généalogie et histoires lorraines

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Arnaville : le scapulaire miraculé

dimanche 7 septembre 2014, par Anne Auburtin

Source du texte : Notre-Dame de France, ou Histoire du culte de la sainte Vierge en France depuis l'origine du christianisme jusqu'à nos jours,.... Besançon et Lyon / par M. le curé de Saint-Sulpice [A.-J.-M. Hamon] et lettre de L'évêque de Metz

Arnaville possède la chapelle de Notre-Dame de Pallon, doublement célèbre, et par sa statue, et par sa confrérie du Scapulaire. Sa statue fut trouvée, vers l'an 1500, dans des branches de sureau; les prières faites a ses pieds obtinrent, entre autres miracles, la résurrection de plusieurs enfants mort-nés; on lui éleva, en conséquence, une chapelle à l'endroit même où elle avait été trouvée, et un pèlerinage s'y établit. Sa confrérie du Scapulaire acquit de la renommée, tant par les indulgences dont l'enrichit Alexandre VIII, que par l'apaisement d'un incendie, grâce à ce saint habit. C'était le9 juillet 1719 ; un feu violent dévorait une maison particulière. Un de ceux qui étaient accourus pour l'éteindre jette son scapulaire au milieu des flammes ; a l'instant le feu s'arrête, épargnant les maisons qu'il allait consumer; et, au bout d'une heure, le scapulaire se retrouve intact, suspendu à une poutre enflammée. L'évêque ordonne une enquête, constate le fait, et pour en perpétuer le souvenir, ordonne que, tous les ans, le deuxième dimanche de juillet, il se fera, de la chapelle de Pallou à travers toutes les rues du lieu, une procession solennelle suivie de l'hymne d'actions de grâces, Te Deum laudamus 

Henri Charles de Combloux, par la permission de Dieu, Evêque de Metz, Prince du Saint empire, duc de Coislin, Pair de France, Baron des anciennes baronnies de Pontchâteau et de la Roche Bernard, Pair et Président des états de Bretagne, Premier Baron de Champagne, Comte de Crécy, et autres lieux ; Premier Aumônier du Roi, et Commandeur de l'Ordre du Saint Esprit

Vu la requête à nous présentée par les maîtres et associés de la confrérie de Notre-Dame du Saint-Scapulaire, érigée en la chapelle de Pallon, hameau dépendant du village d'Arnaville, de notre diocèse, à ce qu'il nous plaise permettre de faire informer des faits par eux exposés, concernant la conservation miraculeuse d'un scapulaire dans son entier, au milieu du feu, pendant un incendie arrivé audit lieu. Notre décret du deuxième décembre dernier, portant commission au sieur Esselin, curé de Bayonville, pour informer des dits faits, circonstances et dépendances, tendresse et procès-verbal, pour icelluy à nous rapporter, être statué ce coca appartiendra, autre requête présentée par les 10 m et associés de ladite confrérie au dit sieur et cela, pour être par lui préfixés jours, lieu et heure, pour faire assigner les témoins qu'il désire faire entendre, et nommé un sergent commis pour donner les assignations. Décret du dit sieur et cela, du 15e décembre dernier, portant désignation du 20 unièmes du dis-moi, à 10 heures du matin et deux heures de relevée, et de la maison Currier , entendre les 10 témoins, et commission agents Estienne, habitant d'armes à ville, pour faire tous actes et signification. Procès-verbal d'information faite par le dit sieur et cela, au lieu d'un avis, le dit jours 21e décembre dernier, composé des dépositions de 20  témoins.

Tout considéré.

Le saint nom de Dieu invoqué ; et après avoir eu la vie de plusieurs théologiens versés dans la science des dogmes catholiques et des saints canons ; nous avons déclaré et déclarons par ces présentes, qu'il y a preuve suffisante dans l'information, que le neuvième de juillet dernier, dans le fort de l'incendie arrivé au dit hameau de palombe, a scapulaire ayant été jeté au milieu du feu qui consumait la maison du nommé Didier Naudin, ledit scapulaire étend resté dans le feu pendant plus d'une demi-heure, fut conservé entier est retiré d'une poutre embrasée, sans avoir été aucunement brûlé ni endommager ; que toutes les circonstances de ce fait prouvent solidement que Dieu a voulu récompenser la foi et la confiance en l'intercession de la bienheureuse vierge mère de Dieu, par un miracle public et dûment avéré : et désirant que la mémoire d'une scie insigne faveur du ciel, soit conservé et servi à l'édification des fidèles, et à l'augmentation du culte de la très Sainte vierge si bien établie par toute la tradition de l'église ; nous ordonnons que tous les ans, à perpétuité, on ajoutera le second dimanche de juillet aux pieuses cérémonies et dévotion qui se pratique par  ses associés de ladite confrérie, au dit lieu de Pallon, une procession autour du dit hameau, au retour de laquelle on chantera le Te Deum en action de grâces de ce miracle, dont il a plu à la divine bonté d'honorer le dit lieu, et fortifier la foi et la dévotion de ce qui recourt à lui par une loi plus confiance à l'intercession de la bienheureuse Marie ; et seront les présentes enregistrées en notre chambre épiscopale. Donner Amesse, en notre palais épiscopal, sous notre sein, le sel de nos armes, et le contreseing du secrétaire de notre dite chambre, le 12e janvier 1720.

Henri – Charles  de Combloux, évêque de Metz, duc de Coislin.

Le 13e bataillon des Vosges (Guerre de Vendée)

vendredi 5 septembre 2014, par Anne Auburtin


Source du texte : Extrait d'un article de Henri Poulet consacré au général Humbert, publié dans la revue  Le Pays lorrain 1925 (A17) :[ revue régionale bi-mensuelle illustrée / dir. Charles Sadoul] Provenance : bnf.fr

Image : Vinkeles, Reinier (1741-1816). Graveur  Date d'édition : 1805 Provenance : bnf.fr


Le 13e bataillon était composé de volontaires surnuméraires et des compagnies distraites des districts de Bruyères (6e bataillon), Remiremont (8e bataillon) et Darney (9e bataillon). Le Conseil d'administration écrit du camp de Chiché, le 21 guerre_de_vendee_1793.jpgnovembre 1794, que « depuis sa sortie de Mayence, le 13e a toujours été en colonne agissante en Vendée, bivouaquant au milieu des campagnes, tantôt poursuivant les brigands, tantôt poursuivi par eux. Il y eut de nombreux mouvements dans les cadres ; en outre on vient de recevoir 600 nouveaux hommes. On manque de sujets qui sachent écrire.

Le 13e bataillon forma, le 15 juillet 1795, avec le 4e de Loir-et-Cher et le Ier bataillon du 87e  de ligne la 157e demi-brigade, devenue la 70e demi-brigade, le 25 décembre 1796. Le 2e bataillon s'embarqua tout entier pour l'Irlande sous le commandement du chef de bataillon Ardouin (5 août 1798), combattit glorieusement à Castlebar avec Humbert et fut fait prisonnier avec lui à Ballinamack, le 8 septembre 1798.

En l'an VI, le reste de la 70e demi-brigade s'embarqua à L’Île de Ré pour prendre part à l'expédition d'Irlande sous les ordres de l'adjudant général Cortés; mais l'opération ayant échoué, elle est ramenée à Rochefort (9 octobre-10 novembre 1798). Elle combat de nouveau en Vendée pendant toute l'année 1799 où elle remporte, sous le commandement du chef de bataillon Ardouin, un succès signalé sur les Chouans au combat des Aubiers. Entre temps un détachement de 100 hommes, commandé par le lieutenant Dumolard, s'est encore embarqué à Rochefort pour une expédition secrète (25 avril 1799).

Passée à l'armée d'Italie, la 70e demi-brigade figure au passage du Tessin, à Turbigo (30 mai 1800), à Marengo (14 juin 1800). En 1805, elle prit part à la bataille de Trafalgar, puis devenue 70e de ligne, elle passera à l'armée d'Espagne jusqu'en 1813, s'illustrant à la bataille de Vimeiro (Portugal) (21 août 1808), à la bataille de Busaco (27 septembre 1810), au combat de Sabugal (3 avril 1811) où le colonel Lavigne sera tué à sa tête, à la bataille des Arapiles (22 juillet 1812). Tandis qu'une partie du 70e de ligne va combattre en 1813 à Bautzen et à Leipzig, à Père Champenoise et à la bataille devant Paris (30 mars 1814), le reste du régiment prend part à la retraite de Pampelune (juillet 1813), à la bataille d'Orthez (27 février 1814) et à la défense de Bayonne (14 avril 1814). Le colonel Maury, qui commande le 70e, est tué à Ligny, le 16 juin 1815 et son successeur, le colonel Uny, deux jours après, à Waterloo. À cette date, aucun des volontaires vosgiens de 1792 ne figurait plus sur les contrôles du régiment.

Liste des membres du 13e bataillon tués aux combats

LE MANS.

21 sept. 1793

Charles - François Lavier- Honoré, sous-lieutenant, blessé

CHOLET

17 oct.

Jean-Joseph Petitdemenge, de Corcieux,15 ans

 

 

Claude Mouget, de Ménarmont, 20 ans.

 

 

Antoine Bregin, de Grandrupt, 23 ans.

 

 

Jean-Claude Querquin, de Bains, 20 ans

 

 

Adrien Munier, de Gruey, 19 ans

LAVAL

24 oct.

Valentin Lagas, de Brouvelieures 19 ans

 

 

Martin Baliand, de Bru, 22 ans.

 

 

Joseph Grandmaire, de Harsault, 19 ans

 

 

Charles Creusot, 16 ans

DOL.

22 nov

Pierre-Cyprien Pernot, lieutenant, de Fontenoy-le-Château, 3o ans.

 

 

Nicolas Chenel, de Chéniménil, 20 ans.

 

 

Pierre Ponceau

 

7 déc

Jacques Thiriet, de Raves, 24 ans

 

 

Nicolas Pierrot, de Grandrupt

VIHIERS

8 février 1794.

Joseph Claudet, 18 ans

 

 

Joseph Petot, de Uriménil, 19 ans

 

 

Charles Vallette, de Crainvilliers, 4$ ans

 

 

Jean-Baptiste Lablanche, de Cletcy, 18 ans

CHOLET.

9 mars 1794

Jean-Claude Gérard, de Harsault, 18 ans, «en allant au pillage»

 

10 mars 1794

Nicolas Grandpierre, du Clerjus, 20 ans

 

 

Léopold Vauthier, de Gruey, 28 ans

 

 

François Faron, de Gruey, 16 ans.

