généalogie et histoires lorraines

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Dispositions législatives – L'appel du comte d’Haussonville 2/8

mercredi 23 avril 2014, par Anne Auburtin


Source : cette série de billets sur les Alsaciens Lorrains engagés au service de la France en 1914 est tirée de l’ » Histoire anecdotique de la Guerre de 1914-1915 » de Franc-Nohain et de Paul Delay ; fascicule 3 «les Alsaciens Lorrains et les Étrangers au service de la France ».  gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Avertissement : cet ouvrage, publié pendant la première guerre mondiale, est représentatif des sentiments exprimés à cette époque. Il constitue un témoignage d’une époque et non une œuvre d’historien.


Au cours de la mémorable séance du 4 août où le Parlement sut montrer une si patriotique unanimité pour approuver l'attitude du gouvernement, celui-ci déposa et fit voter sur l'heure un projet de loi concernant les Alsaciens-Lorrains. La brutale agression de l'Allemagne avait déchiré le traité de Francfort, nous n'avions plus, par suite, à en respecter les clauses et nous pouvions officiellement nous occuper de nos frères séparés.
M. Messimy, ministre de la Guerre, monta donc à la tribune pour exposer la procédure imaginée afin que les Alsaciens-Lorrains qui voudraient servir dans l'armée française ne fussent pas traités sur le même pied que les étrangers.
La Chambre des Députés écouta dans le plus profond silence la simple lecture du projet de loi, se contentant de le sanctionner, avant son vote, par une double salve d'applaudissements.
Au Sénat., M. Messimy fournit quelques explications […] Le projet de loi est adopté à l'unanimité. (V(fs applaudissements.)
Dés le lendemain, le comte d'Haussonville, membre de l'Académie Française, adressait aux Alsaciens-Lorrains l'appel que voici
« Alsaciens-Lorrains, compatriotes, frères séparés que l'Allemagne espérait tenir longtemps encore sous son joug, la France vous a ouvert ses bras maternels, car elle reconnaît en vous ses enfants. Vous ne vous étonnerez pas que le fils de celui qui a fondé en 1871 la Société de Protection des Alsaciens Lorrains, et qui lui a succédé dans cette noble tâche, élève aujourd'hui la voix en votre nom et témoigne de votre reconnaissance pour les mesures prises en votre faveur.
Voici les deux principales de ces mesures
A ceux d'entre vous qui, résidant en France depuis plus ou moins longtemps ou qui ayant réussi à s'échapper de l'Alsace-Lorraine, ne sont point cependant encore Français au point de vue de la loi, la France ne fait pas l'injure de les considérer comme des Allemands. Lorsque leur origine alsacienne-lorraine a été constatée, ils peuvent obtenir un permis de séjour. A Paris, les commissaires de police accordent ces permis sur le vu d'un certificat que la Société de Protection leur délivre dans ses bureaux, 9, rue de Provence.
Une faveur plus grande est accordée à ceux auxquels leur âge et leur santé permettent de porter les armes. Ils n'ont qu'à s'engager dans la Légion Étrangère pour la durée de la guerre. Cet engagement leur fait recouvrer la qualité de Français. Ils peuvent ensuite être versés dans les corps de troupes et servir sous les drapeaux de la Patrie. A Paris, le bureau. de recrutement est 51, boulevard de La-Tour-Maubourg.
Ces deux faveurs que la Société de Protection avait sollicitées pour vous ont été accordées. Que les Chambres et le Gouvernement en soient remerciés.  Montrez-vous-en dignes, non pas seulement en aimant plus que jamais la France qui vous accueille et vous emploie, mais en conservant l'attitude calme, résolue, qui convient aux solides enfants de l'Alsace et de la Lorraine. Nous avons le droit de nous livrer aux plus ardentes espérances.
Alsaciens-Lorrains, courage, calme et confiance. »
Au nom du Comité,
COMTE D'HAUSSONVILLE


(à suivre)

les Alsaciens lorrains engagés au service de la France en 1914 - introduction 1/8

lundi 21 avril 2014, par Anne Auburtin


Source : cette série de billets sur les Alsaciens Lorrains engagés au service de la France en 1914 est tirée de l’ » Histoire anecdotique de la Guerre de 1914-1915 » de Franc-Nohain et de Paul Delay ; fascicule 3 «les Alsaciens Lorrains et les Étrangers au service de la France ».  gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Avertissement : cet ouvrage, publié pendant la première guerre mondiale est représentatif des sentiments exprimés à cet époque. il constitue un témoignage d’une époque et non une œuvre d’historien.


"Bien entendu, il ne saurait être question ici que de nos frères séparés qui ne s'étaient pas fait naturaliser Français avant la déclaration de guerre. Devenus Français non seulement de coeur, mais juridiquement, les émigrés de 1871 et leurs fils ou ceux qui avaient accompli les formalités régulières de naturalisation furent, en effet, visés par le décret de mobilisation comme nos autres compatriotes et n'eurent qu'à rejoindre leurs dépôts, conformément aux indications du livret militaire. Paris et la banlieue renfermaient des milliers d'Alsaciens et de Lorrains ayant fui devant l'envahisseur chaque jour plus insolent et plus intraitable, mais restés légalement Allemands.
Le décret contenant les dispositions concernant les étrangers et affiché en même temps que le décret de mobilisation générale visait d'ailleurs ce cas dans un article spécial Alsaciens-Lorrains non naturalisés Français.   
Ils devront faire leur déclaration d'identité le deuxième jour (c'était le 3 août) au commissariat de police (banlieue) ou au siège du district (Paris).
Seront laissés libres sans conditions
a)    Les familles établies depuis longtemps dans le pays et dont on connaît parfaitement les origines et les sentiments français ;
b)    Les familles dont un membre au moins contracte un engagement à la Légion Étrangère avant la fin du deuxième jour de la mobilisation, dans un des bureaux de recrutement de la Seine ou de Seine-et-Oise,              
Sera considérée comme allemande toute famille d'Alsaciens-Lorrains dont un membre au moins quitte la France pour répondre à l’ordre de mobilisation allemand.
On voit donc qu'à l'encontre des autres individus de nationalité allemande les Alsaciens-Lorrains n'avaient pas à redouter d'être expulsés de France ou d'être envoyés dans des camps de concentration étroitement surveillés. C'est dans la crainte que des Allemands ne se fissent passer pour Alsaciens ou pour Lorrains que le décret exigeait que, pour pouvoir bénéficier d'une telle faveur, les familles fussent connues par leurs sentiments francophiles ou qu'un de leurs membres contractât un engagement à la Légion Étrangère. On verra plus loin, lorsque nous parlerons des engagements d'Allemands dans l'armée française, qu'effectivement pareille précaution s'imposait. "
         
 (à suivre)

Les fêtes de Pâques

samedi 19 avril 2014, par Anne Auburtin

Tiré de la revue Le Pays lorrain, revue régionale bi-mensuelle illustrée dirigée par Charles Sadoul, 1909-  et pour une fois non retranscris, à cause de l'enluminure qui perdait tout son sens séparée du texte....

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Les Pâques du père Mathieu (récit)

jeudi 17 avril 2014, par Anne Auburtin

Article tiré de la revue Le Pays Lorrain, 1909 écrit par Anatole GEORGIN.

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Oncourt est un petit village enfoncé sur l'Avière, cet affluent de la Moselle, dont la  vallée servit à l'écoulement des eaux du réservoir de Bouzey, quand la digue, de sinistre mémoire, creva subitement, dans une nuit de mai en l'année 1895. ·

Le père Mathieu habitait, avec ses enfants, une grosse maison paysanne de ce village. Ce vieux lorrain avait passé gaillardement la soixantaine. On le rencontrait allant par les chemins, la jambe ferme, les épaules solides portant une tête droite où pétillaient de gaieté deux yeux malicieux.

C'était un bon vieux, accueillant, hospitalier, aimant et recherchant la compagnie. Il avait le coeur sur la main , et, sa mémoire, servait à égayer ses hôtes aux souvenirs d'une joyeuse jeunesse. Car il avait été jeune, n'en doutez point; et le gars, dans le temps passé, s'il était le premier au travail, ne laissait à personne le soin de jouir du frais printemps. Il en avait gardé une douce indulgence de vieillard qui sort de la vie comme d'un banquet. Que diable 1 On n'a pas vingt ans toute sa vie. Il faut en profiter et une fois passé cet âge heureux, se résigner sans peine.

Hélas ce qui nous plaisait chez lui, à nous autres, jeunes gens, était sévèrement jugé par les dévotes du pays.

"Jésus Maria ! Père Mathieu; vous ne serez donc toujours qu'un mécréant. Si vous ne devriez pas rougir de vos péchés, au lieu de les redire à tous ces cochenots là". Y feront toujours assez de mal par eux. Au lieu de  "leur y donner le bon exemple! " Et de dessous les camisoles grises s'exhalait un soupir, tandis que des yeux blancs semblaient prêts à s'envoler sous les bonnets tuyautés.

