officiers de judicature et d'une infinité de bureaux qui n'ont été multipliés que pour ruiner indirectement l'État. Il serait aussi à désirer que Sa Majesté fît un règlement, pour qu'un procès ne fût plaidé que trois fois au plus, et qu'une seule coutume et mesure régisse la France.

Les habitants de campagne, espérant tout de la bonté de Sa Majesté, la supplie humblement de leur accorder la liberté des sel et tabac, de tirer leur boisson de toutes les provinces et prévôtés voisines avec une entière liberté et sans gène, et quoiqu'accablés du prix des impôts, ils préféreraient encore de donner par chaque ménage une somme de 20 sols, et de pareilles sommes pour chaque personne usant du tabac, et ce pour la liberté de l'un et de l'autre.

Il est douloureux pour les habitants du Pays messin de voir vendre les sels, qui valent six fois le leur, aux étrangers 15 à 18 deniers la livre dans le temps que les habitants de cette province, pour une grande partie de la campagne, le payent à 7 sols 9 deniers la livre  de voir encore des villages voisins avoir le droit de prendre leur sel au magasin de la ville de Metz à la mesure, et nous être obligés de le prendre au regrat à la livre au prix ci-dessus et bien plus cher qu'à la mesure de la ville de Metz, que c'est même une contrebande, lorsque l'on est rencontré par des employés. Sa Majesté adoptant de prendre une somme pour la liberté des sel et tabac, laquelle serait portée directement à la caisse royale, l'État serait soulagé par la réforme de tant d'employés ou commis qui sont nécessaires pour empêcher la contrebande et qui mangent les peuples.

Représente encore à Sa Majesté la communauté d'Ennery que de temps très éloigné le nombre des juifs résidant dans leur communauté avait été fixé par nos seigneurs et intendants à sept ménages; aujourd'hui le seigneur du lieu les tolère: ils sont déjà au nombre de 24 ménages. Cette tolérance se fait sans la participation de la communauté et ruine les habitants par les prix où ils portent les loyers des maisons, et souvent les catholiques sont obligés d'abandonner la communauté par les prix des loyers des maisons, ainsi augmentés par cette nation qui ne s'occupe à aucun travail et est bien inutile à l'État. Que l'on supplie Sa Majesté de n'en admettre que 7 ménages dans cette communauté, comme il était ci-devant, sauf à cette nation à chercher des habitations dans d'autres communautés.

Représente de plus que la cherté des bois, qui menace la France et surtout cette province, n'est occasionnée que par des marchands en gros: ce qui devrait être défendu; [ils] les portent au double prix pour faire fortune aux dépens de la patrie. Et qu'encore il soit permis à toutes les communautés d'envoyer vainpâturer les chevaux et bestiaux dans les bois seigneuriaux et autres situés sur leurs communautés, les taillis ayant l'âge de gruerie, ainsi qu'il était permis dans les règnes précédents.

La communauté d'Ennery supplie encore Sa Majesté d'ordonner que les habitants de campagne, qui fournissent la milice et force des troupes, soient admis à avoir voix délibérative aux assemblées provinciales comme partie du tiers état, qui se tiendront à la ville de Metz soit qu'il s'agisse d'impositions nouvelles ou de répartitions d'impositions.

Ce sont les très humbles remontrances que font à Sa Majesté les membres, syndic, habitants et communauté d'Ennery.

Fait à l'assemblée du 9 mars 1789, et ont les dits habitants signé, lecture faite.

Jean Bertrand; D. Forfer ;  François Paquin ;  Jean Pier Marchal ; Henry Bar;        André Valentin ; Jean Mangin ;  Charle Denys ; Nicolas Hossée ; Jean Deny ; Pierre Deny, Pierre Valentin, François Chouffert, Michel Bouque ; François Turlet ;  Jean Forfer,   Pierre Aubertin ; Jean Calba, Charles Lallié ; François Picquard ; Dominique Choque, George Forfer ;  Antoine Vintrigner ;   Pierre   Forfer ;  Pierre   Deny ;   Dominique Forfert; Pierre Chouffert; Pierre Thiriy; Pire Picard(?); Pierre Bussienne; Nicolas Demange (député); Pierre Pierson, syndic de l'assemblée; Fiacre Vintrigner, greffier de l'assemblée (et député).

Les deux députés ne sont pas comptés dans les comparants - N'ont pas signés : Pierre Pierson le jeune ; Dominic. Baudouin