 

 

Claude Clément, de Charmois, 26 ans.

 

 

Claude Charrard, de la Haye, 19 ans.

 

 

Joseph Thouvenot, de la Haye, 22 ans.

 

 

Jean-Baptiste Michel, tambour, de Saulxures, 16 ans.

 

 

Claude Roussel, de Valfroicourt, 18 ans

 

 

Michel Petitgenai, de Cornimont, 19 ans

 

 

Joseph Rivet, de Ramonchamp, 28 ans.

 

 

Lambert Claudel, de la Bresse, 19 ans

ARGENTAN

18 mars

Antoine-Blaise Sourier, sous-lieutnt, 30 ans.

 

9 mai

Jean-Baptiste Humbert, 18 ans.

 

 

Hidalphe Xémard, de Harsault, 20 ans

CHATEAU-SCEAUC

. 4 août

Joseph Jacquot, de Gerbépal, 30 ans

PONT-CHARRON

16 sept

Urbain Pierre, de la Baroche, 24 ans

SAINT-CYR

25 sept

Lahache, Jean-François, caporal, d'Epinal, blessé



Les réquisitions dans la Meurthe et la Moselle en 1809

mercredi 3 septembre 2014, par Anne Auburtin

Source : article de Jean-Julien dans le Pays Lorrain, 1925, disponible sur Gallica, page 233

L'empereur Napoléon fit souvent avec succès transporter les troupes dans des voitures réquisitionnées. On prévenait les maires des communes que les véhicules devaient se trouver à tel endroit, à telle heure, et lorsqu'elles étaient réunies, on partait. Tel était l'ordre observé que sur des centaines de voitures appelées, on en trouvait rarement une ou deux manquantes. Dans le département de la Moselle, on payait 40 francs la voiture à 4 chevaux pour aller de Metz à Longwy et on ne payait que 20 francs pour aller de la même ville à Thionville.


Les derniers transports qui se firent ainsi, le furent en 1809, à cause du débarquement à l'île de Walcheren de 40.000 Anglais, le 30 juillet. La ville de Flessingue s'étant rendue (8-16 août), la situation devint assez critique pour faire venir les gardes nationaux des départements voisins. Ces braves gens partirent avec le plus vif entrain et le premier détachement signalé le 24 août fut celui de Metz. 20 voitures, payées 400 francs le conduisirent à Thionville. Metz avait 28 colliers, savoir : Monflanc, 8 ; Poinsignon, 4 ; Davancia, 4 ; Thillet, 4 et Messin, 4. Ensuite, les villages suivants : Woippy, 8 ; Montigny,12 ; Moulins, 8 ; Saint-Eloy, 4 ; Saint-Privat, 4 et Vatimont, 16. Cent cinq voitures conduisirent de Metz à Longwy le 4e bataillon de la garde nationale de la Moselle. Les voitures furent prises dans le canton de Pange.


Le 26, on réquisitionna vers la Seille, six villages avec 10 voitures pour conduire de Metz à Thionville une compagnie de la Meurthe. Le même jour, trois compagnies de la Moselle firent le même voyage dans 68 voitures ; 27 furent prises à Grigy, Mézières et Hauconcourt (9 chacun) ; il y avait deux cultivatrices, les veuves Peupion à Grigy et Fort à Hauconcourt.
Le même jour, un détachement de la cohorte du premier bataillon de la Moselle alla de Metz â Longwy, il y avait 217 voitures. Les voitures de Coin-sur-Seille et de Flévy ne vinrent pas. Châtel-Saint-Germain eut à lui seul 16 voitures.


Le lendemain, un détachement d'un bataillon de la Meurthe partit de Metz ; 5 villages fournirent 21 voitures : Borny, 6; Marly, 9; Saulny, Semécourt, Chesny, chacun 2.
Le même jour, 4 compagnies, de l'arrondissement de Lunéville se mirent en route, de Metz à Thionville, dans 30 voitures : celle de Vernéville manqua ; Hagéville en fournit 9 ; Puzieux, autant ; Rezonville, 16, et Gravelotte, 2.
Enfin, la dernière réquisition fut de 105 voitures, pour le 3° bataillon de la Moselle, de Metz à Longwy : Vionville, 9 ; Vilcey-sur-Mad, 9 ; Dampvitoux, 16 ; Hayange, autant; Chambley, 25 ; Gravelotte, 9, etc. Ces réquisitions devaient gêner les villages, surtout au moment de la moisson, mais il fallait marcher. Les paiements n'avaient lieu qu'après de longs retards. En 1812, le préfet de Vaublanc invitait les cultivateurs qui n'auraient pas reçu la totalité de la somme portée sur les états à lui adresser leurs réclamations.voiture_ambulance.JPG

520 voitures avaient conduit en poste les gardes nationaux et le service, fait avec beaucoup d'ordre, avait bien rempli son but, sinon avec moins de célérité que les camions automobiles de la grande guerre.

JEAN-JULIEN.

La verrerie de Portieux en 1802

lundi 1 septembre 2014, par Anne Auburtin

Ce texte est tiré de l'ouvrage " La verrerie de Portieux : origine, histoire"  par A. Fournier.


En 1802, il y avait deux fours occupant 70 ouvriers; une taillerie, avec quatre ouvriers, venait d'être établie de plus, on comptait de 8 à 10 apprentis de 8 à 16 ans.

Tous les ouvriers habitaient la verrerie, et formaient 42 ménages représentant 220 individus « vivant à la suite de la verrerie. »

« Rien n'est de si peu de conséquence dans la substance que les matières que l'on emploie à la fabrication du verre; il ne se compose essentiellement que de sable blanc et de salin ou potasse. »

Les deux fours consommaient annuellement 2,160 quintaux de salin; 6,240 quintaux de sable « qui, préparés, déchoient d'un tiers. ,

Ce sable vient de quatre lieues de l'usine, sur la route de Charmes à Mirecourt; « le transport représente 250 voitures, ce qui est pour les cultivateurs de la commune un grand avantage. »

Pour les verres les plus fins, on va chercher du sable en Champagne.

On utilise également une « espèce de pierre de couleur appelée maganaise (manganèse) ou magnésie » que l'on tire de la Haute-Saône et qui ne coûte guère que le transport, se trouvant répandue sur la surface de la terre comme d'autres pierres. 

On employait aussi de l'arsenic.

Les deux fours brûlaient 2,800 cordes (8,400 stères) de bois « En 1789, l'on consommait en bois un dixième de plus à proportion; les propriétaires sont insensiblement parvenus, par les changements qu'ils ont apportés dans la construction de leurs fours, à opérer cette économie sur la consommation et à porter la fabrication à un sixième de plus que en cette année. » La suppression des affectations a forcé l'usine à acheter, par voie d'adjudication, le bois nécessaire; la corde de bois a brûler, dans l'arbre, s'élevait jusqu'à et 10 fr. Le salin et le bois constituent la dépense principale d'une verrerie: le salin de pays valait de 40 à 42 fr. le quintal; celui d'Alsace, 48 fr.

On fabrique à Portieux toute « espèce d'ouvrages quelconques en verre, à l'exception des verres à vitres et des verres en table que l'on n'y fait plus. »

Il se fabrique par an 3,369,600 verres ordinaires. Le salaire des ouvriers a augmenté, depuis 1789, d'un quart pour la fabrication et d'un tiers pour ceux qui préparent la matière, de près du double enfin pour les manœuvres et autres subalternes.

Le chiffre d'affaires s'élevait a 236,000 fr.

On vend dans le département des Vosges pour 2,000 fr. environ; 12,000 fr.dans la Meuse, Meurthe, Moselle; le surplus, 222,000 fr. est expédié aux villes frontières et ports de mer; sur ce chiffre, il est vendu à l'étranger pour l 50 000  fr., le reste servant à la consommation de ces villes et environs.

« Tout s'expédie, soit par voie de terre, soit par eau (la Saône) vers Bordeaux, Toulouse, Beaucaire, Rouen, Bayonne, Marseille et généralement sur les ports et frontières, d'où les négociants les font passer en Espagne et surtout dans les iles par le moyen de vaisseaux français ou étrangers qui abordent dans nos rades..

« Pendant la guerre, l'on n'apportait guère de ces marchandises, souvent l'on a été obligé de faire des enmagasinements assez considérables; mais comme plusieurs usines du genre de celle-ci chômèrent pendant ce temps, et que le public a toujours été content de la fabrication de Por-tieux, notamment depuis quelques années, qu'au surplus sa réputation est établie, elle est parvenue, sans cesser son travail, à se procurer le débit de ses marchandises. « C'est par le retour des bateaux et voitures qui conduisent ces marchandises sur nos ports, que nous arrivent dans ce département et les voisins, les savons, eaux-de-vie, sucres, fruits secs, cotons et autres articles venant du midi de la France et des colonies. »

Telle était la situation de la verrerie de Portieux au commencement du XIX° siècle.

Trève estivale

mardi 15 juillet 2014, par Anne Auburtin

Bonnes vacances à tous,

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Je vous les souhaite aussi légères que cette bulle et vous retrouverai début septembre.

Anne

Hérédis On line

dimanche 13 juillet 2014, par Anne Auburtin

 Vous y trouverez mes données sous le nom Auburtin.

Comme l'intégration au logiciel Hérédis que j'utilise est totale, c'est maintenant là que je publie la totalité de mes données y compris sources, média, notes.... La mise à jour est aussi bien plus fréquente que sur Généanet.

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liste des ouvriers qui travaillaient en 1778 à la verrerie de Portieux

vendredi 11 juillet 2014, par Anne Auburtin

Cette liste est tirée de l'ouvrage " La verrerie de Portieux : origine, histoire"  par A. Fournier.



  • Claude Lorençot ou Laurenceau, commis.
  • Pierre Houel, maître verrier.
  • Etienne Houel.
  • Charles Viriot et frères.
  • François Gueury.
  • Claude Aubry et frères.
  •  Joseph Chaffard.
  • Nicolas Chaffard.
  • Michel Maillard.
  • Joseph Maillard.
  • Pierre Gueury.
  • Claude Gueury le grand.
  • Claude Gueury le gros.
  • Claude Chaffard.
  • François Chaffard.
  • George Jolly.
  • Laurent Pelletier.
  • Jean-Claude Honel.
  • Le sieur François Lenoir.
  • Nicolas Denis.
  • Jean Ruer,
  • Jean-Jacques Schirmann.
  • Alexis Thomas.
  • Nicolas Grégoire.
  • Charles Clément.
  • Nicolas Houen.
  • François Bailly.
  • Nicolas Houbout.
  • Clément Darmoise.
  • Joseph Bœuf.
  • La veuve Valck.
  • La veuve Aubry.
  • La veuve du sieur Destard.
  • La veuve Viriot.
Nicolas Houen et Charles Clément étaient les domestiques aux gages des fabricants; " ils sont uniquement occupés à la conduite de leurs bœufs et chevaux pour la fourniture du bois nécessaire à l'alimentation de la verrerie". 