A vrai dire, je soupçonne le vieux de l'avoir été un brin, mécréant. Il ne raillait pas les pratiques religieuses, mais ses histoires de clocher trahissait l'âpre sel gaulois. Mais aussi, c'était bien un peu la faute du clergé. Il n'y a point de curé à Oncourt; et le curé du village voisin n'y, vient qu'une fois la, semaine et le dimanche, chanter  la messe. Ceci est la cause d'une aventure du pére Mathieu, qu'il nous conta, un soir d'hiver à la veillée. Dans la cuisine, bâtie sur le patron des vieilles maisons lorraines, l'ouverture de la cheminée est un grand'trou creusé au plafond dans un coin et qui occupe le quart de la pièce. Le coin de la cheminée est occupé par une lourde chaudière de fonte, qui sert à la cuisson des pommes de terre destinées à la nourriture des porcs. Le four s'ouvre encore sous le manteau de la cheminée, de telle sorte que le foyer est réduit à des dimensions ordinaires. Dans l'âtre croulaient des billes de bois dont la fumée montait en glissant sur les bandes de lard, provision de l'année. Le père Mathieu, assis dans un fauteuil de paille, avait retiré ses sabots et présentait à la flamme ses pieds protégés seulement de chaussettes. Nous nous tenions à ses côtés sur des escabeaux. Le long d'une table massive posée en avant du dressoir, des femmes raccomodaient sur des bancs, à la lueur d'une lampe de cuivre dont la flamme vacillait au moindre souffle.

Ce soir-là, le père Mathieu fit déguster à,ses hôtes un petit vin gris de pays, une de ses récoltes, car il possédait une vigne aux environs, sur la côte de Saint-Vallier. Il dit "C'est du quatre-vingt-treize. II est bon " Après un instant de silence, il ajouta "Mais j'en ai bu de meilleur chez le curé de Chavelot, il y a « des fois » quarante ans."

Nous devinâmes qu'il avait quelque histoire sur le bout de la langue et nous lui criâmes: "Oh père Mathieu. Contez-nous ça."

Le vieux se renversa dans son fauteuil, fit claquer sa langue en souriant d'un revers de main il ajusta, sur ses mèches blanches, sa casquette de drap noir aux formes rigides et commença.

"J'étais dans mes vingt ans. Quasimodo passé, je n'avais pas encore fait « mes Pâques ». La mère me tourmentait. Ma foi, un jour, j'allai à Épinal. Parti de bon matin, à pied, naturellement, j'arrivai au faubourg de Nancy après deux heures de marche. j'avisai l'enseigne du marchand de vins, chez qui nous mettions la voiture, les jours de foire. C'est démoli, tout cela, aujourd'hui. On a rebâti là-dessus. La marche, ça creuse, vous savez. J'entrai donc. Il y avait des charretiers qui déjeunaient. Je demandai du pain, du fromage et du vin. On me servit je mangeai. Quand j'eus fini, un charretier m'appela Hé dis donc, le paysan, joues-tu aux quilles ? Va pour les quilles Il y avait un jeu derrière. On se mit en train. On fit une partie, puis deux, puis trois. Je ne pensais plus à Dieu ni à diable je gagnais, je gagnais. Si bien que je ne m'apercevais pas que ce n'étaient plus les mêmes joueurs qu'au commencement. Les voituriers étaient partis. Des paysans, comme moi les avaient. remplacés. Je jouais toujours et je gagnais toujours.

Les boules roulaient, les quilles tombaient. La matinée se passa. A midi, je pensai "Tiens, tu n'as pas été te confesser. Enfin, c'est pas tout-ça, faut manger."  Il restait là trois ou quatre joueurs qui perdaient. Nous nous payâmes un bon dîner. Dans. ce temps-là, vous. savez, on mangeait, bien, pour pas cher. Tenez, il y avait le grand' Camille, de Mazelay, celui qui était maire, qui vendait du foin à la troupe. Il est mort maintenant. Il y avait aussi le père Polyte, de Damas. IL était jeune dans ce temps-là. Tout ça c'est mort aujourd'hui." Le père Mathieu eut un tremblement dans la voix. Après une minute d'émotion, il reprit

"Enfin, on a mangé, on a bu tout l'après-midi. Sur le coup de cinq heures, on se sépara, bons amis. Mais voilà je ne m'étais pas confessé. C'est pas tout ça, que je pensai. Qu'est-ce que va, dire la mère? Ben, tant pis. Ça sera pour une aut'fois. C'est loin de l'église le faubourg de Nancy, Je ne voyais point de curés par là. Ma foi, je m'en suis revenu, gros Jean comme devant.

 En passant à Chavelot, je me dis "Si j'allais me confesser au curé de Chavelot. Ça sera la toute même chose". Sitôt dit, sitôt fait j'y allai.

- Bonjour, Monsieur le Curé.

- Bonjour, mon ami. Je viens me confesser.

- Entrez, mon ami, entrez.

J'entre, je lui dis qui j'étais, naturellement.

- Oh les Mathieu c'est une bonne famille d'Oncourt, une bonne famille, les Mathieu Oui, je sais, je connais. Vous avez bien fait de penser à moi.

Je me confesse. Bon, quand ça été fini, il me fit « Voyons, vous n'allez pas repartir comme ça. Catherine apporte voir des verres. »

Il alla chercher une bouteille à la cave. C'était du blanc. Oh du vin Je ne vous dis que ça. C'est la meilleure bouteille que j'aie jamais bue. Et pourtant, j'en ai bu du bon. C'était d'un doux ! Ça vous coulait dans les veines!  Oh le bon' vin ! le bon curé!

Vous pensez, si, en descendant la côte, j'étais bien disposé Depuis le matin que je buvais, c'est le cas de le dire sans arrêter, la tête me tournait un peu. J'avais des idées de derrière la caboche

En entrant à Thaon  -  c'était pas le gros Thaon d'à "c't'heure", non, un tout petit village mais je vous parle d'avant la guerre -  en y entrant, voilà que je pense Si j'allais encore. me confesser. P'tét' bien qu'on me baillera encore à boire.

Moi, tout brave, j'entre à la cure.

- Bonjour, Monsieur le Curé.

- Bonjour, mon ami. Vous désirez ?

- Je voudrais me confesser, Monsieur le Curé, je suis d'Oncourt, vois.

- Ah bien, tout, de suite, mon enfant, tout de suite.

 Ma foi, je me confesse. Après il me dit « Vous n'allez pas vous en retourner comme ça" Il hole  sa servante, et il me paye encore un verre.

Ce n'était plus si bon qu'à Chavelot.. Mais c'était bon, quand même. Ah ce n'est plus aujourd'hui que les curés ont de si bon vin. Ça ne fait rien, je m'étais confessé deux fois, et j'avais bu du vin, ce qui s'appelle du vin. Ce que vous buvez, lâ, c'est de la piquette à côté.

Vous pensez que je n'étais pas en avance, quand je suis arrivé chez nous. La mère m'attendait tout en colère. « Où qu'ta été,feignant T'en fais point de l'autre. » Je lui racontai mon voyage. Ce coup-là, ça plus été fini.

- Sainte Mère de Dieu C'est y possible !  Qué malheur d'avoir un  gochenot pareil ! Si c'est pas pitié !

De c't'affaire, je ne suis plus allé à confesse que pour mon mariage. Mais je n'ai jamais plus goûté le vin du curé de Chavelot. Jamais !"

Le père Mathieu avait fini son histoire. C'est à cette veillée, c'est à cette histoire, c'est à lui que je pense. Il n'y a plus guère aujourd'hui de bons vieux comme lui. Ceux, dont les cheveux blanchissent, dont le dos se voûte, sont de petits ratatinés, usés avant l'âge, et qui n'ont su dans la vie, s'amuser ni travailler, et qui sont méchants.

Bon père Mathieu

Anatole GEORGIN.

Le dimanche des rameaux

dimanche 13 avril 2014, par Anne Auburtin


On sait que de ce jour la fête rappelle l'entrée triomphale du Christ dans Jérusalem, au milieu de ses disciples et d'une foule enthousiaste agitant des rameaux, jonchant les chemins de fleurs écriant : voici le Fils de David.

Autrefois, les rameaux étaient bénis hors de l'enceinte de la ville de messe et la procession n'entrait qu'après la distribution.


C'est à l'ancienne porte Serpenoise que l'officiant venait frapper avec sa croix et répondez à ce qui demandait son nom : « je suis Jésus, le fils de l'homme. »


Autrefois aussi, pendant la semaine qui suivait, on se tenait dans le recueillement ; les tribunaux étaient en vacances ; le maître échevin et les Treize graciaient des condamnés autres que les criminels.

