Assemblée du 8 mars par devant Jean-Louis Caillou de Valmont, ancien lieutenant-colonel d'infanterie, résidant au dit Charleville ;

publication  au prône le 8 mars par Nicolas Pifer, curé

  • 36 feux
  • 31 comparants;
  • 16 signatures
  • Députés: Jean Sallerin, maire, et François Stock, lieutenant de maire.

Cahier des remontrances, plaintes et doléances du village de Charleville pour être présenté à l'assemblée générale du bailliage de Boulay, tenue en la dite ville, suivant les ordres de M. le comte de Lambertye, grand bailli d'épée du dit bailliage, savoir :

1°. Le village de Charleville, dépendant du bailliage et subdélégation de Boulay, ce village étant entremêlé dans la multitude des villages français, ce qui fait qu'ils ne peuvent presque aller d'un village à l'autre sans s'approvisionner d'acquits; la plus grande partie, des pauvres habitants n'ayant pas le sol: pour porter un peu de fil qu'il a pour faire un petit bout de toile chez un tisserand, tâche d'échapper; il se trouve surpris, des employés lui saisissent sa petite marchandise et lui font des dépens plus que sa marchandise ne vaut. Et ainsi de tous autres petits commerces.

2°.  Nous payons le sel à six sols un liard de France la livre, tandis que l'étranger l'enlève à vil prix: ce qui fait que le bois pour la fourniture des salines rend le bois d'une cherté considérable dans ces cantons-ci, et ce qui fait presque la ruine de tout le peuple.

3°. La ferme nous contraint à débiter le tabac dans notre communauté: ce que nous faisons à tour de rôle: dont la plupart des habitants, n'ayant de l'argent que pour une livre, sont obligés d'aller â Saint-Avold à six lieues de Charleville, pour prendre leur livre de tabac. On lui alloue huit sols de profit pour la livre, et il est pesé à poids d'or. Il est vrai qu'on lui eu donne 17 onces pour la livre; mais le tabac étant desséché en chemin, il n'en trouve plus que 14 ou 15 onces: Ce qui fait que c'est une charge très considérable pour la communauté, a cause encore qu'il doit débiter le dit tabac par quart et par demi once: dont il paye sa livre de tabac trois livres douze sols à Saint­Avold et a grande peine de retirer ses deniers.

4°. Les marques de cuirs sont si fortes que cela rend le cuir d'une cherté très considérable: ce qui fait la ruine de tout le peuple.

5°. Si les habitants veulent aller chercher de la marchandise pour leur usage dans les pays étrangers, soit comme de la houille ou du fer, il coûte des droits très considérables: ce qui est très mal, voyant que c'est pour épargner son bois et pour son usage ; ainsi que les marques de fer, qui sont très considérables: ce qui enchérit très fort les ouvrages en fer, parce que les droits sont trop forts pour les entrer dans le pays.

6°. Par les ordonnances du souverain, pour assurer dans les successions le bien des mineurs, il est voulu que le procureur du roi, avec greffier et huissier priseur, se transporte à la maison mortuaire, pour vaquer à la confection des inventaires. Cette sage attention est supportable sans doute dans les opulentes successions. mais comme le pauvre laboureur et manœuvre des campagnes ne sont point exemptés de la loi, le plus souvent toute la succession de ces derniers ne suffit pas ou à peine pour satisfaire aux vacations des officiers; et les enfants mineurs sont dépouillés des guenilles ou plumons que le père leur avait laissés à sa mort; s'il y a plus, il est mangé en frais. S'il arrive qu'après ces inventaires il faut faire une vente pour mettre le produit à rente au profit des mineurs, ces ventes, de même celles qui sont volontaires pour acquitter des dettes, doivent être faites par des huissiers priseurs à peine de nullité et de contravention. Le plus beau et le plus comptant de ces ventes est donc emporté au profit du priseur. Ne pourrait-on pas venir au-devant de ces abus ruineux, en ordonnant que les maires et greffiers des lieux, sous les yeux des curés, fissent le mémoire des effets d'une succession délaissée par les habitants des villages, et déposer un exemplaire de ce mémoire au greffe du lieu et un second entre les mains du tuteur choisi sans frais dans la famille du défunt? On dit que ce mémoire serait fait gratis, parce qu'il devient un service de confraternité qu'ils se rendraient réciproquement l'un à l'autre dans les occasions.

7°. La manière de rendre les comptes de communauté par-devant MM. les subdélégués est un abus ruineux pour notre communauté, attendu que nous n'avons rien du tout à rendre compte, parce qu'il faut tout prendre de la poche, n'ayant point de biens communaux. Pour les arrérages de six comptes, qu'on nous a forcés par les cavaliers de la maréchaussée, il nous a coûté 70 livres. Ne pourraiton pas rendre ces comptes de syndic devant quatre auditeurs élus, qui en donneraient une décharge au syndic sans frais?

8°. En outre le recouvrement des tailles versées dans les caisses des receveurs est encore un sujet de plainte. Ce versement doit se faire par les collecteurs sans frais; mais un huissier vient plusieurs fois pendant le cours de l'année: ce qui occasionne encore une dépense pour la communauté.

9°. Les enclos sont encore un sujet de plainte. Car depuis qu'on a permis d'enclore les prés, il y a la moitié â peu prés d'habitants qui ne peuvent plus nourrir de vaches: ce qui fait que les bestiaux sont d'une cherté terrible.

10°. Les colombiers sont encore un sujet de plainte, parce que, quand le semeur sème son champ à un bout, les pigeons sont â l'autre bout, qui ramassent la semence, soit blé, ou chanvre, et toutes autres denrées en général.

Fait et arrêté à Charleville, ce 8 mars 1789.

J.L. Caillou de Walmen, chevalier de l'ordre militaire de Saint­Louis, ancien commandant de bataillon au régiment de Nassau, lieutenantcolonel d'infanterie; Georges Tresse; François Stocq, Nicolas Comuneaux, syndic; Jean Salrin; Nicolas Guerart; Nicolas Bonnestraine; Nicolas Dory; François Germain; Nicolas Dorvaux; Charles Moyriaux ; Jean Bouvier Jean Dory ; Jean-Jacques Tailleur, Louis Mangeot; Sébastien Cornet, greffier.

Supplément.  Les levées des blés sont encore un sujet de plainte. Il se trouve qu'on enlève le blé en gros pour le conduire de pays à autre: ce qui enchérit le peu qui reste dans le pays très considérablement: dont la disette pourrait très bien avoir lieu si l'on ne défend pas ces dites levées.

Il est â observer que les grains universellement se dîment à la septième gerbe, dîme très considérable, et les pommes de terre à l'onzième.

N.B. Plusieurs déclarants ne se retrouvent pas à la fin du cahier: Jean Stock, Nic. Stock, Nie. Bouvier, Gabriel Goujon. La déclaration des impositions présente encore la signature de Franç. Renaut. Les autres comparants mentionnés sont: Franç. Dorveaux, Philippe Dorveaux, Jacq. Conrard, Claude Dory, Michel Luia. Michel Humbert, Nie. Houillion, Joseph Pallé, Charles Halté, Franç. Poinsignon, Franç. Bombardier, Nic. Evratt, Jean Cornet.