L’abbaye de Bouzonville à la veille de la révolution

mercredi 9 juillet 2014, par Anne Auburtin



Ce texte est extrait d’un article de M. H. Tribout de Morembert, archiviste de la Ville de Metz, intitulé « Deux abbayes bénédictines lorraines à la veille de la révolution Bouzonville et Saint-Avold 1784, in  Bulletin d'histoire économique et sociale de la Révolution française et disponible sur Gallica


Elle avait pour prieur, en 1784, dom Joseph Baudot qui n'a pas laissé un très bon souvenir ; le sous-prieur était Jean Henry, et le doyen, Jacques Lequeux. Il régnait, dans cette abbaye, une singulière atmosphère. Le ton en est donné par un mémoire du 5 novembre 1784, opposant dom Barthélémy Colles-son à dom François Grandemanche  . Nous en donnerons de larges extraits.
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On y apprend d'abord que « les orages se succèdent icy sans interruption », que dom Claude Fleurant a failli être assassiné alors que le frère Maurice Picard était violemment battu. « Cette maison est une maison de sang. J'y ai vu depuis un an cinq fois le chirurgien pour panser les playes résultantes de batailles d'ivrognerie. » L'auteur des coups sur dom Fleurant était dom Grandemanche, qui a même osé lever sa canne sur le lieutenant-général et l'a couvert de grossièretés.

« Le caractère de dom Grandemanche est dur et violent et sa fourberie le rend infiniment dangereux ; il a été un des principaux acteurs dans la bataille où dom Claude Fleurant a failli de périr. Quel autre nom peut-on lui donner que celui d'assassinat, puisque c'était bien avant dans la nuit, dans le dortoir ou même dans la chambre de dom Claude et que de cinq ou six playes que celui-cy avoit sur la teste, il n'y en avoit point qui n'allaient jusqu'aux os. Un homme moins robuste eut esté assommé ; il fallait une teste comme celle de dom Claude pour résister à de si violentes attaques. C'étoit en hyver, nos portes étoient fermées, il n'y avoit aucun étranger chés nous, il étoit entre neuf et dix heures du soir. Dom Claude a déclaré vint fois que c'étoit dom Grandemanche, dom Hilaire, etc., qui l'avoient attaqué.
On entendit assez distinctement la voix du premier qui disoit au Père sous-prieur qui, éveillé par le tumulte parut sur la porte, rentrés foutre ; on craignoit les témoins. Cependant dom Grandemanche, suivant son caractère de fourberie, qui est celui qu'il a emploie avec moy, menaça dom Claude de présenter une requeste contre lui et de le faire enfermer s'il osoit l'accuser. Telle est notre pétition. On peut être assassiné chez nous impunément. Un innocent peut du moins être maltraité et subir, par un effet funeste de la fourberie et de la noirceur, la peine qui devroit tomber sur le coupable ; et tel est mon sort. »
Il fut pris en filature et surpris nuitamment sans ses habits religieux. « Outre le libertinage et le mépris des bulles des souverains pontifes faisant deffense aux religieux de quitter leurs habits surtout dans des circonstances aussi aggravantes, le crime de séduction parroit icy dans tout son jour. Le Père prieur pouvait-il ne punir que très superficiellement de si grands excès et rétablir si précipitamment le coupable dans tous les droits du sacerdoce ? Le pouvoit-il même en tout de sa propre authorité ? ».
Dom Collesson continue son réquisitoire contre frère Dufay qui l'accusa faussement « d'avoir eu un commerce infâme avec une fille de Morizecourt », alors que lui-même avait une liaison avec une femme de soldat, et contre frère François, qui « l'a accusé également de commerce avec une fille très laide à Lay-Saint-Christophe » . Ce dernier, après enquête, dut avouer au président de la congrégation, dom Bernard Pierson, alors abbé de Saint-Léopold, qu'il avait agi pour lui nuire et il fut forcé de faire des excuses.
Les moines étaient acharnés après dom Collesson parce qu'il veillait à l'observance de la Règle.
L'auteur du « mémoire » se plaint ensuite des menaces qu'il a faites à son encontre, lui promettant même de le « mettre à force de coups plus noir que sa robbe ».
Un autre esprit combattif et très mal embouché, « même pendant la Messe et dans le moment de l'Elévation », était dom Hilaire , qui abusait de l'eau de vie et courtisait les demoiselles, notamment Mlle de Pontis, fille du receveur des fermes, son élève. Dom Collesson les rencontra un jour se promenant sur la terrasse attenante à la maison. « Ils allaient ensemble gaiment de fleurs en fleurs et parvinrent à l'endroit où j'étois. Je dis fort doucement à cette demoiselle qu'elle n'étoit point en place. Dom Hilaire s'élanca et ne fit qu'un sault d'elle à moy ; il avoit les jarrets tendus et le poing levé sur ma tête. Il me traita d'insolent d'avoir osé congédier cette demoiselle en sa présence et tandis qu'il étoit avec elle ; il me menaça de m'écraser ; jamais chevalier, ou selon l'ancien langage, jamais preu n'a montré tant de vigueur pour l'honneur des dames ; je fus effraie et il est convenu depuis que j'avois bien fait de baisser les yeux ».
Deux autres moines sont également mis au pilori : dom Antoine Georges, « plus dangereux par vice de tempérament que par caractère d'esprit » et qui avait une véritable passion pour le vin, et dom Sartore , qui entretenait des liaisons coupables, notamment avec la fille « d'une dame des premiers de la ville ».

A table sous Charles III

lundi 7 juillet 2014, par Anne Auburtin

Ce texte est issu d'une série d'articles de Jules Renaud publiés dans le Journal de la Société d'archéologie et du Comité du Musée lorrain publiés à partir de 1875 sous le titre " Moeurs épulaires de la Lorraine. la vie privée et les menus bourgeois" et disponibles sous Gallica.

Bien que capitale du duché, Nancy n'acquit une véritable importance que sous Ie règne de Charles III. Ce prince parvint à en faire, non seulement une place considérée comme l'une des plus fortes du monde, il sut la rendre riche et florissante par le commerce l'industrie et les beaux-arts. C'est ainsi que cette ville, doublée d'étendue en moins de vingt ans, réunissait dans son enceinte des établissements de tous genres, tels que manufactures de tapis de haute-lice, tissages et teintureries et de soie, fabriques de chapeaux, de savons, de fil de fer, ateliers de cuivre repoussé, été. Enfin les peintres, les graveurs, les sculpteurs, les architectes, les balleurs d'or, les tailleurs de diamants rubis et pierres précieuses formaient, dans cette cité, une pléiade d'artistes et d'ouvriers habiles, capables de rivaliser avec les célébrités de la capitale du royaume de France. Au milieu de tous ces progrès, le luxe et les recherches de la table atteignaient de grandes proportions et parmi les sommités artistiques et industrielles attirées à Nancy, on remarquait même un italien Bartholomé de Cérizelli, renommé faiseur de cervelas et saucissons à la façon de Milan.

Dans un pays que la nature a comblé de ses faveurs, les rivières et les forêts, plus peuplées que de nos jours, fournissaient le poisson et le gibier en abondance. Sur les marchés de la ville, tant la vieille que la neufve , il était facile de se procurer, à bon compte, en venaisons, volailles et poissons, des pièces capables de réjouir les estomacs les plus affamés. Les tarifs affichés en 1585 et en 1594, donnent une idée de la variété et de la distinction des approvisionnements.

En présence d'aussi magnifiques assortiments, on était disposé à imiter les étrangers accourus àNancy et à faire bombance plutôt qu'à se livrer au jeûne et à la tempérance. La broche et la rôtissoire fonctionnaient en permanence dans les boutiques adossées aux murs de l'église Saint-Epvre, et surtout les succulents étalages de la rue des Rôtisseurs, entre Saint-Sébastien et la grande maison de l'Auditoire, livraient des assauts à l'appétit et mellaient la gourmandise à l'épreuve. Ajoutons que, dans ce temps-là, les prix annoncés n'étaient pas un vain appât pour la convoitise; les statuts de la Rôtisserie menaçaient d'une amende de dix francs barrois ceux qui mésusaient, et les officiers du Bailliage, en vertu de leur pouvoir discrétionnaire, avaient même condamné à cent livres, monnaie de France, un fournisseur coupable d'avoir surfait, en l'année 1625, une poule rôtie.. Non loin de là, il existe encore aujourd'hui, au sud-ouest de la place Mengin, une série de petites maisons occupées par des cabarets et des restaurants à bon marché, dont la concession fut faite par la ville le 22 août 176 au sieur Mengin, lieutenant général du bailliage, lequel a donné son nom à la place établie sur l'emplacement de l’ancien hôtel de ville.

 

Aussi "on ne se contentait pas, en un disner ordinaire, d'avoir trois services, premier de bouilly, second de rosty et troisième de fruict mais encore il fallait d'une viande, avoir cinq ou six façons, avec tant de saulces, de hachis de palisceries, de toutes sortes de salmigondis et d'aultres diversitez de bigarrures, qu'il s'en faisoit une grande dissipation." L'auteur anonyme'de ces doléances, applicables à la Lorraine aussi bien qu'à la France, ajoutait "Enfin chascun aujourd'hui se mesle de faire festins, et un festin n'est pas bien fait s'il n'y a une infinité de viandes sophistiquées pour aiguiser l'appétit".