Le jeudi-saint, jour de l'institution du sacrement de l'eucharistie, le premier magistrat de la cité allait prendre l'évêque à son palais et l'assister pour laver les pieds à 12 pauvres, suivant la pieuse tradition de l'église, qui a voulu que, pendant la semaine consacrée à la commémoration de la passion du Christ, il y eut un jour spécial pour honorer la pauvreté et la réhabiliter aux yeux des heureux de la terre. Après la cérémonie, l'évêque faisait distribuer à chacun des 12 pauvres, un pain, une pinte de vin et des harengs.
Le samedi-saint, l'évêque, entouré de son clergé et du conseil des échevins, bénissait l'eau et le feu. Le feu s'obtenait au moyen d'un caillou mis en réserve, on s'en servait pour allumer le cierge Pascal.


Le maître échevin et le princier de la cathédrale touchait simultanément la corde de l'une des cloches du chapitre, pour donner le signal du joyeux carillon qui allait annoncer que les jours de deuil étaient passés et que l'église pouvait se livrer à la joie, en chantant la résurrection du sauveur.

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La vente des rameaux (Photo Agence Rol, 1908 Gallica)

Les pains de la Saint-Blaise

vendredi 11 avril 2014, par Anne Auburtin

Article de JEAN-JULIEN tiré de la revue Le Pays lorrain, 1909

"Le 3 février, on célèbre la Saint-Blaise. Depuis de longues années la chapelle de ce saint à l'église Saint-Euchaire de Metz est visitée par une foule de fidèles appartenant à toutes les paroisses de la ville et même à celle des environs.

Il est d'usage de faire bénir des petits pains communément désignés sous le nom de part de Saint-Blaise.

On a foi dans les objets bénis le jour de la fête du saint, on les croit efficace contre la morsure des animaux et contre les maux de gorge.


On sait que le bienheureux, par sa douceur, calmait les bêtes farouches et que dans sa prison, il a guéri plusieurs malades. Martyrs de l'a primitive Eglise, il eut la tête tranchée 300 ans après J.-C. par ordre d'Agricola, gouverneur de l'Arménie pour l'empereur Lucinius. La ville de Metz possède quelques-unes de ces reliques.
La chapelle Saint-Blaise de Saint-Euchaire, a été fondé en 1724, par messire Nicole de Gournay, veuf de dame Perette, fille du seigneur Jacques Dex, chevalier. Les membres de ces familles y ont été inhumés"

Capture_20140330-4.JPGLa statue de Saint-Blaise dans l'église Saint-Euchaire.

Pour en savoir plus : le site de la plume culturelle

Le carême

mercredi 9 avril 2014, par Anne Auburtin

Article de Jean-JULIEN tiré de la revue Le Pays Lorrain, 1909

"C'était autrefois la coutume à Metz pendant les jours gras, de parer les viandes de boucherie de fleurs et de feuillages. Les boutiques des bouchers demeuraient surchargées de viande jusqu'au Mardi Gras inclus.

À minuit, heure à laquelle commence le mercredi des cendres, premier jour de carême, les viandes non vendues étaient brusquement enlevées.

Les bouchers, pendant le carême, avait le droit de se procurer uniquement la quantité de viande nécessaire aux personnes malades, ou atteints d'infirmité soient apparentes, soit dûment certifiées. À cet effet, il était ordonné de tenir des registres, sur lesquels on inscrivait les dispensés.

Le jour de Pâques, les étalages reprenaient un air radieux. La résurrection de la chair, succédant aux longues abstinences étaient brillamment célébrée. De grand matin, avant l'office, les marchands autorisés à cet effet distribuaient à la foule de leurs clients des montagnes de viande de toutes sortes, coquettement parée, depuis le morceau de choix, l'aristocratique filet jusqu'à la pièce du pauvre ; les charcutiers, de leur côté, vendait aux amateurs nombreux et empressés leurs guirlandes de saucisses, leur langue de bœuf et leurs jambons vermeils entrelacés de festons et d'arabesques merveilleusement déchiquetées.

Cette coutume d'étaler et de parer les viandes subsistent encore de nos jours.

La lutte entre Carnaval et Carême. Hieronymus Bosch


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Greffier de la maitrise et de la reformation des Eaux et Forêts

lundi 7 avril 2014, par Anne Auburtin

Tel est le titre que porte le parrain d'un de mes ancêtres lors de son baptême au XVII° siècle .

Qu'est-ce que ce métier ? Fouillons un peu Wikipédia. et les dictionnaires.

Maîtrise des Eaux-et-Forêts. n. f. 1359. Siège des Eaux et forêts. La juridiction des Eaux et Forêts est instituée dans le royaume début XIVe s. afin de contrôler, surveiller et juger toutes les activités liées à l’exploitation des bois, à la chasse et à la pêche.
L’organisation des Eaux et Forêts sera définitivement mise en place par l’ordonnance ou Code forestier de Colbert en août 1669 : 1 grande maîtrise par généralité, subdivisée en maîtrises particulières. Cette juridiction d’exception se composait de 3 niveaux :
En première instance, la maîtrise particulière ou gruerie royale. Cette maîtrise est généralisée dans chaque bailliage ou sénéchaussée à partir de 1555.
Ce tribunal se compose :
- d'un maître, puis d'un maître particulier à partir de 1575, qui en matière judiciaire connaît de tous contentieux civils et criminels relatifs aux eaux et forêts et juge les violations aux règlements sur la chasse et sur la pêche. Ce maître est un officier royal qui a inspection et juridiction sur les eaux et forêts du Roi, des communautés laïques et ecclésiastiques, et de tous les autres sujets du Roi, pour la police et la conservation de ces sortes de biens. Quelques seigneurs conservèrent à leurs juges des Eaux & forêts le titre de maître particulier; mais quand ces officiers se présentaient pour être reçus à la Table de marbre, ils prêtaient serment comme gruyers, et n'avaient point séance à la Table de Marbre comme les maitres particuliers royaux.
- d'un lieutenant.
- d'un garde-marteau, officier dépositaire du marteau spécial avec lequel se marquait le bois à couper dans les forêts du roi.
- d'un procureur du roi.
- d’un greffier et des huissiers.
En seconde instance, la grande maîtrise des Eaux et Forêts, une par généralité. La Généralité d’Orléans avait 2 grands maîtres, l'un ancien, l'autre alternatif.
En dernière instance, les Tables de Marbre établies auprès des parlements d'Aix, Bordeaux, Dijon, Grenoble, Paris, Rennes, Rouen, Toulouse, Tournai . Chaque Table de Marbre jugeait soit à l’ordinaire, comme une grande maîtrise, soit, à dater de l'édit de mars 1558, en dernier ressort, en tant que Table de Marbre.
À l’ordinaire, le lieutenant général du Grand Maître jugeait des appels des jugements des maîtres particuliers de son ressort. Les jugements à l’ordinaire pouvaient être portés en appel au Parlement.
En dernier ressort, la Table de Marbre rendait des jugements souverains prononcés par les lieutenants général et particulier et les conseillers de la Table de Marbre associés à des magistrats du Parlement et placés sous la présidence du premier président du Parlement. Dans ce cas, la procédure suivie était celle du Parlement.

Le personnel de la Table de marbre était complété par un greffier, qui tenait les registres du tribunal et expédiait les actes de la souveraine maîtrise.

Le XVIIe siècle, les réformes du ministre Colbert

Arbres avec exemples de pièces de bois pour la construction navale. Les réformes de Colbert sur les forêts ont pour but essentiel d'approvisionner en bois les arsenaux de marine (gravure du XVIIIe siècle, Encyclopédie méthodique Marine).

C’est au XVIIe siècle que la forêt française vit un grand chambardement: en peu de temps, les revenus de la forêt royale se voient multiplier par 10, lorsque Colbert entreprend une grande réforme de l’administration forestière qui dure près de 20 ans. Le principe d’une réformation générale des forêts est adopté au Conseil du Roi le 15 octobre 1661, ordonnant fermeture des forêts domaniales. De nombreux décrets et édits paraissent en faveur des bois de marine. Sous Colbert, 70 000 arpents de bois sont réintégrés au domaine royal et les forêts du Canada le fascinent : « c'est un trésor qu'il faut soigneusement conserver ».

L'ordonnance de Saint-Germain-en-Laye (13 août 1669) instaure des règles strictes de martelage : les prélèvements forestiers tiennent compte de la possibilité des forêts. Une instruction de Colbert aux Commissaires réformateurs sort en 1663, concernant les forêts appartenant au clergé, sur lesquelles le roi a désormais « droit de gruerie », ce qui permet de multiplier par 20 les recettes des forêts royales, passant de 50 323 livres en 1662 à 1,05 million de livres en vingt ans, selon l'historien Michel Vergé-Franceschi. En Bretagne, les droits de chauffage sont révoqués ou révisés. Dans les Pyrénées et en Auvergne, des milliers de plans d'inventaire sont adressés à Colbert par Louis De Froidour de Sérizy.

Des hommes, comme Louis De Froidour de Sérizy, Lieutenant Général des Eaux & Forêts depuis 1651 sont nommés Grands maîtres des Forêts. L’ordonnance de 1669 divise le domaine forestier en 18 « grandes maîtrises » et 134 maîtrises. L’édit d’avril 1667 est alors appliqué, portant suppression des anciens offices de Grands maîtres et réductions du nombre d’officiers des maîtrises particulières à un maître particulier (caractérisé par son épée), un lieutenant (caractérisé par sa longue robe), un procureur du Roi particulier (caractérisé par sa longue robe), un garde-marteau, arpenteur, greffier, gruyer, huissier et autre audiencier, le Garde général (caractérisé par sa casaque brodée et son épée) et un nombre de gardes suffisants. Un nouvel édit en 1689 a créé 16 Grands maîtres.

En 1694, l’administration royale chargée des forêts attribue aux sergents et gardes la surveillance et police de la forêt, et aux officiers de la maîtrise la tenue des audiences forestières.

Plusieurs marteaux existent à cette époque, dont le marteau royal (plus tard le marteau de l’État), les marteaux particuliers des agents, le marteau des arpenteurs, le marteau des adjudicataires et le marteau des agents de la marine (non décrit ici). Le marteau royal, d’abord un cercle à trois Fleurs de Lys, il n’en garda plus qu’une lors des grandes réformes de Maître Colbert. Ce marteau servait uniquement au marquage en réserve, et bénéficiait de grandes précautions pour la sûreté. Le marteau particulier des agents du royaume doit avoir une circonférence différente du marteau du Roi, et était empreint de l’arme (Grand maître) et des premières lettres du nom et surnom (le reste des agents). Ce marteau sert principalement au marquage des bois en délit. Les mêmes règles pour le marteau des arpenteurs, sauf qu’il servait à délimiter la coupe (coupe celui de la Maîtrise et du Roi). Les marteaux des adjudicataires avaient l’empreinte déposée au greffe et servaient à marquer les bois vendus. Ils étaient détruits après coupe.

Le queulot à Failly

samedi 5 avril 2014, par Anne Auburtin

Ce texte est tiré d'un article de JEAN-JULIEN dans la revue Le pays Lorrain de 1909 et l'image qui illustre cette page est tirée du journal L'Ouest Matin du 19 mars 1931


"Lorsque les confréries du fou s'organisaient en Europe, Failly, village situé à 8 km de Metz eut la sienne, nommée Châty, et présidée par un maire assisté de quatre conseillers.

Aujourd'hui encore, le jour de la purification, à l'issue des vêpres, le maire de Châty, accompagné de ses conseillers, tenant à la main une lance, au millésime de 1514, se place au bas de l'escalier du cimetière, pendant qu'un autre individu, nommé Queulot, armé d'une perche fendue, à l'extrémité de laquelle se trouve un torchon imprégné des matières les plus dégoûtantes, attend la sortie de l'office pour barbouiller les passants et surtout les belles toilettes. Tout le monde est queulé, même le pasteur, lorsqu'il passe imprudemment près du fatal torchon, et s'il survenait quelques oppositions sérieuses, le maire et ses assesseurs maintiendraient l'usage dans toute sa rigueur. Au besoin, le village entier les soutiendrait.

Cette cérémonie se reproduit chaque dimanche jusqu'au Mardi Gras, jour où on élit un nouveau maire de Châty pour l'année.Capture_20140330.JPG

La nomination du maire se fait de la manière suivante :
les électeurs jettent dans un van autant de sous il y a de prétendants ; celui qui réunit le plus de têtes est élu.
On le porte en triomphe sur le manche de la lance, jusque chez lui. Arrivé dans sa maison, il fait dresser la table, et régale ses quatre derniers prédécesseurs qui deviennent ses conseillers. Les libations commencent par une chopine de vin et vont en augmentant jusqu'au chaudron.
Pendant ces nombreuses rasades, nul autre n'a le droit de s'asseoir que le maire de Châty, sous peine de voir se recommencer à ses frais, les libations déjà faites.


Le premier dimanche de carême, on procède à l'élection du queulot pour l'année suivante. À cet effet dès la nuit tombante, on allume une bure de javelle (1) préparée d'avance, et les trois orateurs du village viennent débiter en patois des bouts rimés, composée sur le compte du jeune marié qui a donné le plus de prise à la critique. On appelle item cette sorte de verset. À la fin de chaque item, qui finit toujours par ces mots : « ne mérite-t-il me d'ête queulot ? L'assemblée répond en chœur : queulot, queulot, queulot, et les boîtes se font entendre. Le troisième item terminé, l'un des orateurs montent sur un tonneau et proclame le queulot à haute voix. L'assemblée répond par des acclamations répétées. Presque jamais on ne refuse cette dignité.

Cette ancienne coutume du village de Failly a fait donner à ses habitants le nom de queulot."

JEAN-JULIEN

notes et compléments

(1)  d'après Wikipédia :

Bure : (Lorraine) Feu de bois, allumé à l’occasion de certaines fêtes.Le soir, on dressait dans la ville et sur les rives de la Moselle des bures, sortes de bûchers dont le bois avait été recueilli de maison en maison par les jeunes gens de la ville. Le soir où on les flambait, chaque bure était transformée en « autel de l'Hyménée » (Gustave Fraipont; Les Vosges, 1895

Javelle Petits faisceaux de sarment.

Pour en savoir plus sur cette coutume, la page de Vrémy village lorrain


Le droit du Watillon

jeudi 3 avril 2014, par Anne Auburtin

 Article de Jean Julien tiré de la revue Le Pays Lorrain de 1909.

"Jadis la corporation des bouchers de messe venait offrir, le 4 février de chaque année, le droit du watillon à l'abbaye de Saint Arnould.

Voici comment se passaient les choses : au dit jour, les bouchers de la ville arrivait en grande pompe à l'abbaye, où ils étaient reçus au son de toutes les cloches.

Ils portaient une cruche d'étain de sept pots et demi, entourée de rubans et de guirlandes, et sur laquelle on lisait les noms des anciens maîtres du corps.

Les maîtres des bouchers tenaient à la main le Watillon, espèce de petit gâteau d'une pâte sèche et épaisse et tellement cuits qu'il était difficile de le briser. Arrivé devant le cloître en présence des religieux et des bouchers, il s'avance seul et tendait le bras tenant le gâteau à la main. Aussitôt le marmiton du couvent se dirigeait sur lui et d'un gros coup de poing frappait le Watillon. S'il le brisait le maître lui donnait 12 sols., S'il le laissaitr entier, le maître se retournait prestement et lui donnait du pied sur la partie la plus charnue de son individu.
Puis un copieux repas arrosé du meilleur vin du couvent dont les religieux remplissait la grande cruche de la corporation terminait la fête. Après quoi les bouchers retournaient chez eux en grande pompe.


Rien de plus bizarre que les obligations imposées anciennement aux bouchers de Metz envers l'abbaye de Saint Arnould : dans la semaine de la Saint-Denis, il devait porter à l'abbé deux bottes et demie d'aulx, et ils recevaient en échange dis-huit pains d'une livre et , sept pots et une pinte du meilleur vin, à leur choix, et un copieux déjeuner.

Le droit du Watillon existait encore quand vint la révolution. "

Premier avril

mardi 1 avril 2014, par Anne Auburtin

Cette coutume, universelle, était connue en Lorraine depuis fort longtemps. Dans un article de la revue Le pays Lorrain, écrit en 1909, Jean Julien précise que "l'usage en était connu dans le pays messin au XIVe siècle" et cite, à l'appui de son affirmation,  des manuscrits de Paul Ferry.

Cette vidéo tente d'expliquer l'origine du poisson d'avril (si cela ne fonctionne pas, la vidéo est visible là : http://youtu.be/PF8_dAPMmIM)

Contrats d'apprentissage à Mirecourt au XVI° siècle

dimanche 30 mars 2014, par Anne Auburtin

Source : Bulletin mensuel de la Société d'archéologie lorraine et du Musée historique lorrain


" Le hasard nous a fait récemment trouver des conventions d'apprentissage genre parmi les minutes du notaire J. Claudel, de Mirecourt, se rapportant aux années 1580 et 1581. 


Trois de ces contrats concernent le métier de cordonnier, un autre, le métier de tondeur de draps, et le dernier se rapporte à un boulanger. Ce sont, dans la plupart des cas, des fils de paysans qui sont ainsi loués chez des patrons de la ville ; il est aussi remarquable que ces apprentis sont tous des orphelins que leurs tuteurs (oncles ou beaux-frères) ne se soucient pas sans doute d'instruire et de garder avec eux.