Charles III qui, personnellement, vivait d'une manière très sobre, malgré l'état somptueux de sa maison, voulut prévenir ces débordements. Déjà Charles IX, roi de France, venait de défendre de servir dans un même repas chair et poisson. Son ordonnance ne permettait, pour les noces et festins, que trois services, y compris le dessert, de six plats chacun. Le duc de Lorraine alla plus loin que son beau-frère par une ordonnance du 10 janvier 1583, il défendit "Qu'en quelque festin de noces ou autre banquet que ce soit, fait en maison privée ou hôtellerie, il y ait plus de trois services, savoir les entrées de table, la chair ou le poisson et le fruit ou la desserte". Les officiers, est-il ajouté, qui auront été aux tables et festins où le règlement aura été enfreint, seront tenus de dénoncer le fait aux prévôts, procureurs ou à leurs substituts, dans trois jours après, à peine de cinquante francs d'amende et de suspension de leur état; il fixait en outre le menu de chaque service, suivant la condition sociale de ses sujets " Qu'aux festins de noces entre paysans, gens de labeur et autres de telle condition, on ne serve d'aultre viande que de boeuf, mouton, veau et porc, et pas plus de six plats d'assiette". Les artisans, " gens mécaniques" et ceux qui n'ont autres rentes ni moyens que de ce qu'ils peuvent gagner de leurs œuvres manuelles n'avaient droit également qu'à six plats, mais ils avaient le choix de joindre au boeuf et au mouton les pigeons, les oies et les poulets.

Les marchands merciers, vendant au détail, et leurs similaires, les tabellions, sergents de bailli, et les maires et échevins des villages pouvaient aller jusqu'à huit plats.

Puis venaient ceux qu'on regardait comme occupant le rang le plus élevé parmi les roturiers, les marchands grossiers ne tenant boutique ouverte et ne vendant en détail, ceux-ci avaient droit à neuf plats par service, dont trois à leur choix, c’est-à-dire qu'ils pouvaient s'offrir du poisson et du gibier.

Dix plats, dont six de viandes et quatre au choix, étaient octroyés à chaque service de ceux qui avaient "grade de noblesse, vivant noblement sans charge d'aucun office et les officiers de justice ès villes et bourgs. Les officiers de justice, décorés en outre du grade de noblesse, vivant dans les villes et bourgades, pouvaient faire dresser à chaque service, douze plats, dont six des espèces de chair, poulailles ordinaires, les autres à volonté.

Les seigneurs et les gentilshommes étaient affranchis de toute règle, c'est-à-dire qu'il leur était loisible d'avoir plus de douze plats à chaque service, au total, plus de trente-six plats dans un festin et, le motif de cette exception, c'est parce que, porte l'ordonnance, l'intention de S. A. n'est d'ôter" aux personnes de qualité et moyens, le pouvoir de traiter èsdits banquets et festins leurs parents et amis honorablement et de s'y esjouir en toute modestie, décence et honnêteté, mais de retrancher principalement les superfluités et excès qui se commettent èsdits banquets entre les paysans et autres personnes de peu de moyen, de basse et de petite condition"

Stratégies matrimoniales en milieu protestant. Quelques réseaux familiaux messins au XVIIe siècle

samedi 5 juillet 2014, par Anne Auburtin

Cet article, que j'ai trouvé très intéressant,  ne m'apparait pas comme libre de droit, je ne vais donc pas le reproduire mais simplement en citer le résumé ainsi les principaux noms de familles présents dans l'article. L'article peut être lu via le lien ci dessous.

Références :

 Laperche-Fournel Marie-José. Stratégies matrimoniales en milieu protestant. Quelques réseaux familiaux messins au XVIIe
siècle. In: Histoire, économie et société. 1997, 16e année, n°4. pp. 617-646.


http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/hes_0752-5702_1997_num_16_4_1967


Résumé

Metz, au XVIIe siècle, fait figure de citadelle protestante; pourtant située aux avant-postes du calvinisme français, encerclée par des confessions rivales — le catholicisme militant des Pays-Bas espagnols ou des duchés lorrains et le luthéranisme des pays sarrois - la communauté réformée messine, un habitant sur trois vers 1620 et un sur cinq en 1684 (4381 membres) va développer, grâce aux mariages, des stratégies plurielles pour rester « entre soi ». L'exclusivisme religieux, l'exiguïté du marché matrimonial, et la recherche de l'homogamie sociale finit par rétrécir au champ de la parenté affine et consanguine le jeu des alliances comme le révèlent les réseaux d'inter-mariages reconstitués pour trois lignages de la haute bourgeoisie réformée de la ville, au sein d'un corpus de 150 familles. A court terme, l'art des alliances, à Metz, au XVIIe siècle, a été, pour les huguenots, l'art de la survie : quand éclatera la Révocation, dotés d'une redoutable cohésion interne, ils seront très solidaires entre eux dans l'adversité, sur place et en exil. A long terme, en revanche, pratiquer sans prudence les
unions dans les cercles des parents prohibés ne pouvait conduire qu'à l'appauvrissement génétique du groupe si, en 1686, la persécution n'avait fait éclater l'isolat...

Individus

  • Louis Gauvain, conseiller du Duc de Weimar
  • Pierre Persode, agent du Roi de France à Francfort
  • Paul Ferry (1591-1669, pasteur

Familles

  • Bachelé,
  • Braconnier,
  • Le Duchat,
  • Le Goullon,
  • Grandjambe,
  • Inguenheim
  • Saint-Blaise,
  • Couët,
  • Lespingal,
  • Montigny,
  • Saint- Aubin 
  • Lecoq,
  • Malchar,
  • Michelet
  • de Villers
  • de Vigneulles
  • Bey (Batilly)
  • Streiff de Lawenstein
  • Familles apparentées


    426 familles messines se réfugient à Berlin :


    "Parmi elles, on remarque Louis Le Bachelé, frère de Gédéon, fugitif, sa femme, ses deux enfants, plusieurs  membres de la famille Le Goullon, dont l'un ingénieur en chef au service de
    la Prusse et l'avocat Jacob Le Duchat, le frère du conseiller converti, tous parents. Dans ce refuge berlinois, vivent aussi les Allion, Couliez, Joly liés aux Le Duchat, les Ancillon, père et fils, les Duclos, Goffin, Michelet, d'Ozanne, parents des Le Goullon. On y trouve encore les Braconnier, Couët, Humbert, affins ou consanguins des familles Goullon et Le Duchat, enfin les Saint-Aubin, Malchar et de Vigneulles apparentés aux trois lignages
    "

    A la Table de René II, duc de Lorraine

    jeudi 3 juillet 2014, par Anne Auburtin

    Ce texte est issu d'une série d'articles de Jules Renaud publiés dans le Journal de la Société d'archéologie et du Comité du Musée lorrain publiés à partir de 1875 sous le titre " Moeurs épulaires de la Lorraine. la vie privée et les menus bourgeois" et disponibles sous Gallica.

    (épulaire : de la table, des arts de la table)

    La plupart des festins se distinguaient surtout par une profusion immodérée qui n'est plus aujourd'hui dans nos mœurs.

    En dehors des circonstances exceptionnelles dans lesquelles ils considéraient comme un devoir, pour eux, de déployer une magnificence toute royale, nos ducs vivaient de la manière la plus sobre et la mieux ordonnée.

     René d'Anjou lui-même, ce prince artiste et d'un caractère chevaleresque, qui, dans sa joyeuse emprise, avait éclipsé le luxe du roi de France, se contentait, dans les temps ordinaires, du régime d'un gentilhomme dont la dépense moyenne ne dépassait pas vingt florins par jour. Voici, en effet, dans quels termes il arrêtait, le 17 septembre 1461, avec son maitre d'hôtel, les frais genéraux de sa maison et de celle des princes du sang, alors qu'après avoir remis la Lorraine à son fils Jean, il restait toujours duc de Bar, comte de Provence, et surtout roi de Naples et de Sicile, de Jérusalem, de Hongrie, etc. "Sur le faict de la despense ordinaire ft pourtant que touchant nostre plat, eussions appoincté et affermé à notre amé et féal conseiller et Me d'hostel Jehan de la Sale de nous fournir de toutes choses nécessaires touchant nos despenses ordinaires, pour la somme de vingt florins de monnoie de nostredit pays de Provence, par jour, à commencer du premier jour de may dernier passé, et semblablement pour le plat de nostre très chère et très aimée sœur et compaigne la reine et pour aulcunes de ses dames, damoyselles et femmes de chambre, pour la somme de vingt cinq florins par jour, et pour nostre fille la comtesse de Vaudémont et ses enfans pour la somme de iiij mille florins par an lesquelles despenses cidessus mondict Me d'hostel a faictes et continuées c'est à savoir pour nostre personne depuis le 1 er jour de may jusqq'a xv jour de juin en suyvant, que sommes partis de Marseille pour le voyage que avons faict à Gènes, qui sont xlv jours montant, à la raison de vingt florins par jour, à la somme de ixc fl."

    C'est sur ces bases que le successeur de Guillaume Réal établissait son compte et en donnait décharge. Louis XVIII, qui aimait à voir clair dans ses affaire~, avait calculé, dit-on, qu'un oeuf à la coque, servi sur sa table, lui revenait à dix-huit francs. A ce compte, Jehan de la Sale ne devait fournir le plat du roi de Sicile que dans les conditions d'une frugalité exemplaire. 

     Au mois de mai 1526, le bon Duc habitait avec sa famille l'ancien chàteau de Lunéville. Jacques Du Chahanay, sieur de Saint-Mard, était alors son chambellan et maitre d'hôtel. Cet officier tenait, jour par jour, et avec la ponctualité d'un comptable émérite l'état des dépenses faites sous sa direction, et ce curieux document révèle toute une série de particularités. En tête de chaque journée sont inscrits tous les membres présents de la famille, puis un paragraphe spécial est consacré à la panneterie, à l'échansonnerie, la cuisine, la fruiterie, l'écurie et la fourrière.

    Il suffira d'indiquer les points principaux d'une des pages de ce cahier pour donner une idée de son ensemble et saisir l'intérêt qu'il présente.

    D'après l'article Panneterie, la moutarde et la salade sont des aliments de première nécessité; la fourniture quotidienne en est invariable et précède la livraison, également fixe, des pains de bouche et du pain commun consacré aux tranchoirs. Parmi les fournisseurs, l'apothicaire joue un grand rôle chaque matin il détaille le poivre, la canelle, le fin sucre et l'huile d'olive, non compris les drogues exigées le cas échéant, et l'on comprend dès lors comment ses mémoires peuvent atteindre des proportions qui en ont fait proverbialement des modèles du genre. Le même paragraphe constate qu'on appréciait beaucoup certains petits fromages de lait de brebis, qui ne devaient peut-être leur succès qu'aux préférences personnelles de Renée de Bourbon. On sait en effet que, par un acte du 1er octobre 1520, le duc Antoine avait donné à son épouse la terre de Gondreville, parce que celle princesse aimait à y séjourner. Renée, de son côté, pour attirer le donateur, avait fait établir en ce lieu une garenne de quarante jours, dans laquelle se multipliaient les connins. Mais ce qui distinguait ce domaine, outre le palais et le parc, c'était une bergerie modèle, de 500 moutons, et dont les fromages se plaçaient dans les villes voisines. Dans le but de faciliter leur fabrication, les statuts spéciaux de la confrérie interdisaient même aux bouchers de Gondreville  "de vendre brebis laictières, dès le premier jour de juing jusques à la Nostre Darne de septembre, pource que c'est le temps où elles reçoipvent le bellier, sous la peine de vingt solz pour chacune desdictes bestes qui se trouveront tuées'".