Le premier, en date du 18 octobre 1580, est aussi le plus explicite :

Nicolas Rainville, demeurant à Rouvre on Saintois, a recongnu et confessé avoir laissé à tiltre de louaige à François Picquart, cordonnier demeurant à Mirecourt, Mengin fils de feu Didier Rainville, luy vivant demeurant audit Rowre, son frère, ad cc présent et consentant, et ce pour deux années entières et subsécutives, commençantes avec le jour et datte des présentes, et à tel et pareil jour finissantes, durant lequel temps ledit François sera tenu de hien et dhuement monstrer et tascher de faire apprendre audit Mengin le mestier et practique de cordonnier et accoustrer le cuyr sur Peau , sans luy en rien cacher ny celer de ce qui deppend dudit mestier, tant pour couldre, tailler,qu'aultrement, et sans luy faire aucun tort ny molestation, et de le delTrayer du pied et du dent se.ullement. Parmy et moyennant que ledit Nicolas recongnoissant est et sera tenu, comme par cestes il a promis, délivrer audit François la somme de quarante francs, monnaie de Lorraine, dedans le jour de feste Sainct-Remy chef d'octobre prochainement venant, a peine de payer tous frais, journées et despens que l'on ferait a la poursuitte, à condition que si dedans lesdites années et avant l'expiration d'icelles, ledit D'engin délaissoit le service de son dit maistre, sans juste occasion dhurrient congneue et averrée, en. ce
cas ledit. Nicolas recongnoissant sera tenu, comme par certes il a promis, délivrer audit François ladite somme de quarante francs, tout ainsi (lite si ledit Mengin avait parachevé sondit terme entièrement.Et (au cas) où ce serait avec occasion suffisante et congneue, iccluy François ne pourra répéter aucune chose de ladite somme..."

Un autre contrat très semblable porte la date du 15 novembre 1580. Thiébault François, de Bethoncourt, «jeune fils », assisté de son oncle et de son frère, se loue,également pour deux ans, à Vvriot Vyriot, cordonnier à Mirecourt. Celui-ci doit recevoir « trente-quatre francs, monnaie de Lorraine, avec ung resal de bled froment,  mesure de Mirecourt ».


Enfin, le troisième contrat relatif au même métier est du 18 décembre« 1580. François Lhoillier, demeurant à Estrennes, laisse à titre de louage Symonin de Chaulinonsey, son beau-frère, à Jean Thouvenel, cordonnier demeurant à Mirecourt. La durée de l'apprentissage est ici de trois ans ; le prix de quinze francs seulement, avec stipulation de vingt francs en sus, si l'apprenti délaisse le service « sans justes occasions ».

Le métier de tondeur de draps s'apprend en deux ans. C'est Mathis Lhuillier, tondeur à Mirecourt, qui reçoit à titre d'apprenti le jeune Jean Jeartnot , de Rozerotte ,amené par son oncle Richard, du même lieu. Celui ci promet de délivrer " en l'hostel et domicile dudit Mathis " trois reseaux et demi de blé froment, et de payer vingt francs en cas de dédit.


Quant au boulanger, Jean Georges (de Mattaincourt), il consent à recevoir le jeune François Rouyer, d'Offroicourt, et à lui montrer son métier dans l'espace d'un an et demi, moyennant dix-huit francs seulement.

Inondations en 1734 en Lorraine

vendredi 28 mars 2014, par Anne Auburtin

Source : Bulletin mensuel de la Société d'archéologie lorraine et du Musée historique lorrain  -1928 - article de René Cazin - Gallica
 





"L'année 1734 fut certainement l'une des plus pénibles du règne du duc François III. Aux maux de l'occupation française (on était alors en pleine guerre de la succession de Pologne), s'ajoutèrent les désastres causés par les anomalies du climats. L'été à peu près entier fut gâté par le mauvais temps qui régna sur la Lorraine et les contrées voisines.

La saison commença par de violents orages, accompagnés de grêle et de pluie. La duchesse régente de Lorraine, Elisabeth-Charlotte d'Orléans, écrivait, le 26 juin, au marquis de Stainville envoyé de Lorraine à Paris  : " Il n'y aura cette année presque point de foin dans tes hauts preys et que les bas qui faisoient presque toute la ressource viennent. d'être inondés et à demy enterrés par le débordement des rivières, dans un teins qu'on s'y attendois le moins".

Le samedi 19 juin, 30 à 40 villages du pays messin furent grêlés; à Metz, on estima la seule perte des carreaux de vitres à 50.000 écus, et les vitriers de Nancy durent prêter leur concours à leurs confrères,

Les troupes françaises qui faisaient alors le siège de Philipsbourg ne progressaient que très difficilement, les eaux ayant comblé leurs tranchées à. plusieurs reprises.Les terres regorgeaient donc déjà d'humidité lorsque, le 4 juillet, s'abattit sur le Barrois, la Lorraine et les pays rhénans une tempête de vent et de pluie qui dura 44 heures:  " Le 4 juillet, note le libraire Nicolas, il commença à pleuvoir à quatre heures du soir, et la pluie ne finit que le 13 à midi"         

Cette énorme masse d'eau, que le sol ne pouvait plus absorber, se mit à ruisseler avec une très grande intensité ; le niveau des cours d'eau monta avec une rapidité étonnante. « En moins de trois heures, écrit le conseiller secrétaire Poirot, les rivières de Meurthe et la Vezouze, qui environnent Lunéville, se sont portées d'une montagne à l'autre ». Le 6 juillet, le débordement était général, et le 7 il atteignait son plus haut point. La Meuse, le Rhin, la Saône, et surtout les rivières vosgiennes, Meurthe, Moselle et leurs affluents, recouvraient le plat pays en ravageant tout sur leur passage.

L'extension extraordinaire de cette inondation inattendue fit sur les esprits la plus profonde impression. « De mémoire d'homme, lit-on dans le Journalier de la  famille Marcol, on n'en avait vu de semblable". La duchesse Élisabeth-Charlotte estimait que la postérité aurait peine à croire à un si funeste événement  "Je n'ay de ma vie rien vue de plus terrible. Tout est isy dans la désolation".

Les dégâts, en effet, étaient énormes, et le malheur frappait la population tout entière. Un compte rendu officiel que la régente fit remettre à M. de Chauvelin, garde des sceaux, pour modérer les nombreuses demandes de fournitures du gouvernement de Louis XV, donne un tableau complet du désastre  "Il n'est pas possible de détailler toutes les ruines et les pertes que l'inondation des 6 et 7 du présent mois a causé dans toute l'étendue des Etats de Son Altesse Royale, puisqu'à tout moment l'on nous annonce quelque nouveau dégât. Toutes nos belles chaussées qui faisoient l'admiration des étrangers sont couppées et ruinées en partie, plus de trois cents ponts ont été enlevés et entre autres les deux ponts de Jarménil sur la Moselle et la Vologne, le grand pont d'entre les deux villes d'Epinal et les deux autres du faubourg de la même ville, les deux ponts de Mirecourt, celuy de Maschivoid , près de Marainville, celuy d'entre Neuve Maison et Pont St-Vincent, celuy de Saint Pierremont, celuy de St.-Diez, celuy de Ste-Margueritte, de Frouard, de al ville, les deux ponts de Craon, celuy de Henamesnil, de Ste-Anne près Lunéville et le pont de la Maix. La chaussée de Rozières pour communiquer à la grande route près de Dombasle est emportée et celle qui estoit entre Bayon et Roville  l'est si absolument qu'il n'en reste aucun vestige ; plus de cinquante moulins ou autres usines ont subis le même sort, plusieurs maisons scituées près des rivières et ruisseaux ont eu le même malheur; la seule ville d'Epinal en. a perdu douze, quoyque solidement bâties.

Nos salines ont également souffert, les eaux de débordement ayant monté dans les poelles qu'elles ont déplacées et ruiné leurs assiettes ; celle de Rozières en est pour deux mil cinq cents cordes de bois que ce déluge a emmenées. Et pour comble d'affliction, tous les grains ont esté couchés par cette tempette ce qui les empeschera de parvenir à maturité, et toutes les prairies qui estoient pretes à faucher sont tellement couvertes de terre, de limond et de pierrailles qu'elles ressemblent plustot à des terres labourées qu'à des prés ce qui ôte l'espérance d'y faire du reguin, n'estant pas possible d'y mettre la faux pour couper ce foin terré qui ne pouroit servir que de fumier, en sorte que le pays se voit privé de cette récolte que nous considérons comme la plus importante puisque sans elle la culture des terres tombe nécessairement, les peuples n'ayant pas de quoy nourrir leur bétail
".

Lunéville fut atteinte rune des premières par le flot. Il fallut sauver pendant la nuit les chevaux de l'Académie qui étaient menacés dans leurs écuries ; les cuisines du château furent envahies par les eaux. Les palissades d'un pare que le prince Charles de Lorraine, frère du duc régnant, venait de faire établir pour ses biches, au bord des bosquets, furent renversées par le vent. « La rivière est a pressant presque dans mon lit », écrit Elisabeth-Charlotte. Son
secrétaire décrit ainsi l'aspect des rivières « Nous avons vu flotter icy pendant le déluge quantités de débris de maisons emportées par la rapidité des eaux, des ponts de bois, le peu de foing qui avoit été abattu depuis deux jours, des hommes, des bestiaux et mille autres choses que je ne détaille point», L'abbaye de Beaupré, à une lieue en amont de Lunéville, était cernée par la Meurthe. Aux abords de la forêt de Mondon, ce cours d'eau, transformé en torrent, rompant vannes et digues, emporta 12 arpents d'une prairie appartenant au domaine. La ville de Nancy subit de gros dommages. L'eau arriva jusqu'à la porte Saint-Georges et pénétra derrière les Tiercelins ; le courant coupa la chaussée qui allait des grands moulins à Essey. Toutes les maisons du Crosne furent inondées depuis le bas jusqu'en haut. Les marchandises déposées le long du port furent entraînées ou détruites ; la ferme générale de Lorraine perdit ainsi 485 muids de sel remisés dans ses magasins et 532 cordes 8/4 de bois ; les toiles qui blanchissaient sur les prés furent enlevées. Il y eut deux hommes noyés. L'évêque de Toul se trouva bloqué à Frouard par suite de la destruction du Pont. ; il adressa à tout le diocèse un mandement ordonnant des prières de quarante heures qui commencèrent le 8 juillet au matin.
A Pont-à-Mousson, il y eut jusqu'à 6 pieds d'eau dans les églises et les maisons ; l'ont fit monter les dégats à 40.000 écus. Toul, Metz, Thionville souffrirent beaucoup également du débordement.