    Le second article du journal, l'Echansonnerie, donne la carte des vins en usage. Les crus de Houdreville y figurent au rang de grand ordinaire entre les vins blancs d'Alsace et les clairets du Barrois, tandis que les vins de Rosières ne servent qu'à la livrée, comme vin commun de pays. Il faut rappeler, à cette occasion, que les ducs de Lorraine possédaient à Houdreville un vignoble princier, à l'entretien duquel ils consacraient des sommes relativement importantes. En 1486, René Il fit délivrer seize francs à Jean de la Touche, de Lamarche, "pour avoir amené de la vigne de Beaune, pour planter en la vigne de Monseigneur le duc à Houdreville". 1,195 francs en 1612, et 1,572 francs en 1617, sont consacrés "à la façon et entreténement de la vigne de Houdreville" Une note, à la date de 1520, parle même de la tour qui y était construite.

    A la cuisine, Françoys Lemaistre et Philippe de Lamothe comptent les quartiers de boeufs, dépècent les moutons et apprètent la nourriture la plus substantielle, puis Petit Jehan, "pastissier de Monseigneur, et son compaignon" façonnent "pastez petits et grands de viandes de toutes sortes, chevraulx et pigeons, levraulx et petits oyseaulx".

    Il ne faut pas chercher de primeurs à la fruicterie le nom et la chose y sont parfaitement inconnus; parfois quelques pommes et des poires expédiées de Nancy ou Nomeny, toujours abondance de chandelles; trente et une livres à la fois livrées par "le bouchier" cette consommation énorme, dans les plus longs jours de l'année, ne s'explique que par l'obligation d'éclairer durant la nuit le guet et les postes du chàteau. Enfin, on compte à l'écurie cent cinquante-six chevaux moyens, mules et mulets, plus dix-huit grands chevaux pour le trait et les voyages.

    D'autres mentions établissent que les toiles et linges de la maison venaient de la Champagne l'industrie du tissage n'existant encore dans les Vosges qu'à l'état rudimentaire et pour les besoins locaux. Autre indication ce n'est point au commerce de Nancy que le maître d'hôlel demande certaines fournitures ce sont les riches marchands de Saint-Nicolas-de-Port qui se chargent de faire venir les articles étrangers.

    En un mot, il n'est presque pas une page du livre de Chahanay qui ne contienne des renseignements utiles sur une foule de détails de la vie privée au XVI" siècle.


    les curés de Blécourt

    mardi 1 juillet 2014, par Anne Auburtin

    Source : Notice historique sur la paroisse de Blécourt (Haute-Marne) / par l'abbé J.-B.-A. Crépin,1858

    • JACQUES, fondateur de l'église.
    • I 310. JEAN.
    • 1509. Hugues LEFOL.
    • 1510. Jean THEVENIN.
    • 1519. THOMAS.
    • 1541. MARCOUL OUDIN.
    • 1599. THOMAS DE LA COURT.
    • 1606. Jean DESCHAMPS.blecourt.jpg
    • 1649. GEOFFROY.
    • 1 651 à 1670. Nicolas LEGENDRE
    • 1671 à 1672. PINOT.
    • 1672 à 1676. Nicolas COLLOT.
    • 1676 à 1687. Christophe FORMER.
    • 1687 à 1688. BOURLON.
    • 1688 pendant 6 mois. JOANNET.
    • 1688 à 1701. Pierre RICHET.
    • 1701 à 1 704. Gabriel DEJARNY.
    • 1704 à 1748. Jean DESCHAMPS.
    • 1748 à 1780. Jean PERARD.
    • 1780 à 1811. DEMERSON.
    • 1811 à 1828. PASQUIER.
    • 1829 à 1858. Jean-Baptiste-Adolphe CRÉPIN.

    Les instituteurs de Blécourt

    dimanche 29 juin 2014, par Anne Auburtin

    Source : Notice historique sur la paroisse de Blécourt (Haute-Marne) / par l'abbé J.-B.-A. Crépin,... 1858

    • 1678 à 1689. Pierre PERRIN.
    • 1690 à 1700. Antoine PASQUIER.
    • 1701 à 1703. Nicolas DESCHAMPS.
    • 1704 à 1707. Michel LALLEMENT.
    • 1708 à 1724. Pierre THIERRY. ,
    • 1725 à 1743. François CHAVRELLE.
    • 1744 à 1791. Claude-Nicolas OUDIN.
    • 1792 à 1793. J.-B. POMMEY.
    • 1794 à 1798. Joseph MAULOY.
    • 1799 à 1831. François MAUVAIS.
    • 1831 à1858. J.-U. PHILIPPE.

    les successeurs de Jean-Baptiste Cusson

    vendredi 27 juin 2014, par Anne Auburtin

    Ce texte est un extrait d'un article d'Albert RONSIN, Conservateur de la Bibliothèque de Saint-Dié , du même titre. L'article intégral est disponible sur YouScribe. Voir aussi l'article précédent : "un grand imprimeur lorrain : le parisien Jean-Baptiste Cusson"

    Jusqu’en 1734 cependant le nom de Jean-Baptiste Cusson, disparu, précédant celui de son fils, figure encore au bas de la page de titre de plusieurs volumes mis en chantier de son vivant, par exemple La Vie du T. R. P. Charles de Lorraine, S. J. par le R. P. de Laubrussel paru en 1733, les Sacri et canonici ordinis praemonstratensis annales... en 1734.

    De 1733 à 1741 c’est tantôt sous la seule indication de « Veuve de Jean-Baptiste Cusson », tantôt sous celle de la mère et du fils que se publient les livres. De grands ouvrages sortent de leurs presses, parmi lesquels il faut remarquer des oeuvres de dom Calmet comme l’Abrégé de l’histoire de Lorraine parouvrage_veuve_Cusson.jpg dom Calmet en 1734, l’Histoire généalogique de la Maison du Châtelet en 1741 ; mais aussi le Recueil des édits, ordonnances du règne de Léopold 1er, t. I à IV (1733-1734), la Theologia dogmatica et moralis de Louis Habert en huit volumes en 1736 ; L’Imitation de Jésus-Christ mise en vers par Pierre Corneille en 1745 ; l’Histoire de l’Isle de Corse par Goury de Champgran en 1749 ; Le Cannaméliste français par le sieur Gilliers en 1751.

    Pourtant la maison Cusson ralentit son activité. De 1711 à 1732, 80 volumes de plus de 50 pages et 302 brochures portent le nom de Jean-Baptiste Cusson. De 1733 à 1754, pendant un laps de temps aussi long, nous n’avons pu retrouver que 37 volumes de plus de 50 pages et seulement 6 brochures. Si ces chiffres ne représentent pas la production complète de l’entreprise, ils permettent cependant de mesurer la diminution sensible des travaux. Faut-il voir dans la modification de la situation politique des duchés, passant sous l’autorité déguisée de la France, une certaine réserve du public et du pouvoir vis-à-vis d’une maison créée par un Français qui avait préféré la Lorraine à sa première patrie ? Il semble plutôt que ce soit sur le
    terrain commercial seulement qu’il faille chercher l’explication. A partir de 1730, les imprimeurs Pierre Antoine, les frères Baltazard, les Charlot, plus tard J.-B. Leclerc, A. Leseure, H. Thomas, ont créé des entreprises puissantes qui peuvent rivaliser avec celle fondée par Jean-Baptiste Cusson. Les uns et les autres se sont fait réserver l’exclusivité des impressions qui du collège, qui de la Cour souveraine ou de la Chambre des comptes, qui de l’Hôtel de Ville ou de l’Intendance. Abel-Denys Cusson reste l’imprimeur distingué se consacrant à de beaux livres, négligeant les travaux de ville alimentaires. Il jouit cependant d’un grand prestige auprès de ses confrères qui en font le doyen de leur communauté. Comme ses collègues parisiens, il est imbu de son titre d’imprimeur-ordinaire qui en fait un officier du prince ; alors que beaucoup de jeunes typographes épousent des filles de libraires, Abel-Denys Cusson, né à Nancy, se marie à Lunéville, le 8 février 1735, avec Jeanne Élie Germain, fille du sieur Alexandre Germain, tapissier et garde meuble de S. A. R. ; Jean-François Coster, premier juge-consul de Lorraine, est son témoin.

    Jeanne Journelle, veuve de Jean-Baptiste Cusson, meurt en 1741. Treize ans plus tard, Abel-Denys à son tour disparaît. Le fonds d’imprimerie et de librairie créé plus de quarante années auparavant est livré au feu des enchères. L’atelier est si fourni en presses, en outils, fontes de caractères, bandeaux, culs-de-lampe, que les trois principaux acquéreurs pourront ouvrir chacun une nouvelle officine : du fonds des Cusson naissent l’imprimerie de Vautrin à Épinal, celle de Lechesne à Nancy (qui passera ensuite à Lamort), celle enfin de Jean-Jacques Haener.

    Ce dernier est le véritable successeur des Cusson. Après un Français ce sera un Allemand qui prendra la tête de la célèbre entreprise en 1754. Jean-Jacques Haener, né à Umstadt en 1710, protestant converti au catholicisme, était depuis vingt ans compagnon imprimeur à Nancy. En se portant acquéreur de la maison des Cusson et d’une partie de leur matériel, il accède à la maîtrise. Le brevet d’imprimeur-ordinaire du roi de Pologne qui lui est délivré le 25 avril 1757 confirme cette promotion sociale. Il saura, et ses descendants après lui, maintenir la création de Jean-Baptiste Cusson à un rang digne de son fondateur jusqu’au milieu du XIXe siècle.

    Un grand imprimeur lorrain : le parisien Jean-Baptiste Cusson

    mercredi 25 juin 2014, par Anne Auburtin

     Ce texte est un extrait d'un article d'Albert RONSIN, Conservateur de la Bibliothèque de Saint-Dié , du même titre. L'article intégral est disponible sur YouScribe

       

    Lorsque Jean-Baptiste Cusson arrive à Nancy, dans les derniers mois de l’année 1711 pour y monter une imprimerie, il y a plus de dix ans que le duc Léopold a recouvré ses États et que d’importantes mesures législatives et fiscales ont été prises pour redonner vie au commerce et à l’industrie en Lorraine et en Barrois.