Quelques détails curieux, sinon toujours véridiques, nous ont été laissés par les contemporains. Un cultivateur, qui essayait de sauver le peu de foin qu'il possédait dans une prairie voisine de Nancy, n'eut que le temps de dételer ses chevaux et de se sauver ; le courant était si violent qu'il fallut envoyer des pêcheurs fixer le chariot avec des pieux.. Le 8 juillet au soir, malgré la décrue, les extrémités seules de la voiture étaient visibles. L'on vit passer, dit-on, sur des muions, ou tas de foin, des perdreaux et des couleuvres ; le correspondant de la Clef du cabinet des princes assure même que des berceaux avec des enfants flottaient sur les eaux.

Une assez courte période de beau temps permit d'entreprendre tes travaux de première urgence mais, le 19, le 20 et le 21 juillet, de nouvelles pluies abîmèrent le peu de foin que l'on avait pu sauver du premier naufrage ; plus d'un pont provisoire établi à la hâte fut enlevé, entre autres ceux de Mirecourt ; ces pluies eurent cependant leur utilité en débarrassant les plantes de la terre qui les recouvrait et donnèrent la possibilité de mettre le bétail dans les pâturages. Le mois d'août fut presque aussi défavorable que juillet ; la moisson fut faite dans des conditions très pénibles. "Dans le moment que je vous écrit, dit Elisabeth-Charlotte à Stainville, les belles prairies de la Sarre, celles de la Seille et de la plupart des autres rivières sont encore sous l'eau de plus de deux trois pieds, de sorte qu'on n'y mettra pas la faux et que les pailles sur lesquelles nos pauvres sujets fondoient presque toute leur espérance ne vaudront rien, à cause des pluys continuelles qui les ont noircies et qui pourrissent les herbes qui s'y trouvent mêlées abondamment cette année".

Quelles furent, en définitive, les conséquences de ces inondations pour les populations et pour le gouvernement de la Régente ? Le montant des dégâts est à peu près impossible à établir on avança d'abord le chiffre de dix millions de livres, argent de Lorraine ; le secrétaire de la Régente pensait que quatre subventions payées toutes à la fois eussent été plus supportables. L'on s'arrêta, en dernier lien, à une estimation de deux à trois millions, somme fort considérable pour l'époque.

Elisabeth-Charlotte fit prendre immédiatement une série de mesures destinées à soulager les victimes.
Dès le 6 juillet, un arrêt du Conseil d’État ordonnait de faire des regains et permettait le vainpaturage dans les bois jusqu'au milieu de l'année 1735. « Triste ressource », dit Poirot. Le 26 juillet, deux arrêts de la Cour souveraine ordonnaient, l'un de restituer les bois emportés par les rivières, l'autre de lever les vannes des moulins installés sur la Seille et la Nied, pour faciliter l'écoulement des eaux. La réparation des chaussées, et la reconstruction des ponts furent entreprises rapidement. (L'adjudication du pont de Frouard eut lieu dès le 5 août 1734). Quelques diminutions sur la subvention furent accordées aux paroisses elles furent cependant assez rares et peu élevées, car les finances ducales étaient fort délabrées. Le fermier général et les sous-fermiers, plus influents et plus habiles sans doute que les communautés obtinrent de sérieuses indemnités pour les pertes qu'ils avaient subies une remise de 10.209 livres fut faite à la ferme générale pour les seuls dégâts du port de Nancy. En décembre 1734, les digues des grands moulins de Nancy, déjà ébranlées par les inondations de juillet et août, cédèrent devant une nouvelle poussée des eaux il en coûta près de 60.000 livres au Trésor pour les rétablir.

Ce furent donc les paysans, peu déchargés d'impôts et frappés de nouvelles corvées, et les finances du duc François III, qui furent le plus atteints par ces désastres. Malgré les représentations les plus vives, la France n'en continua pas moins d'exiger 600.000 rations de foin pour ses troupes ; elle ne ralentit pas un instant les charrois de vivres et de matériel qu'elle faisait faire aux laboureurs du Barrois et de Lorraine. Le duc régnant, qui vivait alors à Vienne, ne suspendit pas non plus ses appels de fonds. On conçoit, dans ces conditions, l'importance capitale qu'attachèrent à ces événements le peuple des duchés et le gouvernement de la Régente"
René CAZIN

A propos du testament d'un paysan au XVII° siècle

mercredi 26 mars 2014, par Anne Auburtin

Source : Bulletin mensuel de la Société d'archéologie lorraine et du Musée historique lorrain - L. MAUJEAN.- 1912 - Gallica

Ce texte fait suite à la publication du "testament d'un paysan au XVIIe siècle."

"L'auteur du mémoire précité, M. l'abbé Nicolas, le fait remarquer : bien que les anciens rituels de Trèves, Toul et Verdun ne contiennent aucune prescription concernant le droit que prélevaient les anciennes fabriques pour accorder la sépulture dans les églises, ce droit semble avoir réellement existé.
Or la sépulture dans les églises est mentionnée souvent dans les documents du XVIIe et du XVIIIe siècle, surtout par les couvents pour les paroisses dont ils étaient les patrons. Voici en particulier ce que disent à ce sujet les « Statuts, règles et ordonnances des églises paroissiales dépendant de Domèvre », manuscrit de la fin du XVIIe siècle.
Après la défense d'usage des « poils, ouvroirs et assemblées nocturnes », le chapitre sur les offices paroissiaux et l'énumération des cas d'absolution interdits aux chanoines et réservés à l'abbé, le document contient sous le titre : « Droits d'autel », les prescriptions suivantes :

  • Baptêmes, rien ;
  • Relevailles, le pain, le cierge, I franc ;
  • Viatique, extrême-onction, rien ;
  • Fiançailles, publication, 1 gros le dimanche, 2 gros la semaine ;
  • Mariages conclus hors de la paroisse, 5 gros ;
  • Pour aller chercher les saintes huiles, 1 livre ;
  • Une messe basse, I esquelin, moins pour les pauvres ;
  • Enterrement d'enfants, 2 gros ; Me d'école, 6 gros ;
  • Enterrement d'adultes avec 3 messes, 2 gros ; Me d'école, 4 gros ; marguillier, 3 gros ;
  • Enterrement dans la nef, 10 gros ;
  • Enterrement dans le choeur, 20 gros."

 

Un testament de paysan au XVIIe siècle.

lundi 24 mars 2014, par Anne Auburtin

Source : Bulletin mensuel de la Société d'archéologie lorraine et du Musée historique lorrain - J. NICOLAS - 1912 - Gallica
 

"Dans une liasse de pièces récemment tombée en notre possession, se trouvent plusieurs testaments rédigés aux XVIIe et XVIIIe siècles par de simples paysans, par des habitants de Laneuville-sur-Meuse. Il nous a paru intéressant de faire connaître l'un de ces documents les plus anciens. Si la lecture de telles pièces manque d'intérêt général, elle n'est pas du moins sans offrir quelque aperçu digne de fixer l'attention. Voici le testament de Jean Rouyer, daté du 15 juillet 1636 :

« Ce jourd'huy, XVe jour de juillet 1636, nous soubsignez, Jean Pierrard le jeune, eschevin jurez en la justice de la Neufville, Guiot et Lambert les Lambottin, Jean Minon, François Mathurin, Gilles Guiot et Thierry Lambottin, tous habitants et bourgeois dudit la Neufville, pour l'absence du mayeur et des eschevins dudit lieu, sommes été requis de la part de Jean le Rouyer, bourgeois dud. la Neufville, nous transporter en la maison de Jean Colin, dud. la Neufville, ou led. Rouyer fait de présent sa résidence, où estant acheminés, l'avons trouvé sur sa couche malade, néanmoins de bon mémoire et sain d'entendement, comme il nous est aparu. Considérant que toute créature sont subjette à la mort et qu'il n'est rien plus certain qu'icelle mort, et rien plus incertain que l'heure d'icelle, afin qu'il ne demeure intestat, a dict et desclaré en nos présences, qu'il voulait que les choses cy après desclarées sortassent en leur plain et entier effect sans y estre forcez ni contraint en aucune sorte comme choses concernant son salut.
Premièrement a recommandez son ame à Dieu et à la Vge Marie, à tous les saincts et sainctes de Paradis.
Item a dict et ordonné qu'il veut que son corps soit inhumé dans l'église dud. la Neufville et pour ce estant, a donnez a ladicte Église dix francs Barrois pour son droict, et qu'il luy soit faict ung tombeaux enfermez.
Le jour de son obsecq, veut et ordonne qu'il soit dict messe haulte, vigille et recommandise, priant Dieu pour le repos de son âme.
Item led. jour de son obsecq, veut et ordonne qu'il soit distribuez aux pauvres qui assisteront audits services la somme de quattre francs Barrois.
Le jour de sa quarantaine veut et ordonne qu'il soit dict et celebrez messe haulte, vigille et recommandise pour le salut de son âme.
Item a dict et ordonnez qu'il luy soit faict faire ung luminaire pour fournir à ses dicts services.
Item a desclaré que Jean Dal, hostellain, demeurant à Sthenay avoit une pièce d'or vallant vingt quattre francs barrois et une pistolle d'Espaigne en main, apartenant aud. testateur et qu'il les avoit en garde et que sy ces deux pièces d'or n'estaient suffisantes pour subvenir aux frais qu'il conviendra faire à l'exécution de sondict testament, veut et ordonne qu'il soit venduz des autres meubles qu'il a dans ung coffre à la maison et domicile de Jean Bilardin de Sthenay et à la maison de Epvrard Michel  et au domicil de la grand Zabelle, tous demt aud. Sthenay et en donne la puissance audit Pierrard.
Item a desclaré qu'il debvoit à la place de ce lieux , dix huict ou vingt sols. Item à Jean Lambottin, cy devant hostellain, luy doit environ deux francs. Item a desclaré qu'il debvoit cinq francs à la ville de Sthenay.
De plus, ledict Rouyer a fondez ung anniversaire en lad.Église à perp etuitez pour prier Dieu pour le salut de son âme, d'une messe haulte, vigille et recommandise, laquelle messe se dira le jour de son décès ou dans la sepmaine d'iceluy, dont pour rétribution de lad. messe, led. testateur a donnez et donne à lad. Église ung demy cent de pretz à prendre dans ung cent à luy apartenant scytuez et assis sur le ban et finaige de Sthenay, en la prairie basse dud. lieux eu lieudiet l'Islette, royé (voisin de) Jamin Bernier de Servizy d'une part, et d'aultre, lequel cent de pretz se change par chacun an avec le sieur Nicollas Millet dud. Sthenay, dont dud. derny cent de pretz, l'herbaige de haut poil se vendra par chacun an par les gouverneurs de l'Église dud. la-Neufville pour subvenir a payer lad.messe pour laquelle le sieur curez dud. lieux aura pour son sallaire dix-huict gros, le margueillier six gros, et le reste du louaige de l'herbaige dud demy cent de pretz, demeurera au proffict de lad. Église pour payer les luminaires et encens du dict anniversaire, pour lequel présent testament et ordonnance de dernière volontez, enthériner et mettre à exécution, led. testateur a nommez esleus et choisis la personne dd Jean Pierrard le Jeune cy-dessus nommez, son bon Amy, auquel il luy a donné plain pouvoir et auctoritez de faire et accomplir ce présent testament au plus tost qu'il pourra et des biens par luy delaissez, desquels biens pour ce faire, il luy cedde et transporte et mets en main jusqu'à l'accomplissement de ce dict présent son testament, revocquant et mettant au néant tous autres testaments par luy faict ne voulant qu'il soit adjoustez créance à aultres qu'à cestuy présent.
En foi de quoy, nous tesmoins soubsignés avons ce présent testament signez et marquez de nos signes et marques accoustumez cy mis, certiffiant ce que dessus entre véritable, ledit testateur desclarant ne sçavoir signer.
Faict aud. la Neufville le jour et an que dessus.
»

_ _ _ _ _ _ _ _

La date inscrite en tète de ce testament était douloureuse entre toutes. Ce fut, au début de 1636, l'invasion des Croates qui ravagèrent, cruellement le pays de Stenay, de sorte qu'il n'y eut plus de sécurité dans la région. Les habitants des villages s'étaient réfugiés clans la petite
ville ou y avaient transporté ce qu'ils avaient de plus précieux.
Lisant entre les lignes du testament de Jean Rouyer, nous découvrons la trace de ces calamités. Pourquoi cette « absence du mayeur et des eschevins » remplacés, comme témoins d'un acte public, par des « habitants et bourgeois » quelconques ? Les personnages officiels sont sans doute occupés par d'autres soucis. Le testateur « trouvé sur sa couche malade » réside dans une maison étrangère. A-t-il encore un chez-lui ? Les deux pièces d'or, les
meubles qu'il possède, sont à l'abri derrière les proches remparts de Stenay et dispersés dans quatre famille différentes. Ces circonstances ne sont-elles pas suggestives ?
Quelques jours après la rédaction de ce testament, à la fin de juillet, la peste éclatait à Stenay où elle faisait, ainsi que dans les environs, de nombreuses victimes. La terrible contagion emporta-t-elle le testateur malade ?
Quoi qu'il en soit, le pauvre Lorrain dut mourir accablé des malheurs de sa patrie".   

J. Nicolas

A venir, un texte publié à la suite de la publication de ce testament et précisant les droits à payer lors des décès.

L'hiver de 1709 à Martincourt, d'après le curé Gaillé

samedi 22 mars 2014, par Anne Auburtin

 (Source : Bulletin mensuel de la Société d'archéologie lorraine et du Musée historique lorrain -1927 ser. 2 Gallica)


« En cette année de 1709 les gelées ont commencé le 6 janvier et ont duré quinze jours d'une telle rigueur de froidure que l'on ne pouvait sortir du logis qu'en danger de mort. Des soldats étant.en marche depuis Nancy jusqu'à Toul, d'un bataillon il ne restait que deux tiers, le reste était mort avec ses femmes et enfants par les chemins, d'autres avaient les pieds et les mains gelés. Les bestiaux mouraient dans les écuries, les mouches à miel ont été presque toutes perdues ; les arbres dans les forêts ont été fendus en deux, les arbres fruitiers presque tous perdus et il n'y en a pas resté un seul des gros. Tous les blés ont été gelés d'une telle sorte qu'il n'y en a point resté la dixme, presque dans tous les pays notamment en France, en Lorraine et en Bourgogne ce qui a porté famine pendant les mois de juin et juillet, qui (a obligé) la plus grande partie (des gens) à ne manger que du pain d'avoine, encore la moitié de leur suffisance. Les ecclésiastiques et la noblesse mangent un pain de blé avec orge et avoine ; il y a des pauvres qui ont été obligés de manger du pain de chenevis. Le printemps et l'été ont été pluvieux, ce qui a empêché de pouvoir voyager ni cultiver les terres et les vignes. Il n'y a point eu de vin l'an dernier 1708 ni encore rien en 1709. Mais il y a bien eu du marsage de la moisson dernière, notamment dans la Haye. Pendant l'année 1710, le blé après la semaille a valu 8 écus le rézal, la quarte du Pont à Mousson 6 écus 1/2; l'orge, 50 sols le bichet et l'avoine 2 francs le bichet. Les pois et les lentilles, un écu le bichet, le vin 5 ou 6 écus la hotte, en détail 20 sols et 24 sols le pot ce qui a duré jusqu'au mois de mars 1710. Depuis le mois d'avril 1710, le blé s'a vendu 3 écus et le plus beau 25 francs, l'orge 20 et le plus beau 25, l'avoine 15 sols et le vin 4 écus la hotte. Depuis la moisson, le blé s'a vendu 15 f. à 16 f. la quarte du Pont à Mousson, le bichet 15 sols et l'avoine 10 sols. » .
« GAILLÉ,
Curé de Saint-Jean et de Martincourt. »
(Extrait des registres paroissiaux de Martincourt disparus pendant la guerre de 1914-1918)

Jean Vincent, maitre d'école et chirurgien au Ban d'Etival

jeudi 20 mars 2014, par Anne Auburtin

Source : article de Charles Sadoul, Bulletin mensuel de la Société d'archéologie lorraine et du Musée historique lorrain, 1901

"Comme dans presque tous les autres villages lorrains, le maitre d'école  est engagé au ban d'Etival pour une année.Probablement que, comme cela avait lieu ailleurs, avant d'être loué, Vincent s'était présenté muni de toutes ses références, avait fait montre de son instruction et de son talent de chantre au lutrin, devant la communauté qui l'avait choisi. Souvent, le curé devait donner son approbation, mais cela ne fut obligatoire que bien plus tard, longtemps après même l'ordonnance de 1605 qui l'exigeait. Ici les révérends pères Lescloppe et Simon, prieur et sous-prieur de l'abbaye, autorisent l'engagement de Jean Vincent.

Moyennant168 francs barrois, un quarteron de seigle par écolier et une demi-corde de bois, en tout, il devra enseigner à ses écoliers à lire et à écrire, les élever dans la crainte de Dieu et servir de marguillier moyennant une rétribution qui n'est pas indiquée. 