    Exemptés de chef-d’oeuvre et de taxes, maints ouvriers se sont établis et ont accédé à la maîtrise. Chaque ville importante voit s’installer dans ses murs un ou plusieurs imprimeurs, attirés tantôt par la clientèle administrative et judiciaire, tantôt par l’activité commerciale ou par la présence de la cour ducale, mais peu de ces nouveaux chefs d’atelier, au demeurant excellents exécutants, ne peuvent, faute de capitaux, tenter de produire les grands ouvrages de littérature ou d’histoire qui font alors la gloire de certaines villes. Le beau livre est au XVIIIe siècle un des principaux ambassadeurs de la culture nationale et le renom d’un pays tient pour une part importante à l’excellence de sa production typographique.

    Dans l’entourage du duc, certains grands dignitaires regrettent de ne pouvoir disposer d’une entreprise suffisamment importante pour imprimer de grands ouvrages. Le duc lui-même, soucieux d’affirmer dans tous les domaines l’indépendance de ses États, est prêt à favoriser la création d’un tel établissement. Depuis quelques années Louis-Charles Hugo – futur abbé d’Étival – a été nommé historiographe et il travaille à rassembler les documents qui serviront à écrire une magistrale histoire de la glorieuse maison de Lorraine. Il est donc temps de songer à la réalisation matérielle de cette opération de prestige.

    A Paris, la concurrence entre les grands imprimeurs est sévère. Les Lorrains qui y séjournent pour leurs travaux et qui fréquentent les milieux de l’édition connaissent les difficultés auxquelles se heurtent libraires et typographes. Ils savent aussi combien seraient facilités leurs travaux s’ils avaient dans leur pays l’un de ces grands chefs d’industrie qui sont les maîtres de toute la production littéraire française. Ce sont ces intellectuels lorrains qui aideront Cusson à quitter Paris, et qui faciliteront son installation à Nancy. Au nombre des artisans de cette émigration il faut compter dom Mathieu Petitdidier, alors abbé de Saint-Léopold de Nancy, et dom Augustin Calmet, alors en résidence au couvent des Blancs-Manteaux à Paris. Le 3 juin 1711, ce dernier écrit en effet à dom Petitdidier : « M. Cusson imprimeur qui travaille à s’établir à Nancy, a eu l’honneur apparemment de voir votre Révérence ; c’est le plus habile imprimeur de Paris, et je sais que les libraires se seraient cotisés pour l’arrêter ici si l’on eût connu son dessein de se retirer. Mais il l’a fait si
    secrettement qu’on n’a pu l’arrêter. Je supplie votre Révérence de l’avoir pour recommandé et de le favorisé en ce qu’elle pourra ; c’est non seulement un très habile imprimeur mais un très honnête homme et digne d’une meilleure fortune »

    Jean-Baptiste Cusson, né à Paris le 27 décembre 1663, est fils et petit-fils d’imprimeurs-libraires. Reçu lui-même libraire le 19 septembre 1686, puis imprimeur le 8 juin 1694, il a d’abord travaillé chez son père, avocat et maître imprimeur, ancien adjoint de la communauté, puis il s’est établi en 1695.

    Dès 1701, il a un apprenti et cinq compagnons. Quatre presses garnies de tous leurs ustensiles, sur les cinq qu’il possède, fonctionnent tous les jours, et il a quinze fontes de caractères presque neuves. Six ouvrages importants sont en chantier la même année

    Mais dix ans plus tard, les commandes se font plus rares, il connaît des difficultés financières sérieuses. Il faut d’ailleurs qu’il soit inquiet sur l’avenir de son entreprise pour consentir à quitter la capitale française pour celle de la Lorraine à 47 ans.

    Avant la fin de l’année 1711, il emménage à Nancy, 71, rue Saint-Dizier, et il suspend au-dessus de sa boutique son enseigne « Au Nom de Jésus ». Il reçoit la nationalité lorraine. Son brevet d’imprimeur et libraire ordinaire de Son Altesse Royale le duc de Lorraine est enregistré le 3 mars 1712.

     De telles entreprises exigent des capitaux importants. Le duc de Lorraine, le premier, lui apporte l’aide financière dont il a besoin. Par mandement daté de Lunéville le 20 novembre 1712 « il est ordonné à Charles Margueron, commis à la recette générale [des] finances, de payer à Jean-Baptiste Cusson, imprimeur à Nancy, la somme de onze cents livres, acompte des ouvrages d’imprimerie qu’il s’est obligé de faire pour notre service »

    Dès son arrivée, Cusson importe à Nancy son style : il n’est pas un imprimeur qui travaille à façon doublé d’un libraire débitant nouveautés religieuses, encre, plumes et papier. Il se révèle d’emblée comme un chef d’entreprise amateur de belles-lettres. C’est la manière de Paris qu’il impose en même temps que sa marque. En ce domaine, il est le véritable promoteur du grand commerce lorrain du livre.

    Dès la première année, Jean-Baptiste Cusson se comporte en grand éditeur et il publie des ouvrages importants : le Roman bourgeois de Furetière (VI-327 p. avec gravures) ; la Lorraine ancienne et moderne de Jean Mussey, curé de Longwy (XVIII-398 p.), livre qui a l’honneur de déplaire à la Cour de France et que le Parlement de Paris condamne au bûcher par arrêt du 17 septembre 1712 ; Réflexions morales sur la modestie et la bienséance religieuse (167 p.) ; L’Imitation de Jésus-Christ, traduction nouvelle (545 p.) qu’il rééditera d’ailleurs presque chaque année.

    A peu de temps de là, il réussit à emprunter mille cinq cents livres aux religieuses du Refuge de Nancy. Le 24 janvier 1713, recevant cette somme, il s’engage, conjointement avec sa femme Marie-Jeanne Journelle, à verser chaque année une rente de 75 livres entre les mains du notaire des soeurs du Refuge. Ce n’est qu’en 1742, dix ans après la mort de Jean-Baptiste, que sa veuve remboursera le capital de mille cinq cents livres. Bien que le contrat ait
    prévu l’éventualité d’un remboursement du prêt à tout moment, en deux fois, l’imprimeur ne l’a jamais envisagé de son vivant, toujours soucieux d’investir ses capitaux disponibles dans de nouvelles affaires d’édition. 

    histoire_de_Lorraine_DOM_Calmet.jpgChacun connaît les difficultés qui naquirent lors du tirage de la première édition de la célèbre Histoire de Lorraine sur laquelle dom Calmet travaillait depuis plusieurs années et que le duc Léopold avait enfin souhaité voir paraître. Dès 1723, Cusson diffuse le prospectus de l’ouvrage6 et lance les souscriptions pour 1500 exemplaires de deux volumes in-folio de 1000 pages chacun, à livrer à partir du 1er octobre 1725. L’entreprise est reçue avec faveur par les Lorrains et l’imprimeur, en possession du manuscrit complet, met l’ouvrage sous presse. Mais « Un malheureux garçon imprimeur à mesure que les feuilles étaient imprimées les envoyait à Paris, et comme on était sur le point de mettre cette histoire en vente, on fut bien surpris de recevoir des lettres des ministres de France qui se plaignaient que cet ouvrage était rempli d’articles qui n’étaient pas à la gloire de leur nation, surtout pour ce qui était du temps de la Ligue. On fut obligé pour ainsi dire de refondre cette histoire et d’en ôter de l’essentiel pour y ajouter quantité de cartons de peu de conséquences ».

     Lors de sa mise en souscription l’ouvrage était offert à 34 livres les deux volumes de 1000 p. chacun, payable moitié de suite, moitié à la livraison, le prix devant être porté à 50 livres au 1er novembre 1725. C’était donc une recette de plus de 60 000 livres sur laquelle Cusson était en droit de compter. La souscription ayant été couverte à 50 % dès 1725, la rentrée réelle fut de 13000 livres en 1724-1725, le reste n’étant recouvré qu’à partir de 1729, soit pendant cinq ans un découvert de 45 000 livres.

    Enfin, en 1728, le tirage est achevé et Cusson sollicite un privilège du duc pour protéger son entreprise contre d’éventuelles contrefaçons. Trois censeurs sont désignés par le duc Léopold pour examiner l’ouvrage ; c’est à l’un d’eux, Nicolas-Joseph Lefebvre, procureur général de la Chambre des comptes, que revient le soin de rapporter sur le travail de dom Calmet. Il fallut, cette fois encore, effectuer un grand nombre de corrections : 180 pages furent réimprimées avant la distribution au public. Ce n’est donc qu’en 1729, cinq années après la mise en chantier, que Cusson put distribuer les volumes souscrits et mettre en vente le reste de l’édition, récupérant enfin les fonds importants qu’il avait investis dans ce monumental ouvrage. Ouvrage_J_Cusson.jpg

    Ce retard, l’imprimeur l’a supporté seul, sans l’aide du duc de Lorraine, peu désireux d’être accusé par la Cour de France d’avoir aidé à la publication d’un ouvrage qui mécontente les ministres de Versailles. Il a même refusé l’aide d’un bailleur de fonds de Leipzig, David Auerbach, avec qui dom Calmet avait échangé une correspondance dans ce but. Pour les cinquante livres sortis des ateliers de Cusson qui assurent sa renommée et sa publicité, combien de plaquettes de circonstance, oraisons funèbres, relations de fêtes, discours, statuts d’associations pieuses, combien de factums et mémoires imprimés à la hâte à la veille d’une audience de justice ? Ce sont ces travaux quotidiens pourtant qui alimentent journellement les presses de l’imprimeur, avec l’édition – combien lucrative – des ouvrages de littérature pieuse.

    Le 14 août 1732 il meurt, âgé de 69 ans. Sa femme et son fils Abel-Denys assistent à son inhumation dans l’église des Minimes à Nancy. C’est à eux désormais que revient la charge de diriger la grande entreprise.


    11/10 : Epilogue

    lundi 23 juin 2014, par Anne Auburtin

    Source : Rambervillers en 1870 : défense d'une ville ouverte / par Maurice Velin 1895

    Les Récompenses officielles.

    J'ai parlé tout à l'heure, à propos de la liste des morts et des blessés, du rapport adressé à ses chefs par le commandant Petitjean.

    A la suite de ce rapport, le gouvernement de M. Thiers accorda aux survivants les distinctions suivantes : La croix d'officier de la légion d'honneur au capitaine BESSON, déjà chevalier.

    La croix de chevalier au capitaine DUSSOURT.