Voici le texte du contrat :
"Du quatriesme may 1689, à l'abbaye d'Estival, devant midy. Pardevant, le soubscript, clerc juré tabellion en la Seigneurie dud. Estival, et des tesmoins en bas nommés, sont comparus honnestes Joseph Haxo, gruyer d'Estival Joseph Besiot et Nicolas Marchal pour Deyfosse, en ce que cy après ; Jean Regnier, Claude Henemend et Augustin Stocquer pour La Fosse, Joseph Leclerc, Bastien Mallé, Nicolas-Didier Marchal, et Marc-Anthoine Hanzo pour le village du Vivier, au nom et comme ayant charge des habitans desdits villages pour ce passer, et de l'ordonnance du révérend père Arnould Simon, prieur et official dudict Estival, et du gré et consentement du révérend père Augustin Lescloppe, sous prieur et curé du Bas Ban d'une part, les habitans du Mesny et de Pajaille ne s'ayant trouvé, et Me Jean Vincent, chirurgien et régent d'escolle audit bas ban, d'autre part. Lesquels ont recognu et déclairé avoir faict les marchés et conditions qui sensuyvent, sçavoir que led. Me. Jean Vincent s'a submis et obligé de servir à la Paroisse du Bas Ban en qualité de régent d'escolle pour un an, qui a commencé à courir dès la Saint-Georges dernier et à finir à pareil jour, et entendu que le bois se payera à la Saint-Martin prochaine ou huict jours après, à peine contre chacun délayant de tous despens.
Recevant tous les escolliers qui seront envoyés par devers luy par les susdites communautés et non d'autres sans leur consentement , pour les enseigner à la crainte de Dieu, à lire et à eserire, etc, comme aussi servir de marguelier à ladite Paroisse, moyennant la rétribution ordinaire, à charge audict régent d'estre assidu à son escolle, sans qu'il puisse aller dehors de la Paroisse, sans qu'il ne mette une personne capable pour enseigner les escoliers qui seront envoyés à l'escolle ; à charge aussy à luy de fournir le losgement et le poil (
poële dans notre écriture moderne -AA) suffisant pour mettre lesdicts escoliers. Et pour ce les susdicts dénommés, chacun pour son village, ont promis payer et délivrer, audict Vincent, une somme de cent soixante huict francs barrois, y compris les habitans du Mesny et de Pajailles, payable ladicte somme de quartier en autre, par quatre payements égaux, outre un carteron de seigle par chacun escolier et une demy-corde de bois pour une fois seulement. A l'effet de quoy lesdicles parties ont promis de satisfaire, chacun à son égard, à toutes les clauses et conditions cy-dessus, sous l'obligation réciproque de tous et un chacun leur biens présents et futurs , qu'ils ont submis etc. (sic).
Renonçant etc. (sic),
Faict et passé en présence de Joseph Hanzo et Bastien Sagaire, jeunes fils, demeurant tous deux en ladicte Abbaye, tesmoins cognus."

Suivent les signatures, sauf celle du tabellion Perrotey,qui a oublié de signer ; marques de Sagaire et Hanzo.

A la suite, on lit : " les soussignés et marqués cy après du Mesny et de Pajailles ont comparu et consenti ez conditions cy dessus, en condition qu'il leur sera loisible d'envoyer le second de leurs enfants à rechanger à l'escolle pendant l'esté, à la place de ceux qui n'ont point le temps et ne payer que pour un. Signés Richard, J. La Ruelle, Nicolas Mallé, J. Vincent régent. Marque de Nicolas George et de Bastien Bergé."

On voit, par cette faculté de substitution d'enfants, que les habitants de Pajailles étaient gens pratiques et économes. Il est à remarquer que, sur dix-sept comparants quatre seulement apposent leur marque, ce qui laisserait ;à supposer que des maîtres d'écoles enseignaient depuis longtemps à Etival.

Notre régent devait, d'après son contrat, fournir un local ou « poêle » suffisant à ses élèves. I1 est probable que c'était en vue de l'installation de son école qu'il avait acquis une maison au Vivier, par acte du ler janvier 1689, sur Claude Clerc, moyennant huit cent cinquante francs barrois.

Les maîtres d'écoles avaient presque tous un métier qui leur permettait d'augmenter leurs maigres appointements. Les uns étaient chargés de l'entretien des animaux reproducteurs ou cultivaient ; les autres étaient tauliers, cordonniers, tailleurs, ou exerçaient toute autre profession manuelle. Vincent, on l'a vu, se qualifie de chirurgien. Il cumulait l'enseignement et la chirurgie, qui à cette époque ne se séparait pas de la pratique du rasoir. De même qu'il avait affermé ses talents pédagogiques à la communauté d'Etival, il traite a forfait avec les familles pour les soins médicaux et autres : rasoir, saignée, onguents et médicaments dont elles pourront avoir besoin. C'est ce que nous montre l'acte suivant :
« Du 26e juillet 1689, à l'Abbaye d'Estival, après midy.
 Pardevant le soubsigné, Clerc juré tabellion en la seigneurie d'Estival, et des tesmoins embas nommés, traictés et conventions ont esté faictes entre Me Jean Vincent, regent d'escolle et chirurgien au Ban d'Estival,
d'une part, et honnète Nicolas Saint-Dizier de Pajailles, d'autre part. Sçavoir que ledit Me Jean Vincent s'a submis et obligé de razer ledit Saint-Dizier pendant un an, à commencer dès ce jourd'huy et à finir à pareil jour, de le saigner et sa femme, ses enfans et un valet ou servante, de leur donner toute sorte de remèdes en cas de maladie de l'un ou de l'autre, pendant ladite année, autant qu'il sera nécessaire et de la cognoissance dudit Me Vincent, soit en médecine ou autrement, excepté des fractures et dislocations. En ces cas, ledit Me Vincent les soignera, et pour ses peines lui seront payées, avec ses onguents qu'il y employera, au dela de ce qu'il luy donnera au bout de ladite année, qu'il a promis payer, sept francs barrois; dont les parties ont promis de satisfaire chacun à son esgard à toutes les conditions cy-dessus soubs l'obligation de tous leurs biens présents et futurs, qu'ils ont submis, etc (sic).
Renonçant etc" (sic).
Faict et passé en présence de Nicolas Perrotey, jeune fils , demeurant à ladicte Abbaye, et Joseph Hanzo demeurant audict lieu , tesmoins
."
(Suivent les signatures.)

L'on voit que c'était un homme fort industrieux que Jean Vincent, à la fois professeur, chirurgien, médecin,apothicaire et barbier."

Charles Sadoul


Description de Thaon-les-Vosges

mardi 18 mars 2014, par Anne Auburtin

Source : Département des Vosges, Léon Louis et Paul Chevreux, 1889

Commune de l'arrondissement d'Epinal, traversée par la Moselle et le canal de l'Est.

Population

  • 1710 : 33 h
  • An XII : 380 h
  • 1830 : 400 h
  • 1847 : 431 h
  • 1867 : 555 h
  • 1876 : 1867 h
  • En 1886 :3 153 habitants, 249 maisons, 856 électeurs
  • en 2011 :7 948 h

Les écoles en 1888

  • Ecole primaire supérieure de garçons, 58 élèves dont 22 pensionnaires
  • Ecoles primaires de garçons : 360 élèves
  • Ecoles primaires de filles : 290 élèves
  • Ecoles  maternelles : 333 élèves

Armée et administration en 1888

  • 25 conscrit en 1886
  • 1 brigade de gendarmerie
  • 1 compagnie de sapeurs - pompiers

Activités, commerces, industries en 1886

  • 1 médecin, 1 pharmacien, 2 sages-femmes
  • marché le jeudi
  • cultures principales: blé 1 650 hect. ; avoine 1 800 hect. ; seigle 300 hect.; méteil 1 200 hect. ;pommes de terres 13 000 hect ; 
  • industrie : blanchisserie et teinturerie 1000 ouvriers ; 1 filature 30 ouvriers ; 2 ferblanteries 10 ouvriers ; 1 féculerie 8 ouvriers ; 3 broderies 150 ouvrières, 1 brosserie 4 ouvriers.
  • commerces : 7 épiceries- merceries ; 2 draperies ; 2 boucheries ; 15 débits, cafés et restaurants ; 1 aubergiste

eglise_de_Thaon.JPG

















Église de Thaon-les-Vosges


la frontière franco-allemande de 1871

dimanche 16 mars 2014, par Anne Auburtin

frontiere_franco-allemande_de_1871.jpg

Plan d'ensemble , établie par les géomètres Laloy et Husangen, 1871.
34 x 48 cm.

Source Archives départementales de Meurthe et Moselle.

En cours une exposition virtuelle sur 1914-1918 : "l'avant-guerre", passionnante, à visiter.

Epinal, bord de Moselle (dessin)

vendredi 14 mars 2014, par Anne Auburtin

epinal_bord_moselle.jpg

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