    La médaille militaire aux gardes nationaux ARNOUX, JOLY, PIERRE et RETOURNARD.

    Le commandant PETITJEAN n'avait pas parlé de lui-même et n'avait rien demandé. Il s'était même gardé de joindre à son rapport une lettre où ses officiers protestaient contre l'oubli volontaire de ses propres actions.

    Épilogue.

    La défense de Rambervillers égale au moins en héroïsme celles de Saint-Quentin et de Châteaudun, car ici nous ne suivions pas au combat des troupes régulières ou des francs-tireurs : nous combattions de notre propre mouvement et avec nos seuls moyens ; nous compromettions la vie et la fortune des habitants pour sauver l'honneur.

    On le sait peu en France.

    C'est que, pendant toute l'occupation allemande, il a fallu cacher avec le plus grand soin le nom des combattants : il y allait de leur vie.

    La libération ne vint qu'après de longs mois. A Rambervillers, on avait pris l'habitude de considérer ce fait d'armes comme tout naturel ; on répétait déjà ce que j'ai entendu dire à l'un des plus vaillants : « Je n'ai fait que mon devoir, et bien petitement ».

    L'histoire elle-même n'a pas pu réagir contre cet oubli : La défense de Rambervillers fut sans influence sur l'issue de la guerre, aussi l'histoire la traite en simple épisode.

    Cependant, je crois l'avoir montré, elle mérite mieux.

    Jadis, aux temps des guerres contre les Bourguignons, les habitants de Laveline prirent aussi les armes pour la Patrie : le duc René les fit chevaliers.

    Après la guerre de 1870, M. Thiers ajouta aux armes de Châteaudun la croix de la légion d'honneur.

    Ne serait-ce pas justice de graver aussi la croix des braves au fronton de cet Hôtel-de-Ville, où les Prussiens ne parvinrent qu'après quatre heures de combat, et de consacrer par là un glorieux souvenir et un sublime exemple ?

    N.B. Le 19 avril 1896, soit l'année suivant la publication de cet ouvrage, le Président de la République, Félix Faure prenait un décret autorisant la ville de Rambervillers: "à faire figurer dans ses armoiries la croix de la Légion d 'Honneur".

    10/11 : Les Morts et les Blessés.

    samedi 21 juin 2014, par Anne Auburtin

    Source : Rambervillers en 1870 : défense d'une ville ouverte / par Maurice Velin 1895

    Il nous faut résumer les pertes subies et citer les noms des glorieuses victimes de ces jours héroïques. Au rapport du commandant Petitjean, adressé après la guerre à l'autorité militaire, est annexé un tableau que je transcris.

    Tués.

    • NOIRCLAIR Joseph, caporal sapeur-pompier, marié, sans enfant, 41 ans.
    • DUBAS François, caporal sapeur-pompier, peintre, marié, deux enfants, 47 ans.
    • REBOUCHÉ Amand, garde national, voyageur de commerce, célibataire, 23 ans.
    • THIRION Auguste, garde national, plâtrier, marié, quatre enfants, 55 ans.
    • RENARD Paul, garde national, manœuvre, marié, trois enfants, 39 ans.
    • DROUEL Nicolas-Alfred, garde national, célibataire, 52 ans.
    • GUILLAUME Nicolas-Auguste, garde national, sagard, marié, 28 ans.
    • DEMANGE Jean-Baptiste-Emile, garde national, cultivateur, marié, deux enfants, 35 ans.
    • GÉRARD Nicolas, garde national, manœuvre, célibataire, 27 ans.
    • JACQUEMIN François, garde national, plâtrier, marié, deux enfants, 42 ans.
    • BARTHÉLEMY Charles-Siméon, garde national, garçon marchand de vin, célibataire, 29 ans.
    • DELATTE Sébastien, garde national, facteur, marié, trois enfants, 43 ans.
    • LAURENT François, garde national, manœuvre, marié, sans enfant, 55 ans.
    • GUILLAUME Jean-Baptiste, garde national, ouvrier de fabrique, marié, trois enfants, 52 ans.
    • OHLING Antoine, garde national, cultivateur, marié, cinq enfants, 38 ans.
    • MARTIN Etienne, garde national, tonnelier, marié, deux enfants, 49 ans.
    • DUBAS Joseph-Prosper, garde national, garçon brasseur, célibataire, 42 ans.
    • HÉRAINVILLE Joseph-Antoine, garde national, paveur, marié, un enfant, 46 ans.
    • NOEL Adolphe, garde national, manœuvre, célibataire, 20 ans.

    Blessés.

    • BESSON Charles-Claude, capitaine de la garde nationale, marié, sans enfant.
    • MATHIEU Félix, pompier, marié, un enfant.
    • JOLLY Nicolas-François, garde national, marié, deux enfants.
    • ARNOULD Jean-Joseph, garde national, marié, un enfant.
    • COLIN Joseph, garde national, marié, un enfant.
    • POIROT Joseph-Antoine, garde national, marié, un enfant.

    A la liste des morts, il faut ajouter les noms d'autres victimes qui n'appartenaient pas à la garde nationale et qui, pour la plupart, n'avaient pas combattu. Les voici :

    • BELIN, cultivateur, 53 ans, fusillé.
    • BERGER Eugène, 44 ans, tué accidentellement pendant le combat.
    • CHANAL Victor, 35 ans, fusillé.
    • CHRISTOPHE Jean-Nicolas, 49 ans, fusillé LECOMTE Nicolas, 61 ans, tué accidentellement pendant le combat.
    • MANGIN Jean-Baptiste. 18 ans, tué accidentellement pendant le combat.
    • PIERRE, 20 ans, fusillé.
    • JACQUOT Antoine, 31 ans, assassiné le 10 octobre.
    • COLLOT Jean-Baptiste, 65 ans, assassiné le 12 octobre.

    L'assassinat de ces deux dernières victimes n'a aucune relation avec le combat.

    Les listes précédentes portent donc le nombre des morts à 28, dont 19 gardes nationaux. On ne parle que de 6 blessés au rapport officiel. Cependant beaucoup d'autres furent touchés, par exemple PERRY et BOCHARD.

    9/11 : La Libération des Prisonniers

    jeudi 19 juin 2014, par Anne Auburtin

    Source : Rambervillers en 1870 : défense d'une ville ouverte / par Maurice Velin 1895

    Les prisonniers de Rambervillers étaient internés à Mayence où ils étaient, de la part de quelques-uns de leurs compatriotes, l'objet d'une constante et active sollicitude. Des démarches particulières avaient été faites pour obtenir leur libération ; mais on se heurtait à' de grands obstacles. En attendant mieux, on demandait des adoucissements pour eux. Un jour une pétition de l'abbé Grégoire lui revint avec cette mention, adressez-vous à l'autorité militaire.

    Il part aussitôt pour Nancy et se présente au général de Bonin, gouverneur de la Lorraine. cc Je n'ai -aucun pouvoir sur les prisonniers, lui répond-il, adressez-vous au roi. » Le gouverneur lui dicte sa lettre. En même temps il écrivait lui-même. « Je m'engage à faire parvenir votre supplique, ajoute le gouverneur. Je l'appuierai près du roi. Mais je réponds de l'ordre en Lorraine, donnez-moi votre garantie pour Rambervillers. Vous serez mon otage ; s'il y a des troubles, c'est vous qui m'en répondrez. Comme il voyait l'émotion de son interlocuteur : « c'est à prendre ou à laisser », reprend-il. Si vous ne signez pas, vos prisonniers ne reviendront qu'à la paix conclue. » L'abbé Grégoire n'hésita plus et signa généreusement.

    Ceci se passait le 22 décembre.

    Le 1er janvier, à sept heures du matin, les prisonniers rapatriés sonnaient à la porte du presbytère. Le général de Bonin les avait visités à leur passage à Nancy, et leur avait dit : « N'oubliez pas de faire mes amitiés à votre petit curé, c'est un brave ».

    8/11 : La journée du 12 Octobre

    mardi 17 juin 2014, par Anne Auburtin

    Source : Rambervillers en 1870 : défense d'une ville ouverte / par Maurice Velin 1895

    Nouvelle Alarme.

    Nous nous croyions donc délivrés de toutes les représailles, lorsque le lendemain matin (mercredi 12 octobre) le colonel fit appeler mon grand-père : « Vous avez menti au général de Werder, lui dit-il. C'est de sa part que je viens. Il y avait des francs-tireurs à Rambervillers. Ne niez pas, nous avons pris votre capitaine. »

    Voici ce qui s'était passé : Un individu s'était fait prendre (et comment) dans une auberge des environs. Il était vêtu en capitaine de francs-tireurs. Il affirma aux Allemands qu'il commandait la compagnie de Rambervillers. C'était un ridicule et criminel mensonge ; ce détraqué avait-il même fait partie de l'ancienne société de tir ? Quant à la diriger, jamais, et à se battre, encore moins. Lorsque le colonel le nomma, mon grand-père tâcha de lui faire comprendre la valeur de sa capture.

    La nouvelle était déjà répandue ; chacun en comprenait la gravité, pour la ville, pour les otages, et pour les prisonniers. L'abbé Mathieu, le vénérable curé de Rambervillers accourut. Il parla dans le même sens. Il dit qu'il y était obligé dans l'intérêt général, et qu'il se désintéresserait absolument de l'auteur de ces nouvelles alarmes.

    L'officier prussien fut assurément convaincu ; s'il avait cru tenir le commandant du 9 octobre, il l'aurait fait fusiller. Or, il s'en garda bien : il avait trop d'intérêts à ne rien laisser paraître.

    Encore l'Indemnité de Guerre.

    Dans l'intervalle, les conseillers municipaux avaient été de nouveau convoqués. Un officier leur notifia qu'il fallait immédiatement payer le reste de la rançon, sinon, on allait bombarder la ville.

    Des conseillers municipaux, les uns restèrent en otage à l'Hôtel-de-Ville ; les autres firent un nouvel appel à la population. Ils ne savaient pas si, au retour, ils ne seraient pas envoyés en Allemagne, comme les onze derniers prisonniers. On venait de les voir passer, pieds et poings liés, sur une voiture à échelle. Au lieu de la liberté qu'on leur avait promise pour le matin même, c'était la captivité.

    Pendant qu'on cherchait l'argent et les valeurs, pour la plupart enfouis, une certaine quantité d'artillerie traversait la ville et allait prendre position sur la hauteur du Croix-Ferry.

    On attendait avec anxiété.

    Enfin, vers deux heures, on apprit que la somme rassemblée paraissait suffisante aux Allemands. Les conseillers municipaux étaient libres. On avait recueilli environ 102,000 francs. Cela faisait, pour le total des deux journées, près de 190,000 francs. M. Henry Bourion fut délégué pour en faire le versement à Epinal. Il eut la tristesse de rencontrer les prisonniers toujours liés et trempés par la pluie.

    Parmi les valeurs qu'il apportait, beaucoup étaient loin de leur valeur nominale ; d'autres n'étaient pas entièrement libérées. On n'en avait pas tenu compte au bordereau. Lorsque les Allemands lui rédigèrent le reçu, il fit ajouter au texte : « pour solde ». Quelques mois plus tard ils relevèrent l'erreur du compte ; la municipalité argua de son reçu « pour solde » ; elle eut gain de cause, et on lui céda la totalité des valeurs pour 109,000 francs.

    Par suite de cette diplomatie financière, Rambervillers ne fut donc que pour cette dernière somme, victime des exigences prussiennes.

    Meurtre de Collot.

    Dans la matinée du 12 octobre, il se commit un crime odieux, dont je veux dire un mot.

    Vers huit heures du matin, des convoyeurs badois s'étaient installés dans le faubourg d'Epinal. Un certain nombre d'entre eux avait pénétré dans la grange d'un vieillard nommé Collot. Ils y fumaient malgré les risques d'incendie. Le pauvre vieux arrive : il tient d'une main un morceau de pain, de l'autre un couteau. « S'ils vont nous brûler, s'écrie-t-il, en levant les bras, qu'ils nous tuent plutôt ! » Les Allemands se prétendent menacés ; ils se jettent sur lui, appellent la garde ; on lie les mains de Collot et de sa femme, on les conduit à coups de crosse jusqu'à l'Hôtel-de-Ville : un sous-officier condamna le mari à mort.

    On entraîne ces malheureux sur la route de Romont ; on les fait mettre à genoux l'un près de l'autre ; on fusille le mari, puis on relâche la femme. Elle mourait six mois plus tard.

    Cette exécution avait été si rapide que l'abbé Grégoire ne put arriver à temps pour communiquer l'ordre de surseoir signé par le prince de Bade.

    Indigné, il court chez le colonel, et devant ses officiers lui reproche avec indignation cet acte criminel. Pour comprendre tout le courage qu'il fallait pour parler ainsi, il faut se rappeler la situation de Rambervillers pendant cette matinée du 12 octobre. Cette démarche, d'ailleurs, ne fut pas stérile : une enquête fut ouverte sur cette affaire par les Allemands ; mais je n'ai pas pu savoir quel en a été le résultat.

    7/11 : La journée du 10 Octobre.

    dimanche 15 juin 2014, par Anne Auburtin

    Source : Rambervillers en 1870 : défense d'une ville ouverte / par Maurice Velin 1895

    Au matin, l'abbé Grégoire parvint jusqu'à eux. Dès cinq heures, il s'était présenté chez le colonel Nachtigal, dans la maison Roch. On lui avait donné verbalement la permission qu'il sollicitait de reconnaître les morts. Il s'était ainsi avancé vers le cimetière ; mais il avait été rudoyé par les sous-officiers et les soldats.

    C'est à grand'peine qu'il put arriver près des prisonniers ; il eut plus de mal encore de les quitter. Mais il savait leurs noms, et il leur avait apporté un peu d'espérance. Sans perdre de temps, il mit tout en œuvre pour essayer de les sauver. Le colonel Nachtigal l'avait bien accueilli : il retourna près de lui, plaida la cause de ces malheureux et cette démarche eut sans aucun doute une grande influence sur leur sort. Il s'en fallait de beaucoup, en effet, que la colère de nos ennemis fût apaisée.

    Ailleurs, on fusillait encore sans pitié et sans motif quelques-uns de nos compatriotes : c'était Pierre, meunier à Bru, garçon de 20 ans, qu'on exécutait; et de l'autre côté de la ville, on assassinait Jacquot, un pauvre idiot qui cachait dans sa poche un morceau de gâteau.

    Les perquisitions opérées simultanément dans tous les quartiers ne donnaient pas grand résultat. On saisissait cependant dans l'atelier de Lallemant, contre le cimetière, plusieurs gardes nationaux encore armés ; ils ne furent pas fusillés ; on les réunit aux autres prisonniers : il faut constater cet acte d'humanité.

    D'ailleurs, dans ces perquisitions, certains officiers et sous-officiers firent preuve de bienveillance. L'un d'eux cachait deux képis de gardes nationaux ; un autre demandait à un combattant de la veille ce qu'il avait à la tempe : il montrait l'éraflure d'une balle : « C'est mon fils qui m'a griffé », répondait le garde national en présentant un enfant de six mois. Le Prussien se contenta de sourire.

    L'abbé Grégoire, dont tout le monde ici se rappelle l'activité et le dévouement, poursuivait à la fois ses démarches pour les vivants et pour les morts. Il présenta .des pétitions, s'occupant d'abord des plus compromis, et demanda une autorisation écrite pour relever les cadavres.

    Il put ainsi refaire ce triste trajet dont il faut donner une description.

    Nos morts restaient étendus au bord du chemin, en butte aux outrages des soldats. Dans les plaies de Noirclair, ils avaient planté des cigares, et à presque tous, ils avaient mis un cigare aux lèvres ; à certains, une bouteille vide sous le bras. D'ailleurs, eux qui la veille avaient été si lâches au. combat, ils affectaient de profaner les morts.

    Ils les perçaient à coups de baïonnette (j'ai dit à quel point Renard avait été haché) ; ils les frappaient à coups de botte, et plusieurs témoins, à différents moments, ont vu des Prussiens les souiller au visage d'une façon indigne.

    Lorsque l'abbé Grégoire pénétra au cimetière, un sous officier jeune encore le suivit à le talonner. Le prêtre s'agenouille près d'un mort et découvre son visage ; le sous-officier de cracher aussitôt sur le cadavre, et de le repousser d'un pied méprisant. Indigné, d'un bond l'abbé se relève : « Si je n'étais prêtre, dit-il en frémissant, je vous arracherais votre sabre, et je vous le passerais à travers le corps ». L'autre ricane et menace ; puis il tire de sa poche et exhibe la passe du colonel qui l'autorisait à vaquer à son douloureux ministère. A sa vue, le sousofficier « rectifie la position » et, la main au casque, il se retire à reculons. A défaut du respect des morts, il avait celui de la discipline. Il ne faut pas d'autre preuve pour montrer que les actes de sauvagerie auraient pu être évités si certains officiers eux-mêmes n'en avaient été tacitement ou formellement les complices.

    Quelles étaient alors nos émotions ! A six heures du matin, les Allemands s'étaient répandus dans les rues, fouillant partout, demandant les armes, et cherchant les combattants de la veille.

    Puis les soldats s'installèrent ; c'était le commencement d'une occupation qui devait durer trois ans.

    Vers une heure, on nous apprenait qu'un de nos amis les plus chers, pris pendant la bataille, était détenu près du cimetière avec beaucoup des combattants de la veille.

    A la maison, il n'y avait plus qu'un vieillard, une jeune fille, son frère, un enfant alors, aujourd'hui l'auteur de ce récit, une excellente amie et deux personnes toutes dévouées.

    C'est l'une d'elles, Victoire Thomas, qui fut chargée de porter un panier de provisions à ces malheureux dont on ne connaissait pas encore le nombre. Elle partit avec un sauf-conduit du colonel de la Roche, notre hôte forcé. Elle suivit, sous l'escorte de deux soldats, ce chemin que j'ai décrit sans en pouvoir rendre toute l'horreur; elle vit les maisons criblées de balles, les volets arrachés, les fenêtres brisées, les meubles épars ; les soldats qui buvaient et chantaient au milieu des débris du pillage ; puis les morts, nos pauvres morts, sanglants et profanés.

    Quand elle entra dans la grange et qu'elle vit les prisonniers couchés à terre et liés, elle pleura, et aussitôt tous les malheureux avec elle. Tous à la fois ils lui recommandaient de porter de leurs nouvelles à leurs familles.

    Quand notre brave fille parvint à dominer son émotion, elle se rendit promptement compte de ce qu'elle pouvait tenter.

    Elle alla chercher du vin chez un marchand voisin et fit porter les cruches par un garçon. Elle offrit à l'ami pour lequel elle venait, de le faire évader, une des cruches à la main ; mais il refusa, en disant qu'on n'avait pas de preuves contre lui, et qu'il fallait d'abord sauver les plus compromis. C'est alors qu'elle fit sortir Lesprit et Masson (Victor). Leur évasion ne fut pas remarquée.

    Elle revint à la maison, et elle racontait encore ce qu'elle avait vu d'affreux, lorsque le général de Werder vint s'installer chez nous.

    Ce fut elle qui le conduisit à son appartement. Il la fit entrer chez lui, et, se plaçant devant la porte :

    « Mademoiselle, lui dit-il brusquement, vous allez me dire tout de suite qui a tiré sur moi. Mais, monsieur.

    On ne m'appelle pas monsieur ! Général. Appelezmoi Excellence. Hé ! bien, Excellence, je n'ai rien vu.

    Vous avez vu quelque chose. Où sont-ils passés, vos francs-tireurs ? Mais, monsieur Excellence, il n'y a jamais eu de francs-tireurs ici ; bien sûr que ce sont des soldats qui se sont battus ; mais nous nous sommes enfermés pendant toute la bataille et nous n'avons rien vu. Dites immédiatement, ou bien je vous fais fusiller.

    Vous ne voulez pas me faire fusiller ; je ne sais rien, laissez-moi sortir. ».

    Le général lui ouvrit la porte ; il avait essayé, mais en vain, de se renseigner par surprise. Elle connaissait tous les gardes nationaux par leur nom. Combien à sa place eussent cédé à la terreur.

    Victoire Thomas avait rapporté des indications précieuses sur les prisonniers. D'autre part, l'abbé Grégoire avait pu se rendre près d'eux. Il rédigeait des pétitions et des notes, et les faisait remettre au général de Werder par l'intermédiaire d'une jeune fille de 15 ans. L'hospitalité pleine de courtoisie et de dignité que le général recevait de cette jeune fille la fit bien accueillir et encouragea ses démarches. Elle avait demandé d'abord et obtenu qu'on suspendit immédiatement les exécutions sans jugement. Successivement, du lundi soir au mardi vers trois heures de l'après-midi, elle sollicita de son hôte et avec succès, la grâce de la plupart des prisonniers.

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